hysterical lights

Je reviens sur les lumières de Shinjuku dont je ne peux me lasser, mais en les mélangeant cette fois-ci avec des figures dessinées que j’ai prises en photo avec mon iPhone lors d’expositions à la galerie Spiral de Aoyama et au Department store Seibu de Shibuya. Sur ces compositions photographiques, la densité extrême des lumières reflète la surabondance des informations qui viennent inonder le cerveau jusqu’à l’hystérie. C’est ma tentative de parallèle avec la musique qui va suivre.

HYS est le dernier album de YAPOOS ヤプーズ sorti en Juin 1995. Je repoussais un peu son écoute car je ne voulais pas en terminer avec la découverte de la musique du groupe. Le titre de l’album et du premier morceau HYS ヒス est un diminutif du mot anglais Hysteria. Cette hystérie est évidente à certains moments du morceau, et ce n’est pas pour me déplaire car j’aime quand Jun Togawa repousse les limites de ce qu’on a l’habitude d’entendre dans un morceau musical. L’hystérie est également dans les paroles composées d’une accumulation d’annonces de faits divers dramatiques, comme on peut le voir représenté dans le clip vidéo. D’une certaine manière, elle-même fera partie de ces faits divers dramatiques quelques mois après la sortie de l’album. J’y reviendrais un peu plus tard. Je sens des notes de folklore musical sur certains morceaux comme le deuxième Honnou no Shoujo 本能の少女 ou le dernier Akai Hana no Mankai no Shita 赤い花の満開の下, mais cette musique aux accents traditionnels est complètement remaniée par des sons rock et des sons électroniques mélangés. La voix de Jun Togawa prend également par moment ces accents de folklore, un peu comme sur certains morceaux des deux premiers albums sortis sous son nom propre (Tamahime Sama et Kyokuto Ian Shoka). Le morceau suivant Love Bazooka ラブ・バズーカ est beaucoup plus classique dans son approche pop-rock mais avec une certaine rapidité du rythme et un chant proche de celui d’une idole. Le morceau Charlotte Sexeroid no Yuutsu シャルロット・セクサロイドの憂鬱 doit être une suite du morceau Barbara Sexeroid mais en plus sombre dans le son mécanique et répétitif. La voix de Jun Togawa est ici robotique comme l’androïde du titre et entrecoupée de voix automatiques électroniques. Le cinquième morceau Shishunkibyo 思春期病 est beaucoup plus calme et posé que les morceaux habituels du groupe et apporte une sorte de coupure à l’album avant de repartir vers d’autres territoires sur le morceau suivant Shounen A 少年A. Ce sixième morceau est un des morceaux marquants de l’album, je trouve, sombre et inquiétant, comme souvent, jusqu’à terminer par des sons d’ambulance dans la nuit. J’aime beaucoup le changement de rythme au milieu du morceau où Jun Togawa scande des noms de matières scolaires après un court passage instrumental. Le morceau suivant Ijime いじめ est au piano et Jun Togawa prend sa voix enfantine. C’est un court morceau laissant vite place à un morceau plus dynamique pop-rock Soreike! Lolita Kiki Ichi Hatsu それいけ!ロリータ危機一髪, comme on en connaît d’autres sur les albums de YAPOOS. Ce n’est pas un morceau qui marque vraiment les esprits et je préfère le suivant Atashi Mou Jo Ki Dame ni Naru あたしもうぢき駄目になる, car elle y mélange son chant avec des superpositions de tonalités d’opéra aux airs maléfiques. L’album accumule un désespoir certain dans les paroles et les titres (« trouble adolescent » pour le cinquième morceau, « harcèlement » sur le septième, et l’idée que plus rien ne vaudra bientôt la peine sur le morceau neuf). Je ne peux m’empêcher de rechercher dans ces morceaux des indices qui annonceraient sa tentative de suicide, manquée heureusement, en novembre 1995. On évoque des difficultés répétées dans les rapports humains, des départs soudains de membres du groupe, des embrouilles sur des droits d’auteurs et tout le stress qu’y en est engendré. A travers les divers interviews que j’ai pu voir sur YouTube, on devine une certaine fragilité derrière cette apparence excentrique, un besoin d’être aimé qu’elle a dû avoir du mal à trouver à ce moment de sa vie. Ceci l’a poussé à écrire les mots « tout le monde me déteste » sur un mur au moment de sa tentative de disparition. Je n’étais pas au Japon à cette époque mais cela avait apparemment fait du bruit dans les médias et choqué l’opinion. Le destin est tragique pour cette famille, car la sœur de Jun Togawa, Kyoko Togawa, actrice connue et chanteuse se donnera la mort quelques années après en Juillet 2002. Les raisons sont inexpliquées mais on parle d’une raison médicale. Cette disparition va l’affecter lourdement et elle demeurera silencieuse pendant plusieurs années, jusqu’à la sortie d’un album de reprises intitulé 20th Jun Togawa en 2000, pour ses 20 ans de carrière musicale, qui la fera petit à petit sortir de son silence. Il n’y aura plus de nouveaux albums de YAPOOS, mais un mini-album intitulé CD-Y sort quand même en 2003. Il s’agit de 4 morceaux plus anciens que 2003 et qui n’avaient pas été édités jusque là. Le premier morceau Sheer Lovers シアー・ラバーズ est d’une grande tristesse et compte parmi les plus beaux morceaux du groupe. Le morceau et le mini-album ont un ton assez différent de ce que l’on connaissait jusqu’à maintenant. Sur les quatre morceaux, deux sont parlés sur une ambiance sonore théâtrale. Sur le dernier morceau intitulé (something extra), une histoire est racontée. Elle ressemble à un conte. Il s’agit d’une histoire d’amour contrariée entre deux personnages, féminin et masculin, dont les voix sont interprétées par Jun Togawa. L’histoire ne se termine pas vraiment pour le mieux, on aurait pu sans douter. Jun Togawa ne terminera pas définitivement sa carrière musicale car elle sortira un nouvel album en 2004, intitulé Togawa Fiction, dont je parlerais certainement un peu plus tard. Vu son activité dense en dix ans de 1985 à 1995, on peut comprendre que, malgré les épreuves de la vie, le besoin de création musicale était plus fort que tout.

unexpected encounter

Il me semblait que Nintendo avait gagné son procès contre Maricar, l’organisateur de tours en kart dans Tokyo, sur l’utilisation illégale de l’image de la marque, en particulier les costumes de personnages emblématiques. Apparemment, ils s’affranchissent de cette décision de justice car on voit toujours des touristes déguisés en Mario et Luigi dans les rues de Tokyo. Je me demande d’ailleurs quel itinéraire les karts suivent, car je les vois ici passer dans un quartier très peu touristique entre Shinagawa et Tennozu Isle. On trouve par ici quelques canaux où sont stationnés des bateaux tout en longueur utilisés comme restaurant et appelés yakatabune. C’est une expérience agréable d’ailleurs de manger des tempura dans ces restaurants flottants, tout en naviguant sur les canaux et fleuves de Tokyo jusqu’à la baie. Juste à côté du canal, on tournait une scène de drama. Une jeune fille avec deux chiens étaient filmés, mais je ne reconnaissais pas l’actrice. Il faut dire qu’on regarde très peu de drama japonais à la maison. Je continue ma marche et traverse ensuite un des canaux pour arriver sur l’île de Tennozu. J’étais d’abord attiré par une nouvelle grande fresque peinte sur un immense hangar que l’on peut apercevoir depuis l’autre côté du canal. L’immense sumo Edmond Honda du jeu Street Fighter II était auparavant peint à cet endroit, mais il avait déjà été effacé lorsque j’avais voulu le voir l’année dernière. Il est maintenant remplacé par une vue en dégradé de Tennozu Isle et des bateaux yakatabune sous un soleil couchant. Tennozu Isle est agrémenté de plusieurs graphismes de ce style régulièrement renouvelés. Mais, ce que j’ai le plus apprécié de cette petite promenade du dimanche matin, c’est l’apparition inattendue d’une baleine au milieu d’un jardin public du quartier. Elle semble sortir d’un océan imaginaire. Je pense au cerceau magique de Doraemon et j’imagine cette baleine sortie d’un monde parallèle.

un nid de pigeons à Okutama

Les fameuses feuilles rouges et jaunes des forêts japonaises sont un peu en retard cette année. Heureusement, car on aurait loupé le coche cette année, car les dimanches du mois d’octobre et de novembre étaient relativement bien occupés. Nous partons donc très tôt le matin ce premier dimanche du mois de décembre vers les montagnes de Okutama. Nous sommes toujours dans la préfecture de Tokyo mais très à l’Ouest, dans la région des origines de la rivière Tama. En sortant de l’autoroute au niveau de Hinode, près de la petite ville de Fussa, nous partons vers Ome et longeons les courbes de la rivière de Tama qui nous amène au lac Okutama. Nous n’irons pas jusqu’au lac et nous nous arrêterons plutôt en route à Hatonosu keikoku 鳩ノ巣渓谷, signifiant la vallée du nid de pigeons. L’histoire dit que deux pigeons avaient élu domicile dans un sanctuaire du village et que les villageois protégeaient ces oiseaux « spirituels ». Le petit sanctuaire est perché sur un grand rocher au bord de la rivière. On l’aperçoit depuis un pont suspendu au dessus de la rivière. Comme je l’indiquais au tout début du billet, en cette saison, les arbres prennent de belles couleurs et les rouges semblent même exagérés. On peut escalader gentiment quelques rochers pour descendre vers le cours de la rivière, histoire de vérifier avec les doigts la température de l’eau. La vue sur les falaises creusées par la rivière est très belle depuis ce point. Le barrage que retient et régule l’eau depuis le lac Okutama-ko tient bon heureusement, mais il est indiqué qu’il est fortement déconseillé de s’approcher de la rivière pendant les périodes estivales. Près de la rivière, se trouve un vieil hôtel vide. Ce bâtiment de béton, construit avec plusieurs dépendances au bord de la falaise à quelques mètres de la rivière et près d’une grande cascade, semble être complètement abandonné. On peut apercevoir l’intérieur à travers les baies vitrées, notamment une grande salle en tatami qui devait servir pour des célébrations. Je ne sais pas pour quelle raison les opérations de cet hôtel se sont arrêtées, l’endroit est pourtant assez bien desservi par une ligne de train avec une station à quelques pas de là et par une route avec arrêt de bus. L’hôtel est tout de même situé dans un creux assez sombre qui n’est pas des plus agréables et il a dû subir les conséquences de la construction d’un hôtel plus grand et plus récent un peu plus en amont de la rivière, près du pont suspendu. Autour du vieil hôtel, tous les petits commerces se sont également éteints. On croirait un village fantôme. Ce style de constructions bétonnées venant gâcher une partie du paysage qu’elles veulent desservir n’est pas rare au Japon. Accéder à la beauté des paysages japonais passent par l’abstraction, extraire de son champ visuel tous les éléments perturbateurs pour se concentrer sur les éléments de beauté. La photographie le permet très bien, d’une manière très superficielle d’ailleurs, car elle efface tout ce qui fait la « beauté triste » de ces paysages.

Nous remontons ensuite vers le pont suspendu. Il faut le traverser pour atteindre un petit chemin longeant la rivière offrant un joli point de vue sur les feuilles d’automne. Le pont suspendu n’a absolument rien de dangereux mais je ne fais pas le fier en le traversant. J’ai le vertige et Zoa est d’ailleurs malheureusement comme moi, ce qui n’est pas le cas de Mari. Nous traversons donc, Zoa et moi, au milieu du pont étroit sans trop s’approcher des bords, pendant que Mari rigole doucement derrière. Ce n’est pas le fait que le pont bouge sous nos pas qui me donne le vertige, c’est la potentialité de tomber dans le vide. Je n’ai aucune sensation de vertige en haut de la tour Tokyo Skytree pourtant beaucoup plus haute que ce petit pont de rien du tout, car l’espace y est confiné. Bref, nous réussissons bien sûr notre traversée « périlleuse » et accédons à une très belle vue de la rivière et des feuilles rouges depuis un terre-plein sur les rochers. Depuis le pont suspendu que l’on aperçoit depuis la rivière, on attend soudainement un faible bruit de moteur. Un jeune couple avait sorti d’une grosse boîte en forme de valise un drone qu’ils font décoller à la verticale depuis le pont. Le drone part ensuite en reconnaissance au dessus de la rivière. L’objet est en fait assez bruyant. Des gens à côté de nous sur le terre-plein chuchotent en se demandant si c’est bien autorisé de faire voler des drones à cet endroit. En dehors des villes, je me dis qu’il ne doit pas y avoir de problèmes. Mais je m’imagine dans quelques années quand l’objet sera devenu plus populaire et se démocratisera, les paysages seront peut être envahis par ces frelons motorisés.

Nous reprenons la route du retour en fin d’après-midi mais pas trop tard pour éviter les inévitables bouchons sur l’autoroute Chuo qui nous ramène vers Shinjuku. Avant cela, nous prenons un café dans une maison de bois peinte de noir près de la station de Hatonosu. Des groupes de promeneurs en montagne y font également une escale avant de prendre le train du retour. Ils doivent revenir du mont Mitake tout proche. La prochaine fois, nous irons peut-être au mont Mitake ou vers le lac Okutama.


Je n’écoute en général pas les podcasts sur le Japon ni ne regarde les chaînes YouTube de français ou d’étrangers au Japon, car je ne pense pas y apprendre grand chose de nouveau. J’ai tout de même découvert deux podcasts francophones que j’aime beaucoup et que j’écoute épisode après épisode depuis plusieurs semaines déjà. Il s’agit des podcasts Gaijinsan et Yabai, démarrés il y a quelques mois de cela cette année. Gaijinsan est un podcast mené par Vince, Mat et Nico. Précisons que le san du titre du podcast fait référence au nombre d’intervenants, 3 personnes donc, plutôt qu’au suffixe de politesse pour les personnes. Le podcast aborde divers sujets de l’actualité au Japon, à travers bien entendu le prisme de l’expérience personnelle de chacun des intervenants. Le ton est assez sérieux, documenté et très agréable. Beaucoup des sujets abordés me sont très familiers, mais j’y apprends tout de même de nombreuses choses. Surtout, le podcast ne lance pas des opinions définitives sur les sujets qu’il aborde. C’est un travers de beaucoup d’étrangers au Japon que d’établir des vérités définitives sur ce pays en généralisant une expérience personnelle qui est de toute manière limitée. On échappe à cela sur ce podcast, peut être parce qu’il y a une bonne balance entre des intervenants ayant vécu depuis plus de 10 ans ici, et d’autres arrivés plus récemment. On retrouve ce même équilibre sur le podcast Yabai, qui personnellement me fait beaucoup rire. Il couvre également des sujets divers d’actualité japonaise, mais souvent des choses un peu plus futiles, des anecdotes parfois. En fait, il y a un mélange avec d’autres sujets plus sérieux et encore une fois bien documentés, mais les deux intervenants Remka et Ludo enregistrent leurs podcasts dans des bars ou cafés en terrasse à divers endroits de Tokyo, donc l’ambiance y est beaucoup plus relaxée et nonchalante. Et même bruyante parfois, mais ça contribue à l’ambiance générale du podcast qui me rappelle mes premières années à Tokyo, car je vais beaucoup moins souvent dans les bars de Tokyo maintenant. Il y a, à chaque fois, un invité au podcast, souvent un pote d’un des deux intervenants, qui nous raconte son expérience de vie au Japon. On passe bien entendu par la question du pourquoi être venu au Japon, qui est toujours la question la moins intéressante de l’interview. On me pose également très souvent cette question et je me prends souvent les pieds dans le tapis avec une explication bancale que personne ne semble croire (ou à moitié). Ces derniers temps, je finis par répondre à l’interrogative quand on me pose la question, genre: « Et bien oui, qu’est qui a bien pu me faire venir vivre au Japon? ». Si je le savais moi même … De toutes façons, c’est désormais de l’ordre de l’inconscient.


feeling of another world

Un mélange d’architecture de béton, de couleurs nuageuses et de pliages de structures. Je ne me lasse pas de jouer avec les superpositions d’images. L’exercice demande souvent plusieurs essais avant d’obtenir une association qui me convienne vraiment. Lorsque je travaille sur un nouveau billet, il m’arrive très souvent d’effacer les images que je comptais intégrer au billet, car de nouvelles associations d’images ou de couleurs me viennent en tête. Un ciel nuageux ou une ville en mouvement sont des matériaux presque indispensables dans mes créations photographiques. Le béton de ces structures proviennent du parc olympique de Komazawa et de l’aquarium de Churaumi à Okinawa.

Il y a des pointes plus accentuées d’électronique dans le quatrième album dadada ism de YAPOOS, sorti en 1992. Les toutes premières notes du premier morceau Kimi no Dai 君の代 sonnent très actuelles, comme si elles provenaient d’un morceau de J-POP sorti récemment, avant que le morceau diverge vers le style Togawa. Le morceau suivant Virus ヴィールス pousse un peu plus l’électronique composée par Susumu Hirasawa, comme plusieurs autres morceaux de la discographie de YAPOOS et de Jun Togawa. Le morceau est dense musicalement et rempli d’aliénations vocales, comme la contamination virale suggérée par le titre. C’est encore un de ces morceaux de Jun Togawa qui n’est pas simplement chanté mais qui est vécu. C’est d’ailleurs ce qui rend les morceaux de Jun Togawa si prenants à l’écoute. Le morceau suivant 12 no Ichiban oku 12階の一番奥 est beaucoup plus calme et c’est l’un de mes préférés sur l’album. Il y a des petites voix qui ressemblent à celles d’un animal imaginaire (j’imagine une sorte de gizmo), qui viennent parsemer la composition et une musique d’accordéon venant accompagner la voix presque parlée à certains moments. Le rythme du chant est assez particulier et devient très mélodique vers la fin du morceau. Je n’aime en général pas beaucoup le son de l’accordéon mais son insertion dans ce morceau est bienvenue. Le morceau suivant Kyuukoku 急告 reprend rapidement les hostilités avec une batterie puissante et des morceaux de chants torturés, et le cinquième morceau Watashi wa Koukishin no Tsuyoi Onna 私は好奇心の強い女 est beaucoup plus sombre et atmosphérique. Le sixième morceau dadada ism ダダダイズム reprend le titre de l’album. La musique y est beaucoup plus légère et le chant presque parlé-saccadé prend un style que je n’avais jusque là pas entendu sur d’autres morceaux. Des petites voix montent en chœur vers la fin et des cris à la manière d’un Bruce Lee viennent perturber la toute fin du morceau. Le septième morceau NOT DEAD LUNA ressemble à un single et à une mini rétrospective de la vie de Jun Togawa en version très mouvementée. La vidéo, non officielle je pense, suggère cela en montrant des moments passés en concert notamment, mais aussi une scène où elle s’allonge sur une ligne de chemin de fer en attendant un train qui n’arrive heureusement pas. Elle parle beaucoup de mort sur ce morceau mais d’une voix volontairement inadaptée. Il y a certainement un début de présage dans ce morceau, une sorte d’inconfort et d’inadaptation à ce monde comme elle le dit elle même: « There is a feeling I’ve had ever since childhood: that there exist many different « worlds » and I was born in the wrong one, a world I don’t quite fit into. I’ve felt this strong feeling of wrongness all through my life. There is no space for me in this world. Every time I believe I’ve finally found my place, someone comes to me and says « Go away! You’re not supposed to be here. » I mean, I have always had this kind of feeling ». Le morceau suivant VIP Russia Yori Y wo Komete VIP ~ロシアよりYをこめて~ reprend un rythme plus percutant et la voix de Jun Togawa devient plus sombre et menaçante. Chaque morceau, en plus d’être une composition musicale, est également un jeu d’actrice. L’avant dernier morceau Kondoru ga Tondekuru コンドルが飛んでくる reprend une voix ondulante du plus bel effet, comme on pouvait l’entendre dans des morceaux des albums précédents. La conclusion de l’album Theme テーマ se présente comme une musique thème de YAPOOS, avec des accents beaucoup plus rock, voire punk, mais tout de même adoucis par quelques notes de piano. 

une lumière existe ici

Quelques photographies prises le soir autour de Ebisu et de Kichijoji alors que la lumière naturelle passe la main aux lumières artificielles de la ville. Avant que la nuit tombe, je pars en direction du Tokyo Photographic Art Museum à Yebisu Garden Place. Je n’y étais pas allé depuis sa rénovation intérieure. Je ne pouvais pas manquer l’exposition Architecture x Photography – A light existing only here 建築 × 写真 ここのみに在る光, qui s’y déroule en ce moment et jusqu’au 27 janvier 2019. Comme son nom l’indique, l’exposition nous montre des photographies d’architecture organisées en séries avec un accent prononcé sur l’implication de la lumière.

L’exposition démarre aux origines de la photographie car l’architecture, du fait qu’elle soit statique, était un des objets privilégiés des premiers photographes. La complexité du processus de prise d’image à l’époque ne permettait pas de prendre facilement en photographie des sujets en mouvement. Le début de l’exposition nous montre rapidement quelques daguerréotypes, une superbe vue panoramique de Edo depuis la colline de Atagoyama datant de 1865-66 par Felice Beato et bien sûr des photographies du vieux Paris par Eugène Atget et quelques photographies d’habitations dans l’Amérique profonde de Walker Evans. La partie principale de l’exposition commence ensuite, nous montrant des séries photographiques prises exclusivement par des photographes japonais au Japon mais également dans divers lieux d’Asie et d’Europe. Il s’agit, pour beaucoup, de photographies d’architectures célèbres pour leur histoire ou par leurs architectes, mais on trouve également d’autres lieux, tout aussi remarquables, comme les maisons traditionnelles minka dans le village de Shirakawa-gō par le photographe Yukio Futagawa, ou l’ancienne île minière de Hashima surnommée Gunkanjima photographiée dans les années 50 par Ikko Narahara. Les photographies de villes sombres et condensées, pleines de détails, m’impressionnent. Il en est de même pour l’ancien quartier Kowloon Walled City à Hong Kong, désormais détruit. Sur les photographies prises en 1987 par Ryuji Miyamoto, on y découvre des lieux sombres et insalubres, dans lesquels la vie devait être difficile et les conditions sociales éprouvantes. Dans ces lieux là, la lumière se faufile tout de même entre les murs aux étages supérieurs. L’architecture confrontée à la lumière est le sujet principal de cette exposition. Elle peut être forte comme en Italie sur des photographies de villages perchées sur les collines par Naohisa Hara. Elle joue avec les couleurs imprimées sur les murs de l’architecture de Le Corbusier, notamment sur la superbe série de la Chapelle Nôtre Dame du Haut à Ronchamp par Mikiya Takimoto. Cette lumière catalyse la beauté formelle des architectures traditionnelles japonaises du grand sanctuaire d’Ise Jingu, photographié en 1953 par Yoshio Watanabe ou de la villa impériale Katsura, photographié dans ses détails pleins de géométrie par Yasuhiro Ishimoto. Une série sur l’architecture de Kenzo Tange photographiée par Osamu Mukai, une autre sur la Sagrada Familia de Gaudi par Eiko Hosoe et des photographies prises en Belgique et en Allemagne par Toshio Shibata et Kazuo Kitai viennent compléter cette belle exposition qui ravira les amoureux d’architecture.

Ikko NARAHARA – Gunkanjima, 1954-1957

Ryuji MIYAMOTO – Kowloon Walled City, 1987

Yoshio WATANABE – Ise Jingu Grand Shrine, 1953

Yasuhiro ISHIMOTO – Villa Katsura, 1981-1982

Mikiya TAKIMOTO – Le Corbusier, Chapelle Nôtre Dame du Haut, Ronchamp, 2016-2018.

Toujours dans le même musée de la photographie à Ebisu, je parcours également une autre exposition se déroulant au deuxième étage jusqu’au 25 Novembre et intitulée I know something about love 愛について. Je l’ai parcouru plus rapidement car l’exposition m’attirait moins que celle d’architecture pour laquelle j’avais fait le déplacement. Il s’agit ici d’une exposition d’un groupe de femmes photographes provenant de divers pays d’Asie. On y découvre principalement des portraits intimes, des photographies de famille et même des auto-portraits. Insook Kim nous montre des photographies de sa famille coréenne Zainichi vivant à Osaka, tandis que la coréenne Oksun Kim montre des photographies de couples inter-raciaux. Sans parler de la superbe qualité des images, cette dernière série me paraît évidemment très banale. La série de la photographe chinoise Zhe Chen couvrant le thème de l’auto-mutilation met mal à l’aise. Même la photo de l’affiche de l’exposition, pleine de non-dits, fait froid dans le dos. comme une photo volée, la photographie représente une silhouette rouge, féminine peut-être, debout au dessus d’un toit prête à commettre l’irréparable. J’ai bien aimé la série d’auto-portaits de Sudo Ayano se représentant elle-même en personnages idéalisés. Bien que ces photographies ressemblent à des photos d’idoles de magazine, il y a quelque chose d’irréel dans ces photographies, quelque chose d’éteint, qui est assez intéressant.