真夏.1

(ア) Harumi (晴海): Structure temporaire CLT Park Harumi, par Kengo Kuma, composée de grandes plaques de bois faites de couches collées orthogonalement entre elles, appelées CLT pour ‘Cross-Laminated Timber’, et dont l’intérieur est utilisé comme espace de jeux pour enfants. (イ) Kichijōji (吉祥寺): Nature débordante le long de la voie ferrée de la ligne Inokashira près du parc du même nom. (ウ) Ginza (銀座): Grande avenue au centre de Ginza ouverte aux piétons le dimanche. (エ) Jingūmae (神宮前): Ruelle peu fréquentée à Jingumae, parallèle à l’avenue Meiji et donnant une vue intermittente sur la ligne de train Yamanote. (オ) Jingūmae (神宮前): Glaçon dessiné par Creative Designers International pointant vers le ciel comme un iceberg qui tenterait de nous rafraichir des 36 degrés quasi-permanents. (+) Accompagnement musical: deux morceaux de King Gnu, 白日 et どろん de leur album CEREMONY sorti en Janvier 2020.

la fleur bleue au bord du ravin

La fleur bleue en forme de bouton dessinée par Shun Sudo n’existait pas encore lorsque je suis passé pour la première fois devant ce building si particulier près de Kita Sando. Elle a été ajoutée bien après et je l’ai maintes fois vu sur Instagram avant de me décider à aller la voir à mon tour. Je saisis l’occasion de ma visite rapide à la librairie de la galerie GA pour passer la voir rapidement. Je me perds un peu en recherchant le building car je ne note en général pas l’adresse des bâtiments intéressants que j’ai vu dans le passé. Je garde en tête leur emplacement approximatif, ce qui me permet d’y retourner. Il y a quand même des exceptions où j’ai noté le lieu précis quelque part, quand l’architecture se trouve dans des endroits que je n’ai pas l’habitude de parcourir. Un des grands intérêts de la découverte architecturale est la marche parfois hasardeuse qui nous y mène. Le building Realgate se trouve à un carrefour et est assez imposant. Il n’est donc pas très difficile à trouver. Il est découpé à un coin d’un coup de sabre et le ravin créé par cette découpe donne accès à l’intérieur du building. La fleur bleue se trouve sur une des façades blanchâtres près du bord du ravin. Je trouve sa présence très poétique et on aimerait voir plus d’illustrations de ce genre, surtout quand elles sont bien exécutées et qu’elles ne sont pas saccagées par d’autres graffiti médiocres. J’aimerais également voir ce genre d’illustrations pleines de couleur sur la rudesse du béton brut.

Je continue à écouter quelques morceaux de hip-hop, notamment un morceau intitulé SpaceShip2094, sorti récemment début Juillet, par l’artiste hip-hop ONJUICY et Utae, compositrice et interprète électronique dont j’ai déjà parlé plusieurs fois ici pour quelques unes de ses compositions que j’apprécie toujours beaucoup. Le morceau est produit par Carpainter, un des fondateurs du label Trekkie Trax. Avant d’écouter ce morceau, j’avais d’abord découvert au hasard de YouTube une autre coopération entre Carpainter et ONJUICY sur un morceau intitulé PAM!!! sur lequel j’aimais beaucoup le phrasé rapide et continu de ONJUICY, surtout dans la première partie du morceau. Sur SpaceShip2094, j’apprécie le contraste de la voix rappée de ONJUICY avec le chant d’Utae beaucoup plus posé. C’est une très jolie association. Le chiffre 2094 correspond à 100 années passées depuis la naissance du producteur et du rappeur, apparemment nés la même année en 1994, avec la réflexion de se demander si ce morceau sera toujours écouté en 2094.

Pendant la période de l’état d’urgence au mois d’Avril et Mai, on a vu pointer sur YouTube une série de ré-interprétations du morceau Tokyo Drift de Teriyaki Boyz, le ‘super-groupe’ hip-hop composé de Ilmari et Ryo-Z de Rip Slyme, Verbal de M-Flo, Wise et Nigo, le fondateur de la marque de streetwear de luxe A Bathing Ape. Ce morceau, à plus de 250 millions de vues sur YouTube, apparaissait dans le film Fast & Furious: Tokyo Drift, que j’ai regardé récemment sur Netflix par curiosité. On ne peut pas dire que le film soit inoubliable mais il est relativement sympathique à regarder d’un œil distrait. En fait, j’aime bien la dynamique de la musique de ce morceau que l’on retrouve dans les multiples ré-interprétations récentes sur YouTube, sous le nom de Tokyo Drift Freestyle. Le principe est d’interpréter le morceau avec des paroles modifiées, reflétant souvent la situation particulière du ‘Stay Home’ en place pendant l’état d’urgence. J’ai écouté plusieurs versions du morceau, mais c’est la version Tokyo Drift Freestyle de Valknee (dont je parlais dans des billets précédents) que je préfère. Il y a quelque chose de très naturel et d’évident dans sa manière de rapper, qui pourrait faire croire que cette musique a été créée pour son interprétation verbale. Suite à mon dernier billet mentionnant certains morceaux de Valknee que j’aime beaucoup, une personne au nom de Tsukasa Tanimoto m’avait laissé un commentaire sur Twitter (de l’intérêt de publier sur Twitter un lien vers mes billets) indiquant un podcast qu’il coordonne avec Valknee et une autre personne s’appelant Riiko. J’avais écouté par curiosité un numéro de ce podcast intitulé Radioyasan gokko (バルニー・リー子・つかさのラジオ屋さんごっこ) qui parlait du morceau Zoom car il me l’avait conseillé. Je me trouve maintenant à écouter régulièrement les nouveaux épisodes de l’émission, qui parlent de sujets divers et variés avec parfois des invités exposant un problème particulier. J’aime surtout quand ils parlent de musique, souvent hip-hop, car ça me donne une perspective différente de la mienne (dans le sens où ils sont d’une génération un peu plus jeune que moi). Dans un des derniers épisodes, le groupe évoquait Kom_I dont les qualités artistiques avant-gardistes sont une évidence pour le plus grand nombre au point où on serait bien en mal de les contester. La contestation qui était tout de même donnée dans l’émission se rapporte au fait qu’elle n’écrit pas les paroles des morceaux de Suiyoubi no Campanella, ni ne compose les musiques, et de ce fait sa contribution à l’avant-garde de cette musique s’en trouverait amenuisé. Ceci étant dit, la manière dont elle chante les textes surréalistes des morceaux avec beaucoup d’assurance et le charisme certain de sa présence sur scène (du moins ce que j’ai vu du concert du Budokan sur YouTube) contribuent fortement à la nouveauté et à la particularité de ce groupe sur la scène musicale japonaise. Dans le groupe Suiyoubi no Campanella, j’ai plutôt confiance en la capacité de Kom_I de faire évoluer la direction du groupe, par rapport au compositeur Kenmochi Hidefumi qui, je trouve à tendance à répéter ses formules musicales, par exemple, quand il collabore avec d’autres artistes comme Xiangyu. Il est bien possible que le groupe ne parvienne pas à atteindre les sommets d’inspiration de leurs premiers albums, mais j’ai envie de croire que le prochain album sera meilleur que Galapagos (que j’ai d’ailleurs soudainement très envie de réécouter). Pour revenir à Valknee, j’aime aussi beaucoup son intervention avec le compositeur ANTIC (déjà présent sur des morceaux de Valknee) pour le morceau intitulé Hometenobiru du groupe d’idoles hip-hop Lyrical School sur leur dernier EP OK!!!!! On retrouve dès les premières notes la même agressivité si engageante des sons électroniques, et je ressens une certaine ironie dans les textes du morceau. Pour boucler la boucle de ce paragraphe, Lyrical school avait également participé au Tokyo Drift Freestyle avec leur propre version en remote bien entendu.

every drop is drained away

Les photographies de ce billet, au sanctuaire de Hikawa, à Daikanyama et vers Naka Meguro, datent toujours du mois de Juillet ou des mois précédents, comme pour les billets les plus récents. Avant de passer aux photographies prises au mois d’Août, j’essaie désespérément de publier au plus vite les billets que j’ai déjà créé en brouillon dans WordPress et qui ont déjà ces séries de photographies attachées. Je ne sais pas trop pourquoi je m’impose à moi-même cette pression pour publier de nouveaux billets. Ce n’est pas comme s’il y avait une foule de visiteurs les attendant avec impatience, d’autant plus au mois d’Août qui est en général plus calme que le reste de l’année en terme de nombre de visites et de visiteurs. Le ratio entre le temps passé à créer ces billets par rapport au nombre de visites aurait du me faire arrêter depuis longtemps. J’ai toujours eu la faiblesse de penser qu’il fallait que je continue pour que ce blog devienne quelque chose, mais je le pense de moins en moins. Si ce blog devait être “découvert”, ça aurait déjà été fait depuis longtemps. En même temps, si je me pose régulièrement ces questions, c’est certainement parce que j’en ai pas encore fini avec ce blog.

Tokyo Jihen a sorti le 12 Août 2020 un nouveau single accompagné de deux autres morceaux pour composer au total un maxi-single. Le morceau principal s’intitule Aka no Doumei (赤の同盟 – Alianza de Sangre) avec une vidéo sorti le 14 Août. Le morceau sert de thème musical au drama Watashitachi wa Douka Shiteiru (私たちはどうかしている) avec Ryusei Yokohama (que j’avais vu au théâtre pour Bio Hazard) et Minami Hamabe, qui se déroule dans le milieu de la confiserie japonaise d’où la pochette du maxi-single représentant le symbole de Tokyo Jihen en version wagashi. Je trouve que ce morceau est meilleur que tous les morceaux sortis sur le mini-album de réformation News. Le morceau commence assez classiquement, mais le piano d’Ichiyo Izawa et la guitare en zigzag de Ukigumo nous surprend agréablement par leur présence démonstrative. Le morceau a une structure très particulière, notamment avec une coupure inattendue qui redémarre doucement avec le piano. Le groupe maintient l’esprit de la musique que l’on connaît d’eux mais s’affranchit de plus en plus des normes de composition classique. J’espère qu’ils vont continuer sur cette piste. Tous les morceaux sont écrits par Sheena Ringo. Ichiyo Izawa compose la musique de Aka no Doumei ainsi que celle du deuxième morceau Meijitsu Tomo ni (名実共に – Sweetie Reasons). Ukigumo compose le troisième morceau Gyokuza no Wana (玉座の罠 – The Lost Throne) et il y chante également en duo. A la première écoute, ce troisième morceau est celui qu’on apprécie tout de suite, peut être parce que sa composition est plus classique et que les voix s’accordent bien. Par rapport à Aka no Doumei, le deuxième morceau Meijitsu Tomo ni est beaucoup plus lent et plus sombre, mais avec des accents soudains de batterie et de guitare qui viennent casser ce calme, et une musique assez mystérieuse qui intervient à plusieurs reprises jusqu’à un court solo de guitare qui fait partir le morceau sur une toute autre voie. News ne m’avait pas autant enthousiasmé que ce maxi-single, du coup, je vais certainement le réécouter pour en avoir le coeur net.Toujours est-il qu’avec ces nouveaux morceaux, Tokyo Jihen s’engage vers un chemin plus intéressant que celui démarré avec News.

from sky (သုံး)

Ce troisième et dernier épisode nous fait sauter de l’avion pour atterrir une nouvelle fois dans le centre très occupé (quoique moins que d’habitude) de Shibuya, aux pieds de la statue de métal argenté de Hajime Sorayama derrière le Department Store PARCO. Elle nous accueille bien entendu d’un rayon laser lumineux forçant le chemin dans les nuages. On ne peut être qu’happé par cette lumière qui nous accompagne doucement jusqu’au sol. On se laisse ensuite ricocher jusqu’en bas des rues de Udagawacho, que je vais d’ailleurs souvent observer. Le grand mur de graffiti à l’arrière était déjà complètement rempli de dessins, mais un autre graffeur s’est apparemment permis de laisser son empreinte abusive en y dessinant des grands papillons gris sur toute la longueur du mur. Depuis que la tour Abema TV s’est construite à proximité de cette rue, je ne laisse plus beaucoup d’années de vie à ce quartier, avant qu’il ne subisse les vagues de la standardisation urbaine. Dans le quartier, il reste un vieil immeuble noir de quelques étages avec un disquaire spécialisé dans le hip-hop au rez-de-chaussée. Je regarde toujours les façades extérieures de cet immeuble pour voir si les illustrations murales ont été modifiées. Cette fois-ci, un groupe de personnages de cartoon aux têtes de rappeurs gangsta y est représenté. La qualité graphique de l’illustration est assez décevante par rapport à ce qu’on peut parfois y voir, ce qui facilitera d’autant plus son remplacement.

Le billet de Daniel sur son blog me donne envie de ressortir de mes étagères le livre de Nicolas Bouvier, “Le vide et le plein”, sous-titré “Carnets du Japon 1964-1970”. Il se trouvait là, devant les autres livres de ma petite bibliothèque comme s’il avait compris que c’était son tour. J’ai un meilleur souvenir de l’autre livre de Nicolas Bouvier que je possède, “Chronique japonaise”, peut être parce que j’avais lu celui-ci alors que j’étais encore étudiant en France et que le Japon paraissait encore très loin. J’ai acheté “Le vide et le plein” à Tokyo, dans la librairie Kinokuniya près du Department Store Takashimaya de Shinjuku, si mes souvenirs sont exacts. Je ne le lis pas d’une traite mais par petits morceaux, ce qui fonctionne bien car il s’agit d’extraits de son journal de bord. Dès le début, on ressent une sorte d’aigreur que l’auteur communique par petites bribes au fur et à mesure de ses réflexions, mais il touche et voit toujours juste. Je pense que cette aigreur m’avait rebuté à ma première lecture il y a plusieurs années. Je ne me souviens plus si je l’avais lu en entier à l’époque, mais j’y trouve un nouvel attrait en le lisant aujourd’hui. Il y a deux parties principales dans ces carnets, la chronique de Kyoto et celle de Tokyo. Je suis plus sensible à la deuxième partie où Nicolas Bouvier vivait à Tokyo comme si elle correspondait à un Japon que je reconnais, par rapport à la première partie à Kyoto qui me semble plus lointaine. En lisant cette partie sur Tokyo, je me surprends à poser des post-it sur certains morceaux de textes pour y revenir plus tard. Au détour des petits textes nous narrant des situations particulières, il y insère parfois des piques par des formules finales bien trouvées: “Leur drapeau leur bouche le ciel”, à propos de certaines personnes à faible ouverture d’esprit. J’ai l’impression quand même qu’il nous manque parfois un peu de contexte pour bien comprendre ce qu’il nous écrit, notamment la rudesse de certaines piques, par exemple celle où il évoque les critiques photographiques ne comprenant rien à la photographie (qu’il pratique). Il faut rappeler que ce sont des carnets et que les textes sont en général très courts. Mais certains passages trouvent une grande résonance lorsque l’on pratique le Japon depuis plusieurs années. A propos des ses voyages dans le Japon, il résume: “Fatigue, exaltation, solitude, ennui, conversations toujours pareilles dans lesquelles une sorte de lassitude vous embarque”. J’ai personnellement une hantise de ces conversations avec des inconnus qui se limitent aux lieux communs, d’autant plus quand l’interlocuteur parle quelques mots de français et croit nous faire plaisir en les déroulant les uns après les autres. Je vois souvent venir ces conversations et je détourne le chemin pour les éviter, mais je me laisse parfois piéger. En y repensant maintenant, c’est peut être une des raisons pour laquelle j’aime mettre des écouteurs dans les oreilles. Mais, Bouvier voit d’autant plus juste quand il imagine, un peu plus tard dans ses carnets, une conversation qu’il aurait pu avoir dans un “bistrot de chez nous”: “On sait bien ce que c’est: personne n’écoute, et pourtant on parle. C’est un aveu d’impuissance, mais c’est aussi une litanie qui évoque et célèbre la véritable conversation qu’on voudrait tant avoir, qu’on n’a pas et qu’un jour on aura peut être. En attendant, on se chauffe.” Les interlocuteurs de cette véritable conversation sont rares ici, mais même s’ils sont potentiellement plus nombreux ‘au pays’, c’est la véritable conversation elle-même qui reste rare. Certains textes me font également sourire comme ce passage où Bouvier prétend reprendre le texte d’une journaliste japonaise à l’occasion de l’anniversaire de l’empereur et “[..] raconte que cet homme digne et sympathique fut bien soulagé de ne plus être un dieu – on le comprend [..]”. Un autre passage évoque brièvement la sur-information: “A force d’information l’esprit perd sa structure; on n’a plus le temps de mettre un peu d’ordre là-dedans, ni même de savoir si l’on aime et si l’estomac supporte”. Rappelons que ce journal date des années 60 et qu’on n’en était pas encore à la société de sur-information actuelle. Mais le passage que je préfère est plus poétique. En relisant le texte de Daniel sur son blog, alors que je suis en train d’écrire le mien ici, je me rends compte, que ce texte titré « Matelas » lui a également tapé dans l’oeil. Je me permets de le restituer également ci-dessous, parce que j’aurais très certainement envie de le relire:

L’agrément qu’il y a à dormir sur le tatami, c’est d’avoir ainsi le dos collé au sol, de faire corps avec la terre et – quand le calme et le silence de la nuit le permettent – de sentir et de partager la vaste rotation dans laquelle elle vous entraîne. Les couvertures tirées jusqu’au menton, les mains à plat le long du corps on fend l’espace comme un boulet chauffé au rouge. On pense aux autres corps célestes, aux orbites qui s’infléchissent et qui divergent, aux attractions, aux répulsions, aux lentes figures qui se tracent à des vitesses inconcevables. Dans cette salle de bal obscure qu’est devenue la nuit, la natte, la maison, le quartier et les douze millions de dormeurs qui l’entourent pivotent avec un ensemble admirable pendant que je me pose la question de ma place à moi là-dedans, qui reste à débattre. Le sommeil vient avant la réponse.

Dans les rayons télévision du magasin d’électronique Biccamera de Shibuya, je me laisse surprendre par une dame portant un petit carnet en mains. Derrière elle, un homme de grande taille porte une caméra vidéo. Elle m’aborde poliment entre deux écrans 55 pouces pour me demander si je serais d’accord pour répondre à quelques questions. Le sujet de cette interview spontanée est la manière dont les étrangers vivant à Tokyo évacuent le stress de cette difficile situation actuelle du coronavirus. Il s’agit apparemment d’interviews rapides pour une émission de télévision dont le nom m’a échappé. Je décline aimablement la proposition et ils n’insistent pas tout en me remerciant de l’attention. En fait, je connaissais déjà cette dame car elle m’avait déjà abordé et interviewé l’année dernière alors que je marchais seul près du carrefour de Shibuya. Lors de cette précédente interview ciblant également les étrangers (touristes ou résidents), elle m’avait demandé si je connaissais et si j’écoutais de la musique japonaise et si oui, quelles étaient mes artistes préférés. J’avais parlé de Sheena Ringo et de la première fois où j’avais entendu sa musique dans ces mêmes rues de Shibuya. Si mes souvenirs sont corrects, c’était le single Koko de Kiss shite de son premier album Muzai Moratorium, qui était diffusé sur les hauts parleurs accrochés aux lampadaires des rues de Shibuya autour de Center Gai. Elle m’avait demandé de donner un ou plusieurs titres et de fredonner si je le pouvais, ce que j’étais bien incapable de faire spontanément. Cette interview était destinée à l’émission Music Station de Tv Asahi. On m’avait fait signer un papier à la fin de cette courte interview pour les droits à l’image. Il n’y avait bien sûr aucune certitude que mon interview serait retenue au final et elle ne l’a pas été. J’avais regardé l’émission d’un air inquiet de peur de me voir, mais je me suis vite rendu compte que mon intervention était un peu en décalage avec ce qui était attendu. Les étrangers qui sont passés à la télévision étaient soit amateurs de musique d’anime, citant des morceaux comme celui de Radwimps pour Kimi no na ha (Your Name), ou amateurs un peu excentrique de musique d’idoles dans le genre AKB48 ou Nogizaka46. Malgré la popularité de Sheena Ringo au Japon, mon choix ne correspondait certainement pas à ce qu’on attendait d’un étranger. Avant de décliner cette deuxième interview, j’ai d’abord penser pendant un quart de seconde à cette première interview. Que répondre à la question de ce que je fais pour évacuer le stress du coronavirus? J’aurais pu dire que j’ai tendance à faire beaucoup plus de blagues à la maison mais j’aurais été bien en mal de donner des exemples. J’aurais pu dire que j’écoute beaucoup de musiques japonaises alternatives que mon interlocutrice ne connaîtrait peut être pas. J’aurais pu expliquer que j’aime marcher pendant mes heures libres en dehors des obligations de la vie quotidienne, pour prendre des photos d’architecture. Alors que je réfléchissais à tout cela pendant ce quart de seconde, je me suis rendu compte que mes occupations n’avaient rien de très intéressantes ou fantaisistes, qu’elles ne seront pas à même de surprendre l’auditoire et qu’elles ne seront certainement pas retenues malgré les efforts que je pourrais consacrer à les expliciter. J’aurais peut être eu une chance de passer dans cette émission si pour combattre le stress du coronavirus, je faisais par exemple des exercices à la maison en dansant en tenue de cosplay. J’exagère un peu le trait mais comment expliquer que l’on vit tout simplement une vie normale et qu’on a aucun moyen magique d’évacuer ce stress. On vit avec, tout simplement, comme tout le monde, qu’on soit étranger ou japonais.

Depuis Have it my way dont je parlais il y a plusieurs mois déjà, je garde une oreille attentive aux nouveaux morceaux du groupe EMPiRE de l’agence Wack. Un nouvel EP tout ‘simplement’ intitulé Super Cool vient juste de sortir. Bien que je sois certain de ne pas m’engager à écouter et apprécier l’ensemble du EP car la musique de EMPiRE prend souvent des tournures un peu trop EDM pour moi, je tente tout de même l’écoute morceau après morceau. Le premier, This is EMPiRE SOUNDS, a une construction assez simple (du moins au niveau des paroles) mais me plait bien pour son immédiateté et son accroche contagieuse. Je sais que le groupe a le potentiel d’arriver au niveau de BiSH (qui fonctionne très bien dans les charts japonais en ce moment) et j’ai le sentiment que le producteur Junnosuke Watanabe va les pousser comme les prochaines figures de proue de l’agence. Le quatrième morceau du EP intitulé I don’t cry anymore est une excellente surprise, beaucoup moins rythmé que ce qu’on peut s’attendre du groupe mais plus prenant à l’écoute. J’aime beaucoup la part d’émotion qui se dégage du morceau surtout quand Mayu, qui a écrit les textes de ce morceau, chante les paroles du titre avec des véritables larmes aux yeux comme le témoigne la vidéo. J’apprécie cette tournure plus personnelle de leur musique, en espérant qu’elles se tournent un peu plus vers cette direction, ce dont je doute quand même un peu.

En parlant de BiSH, le groupe sort également un nouvel EP intitulé Letters, qui est désigné comme leur 3.5ème album mais qui ressemble quand même plus à un EP ou à un mini-album. Je pense que ma série photographique en trois épisodes ‘from sky’ doit être inconsciemment inspirée par la vidéo du morceau titre Letters, car on voit la caméra partir du ciel pour pointer à différents endroits de Shibuya montrant chaque membre du groupe positionné sur les toits d’immeubles. La caméra qui zoome sur BiSH n’est pas positionnée sur un hélicoptère ou un avion, mais tout en haut de la tour Shibuya Scramble Square, où on retrouve AiNA à un moment du morceau. Le morceau en lui-même est relativement classique avec un démarrage symphonique qu’il me semble avoir déjà entendu, et dont on aurait pu se passer pour démarrer directement sur les parties chantées. J’aime bien ce morceau en particulier mais je trouve le EP/mini-album dans son ensemble un peu trop conventionnel, sans les excès rock voire punk (au sens japonais du terme) des albums précédents. On a l’impression que le groupe se positionne maintenant pour le mainstream et évite les écarts que le plus grand nombre aurait dû mal à apprécier. J’essaierais certainement d’écouter le reste de l’album un peu plus tard.

from sky (1)

Quand on regarde en l’air en ce moment, on aperçoit régulièrement des avions survolant une partie de Tokyo jusqu’à l’aéroport d’Haneda. Dans cette petite série de photographies, je démarre du ciel pour redescendre sur terre au centre de Shibuya. Ces photographies ont été prises il y a quelques semaines, lors d’une accalmie de la saison des pluies. En prenant cette photo de Billie Eilish pour une publicité pour les écouteurs Beats de Dr Dre, placardée à l’entrée du magasin d’électronique près de la tour 109, je me rends compte que je n’ai jamais écouté son album, à part le morceau Bad Guy qui passait très souvent à la radio. Je me dis aussi que je n’ai pas besoin de l’écouter. Beaucoup d’autres l’ont déjà fait à ma place.

Avant de repartir vers le rock alternatif, je continue à découvrir un peu plus en avant le hip-hop avec le rappeur japonais Kid Fresino, originaire de Tokorozawa, Saitama, sur son album ai qing de 2018. Le premier morceau Coincidence, dont la vidéo est prise un jour de neige à Shinjuku, m’accroche tout de suite, car son phrasé hip-hop se mélange très bien avec une sorte de math-rock accentué par le son si particulier du steelpan. Ce morceau se trouve devenir une forme hybride de hip-hop qui m’intéresse beaucoup. J’accroche également très vite au morceau Arcades car Kid Fresino y rappe en duo avec Nene de Yurufawa Gang, dont j’avais parlé de son nouvel EP il y a peu. L’autre moitié de Yurufuwa Gang, Ryugo Ishida, n’est pas loin car il fait des interventions vocales sur ce morceau et possède même un interlude à son nom. Comme souvent sur les albums de hip-hop, il y a beaucoup d’artistes invités, que je ne connais pas toujours d’ailleurs, mais qui sont à chaque fois des proches de Kid Fresino. L’album se compose de 13 morceaux et on ne s’ennuie pas une seconde jusqu’au dernier morceau Retarded qui est également un des plus accrocheurs de l’album, avec le sixième CNW peut être. Ce qui retient mon attention par dessus tout est sa voix assez claire mais au rythme incisif, et les va et vient entre le japonais et l’anglais qui donnent des phrases assez particulières (To the right, to the 左、揺れる).