雲より高いぞ富士山

Hirano, Kōtō-ku, le 4 Janvier 2025.

J’ai aperçu cette superbe Mercedes Benz noire et le personnage fait main inspiré par Jibanyan (ジバニャン) de la série de jeux vidéos 3DS Yōkai Watch (妖怪ウォッチ) dans une petite rue perpendiculaire au Museum of Contemporary Art Tokyo où j’avais vu l’exposition dédiée à Ryuichi Sakamoto. Le petit monstre rouge Jibanyan m’a rappelé une époque qui me parait maintenant très lointaine où le fiston lorsqu’il était petit collectionnait les nombreuses médailles de la série. Certaines étaient parfois assez rares et trouvables qu’à certains endroits. Il les a toujours, conservées dans un gros classeur. Je pense que de nombreux parents de ma génération ont ce souvenir de la collecte des médailles Yōkai Watch. On pouvait les insérer dans une sorte de terminal à tête de chat pour écouter la voix du petit monstre Yōkai que la médaille montrait. Mon préféré était un monstre chat ressemblant à Dracula appelé Gabunyan (ガブニャンハ).

Sanctuaire Araya Yama, Fujiyoshida, le 5 Janvier 2025.

Le sanctuaire Araya Yama (新屋山神社) est un des power spots autour du Mont Fuji que nous aimons rechercher et découvrir. Le sanctuaire est assez petit mais il y avait beaucoup de visiteurs en ce tout début d’année. Il se situe à proximité du grand sanctuaire Kitaguchi Hongu Fuji Sengen Jinja (北口本宮冨士浅間神社) que nous avions visité l’année dernière. Notre prochaine étape était la petite station routière du village de Narusawa (鳴沢村), qui se trouve au pied du Mont Fuji et à proximité de la grande forêt d’Aokigahara (青木ヶ原樹海). Il restait un peu de neige autour de la station routière mais on dit que le Mont Fuji est assez peu enneigé cette année. En cette belle journée au ciel dégagé, on pouvait apprécier le Mont Fuji dans toute sa splendeur, ce qui n’est pas toujours le cas, car il joue parfois à cache-cache avec les nuages. Depuis la station routière de Naruzawa, la vue n’est par contre pas idéale car le Mont Fuji se trouve derrière les grands filets d’un terrain de foot.

Vues sur le Mont Fuji depuis Narusawa et le lac Kawaguchiko, le 5 Janvier 2025.

Nous revenons ensuite vers le lac Kawaguchi (河口湖) qui reste un des meilleurs endroits pour apprécier la montagne sacrée sous son meilleur angle. Cela fait quelques années que nous avons pris l’habitude d’aller voir le Mont Fuji dans les premiers jours de la nouvelle année. Les photographies que j’en avais fait l’année dernière étaient à mon avis les plus réussies, d’autant plus que j’avais pu les placer dans un billet que je retiens encore maintenant. Parmi les presque 2500 billets qui composent Made in Tokyo, certains ont une valeur particulière. Il faudrait peut-être que je trouve un moyen de les annoter différemment.

Je regarde en ce moment le drama The Hot Spot (ホットスポット), diffusé le dimanche soir sur Nippon TV, qui prend pour scène une petite ville de la préfecture de Yamanashi proche du fameux Mont Fuji. Il s’agit du nouveau drama écrit par Bakarhythm (バカリズム), de son vrai nom Masuno Hidetomo. J’avais tellement aimé le drama Brush Up Life (ブラッシュアップライフ) avec Sakura Ando, que je voulais absolument voir cette nouvelle série dont il est également le scénariste. Kiyomi Endo, interprétée par Mikako Ichikawa (市川実日子), y est une mère célibataire travaillant dans un petit hôtel rétro tout près du Mont Fuji. Elle fait la rencontre d’un alien qui a une apparence humaine et certains pouvoirs extraordinaires. Il se nomme Kosuke Takahashi et est interprété par Akihiro Kakuta (角田晃広). On peut imaginer qu’un être aussi extraordinaire puisse faire de nombreuses choses pour le bien de l’humanité, mais il se contente tout simplement d’aider de manière tout à fait discrète Kiyomi Endo et ses deux amies, dans des situations parfois loufoques. Il s’agit bien sûr d’une comédie qui a tout ce qu’il faut d’humour décalé comme sait si bien l’imaginer Bakarhythm. Comme sur Brush Up Life, les dialogues sont particulièrement savoureux et l’histoire se construit sur pas grand chose mais arrive à nous tenir en haleine. Le Mont Fuji qu’on aperçoit souvent est presqu’un personnage du drama, et on entend même dans le troisième épisode un morceau électronique très étonnant à son honneur. Ce morceau tout simplement intitulé Fujisan (富士山) est du groupe Denki Groove (電気グルーヴ) sur leur album Vitamin de 1993. Le rythme particulièrement effréné du morceau est vraiment étonnant et m’a même fait acheter le morceau sur iTunes, même s’il est complètement loufoque. Denki Groove est le groupe electro-techno fondé en 1989 par Takkyu Ishino (石野卓球) et Pierre Taki (ピエール瀧), apparemment toujours actif. Le groupe est tout autant reconnu sur la scène J-Pop electro que le sont ses deux fondateurs mais je n’avais réussi à entrer dans leur univers jusqu’à maintenant. Il faut dire que cette musique est très vraiment particulière.

De haut en bas: extrait de la vidéo du single Twilight (朝が近い夜) d’a子 et du single no aid(ea) de Samayuzame.

Musicalement, je découvre en ce moment beaucoup d’excellents nouveaux morceaux que j’ajoute petit à petit dans ma playlist de début d’année. Celle-ci contient déjà la série de morceaux et EPs dont j’ai déjà parlé dans les précédents billets écrits cette année. J’y inclus bien sûr le nouveau single d’a子 intitulé Twilight (朝が近い夜) sorti le 15 Janvier 2025. Je suis à chaque fois épaté par la capacité d’a子 à créer des morceaux pop-rock immédiatement accrocheurs. On y retrouve toujours la même constante stylistique assez caractéristique de ses compositions, mais je trouve ce morceau particulièrement fluide. Je le placerais bien parmi ses meilleurs car l’orientation pop est très claire et assumée. On l’a voit même presque danser dans la vidéo, ce que je note comme un point de démarquage par rapport à son approche indé des débuts. Je n’avais pas écouté de nouveaux morceaux de Samayuzame depuis un petit moment, et je me rattrape avec son dernier single intitulé no aid(ea) sorti le 8 Janvier 2025. Mana Hiraki (平木希奈) réalise la vidéo du morceau et c’est ce qui me fait revenir vers la musique de Samayuzame. Ce n’est pas la première fois que cette photographe et réalisatrice m’amène à découvrir ou redécouvrir des artistes. La musique de Samayuzame est très sophistiquée. La composition est dense et complexe, ce qui rend son univers tout à fait particulier et unique, avec toujours ce petit quelque chose de l’onirisme proche du cauchemar. On ne peut être qu’impressionné par la volatilité de son chant, qui pourrait presqu’être un sujet d’étude à lui tout seul, sachant que Samayuzame fait absolument tout dans sa musique et maîtrise donc complètement son univers. Rachel de Chelmico et Shin Sakiura avaient l’air tout à fait impressionnés lorsqu’ils ont présenté ce morceau de Samayuzame dans un épisode récent de leur émission Music Bloom sur la radio J-Wave. J’écoute cette émission assez régulièrement en retransmission sur Radiko depuis le début d’année, car la bonne humeur qui s’en dégage est vraiment agréable. Elle passe en direct toutes les semaines, le Vendredi dans la nuit de 22:00 à 22:30.

seeing sounds hearing time

Museum of Contemporary Art Tokyo, Parc de Kiba, le 4 Janvier 2025.

La première exposition artistique à laquelle j’ai assisté pour cette nouvelle année était celle dédiée à Ryuichi Sakamoto (坂本龍一) au Museum of Contemporary Art Tokyo (MoT, 東京都現代美術館). Je le souhaitais ainsi car je voulais y trouver une inspiration qui m’avait manqué pendant les dernières semaines de l’année. L’exposition intitulée seeing sound, hearing time (音を視る 時を聴く) a démarré le 21 Décembre 2024 et se déroulera jusqu’au 30 Mars 2025. J’apprécie bien sûr les compositions au piano de Ryuchi Sakamoto, qui nous a quitté en Mars 2023 à l’âge de 71 ans, mais ce sont surtout ses compositions plus expérimentales qui m’attirent et qui sont le sujet de cette exposition. Dans les années 2000, Ryuichi Sakamoto a collaboré avec différents artistes sur des grandes installations sonores et visuelles, et l’exposition se concentre sur ces installations. La plus impressionnante est issue d’une collaboration entre Ryuichi Sakamoto et Shiro Takatani (高谷史郎) et est intitulée TIME TIME (2024). Cette installation a été créé spécialement pour cette exposition, mais est basée sur une pièce de théâtre intitulée TIME datant de 2021. C’est la première œuvre que l’on peut voir au début de l’exposition et c’est certainement la plus fascinante. Elle se compose de trois larges écrans sur une longue salle. On nous raconte une fable nous interrogeant sur ce qu’est le temps. Le danseur, chorégraphe et acteur Min Tanaka (田中泯), âgé de 79 ans, y représente l’humanité cherchant à contrôler la nature. Les scènes abstraites accompagnées par la musique sombre et envoûtante de Ryuichi Sakamoto sont entrecoupées par des interludes montrant la joueuse de l’instrument traditionnel japonais shō, Mayumi Miyata (宮田まゆみ), traverser les trois écrans d’un pas lent, les pieds dans une fine surface d’eau. On s’assoit dans le noir et on se laisse hypnotiser par cette longue fresque qui doit bien durer une trentaine ou quarantaine de minutes. Je voulais prendre mon temps pour apprécier et m’imprégner des œuvres de cette exposition. Je pense être resté au musée pendant au moins trois heures, en essayant de me couper de toute notion de temps, en faisant en quelque sorte le vide en moi.

L’exposition comprend douze installations de tailles différentes, mais elles sont en général imposantes par leur taille et par leur force d’évocation. La moitié des installations présentées sont des collaborations avec l’artiste Shiro Takatani, basé à Kyoto. Sa collaboration avec Ryuichi Sakamoto démarra en 1999 lorsque ce dernier lui demanda de prendre en charge la direction visuelle de son opéra LIFE. Les deux photos ci-dessus montrent deux œuvres de Ryuichi Sakamoto avec Shiro Takatani. IS YOUR TIME (2017) montre un piano surplombé par un panneau vidéo montrant le ciel et ses intempéries. Sakamoto trouva ce piano dans une école de la préfecture de Miyagi dévastée par le grand tremblement de terre et tsunami de Mars 2011. Il a vu ce piano transformé par la nature, ayant perdu son rôle et sa fonction primaire car on ne peut plus en jouer, mais faisant désormais partie entière de la terre qui l’entoure jusqu’à pouvoir transmettre ses gémissements. LIFE-fluid, invisible, inaudible… (2007) est une autre collaboration remarquable de Sakamoto et Shiotani. Il s’agit d’une installation sonore et visuelle composée de neuf bassins transparents d’eau placés en hauteur dans une grande salle sombre. Un brouillard intermittent se crée dans ses bassins sur lequel sont transmis des images vidéos provenant de l’opéra LIFE de 1999. Le sens inhérent de chaque installation est difficile à appréhender mais on les ressent comme une expérience sensorielle forte. On ressent, comme une constante dans chaque installation, le concept de temps que Sakamoto veut nous faire entendre à travers ses compositions (hearing time). L’autre moitié des installations de l’exposition sont par l’artiste allemand Carsten Nicolai (également connu sous le nom Alva Noto), le réalisateur thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, les artistes japonais Toshio Iwai (岩井俊雄) et Daito Manabe (真鍋大度, fondateur du collectif créatif Rhizomatiks), le collectif Zakkubalan (dont fait parti Neo Sora, le fils de Ryuichi Sakamoto), mais ce sont celles de Shiro Takatani qui m’ont laissé la plus forte impression.

La deuxième partie de l’exposition se concentre sur des installations accompagnant l’album async de Ryuichi Sakamoto sorti en 2017. De cet album, je n’avais sur mon iPod que le premier morceau andata. J’ai couru acheter l’album au Disk Union de Shinjuku quelques jours après avoir vu l’exposition. Le morceau andata est un morceau tellement fort émotionnellement que j’ai toujours eu un peu de mal à le gérer, tout en appréciant sa beauté conceptuelle touchant à l’expérimental. Le morceau aurait très bien pu s’appeler Sōretsu (葬列, cortège funèbre), comme pour nous prévenir de ce qui nous attend si on ne prend pas plus de considération pour notre environnement terrestre. J’ai pourtant toujours gardé cet album en tête avec l’envie de l’écouter un jour car son titre m’intriguait beaucoup. Les installations de la deuxième partie de l’exposition utilisent des musiques que l’on trouve réunies sur l’album async. L’installation async-immersion Tokyo (2024) est une adaptation de l’oeuvre du même nom d’abord montrée à Kyoto en 2023 après la mort de Sakamoto. Sur un très large écran vidéo, des images reprennent le concept vu en photos sur l’album async. Des paysages ou des objets de vie et de travail de Ryuichi Sakamoto sont lissés progressivement en bandes visuelles et sonores. Les images se transforment en bandes sonores, puis les bandes sonores se transforment à nouveau en d’autres images, matérialisant le concept de l’exposition de « voir le son » (seeing sound). L’album async est magnifique, difficile d’approche car il est conceptuel, mais les compositions que l’on écoute viennent nous toucher profondément. C’est en ce sens qu’il n’est pas toujours facile à gérer. La plupart des morceaux de async sont abstraits et on les accompagne par des images dans notre tête en les écoutant. L’album s’oriente parfois vers l’expérimental, avec des morceaux comme disintegration et async, parfois atmosphérique, comme garden concluant l’album. En écoutant certains morceaux de l’album comme celui intitulé ubi qui est rythmé par une sorte de bip hospitalier, on ne peut s’empêcher de penser à sa mort récente, ce qui nourrit un peu plus l’émotion qu’on peut avoir à son écoute. Maintenant que je l’ai écouté plusieurs fois pour en apprécier les aspérités, j’aimerais repartir voir l’exposition avant qu’elle ne se termine au mois de Mars. En chemin vers l’exposition, J’avais écouté un autre album de Ryuichi Sakamoto que j’aime vraiment beaucoup, celui qu’il a composé, arrangé et produit pour Miki Nakatani (中谷美紀). Cet album s’intitule Shiseikatsu (私生活) et j’en avais parlé dans un billet l’année dernière. Shiseikatsu est très différent de ce qu’on peut entendre sur async, mais il s’agit également d’un album concept qui n’exclut pas les expérimentations sonores.

Les premières photographies du billet sont prises à l’intérieur et au-dessus de la terrasse externe du musée (Sunken Terrace), pour une collaboration spéciale entre Ryuichi Sakamoto, Shiro Takatani et Fujiko Nakaya qui est spécialiste dans les structures de brume, que l’on pouvait voir pour la première fois en 1970 lors de l’Osaka EXPO’70. Pendant environ une demi-heure, un brouillard blanc vient envahir par intermittence la terrasse, nous laissant seul, isolé des autres visiteurs que l’on ne voit plus. Ce sentiment d’isolation et de réconfort lorsque l’on aperçoit quelqu’un d’autre devant nous est assez particulier. J’en ai pris de nombreuses photographies que je montre en tête du billet. Les gens apparaissent soudainement sous la lumière puis s’engouffrent de nouveau soudainement sous une autre vague de brouillard. Au loin, une personne seule, debout et fixant le vide, semble réfléchir à sa vie et son avenir. Je recherchais un peu de cet état d’esprit en venant voir cette exposition. Ces photographies me rappellent certaines compositions vaporeuses, faites de superpositions d’images, que j’ai très souvent expérimenté et montré sur ce blog.

Les coïncidences veulent que j’ai regardé le matin de ma visite de l’exposition le film Monster (怪物, L’innocense) du réalisateur Hirokazu Kore-eda (是枝裕和), qui est finalement disponible sur Amazon Prime. Je ne me suis rendu compte qu’en cours de route que Ryuchi Sakamoto en avait composé les musiques, car on peut y entendre le morceau intitulé Hibari de son album out of noise (アウト・オブ・ノイズ) sorti en 2009. Le film nous raconte l’histoire d’un jeune garçon au comportement étrange dans une ville de province japonaise. Son histoire est racontée sous plusieurs angles pour nous faire progressivement comprendre qui est le véritable monstre mentionné dans le titre. Comme souvent dans les films de Kore-eda, il nous raconte l’enfance qu’on ne cherche pas assez à comprendre, ou qu’on oublie de comprendre, lorsque l’on devient adulte. La voix de l’enfance y est souvent pleine d’une sagesse fondamentale que l’adulte a perdu. Le réalisateur aborde des thèmes souvent similaires de film en film avec à chaque fois une justesse et une retenue qui force au respect. C’est un très beau film que je ne peux que conseiller.

we make noise

Aoyama Omotesando, le 28 Décembre 2024.

We make noise not clothes est le slogan de la marque UNDERCOVER (アンダーカバー) fondée par Jun Takahashi (高橋盾) en 1989 et qui est devenue une des marques représentatives de la scène underground de Harajuku à Tokyo (裏原宿系ブランド) dans les années 1990. We make noise not photos, Aurais-je envie de lui répondre, tant j’ai parfois du mal à me convaincre moi-même que mes photographies en sont vraiment. Elles participent certainement au bruit ambiant mais je ne pense pas qu’elles permettent d’atteindre un état de plénitude lorsqu’on les regarde. Il me reste un état permanent d’insatisfaction car il y manque souvent quelque chose pour pouvoir les qualifier de photographie dans le sens étymologique d’écriture avec la lumière. L’histoire qu’on aurait envie d’écrire en regardant ces photographies manque souvent. Voici donc une série de photographies certainement inutiles prises à Aoyama juste avant la fin de l’année dernière, venant participer au bruit numérique stocké sur des serveurs installés à l’autre bout du monde. Je me pose souvent la question de ne montrer qu’une seule photographie par billet. J’ai à chaque fois beaucoup de mal à m’y résoudre et je ne sais quelle partie de mon cerveau en est responsable, la partie droite créative ou la partie gauche logique. Le relatif bon équilibre entre ces deux parties de mon cerveau m’empêche peut-être de partir vers des envolées créatrices disruptives. Le déséquilibre crée cet environnement créatif. Peut-être que la musique que j’écoute pourrait agir sur la partie gauche de mon cerveau pour me pousser vers ces idées créatives inattendues. C’est une bonne raison pour écouter des choses diverses et variées, sans à priori, lorsqu’elles ont une originalité évidente, et je dirais même, divergente. A ce propos, je parle ici d’absolument tout ce que j’écoute, sauf oubli involontaire, car il n’y a rien pour moi d’inavouable. Et quand je regarde parfois ma playlist, je m’étonnerais presque moi-même des grands écarts que je peux parfois faire entre les genres. Peut être s’agit il là du principal intérêt de Made in Tokyo.

J’avais déjà parlé dans un billet récent du single TOKYO神VIRTUAL de Minami Hoshikuma (星熊南巫), qui me fascine complètement à force de l’écouter. J’ai ensuite écouté en entier le EP du même nom qui s’avère excellent au point où j’ai du mal à m’en passer. L’ambiance créée sur la plupart des morceaux, entre bruits numériques et accroches pop, est vraiment intéressante. Le morceau tears in rain ;( avec CVLTE mélange une certaine mélancolie entourant le phrasé rap de CVLTE et de Minami Hoshikuma, et une envolée pop imparable dans le refrain. C’est un excellent morceau tout comme celui qui suit, ERA, et celui qui le précède, DIVE, qui ont une logique de composition un peu similaire. Minami Hoshikuma chante en anglais avec un brin d’auto-tune venant lisser un peu sa voix. Je ne suis pas certain de savoir si l’auto-tune est vraiment nécessaire mais il participe en tout cas assez bien à l’ambiance futuro-underground (pour ne pas dire cyberpunk) qui entoure sa musique et qu’elle suggère sur l’image numérique façon cyborg servant de couverture au EP. L’ambiance générale reste assez sombre mais l’incursion soudaine de cris de chats sur le morceau ERA m’amuse beaucoup et nous rappelle le nom de son autre projet D̴E̷A̷T̴H̴N̷Y̵A̶N̴N̷. Je ressens une passion certaine dans son chant qui est captivante sur chacun des morceaux, même ceux comme NEJEM qui demandent quelques écoutes pour en apprécier toute la teneur. Le EP dans son ensemble est dense musicalement et en fait assez différent du minimalisme rythmique du morceau titre. Je ne peux que le conseiller à ceux qui se laissent influencer par mes recommandations musicales. Pour ne rien vous cacher, je sais que la majorité des visiteurs s’intéressent avant tout aux photographies de Tokyo que je montre sur mes billets, mais personnellement, c’est la musique dont je parle qui m’intéresse la plus sur mes propres billets. Ce n’est pas complètement illogique, car après avoir vu et revu mes photographies sur ordinateur, elles ne m’intéressent déjà plus beaucoup lorsque je les publie dans un nouveau billet.

d’une année à l’autre

Enoshima, le Mardi 31 Décembre 2024.

Nous passons la dernière journée de l’année 2024 à Enoshima, lieu que nous connaissons très bien mais vers lequel on aime revenir. Nous savons que le lendemain, le premier jour de l’année 2025, sera excessivement encombré pour le Hatsumōde (初詣). Nous essayons tout de même de rentrer assez tôt pour préparer le réveillon à la maison. Après quelques courses de dernières minutes sur le chemin du retour, nous arrivons finalement après le début de l’émission rituelle Kōhaku de la NHK, mais ce n’est pas très grave. Je voulais bien entendu voir en deuxième partie d’émission la prestation de Sheena Ringo accompagnée par Momo (もも) de Charan Po Rantan pour un duo sur le morceau Cheers beer (ほぼ水の泡) de son dernier album Hōjōya (放生会). Ce n’est pas le morceau que je préfère de l’album mais son énergie est communicative et elles arrivaient assez bien toutes les deux à la retransmettre sur scène. J’ai aimé revoir Vaundy pour le morceau Odoriko (踊り子) qui n’est pourtant pas sorti en 2024, et la prestation de Fujii Kaze (藤井風) depuis New York sur un morceau intitulé Michite Yuku (満ちてゆく) que je ne connaissais pas. Comme lors de l’un de ses précédents passages, j’ai cru au début du morceau qu’il s’agissait d’une mise en scène et qu’il allait finalement entrer par une porte dérobée sur la scène du grand hall NHK à la surprise de tous. Depuis que nous écoutons très régulièrement les deux albums de Fujii Kaze lors de nos longs trajets en voiture, j’ai changé d’avis dans mon appréciation de sa musique. Je trouve que l’émission Kōhaku a de plus en plus de passages obligés qui rigidifient petit à petit son format, entre le jeu de bilboquets pour tenter de battre chaque année un record au Guiness book, l’épreuve géante de domino, le medley Disney, le final obligé de la paire Masaharu Fukuyama (福山雅治) et Misia. Bref, il y a de moins en moins d’effets de surprise et l’émission n’avait à vrai dire pas grand chose d’exceptionnel. Elle s’est passée sans qu’on en retienne grand chose. Elle reste tout de même une consécration pour les artistes invités, et c’est ce fait là qui rend l’émission intéressante même si elle l’est pour moi de moins en moins. Une fois minuit, nous allons comme toujours au sanctuaire le plus proche. J’ai l’impression qu’il y avait plus de monde que d’habitude, mais ce n’est peut-être qu’une impression. La période de la nouvelle année est plus calme que l’année dernière qui était particulièrement occupée. Le 1er Janvier 2024, nous nous étions levés très tôt pour voir le lever du soleil. Nous nous sommes également levés tôt cette année mais pour une autre raison, amener le fiston jusqu’à la gare d’Asakusa car il allait à Nikkō avec quelques copains d’école.

Sanctuaire Hikawa à Shibuya, le Mercredi 1er Janvier 2025.

あけおめ
ことよろ
二◯二五

Les premières journées de l’année sont tellement calmes qu’on apprécierait presque l’ennui. Je n’ai même pas le courage d’écrire et je ne sais même plus quoi écrire de nouveau, ce qui explique la date relativement tardive de publication de ce billet pourtant démarré il y de nombreux jours. C’est le premier billet de cette nouvelle année mais je n’ai pas encore tout à fait fini d’épuiser les photographies que j’ai pu prendre pendant le mois de Décembre. Il me reste également à écrire le rapport du concert Ringo Expo’24 de Sheena Ringo, qui est en cours depuis plusieurs semaines et que je n’ai pas encore réussi à terminer.

Sur la petite playlist iPod de début d’année, je sélectionne quelques excellents morceaux sortis l’année dernière, qui avaient passé à travers les mailles décidément trop larges de mon filet. Je découvre quelques uns des morceaux de la playlist qui va suivre grâce à un billet de Ryo Miyauchi sur sa newsletter This Side of Japan regroupant les recommandations musicales de l’année 2024 par plusieurs contributeurs. On y trouve de tout, de l’excellent et du moins bon. J’y retrouve un certain nombre de morceaux déjà découverts cette année, ce qui m’encourage à tenter l’écoute de ceux que je ne connais pas encore. En fait, pour me contredire d’entrée de jeu, les trois premiers morceaux de cette playlist datent de 2023. Il s’agit de trois morceaux composés par Shin Sakiura et chantés par des artistes invitées: Blue Bird avec Maika Loubté et n.o.y.b avec Riho Furui. Les compositions de Shin Sakiura sont toujours impeccables et l’anglais un peu imparfait de la Franco-japonaise Maika Loubté sur Blue Bird est vraiment charmant. J’ai en fait d’abord découvert ce morceau par le remix qu’en a fait Shinichi Osawa. Le morceau remixé de Blue Bird est tellement disruptif qu’on ne reconnaît pas du tout la version originale. Il s’agit à la limite d’un tout autre morceau, qui est assez génial dans son esprit de décomposition, pour ensuite construire un tout autre édifice sonore. C’est en écoutant ce type de compositions que je me dis que Shinichi Osawa est souvent très inspiré. Je retrouve Riho Furui sur l’autre morceau n.o.y.b de Shin Sakiura. Il y a quelque chose de très fluide et de naturel dans ses compositions, un groove de nuit lumineuse qui s’accorde parfaitement avec la voix de Riho Furui. Les compositions electro-pop de Shin Sakiura ont ce petit quelque chose de lumineux qui me plait beaucoup. J’aime en fait bien le personnage et notamment la fraîcheur de son émission radio Music Bloom avec Rachel du duo hip-hop Chelmico. L’émission nous fait découvrir des morceaux pop d’Asie, sans exclure le Japon car ils avaient invité récemment le duo pop-rock Illiomote (イリオモテ), donc j’avais déjà parlé sur ce blog (qui est vraiment très complet).

Je découvre ensuite le morceau A million More, du EP du même nom, de la chanteuse R&B Reina, originaire de Fukuoka. Les morceaux sont produits par Kota Matsukawa du label w.a.u, qui joue également de la basse dans le groupe qui l’accompagne. Le morceau est très beau, feutré et sophistiqué, un morceau qu’on écoute en pleine nuit avec un verre de whisky à la main. A ce propos, comme je suis très facilement influençable, j’ai changé temporairement la marque de mon whisky préféré de Chivas à Suntory AO (sacrilège familial mais temporaire), tout simplement parce que Sheena Ringo en a fait la publicité dans une très belle vidéo réalisée bien sûr par Yuichi Kodama, prenant pour décor un cabaret sombre et pour musique le carrément sublime morceau Closed Truth (茫然も自失) de l’album Hōjōya. Ce morceau est devenu au fil du temps, et grâce peut-être à l’ambiance de cette vidéo, un de mes morceaux préférés de l’album. Sa manière de chanter y est tout à fait unique. C’était également une des interprétations les plus réussies du concert Ringo Expo’24.

Je connais depuis quelque temps le groupe dansa med dig (ダンサ・メッド・ディグ), projet alternatif formé en 2016 originaire de Sendai dans la préfecture de Miyagi, car Azusa Suga de feu For Tracy Hyde avait fait part de sa découverte du groupe dans une longue interview publiée sur un blog amateur en Mai 2024. Le groupe dansa med dig se compose en fait d’un duo: Satomi Igarashi (五十嵐) au chant et à la guitare, et Hiroki Kodaira (小平) à la guitare, claviers, programmation et mixage. Ils arrivent à deux à donner une ampleur assez épatante à leur musique rock teintée de Shoegaze. L’utilisation de la réverbération sur le morceau Eyes Bright que je découvre d’abord, et certainement l’utilisation de l’anglais, contribue à cette impression. J’écoute dans la foulée leur EP intitulé Neon sorti en Février 2024, qui est dans le même esprit. Le EP ne contient que quatre morceaux pour 14 minutes, mais ce sont des minutes qu’on ne voudrait pas manquer. Ma playlist contient également le morceau The Girl and The Heron du groupe The Floatings. Le groupe, basé à Tokyo et formé en 2023, se compose de re:caco au chant et claviers, Naoki Dendo à la guitare, Hideya Masaki également à la guitare et Junya Watanabe à la basse (mais où est le batteur?). Ils se font surnommer Tokyo Neo Gazer qui résume leur son entre Shoegaze et Dream pop. Le morceau The Girl and The Heron a une composition assez classique dans un style proche de l’esprit Dream Pop, mais cela ne l’empêche pas d’être vraiment très beau. Je me demande parfois d’où vient cette inspiration mélancolique de nombreux groupes de rock alternatif tokyoïtes (par exemple, SPOOL). Enfin, ceux qui vivent à Tokyo depuis longtemps le savent assez bien. La voix de re:caco transmet magnifiquement cette mélancolie et c’est magnifique.

Les hasards des recommandations YouTube m’amènent ensuite vers le single Last Flight du groupe de rock alternatif White Hacker Innovator (破壊的価値創造), mené par la vocaliste Soan. Ce single est sorti sur le premier EP de la formation intitulé Forced Landing, sur un label japonais indépendant. J’adore l’énergie et la passion débordante qui se dégage du chant de Soan, me faisant penser lors du moment parlé à la sensibilité d’Haru Nemuri. La vidéo du morceau Last Fight est en fait liée à la vidéo d’une autre formation appelée Blooming Bungei (文藝天国) sur un morceau intitulé 破壊的価値創造, reprenant donc le nom japonais de la formation de Soan. Elle même joue dans les deux vidéos habillée de la tête au pieds de la même tenue protectrice blanche, avec des gros écouteurs autour du cou. Cette correspondance entre deux formations est très intrigante et il faudra que j’explore bientôt dans son intégralité le EP Forced Landing de White Hacker Innovator. Dans les listes de fin d’année de la newsletter This Side of Japan, je trouve mentionné plusieurs fois le morceau Kimi no Mune ni Gunshot (君の胸に、Gunshot) du groupe d’idoles alternatives RYUtist. J’étais familier de ce nom de formation depuis longtemps sans avoir écouté un seul de leurs morceaux. La curiosité me pousse à écouter celui-ci car son titre me paraissait inadapté à l’image que je me faisais du groupe. Dès les premières secondes du morceau de composition électronique, je suis surpris par la beauté sensible et instable de ce que j’entends. Oui, mais je me rends vite compte que Daigo Sakuragi (櫻木大悟) du groupe D.A.N. écrit, compose et arrange ce morceau! Sa musique s’accorde vraiment bien avec le chant des trois idoles de RYUtist, même quand elles allègent un peu l’ambiance avec des petits phrasés mignons par moment. Un peu comme pour les idoles alternatives de RAY, quand des compositeurs et arrangeurs talentueux proposent des morceaux à des idoles, ça donne de très belles choses, très loin de ce que l’on pourrait imaginer de ce genre de groupes. Ensuite, il y a ce superbe morceau de Minami Hoshikuma (星熊南巫) intitulé TOKYO神VIRTUAL. Elle a également sorti des morceaux sous le nom D̴E̷A̷T̴H̴N̷Y̵A̶N̴N̷, et les lecteurs les plus attentifs se souviendront que j’ai déjà parlé sur ce blog (décidément très complet) du single intitulé Tarantula. J’adore le rythme minimaliste du morceau, la voix de Minami Hoshikuma légèrement teintée d’auto-tune, et l’esthétique hyper-pop de la vidéo réalisée par Takasuke Sato. Et pour terminer dans un esprit complètement différent, je découvre à la radio le morceau Vertigo du groupe Pablo Haiku, un trio composé de Hiyu Mori (森飛友) au chant, Fuka Nagata (永田風薫) à la guitare et Adachi (足立新) à la basse. Le trio s’est formé alors qu’ils fréquentaient l’Université des Arts de Tokyo. J’aime beaucoup l’ambiance cool du morceau qui nous incite à ralentir un peu. « I need you to slow down » nous dit la petite voix trafiquée dans les chœurs ressemblant à une sorte d’incantation. Hiyu Mori chante en anglais, mais on a l’impression qu’il n’essaie pas vraiment de forcer son accent et d’avoir un phrasé parfait, mais joue plutôt sur l’atmosphère. Et ça fonctionne particulièrement bien. Tous les morceaux de cette petite playlist m’ont accompagné pour une bonne partie de ce début d’année, que je vous souhaite bonne et heureuse.

variation from the same lights (3)

Regarder maintenant ces photographies me donnent l’impression d’être moi-même un esprit divaguant parmi les âmes. Les illuminations de rues me poussent à faire filer les lumières plutôt qu’à les contenir. J’aime créer ces formes de lumières la nuit en jouant avec les temps d’exposition et les mouvements lents. Les lumières dansent et nous entourent, nous regardent sans qu’on les voient, flottant comme des nappes douces ou comme des éclairs électriques. J’ai envie d’y entendre un lien musical et ces lumières là me ramènent vers le shoegaze.

J’avais manqué la sortie du dernier album de DIIV, Frog in Boiling Water, sorti en Mai 2024. Il s’agit du quatrième album du groupe new-yorkais mené par Zachary Cole Smith. C’est l’album le plus ouvertement shoegazing du groupe. On peut se dire en écoutant les premières secondes du deuxième morceau Bown Paper Bag qu’il y a une influence certaine de MBV, dans la voix de Zachary et dans certaines tonalités de guitare. La sonorité des guitares sur ce morceau, absolument superbe, nous amène pourtant vers des zones familières que l’on connaît déjà de DIIV. J’avais découvert l’album par le troisième morceau Raining on your pillow, qui est un des meilleurs titres de l’album. Frog in Boiling Water est dense musicalement, comme le demande le genre, mais on y trouve une certaine douceur dans le chant, qui ne lutte pas ni se force pour s’imposer face aux guitares. Cette voix se diffuse comme les lumières dont je parlais ci-dessus, éclairant de manière éphémère des espaces sombres. L’album maintient une même approche stylistique tout au long des dix morceaux qui le composent et forme une atmosphère consistante, flottante et suspendue. On se laisse volontiers divaguer dans ces sons, en s’accrochant parfois au bord lorsqu’une association brillante de sons nous interpelle comme sur les excellents Somber the drums et Soul-net. Cet album a une qualité intemporelle et seule la production très actuelle laisserait trahir qu’il s’agit d’un album récent de shoegaze.

Dans une interview du groupe au moment de la sortie de l’album, on demandait justement aux quatre membres de donner leurs cinq meilleurs albums du genre. Ce genre de questions nous ramène systématiquement vers Loveless (1991) de MBV, Souvlaki (1993) de Slowdive et Nowhere (1990) de Ride. Loveless est bien entendu mentionné mais il est tellement parfait et inimitable que le groupe préfère citer l’album précédent Isn’t Anything (1988), qui est moins parfait et en quelque sorte moins intimidant pour un musicien. Cet interview m’a fait réécouter ces deux albums. DIIV mentionne également l’album White Pony du groupe californien Deftones, ce qui me surprend car je n’ai jamais entendu ce groupe associé au mouvement shoegaze. DIIV fait en fait référence au fait que Deftones est régulièrement cité comme référence par des groupes de shoegaze moderne, et que la définition du genre shoegaze ne doit pas être rigide et peut s’entendre à d’autres genres similaires de rock ayant un même sens de l’innovation sonore. J’ai donc suivi les recommandations de DIIV en écoutant l’album White Pony (2000) et leur précédent Around the Fur (1997), qui sont réputés comme étant les deux meilleurs albums du groupe. Je ne suis pas déçu d’avoir suivi cette piste, même si j’aurais personnellement un peu de mal à placer ces deux albums dans le genre shoegaze car les guitares sont à mon avis trop métal et les voix beaucoup plus agressives que les approches vaporeuses du shoegaze. Il n’empêche que ces deux albums sont excellents et il s’agit là d’une expérience d’écoute qui n’est pas de tout repos, par la puissance des guitares et la violence du chant de Chino Moreno. C’est la volatilité de ce chant superposé à la lourdeur des guitares qui fonctionne vraiment bien, comme sur les morceaux Street Carp ou Knife Party. Les morceaux Change (in the house of flies) et Pink Maggit sont peut-être ceux qui se rapprochent le plus du shoegaze, et ce dernier est d’ailleurs un des titres que je préfère de l’album. Et en fait, plus j’écoute ces deux albums, plus je me dis qu’on y trouve des petites touches de shoegaze, dans certains tons de voix sur MX sur Around the Fur par exemple.