晴れがコンティニュアム・ポップ

Entre deux pluies, les chaleurs reviennent au pas de course mais ne m’empêchent pas de marcher en écoutant d’autres styles de musiques que le rock. Je prends beaucoup moins de photographies en ce moment car nous n’avons pas eu beaucoup d’occasions de sortir hors de Tokyo le week-end. Prendre peu de photographies a l’avantage de me donner un peu le temps pour repasser en revue ce que j’ai pris ces derniers mois. Il y a en général un grand nombre de photographies que je mets à l’écart après une première revue le jour même où je les ai prise mais qui mériteraient peut être d’être réhabilitées. Autant je peux mettre une semaine entière pour écrire un billet, autant la sélection et le traitement des photographies est rapide, peut être même trop rapide pour me laisser assez de temps à la réflexion. Je me dis qu’il y aura toujours un moment futur où j’y retournerais. Avoir peu de nouvelles photographies à montrer est aussi pour moi une opportunité de modifier et triturer certaines d’entre elles. Je fais beaucoup moins de ce que j’appelais des compositions graphiques et ça me manque parfois. Pourtant, je prends régulièrement en photos des motifs urbains ou naturels, le ciel et les nuages, qui pourraient ensuite m’être utile pour de futurs compositions superposant des couches d’images. La série de photographies de ce billet prise à Daikanyama n’a rien des compositions graphiques que je viens d’évoquer. Ce sont les dernières photographies que j’ai prises au mois d’Août au moment d’écrire ces lignes. La perspective de ne plus rien à avoir à montrer ensuite me ravit tout autant qu’elle m’inquiète.

La seule musique K-Pop que j’écoute et apprécie est celle du groupe aespa, dont j’ai d’ailleurs déjà parlé sur ces pages à quatre ou cinq reprises à l’occasion de nouveaux singles. J’ai bien sûr écouté leur deuxième album Lemonade, sorti il y a quelques mois après un long teasing marketing de deux ou trois mois sur les réseaux sociaux, mais je n’en avais pas encore parlé. J’y repense maintenant car Aeri Uchinaga (内永枝利), connue sous le nom de Giselle (지젤) dans le groupe aespa, intervient sur NTS Radio pour nous faire découvrir pendant une heure son univers musical. J’en suis assez étonné dans le bon sens car j’y retrouve certaines musiques qui font également partie de mon univers musical, que ça soit les Pixies avec l’incontournable Where is My Mind? (Surfer Rosa, 1988), Smashing Pumpkins avec Luna (Siamese Dream, 1993), Hole avec Asking for it (Live Through This, 1994). Sa playlist est assez éclectique car on y trouve également le très beau Reflection Eternal de Nujabes (Metaphorical Music, 2003), MGMT avec Kids (Oracular Spectacular, 2007), que j’ai quelque part sur mon iPod mais que je n’ai pas écouté depuis longtemps, ou encore un classique comme No Ordinary Love de Sade (Love Deluxe, 1992). Du haut de ses 25 ans, elle a dû découvrir toutes ces musiques bien après leur sortie. Personnellement, j’aurais plutôt tendance à choisir la musique qui m’a construit dans les morceaux et albums que j’ai pu vivre au moment de leur sortie, mais ça m’intéresse beaucoup qu’elle prenne ses sources musicales dans des musiques qui me parlent et qui sont très éloignées (voire à des années lumière) de la K-Pop qu’elle pratique avec aespa. J’ai donc également écouté le nouvel album d’aespa mais pas en totalité. Je m’arrête sur le premier single WDA (Wild Different Animal) en featuring avec G-Dragon, puis le deuxième single-titre d’album Lemonade et le troisième qui conclut l’album, Switchblade avec un featuring de Ty Dolla $ign. Ces morceaux sont très travaillés et efficaces comme l’exige la K-Pop, mais je ressens chez aespa quelque chose de différent des autres groupes de K-pop et qui m’attire sur un grand nombre de leurs morceaux. La musique d’aespa pleine de textures, de basses et d’effets futuristes ressemble à une machine électronique et les voix du groupe placées à l’intérieur ont quelque chose de presque inhumain. Il y a quelque chose de très mécanique dans leurs chants qui se relaient à la perfection dans cette machine bien huilée. La composition musicale et l’apparence visuelle du groupe se veulent spectaculaire et incisive mais n’hésitent pas en même temps à ajouter des petites touches de kitsch et d’humour dérisoire volontaire, comme si une rébellion interne couvait à l’intérieur de cette belle machine. Dans ma réflexion, je me demande si ce n’est pas volontaire que le « Switch it up » du refrain de leur morceau Switchblade ressemble lorsqu’il est prononcé rapidement au « Sushiro » de la chaîne de restaurant de sushi portant ce nom. Ce doit être seulement du Sora mimi (空耳) de ma part, mais je pense qu’une grande partie du public japonais a dû faire le rapprochement. aespa a en tout cas déjà chanté partiellement en japonais, sur le single Attitude notamment. Parmi tous les morceaux musicalement agressifs de leur nouvel album Lemonade, on trouve également un morceau plus posé et rêveur, Camouflage, qui compte parmi ceux que je préfère. Certains pourront comprendre que j’aime ce titre Camouflage, 迷彩 (Meisai) en japonais, pour une autre raison.

Écouter la playlist de Aeri/Gisele sur NTS radio me rappelle que je n’ai pas écouté les épisodes de Liquid Mirror de ces derniers mois. Je me lance dans celui publié la 18 Août 2026. C’est un excellent cru explorant comme d’habitude de manière éclectique ’toutes les intersections de l’éthéré naviguant du shoegaze et de la dream pop à la musique électronique et expérimentale’. Le premier morceau Miro’s cat de King Softy (feat. Spivak) matérialise bien cette musique éthérée remplie d’étrange. Sans surprise, on retrouve dans cette nouvelle playlist quelques très beaux morceaux de Cocteau Twins, Olive Kimoto étant clairement fan du groupe. Un des morceaux qui me plait le plus dans cette playlist est, encore une fois, un morceau d’Olive Kimoto elle-même accompagnant cette fois-ci Locust, le projet du musicien électronique britannique Mark Van Hoen. Le morceau White Light de Locust est magnifique, dans le plus pur esprit de ce qu’on peut écouter de plus beau sur Liquid Mirror. J’ai l’impression qu’elle a intégré le groupe mais je ne sais si c’est de manière permanente. Peut-être pas en fait car le nouvel album de Locust qui s’intitulera Spectral+ et sortira le 11 Septembre 2026 inclut plusieurs voix dont celle d’Olive Kimoto. Björk revient aussi régulièrement dans les playlists mensuelles de Liquid Mirror, avec cette fois-ci le morceau B-side du single Isobel, I Go Humble (Post, 1995). Et dire qu’un morceau aussi beau n’apparaissait que sur la version japonaise de Post en titre bonus. Je n’ai pas le souvenir d’avoir déjà entendu un morceau de Sade dans les playlists de Liquid Mirror. Celui-ci intitulé Like a Tatoo est certes fortement remixé. C’est au passage un parallèle très intéressant avec la playlist de Aeri/Gisele. Il y a beaucoup de pépites dans cette playlist, comme le morceau Wake de Priori & James K (This but more, 2024), trop beau pour être réel, ou encore Unicorn (Shimmering, Warm & Bright, 1992) des norvégiens, originaires de Tromsø, de Bel Canto. Cette musique mélange les textures électroniques, voix aériennes et étrangeté pop. J’aime aussi le final plus électronique avec Sunset Bell featuring Jennifer Wilde (Flux, 1998) du groupe américain Love Spirals Downwards et Ouverture (Nachthorn, 2022) du musicien français, installé à Bruxelles, Maxime Denuc. Ce qui est très intéressant sur ce deuxième morceau, c’est que Maxime Denuc utilise des sons d’orgue comme matière sonore. Il utilise l’orgue de l’église Saint-Antoine à Düsseldorf comme un synthétiseur en le contrôlant par MIDI. Cette approche me rappelle la musicienne Kali Malone qui compose pour orgue à tuyaux mais avec un traitement et une sensibilité proche de la musique électronique. Il me faudrait décidément beaucoup plus de temps pour explorer toutes les perspectives sonores qu’apporte Liquid Mirror.

—— Post-scriptum (continuum pop) ——

J’ai souvent le sentiment de faire des grands écarts dans mes choix musicaux, mais il est par contre assez rare que je regroupe des styles aussi différents dans un même billet, même si l’on pourrait parler ici d’un même ’continuum pop’, entre l’hyperpop d’un côté et la dream pop de l’autre. Je me demande souvent quelles sont les caractéristiques élémentaires qui m’attirent dans ces musiques pourtant très différentes. Ces goûts musicaux qui semblent éloignés en surface ont peut-être des points communs plus profonds. Je ne pense pas être attaché à un genre musical particulier, car je réagis plutôt à des sensations. Peu importe le genre, je serais particulièrement réceptif à une atmosphère sensible et intrigante, à une certaine qualité de voix venant habiter la musique, aux contrastes et à la tension qui se dressent entre calme et agressivité, douceur et étrangeté, pop et expérimentation. J’ai souvent des difficultés à reconnaître les genres musicaux, contrairement à certaines publications musicales que je peux lire et qui semblent pointer si facilement le moindre sous-genre. Ces classifications nous aident à appréhender une musique, mais n’ont finalement pas beaucoup d’importance. Ce sont plutôt les zones intermédiaires qui m’intéressent, là où les catégories entre les genres deviennent floues, lorsqu’un ou une artiste déplace une frontière par rapport au genre dans lequel on l’a classé. Les nouvelles découvertes musicales me passionnent, surtout lorsqu’elles m’amènent vers des territoires moins connus. La découverte est une valeur en elle-même. C’est un processus qui a une importance particulière: partir d’un morceau ou d’un son particulier, rechercher qui l’a produit, découvrir un musicien ou une musicienne qui amène ensuite à découvrir une scène, puis un ou une autre artiste qui utilise une technique comparable. Ces découvertes se nourrissent de recherches incessantes qui construisent presque spontanément des arbres de liens et parentés musicales. C’est une forme de pensée associative, couvrant parfois plusieurs décennies, qui m’a suivi depuis les débuts de mon ’éducation musicale’. Je n’établis pas de hiérarchie forte dans ces découvertes musicales entre ce qui est ancien, et qui serait forcément important, et un jeune groupe ou artiste qui vient d’apparaître sur une scène locale. Ma curiosité et mon intérêt resteront comparables tant que le groupe ou l’artiste en question sera en mesure d’apporter ces sensations particulières qui m’attirent indépendamment des genres.

Je ne suis peut-être pas réellement éclectique dans mes goûts musicaux, et peut-être sont-ils en fait très cohérents, traversant plusieurs genres tout en partageant plusieurs constantes: une attirance pour l’étrangeté et la transgression des normes, même lorsqu’elle est légère, une appréciation des atmosphères personnelles et des textures qui ne sacrifient pas l’approche mélodique. À une musique techniquement impressionnante, je préférerai toujours une texture singulière. J’aime assez naturellement aller vers des musiques expérimentales, mais l’accroche mélodique a en même temps une importance primordiale, même si elle est très discrète. Je suis clairement sensible aux mélodies mélancoliques, mais lorsqu’elles ne sont pas chargées de pathos et qu’elles n’atteignent pas un sentiment de tristesse forcée. La mélancolie ne doit pas être trop démonstrative mais fragile, fugitive et légèrement inaccessible. Le décalage, quand un élément n’est pas exactement là où on l’attend, est peut-être le point qui m’est le plus important. Ça peut être, par exemple, une note ou une voix en décalage, un rythme ou une structure inhabituel, un contraste entre élégance et brutalité. J’ai souvent envie de mentionner dans mes textes ces petits déplacements marquants en relevant les minutes et les secondes exactes où ils interviennent, mais je me retiens. Une musique peut être extrêmement travaillée et sophistiquée, mais il faut qu’il y ait une aspérité, une atmosphère qui nous emporte au-delà du raisonnable. Le fait de reconnaître certaines qualités musicales indépendamment de leur genre permet de faire cohabiter des artistes très différents sans que cela soit réellement contradictoire. Mon goût musical est de ce fait plutôt transversal, moins organisé autour des genres que sur un équilibre entre ordre et désordre, beauté et étrangeté, familiarité et découverte. C’est probablement là que se trouve sa véritable cohérence.

something’s watching over me

La musique survole divers lieux de Tokyo et d’ailleurs et nous observe. Elle est témoin des émotions qui se forment et se matérialisent sur nos visages, que ça soit à travers des réactions de joie intense ou des moments de mélancolie profonde. Les deux sentiments qui peuvent paraître antinomiques se mélangent souvent car toucher du doigt la mélancolie profonde provoque souvent une joie intense. Tokyo m’évoque souvent cette dualité qui ne lui est pourtant pas spécifique. Pour preuve, partons maintenant du côté de la Californie.

Encore une fois, je suis très impressionné par la sélection musicale de l’émission Liquid Mirror sur NTS Radio sur son épisode publié le 31 Mars 2026. L’épisode a été enregistré à Los Angeles et évoque donc la Californie à travers la photographie d’Olive Kimoto sur une plage et par la sélection de groupes présents. Une série de quatre morceaux se suivant dans la playlist provoquent même en moi une forme d’obsession. Il s’agit des morceaux Music de Felt Out, Watching Over Me de Horse Vision, California de Jouska et Without a Trace de 16 Underground. Je ne connais aucun de ces groupes indépendants, et ce sont de très belles découvertes parfaitement enchainées par le mix de l’émission, en particulier pour les deux morceaux Watching Over Me et California. Le reste de l’émission a de nombreux autres très bons morceaux, comme ceux intitulés Hang on the wall what you kill par Emory, Video par Yawning Portal et Wish it (Bite it) par Touching Ice. Je dirais qu’il n’y a pas de faux pas dans cette playlist qui évolue dans des atmosphères Etheral Indie Pop, mais ce passage de quatre morceaux vient voyager profondément dans l’inconscient de mes émotions. Parmi les groupes cités ci-dessus, une majorité est originaire de Los Angeles, California, mais les deux morceaux qui me touchent le plus profondément sont de Suède (Horse Vision) et de Norvège (Jouska). La voix principale du duo Horse Vision, composé de Johan Nilsson et Gabriel von Essen, me rappelle la sensibilité d’Elliott Smith. Sur California de Jouska, les textures sont aériennes et enveloppantes avec une voix éloignée et mélancolique évoluant dans des sphères musicales proche du slowcore et de la dream pop. Ces sons poussent à la contemplation, à observer tranquillement tout ce qui nous entoure dans les rues de Tokyo ou de Californie.

une mélodie contemplative nordique

Notre parcours d’observation des feuilles d’Automne nous amène jusqu’au parc forestier pour enfants Tove Jansson Akebono (あけぼの子どもの森公園) dans la préfecture de Saitama. Ce parc inauguré en 1997 est inspiré par l’illustratrice, peintre et auteure Tove Jansson (1914–2001). Cette artiste finlandaise suédophone est surtout connue comme la créatrice des Moomins, une série littéraire et graphique mondialement populaire notamment au Japon. Je suis bien entendu familier de ces personnages mignons ressemblant à des hippopotames blancs, mais je ne connais pas du tout l’univers des livres qui sont apparemment marqués par un humour doux et une mélancolique nordique. Le parc n’a pas été dessiné par Tove Jansson, mais par un architecte japonais nommé Takekazu Murayama (村山雄一) qui a été inspiré par l’univers de l’illustratrice. Ce parc forestier est en fait l’oeuvre la plus remarquable de l’architecte, mais ces autres créations gardent cette caractéristique d’une architecture vivante et organique.

Murayama est né en 1945. Il a étudié l’architecture à l’Université de Waseda, puis après quelques années passées dans un bureau d’architecture à Tokyo, il décida de s’installer pendant plusieurs années à partir de 1977 en Allemagne et en Autriche pour s’immerger dans l’étude de la pensée de Rudolf Steiner (anthroposophie) qui a fortement influencé sa vision architecturale, sensible à l’environnement, à la nature et aux formes organiques. Il retourne au Japon en 1984 pour y fonder son propre bureau Murayama Architectural Design Office (村山建築設計事務所). On trouve dans les quelques bâtiments dispersés dans le parc Tove Jansson Akebono cette recherche d’une architecture vivante en relation directe avec la nature. Les formes architecturales sont comme des structures organiques avec des formes courbes et irrégulières. Le parc ressemble à un petit village avec chemins, étang et ruisseau et on verrait volontiers les Moomins débarquer des bois pour rentrer s’installer tranquillement dans ces étranges demeures. Cet espace naturel nous pousse à la rêverie, dans la mesure où on arrive bien sûr à faire abstraction de la foule. Il y a du monde en effet venu profiter de ce décor bordé par les feuilles rouges d’Automne des grands arbres. Un des intérêts de ce parc est qu’on peut visiter les maisons, qui ont une complexité intérieure très intéressante. L’intérieur reprend ces inspirations organiques et ressemble à un labyrinthe avec escaliers irréguliers en bois entourés de rambardes en acier à la Gaudi, volumes sculptés et toits arrondis. Les enfants y trouvent de nombreuses cachettes et l’accès à certains endroits de la demeure est même parfois difficile pour les adultes. C’est un véritable petit monde à part dans lequel on s’échappe volontiers.

En musique, je m’échappe également vers le Nord de l’Europe avec la deuxième pièce de la suite en 12 chapitres pour piano Das Buch der Klänge I–XII du compositeur et pianiste allemand Hans Otte, interprété brillamment par le pianiste allemand Herbert Henck, lui-même spécialisé dans les musiques modernes, minimalistes et d’avant-garde. Ce deuxième mouvement construit sur un motif rapide en consonances me rappelle la fluidité du ruisseau du parc de Saitama, mais j’aime surtout les quelques dissonances qui apparaissent par moments le long du long morceau de presque dix minutes. Elles viennent altérer la lumière du flot ininterrompu, comme si quelques nuages orageux venaient menacer ce paysage. Cette musique contemplative me met dans un état méditatif. Il est difficile de faire autre chose en écoutant ces notes car on se concentre sur le déroulé musical. J’ai découvert ce morceau par un heureux hasard sur NTS Radio. Alors que je terminais la ré-écoute d’une émission de Liquid Mirror, NTS enchaîne automatiquement sur une autre émission de leur vaste catalogue. Il s’agissait du NTS guide to Holy Minimalism du 9 Août 2024, une émission de deux heures consacrée aux compositeurs de musiques de style minimaliste et neo-romantique de la fin du 20ème siècle. Le deuxième morceau de cette sélection est Das Buch der Klänge II et il m’a tout de suite fasciné. Le courant Holy Minimalism (ou sacred minimalism) est apparu dans les années 1970–1990. Il est caractérisé par une écriture épurée, des harmonies consonantes, et une forte dimension spirituelle ou contemplative. Ce courant est souvent associé aux compositeurs Arvo Pärt (Estonie), John Tavener (Royaume-Uni) et Henryk Mikołaj Górecki (Pologne). Bien que Hans Otte ne soit généralement pas classé dans ce courant Holy Minimalism, il se situe dans une zone très proche, au point où on pourrait y trouver une parenté esthétique, mais il n’y a pas d’inspiration religieuse.

NTS Radio propose également une émission présentant une sélection contemporaine de jeunes musiciens et musiciennes inspirés des compositeurs du Holy Minimalism du 20ème siècle. Cette émission intitulée NTS Guide to Contemporary Holy Minimalism a été diffusée le 16 Janvier 2025. Parmi les œuvres de la sélection, celle à plusieurs voix composée par Kali Malone intitulée Passage Through The Spheres m’impressionne particulièrement. Kali Malone est une compositrice et organiste américaine, née en 1994 à Denver mais installée à Stockholm en Suède depuis les années 2010. C’est une des figures majeures de la musique contemporaine minimaliste, drone et expérimentale. De son album All Life Long sorti en 2023, j’écoute également le deuxième long morceau All Life Long (For Organ). Ce morceau est également fascinant au plus haut point pour sa polyphonie lente et minimaliste jouée à l’orgue à tuyaux qui m’a pris par surprise. Il est ensuite difficile de s’en échapper tant elle convoque des émotions profondes enfouies en soi. On n’est ici pas très loin de la musique électronique drone, sauf qu’il s’agit d’instruments classiques. Cette musique de Kali Malone me rappelle en fait un peu la musique électronique de Caterina Barbieri sur des morceaux comme Myuthafoo qui est également basée sur des évolutions subtiles de tonalités. On y trouve, je pense, une même inspiration minimaliste et contemplative, qui me plait beaucoup. A leurs manières, All Life Long (For Organ) de Kali Malone et Myuthafoo de Caterina Barbieri provoquent des émotions fortes irréversibles. Je dirais même que ces musiques ne sont pas inoffensives (comprennent ceux qui peuvent comprendre). En regardant les crédits du morceau Passage Through The Spheres, je remarque d’ailleurs une coïncidence intéressante qui apporte de l’eau à mon moulin (celui installé dans le petit parc de Saitama). Caterina Barbieri a en fait participé à ce morceau de Kali Malone en traduisant en italien les paroles originales adaptées du court essai In Praise of Profanation (2007) du philosophe italien contemporain Giorgio Agamben. Cette association artistique m’intrigue beaucoup d’autant plus qu’elles ont déjà composé ensemble. Et en revenant au morceau Passage Through The Spheres, il a été chanté par l’ensemble Macadam en France, dans la Chapelle Notre Dame de l’Immaculée Conception à Nantes, pas très loin du Château des Ducs de Bretagne. L’émission de Liquid Mirror qui m’a indirectement dirigée vers ces morceaux d’inspiration minimaliste était celle du 31 Mars 2025. J’y reviens de temps en temps, notamment pour écouter le premier morceau électronique Continue? [Y/N] du suédois Jonas Thunberg (aka JT). Je trouve également dans cette musique une approche contemplative qui me plait beaucoup et que j’ai envie d’associer aux mélodies contemplatives nordiques ci-dessus.

金・木・犀

Chaque année, au début du mois d’Octobre, la ville se couvre d’une odeur douce et persistante, celle du kinmokusei (金木犀), les fleurs d’osmanthus orange qui s’accrochent aux coins de rues. Je ne m’en étais pas vraiment rendu compte les années précédentes mais j’ai vraiment l’impression cette année d’en voir et sentir à tous les coins de rues de Tokyo. La couleur orangée en vient même à colorer mon objectif lorsque j’aperçois non loin d’un grand arbre de kinmokusei une vieille Toyota Crown qui semble dormir ici depuis les années 1980. Kinmokusei (金木犀) est également un très beau morceau d’AiNA The End (アイナ・ジ・エンド) dont j’avais déjà parlé à sa sortie en Décembre 2020.

J’avais mentionné un peu plus tôt que je comptais découvrir petit à petit tous les épisodes de l’émission Liquid Mirror de NTS Radio. Je note tout de suite celui du 4 Juin 2019 où Olive Kimoto présente une sélection musicale intitulée An 80’s Japanese Retrospective. Cette sélection contient quelques pépites inattendues en plus des quelques morceaux que je connaissais déjà comme Ballet du Yellow Magic Orchestra (YMO) sur l’album BGM de 1981, Café de Psycho (カフェ・ド・サヰコ) de Guernica (ゲルニカ) sur l’album Kaizō he no Yakudō (改造への躍動) de 1982 et Kiss wo (キスを) de Yapoos sur leur premier album Yapoos Keikaku (ヤプーズ計画) de 1987. On trouve sur cette playlist le morceau Body Snatchers d’Haruomi Hosono (細野晴臣) sur son album S・F・X sorti en 1985. La version Special Mix est un morceau de techno-pop expérimentale très dense pleine de sons numériques samplés qui s’entrechoquent, de rythmiques electro-funk dans un ensemble fragmenté vraiment fascinant. Je pense avoir déjà écouté ce morceau mais je le redécouvre en tout cas cette fois-ci. La grande découverte de la playlist de Liquid Mirror est Miharu Koshi (コシミハル) sur un morceau intitulé Parallelisme (パラレリズ) de son album du même nom sorti en 1984. J’écoute du coup l’album en entier et il me fascine complètement. Miharu Koshi est une disciple d’Haruomi Hosono qui a produit plusieurs de ses albums, dont Parallelisme sorti sur le label Yen Records, fondé par Haruomi Hosono et Yukihiro Takahashi du YMO au sein d’Alfa Records. En fait dans la playlist de Liquid Mirror, on trouve plusieurs artistes ou groupes affiliés à Yen Records, notamment le YMO et Guernica. L’album Parallelisme est typique du style Techno kayō (テクノ歌謡) apparu au début des années 1980, mélangeant des éléments électroniques et synthétiques de la techno et synth-pop occidentale avec des éléments de chanson populaire japonaise dite kayōkyoku (歌謡曲). Cette fusion entre pop japonaise et son électronique donne une grande part à l’experimentation. Aux boîtes à rythmes et aux synthétiseurs, vient s’associer la voix pop féminine, parfois haut perchée et volontairement naïve, de Miharu Koshi. L’ambiance est souvent surréaliste. Le morceau titre Parallelisme est le meilleur de l’album, il est sublime, mais on y trouve de nombreux petits bijoux d’inventivité techno-pop qui est étonnamment d’une grande fraîcheur même si l’album est sorti il y a tout juste quarante ans. L’écoute de cet album est une expérience qu’il faut tenter avec un esprit ouvert car il part dans différentes directions. Miharu Koshi chante en japonais sur cet album mais comme elle parle le français, elle l’intègre par petites doses dans ses morceaux comme sur Parallelisme (« Là-bas, rien n’est comme ici, là-bas tout est différent »). En parcourant visuellement la discographie de Miharu Koshi, je me rends compte que je connaissais la couverture de l’album Écho de Miharu sorti en 1993, que j’avais du voir présenté dans un numéro du magazine Tsunami de Tonkam que je parcourais avec passion au milieu des années 1990. Je ne peux en fait m’empêcher d’écouter Parallelisme, pour la pop électronique sursautante du premier morceau Ryūgūjō no Koibito (龍宮城の恋人), pour la folie douce de Capricious Salad, pour l’inventivité des sons sur de nombreux morceaux comme Image, pour la dynamique imparable de Mefisutoferezu o Sagase! (メフィストフェレスを探せ!) ou les moments plus posés comme sur Tōbōsha (逃亡者). Le quatrième morceau Santa Man no Mori de (サンタマンの森で) est une curiosité car il s’agit d’une reprise électro-pop du morceau Au bois de Saint-Amand de Barbara.

La musique de Miharu Koshi me fait découvrir un autre objet non-identifié du label Yen Records sous le nom de code Apogee & Perigee (アポジー&ペリジー). L’album de ce projet s’intitule Chō-jikū Korodasutan Ryokōki (超時空コロダスタン旅行記) que l’on pourrait traduire par le récit du voyage spatio-temporel à Korodastan. Il s’agit d’un album-concept, réunissant des artistes du label Yen Records, qui se présente comme un récit de science-fiction et de fantaisie spatiale centré sur les personnages robots Apogée et Périgée et leur univers. Dans cette histoire, le robot Apogee est interprété au chant par Yūji Miyake (三宅裕司), tandis que Perigee est interprété par Jun Togawa (戸川純). À l’époque des années 1980, les robots étaient populaires au Japon, alors que l’Exposition scientifique de Tsukuba suscitait l’interêt de la population pour la technologie. Les deux robots Apogee et Perigee étaient en fait déjà célèbres avant la sortie de l’album car ils avaient fait leur apparition dans une publicité pour le whisky japonais Nikka. Le label Yen choisit d’aller plus loin en créant un album imaginaire racontant leur histoire, en rassemblant les artistes liés au label. On retrouve donc Jun Togawa, Kōji Ueno (la moitié de Guernica avec Jun Togawa), Miharu Koshi, Testpattern, entre entres. Cet album est un chef-d’œuvre méconnu, un album culte, que je connaissais de nom et de visuel car je savais que Jun Togawa y avait participé mais que je n’avais jamais écouté jusqu’à maintenant. La première écoute est surprenante. Je ne suis par contre pas surpris par la voix instable de Jun Togawa car je connais la majeure partie de sa discographie. Dans son rôle de Perigee, elle interprète plusieurs morceaux dont le Voyage sur la Lune (月世界旅行) dont la musique est composée par Haruomi Hosono, le Thème de Perigee (ペリジーのテーマ) sur une musique composée par Yōichirō Yoshikawa (吉川洋一郎) et Shinkū Kiss (真空キッス) en duo avec Yūji Miyake dans le rôle d’Apogee. Ce dernier est surtout connu comme comédien. Sa voix sur ce morceau m’a beaucoup intrigué car elle ressemble beaucoup à celle de Susumu Hirasawa (平沢進). J’étais vraiment persuadé qu’il s’agissait d’Hirasawa, peut-être parce que j’aurais aimé qu’il chante avec Jun Togawa, connaissant l’admiration qu’ils ont l’un pour l’autre. Le troisième morceau de l’album intitulé Professeur Parsec (プロフェッサー・パーセク) composé par Kōji Ueno (上野耕路) désarçonne à la première écoute car il est hors-cadre, formant une pièce à la fois étrange et éclatante. Miharu Koshi compose et chante deux morceaux qui sont absolument merveilleux, Animaroid MV II (アニマロイド・MV II~Tragic-Comedie~) et Le Sage à l’envers, Igas (逆さ賢人・イーガス~侏儒迷宮~). Ce sont tous les deux des petits bijoux de techno-pop pure. Le deuxième morceau est accompagné par une chorale d’enfants appelée Ogas (オーガス). Le sixième morceau est le Thème d’Apogee (アポジーのテーマ~スペース・フォクロア~) chanté par Yūji Miyake et Yutaka Fukuoka (福岡ユタカ). Il est aussi étrange que magnifique, et me fait assez vite comprendre pourquoi cet album est considéré comme culte. C’est un des sommets de l’album mais ils sont nombreux. Dans toute son étrangeté, il s’intègre parfaitement dans l’ensemble de l’album qui reste très cohérent, sauf pour le septième morceau Queen Glacier (クイーン・グレイシャー), chanté par Miyuki Hashimoto (橋本みゆき), qui change soudainement de registre pour passer vers du hard rock 80s très typé. On peut se dire à ce moment là que si cet album concept avait été la bande originale d’un véritable film, cette séquence rock aurait pu correspondre à une soudaine scène d’action. Le morceau n’en est pas moins bon et il me fait même replonger dans mes années de collège où des musiques rock un peu similaires étaient très populaires. L’album s’ouvre et se ferme sur un magnifique morceau atmosphérique et épuré du groupe Testpattern intitulé HOPE. L’ouverture se compose en fait d’une narration du metteur en scène Mitsumasa Shinozaki (篠崎光正) qui nous introduit l’histoire des robots Apogee & Perigee. Je ne saurais pas dire les morceaux que je préfère de cet album mais j’ai quand même un petit faible pour les deux chantés par Jun Togawa, Voyage sur la Lune (月世界旅行) et Shinkū Kiss (真空キッス), pour leur accroche pop toute à fait charmante. Que ça soit sur cet album concept ou sur l’album Parallélisme de Miharu Koshi, je suis complètement bluffé par la créativité exceptionnelle de cette musique et par son brin de fantaisie tout à fait unique. De Yen Records, je connaissais déjà quelques albums du YMO, mais j’ai le sentiment qu’une porte nouvelle (spatio-temporelle peut-être) s’ouvre devant moi, même si celle-ci date d’il y a quarante ans.

誰にもその場所を知られず

Il y a quelque chose de ludique, comme un jeu pour enfants en forme de toboggan, dans la maison Oyagi House conçue par Ryue Nishizawa. Je passe régulièrement la voir lorsque je marche dans le quartier de Shirogane, mais je n’ai jamais vu personne glisser doucement sur la passerelle courbe donnant accès au toit. Je n’ai jamais vu personne non plus utiliser le petit avion jaune à l’arrêt sur le tarmac du jardin pour enfants Raijin Yama de Shirogane. Il a l’air pourtant tout à fait disposé à partir vers d’autres horizons. Je m’excuse d’un mouvement de tête discret en passant à côté, pour signifier que je n’aurai malheureusement pas le temps de l’utiliser aujourd’hui, car d’autres urgences m’attendent. Je le sens pourtant me regarder du coin de l’œil. Je presse le pas, tout en culpabilisant de le délaisser. Les jardins publics, nombreux à Tokyo, sont des petits refuges de nature, des poches d’air entre deux mondes. Ils ne sont pas toujours agréables, mais ont pour principal intérêt d’offrir un lieu d’évasion à ceux qui en ont besoin, comme une sorte de sas de décompression.

Je suis saisi par la beauté introspective et éthérée du single Air Pocket (エアーポケット) de Miki Nakatani (中谷美紀). Ce morceau, sorti en mai 2001, est comme toujours composé par Ryuichi Sakamoto (坂本龍一). Il y apporte une superbe composition au piano et des arrangements électroniques à la fois raffinés et légèrement expérimentaux, sur lesquels se posent les paroles et la voix lente et délicate de Miki Nakatani. Elle ne force pas son chant, ce qui confère au morceau une sensibilité sincère et fragile, à laquelle on s’attache volontiers. On y évoque un moment suspendu, en dehors du temps, flottant entre deux mondes, celui de la réalité et celui de l’imagination. J’aime beaucoup ces petits instants de contemplation, à la fois aériens et intimes.

Je reviens en fait vers la musique de Miki Nakatani car je me suis aperçu que NTS Radio avait présenté une sélection de ses morceaux dans une émission In Focus qui lui est consacrée. Miki Nakatani n’a sorti que trois albums studio, un album de remix et autant d’albums best-of. L’émission de NTS pioche donc dans une discographie assez courte. Certains morceaux proviennent de l’excellent album Shiseikatsu (私生活), sorti en 1999, dont j’ai déjà parlé, mais quelques autres proviennent de son premier album studio Shokumotsu Rensa (食物連鎖), sorti en 1996. On y trouve notamment le single génialement pop Mind Circus ainsi que les morceaux Sorriso Escuro et 汚れた脚 (The Silence of Innocence). Il y a quelque chose de particulièrement plaisant dans la lenteur de ce dernier morceau, malgré des percussions très marquées. Le morceau se termine sur des sons de guitare qui me rappellent le jeu d’Eric Clapton. Je me suis dit que c’était possiblement lui, car Ryuichi Sakamoto doit avoir le bras long. Il s’agit en fait du guitariste Yoshiyuki Sahashi (佐橋佳幸), le mari de l’actrice et chanteuse Takako Matsu. Yoshiyuki Sahashi revendique d’ailleurs Eric Clapton comme influence. Tous les morceaux ne sont pas aussi remarquables que ceux de l’album Shiseikatsu, mais les trois sélectionnés par NTS sont excellents. J’aime aussi beaucoup les morceaux Where The River Flows, l’étrange TATOO et Lunar Fever, avec son atmosphère pop que je trouve assez typique des années 1990. Il y a en fait beaucoup de très bons morceaux sur cet album, même si ceux signés par Yasuharu Konishi (小西康陽) de Pizzicato Five et Taeko Ōnuki (大貫妙子) sont certainement ceux que j’apprécie le moins. La très belle photographie de Miki Nakatani devant un rideau rouge a été prise par le photographe Kazunali Tajima (田島一成), que j’ai déjà évoqué pour une photographie nuageuse très intéressante sur la couverture de l’album-compilation Merkmal de Salyu.

Pour revenir à la playlist de NTS, elle contient, à ma grande surprise, un remix par DJ Krush d’un morceau intitulé 天国より野蛮 (Wilder Than Heaven). La combinaison de DJ Krush et de Miki Nakatani peut paraître étonnante au premier abord, mais le morceau est sublime, dans une ambiance hip-hop typique de Krush. Il est extrait de l’album de remixes Vague, sorti en novembre 1997. Autre surprise de Vague, on y entend un remix du français DJ Cam (de son vrai nom Laurent Daumail) sur un morceau intitulé Aromascape (DJ Cam Rainforest Mix). Ce n’est malheureusement pas mon morceau préféré, car sur ce long titre de neuf minutes, on attend tout du long la voix de Miki Nakatani qui n’arrive finalement pas. Cela m’a néanmoins fait plaisir de retrouver DJ Cam, que j’avais découvert il y a longtemps sur une des compilations CD offertes avec certains numéros des Inrockuptibles dans les années 1990. Ce n’est d’ailleurs pas si étonnant de le retrouver sur cette compilation, puisqu’il avait déjà participé à l’album collectif Code 4109 de DJ Krush sur l’excellent titre No Competition. Revenons encore à la playlist de NTS, qui contient un autre remix intéressant du morceau Superstar par la musicienne électronique britannique Andrea Parker. Les trois morceaux remixés cités ci-dessus proviennent initialement de l’album Cure, sorti en septembre 1997, tout comme le morceau Suna no Kajitsu (砂の果実) qui conclut la playlist. Il existe une version anglaise de ce morceau, intitulée The Other Side of Love, interprétée par Miu Sakamoto (坂本美雨) sous le nom Sister M, avec Yoshiyuki Sahashi à la guitare. Je préfère cette version anglaise, car je garde en tête le moment précis où je l’ai entendu pour la première fois, en voiture, sur une radio locale de la préfecture de Yamagata. Ryuichi Sakamoto s’était éteint quelques jours plus tôt, et les radios passaient ponctuellement des morceaux que je ne connaissais pas, comme celui-ci.

Je pense que j’aime l’approche détachée, et donc forcément cool, que Miki Nakatani a envers les morceaux qu’elle chante. Bien qu’elle ait démarré sa carrière au tout début des années 1990 dans un groupe d’idoles pop appelé Sakurakko Club (桜っ子クラブ), elle s’est principalement tournée vers une carrière d’actrice au cinéma et à la télévision. Elle a a rencontré par hasard Ryuichi Sakamoto, dont elle était déjà une grande admiratrice. Séduite par leur affinité artistique et l’esprit novateur de Ryuichi Sakamoto, elle signe sur son label Güt et chante avec lui pour la première fois sur le morceau en duo Aishiteru, Aishitenai (愛してる、愛してな) en 1995. Leur collaboration a été comparée par certains critiques musicales à celle de Gainsbourg et Birkin. J’imagine que le titre du morceau Aishiteru, Aishitenai faisait écho à la chanson « Je t’aime… moi non plus », écrite et composée par Serge Gainsbourg et chantée avec Jane Birkin dans sa version la plus célèbre sortie en 1969. La collaboration avec Ryuichi Sakamoto lui a permit de s’éloigner de son image d’idole. Elle avouera plus tard: « Je n’étais pas une très bonne chanteuse, j’ai fait des disques pour travailler avec Ryuichi Sakamoto ».

Restons en bonne compagnie musicale sur la radio NTS, dans un tout autre genre. Je l’ai souvent écrit, les épisodes de l’émission Liquid Mirror m’attirent à chaque fois, mais certains d’entre eux me passionnent de bout en bout. L’épisode sorti le 18 août 2025 est de ceux-là, au point que je ne me lasse pas de l’écouter depuis sa diffusion. L’épisode est plutôt axé indie rock et dream pop, ce qui m’attire particulièrement, surtout quand les morceaux qui s’enchaînent sont tous aussi bons les uns que les autres, à commencer par celui intitulé Negative Fantasy par Rip Swirl & Untitled (Halo), suivi de Gilded Shadow d’Olive Kimoto. C’est le premier morceau que je découvre d’elle, et sa musique correspond tout à fait à l’esprit de son émission. C’est peut-être même le titre que je préfère de la playlist. Sur Negative Fantasy, j’aime la manière répétitive par laquelle sont chantées les paroles “just like you” car elles me font entendre quelque chose d’autre sans que j’arrive à complètement décerner si c’est intentionnel ou pas. Je me souviens m’être posé des questions similaires en écoutant le long morceau Love Cry de Four Tet où la répétition obsessionnelle des “Love cry” et ”Love Me” me faisait également entendre autre chose à un moment précis.

Sur la playlist de l’émission Liquid Mirror, suivent ensuite Doom Bikini de James K et Into the Doldrums de Now Always Fades, qui poursuivent brillamment dans cette même ambiance musicale très inspirée aux contours flous. Je ne citerai pas tous les morceaux, mais je suis, en cours de route, particulièrement impressionné par Corners de LEYA & Chanel Beads, et la voix en complainte de Shane Lavers. On pourrait écouter tous ces morceaux indépendamment de la playlist NTS, mais ils fonctionnent particulièrement bien lorsqu’ils s’enchaînent dans une longue plage musicale qui ne nous laisse ni l’envie ni le temps de décrocher. Créer un bon mix est tout un art, et je trouve qu’Olive Kimoto en construit souvent d’excellents.