भीड़वाला शहर

Quand l’impression de prendre toujours les mêmes photographies me gagne, rien de tel que de changer d’objectif. Je n’utilise en général que mon objectif Canon L EF 17-40mm et j’avais presque oublié mes autres objectifs, dont un Canon pancake 40mm que je ressors de son sommeil. Changer d’objectif permet d’avoir une autre vision de la rue. Ce 40mm donne une proximité sur les objets qui force à prendre du recul ou à se concentrer sur les détails. Cet objectif n’est clairement pas fait pour les photographies d’architecture, du moins pour les vues d’ensemble. J’ai toujours aimé les objectifs à focale fixe car ils obligent à réfléchir au cadre, mais ils ne sont bien sûr pas exempt de frustrations. Je n’utilise pratiquement jamais la fonctionnalité zoom sur le EF 17-40mm, car je reste presque toujours sur le plus grand angle possible. Passer tout d’un coup à une vision rapprochée avec l’objectif 40mm me surprend à chaque fois. Je ne prends pourtant pas de photos fondamentalement différentes de l’habitude, mais je regagne un peu du plaisir initial de prendre des photos. En fait, sur ce billet, seule la première photographie est prise au grand angle, tandis que toutes les autres sont prises avec cet objectif 40mm. La photographie au grand angle et celles au 40mm ont été prises pendant des journées différentes car je n’amène jamais deux objectifs dans mon sac lors de mes déplacements. Dans cette série, j’essaie de m’approcher un peu plus près de la foule que j’ai plutôt tendance à éviter. J’évite en général les lieux trop encombrés mais cette fois-ci, je suis allé sur l’avenue principale d’Omotesando et dans les petites rues aux alentours. La sixième photographie montre des personnages de Gorillaz en association avec une marque de vêtements. Je me rends compte en voyant ces personnages que je n’ai jamais vraiment écouté d’albums de Gorillaz. J’ai pourtant un apriori plutôt positif pour l’approche artistique de Damon Albarn. Dans les grandes « batailles » musicales anglaises, j’ai toujours été plus Blur qu’Oasis et je réécoute d’ailleurs régulièrement Parklife, l’album de 1994 de Blur. Tout comme j’ai toujours été plus Beatles que Rolling Stones. En parlant des Rolling Stones d’ailleurs, ou plutôt de Mick Jagger, l’émission Very Good Trip de Michka Assayas (j’en parle beaucoup ces derniers temps) m’a fait découvrir récemment un nouveau morceau intitulé Easy Sleazy qu’il interprète à distance avec Dave Grohl. Je suis franchement étonné par la vivacité punk de Mick Jagger sur ce morceau, très bon et accrocheur d’ailleurs. En écoutant ce morceau, on a beaucoup de mal a imaginer qu’il a 77 ans. C’était en tout cas une bonne idée de s’associer avec la puissance brute de Dave Grohl. Sur la photographie suivante, je remarque un nouveau bâtiment noir en forme de valise pour la marque de cosmétique Shu Uemura. On le trouve dans les petites rues parallèles à l’avenue principale d’Omotesando. Je me souviens que l’ancien magasin se trouvait au rez-de-chaussée d’un vieil immeuble aujourd’hui disparu sur l’avenue principale, juste à côté de l’immeuble TOD’s de Toyo Ito. Je me souviens bien de cette boutique car je l’avais prise en photo à la demande d’un directeur artistique français de la marque à l’époque en 2006. C’était seulement des essais qui ne se sont pas concrétisés en un projet au final. En y repensant maintenant, je me souviens de beaucoup de propositions ou projets de ce type dans ces années là avant 2008, mais ils ne se sont que très rarement concrétisés. Ce type de proposition est beaucoup plus rare maintenant et la dernière en date pour le magazine du musée du Quai Branly a été une mauvaise expérience. Au final, l’effort est rarement récompensé. C’est malheureusement une réalité que je retiens pour ce blog. La dernière photographie montre une nouvelle fois le béton de l’annexe de la galerie The Mass sur Cat street. J’y avais vu des bonsaïs lors d’une visite précédente mais cette fois-ci, rien n’était mis en exposition. Je pense que l’espace a été reconverti en café, peut-être de manière temporaire.

Dans les découvertes musicales de ces derniers jours ou semaines, je ne découvre pas de nouveaux groupes ou artistes mais plutôt quelques nouveaux morceaux sélectionnés d’artistes que je connais déjà depuis un petit moment et dont j’ai déjà parlé ici. Il y a d’abord le single My Lovely Ghost de YUKI sur son dernier album intitulé Terminal. Je n’aime pas tous les morceaux de YUKI mais j’apprécie beaucoup sa voix très particulière, surtout quand elle l’exerce avec un léger excès sur ce type de morceau très pop et forcément ultra accrocheur. Je garde également une oreille attentive aux morceaux du groupe EMPiRE. Le groupe de l’agence d’idoles alternatives Wack a sorti très récemment un double A side single HON-NO/IZA!! . Le morceau HON-NO m’intéresse moins mais j’aime par contre beaucoup le deuxième morceau IZA!!. La musique est composée par le musicien électronique Seiho qui assure également la production. Je ne connais pas beaucoup Seiho à part un de ses morceaux connus, I feel tired everyday. Dès les premières secondes, on est tout de suite pris par le rythme des quelques notes electro pop qui démarrent le morceau. On retrouve d’ailleurs cette intro sur trois bandes annonces assez énigmatiques (1, 2 et 3), mettant en scène Midoriko, seule avec deux autres personnes n’ayant à priori rien à voir avec le groupe et le morceau. Il n’y a aucune fausse note dans l’interprétation de EMPiRE, ce qui est un peu dommage car j’aime bien les légères dissonances, mais le chant de EMPiRE est de toute façon plus harmonieux que celui des grandes sœurs de BiSH. Et en parlant de BiSH, je passe également écouter le dernier morceau d’AiNA THE END qui sort décidément beaucoup de nouveaux morceaux en ce moment. Le dernier en date est intitulé Watashi ha koko ni imasu (ワタシハココニイマス for 雨). AiNA n’hésite pas à pousser sa voix jusqu’à la cassure. J’ai l’impression que depuis qu’elle a démarré sa carrière solo en parallèle de BiSH, elle apparaît un peu plus fréquemment dans les émissions musicales télévisées. On pouvait la voir le week-end dernier dans l’émission Music Fair sur Fuji TV, reprenant les pieds nus un morceau de Yutaka Ozaki. Je découvre aussi par hasard sur YouTube qu’AiNA avait repris le morceau Mayonaka Ha Junketsu avec Tokyo Ska Paradise Orchestra. Ce n’est d’ailleurs pas le seul morceau de Sheena Ringo qu’elle a repris. Le problème de ces reprises, c’est qu’on a tendance à comparer les voix. Celle d’AiNA convient mieux à des compositions originales comme sur le morceau ci-dessus qui laisse sentir toute l’émotion qui se dégage de sa voix. J’apprécie également le fait qu’elle n’hésite pas à se mettre en difficulté en repoussant les limites de ses capacités vocales. Le morceau n’est pas franchement simple à interpréter et elle le chante avec une grande passion. Finalement, pour compléter cette petite sélection de quatre morceaux, je reviens vers 4s4ki pour le morceau FAIRYTALE interprété avec Zheani. On passe là sur un morceau électronique beaucoup plus agressif, dans le style des derniers morceaux que j’avais écouté d’elle. Elle y pose une voix rappée plus apaisée que le son électronique qui l’accompagne. Zheani qui est invitée vient perturber le morceau par un chant tranchant ressemblant à des cris qui me font un peu penser à ceux d’Alice Glass à l’époque de Crystal Castles. Sur ces quatre morceaux, l’étendue des styles musicaux est relativement large mais j’aime de toute façon beaucoup varier les atmosphères, jusqu’à aller aux limites des styles que j’aime habituellement. Ce sont des petites doses musicales d’une énergie directe que j’aime me mettre dans les oreilles régulièrement. Ça me permet également de vérifier si je suis toujours en mesure d’apprécier la musique d’artistes ou groupes qui sont beaucoup plus jeune que moi. Enfin, dans ma sélection, ce n’est pas le cas de YUKI qui a déjà une longue carrière en solo qui suivait celle dans le groupe Judy and Mary. Mais il se dégage de son nouveau single, une jeunesse qui me ramènerait à mes premières années à Tokyo.

suivre les voix

Ces voies surélevées au dessus de Tokyo qui traversent les rivières et survolent les routes peuvent nous amener très loin en dehors de la ville si on ne s’y perd pas. Naviguer sur cette autoroute intra-muros donne la sensation particulière d’être entré dans un labyrinthe. On ne peut pas s’arrêter en route pour réfléchir à la direction qu’on va prendre, il faut s’inscrire dans le flot routier et bifurquer au bon moment. Les voies surélevées sont parfois très étroites, parfois inclinées pour faciliter les virages, se regroupent par moment et se découpent ensuite en deux sans crier gare. Du haut de l’autoroute, on devine parfois le paysage en dessous de nous, lorsqu’on passe par exemple près de Ginza. L’autoroute qui nous amène vers le nord de Tokyo longe la rivière Sumida. Ce paysage est assez unique mais, ayant le vertige, me fait également un peu peur. On n’a de toute façon pas le temps à l’angoisse sur cette route là, il faut suivre le flot routier, ne pas louper les virages et les bifurcations inattendues. Suivre ces voies pour sortir de Tokyo m’emmène vers d’autres voix, celles de Tokyo Jihen.

Tokyo Jihen vient juste de sortir sur YouTube la vidéo de leur dernier morceau intitulé Ryokushu (緑酒), sous-titré Awakening, pourtant sorti il y a plus d’un mois le 30 Mars 2021. Je reçois comme d’habitude un petit email de notification de Ringohan à 4h du matin. Je ne sais pas pour quelle raison les emails du fan club sont aussi matinaux en ce moment. Il se trouve que j’ai renouvelé pour une nouvelle année mon adhésion à Ringohan le soir d’avant et cette vidéo inattendue arrivait d’une certaine façon comme une récompense. La vidéo est tout simplement superbe et embellit même le morceau qu’elle vient illustrer, au point où j’ai le sentiment de le redécouvrir sous un autre jour. Alors que j’avais eu un avis un peu mitigé à la première écoute de Ryokushu, j’adore maintenant ce morceau, même le passage ressemblant à une interprétation de Queen car je trouve qu’il vient s’inscrire dans une sorte d’apogée, dans la composition musicale du morceau. La vidéo est bien évidemment réalisée par Yuichi Kodama, le compagnon de Sheena Ringo, mais elle est assez différente des précédentes qui représentaient plutôt un univers proche du fantastique. La vidéo est tournée dans la ville de Yorii dans la préfecture de Saitama. Cette petite ville est située dans une courbure de la rivière Arakawa en aval de Nagatoro, dans un lieu pittoresque appelé Tamayodogawara (玉淀河原). La plupart des scènes sont tournées au bord de la rivière Arakawa et dans un ryokan appelé Chinryusō Kyōtei (枕流荘 京亭). Les lieux sont magnifiques, que ça soit le ryokan en lui-même, les jardins ou le bord de la rivière où se produit le groupe. On voit dans la vidéo chaque membre de Tokyo Jihen arriver les uns après les autres au ryokan pour ce qui ressemble à une réunion d’amis de longue date. Sheena est la maitresse de maison qui attend ses invités, fait même un tour dans les cuisines avant de se changer pour un superbe kimono. Hata Toshiki semble être le premier arrivé et donne à manger aux carpes de l’étang du jardin. Izawa Ichiyō passe ensuite la porte d’entrée décorée de symboles de paon de Tokyo Jihen. On voit d’ailleurs ces symboles un peu partout dans le ryokan. Kameda Seiji est le prochain à arriver au ryokan. Ils sont tous très bien habillés en costume d’une autre époque, pour ce qui ressemble à un jour de fête. Une scène montre d’ailleurs un calendrier dont une page est tournée pour changer la date. Le calendrier montre d’abord la date du 29, sans indiquer le mois, avec le symbole de Tokyo Jihen en fond, puis on passe au 1er du mois suivant. Le 29 doit forcément faire allusion au 29 Février de l’année 2020, qui était bissextile et qui a marqué le démarrage de la tournée News Flash malheureusement annulée en cours de route en raison de la crise sanitaire. C’était également la date de fin du dernier concert Bon Voyage en 2012 avant la dissolution du groupe. Les allusions à cette année bissextile ou Urūdoshi (閏年) ont été nombreuses chez Tokyo Jihen, notamment sur un titre de morceau du EP News (ニュース), UruUruUru (うるうるうるう). Le calendrier du jour de cette réunion de Tokyo Jihen, le premier jour du mois donc, est illustré par des petits drapeaux qui nous feraient penser à un jour férié. Le calendrier sous-titre cette journée des mots Hare no Hi (ハレの日) qui indique qu’il s’agit d’un jour spécial. Il n’y a, comme jour férié au Japon, que le 1er Janvier qui correspond au premier jour du mois, et il ne doit pas s’agir du 1er Janvier dans la vidéo car le jour précédent est le 29. On peut supposer qu’il s’agit du 1er mars, mais cette date montrée volontairement sur la vidéo reste assez mystérieuse car il n’y a pas à ma connaissance de fête ou célébration le 1er Mars (la fête la plus proche étant Hina Matsuri le 3 Mars). Le détail qui m’amuse, c’est de voir Kameda monter rapidement à l’étage pour boire une petite coupelle de sake en attendant les autres, assis sur le tatami avec vue sur le jardin. On aurait très envie de partager ce sake avec lui dans ce lieu magnifique. Il y a une certaine décontraction qui se dégage de cette vidéo, car on voit également Izawa prendre un bain au début de la vidéo dès son arrivée au ryokan. L’autre détail intéressant est la plaque d’immatriculation de la vieille voiture de Ukigumo qui arrive le dernier au ryokan. La plaque indique un numéro de Tokyo “じ 02-29” qui fait forcément référence encore une fois au 29 Février, le “Ji” (じ) pourrait faire référence à Jihen. La couleur de sa voiture est d’un jaune similaire à la Mercedes de Sheena sur Tsumi to Batsu, mais il ne s’agit pas du tout du même modèle de voiture. Ukigumo conduit ici une Subaru FF-1 G, un modèle produit en 1971-72. On sait depuis OSCA que Ukigumo aime les voitures vintage. Il y a beaucoup de symboles très japonais dans cette vidéo, notamment dans le décor du ryokan, des katana posés sur un présentoir, un bonsaï, des ukiyo-e, un repas japonais, les kimono et les fleurs de cerisiers. Cette représentation ne me parait pourtant pas clichée, parce que ces images traditionnelles sont parfois détournées. Par exemple, les katana que je mentionnais plus haut seront à un moment donné remplacés par les guitares Vox Phantom de Ukigumo. C’est aussi relativement inhabituel de voir un groupe en kimono jouer un morceau de rock avec guitares, batterie et mégaphone. Cette vidéo nous donne vraiment l’impression que le groupe voulait se faire plaisir en jouant tous ensemble en extérieur près de la rivière après un bon repas bien arrosé. Hata nous fait également le plaisir d’effectuer sur cette vidéo la danse théâtrale shintoïste Kagura (神楽) dans un kimono très coloré. Ce n’est pas la première qu’il nous montre cette danse en vidéo ou en concert. Ce qui marque avant tout dans cette vidéo, c’est l’ambiance festive d’une réunion d’amis qui rigolent ensemble après avoir bu quelques verres de sake (ce qui fait allusion au titre du morceau qui évoque un alcool vert). Ukigumo dira d’ailleurs à la fin de la vidéo qu’il aurait dû venir en train plutôt qu’en voiture, une allusion au fait qu’il ne pourra pas conduire après tout l’alcool qu’il a bu. Il pourra toujours passer une nuit dans ce ryokan. La nuit pour une personne avec deux repas démarre à la modique somme de 20,000 yens hors taxes.

Je me suis demandé la raison pour laquelle Tokyo Jihen avait choisi cet endroit. Il s’avère que des scènes du drama Watashitachi ha douka shiteiru (私たちはどうかしている) avec Minami Hamabe et Ryusei Yokohama ont été tournées à cet endroit et que Tokyo Jihen a justement créé le thème musical du drama, avec le morceau Aka no Doumei (赤の同盟 – Alianza de Sangre) qui se trouvera également dans le nouvel album de Tokyo Jihen qui sortira début Juin 2021. J’imagine qu’il y a eu un échange de bonnes adresses, ce qui a amené Tokyo Jihen à tourner dans le même ryokan que le drama. C’est amusant comme ce drama, que je n’ai pourtant pas suivi, me poursuit. Pendant la Golden Week, j’étais parti acheter des wagashi à la pâtisserie Aono d’Akasaka, sur les conseils de Mari, et je me rends compte en entrant à l’intérieur que cette pâtisserie était conseillère en wagashi pour ce drama, qui se passait dans le monde des pâtisseries japonaises. Un petit article de journal dans la pâtisserie Aono le mentionnait et quelques recherches sur internet m’ont permis de le confirmer. Mes recherches me font aussi découvrir que Steve Jobs était fin amateur des wagashi de cette pâtisserie qu’il appréciait quand il voyageait au Japon.

Pour revenir sur Tokyo Jihen, ils interprétaient ce Vendredi 14 Mai dans l’émission Music Station de la chaine Asahi TV, ce même morceau Ryokushu (緑酒). Comme on peut le voir sur les quelques captures d’écran ci-dessus, leurs tenues très colorées étaient très différentes de celles de la vidéo officielle du morceau au ryokan. Sheena était bien entendu habillée en tenue Gucci, avec les mêmes lunettes de soleil et coiffure courte blonde que lors de l’interprétation de Gunjō Biyori (群青日和) lors de l’émission FNS du 9 Décembre 2020. Ukigumo avait la tenue la plus exubérante, le faisant ressembler à un chef indien, ce qui m’a rappelé la coiffure que portait Sheena à la fin de la tournée Discovery. L’interprétation du morceau était impeccable comme on pouvait s’en douter, mais sans avoir cette fois-ci d’effet de surprise, comme lors de cette interprétation de Gunjō Biyori en Décembre dernier où Hata Toshiki tombait soudainement de sa batterie à la fin du morceau. Il se mettra en fait à jouer debout sur une partie du morceau Ryokushu et à s’allonger de toute sa taille sur le tabouret de sa batterie comme pour s’étirer à la toute fin du morceau. L’émission faisait intervenir la YouTubeuse très populaire et excentrique Fuwa chan, qui débordait de qualificatifs pour décrire Sheena Ringo. Elle avait l’air un peu gênée devant ces compliments. Fuwa chan s’était fabriquée des lunettes avec une grosse chaine dorée comme celles que portait Sheena lors d’une émission précédente de Music Station en 2020 pour une reprise d’un ancien morceau Nōdōteki Sanpunkan (能動的三分間). Fuwa chan est intervenue à plusieurs reprises pendant l’émission, notamment pour nous donner le top 3 des tenues de scènes de Sheena qu’elle préfère, dont celle avec ces très étranges lunettes avec chaine. L’intervention du groupe, surtout Sheena en fait, était beaucoup plus longue qu’à l’habitude. Elle est restée sur le plateau la plupart du temps en commentant par moment, comme lors de la séquence avec Hirai Ken avant qu’il interprète son nouveau morceau 1995. La vidéo de son nouveau morceau est des plus étranges. On pouvait sentir une certaine complicité entre Hirai Ken et Sheena Ringo car ils ont déjà interprété des morceaux ensemble sur scène. C’était lors d’un concert J-Wave Live de Hirai Ken le 18 Août 2007. Il avait invité Sheena sur scène à la surprise du public pour interpréter à deux voix une reprise du groupe Southern All Stars, puis Killer Tune de Tokyo Jihen avec également Ukigumo et Izawa.

nowhere near

Je ne peux pas nier une certaine influence de la musique que j’écoute au moment où je me pose devant l’ordinateur le soir pour créer les compositions d’images comme celles ci-dessus. Plutôt qu’un ou plusieurs albums, j’écoute cette fois-ci une série d’émissions du podcast Very Good Trip de Michka Assayas sur France Inter consacrés au mouvement rock shoegazing. Je parle régulièrement de cette influence musicale, notamment du bruit qui compose cette musique et que je retranscris d’une certaine manière dans mes compositions photographiques. Je parle aussi beaucoup de ce podcast de Michka Assayas car sa qualité est dans la ligne directe de l’émission de Bernard Lenoir, sur la même station de radio, que j’écoutais il y a 25-30 ans. J’y ressens une onde très similaire qui me plait beaucoup. L’émission de Michka Assayas me fait régulièrement découvrir de belles choses, même si je n’écoute pas systématiquement tous les épisodes, ou me fait me souvenir d’albums ou d’artistes que je n’avais pas écouté depuis très longtemps. Les 4 émissions parlant de shoegazing prennent pour fil rouge le groupe précurseur du mouvement, My Bloody Valentine, dont leur album clé Loveless fête ces trente ans. Les émissions nous parlent et nous font écouter d’autres groupes évoluant dans le même genre, mais partent également dans d’autres directions évoquant notamment la Dream Pop. On y parle aussi de l’avant grunge de Sonic Youth jusqu’à Nirvana, en passant par des groupes que je me suis remis à écouter ces dernières semaines comme Sugar, Dinosaur Jr ou Mudhonney. Il ne s’agissait pas là de shoegazing mais d’une approche similaire autour du bruit par la scène alternative américaine des années 90. La dernière excellente émission de la série est entièrement consacrée à My Bloody Valentine et diffuse plusieurs morceaux dont un que je ne connaissais pas. Dans ces émissions, je retrouve beaucoup de groupes que j’ai écouté ou que je connaissais de nom et de réputation. Côté shoegazing, le podcast me fait revenir sur l’album Whirlpool (1991) des anglais de Chapterhouse et je découvre l’album Painful (1993) des américains de Yo La Tengo qui flirte un peu avec la Dream Pop. Je me suis mis à écouter ces deux excellents albums à la suite depuis ces quatre émissions. Et pour conclure sur Very Good Trip, Michka Assayas a également eu la bonne idée de consacrer une émission entière au label 4 AD pour ses 40 ans. Ce label reste pour moi légendaire car j’y ai découvert Pixies et il a toujours été synonyme de qualité sans compromis.

une tranquillité éphémère

Après avoir fait le tour de Sky House, je reviens vers la station de Gokokuji (護国寺) avec l’intention de marcher à travers le quartier de Zōshigaya (雑司ヶ谷) jusqu’à Ikebukuro. Je garde pour ce quartier de Zōshigaya une attirance particulière depuis mon passage il y a quelques mois à la recherche du lieu de tournage de la vidéo de Kabukichō no Joō (歌舞伎町の女王) de Sheena Ringo. Je ne vais pas cette fois-ci retourner au temple Kishimojin-dō (鬼子母堂), mais m’arrêter dans un autre grand temple, celui de Gokokuji donnant son nom à la station de métro. L’enceinte du temple est vaste incluant un cimetière dans lequel on peut trouver, si on cherche bien (ce que je n’ai pas fait), la tombe de l’architecte anglais Josiah Conder, mort en 1920 et surnommé au Japon le « père de l’architecture moderne japonaise ». Il a notamment conçu Ichigokan (premier immeuble des bureaux Mitsubishi) à Marunouchi, la demeure Iwasaki (du clan fondateur de Mitsubishi) dans l’arrondissement de Taito ou encore la demeure du baron Furukawa dans l’arrondissement de Kita au nord de Tokyo. Josiah Conder a formé des architectes comme Tatsuno Kingo qui concevra la gare de Tokyo en 1914.

Le temple Gokokuji fut établi en 1681 et le hall principal Kannon-Dō construit en 1697. Il a survécu au grand tremblement terre de 1923 et aux bombardements de la deuxième guerre mondiale, et il est resté grandement inchangé depuis cette époque, bien que certaines dépendances aient été ajoutées plus tard comme la grande et magnifique porte Furō-Mon en 1938. On la voit sur la première photographie du billet. Il se dégage une grande sérénité de cet endroit qui nous déplace en dehors de notre époque. Lorsque je marche dans les allées du temple, près des derniers cerisiers en fleurs, j’aimerais que le temps s’arrête pendant quelques heures pour prendre le temps d’en profiter pleinement. Il n’y a pas foule dans l’enceinte du temple, et on se sent seul avec soi-même, accompagné par des milliers d’âmes. Ces endroits ne sont pas pour moi propice à la réflexion ou à l’introspection. J’y fais plutôt l’expérience du vide dans un espace où les obligations de la vie de tous les jours n’ont plus beaucoup de sens et d’importance. Ces moments ont quelque chose d’agréable même s’ils sont très éphémères. Sortir de Gokokuji nous ramène à la réalité fracassante de la ville car il nous faut passer dessous la bruyante autoroute intra-muros surélevée numéro 5 pour progresser plus avant vers Ikebukuro. Je gagne ensuite le vaste cimetière de Zōshigaya et retrouve une tranquillité passagère. La ville redevient plus dense lorsqu’on s’approche d’Ikebukuro. Une tour gigantesque au loin m’est familière. Il s’agit d’une tour résidentielle conçue par Kengo Kuma qui se nomme Brillia Tower Ikebukuro. La partie haute de la tour est conventionnelle mais l’originalité du design vient plutôt de la partie basse composée d’un patchwork de matériaux. Je ne trouve pas l’ensemble particulièrement harmonieux et même un peu chaotique. Le but de ma marche vers Ikebukuro était de voir un autre building de taille plus réduite. J’en parlerais dans un prochain billet.

Je prends moins de photographies ces derniers jours et je ne suis pas sûr de pouvoir en prendre beaucoup pendant la Golden Week qui démarre. Le nouvel état d’urgence nous contraint à passer plus de temps chez soi, mais ça ne m’empêche en général pas de marcher à l’extérieur. Un soudain mal de dos qui prend du temps à passer va certainement m’obliger à marcher sans mon lourd appareil photo. Je vais peut être faire un peu plus de vélo, ce qui m’amènera de toute façon vers des endroits où je vais moins. Dans les coulisses du blog, j’essaie ces derniers temps de corriger les liens dans les anciens articles vers lesquels je fais référence dans des billets récents ou alors dans les anciens billets qui sont les plus populaires (en général plutôt ceux orientés architecture). Ce n’est pas toujours facile de réparer les liens quand ils ont été cassés, surtout quand ce sont des liens vers des blogs qui ont aujourd’hui disparus. Je me rends compte que la plupart des blogs sont éphémères malgré la bonne volonté initiale de leurs auteurs. Je mets en général beaucoup de liens dans mes billets. J’en mets peut être trop d’ailleurs, si on considère le risque qu’ils finissent par disparaître. J’avais d’ailleurs réfléchi à ne plus du tout inclure de liens dans le texte de mes billets mais plutôt les inscrire en note à la fin d’un billet, ce qui éviterait que la lecture d’un billet soit interrompue par un lien. Cela irait un peu à l’encontre du principe d’un article sur internet et ferait plutôt ressembler le texte à celui d’un magazine avec des notes en fin de page. Il me vient régulièrement l’idée de ne plus publier mes billets sur WordPress mais plutôt de les regrouper dans un petit magazine mensuel au format exportable en pdf. Je ne suis par encore prêt à franchir la pas, car il me serait difficile de patienter pendant un mois avant de publier quelque chose d’un bloc. C’est pourtant ce que j’avais fait en 2009 en ne publiant des photos qu’une fois par mois en forme de petit livret, mais j’avais eu du mal à me tenir strictement à ce rythme au fur et mesure des mois.

J’écoute l’album Yoake mae (夜明け前), prenant également le titre Before Sunrise, de Nana Yamato depuis environ un mois, mais je viens de me rendre compte que je n’en ai pas encore parlé sur ce blog. Ceux qui suivent Made in Tokyo depuis quelques années auront peut être fait le rapprochement avec l’artiste ANNA dont j’avais déjà parlé ici pour son EP Tonite sorti en Juillet 2018. Nana Yamato sort son premier album sous son vrai nom, plutôt que sous le nom de code plus commun de ANNA. J’avais beaucoup aimé cet EP Tonite à l’époque, mais son premier album sorti en Février 2021 est d’un autre niveau. L’ambiance de rock indépendant se construit pourtant dans la continuité de ses EPs mais je ressens une plus grande maturité dans ses compositions musicales et dans son chant, malgré le fait qu’elle n’ait que 20 ans. La musique et le chant de Nana Yamato ne s’imposent pas à l’auditeur, comme si elle jouait avant tout pour elle-même plutôt que pour un public. Mais, on se laisse facilement prendre par ces sonorités de guitares à la mélodie accrocheuse plutôt mélancolique, comme par exemple sur le quatrième morceau Gaito. Elle soigne particulièrement le final de certains morceaux en les concluant sur une partie instrumentale qui prend de nouvelles directions. J’aime beaucoup en rock indé quand le final d’un morceau part subtilement dans une direction inattendue. C’est le cas par exemple du morceau avec un titre en français Voyage et Merci, qui introduit en plus des sons de cuivre parmi les arrangements de guitares. C’est après plusieurs écoutes, le morceau que je préfère de l’album. Nana Yamato chante en japonais et en anglais. Il y a un charme certain dans sa manière de chanter en anglais avec un accent imparfait ou lorsque sa voix s’efface à la fin de certains couplets. Le texte accompagnant l’album sur la page Bandcamp est intéressant car il nous parle de son rapport à la ville.

Nana Yamato’s brilliance lies in a profound imagination that confronts the isolation and claustrophobia of Tokyo life, without losing grasp of the whimsy and romance of girlhood. “I think Tokyo is a lonely city,” says Nana. “It’s more like an empty city. It’s like there’s nothing in it but buildings. A big stadium was built, but the Olympics were postponed. It’s empty.” Yet it’s hard to ignore the romance the artist has with the streets that she walks; Japanese and English vocals sing about the lights and sounds of the city, as if there’s no place else she could exist.

C’est certainement le propre des grandes villes, mais le sentiment de solitude dont parle Nana Yamato existe bien à Tokyo et je le ressens moi-même souvent, sans qu’il soit pesant, au contraire. En dehors des grandes artères, Tokyo est principalement vide de monde. Le grand stade dont elle parle est celui conçu par Kengo Kuma, censé être utilisé pour les Jeux Olympiques. Elle le montrait déjà dans une vidéo de ce EP Tonite et c’est peut-être dû au fait que le label indépendant Big Love Records qui distribue ses albums est situé dans ce même quartier.

Honganji & visual shock

Après avoir fait le tour du Dentsu Tsukiji Building de Kenzo Tange, je ne pouvais pas manquer de faire une visite rapide du grand temple Tsukiji Honganji situé tout près de la station de Tsukiji sur la ligne de métro Hibiya. Ce temple au style unique d’inspiration indienne fut conçu par l’architecte Itō Chūta en 1934. L’architecte a également imaginé la très particulière tour Gion Kaku dans l’enceinte du temple Daiun-in dans le quartier de Gion à Kyoto. Je me rends compte que ça fait 15 ans que je ne suis pas allé voir ce temple. La première et unique fois était en Mai 2006, sur le retour d’une promenade à moto avec Mari qui nous avait amené jusqu’à Toyosu encore en construction à l’époque. Je repense tout d’un coup à cette période avec beaucoup de nostalgie. Le temple Tsukiji Honganji n’a, en lui-même, pas changé mais son approche est bien différente. Un nouveau bâtiment moderne avec un café s’est installé sur la place sur l’aile gauche. En fait, je suis entré cette fois-ci à l’intérieur du temple, non seulement pour me remémorer l’ambiance des lieux, mais aussi pour vérifier si le petit autel dressé par des fans en l’honneur de Hide était toujours présent. Il y a 15 ans, j’avais été très étonné de voir cet autel consacré à Hideto Matsumoto, dit Hide, feu guitariste du groupe rock X JAPAN, mort le 2 Mai 1998 à l’âge de 33 ans. A cette époque, Je ne connaissais pas beaucoup X JAPAN et le statut culte du groupe, d’où mon étonnement de voir un groupe rock représenté dans un temple bouddhiste. En retournant au Tsukiji Honganji, je suis donc parti à la recherche de cet autel qui me semblait être dans un coin du hall principal. Ne le trouvant pas à l’emplacement de mes souvenirs, je descends d’un étage pour le trouver finalement sans trop de difficulté aux pieds du grand escalier orné de figures animalières. On y trouve toujours une multitude de photos, des carnets décorés, dessins et petites poupées à l’effigie de Hide.

Les funérailles du guitariste ont eu lieu dans ce temple et ont réuni une foule monstre de 50,000 personnes. On peut voir une vidéo d’extraits des news de l’époque couvrant l’événement, très intéressante pour la démesure de l’événement et le niveau d’adoration de nombreux fans. J’ai du mal à imaginer des scènes similaires se déroulant maintenant et je me dis que la musique de X JAPAN devait avoir une signification toute particulière pour toutes ces personnes réunies en pleurs. J’ai écouté plusieurs albums notamment leur plus connu, Blue Blood sorti en 1989, qui est d’ailleurs a l’origine du terme Visual Kei. Sans être fanatique du groupe, j’éprouve un certain intérêt pour leur musique car elle a marqué l’histoire du rock japonais et était à l’origine du mouvement Visual Kei, par lequel j’ai découvert le rock japonais. J’ai en fait beaucoup d’admiration pour Yoshiki, même si, à mon avis, il casse un peu son image dans certaines émissions télévisées ces derniers temps (je l’évoquerai un peu plus tard). J’avais acheté l’album Art of Life composé d’un long et unique morceau de 29 minutes, que j’aime beaucoup réécouter car c’est un moment de bravoure musicale. Yoshiki a écrit le morceau, y joue de la batterie avec un acharnement inégalé et continue avec délicatesse sur le piano avant de partir vers des notes expérimentales. Ce long morceau est poignant car on sait que Yoshiki ne fait pas de compromis et qu’il donne tout ce qu’il a en lui jusqu’à se blesser, ce qui arrive d’ailleurs très régulièrement. J’avais déjà parlé du film américain We Are X de Stephen Kijak sorti en 2016 revenant sur quelques étapes de la vie mouvementée du groupe. Je viens en fait de le voir car cette visite au temple Tsukiji Honganji m’a rappelé son existence. Entre autres complications et drames qui ont frappés X JAPAN, Yoshiki y évoque justement la mort de Hide, en parlant d’un accident plutôt que d’un suicide. Cet épisode reste flou, mais Hide reste un membre à part entière du groupe même après sa mort, même s’il est remplacé par Sugizo de LUNA SEA lors des apparitions du groupe sur scène. Il est enterré au cimetière de Miura Reien au fin fond de la péninsule de Miura dans la préfecture de Kanagawa, au delà du terminus de la ligne de train Keihin Kyūkō à Misakiguchi. C’est un endroit où j’ai souvent été (dans une autre vie), sans pour autant savoir que Hide était enterré là bas depuis peu. A en croire les photos que l’on peut voir de sa tombe, elle est tout autant décorée que l’autel qui lui est dédié au temple Tsukiji Honganji. Je connais seulement Hide par sa présence dans X JAPAN et je n’ai jamais écouté d’albums de sa carrière solo, mais cet attachement très fort de fans pour un artiste m’intrigue et m’impressionne beaucoup.

Les coïncidences, j’adore les coïncidences car elles conditionnent souvent les sujets de mes billets, font que l’émission Matsuko no Shiranai Sekai (マツコの知らない世界) parle justement de Visual Kei (ヴィジュアル系) dans un épisode diffusé peu de temps après ma visite du Tsukiji Honganji. Pour ceux qui ne suivent déjà plus au fond de la salle, j’avais dit dans un billet précédent que je reparlerais très certainement de cette émission que j’aime beaucoup pour son érudition humble. L’invitée de Matsuko Deluxe pour cette émission est une ancienne membre des forces de self-défense japonaise (元自衛官) reconvertie en spécialiste du mouvement Visual Kei sur lequel elle écrit. Chiaki Fujitani (藤谷千明) nous présente pendant l’emission sa découverte de ce genre musical au tout début des années 90 au moment de l’explosion de la bulle économique, ainsi que les différents styles qui composent le genre. Elle a elle-même le style vestimentaire gothique qui va bien avec le genre et a un ton légèrement pinçant qui la rend assez amusante à suivre. Elle plaisante par exemple sur le fait que Yoshiki de X JAPAN est maintenant devenu une personnalité de première classe (一流芸能人) en référence à sa participation (avec d’ailleurs Gakt, ex-membre d’un autre groupe visual kei appelé Malice Mizer) dans l’émission télévisée Geinōjin kakuzuke Check ! (芸能人格付けチェック!) animée par Hamada Masatoshi du duo comique Downtown. Elle nous parle également des concerts monstres de la fin des années 90, notamment ceux de Glay et de LUNA SEA. Elle a d’ailleurs fait sa découverte du mouvement avec LUNA SEA, comme c’était le cas pour moi d’ailleurs. Elle nous parle de quelques groupes clés outre X JAPAN ou LUNA SEA, comme Kuroyume, Dir En Grey, Malice Mizer ou encore Shazna qui ont, pour certains, développé un style androgyne et flamboyant qui ne passe pas inaperçu. Je me souviens qu’Izam du groupe Shazna passait tous les matins dans une émission télévisée que je regardais d’un air mélangeant incompréhension et fascination. Il se trouve que je connais Izam et que j’avais été voir une pièce de théâtre de la série Bio Hazard dans lequel il jouait, mais il a bien entendu beaucoup changé. Il y a un côté très théâtral dans les accoutrements et les attitudes du Visual Kei, qui me rappellent un peu le théâtre Takarazuka qui joue également sur l’aspect androgyne, car tous les personnages y sont exclusivement interprétés par des femmes. Le Visual Kei est à ma connaissance exclusivement masculin mais les vêtements que portent les membres de ces groupes, leurs chevelures et leur maquillage viennent brouiller les pistes. Cette distinction stylistique pleine d’un romantisme sombre disparaîtra au fur et à mesure au cours des années 90 pour une représentation sur scène plus sobre. Dans l’émission de Matsuko, Chiaki Fujitani semble proclamer que le retour du Visual Kei est proche, et je suis d’ailleurs surpris de voir que des groupes actuels se réclament du style, sous de nombreuses variantes ceci étant dit. Matsuko abonde d’ailleurs en ce sens dans l’emission suggérant au public télévisé qu’il devrait se maquiller et aller crier (化粧してシャウトしないとダメですよ、人間), à la manière de ces groupes de Visual Kei, comme un geste libérateur des tensions de l’existence. Sans forcément aller jusque là, j’aime personnellement quand les artistes musiciens sortent de l’ordinaire.

A gauche: le groupe LUNA SEA au complet à savoir Sugizo, J, Inoran, Shinya et Ryuichi au centre. A droite: Hide, guitariste et figure emblématique de X Japan.

Ce mouvement Visual Kei m’intéresse conceptuellement mais je n’ai pourtant pas d’accroche pour la plupart voire majorité des groupes qui le composent, à part LUNA SEA pour lequel j’éprouve une sorte d’adoration (j’exagère bien sûr). Je l’ai déjà évoqué avant et à plusieurs reprises mais ce groupe a été ma porte d’entrée vers le rock japonais alors que j’étais encore étudiant en France. J’avais découvert à l’époque quelques morceaux du groupe sur Internet et je les écoutais en mp3 sur Winamp. Le premier single que j’ai acheté à Nagasaki en 1998 était le morceau I For You sur l’album Shine sorti cette année là. J’ai ensuite découvert petit à petit leurs albums en commençant par Shine, puis par une compilation de singles sortie en 1997 qui a été une porte ouverte sur les albums plus anciens du groupe pendant leur période la plus prolifique au milieu des années 1990. L’album MOTHER de 1994 est leur chef d’oeuvre, notamment le morceau final éponyme sur lequel je reviens très souvent. Cette musique peut être très aggressive sous certains aspects mais également très mélodique. On y trouve des ambiances sombres et gothiques, mais également par rares moments des rythmes plus pop même s’ils sont noyés dans les guitares. Enfin, la musique de LUNA SEA baigne dans un romantisme sombre, exacerbé par la voix de Ryuichi Kawamura. Je me souviens que lorsque j’ai écouté LUNA SEA pour la première fois, j’avais été d’abord surpris par ce style de chant qui peut être rebutant à la première écoute. Mais, le chant de Ryuichi s’est avéré pour moi fascinant, sa gamme vocale et les émotions qui s’en dégage y étant pour beaucoup. Une chose est sûr, la musique du groupe tout comme leur attitude ne laissent pas indifférents. On adore ou on déteste. Au tout début de mes années à Tokyo, lorsque je disais autour de moi que j’aimais la musique du groupe, on me rétorquait souvent que l’attitude narcissique de Ryuichi le rendait antipathique. Dans le même ordre d’idée, on me regardait d’un air bizarre lorsque je disais que j’aimais la musique de Sheena Ringo, vu qu’elle était perçue comme une personne atypique, sortant de l’ordinaire à cette époque. L’image de LUNA SEA s’est adoucie avec les années mais l’image qu’ils projettent reste à mon avis similaire. La musique du groupe garde une place toute particulière dans ma discothèque personnelle et j’y reviens assez souvent. Depuis plusieurs jours et même semaines, je me suis mis à écouter exclusivement la musique de LUNA SEA en revenant sur leurs anciens albums, notamment MOTHER (1994) et l’album suivant STYLE (1996) que je n’avais pas écouté depuis longtemps et que je redécouvre sous un autre jour maintenant. Il y a bien sûr le superbe morceau IN SILENCE sur cet album mais je me rends compte en le réécoutant que la totalité des morceaux sont excellents, au delà même de mon souvenir, notamment les ballades. Les incursions de guitares ou même de violon de Sugizo sont mémorables et fondent le son du groupe, tout comme peut l’être la puissance de la voix de Ryuichi. L’album MOTHER reste le point d’entrée le plus évident vers l’univers du groupe. Si un morceau comme le single très rapide ROSIER ou le morceau teinté de romantisme gothique MOTHER ne provoquent aucune émotion ou intérêt, il faut mieux passer son chemin. Comme X JAPAN , je pense que LUNA SEA représente une pièce importante de l’édifice du rock japonais.