autour du stade olympique (2)

Les deux premières photographies sont prises à proximité du stade olympique au niveau de la station Kokuritsu Kyōgijō (国立競技場). Je profite de passer près de la station pour prendre une nouvelle fois en photo les toilettes de béton semblant en lévitation au dessus du bitume. La première photographie montre une des entrées vers le stade pour le personnel habilité. Le jour de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, le 23 Juillet vers midi, l’escadron Blue Impulse avait fait une sortie pour dessiner dans les airs les anneaux olympiques. L’horaire de passage n’était donné que peu de temps avant leur passage pour éviter les rassemblements, mais on savait bien qu’ils allaient passer et dessiner les anneaux au dessus du stade olympique. Nous nous étions pressé pour aller en voiture sur le pont près du cimetière d’Aoyama car on savait que la vue y serait dégagée. Nous n’étions malheureusement pas les seuls à avoir l’idée de s’installer à cet endroit. C’était d’ailleurs bien naif de notre part de penser qu’on serait les seuls à penser à aller à cet endroit. Nous avons tout de même trouvé une place sur le bord de la rue sans gêner la circulation. Une voiture de police n’était pas loin mais n’a pas été très insistante pour nous dégager, comprenant certainement l’euphorie naissante qui gagnait la foule réunie avant le passage des avions. Au final, j’ai pu les prendre en photo et voir les traînes de couleur. Les anneaux ne me semblaient par contre pas clairement dessinées dans le ciel, mais je pense que le ciel nuageux n’a de toute façon pas permis de voir ces anneaux d’une manière marquante. C’est bien dommage. J’en ai quand même filmé une partie avec mon iPhone et la vidéo se trouve sur mon compte Instagram. Sur YouTube, on peut également voir une vidéo en VR à l’intérieur du cockpit du Blue Impulse de tête et apercevoir les traînes de couleur des autres appareils par moment. C’est assez impressionnant.

Les deux dernières photographies montrent une installation intitulée hiwadrome type re [in-carnation] par l’artiste originaire d’Osaka, Kazuhiko Hiwa. L’installation se compose de chaises roulantes, que l’artiste utilise également, regroupées pour former une grande sphère peinte en blanc. L’artiste a créé plusieurs installations aux formes parfois monstrueuses dans cette série hiwadrome. L’installation fait partie d’une exposition d’art en plein air intitulée Ripple Across The Water (水の波紋展2021) qui se déroule près des anciens appartements de Kita Aoyama du 2 Août au 5 Septembre 2021. La structure hiwadrome n’était par encore totalement installée à mon passage et il y a d’autres sculptures et installations à voir. Il faudra donc que j’y retourne prochainement pour voir tout ça. Nous sommes ici à proximité du grand stade et ces installations pendant la période olympique rentrent dans un ensemble artistique similaire aux Pavillons que j’ai montré dans une série précédente.

Les installations artistiques sont nombreuses en marge des Jeux Olympiques et c’est un plaisir de partir à leur recherche, comme une chasse aux trésors. La plus impressionnante était la plus éphémère. Quelques jours avant le début des Jeux, le 16 Juillet pour une journée seulement, on pouvait voir s’élever au dessus du parc de Yoyogi une montgolfière en forme de visage. Il s’agissait du projet Masayume par l’équipe d’art contemporain 目[mé]. J’avais d’abord aperçu sur Twitter une photo prise depuis un building de ce visage sortant des arbres de la forêt de Yoyogi. Ces images surréalistes prises dans la journée m’ont tout de suite donné l’envie d’aller voir l’appareil de plus près, le soir lors de ma marche quotidienne après le travail. Je pensais ne pas voir le ballon car il faisait déjà sombre lors de mon passage, mais il était bien là à l’entrée principale du parc Yoyogi, tout près du Cloud Pavillon de Sou Fujimoto. Son emplacement n’était pas annoncé à l’avance, mais je n’étais pas le seul à être venu voir cette montgolfière à cet endroit ce soir là. J’en ai pris une vidéo que je montre également sur mon compte Instagram et qui a eu plus de 5,000 vues. C’est un record pour mon compte Instagram qui voit quand même le nombre de Followers augmenter progressivement à plus de 440 maintenant. Ce visage sur la montgolfière est apparemment une image composite de nombreux autres visages, censé, j’imagine, représenter la multiplicité des nationalités se réunissant pendant les Jeux Olympiques de Tokyo 2020.

l’intemporalité du Mingeikan

Nihon Mingeikan (日本民藝館) se trouve dans un quartier résidentiel à Komaba dans l’arrondissement de Meguro, près d’un des campus de l’Université de Tokyo. Il s’agit d’un musée sur l’artisanat folklorique japonais, établi en 1936 par Yanagi Sōetsu également nommé Yanagi Muneyoshi. Yanagi était un écrivain, penseur et critique d’art, fondateur en 1925 du mouvement Mingei qui a revalorisé l’artisanat populaire japonais et coréen. Ce mouvement Mingei a mis en lumière l’artisanat des objets de tous les jours, principalement des objets en céramique mais pas uniquement, conçus par des artisans dévoués à leur tâche, perpétuant une longue tradition en répétant les mêmes gestes jusqu’à arriver à une certaine perfection. Wikipedia donne une explication du style Mingei sur lequel Yanagi a théorisé: « Il doit être modeste mais non de pacotille, bon marché mais non fragile. La malhonnêteté, la perversité, le luxe, voilà ce que les objets Mingei doivent au plus haut point éviter : ce qui est naturel, sincère, sûr, simple, telles sont les caractéristiques du Mingei ». Je comprends de cela qu’il s’agit d’objets fonctionnels possédant une beauté qui relève plus de leur qualité de fabrication que sur des fioritures inutiles.

On trouve à l’intérieur de Mingeikan une partie de la collection de Yanagi. La beauté des lieux, du musée en lui-même, contribue de moitié à l’interêt de la visite. Le bâtiment était fermé pendant quelques temps pour rénovation et a réouvert récemment. On ne constate pas vraiment les rénovations à l’intérieur du musée, mais c’était de toute façon la première fois que je m’y rendais. Il y a bien une dépendance plus récente à l’arrière, mais à part cela, on a vraiment l’impression de changer d’époque lorsqu’on parcourt les pièces en parquet du musée. Ces lieux sont comme une échappée temporelle dès qu’on entre à l’intérieur. On ne pouvait malheureusement pas prendre de photos à l’intérieur du musée. Il faut mettre des petits chaussons en entrant après avoir poussé les portes coulissantes en bois. On remarque tout de suite le grand escalier se divisant en deux jusqu’à l’unique étage. On apprécie l’espace ouvert depuis l’étage et j’aurais voulu pouvoir m’asseoir quelques instants pour m’imprégner un peu plus de l’ambiance des lieux, et imaginer la vie des propriétaires. Yanagi ne vivait pas dans ce bâtiment qui sert de musée, mais dans une autre demeure construite en partie dans le même style, de l’autre côté de la rue. Je la montre sur la troisième photographie. On ne peut malheureusement pas visiter ce bâtiment là, mais une émission télévisée montrait l’intérieur récemment. Il me semble qu’elle sera ouverte quelques jours seulement aux visiteurs. Je pense que j’ai d’autant plus apprécié le musée qu’il n’y avait pas grand monde à l’intérieur, moins d’une dizaine de personnes en tout pendant notre visite. Je pensais qu’on l’avait visité en semaine mais la mémoire de mon iPhone me dit qu’il s’agissait plutôt du dernier dimanche du mois de Mai, en milieu d’après-midi. Ces photographies datent déjà d’il y a plus d’un mois et j’approche déjà à la limite de mes souvenirs. L’intemporalité des lieux a dû affecter ma mémoire.

白黒になる東京 (4)

Depuis la gare de Shinjuku, je marche maintenant vers Kabukichō en direction de la station de Seibu Shinjuku. Cette zone de Shinjuku a pris ce nom de Kabukichō car elle était initialement destinée à accueillir un théâtre kabuki après la seconde guerre mondiale. Ce théâtre, qui était censé s’appeler Kiku-za, n’a jamais vu le jour en raison de problèmes de financement, mais le nom de Kabukichō est resté. Des centres de divertissement se sont tout de même développés un peu plus tard, notamment un cinéma appelé Tokyu Milano-za construit en 1956 ainsi que d’autres établissements: un centre culturel, un théâtre et une patinoire. Le cinéma Tokyu Milano-za a fermé ses portes le 31 Décembre 2014. Le bâtiment a été rasé et va laisser place à une tour de 225 mètres actuellement en cours de construction. Je ne suis pas venu à Kabukichō pour voir ce nouveau building en construction qui va continuer à transformer l’image du quartier, mais plutôt pour aller voir la palissade de métal blanc qui l’entoure. Dans le cadre d’un projet intitulé Shinjuku Art Wall (新宿アートウォール・プロジェクト), une sélection de photographies de Daido Moriyama y sont affichées en grand format sur les murs Sud et Ouest. Certaines photographies sont assez connues comme celle avec des bas résille formant des motifs courbes, celle montrant des lèvres féminines prises en gros plan ou encore la photographie de câblages électriques compliqués accrochés sur un poteau. Je ne connaissais pas la plupart des autres photographies, notamment celles montrant des personnages de la série Evangelion comme Ayanami Rei. C’est une bonne idée d’utiliser ces surfaces autour des constructions pour montrer des photographies, illustrations ou autres œuvres d’art. J’ai l’impression que cette méthode d’exposition devient plus fréquente ces derniers temps. Je me souviens des palissades blanches autour du PARCO de Shibuya sur lesquelles Katsuhiro Ōtomo et Kosuke Kawamura s’étaient associés pour montrer des illustrations du manga Akira. Ce n’est pas le seul exemple d’art de rue éphémère que j’ai pu voir à Shibuya.

J’écoute souvent l’album éponyme de Millenium Parade mais je me rends compte que je n’en avais jamais parlé dans un billet à part entière, car je l’avais en fait évoqué dans des commentaires d’un ancien billet lorsque je commençais à écouter l’album en Mars 2021 un mois après sa sortie. Je l’écoute de plus en plus maintenant car c’est un album qui se révèle petit à petit. Millenium Parade (abrévié en Mirepa ミレパ) est un projet musical mené par Daiki Tsuneta, fondateur de King Gnu avec Satoru Iguchi. Alors que King Gnu a une approche rock plutôt mélodique, Millenium Parade prend une approche plus éclectique mélangeant les styles entre rock, passages plus symphoniques, des moments électroniques ou jazz et d’autres de hip-hop. J’aime beaucoup King Gnu et c’est le groupe qui réconcilie tout le monde à la maison. Je m’étais procuré sur iTunes leurs deux derniers albums, à savoir celui intitulé Sympa sorti en Janvier 2019 et leur dernier intitulé Ceremony sorti en Janvier 2020. Ceremony comprend le single Hakujitsu (白日) qui a grandement contribué à la notoriété du groupe, notamment pour la voix rare de Satoru Iguchi. Iguchi et Tsuneta sont proches car ils viennent tous les deux de la même université des Beaux Arts de Tokyo, Département Musique. Iguchi ne fait cependant pas partie de Millenium Parade mais est tout de même invité sur deux morceaux à la fin de l’album dont le morceau Familia qui le conclut. Ce morceau reste très proche de l’esprit musical de King Gnu. Daiki Tsuneta est également membre fondateur de Perimetron qui est un collectif composé de vidéastes, d’illustrateurs graphistes et de musiciens. Perimetron ressemble à une troupe d’artistes très proches partageant une même vision créative. Ce groupe réalise les vidéos de King Gnu et de Millenium Parade. Dans son ensemble, King Gnu est à mon avis plus axé mainstream que Millenium Parade qui se présente plutôt comme un concept musical. Daiki Tsuneta y compose les musiques et invite différents artistes pour les interprétations vocales et instrumentales, comme les voix féminines de l’interprète Ermhoi sur quelques morceaux comme 2992 ou Lost and Found ou encore Friday Night Plans sur le morceau Trepanation. Leurs interprétations vocales sont superbes d’ailleurs. Tsuneta chante également sur plusieurs morceaux. Les paroles sont presque toutes en anglais bien que les membres du groupe et les invités soient tous des artistes japonais, mais parfois d’origines diverses. Millenium Parade est très intéressant musicalement dans un esprit rock se mélangeant avec une approche symphonique, parfois jazz, mais gardant quelque chose d’assez chaotique. C’est d’ailleurs une image que Tsuneta recherche, car il évoque lui-même le Tokyo Chaotic Sound comme tendance principale de leur art. Il y a d’ailleurs un morceau intitulé Tokyo Choatic!!! qui se trouve être une interlude musicale. Il y a beaucoup de courtes transitions musicales dans cet album, contribuant à son approche conceptuelle. Ces transitions façonnent d’ailleurs l’ambiance générale qui se dégage de l’album. Plusieurs d’entre elles évoquent le folklore japonais, comme le tout premier morceau intitulé Hyakki Yagyō (百鬼夜行) qui fait référence à la parade nocturne des 100 démons yōkai arpentant tous les ans les rues durant les nuits d’été et provoquant la mort à ceux qui ont le malheur de croiser leur procession. Hyakki Yagyō était également le thème de la tournée de Sheena Ringo en 2015 (椎名林檎と彼奴等がゆく 百鬼夜行2015), dont j’ai le Blu-ray sans l’avoir vu car je fais durer le plaisir. Ce trait d’union m’interpelle forcément un peu. Une autre interlude de Millenium Parade s’appelle Matsuri no ato et vient reprendre des fragments du morceau suivant 2992, constituant ainsi une sorte d’introduction. Ce genre de liaisons est très intéressante. Millenium Parade s’est surtout fait connaître par le morceau Fly with Me, qui est le thème d’ouverture de la série Ghost in The Shell: SAC_2045. La vidéo animée de style futuriste par Perimetron est superbe, sans forcément reprendre le style GITS. En fait le désordre urbain me rappelle plus le manga et l’anime Tekkonkinkreet. Il se trouve que Daiki Tsuneta est fan de GITS et s’en inspire apparemment dans son approche artistique. J’adore également GITS et les autres manga cultes de Masamune Shirow (Appleseed ou Orion par exemple). La vidéo de Veil par exemple, semble être complètement influencée par l’univers de GITS avec ces tubes reliant des corps cybernétiques. Veil est un des singles du groupe mais n’est bizarrement par présent sur l’album Millenium Parade. J’aime beaucoup l’approche artistique « complète » de cet album où le même collectif autour de Daiki Tsuneta compose les musiques des morceaux, les interprète, tourne les vidéos et illustre les pochettes de leurs albums. Ça donne une certaine consistance de style et quelque chose de très puissant qui m’intéresse beaucoup.

Vous allez peut-être vous inquiétez du fait que je n’ai pas encore évoqué Tokyo Jihen sur ce billet alors que c’était le cas sur presque tous les billets précédents (enfin j’évoque bien Sheena Ringo un peu plus haut). Dans un souci de continuer à tester l’endurance des lecteurs de Made in Tokyo, dont le nombre est en conséquence en baisse en ce moment, je vais quand même évoquer une nouvelle fois Tokyo Jihen ici. En fait, il m’est revenu en tête d’écrire au sujet de Millenium Parade et de Daiki Tsuneta car il était invité avec le batteur de King Gnu, Yū Seki, à l’émission KanJam Kanzen Nen-SHOW (関ジャム 完全燃SHOW) en deux parties les Dimanche soir 13 et 20 Juin 2021 sur TV Asahi. L’émission est présentée par le groupe d’idoles masculines KanJani8 (関ジャニ∞), originaire du Kansai comme leur nom le suggère. Vu qu’ils sont incapables de chanter correctement, je me suis toujours demandé pour quelle raison ils s’étaient retrouvés à animer une émission musicale qui peut être par moment assez pointue. On voit d’ailleurs régulièrement qu’ils sont un peu dépassés par les discussions qui ont lieu pendant l’émission, et c’est d’ailleurs également assez régulièrement mon cas pour être très honnête. Il s’avère tout de même qu’il s’agit d’une des émissions musicales les plus intéressantes de la télévision japonaise, avec celles de la NHK dans un style certes plus formel. Les émissions de KanJam du 13 et 20 Juin ont en fait été hijackées par Tokyo Jihen remplaçant KanJani8 dans le rôle d’animateurs et les reléguant au rôle de spectateurs. L’émission avait même changé de nom pour devenir HenJam Shinra Ban-Show (変ジャム 森羅万SHOW). La mise en scène était amusante car les membres de Tokyo Jihen prétendaient être d’autres personnes liées aux membres du groupe, des frères ou des cousins. Sheena Ringo, qui présentait l’émission avec Ichiyō Izawa, prétendait être Shiina Tekuno (椎名てく乃), cousine de Sheena Ringo qui se trouve être présentatrice de profession. Izawa Ichiyō se présentait en tant que Izawa Amaō (伊澤甘王), cousin au deuxième degré de Ichiyō et journaliste. Je pense qu’on lui a donné le nom de Amaō car on sait qu’il aime les choses sucrées depuis l’épisode de Hanakin Night qui lui était consacré. Kameda Seiji devenait Kameda Seizo, petit frère de Seiji et responsable dans une entreprise. Ukigumo se présentait sous le nom de Yamigumo (闇雲), son frère jumeau et ingénieur de profession. Finalement, Hata Toshiki devenait Hatahata Toshiki (鰰(はたはた)都市紀), chercheur en poisson d’eau de mer et parent de Hata Toshiki. Cette mise en scène très compliquée provoqua bien entendu la surprise des autres personnes sur le plateau. Ce qui était amusant, c’est que Sheena prenait un malin plaisir à ne pas répondre lorsque l’on lui demandait le sens de cette plaisanterie. On ressentait assez clairement que toute cette mise en scène avait été imaginée par Sheena Ringo, certainement pour alléger le stress de ce genre d’émissions, mais on voyait que les autres membres du groupe avaient du mal à se tenir à leurs rôles imposés. Je pense que le chaos qui est en résultait était volontaire et donnait quelque chose d’assez particulier à suivre. Dans cette mise en scène, les membres de Tokyo Jihen devaient parler d’eux-mêmes à la troisième personne, n’étant que les cousins ou petits frères des véritables membres du groupe. On pouvait remarquer que Kameda avait tout de suite du mal à se tenir à cette mise en scène et Sheena le reprenait sous les sourires de tous. C’est une drôle d’idée complètement décalée.

L’autre surprise de l’émission était donc de voir Daiki Tsuneta invité avec le batteur de King Gnu, Yū Seki, à cette émission. Je me souviens que lors d’une enquête du fan club Ringohan, Sheena Ringo demandait qu’on lui suggère des artistes avec lesquels elle pourrait collaborer musicalement et j’avais proposé King Gnu. Ça me fait donc plaisir de voir une partie du groupe invité même s’il ne s’agit pas d’une participation commune à l’élaboration d’un morceau de musique. Ce sera peut être pour une autre fois, mais l’émission avait au moins le mérite d’indiquer qu’il y a des points communs entre Sheena Ringo et King Gnu. C’est en fait Sheena qui a invité Daiki Tsuneta dans l’émission et il explique lui-même qu’il ne pouvait pas refuser. Il se trouve que Sheena a assisté à un de ses premiers concerts à Tokyo il y a quelques années et qu’il se sentait donc obligé d’accepter cette invitation pour cette émission. Le ton de l’émission était volontairement piquant donc on ne sait pas trop dans quelle mesure il s’agit d’humour ou de réalité. Mes souvenirs de Tsuneta dans des émissions de télévision étaient qu’il avait une attitude un peu hautaine (je ne me souviens en fait que d’une seule émission où King Gnu était interviewé, donc mon impression est peut être fausse) mais il avait ici l’air très humble, très souriant et même un peu gêné pendant cette émission qu’on lui fasse des compliments, comme s’il y avait une relation de Kohai à Senpai entre Tokyo Jihen et King Gnu. Daiki Tsuneta dit beaucoup de bonnes choses sur Tokyo Jihen. C’est amusant de voir Sheena l’écouter avec un sourire en coin en baissant la tête. On comprend tout de suite que les commentaires élogieux de Tsuneta sur le groupe lui plaisent beaucoup. Il insiste aussi beaucoup sur le jeu de basse de Kameda et les distorsions (歪み) qu’il y introduit. L’émission prend en exemple son solo de basse sur OSCA qui remplace très bien un solo de guitare. En même temps, Sheena nous dit que la basse de Kameda vient parfois empiéter sur sa plage vocale et qu’il est parfois difficile pour elle de chanter sur un morceau quand le son de la basse devient trop présent. Cette remarque un peu piquante là encore mais volontairement humoristique fait rire toute l’assemblée. Et Ukigumo de commenter qu’avec la basse de Kameda, on n’a même plus besoin de guitare. Le sujet des distorsions occupent un bon moment de la seconde partie de l’émission car Tsuneta apprécie beaucoup cet aspect du groupe et entend même des distorsions dans la batterie de Toshiki Hata.

Outre King Gnu, Chan Mari (ちゃんMARI) du groupe Gesu no Kiwami Otome (ゲスの極み乙女) et le producteur Akimitsu Honma, membre régulier de l’émission, intervenaient également. Chan Mari nous dit d’entrée de jeu être fan de Tokyo Jihen, avec une pointe d’émotion dans la voix. Elle est au clavier dans son groupe et insiste beaucoup dans l’émission sur les talents de composition de Izawa, en prenant comme exemple les solos sur le morceau Osorubeki Otonatachi (恐るべき大人達) en version live sur la tournée Discovery, sur le morceau Aka no Dōmei (赤の同盟) sur le dernier album Music ou sur Himitsu (秘密). Le producteur Akimitsu Honma note que la particularité de Tokyo Jihen est que chaque membre du groupe est capable de composer des morceaux en plus d’être musicien, ce qui est un fait rare. Il remarque certains rapprochements entre l’approche musicale de Tokyo Jihen et celle de King Gnu. Je suis assez d’accord avec cela dans le sens où ces deux groupes ne se sentent pas limité dans leurs approches musicales et sont en mesure de s’approprier différents styles en les adaptant à leurs propres atmosphères. Je ressens également une même sophistication et profondeur dans les sons qu’ils produisent, un certain perfectionnisme. Dans l’émission, en plus de cette capacité à composer, on évoque également le fait que la plupart des membres du groupe ont de multiples capacités en plus de jouer de leurs instruments d’origine, notamment celle de chanter pour Izawa et Ukigumo et de jouer de la guitare en plus des claviers pour Izawa.

L’émission aborde ensuite le fait que le groupe développe sans cesse des nouvelles versions de leurs morceaux, ce qui rend d’ailleurs les concerts intéressants car les morceaux varient souvent par rapport à ce qu’on connaît des albums. Sheena évoque une fois de plus son souci de plaire au public en proposant des interprétations nouvelles plutôt que de répéter des versions que le public connait déjà. A ce sujet, Ukigumo ne fait jamais deux fois les mêmes solos de guitare. On nous le démontre dans l’émission en prenant différents exemples en concert du morceau Killer Tune pour lequel le solo est à chaque fois diffèrent. Ukigumo nous dit que changer à chaque fois permet de ne jamais se tromper car il n’est pas nécessaire de reproduire exactement la même partition à chaque interprétation. Mais ça veut surtout dire qu’il a une excellente capacité d’improvisation ce qui désoriente d’ailleurs un peu les autres membres du groupe. En studio d’enregistrement, il improvise souvent une partition qui se trouve être meilleure que ce qui était écrit à l’origine. Le problème est qu’il ne se souvient parfois pas après coup ce qu’il a improvisé et il faut lui faire réécouter la bande de son propre passage de guitare pour qu’il puisse le reproduire à l’identique en se copiant lui-même. On lui pose la question si le changement perpétuel de version peut être dû au fait qu’il ne retient pas la partition originale et il nous confirme avec une moitié de sourire qu’il y a également un peu de cela. Sur Ukigumo, Tsuneta nous dit qu’il est un génie de la guitare car son approche musicale n’est jamais standard ou normale, et qu’il est respecté par les jeunes guitaristes.

Chan MARI évoque un peu plus tard la multiplicité des voix de Sheena, ce que j’aime aussi énormément et Akimitsu Honma parle aussi de génie pour le chant de Sheena. Il y a beaucoup de superlatifs dans cette émission, ce qui peut paraitre un peu trop. Mais ce qui est avant tout intéressant, c’est le déroulement chaotique de l’émission, comme une distorsion de la réalité, qui nous pousse à sourire. Par exemple, Yū Seki de King Gnu nous explique qu’il a été invité par Hata Toshiki dans cette émission mais lui-même n’a pas l’air très au courant. Sheena répond toujours à moitié aux questions et quand ça l’arrange. A une question de l’acteur, invité régulier de l’émission, Arata Furuta, elle nous dit qu’elle n’est pas Sheena Ringo (puisqu’elle est le personnage de Tekuno) et qu’elle n’est donc pas en mesure de répondre précisément. Elle change même rapidement de sujet en posant une question à Daiki Tsuneta. Cette mise en scène est en fait un moyen pratique pour ne pas répondre aux questions ennuyeuses. Arata Furuta lui demandait si la raison pour laquelle elle avait arrêté sa carrière solo était bien pour faire partie d’un groupe. C’est une question à laquelle elle a dû répondre tellement de fois qu’elle expédie la réponse en passant rapidement à autre chose. Un peu plus tard dans l’émission, Ukigumo nous révèle qu’on l’oblige à porter des vêtements bizarres, comme le costume d’indien qu’il a porté récemment pendant l’émission Music Station pour le morceau Ryokushu (緑酒), et que parfois c’est dur à vivre. L’éclat de rire de Tsuneta quand Ukigumo nous annonce cela fait plaisir à voir. Là encore, on ne sait pas trop si cette complainte est véritable, mais j’imagine bien Sheena obliger gentiment tout le monde à porter ces tenues de scènes, sans que personne ne soit en mesure de refuser tout en se disant que ça ne doit pas être une si mauvaise idée que cela. L’émission décortique également plusieurs morceaux mais je trouve les explications plus floues et moins convaincantes. En tout cas, j’ai appris pas mal de nouvelles choses sur le groupe, et des petites anecdotes. Le respect mutuel entre les membres du groupe, et entre Tokyo Jihen et King Gnu, transparaissait véritablement dans cette émission, et m’a d’autant plus donné envie de revenir vers les albums de Millenium Parade et de King Gnu, en alternance avec Music de Tokyo Jihen que j’écoute toujours beaucoup sans m’en lasser.

shift nogizaka

La façade de ce building à Nogizaka a un design intéressant que l’on voit de loin. Il fait partie d’une série de buildings appelée +SHIFT dont Sun Frontier est le promoteur. On nous explique que le concept derrière ce design est une représentation de racines d’une plante. Ce building est en fait destiné aux petites entreprises naissantes, amenées à grandir et à évoluer. L’image de la racine végétale entend en fait représenter cette croissance future. Les formes du building en particulier cette façade sont à la fois élégantes et futuristes. Je ne saurais dire exactement pour quelle raison mais ce design me semble inhabituel pour Tokyo. Je ne connais pas d’autres buildings qui lui ressemblent. C’est un design qui me rappelle plus les immeubles longilignes de résidences qu’on pourrait trouver à Singapore par exemple. Il s’agit juste d’une impression. Le bâtiment se situe à l’entrée du sanctuaire de Nogizaka, que je n’ai pas eu le temps de visiter cette fois-ci. Du sanctuaire, je me contenterais pour l’instant de prendre en photo une affiche faisant l’éloge du mariage en kimono blanc dans l’enceinte du sanctuaire. La mariée y est belle même sous la pluie.

Je viens d’écouter un podcast spécial du trio Gaijin-san qui a pour invité Michaël Ferrier, écrivain et professeur à l’Université Chuo de Tokyo. J’ai déjà lu et aimé plusieurs de ses livres comme “Tokyo, petits portraits de l’aube”, “Le goût de Tokyo” qui est une anthologie de textes sur Tokyo qu’il a sélectionné et commenté et “Fukushima, récit d’un désastre” qu’il m’avait d’ailleurs envoyé en version dédicacée à l’époque. J’avais également assisté à la projection du film “Le Monde après Fukushima” de Kenichi Watanabe et à une lecture d’extraits de “Fukushima, récit d’un désastre” à l’Institut Français de Tokyo en 2013. Pour ce podcast qui dure environ 2h, Michaël Ferrier revient sur la catastrophe de Fukushima à travers un nouvel ouvrage qu’il dirige intitulé “Fukushima – Dans l’oeil du désastre”. Je ne connais pas encore ce nouveau livre et j’irais très certainement voir à quoi il ressemble au Kinokuniya de Shinjuku si je peux le trouver là bas. Michaël Ferrier y regroupe les visions et travaux d’artistes japonais ou étrangers évoquant la catastrophe de Fukushima sur les dix dernières années. Il nous donne quelques exemples dans le podcast, notamment ceux du collectif Chim↑Pom. Je me souviens être parti à la recherche de leur galerie à Koenji en Mai 2018. J’avais bien trouvé cet endroit des plus atypiques mais la galerie était malheureusement fermée lors de mon passage. Je ne savais par contre pas que Chim↑Pom avait conçu des d’installations artistiques en lien avec les événements de Fukushima. Ils s’étaient notamment rendus sur les lieux de la catastrophe un mois après en tenues protectrices, en portant un drapeau japonais dont le soleil rouge était transformé en symbole radioactif. Ils avaient également ´hacké’ la grande fresque Myth of Tomorrow de Taro Okamoto dans la gare de Shibuya (je la prends régulièrement en photo même avant son arrivée à Shibuya) en y ajoutant une partie en bas à droite représentant les centrales nucléaires de Fukushima. Le site web de Chim↑Pom montre d’ailleurs une petite vidéo dont est extraite l’image ci-dessus. Ce type de manifestation artistique provocatrice n’est pas particulièrement fréquente au Japon et donc forcément intéressante. Michaël Ferrier nous explique tout cela avec beaucoup de détails. Il maîtrise bien son sujet et c’est agréable de l’entendre longuement parler des artistes présents dans son ouvrage. Il évoque aussi l’artiste Shinji Ohmaki, que je ne connaissais pas, dont l’installation Liminal Air – Black Weight illustre la couverture du livre. Cette installation faite d’une multitude de fils noirs accrochés au plafond évoque la pluie noire radioactive suite à la bombe d’Hiroshima. A vrai dire, je n’écoute pas souvent les podcasts traitant du Japon, car les sujets qui y sont traités s’adressent plutôt aux personnes en cours de découverte du pays. Mais ce podcast en particulier était particulièrement instructif.

林檎の発電

Comme première sortie hors de Tokyo depuis des mois, nous n’allons pas très loin, à Chiba, pendant une journée du long week-end de quatre jours. On dirait malheureusement que tout le monde a eu la même idée en même temps de sortir de Tokyo pendant ce long week-end car les routes et autoroutes sont très occupées. Il faudra prendre son mal en patience sur le trajet du retour, tout en passant son temps à consulter le système de navigation pour voir s’il n’y a pas un raccourci qui ne serait pas marqué de rouge en signe de bouchon. Je déteste quand le système de navigation rajoute soudainement 30 minutes de plus à notre trajet après avoir découvert un nouvel embouteillage. Outre ces désagréments routiers qui sont inévitables en toutes saisons de toute façon lorsqu’on rentre sur Tokyo, nous avons quand même bien profité de cette petite escapade en nature. Nous ne nous sommes pas enfoncés dans les recoins oubliés de Chiba, mais nous avons quand même trouvé un espace qui nous a changé de l’urbanité tokyoïte, dans l’enceinte du Kawamura Memorial DIC Museum of Art, situé à Sakado (nom forçant au jeu de mots qu’on a feint d’ignorer lorsque je l’ai tenté dans la voiture). Le musée n’est desservi par aucune station de train et il est donc préférable d’y aller en voiture bien qu’une navette a l’air de connecter le musée à la station la plus proche. Coronavirus oblige, il faut réserver son billet à l’avance pour la tranche du matin ou de l’après-midi. Il n’y avait pas foule de toute façon. Ce musée montre principalement la collection permanente de l’industriel Kawamura qui a donné son nom au musée. Et quelle collection! On y trouve un portait du 17ème siècle par Rembrandt, quelques peintures impressionnistes de Monet et Renoir, quelques Picasso et un Chagall, entre autres. Une salle entière sombre et arrondie est consacrée aux fresques murales rouges de Mark Rothko. Il faut s’asseoir pendant quelques instants au milieu de la pièce sombre pour voir les couleurs rouges des tableaux se charger petit à petit de lumière. A l’étage juste au dessus de cette pièce, une autre salle montre, à l’opposé, des peintures blanchâtres baignées dans la lumière. Une grande baie vitrée donne une vue sur la forêt bordant le musée. Cet endroit est très agréable car on a l’impression de se trouver dans un autre espace-temps tournant au ralenti, où on aurait tout le temps que l’on veut pour se promener dans les couloirs et les salles pratiquement vides de monde. A vrai dire, je suis très surpris de voir des œuvres d’artistes aussi renommés au milieu de ´nulle part’. Il y a aussi dans le musée un espace pour des expositions temporaires. Celle du moment s’intitulait Overlapping Circles, où cinq artistes contemporains japonais viennent collaborer à travers leurs créations avec les œuvres de la collection permanente. Je ne connaissais pas les cinq artistes mais on a pu voir de belles choses que je n’ai malheureusement pas pu prendre en photo. Les musées au Japon autorisent rarement la prise de photo, bien que ça change un peu ces dernières années avec les réseaux sociaux. Les musées et galeries comprennent l’intérêt d’autoriser les photos qui seront ensuite probablement montrées sur Instagram, Twitter ou Facebook et qui par conséquent feront venir de nouveaux visiteurs. Le musée ici reste un peu en retard sur son temps, mais c’est en même temps agréable de ne pas avoir à se soucier de prendre des photos.

Le jour précédent notre passage rapide à Chiba, nous avons également pris la route pour la ville d’Ōme situé dans la partie Est de Tokyo au pied des montagnes d’Okutama. Nous allons régulièrement faire une visite au cimetière familial se trouvant dans ce coin de Tokyo. Il nous faut en général une heure pour nous y rendre par l’autoroute Chuo. Cette fois-ci, l’autoroute était complètement bouchée depuis le départ au centre de Tokyo. Nous avons donc bifurqué vers les routes normales, ce qui nous a pris environ 3 heures à l’allée et 2 heures au retour. Pendant ces moment là, on saisit bien le sens des mots japonais ‘gaman suru’ (prendre sur soi, supporter), mais ça ne nous a pas empêché de reprendre la route le lendemain. Sur la route du retour, nous sommes donc passés par la ville d’Ōme, un peu tard malheureusement. Je voulais voir les décorations d’une vieille rue montrant des reproductions d’affiches de cinéma. Elles étaient un peu moins nombreuses que ce que je pensais. En fait, plutôt que des affiches de cinéma, on voyait plutôt des dessins de chats noirs, comme cet étrange bâtiment aperçu à un croisement de rues. La nuit qui commençait à tomber apportait une ambiance particulière à ces dessins de rue. Et en parlant de chats noirs, je ne peux m’empêcher de parler (encore) de la musique de Sheena Ringo.

En haut et de gauche à droite, des photos extraites des vidéos de Kōfukuron (幸福論), Tsumi to Batsu (罪と罰). En bas, deux photos extraites de Yattsuke Shigoto (やっつけ仕事).

Dans le billet précédent, je m’interrogeais sur l’existence de la vidéo du Morceau Yattsuke Shigoto (やっつけ仕事) de Sheena Ringo, dont on apercevait quelques extraits dans une vidéo additionnelle du DVD du concert Zazen Ecstasy joué au théâtre Kaho Gekijou de Fukuoka. La discussion qui suivit dans les commentaires de ce billet attisant ma curiosité, je suis parti à la recherche de cette vidéo sur internet. Elle n’est pas montrée sur le compte officiel YouTube de Sheena Ringo mais on peut voir une version d’assez mauvaise qualité sur Vimeo, extraite de la chaîne musicale du câble Space Shower TV, mais avec des sous-titres en espagnol ajoutés et plutôt envahissants. En recherchant un peu plus, je comprends que cette vidéo de Yattsuke Shigoto est disponible sur les DVDs Watashi no hatsuden (私の発電) et Seiteki Healing ~sono san~ (性的ヒーリング~其ノ参~) qui sont des collections de vidéos de ses singles. Il me semble les avoir aperçu dans le passé dans un Disk Union de je ne sais quel quartier de Tokyo. La curiosité m’amène à jeter un coup d’œil au Disk Union de Shibuya. Le DVD Watashi no hatsuden y était justement en vente pour un peu moins de 1000¥ et je me suis laissé tenter (après quelques fausses hésitations). La version musicale de Yattsuke Shigoto sur la vidéo est complètement différente de celle qu’on connaît sur le troisième album KSK, beaucoup plus dynamique et orientée rock. Sur la vidéo, Sheena et le groupe sont habillés de Yukata. Elle est à la guitare devant un public de personnes, tous habillés de rouge, n’ayant pas pu assister au concert car il était limité à la capacité de 1000 personnes du théâtre. Au début de la vidéo, on voit bien les reporters internationaux devant le théâtre dont les voix cosmopolites seront reprises sur la version de KSK. Par contre, on n’entend pas le son de l’aspirateur, opéré par Ukigumo, de la femme du frêre Junpei de Sheena Ringo (à en croire la fiche Wikipedia). La version musicale de la vidéo est enregistrée en concert pendant la tournée Gekokujyo Ecstasy au Shibuya Public Hall (渋谷公会堂) le 15 Avril 2000. Le son n’est donc pas enregistré au théâtre Kaho Gekijou qui était un concert unique le 30 Juillet 2000. On trouve cette version de la vidéo sur le triple mini-CD sr/zcs (Ze-Chyou Syuu) avec la formation Gyakutai Glycogen qui jouait aussi bien sur Zazen Ecstasy que sur Gekokujyo Ecstasy. Ce qui m’étonne un peu, c’est que Yattsuke Shigoto n’est pas présent dans la playlist du DVD de Gekokujyo Ecstasy, peut être parce que le DVD est filmé à des endroits et moments différents pendant la tournée (au NHK Hall de Shibuya et à Fukuoka, les 26 Avril et 31 Mai 2000) et la playlist devait varier suivant les jours (ou alors le DVD était sélectif). Je ne me lasse pas de revoir cette vidéo. Par rapport au concert dans ce même théâtre, cette vidéo prise quelques jours avant semble plus décontractée. Vers la fin du morceau, dans un instant d’emportement vocal, on voit Sheena faire les yeux blancs pendant un bref instant, comme montré sur la capture d’écran ci-dessus. C’est la petite touche surnaturelle voire fantomatique de cette vidéo.

Sur le DVD Watashi no Hatsuden (私の発電), Yattsuke shigoto est la seule vidéo que je ne connaissais pas. Le DVD regroupe toutes les vidéos des singles de la première partie de la carrière solo de Sheena Ringo, de Muzai Moratorium jusqu’à Heisei Fūzoku. La plupart des vidéos sont disponibles sur YouTube donc le DVD n’est pas indispensable mais c’est agréable de revoir ces vidéos à la suite dans une meilleure qualité (les premières vidéos n’ont tout de même pas une qualité d’image exceptionnelle) et sans publicités. En respectant la chronologie, le DVD montre d’abord Kōfukuron (幸福論), dont une bonne partie a été au parc olympique de Komazawa utilisé pour les Jeux de Tokyo de 1964 (déjà ce thème de l’olympisme). Elle a dans le dos, les petites ailes d’anges qu’on retrouvera en plus grand format vingt ans plus tard sur la couverture de Sandokushi. Chaque morceau est lancé par une petite scène vidéo, avec bruitages vocaux, montrant l’ouverture de la boîte du single pour mettre le CD dans le lecteur d’un ordinateur Apple différent pour chaque morceau. Le disque 8cm de Kōfukuron est inséré dans le le lecteur d’un Macintosh Classic II, ensuite le CD de Kabuki-chō no Joō (歌舞伎町の女王) est inséré dans un Power Macintosh G3 Desktop. Koko de Kiss shite. (ここでキスして。) utilise un iMac rouge et Honnō (本能) est lancé sur un Powerbook. Gips (ギブス) et Tsumi to Batsu (罪と罰) sont tous les deux joués sur un iBook orange. L’ouverture prend un peu plus de temps pour lancer Yattsuke Shigoto sur le Power Mac G3, car le morceau se trouve sur un des trois CDs 8cm de la boite Ze-Chyou Syuu qu’il faut d’abord ouvrir (elle est difficile à ouvrir d’ailleurs). Mayonaka wa Junketsu (真夜中は純潔) semble être lancée sur un iMac de 2001, STEM (茎 ~大名遊ビ編~) sur un iMac G5, Ringo no Uta (りんごのうた) sur un portable noir que je ne reconnais pas, Kono Yo no Kagiri (この世の限り) sur un Powermac G5 et finalement Mellow (メロウ) sur un iPhone (sans support physique car le morceau n’est pas sorti en single). Je ne suis pas certain que la chronologie des singles soit en ligne avec les modèles d’ordinateur sortis à l’époque, mais l’ordre de sortie des Mac à l’air a peu près respecté. Ça fait plaisir de revoir toutes ces vidéos, notamment les grands classiques de Muzai Muratorium et Shōso Strip, même si tous les morceaux du DVD ne font pas partie de mes préférés. A l’époque, bien que je l’avais immédiatement acheté en CD single, je n’avais pas très bien compris le virage jazz de Mayonaka wa Junketsu et la vidéo toute en dessin animé. Un peu lus tard, je n’aime pas trop non plus Kono Yo no Kagiri de Heisei Fūzoku qu’elle chante avec son frêre Junpei Shiina dans une vidéo ressemblant à une comédie musicale. La vidéo de STEM contient bien entendu des extraits de petit film Hyaku Iro Megane (百色眼鏡) et est tournée dans les décors du film. La version du single en anglais est différente de la version de KSK ou Heisei Fūzoku, ce qui veut dire qu’il n’y a aucune version de morceaux de KSK en video (les vidéos de Yatsukke shigoto et STEM utilisant des morceaux de version différente). J’avais un peu oublié la vidéo rétrospective de Ringo no Uta mélangeant des images d’anciennes vidéos avec des passages graphiques animés. Le DVD finit en beauté tout en puissance avec Mellow, morceau sorti en 2000 sur Ze-Chyou Syuu, dont la vidéo a été créée à l’occasion de la sorti de ce DVD Watashi no Hatsuden. La vidéo est un peu troublante car Sheena Ringo est coiffée comme Utada Hikaru et du coup lui ressemble un peu.