Nagoya & Pop (2)

La deuxième partie des vacances de ma petite sœur et de ses filles à Tokyo, nous amène loin de Tokyo. Nous avions dans l’idée de passer deux journées et une nuit en dehors de Tokyo, et l’idée d’aller visiter le parc Ghibli (ジブリパーク) s’est soudainement imposée à nous comme une évidence. Le parc dédié comme son nom l’indique à l’univers du Studio Ghibli est situé à Nagakute (長久手市), dans la banlieue de Nagoya. Il est situé dans l’enceinte du parc commémoratif de l’exposition universelle de 2005 à Aichi. Nous pensions initialement y aller en shinkansen mais il s’est vite avéré que la voiture est beaucoup plus économique et ne demande pas beaucoup plus de temps que le train. Il faut dire que le parc est assez éloigné du centre ville de Nagoya, nécessitant environ une heure de train local pour s’y rendre. Nous partons donc tôt le matin pour arriver sur place un peu après 11h. Cette journée était malheureusement pluvieuse mais ne nous a pas empêché de profiter du parc. Le parc Ghibli est récent, ayant ouvert ses portes le 1er Novembre 2022, et il propose des attractions basées sur plusieurs films produits par le studio Ghibli, le studio d’animation fondé par Hayao Miyazaki et Isao Takahata, qu’on ne présente plus bien sûr. On y trouve cinq zones thématiques principales situées dans l’enceinte et les anciens bâtiments de l’exposition universelle de 2005: le Grand entrepôt de Ghibli, la Colline de la jeunesse, la Forêt Dondoko, le Village de Mononoke et la Vallée des sorcières. N’ayant que l’après-midi devant nous pour la visite, je savais qu’on ne pourrait pas tout voir et nous avons donc opté pour les billets standards donnant accès au Grand Entrepôt, qui est par bonheur entièrement couvert, à la Vallée des sorcières et au Village de Mononoke. Stratégiquement, c’était plutôt une bonne idée de prendre un billet standard, car le parc, à part le grand entrepôt, est principalement en extérieur et la pluie compromet beaucoup de choses. Il faut savoir aussi que même si le billet standard donne accès au village des sorcières, il faut quand même avoir un billet premium (qui coûte plus du double du prix du billet standard) pour visiter les maisons à l’intérieur et notamment le château ambulant de Howl. C’était un peu une douche froide, mais on était de toute façon déjà trempé par la pluie. Nous avons donc concentré notre attention et notre temps sur le Grand Entrepôt Ghibli (ジブリの大倉庫), sans même avoir le temps de visiter le village de Mononoke, et c’était très amplement suffisant pour un après-midi. Lors de notre visite du parc Sanrio, on avait été vraiment surpris par les décorations autour du parc. La station de train de Tama Center était par exemple complètement décorée des personnages du monde de Sanrio. Lorsque l’on arrive sur le parking du parc Ghibli, l’approche est beaucoup plus sobre et on se demande d’abord si on ne s’est pas trompé car rien ne laisse vraiment transparaître qu’on approche du but. J’imaginais par exemple qu’on trouverait des petits Totoro dessinés un peu partout sur les pancartes du parc. Mais on aperçoit ensuite l’entrée du parc, une tour-ascenseur métallique à l’esthétique steampunk. On comprend qu’on ne s’est pas trompé. Cet ascenseur étrange est tiré de l’univers de Laputa, le Château dans le ciel. De l’extérieur, le Grand entrepôt de Ghibli nous laisse à peine imaginer ce qui se passe à l’intérieur. Ce grand espace était auparavant une piscine qui a fermé ses portes en 2018. Les merveilles se passent à l’intérieur du grand entrepôt. On y est très vite immergé par l’univers Ghibli. Il y a beaucoup de choses à explorer, ce qui me fait me rendre que je suis loin d’avoir vu la totalité des films d’animation du studio. Nous, surtout les filles, avons beaucoup apprécié voir le fameux Chat-Bus de Totoro. Il y a en fait deux dans l’entrepôt dont un seulement est accessible par les enfants de moins de 12 ans. Il y a certaines règles un peu rigides interdisant les photos à certains endroits ou obligeant d’être accompagné par un enfant pour visiter certaines salles, mais elles restent heureusement limitées. La foule est assez bien contrôlée et on ne se marche pas sur les pieds. On a beaucoup apprécié cette immersion, à l’abris des intempéries. Le monde d’Arietty (借りぐらしのアリエッティ) dans les herbes folles est particulièrement bien rendu et je regrette un peu de ne pas avoir vu ce film d’animation. Certaines pièces reconstituent des scènes clés de certains films et sont souvent impressionnantes, bien que principalement conçues pour la prise de photos. Il fallait quand même attendre une trentaine de minutes pour pouvoir prendre une photo du personnage Kaonashi dans la fameuse scène du train traversant la mer dans Le Voyage de Chihiro (千と千尋の神隠し). Il y avait également une file d’attente pour prendre en photo le robot gardien emblématique du Château dans le ciel, mais nous n’avons pas fait cette attente là car je savais qu’on le retrouverait plus tard dans le musée Ghibli de Tokyo. Nous avons passé un très bon moment dans le parc. Je pense quand même qu’il est amené à évoluer. Les différentes zones thématiques ne sont par exemple pas encore très bien intégrées les unes aux autres. Lorsqu’on quitte une zone pour en rejoindre une autre, on revient vers une partie du parc commémoratif tout à fait neutre qui nous ferait presque oublier la magie de l’univers du Studio Ghibli. J’imagine que ces transitions entre zones seront travaillées dans le futur. Le parc est encore jeune et les possibilités en lien avec les créations Ghibli sont immenses et en constante évolution. La pluie ne cesse pas de toute la journée et il est temps de se diriger vers l’hôtel dans le centre de Nagoya près de la grande station. Il y a foule le soir près de la gare car nous sommes un jour de semaine. Nous mangerons des spécialités de Nagoya le soir, notamment des ailes de poulet Tebasaki (手羽先) de Nagoya Kōchin (名古屋コーチン), entre autres.

Le lendemain, la météo est heureusement plus clémente et nous permet de visiter le château de Nagoya (名古屋城) dans de bonnes conditions. Nous avions déjà vu le château il y a 13 ans mais je ne pense pas qu’on avait visité l’intérieur, faute de temps. On ne le visitera pas non plus cette fois-ci car la tour principale est fermée depuis 2018 pour des rénovations liées à la sécurité sismique. La ville prévoit en fait de démolir le donjon actuel et de reconstruire une version fidèle en bois, comme à l’époque de Tokugawa Ieyasu, en utilisant des techniques traditionnelles japonaises. Je lis que la fin des travaux est prévue pour 2032, suite à des retards importants. Le projet m’a l’air fort ambitieux. J’adorerais qu’on reconstruise à Tokyo, le château d’Edo, sur une portion des terrains du palais impérial. En attendant, le château de Nagoya était bien droit debout devant nous, aussi impressionnant que lors de notre première visite avec ses célèbres shachihoko (鯱) dorés aux extrémités du toit représentant une créature mythologique avec un corps de carpe et une tête de tigre ou de dragon. J’ai toujours apprécié l’apparence de ce château qui est imposant mais qui garde en même temps une certaine grâce élancée. La végétation du parc intérieur accompagne joliment la forteresse, notamment un superbe arbre Nanja-Monja à floraison blanche. Un vieil homme nous a donné le nom de cet arbre, sans qu’on lui demande mais en voyant certainement notre émerveillement. Ce nom (なんじゃもんじゃ) est rigolo à dire en japonais, car on a l’impression que c’est une interrogation comme « mais qu’est-ce que c’est que ça ? ». Il a accompagné notre parcours. Le but de notre visite était de voir le Palais Honmaru (本丸御殿) dont la reconstruction a été terminée en 2018. Il était encore en reconstruction lors de notre première visite. Les intérieurs avec fusuma couverts de feuilles d’or et peintures de l’école Kanō sont vraiment somptueux. Plutôt que le château utilisé à but défensif, le palais Honmaru était le véritable centre du pouvoir. Construit entre 1612 et 1615 puis agrandi en 1634 pour accueillir Tokugawa Iemitsu, il servait à la fois de résidence du shogun, de salle d’audience et de cœur administratif du domaine d’Owari. Avant sa destruction pendant la guerre, la ville de Nagoya avait heureusement minutieusement documenté les plans du palais avec relevés et plus de 700 photographies, ce qui a permis une reconstitution minutieuse et fidèle entre 2009 et 2018. De nombreuses peintures de fusuma avaient été retirées à temps et ont survécu, dont plus de 1 000 sont aujourd’hui classées biens culturels importants.

À l’entrée du château, un samourai nommé Toshiie Maeda agé de 487 ans et son accompagnatrice Natsu âgée de 452 ans attendaient les visiteurs pour une séance photo. J’avais aperçu rapidement en entrant dans le château un prospectus montrant ces représentations de samourai mais on s’entendait à un ’petit vieux’ mal déguisé en samourai. La représentation par un jeune homme élégant dans la force de l’âge et reprenant le supposé langage de l’époque nous a très agréablement surpris. Après un déjeuner rapide de nouilles kishimen près du château, nous partons vers notre dernière étape à Nagoya, le grand sanctuaire Atsuta Jingū (熱田神宮), situé dans une forêt sacrée d’environ 190,000 m² au cœur de la ville. Ce grand sanctuaire shintō a l’appellation Jingū, ce qui signifie son importance et son lien fort avec la mythologie impériale, à des rangs similaires aux grands sanctuaires d’Ise Jingū, Meiji Jingū à Tokyo ou Kashihara Jingū près de Nara. On dit que Atsuta Jingū abrite la légendaire épée Kusanagi no Tsurugi, relique impériale du Japon associée à la déesse solaire Amaterasu, mais elle n’est bien entendu jamais exposée au public. La fondation du sanctuaire remonte à plus de 1900 ans. Les chemins qui y mènent sont très apaisants, avec de nombreux arbres anciens dont un magnifique grand camphrier sacré qui a attiré toute notre attention. On a pu croiser plusieurs coqs et poules en liberté dans l’enceinte de Atsuta Jingu. On dit que le coq est associé à la déesse solaire Amaterasu et que son chant aide à faire revenir la lumière. Ils vivent librement dans la forêt sacrée et n’ont pas peur des passants. Il n’est apparemment pas garanti d’en voir à chaque visite. Sur le chemin du retour, un très beau spécimen noir et blanc nacré, tout droit sorti d’une peinture de Itō Jakuchū (伊藤若冲), nous attendait patiemment sur la grande allée, comme pour nous dire au revoir et nous souhaiter un bon retour vers Tokyo. Je le remercie pour son accueil à Nagoya qui a été une belle étape de notre parcours. Un des avantages de Nagoya est que la ville n’est pas très touristique. La route du retour s’est déroulée sans encombres et sans embouteillages, ce qui est assez rare pour le noter.

quelques journées d’été (2)

La visite du château d’Inuyama était une idée du fiston, tout comme Hikone l’année dernière. Dans la série des châteaux classés trésors nationaux, nous aurions également voulu visiter le château d’Himeji mais ça faisait un peu loin en voiture. Je ne suis pas contre les longs trajets en voiture, surtout sur la Shin-Tomei où on peut rouler à 120km/h, mais pour Himeji, le trajet aurait été fatiguant pour tout le monde à faire en une seule journée. Pour ces longs trajets, je construis à chaque fois une playlist musicale qui me permet de rester concentrer (tout en fredonnant). Ce sont d’ailleurs souvent les mêmes morceaux qui se répètent de voyage en voyage. Ma playlist faisait en tout 4h14mins et nous avons stationné sur le parking du château d’Inuyama exactement à la fin du dernier morceau de ma playlist. J’en viens à me demander si je n’ai pas réglé ma vitesse sur la durée de ma playlist.

Après la visite du château d’Inuyama, nous passons à travers les deux sanctuaires situés à son entrée, celui d’Haritsuna et celui de Sarutahiko, dont le nom nous est familier car il y en a plusieurs au Japon, même à Tokyo. Le petit pont de Torii rouges du sanctuaire Sarutahiko attirent tout de suite mon regard, d’autant plus que deux jeunes filles en yukata ont la bonne idée d’être là au bon moment. En prenant cette photo, je me souviens avoir déjà vu ce passage et ces petites plaquettes de bois Ema (絵馬) en forme de cœur sur le blog de mahl. Avant de reprendre la route pour une plus courte durée cette fois-ci, nous faisons une courte pause dans un petit café nommé Cocotomo, qui semble récent malgré ce que laisse présager la grande porte à l’entrée. Nous bifurquons ensuite volontairement en voiture pour traverser l’ancienne rue Honmachi dirigée vers le château. Nous passerons la nuit dans la ville proche de Gifu au bord du fleuve Nagara, qui se déverse dans la baie d’Ise comme le fleuve Kiso.

quelques journées d’été (1)

Nos petites vacances d’été viennent de se terminer. Comme à notre habitude, elles étaient courtes mais denses, enfin peut-être un peu moins occupées que celles de l’année dernière dans la préfecture de Shiga. Nous sommes partis trois jours pour deux nuits à la recherche des châteaux japonais. Notre objectif était de retourner à Aichi pour aller d’abord visiter le château d’Inuyama que nous n’avions pas pu voir l’année dernière, faute de temps. Tout comme le château d’Hikone que nous avons visité l’année dernière et celui de Matsumoto que nous sommes allés voir en début d’année, le château d’Inuyama est un château historique classé comme trésor national. Il a heureusement été préservé des destructions de signes de guerre pendant la restauration Meiji, ce qui n’a pas été le cas de nombreux château japonais. Les premières constructions du château datent de 1440 mais le bâtiment actuel date de 1537, construit sous la supervision du seigneur Oda Nobuyasu, l’oncle du seigneur de guerre Oda Nobunaga, un des unificateurs du Japon pendant la période Sengoku (1477 – 1573). À partir de 1617, le château devient la propriété du clan Naruse, vassaux du clan Matsudaira dont fait partie Tokugawa Iieyasu. Il restera sous le giron des Naruse pendant presque 400 ans, jusqu’à 2004. Ça me surprend d’ailleurs qu’un château pareil reste une propriété privée pendant aussi longtemps. Le domaine d’Inuyama se trouve dans l’ancienne province d’Owari, au bord du fleuve Kiso qui sert de frontière entre les actuels préfectures d’Aichi et de Gifu.

Après quatre heures et demi d’un long trajet en voiture sur l’autoroute Shin-Tomei, nous ne sommes pas mécontents d’arriver enfin à notre destination. Alors qu’on approche de la ville d’Inuyama, nous recherchons du regard un château perché dans les montagnes, mais il nous faut vraiment approcher de notre destination pour finalement l’apercevoir, majestueux en haut d’une colline surplombant le fleuve. De premier abord, sa taille me fait penser à celle du château d’Hikone. Il n’est pas aussi grandiose et élégant que le château de Matsumoto mais son emplacement lui donne une beauté toute particulière. Il faisait environ 38 degrés dehors lors de notre visite et nous n’avons pas trouvé la fraîcheur à l’intérieur de la forteresse, malgré les gros ventilateurs placés à certains endroits. On grimpe les escaliers très inclinés du donjon (Tenshu) jusqu’au dernier étage. Le parquet grince sous nos pas, ce qui inquiète Zoa, ou le surprend plutôt. Ce qui m’inquiète personnellement est de faire le tour du dernier étage du donjon sur le balcon de bois dont la balustrade est particulièrement basse. Je succombe toujours au vertige et je n’ai donc pas pu en faire le tour. Les photographies de la vue magnifique sur le fleuve et sur la ville sont donc prises à une certaine distance du bord du balcon. Le bâtiment étant historique, il n’y a bien entendu aucune barrière de protection additionnelle. Ce petit contretemps ne m’empêche pas de profiter du reste du château, qui se visite assez rapidement tout de même, et de tenter différentes prises photographiques depuis l’approche du château à travers les branchages. Cet espace devant le château est particulièrement agréable et nous ferait presqu’oublier la chaleur ambiante.

ちょっとした夏休み (8)

Pour la dernière partie de notre voyage de trois jours, nous restons encore un peu dans la préfecture de Aichi en passant visiter le temple Toyokawa Inari. Son véritable nom est Enpukuzan Toyokawa-kaku Myōgon-ji (円福山 豊川閣 妙厳寺) mais on l’appelle plus simplement Toyokawa Inari. Comme je le mentionnais récemment, nous allons régulièrement à la branche tokyoïte de ce temple, à Akasaka devant la pâtisserie Toraya. Le temple fondé en 1441 a la particularité, comme je l’expliquais dans un autre billet, de mélanger bouddhisme et shintoïsme. Le temple en lui-même est principalement bouddhiste mais on y trouve des symboles shintō comme un Torii et de très nombreuses statues de la divinité renard Inari. Des centaines de statues sont d’ailleurs regroupées dans une partie appelée Reiko-Zuka à l’arrière du temple. Ce foisonnement de statuettes me rappelle le temple Gōtokuji dans la banlieue de Tokyo mais avec des statuettes de Maneki Neko plutôt que des Inari. Le hall principal du temple sur la première photographie a été reconstruit pendant la période Tenpō (天保) entre 1830 et 1844. Sa taille et sa couleur noire m’impressionne beaucoup. Je ne sais pour quelle raison mais je lui trouve un côté rétro-futuriste comme un casque de Dark Vador.

Le chemin du retour sur l’autoroute Tomei me fait toujours peur pour ses bouchons le dimanche soir à l’approche de Tokyo au niveau de Ebina. On préfère stratégiquement s’arrêter avant, à Mishima puis Numazu pour passer la soirée dans le parc Kakitagawa traversé par une rivière d’eau claire provenant du Mont Fuji. Alors que le soleil se couche déjà, nous gagnons le port de Numazu avant 8h du soir pour du poisson en chirashizushi. L’autoroute a dû se dégager pendant ce temps là car le traffic était d’une fluidité parfaite. Le voyage a été court mais nous a bien aéré l’esprit, ce qui était l’objectif premier. On aurait envie de reprendre la route immédiatement. J’ai en fait énormément apprécié le fait d’avoir la voiture sous la main à tout moment ce qui donne une grande liberté par rapport au Shinkansen, qui était plutôt notre transport par défaut lors des quelques fois où on s’est déplacé vers Kyoto. Et pour le titre de cette série qui se termine avec ce billet, il s’agit bien évidemment d’une variation du nom du concert de Sheena Ringo Chotto Shita Reko Hatsu (ちょっとしたレコ発).

ちょっとした夏休み (7)

Le Gamagori Classic Hotel sur la baie de Mikawa, à une soixantaine de kilomètres de la ville de Nagoya, était notre étape suivante. Nous avons passé une nuit dans cet ancien hôtel datant de 1912. L’intérieur ne semble pas avoir été beaucoup modifié depuis cette époque, donc il mérite bien son appellation d’hôtel classique. Il est situé sur une petite colline de 40m de hauteur donnant une belle vue sur la baie et sur la petite île de Takeshima juste en face. Le jardin japonais, avec un étang contenant quelques carpes koi, est très bien entretenu, tout comme l’intérieur de l’hôtel d’ailleurs. L’hôtel ne contient que 27 chambres mais il a une apparence grandiose. Il ressemble à un château car les toitures en reprennent le design. Pendant sa centaine d’années d’existence, un certain nombre de personnalités ont séjourné dans cet hôtel, comme l’Empereur Showa en 1957 et l’Empereur Akihito en 1965 alors qu’il n’était encore que prince. Quelques écrivains reconnus appréciaient également cet hôtel comme Yasunari Kawabata (川端康成), Shōtarō Ikenami (池波正太郎) ou encore Yukio Mishima (三島由紀夫), entre autres. Cet hôtel de Gamagori me rappelle un autre très bel hôtel classique, le Fujiya de Hakone que nous avions visité il y a plusieurs années. Yukio Mishima y avait d’ailleurs séjourné mais le visiteur le plus prestigieux sans doute était John Lennon.

Lorsqu’on ouvre les rideaux au petit matin, on a une vue directe sur l’île de Takeshima reliée à la côte par une passerelle piétonne. Cette passerelle de 387 mètres démarre et se termine par des Torii qu’elle traverse même à proximité de l’île. Nous décidons d’y aller tôt le matin avant le petit déjeuner car la pluie guette. Cette île ressemble à une boule dense de verdure. Elle semble d’abord impénétrable, mais lorsque l’on monte les quelques marches après la passerelle et qu’on entre à l’intérieur de la forêt, on y découvre une série de sanctuaires shintō. L’un d’entre eux, le sanctuaire Yaotomi est dédié à la déesse de la musique Benten. On dit même de cette île qu’elle un « power spot ». La légende nous dit aussi que le futur shogun Tokugawa Ieyasu s’y est arrêté pour se recueillir avant de partir pour la bataille de Sekigahara en 1600. Nous traversons la petite île et on arrive assez rapidement à son extrémité donnant une très belle vue sur l’océan pacifique à travers les branches de pin. Un chemin nous fait descendre sur les rochers au bord de l’océan. On remarque assez rapidement un autre chemin semblant faire le tour de l’île. Nous tentons notre chance mais on n’est pas sûr que ce petit chemin soit praticable jusqu’à l’entrée de l’île. Lorsque que nos pas approchent, des dizaines et des dizaines d’insectes maritimes s’écartent soudainement du chemin. On pense immédiatement aux petites boules noires de poussière qui quittent la maison familiale lorsqu’on ouvre les portes dans Totoro. Le monde de Ghibli nous a accompagné pendant ces vacances. Nous avons eu une bonne intuition car le chemin nous ramène en effet au Torii à l’entrée de l’île. Pendant notre traversée de l’île, la mer s’est un peu retirée. On y revient un peu plus tard après le petit déjeuner pour constater qu’on peut pratiquement gagner l’île à pieds sans emprunter la passerelle car l’océan s’est en grande partie retiré. Il nous faut quand même enlever nos chaussures pour traverser le petit chenal qui nous sépare de l’île. On marche les pieds dans l’eau en évitant les coquillages, et dès qu’on arrête nos mouvements, la vie reprend dans le sable. L’atmosphère de ce lieu me plaît beaucoup. J’aimerais passer plusieurs heures les pieds dans l’eau du pacifique, mais la route du retour nous attend déjà. On s’arrêtera une nouvelle fois en chemin pour retarder le plus tard possible notre retour à Tokyo.