un sanctuaire au bord de l’eau claire

Sanctuaire d’Izumi (泉神社) à Hitachi dans la préfecture d’Ibaraki, le Dimanche 28 Septembre 2025.

Par choses futiles, je pense au temps inutilement passé sur les réseaux sociaux. Je me suis rendu compte que je suivais presque 800 comptes sur Instagram. Comment peut-on suivre autant de choses en même temps. J’ai commencé un nettoyage pour ne garder que les comptes que je suis vraiment et ils sont encore beaucoup trop nombreux. J’ai réalisé que je suivais initialement certaines personnes pour leurs photos du Japon, mais ces personnes y mélangent parfois des photos beaucoup plus personnelles qui finissent par me déranger. Le point qui me dérange le plus sur les réseaux sociaux est de suivre une personne sans la connaître personnellement pour des centres d’intérêts en commun montrés en photo puis être finalement témoin de leurs histoires personnelles sans le vouloir. Cela devient pour moi de la curiosité mal placée pour des personnes que je ne rencontrerais probablement jamais. La mise à jour des comptes que je suis commence donc par là. Ce travail de re-sélection des comptes qu’on veut suivre prend en fait beaucoup de temps. Il faut mieux réfléchir à deux fois avant de suivre un nouveau compte car il sera plus difficile ensuite de faire le tri.

Les deux photographies ci-dessus ont été prises au sanctuaire Izumi (泉神社) à Hitachi dans la préfecture d’Ibaraki, qui a la particularité d’avoir une source et un bassin d’eau claire. Nous avons fait le déplacement pour voir la transparence de l’eau mais ce n’est pas la seule chose que nous avons vu à Hitachi ce jour là.

a room with a view

Le Dimanche 28 Septembre 2025, au bord de l’océan pacifique à Hitachi.

Les visiteurs l’auront certainement noté sur ces pages, nous explorons beaucoup la préfecture d’Ibaraki, réputée la moins touristique du pays malgré sa proximité de Tokyo. J’y fais rarement des découvertes architecturales interessantes, si on met de côté l’architecture traditionnelle. A proximité du phare blanc d’Hitachi, nous trouvons par hasard une belle maison de béton avec des grandes baies vitrées et un balcon donnant une vue sur l’océan pacifique au pied de la falaise. Les balcons sont habillement orientés pour ne pas apercevoir les infrastructures énergétiques de Hitachi plus au Sud en direction du port de Oarai. Quelques recherches rapides m’indiquent que cette maison se nomme S house et qu’elle a été conçue par Baqueratta Architectural Design Office, bureau de design architectural fondé par Yoshiyuki Moriyama (森山喜之). En parcourant le site web de l’architecte, je me rends compte que j’ai pu voir un grand nombre des maisons individuelles que Baqueratta a conçu à Tokyo. Elles ont en commun d’être luxueuses et d’avoir des façades fermées sur la rue avec en général un grand bloc de baies vitrées à l’étage. S house doit être relativement récente car elle n’apparaît pas encore sur le site web de l’architecte.

vers l’Izumo Taisha d’Ibaraki

A première vue, on regardant les quelques photographies de ce billet, on pourrait se croire soudainement téléporté jusqu’à la préfecture de Shimane devant le grand sanctuaire Izumo Taisha. Nous n’avons malheureusement pas encore voyagé jusqu’à Shimane et le sanctuaire Izumo Taisha que je montre sur ce billet est en fait une branche installée à Hitachi dans la préfecture d’Ibaraki du grand Izumo Taisha de Shimane (常陸国出雲大社). L’immense corde sacrée torsadée Shimenawa nous rappelle immédiatement celle du sanctuaire original à Shimane, bien que j’aurais du mal à comparer les tailles. Cette branche d’Hitachi est récente. Elle date de 1992. Elle est installée sur une colline en pleine campagne. Après avoir découvert un Nikko Tōshōgu d’Ibaraki il y a plusieurs semaines, voici qu’on y trouve un Izumo Taisha. Cette préfecture d’Ibaraki est décidément pleine du surprise. Juste à côté du sanctuaire, se trouve une galerie d’art. Le plafond du hall de la galerie, nommé Sanki (山鬼ホール), est orné d’un immense serpent créé par l’artiste Tomiyuki Kaneko (金子富之). Cette grande œuvre de 460 sur 640 cm surplombe la totalité du hall, ce qui nous donne l’impression que le serpent observe nos moindres mouvements. Ce grand serpent enroulé a été créé en 2020 mélangeant encre japonaise, aquarelle transparente, acrylique, eau sacrée et peinture dorée sur du papier japonais. Il s’agit d’un Serpent cosmique (宇宙蛇), prenant comme image la Voie lactée que l’on pourrait interprétée comme le corps immense d’un serpent céleste. L’exposition du moment, se déroulant jusqu’au 31 juillet 2025, montre quelques œuvres de l’artiste Junichi Mori (森淳一) faisant partie de la collection du sanctuaire Izumo d’Hitachi. Au centre de la pièce, une étrange sculpture en bois à trois visages nous donne une vision d’effroi. Sa conception suggère une antiquité sacrée mais cette œuvre nommée Trinity date de 2011. La dernière photographie du billet montre une autre sculpture en bois inquiétante de l’artiste de sa série appelée Sally datant de 2014.

Une des raisons pour lesquelles je voulais venir jusqu’à cette branche de Hitachi du sanctuaire Izumo Taisha était de voir le Serpent Cosmique de Tomiyuki Kaneko. Je connais cet artiste depuis plusieurs années, l’ayant découvert en 2016 lors de l’exposition DOMANI qui se déroulait au National Art Center Tokyo (NACT) à Nogizaka. Ses représentations de dieux japonais et asiatiques et les formes de monstres qu’il crée m’avaient laissé une très forte impression. J’avais acheté, à la grande librairie Maruzen de Marunouchi, un livre intitulé In praise of Embodying the Illusions (幻成礼讚) qui regroupe une grande partie de ses œuvres. Je n’en avais bizarrement pas encore parlé sur ce blog. J’ai trouvé dans le sanctuaire mon quatrième carnet Goshuinchō, car celui que j’utilise actuellement se termine bientôt. Ce nouveau carnet utilise deux œuvres de Tomiyuki Kaneko, les tigres Red Tiger (赤虎) et Barong Macan (バロン・マチャン). Tomiyuki Kaneko, tout comme Junichi Mori d’ailleurs, est représenté par la galerie Mizuma Art que j’aime beaucoup.

vers le Tōshōgū d’Ibaraki

Le jour suivant notre visite du Ichihara Lakeside Museum à Chiba, nous reprenons la route pour la préfecture limitrophe d’Ibaraki. Comme je l’ai déjà dit quelques fois, cette préfecture est la moins touristique du Japon mais il y a pourtant tant de lieux intéressants à visiter. Cette fois-ci nous partons vers le sanctuaire Ōsugi (大杉神社), situé à Inashiki, en faisant une halte déjeuner à la station routière Shōnan (道の駅しょうなん てんと) qu’on connaissait déjà. La route est un peu longue jusqu’au sanctuaire d’Ōsugi. Depuis la station routière de Shōnan, le système de navigation routière nous conseille une route longeant le long et large fleuve Tone. J’hésite d’abord une première fois car cette route au plus près du fleuve semble étroite, mais on finit par y entrer, la navigation insistant que cette route est la plus rapide pour notre destination. C’est une route locale bordée d’herbes folles au pied du talus de la rivière. On peut y passer à deux voitures mais il faut ralentir et s’écarter au maximum à chaque rencontre. On reconnaît les habitués qui ont replié en permanence leurs rétroviseurs. J’ai beaucoup apprécié ce trajet naturel qui nous a mené pratiquement jusqu’à notre destination. Le sanctuaire Ōsugi est situé dans un regroupement d’habitations ressemblant à un village, loin des grands axes routiers. On s’interroge sur la présence d’un sanctuaire aussi riche à cet endroit. Le sanctuaire shintoïste Ōsugi a été fondé en 767 et est le sanctuaire principal d’environ 670 autres sanctuaires Ōsugi répartis dans les régions du Kantō et de Tōhoku. Une des particularités de ce sanctuaire est d’être richement décorés de sculptures détaillées et arborer des couleurs vives, ce qui lui vaut le surnom de Nikkō Tōshō-gū d’Ibaraki. On est quand même assez loin de la grandeur du Tōshōgu de Nikkō, mais le hall principal ainsi que la grande porte impressionnent en tout cas le visiteur. J’aime particulièrement les décorations de la grande porte torii placée à une des entrées du sanctuaire.

prier pour les patates douces

Après notre visite du parc Hitachi Seaside, nous nous sommes rapprochés de l’Océan Pacifique jusqu’à la plage d’Ajigaura. En remontant ensuite sur quelques dizaines de mètres, nous arrivons aux sanctuaires Horide (堀出神社) et Hoshiimo (ほしいも神社) qui étaient notre destination, avant de retourner vers Tokyo. Depuis les hauteurs de ces deux sanctuaires, nous avons une assez belle vue sur l’océan. L’origine du sanctuaire Horide remonte à l’an 1663, tandis que le sanctuaire Hoshiimo, établi juste à côté et faisant partie du même domaine, est beaucoup plus récent car datant de 2019. La patate douce hoshiimo (干し芋) est séchée. La préfecture d’Ibaraki est la plus grande productrice de cette patate douce au Japon, et Hitachinaka où se trouve le sanctuaire est la région qui en prospère le plus. Ceci explique donc l’implantation de ce sanctuaire assez inattendu. La particularité du sanctuaire Hoshiimo est la présence d’une série de portes Torii dorées et c’est ce qui nous a intrigué et attiré jusqu’ici. Ce n’est cependant pas le seul sanctuaire à avoir des portes Torii jaunes ou dorées, mais cette couleur se justifie ici car la patate douce hoshiimo a cette même couleur. On peut traverser les deux rangées de Torii dorés menant jusqu’à un petit autel, où on peut bien sûr prier pour une production abondante de patates douces séchées, bien que personnellement je n’en raffole pas. Cet alignement de portes dorées vaut en tout cas un petit détour, surtout quand la lumière du soir vient les faire briller. Elles ont été conçues par un designer réputé, Taku Satoh (佐藤卓), qui a dessiné de très nombreux produits pour divers marques. Dans l’enceinte du sanctuaire, on trouvera bien sûr un distributeur automatique de hoshiimo, et une très longue série de photos prises lors de passages de personnalités télévisées tapissant les murs intérieurs d’une petite salle de repos. La présence d’un gros scooter doré et d’un jet-ski marqués du nom du sanctuaire laisse quand même interrogateur. Ce petit passage dans les domaines divins de la patate douce a tout de même était pour moi l’occasion de goûter à des barres de hoshiimo recouvertes en partie de chocolat noir, et j’ai tout de suite été convaincu.