

Azabu Jūban (麻布十), le Vendredi 20 Juin 2025.
Sur cette grande avenue près de la station d’Azabu Jūban, je suis toujours tenté par la photographie. Il y a tout d’abord le building Joule A par l’architecte Edward Suzuki qui m’attire pour sa surface métallique courbe et pour ses nuages imaginaires donnant une idée de légèreté d’un monde flottant face à l’autoroute massive survolant le grand carrefour de Ichinohashi (一の橋). Il y a également la masse imposante du pilier central placé au milieu de ce croisement, soutenant de toutes ses forces les étages de l’autoroute intra-muros. Et puis, il y a les êtres autour d’une taille infime et d’une fragilité insouciante.


National Museum of Modern Art Tokyo (東京国立近代美術館), le Samedi 14 Juin 2025.
J’avais déjà été voir une exposition au National Museum of Modern Art Tokyo (東京国立近代美術館) l’année dernière, celle du photographe Takuma Nakahara (中平卓馬). Nous y retournons cette fois-ci pour une toute autre ambiance. J’aime beaucoup ce musée pour son emplacement au bord du Palais Impérial. Une salle du musée à l’étage est même conçue spécialement comme lieu d’observation. L’angle de vue donnant sur les douves du Palais et sur ses anciennes remparts, puis sur la barrière de buildings de Marunouchi au loin, attire une fois de plus mon modeste œil photographique. Cette salle depuis laquelle est prise la photo ci-dessus fonctionne comme un lieu de repos pour les visiteurs de la collection permanente du musée. Nous avons bien sûr visité cette collection permanente, mais nous étions avant tout venus voir l’exposition dédiée à la peintre Hilma af Klint.



L’exposition Hilma af Klint: The Beyond, présentée au National Museum of Modern Art Tokyo (MOMAT), se déroulait du 4 Mars au 15 Juin 2025 et nous y sommes allés l’avant dernier jour, en ayant la bonne idée d’acheter nos places à l’avance. Je ne connaissais en fait pas auparavant cette peintre suédoise, née en 1862 près de Stockholm et morte en 1944, reconnue comme l’une des précurseures de l’art abstrait, mais longtemps marginalisée. Il s’agissait de la première grande rétrospective en Asie lui étant dédiée. L’exposition regroupait environ 140 œuvres, exposées pour la première fois au Japon, donnant un regard très complet sur son œuvre mélangeant spiritualité, science, féminisme, avec une approche conceptuelle toute à fait étonnante. J’ai été particulièrement impressionné par une de ses œuvres emblématiques, The Ten Largest (1907) qui est un ensemble de dix peintures monumentales de plus de 3m de haut représentant les différentes étapes de la vie, de la jeunesse à la vieillesse. On nous montrait également une autre série importante, celle des Peintures pour le Temple (1906–1915). L’exposition nous explique qu’Hilma af Klint reçu en 1904, lors d’une séance spirituelle, une instruction divine de créer des œuvres théosophiques pour élever spirituellement l’humanité. Elle commença alors la création des 193 toiles composant Les Peintures pour le Temple sur une période de dix années. Ces toiles abstraites mêlent formes géométriques, motifs botaniques et symboles cosmiques pour explorer une réalité invisible au-delà du monde matériel. La vision d’Hilma af Klint était de regrouper ensuite ces œuvres dans un ensemble architectural, celui d’un Temple qui n’aura finalement jamais vu le jour. On peut tout à fait imaginer que ses visions mystiques l’ont marginalisé à l’époque, mais elle nous laisse aujourd’hui un univers univers abstrait tout à fait unique et d’une étonnante beauté.

Ça me prendra certainement des mois et peut-être même des années, mais je me suis mis en tête d’écouter tous les épisodes de Liquid Mirror qu’Olive Kimoto a publié sur NTS Radio. Je commence par le tout premier sorti le 20 Novembre 2018, qui est tout simplement excellent. Le premier morceau intitulé On the Flowers Face de Body Sculptures comporte un rythme lent de tambours ressemblant à du taiko qui correspondait tout à fait à l’ambiance dans laquelle je me trouvais lorsque je l’ai écouté pour la première fois le jour du matsuri de Shirokane. Le morceau principalement instrumental possède une mélancolie profonde qui met tout de suite dans l’ambiance de ce qui va suivre. Tout l’épisode évolue dans des atmosphères vaporeuses entre Shoegaze, Dream Pop et New Wave. Le morceau qui suit intitulé Mixed Tide par SRSQ, projet solo de la musicienne américaine Kennedy Ashlyn, est sublime, et complètement envoûtant comme pourrait l’être le meilleur de Cocteau Twins. C’est à mon avis le sommet de l’épisode mais le reste est dans la même lignée. Le morceau suivant Put Your Hands Around My Throat de Perfect Human dans un style New Wave possède une étrange beauté baroque, ambiguë et fascinante. On en parlait dans les commentaires d’un précédent billet, mais je me demande où Olive Kimoto trouve toutes ces étranges moments de beauté musicale. Je suis complètement en phase avec la totalité de la playlist de cet épisode, le morceau Shoegaze Julia par Lowtide, l’électronique éthérée de Virtues and Vice par Xeno & Oaklander, l’expérimental Outer Space de Chloé (qui, je ne sais pas pourquoi, me ramène dans les mondes souterrains de Metroid), pour citer quelques autres pépites musicales. Et ça fait beaucoup de bien à l’écoute.

Je continue ensuite avec l’épisode du 18 Décembre 2018 consacré aux groupes et artistes d’Asie avec la très agréable surprise de voir Faye Wong (王菲) présente dans la playlist avec un morceau intitulé Serpentskirt en collaboration avec Cocteau Twins. Je suis toujours épaté par la beauté vocale et l’élégance de Faye Wong, d’autant plus accompagnée ici par Elizabeth Fraser. Superbe morceau d’une beauté flottante presque irréelle, mais je suis avant tout désarçonné par le premier morceau de la playlist: Ukiyo no Koi (浮世の恋) du groupe japonais Kidorikko (きどりっこ). J’y ressens tout de suite une certaine influence de Jun Togawa, ce qui m’intrigue beaucoup et m’incite à en savoir plus. Kidorikko était un groupe japonais de New Wave formé en 1985 par Ten Chiyumi (てん ちゆみ) au chant, Ryuichi Sato (佐藤隆一) au synthétiseur Korg et Kimitaka Matsumae (松前公高) aux claviers et guitare. Ce dernier a rapidement quitté le groupe en 1986, et Kidorikko a principalement fonctionné en duo jusqu’en 1991. J’écoute leur album Ryūkō Tsūshinbo (流行通信簿), réputé comme étant le plus abouti et il me fascine tout de suite, comme c’est régulièrement le cas pour moi lorsque je découvre des musiques japonaises rock ou new wave obscures des années 1980. L’album Ryūkō Tsūshinbo est sorti en 1987. Il est étrange sous de nombreux aspects mais la voix parfois enfantine mais versatile de Ten Chiyumi en est un aspect particulièrement notable. Si Ukiyo no Koi (浮世の恋) est un des plus beaux et mystérieux morceaux de l’album, j’en aime de nombreux autres, avec en premier lieu le morceau titre Ryūkō Tsūshinbo dont j’adore les nappes de synthétiseurs. Le morceau Nemutariran (ネムタリラン) est des plus étranges mais représente assez bien le monde rêveur de cet album. En fait, tout est étrange sur cet album, comme les sons de synthétiseurs dissonants sur METRONOSE et la voix de Ten Chiyumi qui me rappelle ici encore Jun Togawa. Mais à force d’écouter cette musique, ces sons et cette manière de chanter finissent assez rapidement par me fasciner. En fait cette musique me ramène vers l’époque pas si lointaine où j’écoutais Jun Togawa et Yapoos d’une manière quasiment obsessionnelle. Il y a quelque chose d’addictif dans cette new wave décalée, dans ces structures électroniques complexes et dans la voix excentrique de Ten Chiyumi qui n’est pas sans une pointe de folie douce. Cette excentricité est à la limite du kawaiisme innocent mais a en même temps un côté dérangeant. Il y a une théâtralité certaine dans leur présence musicale, parfois un peu gothique et toujours avant-gardiste. La singularité de cet album et de ce groupe est captivante mais sera bien sûr loin de plaire à toutes les oreilles. Je suis personnellement sous le charme de cette pop expérimentale des années 80, qui ne manque pas de surprise. Je pense que je recherche en musique une forme de déstabilisation.

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