藝祭2017

L’année dernière, nous allions pour la première fois au Matsuri appelé Geisai 藝祭 de l’école des Beaux Arts de Tokyo (Geidai), où Mari avait fait ses études d’Art. Nous y retournons cette année encore. Nous gagnons l’école en traversant le parc de Ueno. Il ne me semble pas que nous avions emprunté ce chemin l’année dernière et nous sommes surpris par la multitude de petits stands installés dans le parc et dans les allées menant à l’école. Parmi les stands, nous recherchons d’abord une connaissance, la mère d’un copain d’école de Zoa dont la fille poursuit des études d’Art à Geidai. On y vend des T-shirts, fait mains, avec un design simple et géométrique qui me rappelle les premières heures de la représentation d’images en trois dimensions. Bien qu’il n’y ait pas de rapprochement direct, ces designs sur T-shirt me remettent en oreille la musique de Autechre. J’imagine aussi que ça serait une idée que de faire mes propres T-shirts avec certains de mes dessins de formes futuristes et organiques FuturOrga. L’idée me tente plutôt. En attendant, j’achète un T-shirt ou plutôt deux.

Une des attractions de ce matsuri, ce sont les mikoshi. Ici, ce sont des chars conçus et construits par les différents départements de l’école, qui défileront dans les rues de Ueno. Je les prends tous en photos un à un. Il me semble que ceux de l’année dernière étaient plus inspirés et mieux exécutés. Nous avons peu de temps mais nous allons quand même faire un tour dans le Département Peinture. A l’entrée d’un des ateliers du Département, Mari reconnait les noms d’un grand nombre de professeurs, écrits sur des petites plaquettes de bois devant la porte de l’atelier du rez-de-chaussée. Le nom de Mr Sakaguchi n’est lui plus inscrit car il a pris sa retraite au tout début de cette année. Nous étions d’ailleurs allés voir une de ses expositions à l’occasion de son passage en retraite.

Dans les salles du Département Peinture, les élèves exposent leurs oeuvres. Il s’agit bien entendu d’oeuvres jeunes, qui se cherchent souvent. Il n’y a pas que du bon ou du beau, mais on peut y voir des belles choses comme ces visages ci-dessus, très réalistes en noir et blanc.

En redescendant du bâtiment de l’école, j’entends les premières notes de guitare de Airbag de Radiohead. Dans le petit parc intérieur à l’école, un concert d’étudiants semble commencer brillamment et reprend ce morceau de OK Computer. Nous partons de l’école dans cette ambiance sonore, pour ensuite retrouver l’ambiance d’un autre matsuri dans la nuit d’une fin d’été au sanctuaire de Hikawa près de Shibuya.

we are walking in the air

Nous marchons dans les airs. La nuit venue, c’est permis. On nous croit rendu loin mais nous flottons tout près en frôlant les êtres. Les musiques de fin d’été nous attirent autour de la foule qui vient se réunir le soir. On ne soupçonne pas notre présence si ce n’est des signes, un courant frais dans le cou, un vertige soudain. Nous remplissons pourtant les pensées de temps en temps le soir venu, quand le rythme de la vie se calme et que l’esprit se laisse aller aux divagations. Quand les attaches terrestres font une pause brève, une réunion s’opère. Nous reviendrons peut être demain, mais ça ne dépend pas de nous. Rien ne se commande ni ne se prévoit.


J’écoute l’album éponyme de Slowdive depuis quelques semaines, et je ne me lasse pas de le ré-écouter sans cesse, notamment pendant mes promenades photographiques en ville dans les rues de Tokyo. Ce groupe de shoegaze était actif dans les années 90 et s’est reformé récemment pour quelques concerts et pour cet album éponyme. Plus de 20 ans après les trois premiers albums du groupe, on retrouve cette même atmosphère et c’est très enthousiasmant. J’aime tout particulièrement les morceaux où les voix de Neil Halstead et de Rachel Goswell se complètent. L’esprit shoegazing est toujours présent sans prendre trop de rides. Les moments dans le morceau « Don’t know why » où la voix de Rachel se noie progressivement et disparait sous le flot musical des guitares me donnent toujours des frissons de satisfaction musicale. Si l’album Souvlaki, sorti en 1993, reste très certainement le meilleur album de Slowdive (la beauté pénétrante d’un morceau comme Dagger), ce nouvel album s’en approche par sa qualité.

Les quelques photographies ci-dessus où corps et décors se mélangent sont en quelque sorte mon équivalent photographique aux morceaux de Slowdive quand les voix se fondent et se mélangent aux sons des guitares.

Dans un autre style, électronique cette fois, j’écoute aussi beaucoup Aphex Twin ces derniers temps et cette musique électronique très rythmée, parfois joueuse et parfois sombre, m’accompagne aussi souvent dans mes parcours urbains. Il y a plus de 15 ans, je découvrais Aphex Twin à travers l’album Richard D. James, sorti en 1997. Cet album m’avait laissé à l’époque un avis assez mitigé. Certains morceaux comme « Cornish Acid » sont sublimes et mystérieux, mais d’autres morceaux sont beaucoup plus légers à mon goût, voire pop sur les bords, et un peu anecdotiques. Je n’avais pas cherché à creuser plus en avant la musique de Aphex Twin à l’époque. Les hasards d’un article sur Pitchfork sur les meilleurs albums de IDM (Intelligent Dance Music), me ramène vers cette musique. IDM est une dénomination très décriée regroupant une catégorie de musique électronique compliquée faite pour l’écoute au casque plutôt que sur les dance floor. Le label Warp en est spécialiste. Ce style me plait intrinsèquement. Comme pour la musique d’Autechre, les morceaux de Aphex Twin que j’ai pu découvrir récemment sur trois albums: le plus ancien Selected Ambient Works 85-92 et les plus récents Syro et Cheetah EP, semblent se faufiler dans les méandres les plus profondes du cerveau, comme si cette musique pointue venait réveiller des sens encore inconnues. On n’est pas loin d’un effet d’addiction, comme à l’époque de mon écoute exclusive et probablement excessive de la musique d’Autechre. Mais alors qu’Autechre devient de plus en plus obscure et inaccessible, Aphex Twin reste très abordable car les mélodies sont bien présentes de manière beaucoup plus immédiate et souvent entêtantes. Mais l’esprit joueur qui brouille les pistes n’a pas disparu des derniers albums de Aphex Twin. Parmi la multitude des sonorités électroniques de Syro, se cache par exemple un morceau totalement au piano dans le calme d’un jardin le soir. Ce piano me rappelle d’ailleurs celui de Grouper sur le superbe album Ruins. Ces trois albums de Aphex Twin sont ancrés dans une même continuité de son et ces sons minutieux sont un véritable plaisir à l’écoute.

Ces derniers jours, je suis troublé par ce morceau « Rest » de Charlotte Gainsbourg sur son futur album du même nom qui sortira en novembre 2017. Ces mots, cette voix sur la musique électronique en répétion et en suspension de Guy-Manuel de Homen-Christo (une moitié de Daft Punk) sont d’une beauté imparable. J’attends de pouvoir écouter le reste de l’album Rest, en espérant qu’il conservera cette ambiance.

Pour terminer avec la musique que j’écoute en ce moment et pour changer encore de style, j’apprécie beaucoup le nouveau morceau de Utada Hikaru Forevermore. Le prochain album après Fantôme qui était très bon, n’est pas encore prévu à ma connaissance. J’ai toujours gardé une oreille attentive aux morceaux de Utada Hikaru. Je trouve qu’elle est très inspirée ces dernières années et construit des morceaux avec beaucoup de variations dans la composition et dans la voix. On est très loin de ce que l’on peut entendre en général dans la pop japonaise, souvent peu inspirée et répétant les mêmes recettes sans beaucoup d’originalité avec pour but unique le succès commercial immédiat. Il y a beaucoup de succès commercial pour Utada Hikaru, mais elle semble tracer son chemin loin de cela (peut être la distance géographique car elle réside à Londres). Ma lucidité me dit que ça ne durera peut être pas.

shibaura house par kazuyo sejima

De passage à Shibaura, je pense à aller voir ce petit immeuble de bureaux appelé Shibaura House, avec terrasses à l’air libre protégées d’un fin grillage et escalier extérieur arrondi. C’est l’oeuvre de Kazuyo Sejima du groupe d’architectes SANAA primé du Pritzker. Les étages de l’immeuble sont entièrement vitrés, comme on peut le voir sur une grande partie des oeuvres de Kazuyo Sejima. Il a une belle allure ce petit immeuble de verre. Je ne pouvais malheureusement pas entrer à l’intérieur, notamment au rez de chaussée rempli de tables arrondies et de petites chaises en bois (dont celles en oreilles de lapin de SANAA). Cette découverte me donne envie de revoir Small House du même architecte.

des couleurs imprimées pour surmonter la ville

En revenant de Ueno en voiture, nous nous arrêtons quelques instants près d’un nouvel espace aménagé sous les voies ferrées, aperçu brièvement sur le chemin allé. L’endroit s’appelle 2k540 Aki-Oka Artisan. Comme son nom le laisse en partie deviner, il s’agit d’un espace regroupant des dizaines de boutiques artisanales, de styles variés. Les marquages au sol ainsi que tout l’intérieur de l’espace sont peint en blanc. Cela donne un assez bel effet, notamment les piliers soutenant la voie ferrée, comme on peut le voir sur les photographies ci-dessus.

Le reste des photographies de ce billet est beaucoup plus décousu. On commence par les points noirs et blancs de la boutique Comme des Garçons, à Marunouchi sur Naka-dori. Il y en a plusieurs dans cette rue. Le dessin de fleur bleue ainsi que la maisonnette très colorée au bord du canal se trouvent à Tennozu Isle. Je profitais d’une petite heure de libre pendant que Zoa assistait à son cours de programmation de robot, pour aller faire un petit tour à Tennozu Isle. Mon but était de prendre en photo la peinture gigantesque d’un sumo, ressemblant comme deux gouttes d’eau à Edmond Honda dans Street Fighter II. Malheureusement, elle avait été effacée. C’est bien dommage mais je ne suis que moyennement étonné car l’art de la rue est de toute façon éphémère. La dernière photographie montre un petit bâtiment près de Ebisu, également sur-imprimé, avec un visage et un buste dessinés. Je pense qu’il s’agit d’un bar ou d’un restaurant, mais je n’ai pas été voir de plus près.