l’été inoubliable (7)

Ces quelques photographies dans le centre de Paris terminent cette série estivale en France et en Europe, mais n’ont pas conclu notre séjour. J’ai eu la mauvaise idée d’oublier le chargeur de batterie de mon appareil reflex et la batterie n’a tenu qu’un peu plus de la moitié de notre séjour. J’ai bien sûr pris beaucoup de photos avec mon iPhone mais je n’ai pas vraiment envie de les montrer même si certaines le mériteraient certainement. D’une manière générale sur mes billets, les photos prises à l’iPhone sont plutôt montrées en support de mon propos mais je n’aime pas beaucoup les mettre en avant comme éléments principaux d’un billet. Nous avons passé deux jours à Paris entre rive droite et rive gauche, mais on a un peu fatigué pour notre deuxième journée. Sur la rive droite, je voulais visiter la Fondation Cartier pour l’art contemporain, installée depuis le 25 octobre 2025 sur la place du Palais-Royal, juste en face du Louvre. On trouvait dans cet immeuble haussmannien construit en 1854-1855 les Grands Magasins du Louvre qui ont fermé leurs portes en 1974, remplacés par le Louvre des Antiquaires jusqu’en 2016. L’intérieur a été ensuite entièrement repensé par Jean Nouvel, qui avait déjà conçu le bâtiment de la Fondation Cartier au boulevard Raspail en 1994. Une des particularités de l’intérieur du musée remodelé par Nouvel est qu’il se compose de plusieurs grandes plateformes mobiles permettant de modifier complètement la hauteur et la configuration des espaces. Les salles ne sont pas fixes et peuvent se transformer en fonction des besoins de chaque exposition. Au total, l’espace est immense avec un ensemble représentant 8,500 m² accessibles au public, dont 6,500 m² d’exposition. On y montre l’Exposition Générale jusqu’au 23 août 2026. Cette exposition inaugurale présente 40 ans de création contemporaine à la Fondation Cartier à travers sa collection montrant environ 600 œuvres d’artistes provenant de nombreux pays. On a apprécié l’éclectisme de la sélection d’œuvres présentées. Les autres photographies du billet ont été prises dans le jardin du Palais Royal, qui est en quelque sorte un passage obligé de nos séjours à Paris. Le reste du séjour que je n’ai pas pris en photo nous a amené vers des paysages de campagne que je connais bien et qui sont à chaque fois rafraîchissants. Une promenade en vélo en début de soirée nous a fait redécouvrir une partie de la faune du bocage, qu’il aurait été de toute façon difficile à prendre en photo. Les lapins détalaient à notre arrivée dans les virages. Les buses nous observaient de loin en tournoyant, puis se cachaient rapidement derrière la cime des arbres. La vie s’activait autour de nous au moment de notre passage puis tout redevenait calme en seulement quelques secondes. Le séjour en famille passe tellement vite qu’on ne voit pas les jours passés. Ces vacances à la campagne et à la ville étaient très agréables et bien entendu inoubliables.

J’ai déjà mentionné n’avoir pratiquement pas écouté de musique pendant ce séjour. Pourtant, en commençant l’écriture de cette série de sept billets et en développant les photographies qui les composent, j’ai eu soudainement envie de réécouter l’album Zooropa de U2 sorti en 1993. C’est peut-être l’ambiance « européenne » de notre séjour, passant par le Luxembourg avec des petites incursions en Allemagne et en Belgique, qui m’a amené inconsciemment vers cet album en particulier. Des quelques albums de U2 que je possède, Zooropa est celui que j’aime réécouter par morceaux, notamment mes deux préférés: Lemon et Stay (Faraway, So Close). Je réécoute maintenant l’album plusieurs fois dans son intégralité, en redécouvrant avec plaisir certains morceaux comme Daddy’s Gonna Pay for Your Crashed Car, Dirty Day ou encore Zooropa qui ouvre l’album. Cet album est clairement le plus expérimental du groupe, très certainement influencé par Brian Eno. Je trouve qu’il a très bien vieilli. Je ne me souviens plus si j’ai commencé à écouter U2 par cet album ou par Achtung Baby (1992) qui le précédait. À cette époque adolescente, j’écoutais beaucoup de rock alternatif américain et de trip-hop anglais, et j’avais eu envie de diversifier mes expériences d’écoute en me dirigeant un peu vers la pop mainstream. Il faut croire que Zooropa ne correspondait peut-être pas exactement à cette catégorisation, notamment par rapport à Achtung Baby qui marquait une apogée marquante pour le groupe. J’avais ensuite beaucoup écouté les albums ultérieurs, en particulier les classiques War (1983) et Boy (1980). J’ai suivi U2 jusqu’à l’album Original Soundtracks 1 (1995) du projet Passengers de U2 et Brian Eno. Cet album concept composé de musiques de films pour la plupart imaginaires était particulier et profondément intéressant. Je l’ai beaucoup écouté, intrigué par deux morceaux en particulier aux ambiances japonaises: Ito Okashi (いとおかし) avec Akiko Kobayashi au chant et le quasi-instrumental One Minute Warning utilisé pour le film d’animation Ghost in The Shell, du moins pour sa version internationale.

l’été inoubliable (6)

L’autoroute du retour en France passe par la Belgique, mais nous n’aurons pas le temps de nous y arrêter. Notre prochaine étape à mi-chemin entre le Luxembourg et Paris est la ville de Reims, car j’avais très envie de visiter la Cathédrale Notre-Dame de Reims. L’impressionnante cathédrale est un chef-d’œuvre d’architecture gothique, profondément liée à l’histoire politique de la France puisqu’il s’agissait du lieu de sacre des rois de France. 25 rois y ont été sacrés, d’Henri Ier en 1027 à Charles X en 1825, en incluant bien sûr le roi soleil Louis XIV. Le sacre à Reims constituait le grand rituel qui consacrait le roi comme souverain légitime de France. Les origines du sacre des rois à Reims remonte au baptême de Clovis par l’évêque saint Remi vers l’an 496. Selon la légende, lors du baptême de Clovis, une colombe serait descendue du ciel et aurait apporté à l’évêque Remi une petite fiole contenant une huile miraculeuse. Cette huile sacrée, l’huile de la Sainte Ampoule, aurait ensuite été conservée à l’abbaye Saint-Remi de Reims, dont les moines étaient les gardiens. Cette huile a été ensuite utilisée pour l’onction du roi lors du sacre. L’huile de la Sainte Ampoule était mélangée au saint chrême, puis l’archevêque de Reims en appliquait une petite quantité sur le roi, le transformant symboliquement en souverain consacré par Dieu.

La cathédrale actuelle a 895 ans. Sa construction démarra en 1211, après l’incendie de l’édifice précédent en 1210, et fut en grande partie construite sur une période d’une soixantaine d’années, achevée vers 1275. C’est une durée de construction assez courte pour l’époque. Des bombardements et un incendie pendant la Première Guerre mondiale détruiront malheureusement sa charpente, et une grande campagne de restauration sera mise en œuvre après la fin de la guerre jusqu’en 1938. L’édifice est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1991. La cathédrale est vraiment remarquable, notamment pour les sculptures minutieuses de sa façade et de ses trois grands portails. Ces sculptures sont parfaitement intégrées à l’architecture de l’édifice. À l’intérieur, on ne peut qu’être impressionné par la hauteur des voûtes, et par les vitraux modernes, notamment ceux réalisés par Marc Chagall dans les années 1970. La cathédrale mélange ainsi l’art gothique du XIIIᵉ siècle avec des créations beaucoup plus contemporaines. Je me souviens avoir été très impressionné par le gigantesque orgue de la Cathédrale Saint Just de Narbonne que nous avions visité il y a tout juste vingt ans. L’imposant orgue de Notre-Dame de Reims composé de plus de 6 000 tuyaux est également remarquable. Il se trouve au-dessus de l’entrée occidentale, sous une grande rosace. Il est richement décoré avec une façade en bois sculpté qui s’intègre à l’architecture gothique. Lors de l’incendie de la cathédrale en 1914, l’orgue a été gravement endommagé mais n’a pas complètement disparu. L’instrument fut restauré, reconstruit et a fait l’objet de nouvelles restaurations. Visuellement, cet objet coupe le souffle et j’aurais aimé en entendre le son. Sur le parvis de la cathédrale, le soleil tape fort en plein après-midi. Nous cherchons l’ombre mais elle se fait rare. Nous marcherons bien dans le centre de Reims du côté des lignes de tramway mais les températures nous découragent. Il est de toute façon temps de penser à rentrer vers Paris.

l’été inoubliable (2)

Notre deuxième visite dans les Hauts-de-Seine nous amène dans la ville de Sceaux. Nous y allons à pieds, en traversant Châtenay-Malabry, jusqu’à une coulée verte continue d’environ 12kms allant des portes de Paris à la gare de Massy-Palaiseau. Ce long ruban de verdure en milieu urbain, également appelé promenade des vallons de la Bièvre, a été aménagé sur une voie anciennement destinée au train Paris-Chartres. Il s’agit actuellement d’une voie verte réservée aux cyclistes et aux piétons. La période de canicule en France était terminée à notre arrivée mais montrait tout de même quelques soubresauts. Il fait très chaud et nous cherchons les ombrages en parcourant la coulée verte jusqu’à une des entrées du grand parc de Sceaux. Le domaine départemental de Sceaux, classé aux Monuments historiques, trouve son origine au XVIIᵉ siècle lorsque Jean-Baptiste Colbert, ministre de Louis XIV, achète Sceaux en 1670 et entreprend d’en faire sa résidence. Il fait notamment intervenir le célèbre jardinier français André Le Nôtre et Charles Le Brun, qui participa à la décoration du domaine avec Le Nôtre. Le plan des jardins de Le Nôtre reste encore très lisible, avec son grand canal et ses grandes perspectives qui nous rappellent tout de suite Versailles. Nous n’avons bien sûr pas parcouru l’ensemble du domaine. On y trouve apparemment un bosquet nord avec environ 150 cerisiers japonais, qui doivent être magnifiques au printemps. Au bout de ce paysage, malheureusement attaqué par la canicule, on aperçoit le château de Sceaux. Le château que l’on voit actuellement n’est pas celui de Colbert car il fut détruit au début du XIXᵉ siècle. Le château actuel a été construit au milieu du XIXᵉ siècle par les descendants des Trévise. Il abrite maintenant le musée du Domaine départemental de Sceaux, consacré notamment à l’histoire du domaine, aux arts décoratifs et à la vie aristocratique en Île-de-France. Nous profitons de l’entrée gratuite pour en faire le tour. On peut y voir de nombreuses pièces de faïence provenant de la Manufacture de Sceaux, fondée vers 1735, sous le patronage de la duchesse du Maine. On est très impressionné par les céramiques en trompe-l’œil naturalistes, avec des formes d’animaux, de fruits et de légumes. Ces plats en céramique sont parfois très étranges. Je pense par exemple à un imposant plat en forme de tête de sanglier. À la sortie du château, nous rejoignions la longue rue piétonne de Sceaux, la rue Houdan. Elle est agréable, d’autant plus qu’on y trouve la boutique de notre chocolatier préféré, Patrick Roger. On peut trouver ses chocolats ponctuellement au Japon lors des salons du chocolat, mais il n’y possède pas encore de boutique permanente. Les parcs et espaces verts sont nombreux dans cette région des Hauts-de-Seine. On y trouve également de nombreuses demeures anciennes en pierre meulière, souvent conçues par l’architecte Gabriel Reige, très actif au début du XXᵉ siècle dans le sud des Hauts-de-Seine notamment autour de Sceaux, Châtenay-Malabry et Le Plessis-Robinson.

J’ai une petite routine lorsque nous retournons en France, celle d’acheter le dernier numéro du magazine Les Inrockuptibles. Le numéro 52 de Juillet/Août 2026 m’intéresse tout particulièrement car il s’intitule The Cure, Une jeunesse éternelle. Une quarantaine de pages sont consacrées au groupe. Elles ne m’ont pas appris de nouvelles choses mais je les ai dévoré avec un délice certain, sans pourtant écouter de morceaux du groupe entre deux épisodes de lecture. J’ai en fait écouté très peu de musique pendant ce séjour estival, ce qui n’est pas complètement étonnant mais tout de même plutôt rare. De précédents séjours en France, je me souviens avoir beaucoup écouté ETA (2023) de NewJeans et Live to Tell (1986) de Madonna lors de notre dernier séjour en 2023. Lors d’un précédent séjour en 2015, j’ai un souvenir très vif du morceau Let it Happen (2015) de Tame Impala. La seule musique que j’ai pu écouter cette année passait à la radio. On y passe encore souvent le morceau Dracula du même Tame Impala de son dernier album. Sur la radio RTL, j’ai été surpris d’entendre que l’émission Stop ou Encore existe toujours. On y passait plusieurs morceaux tout à fait de saison des Beach Boys, ainsi que deux ou trois morceaux d’Etienne Daho qui m’ont ramené avec plaisir vers les années 1980: Week-end à Rome sur l’album La notte, la notte (1984) et Epaule tattoo sur Pop Satori (1986). Je n’écoute pas beaucoup de musique française, même très peu, mais je me suis dis que je (ré)écouterais bien Daho. En cherchant un titrage pour cette série estivale, j’ai repensé soudainement au titre d’un morceau de Jeronimo sur son album Un monde sans moi datant de 2002, que j’avais découvert à l’époque grâce à une compilation très éclectique des Inrockuptibles intitulée Made in France – Automne 2003. L’été inoubliable dans les paroles du morceau de Jeronimo est bien entendu très différent de celui que l’on a passé.

l’été inoubliable (1)

Cela faisait trois ans que nous n’étions pas retournés en France, et comme à chaque fois, c’était un été inoubliable. Le trajet en avion de Tokyo Haneda jusqu’à Paris Charles de Gaulle m’a paru plus rapide que d’habitude. Malgré la longue durée du vol, j’ai vu peu de films et beaucoup dormi, aidé par le fait de partir assez tard le soir pour arriver à Paris très tôt le matin vers 6h. Les retrouvailles familiales sont toujours un moment particulier. Comme il y a trois ans, nous découvrons, ou redécouvrons, la ville du Plessis Robinson, dans les Hauts-de-Seine dans la périphérie Sud-Ouest de Paris, à une trentaine de minutes en voiture du centre de Paris. Pour notre première sortie, nous voulions retourner dans le grand parc de l’Arboretum de la Vallée-aux-Loups situé entre Le Plessis Robinson et Châtenay-Malabry. Nous nous arrêtons en route dans un autre parc, celui de l’Île Verte, dans lequel on se perd volontiers et dont sont tirées les premières photographies du billet. Sur les deux premières, on pourrait pourtant se croire quelque part au Japon, avec cette petite forêt de bambous et une étrange statue logée dans un arbre qui pourrait être sortie des univers imaginaires du Studio Ghibli. Nous entrons ensuite dans l’Arboretum, situé à proximité du parc de la Maison de Chateaubriand, pour revoir un arbre majestueux, le Cèdre Bleu Pleureur de l’Atlas. Il a une hauteur de 14 mètres et un tronc d’une circonférence d’environ 5 mètres. Ce sont ses lourdes branches évoluant comme un labyrinthe au dessus de nos têtes qui impressionnent, se répandant sur une surface de 680m². On dit qu’il s’agit du plus grand cèdre bleu pleureur du monde. On se sent abrité sous cet immense voilage de branches, soutenues par une trentaine de piquets en résine conçus par le sculpteur Francis Ballu. De nombreux arbres de l’Arboretum sont également remarquables mais le cèdre bleu pleureur de l’Atlas leur vole de très haut la vedette. Nous avions visité il y a trois ans la Maison de Chateaubriand, que nous ne reverrons pas cette fois-ci. Il s’était installé dans la Vallée-aux-Loups, en exil loin de Paris, après avoir publié en 1807 un article dans lequel il condamnait le despotisme de Napoléon. C’est un lieu bien agréable pour un exil.

estival ’23 (8)

Terminons cette longue série de photographies en France par une visite du Château de Monte Christo et de son parc, qui étaient la propriété d’Alexandre Dumas. L’architecte Hippolyte Durand a conçu cette demeure dans un parc de neuf hectares à Port-Marly dans les Yvelines. Le château fut construit entre 1844 et 1847. Le salon mauresque situé à l’étage est tout à fait impressionnant et est la plus belle pièce du château. Alexandre Dumas se fit également construire une dépendance appelée, Château d’If, qu’il utilisait comme lieu d’écriture. Depuis cette dépendance, on a une très belle vue d’ensemble du Château de Monte Christo. Visiter ce château m’a donné envie de regarder dans l’avion du retour, le film des Trois Mousquetaires D’Artagnan, réalisé par Martin Bourboulon et sorti en Avril 2023. J’ai aussi beaucoup apprécié le film Eiffel (Octobre 2021) du même réalisateur avec également Romain Duris à l’affiche.