Façade et musique en distortion

Une surface particulière en noir et bleu sur un immeuble dans une rue parallèle à la rivière, à Naka Meguro. Je n’ai pas eu le temps de relever le nom de l’immeuble et je ne sais pas qui est l’architecte de cette façade en distortion, mais ça me fait penser à Peter Eisenman avec l’exemple japonais du Nunotani Building.

crystalcastles

J’aime définitivement les musiques chaotiques de Crystal Castles, dont la complexité intiale apparait d’abord dure à l’oreille. L’électronique low-res déglinguée et en distortion met un peu de temps a révéler sa logique. J’aime ce côté imprédictible. C’est peut être le style musical que je préfère en ce moment. J’avais déjà mentionné ce groupe et quelques unes de leurs chansons comme source de mon billet Résonance musicale. Il y a quelques jours je découvre Untrust Us et Reckless que je fais tourner en boucle. Et ces musiques prennent toutes leurs intensités à la sortie des gares ou des trains, là où la foule se presse, se serre, essaie de se dégager au plus vite en mouvements parfois désordonnés dans un flot fixe. Je monte toujours un peu le son à ce moment là…

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Samedi soir, je retrouve Frederic Georgens aka Fredox que je n’avais pas vu depuis 1 an environ (la dernière fois, c’était avec MP). La rencontre se passe dans un izakaya sous les rails de JR à Ueno, où je vais assez peu souvent finalement, en compagnie également d’une petite dizaine de photographes passionnés, photobloggers japonais ou étrangers. C’est à vrai dire la première fois que j’assistais à un « meeting » de photographes bloggers, et je remercie fredox pour cette occasion. Parmi la liste des membres de ce petit groupe, je ne connaissais personne à part les photos de Max Hodges que j’avais déjà aperçu plusieurs fois. J’avais fait le tour des pages flickr de chacunes des personnes présentes avant de venir mais une fois sur place c’était dur de refaire le lien entre les photos et les personnes. Malgré cela, je me sentais en ambiance familière, bien entendu parce que nous avons tous cette passion pour la photographie mais également parce que l’on essaie tous de saisir cette ville, ses petites ou grandes choses, avec nos propres sensibilités. Et c’est franchement agréable de découvrir de nouvelles sensibilités photographiques: Koga sur Modern Classic (Organisateur de cette soirée), Thomas sur Wada Walker (beaucoup de ses photos sont superbes), Haru (elle m’a donné envie de créer des petites cartes de visite sur MOO), Toshiya Watanabe (et ses séries magnifiques dans un jardin botanique ou dans les zones d’infrastructures désertes de Ariake), yo-scherzo (avec qui j’ai pu un peu parler architecture, fait extrêmement rare, et qui fait également de belles photos au Leica M6) et également Fragment Scene, mifune*, d.sasaki, Ashura/Jon et « fredox34’s sister » pour cette petite discussion photo/musique.

Métalic

Made in Tokyo dort paisiblement depuis le début du mois de juillet. Je n’ose pas trop le réveiller. J’interviendrais peut être en fin de mois quand même.

Pendant ce temps, je travaille hardument (pendant que le bébé dort) à la préparation de mon photobook Made in Tokyo, qui est un peu comme l’arlésienne tant il met du temps à accoucher. Je souhaite ensuite le publier sur Blurb.com.

Poussé par le rythme effreiné du nouveau Sigur Rós gobbledigook, je poste en vitesse quelques photos métalliques du Akasaka BLITZ, la salle de concert à Akasaka Sacas, où j’avais d’ailleurs été voir Sonic Youth alors qu’ils n’étaient déjà plus très jeunes.

Petits moments d’architecture (4)

Quelques photos d’architecture prises il y a plus d’un mois. Je ne sais plus exactement quand mais ces quelques photos trainent depuis longtemps. L’immeuble ci-dessus se trouve à Hibiya, il s’agit du théatre Nissay, datant de 1963. L’immeuble parait massif au premier abord, mais il est superbe de finesse quand on se rapproche des parois par le travail apporté sur les blocs de granite rosé. Togo Murano, né en 1891 et décédé en 1984, en est l’architecte. C’est un habitué des travaux de grande taille, notamment les énormes department store. Un point intriguant de ce building, c’est que je n’arrive pas à priori à y déceler une origine géographique, peut être un mélange de style traditionnel japonais avec un style européen moderne.

A quelques pas du théatre, on est aussi intrigué par le Hibiya Marine Building, pour son arête creusée en forme de cylindre vide. On pourrait placer une mini-fusée dans cet espace vide, avec sa turbine posée sur le support circulaire inférieur.

On vient à quelque chose de moins massif avec cette maison particulière dans un des quartiers près de Ebisu. J’ai vu cette maison se construire en me demandant quel pourrait être le resultat final. Elle est belle toute en surface carrelée blanche et ses mini-fenêtres semi-transparentes. Le toit gris aux arêtes aiguisées comme le mur protégeant l’entrée, brille au soleil.

Pour terminer, une curiosité, une maison bariolée de lignes rouges et blanches à Kichijoji. Elle a déclenché des plaintes chez les voisins directs. Le prioriétaire n’avait pas encore aménagé au moment de la photo. Un journaliste était dans la petite rue devant la maison pour demander aux voisins leur avis sur cette maison et faire des pronostics sur l’arrivée du propriétaire. Le priopriétaire est mangaka. Umezu Kazuo s’habille de rayures rouges et blanches, c’est une marque de fabrique. La maison ne pouvait pas y échapper.

Echappons nous de Kichijoji. Ecoutons Sushi de Cocoon. La chanson est absolument superbe et pour l’instant uniquement disponible sur le dernier podcast de Inrocks (numéro 87). Je l’écoute en boucle depuis le debut de soirée (pratiquement, mais j’écoute toujours les chansons que j’adore à répététion).

let’s just imitate the real until we find a better one

Un bonsai de plusieurs centaines d’années dans les jardins de Happo-En à Shirogane.

L’immeuble en vague De Beers à Ginza imite la courbe du bonsai. Il s’agit seulement de mon interprétation pour ce billet, je ne connais pas les intentions de Jun Mitsui, l’architecte concepteur de cet édifice pour une grande marque de joaillerie. En visionant les photos que j’ai prise le mois dernier, j’y voyais une certaine ressemblance, où le building imite des formes et mouvements naturels. Si ce n’est pas la forme du bonsai de Happo-en, il s’agit peut être d’une vague du pacifique ou une distortion sismique plus douce au regard que celle du NC Building de Peter Eisenman.

Le titre intriguant de ce billet provient de Good Lies du groupe allemand the Notwist, une musique rock que j’écoute beaucoup ces derniers temps.

Depuis l’immeuble tubulaire de Tange

En passant rapidement à Ginza, je fais un détour vers le Shizuoka Press and Broadcasting Offices près de la station de Shimbashi. Je suis passé très souvent devant ce mini-immeuble mais à moto et sans prendre le temps de m’arrêter, d’en faire le tour et de le prendre en photo. Cet immeuble date de 1967, créé par Kenzo Tange un an après la structure brutaliste du centre Yamanashi Press and Broadcasting. Cette petite tour moderne en coin de rue se présente comme un arbre, avec son large cylindre sur lequel viennent se poser des boîtes contenant des bureaux. Cette ramification laisse penser que cet immeuble est à structure variable, évolutif avec possibilité de croissance organique, comme une plante, suivant l’idée du courant métaboliste.

archigram

Kenzo Tange avec son plan pour Tokyo de 1960 (photo à droite ci-dessus: la ville s’étend sur la baie de Tokyo, sur un axe central ramifié) a été une influence pour ce mouvement métaboliste, sans en faire directement partie. Le travail spéculatif des Métabolistes au Japon dans les années 1960 se croise avec celui du groupe anglais architectural d’avant-garde Archigram. Archigram prend son inspiration dans les nouvelles technologies pour créer des projets innovants et visionnaires, une réalité futuriste et expérimentale utopique, faite de villes nomades en forme de machines capables de se déplacer, des maisons capsules mobiles et interchangeables pouvant se greffer sur une tour de capsules, des mégastructures se branchant sur des réseaux tubulaires… Les Métabolistes et Archigram s’influencent mutuellement, on reconnait chez le métaboliste Kisho Kurokawa ce concept de capsules interchangeables empilées dans son Nakagin Capsule Tower. Je vois d’ailleurs dans le Shizuoka Press and Broadcasting Offices de Tange des similarités avec la mégastructure tubulaire d’Archigram, en image ci-dessus à gauche. Une différence entre ces deux courants cependant est que les idées d’Archigram sont restées au stade de concept, tandis que les métabolistes ont réalisés quelques immeubles, à moindre échelle, sans le grandiose des villes dans les airs ou sur la mer imaginées sur le papier ou en maquette.

neo-tokyo

Le groupe Archigram intégrait également dans leur vision fantastique une culture pop flirtant souvent avec le comics book, dans les illustrations qu’ils produisèrent de leur ensembles urbains. Au Japon, il aurait été passionant de retrouver les créations métabolistes sur support manga, avec mise en situation de leur visions utopiques. On se contentera de rendu 3D sur le site de 10plus1: le Joint Core System de Arata Isozaki et le Plan pour Tokyo 1960. Cela me fait d’ailleurs penser au manga Akira, c’est intéressant de voir que ce manga de Katsuhiro Otomo de 1988, reprend cette idée de Kenzo Tange de ville sur la baie de Tokyo (image provenant de Akira ci-dessus). La science fiction de Akira nous montre une ville nommée Neo Tokyo, construite sur la baie en 2019 suite à une explosion nucléaire sur la « vieille ville » de Tokyo en 1982. Cette vision apocalyptique est une image récurrente, que l’on rencontre également dans d’autres manga comme Neon Genesis Evangelion de Hideaki Anno où Tokyo renait plusieurs fois pour devenir Tokyo-3, ville retractable sous le sol, déplacée à Hakone. Tokyo y est une ville éphémère, condamnée à être détruite et reconstruite sans cesse, on doit peut être y voir des réminiscences du grand tremblement de terre de Tokyo en 1923, ou des bombes nucléaires sur le Japon à Hiroshima/Nagasaki.

rem

Alors que j’écris ces lignes et dans le même esprit de liaison culture pop et architecture, je découvre cette article amusant et intéressant de A Life Without Buildings sur les liens et influences possibles entre Star Wars et l’architecture. Sur l’image ci-dessus tiré du blog, l’auteur nous invite à imaginer les ressemblances entre le véhicule Sandcrawler et l’immeuble Casa da Música de Rem Koolhaas au Portugal, tout en nous indiquant qu’en réalité le Sandcrawler s’inspirait bien d’architecture, d’un hotel en Tunisie. Les trois articles suprenants à voir sur A Life Without Buildings sont les suivants: Rem Koolhaas, Tunisia, and Sandcrawlers, Otto Wagner and the Millenium Falcon et What’s Up With All The Death Stars?.

kikuake

Dans le même style, j’ai toujours pensé que le musée métaboliste Edo-Tokyo de Kiyonori Kikutake ressemblait au AT-AT Walker de Star Wars. L’inspiration de Kikutake vient en fait des toitures traditionnelles japonaises, mais il est bon de laisser parfois voguer son imagination.