marcher entre les arbres de Hanegi

J’étais déjà passé à pieds aux limites du quartier de Hanegi (羽根木), dans l’arrondissement de Setagaya au delà de Shimokitazawa (下北沢) et près de la station de Shindaita (新代田), car j’ai déjà pris en photo l’arbre planté au milieu de la route sur la huitième photographie ci-dessus. Cette route longe la ligne de chemin de fer desservant la station de Shindaita. Je n’avais pas jusqu’à maintenant exploré les rues intérieures du quartier de Hanegi. Mari qui y est allée avec une amie quelques jours auparavant m’a en fait fortement conseillé d’y faire un tour car elle me dit que l’architecture y est intéressante. Quelques recherches me confirment bien cela, car on trouve dans ce quartier plusieurs bâtiments de l’architecte Shigeru Ban (坂茂). Le quartier est découpé par une rue très ombragée. On remarque tout de suite un complexe ouvert fait de plusieurs bâtiments de béton séparés en trois blocs. Il s’agit de Hanegi International Garden House conçu par Kojiro Kitayama et construit en 2007. Je montre cet ensemble d’appartements résidentiels sur les cinq premières photographies du billet. Un espace vert est conservé au milieu de ce complexe et de nombreux grands arbres y sont présents. Le domaine sur lequel a été construit cette résidence appartenait à la même famille depuis la période Edo, et la conservation des arbres faisait partie des prérogatives du re-développement de cette zone. On remarque par exemple que la forme de certains escaliers s’ajustent en fonction de l’emplacement des arbres. La végétation prend également le dessus sur les façades en jaillissant des toits. Le sol du jardin central n’est pas mis à niveau et reste très accidenté, comme laissé à son état naturel. Cette configuration privilégiant la végétation est vraiment très intéressante. Il en est de même pour la résidence Hanegi Forest conçue par Shigeru Ban en 1997, que je montre sur la septième photographie du billet. La forme du bâtiment de trois étages a été dessinée pour laisser la place aux arbres déjà présents sur le site. Des formes ovales sont ainsi creusées au milieu du bâtiment pour laisser grandir les arbres. Ces formes sont difficiles à montrer correctement en photo, mais le site web de l’architecte donne une meilleure idée de la configuration spatiale du bâtiment. La résidence Hanegi Forest Annex du même Shigeru Ban se trouve juste à côté. Sa conception est différente et plus récente car le bâtiment date de 2004. Son toit en forme d’arche en acier est immédiatement remarquable. Tout comme l’autre bâtiment, il est surélevé pour laisser de la place aux parkings. J’aime beaucoup le concept du quartier conservant la végétation déjà installée. Cela donne un environnement de vie très agréable. Les deux dernières photographies du billet montrent une maison au style différent mais encore une fois conçue par Shigeru Ban. Il s’agit de House at Hanegi Park Vista, construite en 2010. Comme son nom l’indique, elle est située au bord du grand parc de Hanegi, au coin d’une longue rue en forme de L. Sa particularité est la grande toiture courbée que l’on distingue clairement depuis l’extérieur. Là encore, le site de l’architecte montre quelques photographies de l’intérieur pour mieux apprécier les qualités de cet espace au haut plafond courbé. Cette petite promenade du samedi matin a été riche en découverte architecturale. J’avais bien sûr fait des recherches avant de partir et mon parcours était par conséquent très programmé et n’avait rien du hasard, ce qui n’est pas toujours le cas.

Parlons maintenant de la musique qui accompagne l’écriture de ce billet. Gamel est une œuvre musicale vraiment atypique du groupe rock expérimental OOIOO mené par YoshimiO (ou Yoshimi P-We), de son vrai nom Yoshimi Yokota (横田佳美). YoshimiO chante dans le groupe OOIOO mais est avant tout connue pour être batteuse du groupe de noise rock Boredoms fondé par Yamataka Eye (山塚アイ). Je n’ai jamais été très attiré par la musique de Boredoms, mais j’ai un vague souvenir d’avoir été voir et écouter un live électronique de Yamataka Eye il y a un peu moins de vingt ans. Comme je ne notais pas tout à cette époque, mes souvenirs m’échappent malheureusement. Je m’intéresse soudainement à OOIOO car j’avais noté que Kyoko de Kokushoku Elegy (黒色エレジー) avait fait partie de ce groupe à ses débuts, dans les années 90. YoshimiO et Kyoko étant toutes les deux originaires de la préfecture d’Okayama, on peut deviner qu’un rapprochement s’est fait à l’époque. Le groupe OOIOO a été fondé en 1996 par YoshimiO et se compose de quatre filles: KayaN, AyA et MISHINA accompagnant YoshimiO dans sa composition actuelle. Le nom de YoshimiO m’était en fait familier depuis longtemps car elle est également membre du super-groupe Free Kitten avec Kim Gordon de Sonic Youth (et Julia Cafritz de Pussy Galore). OOIOO a d’ailleurs fait l’ouverture de Sonic Youth lors de leur tournée japonaise de 1997. En lisant les fiches Wikipedia, je suis assez surpris de me rendre compte que YoshimiO a même inspiré le titre de l’album Yoshimi Battles the Pink Robots de The Flaming Lips. Elle y jouait d’ailleurs de la batterie. Plutôt que d’écouter des albums de années 90 de OOIOO, je me dirige sur celui intitulé Gamel sorti en 2014, pour l’avoir vu cité dans une liste des meilleurs albums japonais de la décennie passée. Comme son nom l’indique, cet album expérimental met en avant les sons du gamelan (ꦒꦩꦼꦭꦤ꧀), un ensemble instrumental traditionnel indonésien caractéristique des musiques javanaises. Lorsque je pense au gamelan, me viennent tout de suite en tête les sons du morceau Tetsuo (鉄雄) par Geinō Yamashirogumi (芸能山城組) sur la bande originale Symphonic Suite AKIRA, que j’ai dû écouter une centaine de fois après avoir vu le film au cinéma en France. L’ambiance de Gamel est bien entendu très différente mais la force et la présence du gamelan est inimitable. Les chants y sont étranges, les motifs instrumentaux souvent répétitifs, la composition souvent déconstruite ou du moins non conventionnelle, mais quelle beauté pleine d’inattendu ! Comme je le dis parfois, ce n’est pas forcément une musique pour toutes les oreilles. Le premier morceau Don Ah de 10 minutes est une excellente entrée en matière. On se laisse facilement entraîner dans ces étranges compositions, parfois à la limite du psychédélique, ressemblant d’autres fois à des chants ou à des incantations d’une tradition ancestrale perdue. Il faut pour sûr accepter de rentrer dans ce monde, et cette musique devient ensuite très rapidement fascinante et addictive. On a parfois l’impression d’assister à des sessions Live improvisées, même si le tout reste très construit. On n’arrive tout simplement pas à bien imaginer les limites de cet objet musical à l’approche très libre, proche de la performance artistique (les cris de YoshimiO sur Gamel Kamasu par exemple). Le deuxième morceau Shizuku Gunung Agung est très marquant. Le gamelan a cette capacité de s’ancrer dans notre cerveau et les chants à la fois répétitifs et distordus contribuent à ce phénomène d’addiction sonore que je mentionnais ci-dessus. Les morceaux Atatawa et Jesso Testa sont également très singuliers et comptent parmi mes préférés de l’album. L’ensemble de l’album Gamel durant un peu plus d’une heure a une grande unité de style avec des morceaux se chevauchant souvent les uns sur les autres, avec le gamelan comme instrument d’union continuelle. Gamel est un véritable ovni mais également un petit bijou musical. La photographie du groupe OOIOO ci-dessus a été prise par le photographe Takashi Homma (ホンマタカシ), ce qui me rappelle d’ailleurs qu’il faut que j’aille voir son exposition Revolution 9 qui se déroule jusqu’au 21 Janvier 2024 au Tokyo Photographic Art Museum à Yebisu Garden Place.

les fluctuations du vide qui nous entoure

L’exposition Interface of Being – Shinkū no yuragi (真空のゆらぎ, Fluctuations du vide) de l’artiste japonais Shinji Ohmaki (大巻伸嗣) se déroule du 1er Novembre au 25 Décembre 2023 au National Art Center Tokyo (NACT), près de Nogizaka. Je suis très surpris de voir que l’entrée à l’exposition est entièrement gratuite, ce qui est plutôt rare surtout pour des œuvres artistiques de cette envergure. On peut y voir deux installations de très grande taille: Jūryoku to Onchō (重力と恩寵, Gravité et Grâce) qui a déjà été présentée à la Triennale d’Aichi (あいちトリエンナーレ) en 2016 et Sonzai no Zawameki (存在のざわめき, Liminal Air Space-Time) déjà montrée en 2020. Ces deux installations très différentes ont une très grande force d’évocation. La première grande salle de la galerie est longue et relativement étroite. Un énorme objet en forme de vase de métal couvert de motifs divers est posé au milieu de cette salle. Il s’agit de l’installation nommée Jūryoku to Onchō (Gravité et Grâce). Un robot placé à l’intérieur du vase fait circuler dans un mouvement vertical un bloc composé de plusieurs lampes et miroirs produisant une lumière dont l’intensité varie. Les lampes descendent pratiquement jusqu’à la base du vase puis remontent dans un mouvement régulier lent. La longue pièce est relativement sombre mais son éclairage varie en fonction des mouvements du robot portant les lampes. Les motifs s’impriment sur les murs aux alentours comme des formes mouvantes. Des textes sont écrits sur le sol peint en noir. Ils sont écrits d’une même couleur noire et apparaissent puis disparaissent à nos pieds selon l’intensité des lumières. Une ambiance sonore accompagne notre admiration devant ce spectacle fascinant. Nos yeux sont d’abord attirés par la lumière puis on s’attache à observer les moindres détails du dispositif. Cette installation en forme de vase ressemble en fait à un haut fourneau et entend évoquer le grand tremblement de terre de 2011 et la catastrophe nucléaire des centrales de Fukushima qui en suivit. Les motifs éclairés depuis l’intérieur du haut fourneau représentent toutes sortes de signes de vie sur terre. Leurs projections sur les murs de la salle sont fragiles comme peuvent l’être les vies face à ce genre de cataclysme. Cette lumière nous attire, mais en même temps nous effraie. L’art de Shinji Ohmaki joue avec les sens du visiteur, tantôt immergé dans des espaces très sombres où il est difficile de se déplacer, tantôt envahi par des lumières fortes et pénétrantes. La deuxième salle contenant une longue installation nommée Liminal Air Space-Time joue avec cet univers sombre. Une grande surface de tissu pratiquement transparent flotte doucement dans la salle, poussée par un vent régulier et légèrement éclairée par quatre lampes placées au plafond. Le mouvement imprévisible des vagues dans la pénombre est hypnotisant. On oublierait presque la densité urbaine de notre quotidien en regardant ce paysage abstrait nous poussant inconsciemment à une forme de méditation. On peut s’asseoir dans le noir sur des bancs placés le long du mur ou se tenir début, droit devant ses vagues pour en saisir les embruns. Je préfère me tenir débout devant ces vagues, immobile pendant de longues minutes à regarder devant moi. Mon regard tente de capter les moindres irrégularités des mouvements du voile, pour ensuite suivre leur évolution et les voir disparaître d’une manière naturelle. Plus on regarde ces vagues, plus on a l’impression que tout notre corps fait partie intégrante de ce décor. Cet environnement crée en quelque sorte les conditions d’une intégration organique.

J’ai beaucoup de mal à détacher mon regard de ces vagues. Il faudra bien partir bientôt mais je préfère en profiter un peu plus en m’asseyant sur un des bancs alignés dans les zones les plus sombres de la pièce. On oublierait presque sa propre présence dans un espace aussi sombre. Regarder le voile mouvant depuis le fond de la pièce donne une impression différente car les perspectives sont modifiées. D’autres personnes sont également présentes dans la salle mais elles sont peu nombreuses. Il doit être à peu près 17h et la galerie fermera ses portes dans environ une heure, si je ne me trompe pas. Encore quelques minutes supplémentaires, une ou deux minutes, voire trois minutes à se perdre le regard dans ces marées sombres. Ce mouvement perpétuel a dû me bercer sans que je m’en rende compte, car le sommeil a eu raison de moi. Je me suis déjà endormi plusieurs fois dans des salles de cinéma mais c’est bien la première fois que je m’endors dans un musée. Je me réveille en sursaut en me demandant d’abord où je suis et quelle heure il est. Mon iPhone n’a malheureusement plus de batterie donc je ne peux même pas confirmer quelle heure il est. Je savais bien que les dix pour cents de batterie restante ne tiendraient pas toute une après-midi et j’ai comme très souvent oublié ma batterie portable. Je suis désormais seul dans la grande salle qui me semble beaucoup plus sombre qu’avant. Le mouvement des vagues de l’installation continue devant moi, mais sans aucune surveillante dans la salle. Dans le noir profond de cette salle, il est fort probable que personne n’ait remarqué ma présence. Il me semble que la sortie est au bout de la salle. J’avance timidement car cette sortie n’est pas éclairée et il n’y a aucun signe lumineux pour l’indiquer. Tout ceci est bien étrange. Mais quelle heure peut il bien être? En marchant lentement en direction d’une hypothétique porte de sortie, je finis par distinguer une faible lueur qui me laisse deviner qu’une des salles voisines est éclairée et, je l’espère, occupée par d’autres visiteurs de l’exposition. Mais il n’y a personne dans cette autre salle. Il s’agit d’ailleurs plutôt d’un couloir. Les murs de ce couloir affichent quelques œuvres de Shinji Ohmaki représentant des êtres de lumière entourés d’une noirceur profonde. J’ai perdu l’envie de les regarder en détails, étant plutôt préoccupé par ma sortie au plus vite de cette galerie, mais je me fais tout de même la réflexion que ces images accrochées au mur me ressemblent. A cet instant précis, je suis comme ces êtres dessinés, perdu au milieu d’une noirceur profonde. Plus que de l’angoisse, j’ai plutôt la crainte qu’on me cherche des ennuis pour être resté dans cette galerie après l’heure de fermeture. Le problème est que je ne trouve personne sur mon chemin pour me confondre en excuses. La sortie de la galerie 2E que j’atteins maintenant me donne finalement accès au grand hall du NACT. Ses longues et ondulantes parois vitrées me font vite comprendre qu’il doit déjà être tard car il fait très sombre dehors. Il n’y a aucune lumière à l’intérieur du musée sauf des veilleuses de sécurité placées au sol qui me permettent quand même de me déplacer sans avoir peur de trébucher. Le musée est entièrement désert. Quelle histoire, me voilà bel et bien enfermé dans ce musée. J’espère quand même pouvoir sortir par la porte principale au rez-de-chaussée. Je cours presque dans les escalators arrêtés. Il n’y a bien sûr personne au comptoir de réception et je ne devine aucun garde de nuit. Le silence omniprésent est pesant. J’ai l’impression de naviguer dans du vide. Pour me redonner un peu le moral, je me dis que j’aurais au moins eu l’occasion de voir ce chef-d’œuvre de l’architecte Kisho Kurokawa dans des conditions tout à fait atypiques. Mais là n’était bien sûr pas mon intention. Je voulais quitter les lieux à 17h mais mon intégration organique dans l’oeuvre de Shinji Ohmaki semble avoir trop bien fonctionné. La porte d’entrée en verre est malheureusement fermée à clé. Je m’y attendais fortement. Que faire maintenant? M’allonger sur un des bancs du grand hall du musée et attendre qu’un garde de sécurité vienne me réveiller? Je n’ai plus du tout sommeil et assez peu envie de passer de longues heures à attendre dans le noir. A l’intérieur du grand hall, il n’y a aucune lumière qui pourrait me donner une piste sur une possible sortie de secours. Seuls les deux immenses cônes reversés sont devant moi, immuables. Enfin, j’ai maintenant l’étrange impression qu’ils tournent doucement sur eux-mêmes. Je n’arrive pas à clairement distinguer si ces cônes tournent ou si c’est moi qui perd l’équilibre, désorienté par cette situation étrange. Je m’approche de l’un des cônes et une stupeur soudaine me saisit. Une personne est là debout. Je ne l’avais pas vu jusqu’à maintenant, certainement à cause de la pénombre. C’est une femme à laquelle je donnerais une trentaine d’années. Elle a les cheveux longs très noirs mais un teint de visage excessivement pâle. On croirait un fantôme ou un esprit. Elle est filiforme dans un costume noir près du corps et une chemise à la blancheur lumineuse. Elle n’ouvre pas la bouche, ne sourit pas mais me regarde fixement. J’hésite à partir en courant mais où m’enfuir. Ce regard me glace et je me rends compte maintenant qu’il fait froid à l’intérieur du NACT. Est-ce cette présence fantomatique qui refroidit les lieux? Cette situation me semble maintenant irréelle. Suis-je une nouvelle fois embarqué dans un monde parallèle? Mais cette femme est peut-être tout simplement la surveillante de nuit du musée. Son teint pâle s’explique peut-être par le fait qu’elle ne voit pas beaucoup la lumière du jour en travaillant de nuit. J’essaie tant bien que mal de trouver des explications rationnelles, mais ces réflexions fusant dans mon cerveau sont vite interrompues par un mouvement brusque et silencieux de cette femme. Elle pointe la main vers le haut du cône de béton tournant désormais à une vitesse accrue. J’ai l’impression que la vitesse des deux cônes s’emballe. Il faut que je trouve un moyen rapide de quitter cet endroit. Ce sentiment de danger qui approche m’envahit. Le sol commence à trembler à un rythme irrégulier et un bruit d’acier broyé se fait entendre. Il reste lointain mais je sens qu’il s’approche inexorablement. Un nuage tournoyant entoure désormais les deux cônes qui me font maintenant penser à des hauts fourneaux de réacteurs nucléaires prêts à exploser. Les vitrages ondulés du musée se teintent d’une obscurité profonde. Ils tremblent à leur tour, intensément dans un bruit sourd, comme si des vagues puissantes emportant tout sur leur passage venaient s’y jeter. Le bruit de ces vagues noires et celui du tournoiement des réacteurs deviennent de plus en plus puissants et irréguliers, proches du point de rupture. Conscient du danger imminent, mon regard suppliant se tourne de nouveau vers celui de la femme pour essayer d’y trouver une réponse. Elle pointe toujours sa main vers le haut du cône de béton. Elle ne semble pas être affectée par les tremblements qui secouent le building. Je n’avais pas remarqué jusqu’à maintenant que le haut du cône qu’elle me montre de la main est éclairé d’une lumière qui jaillit des nuages tournoyant. C’est un faisceau lumineux qui éblouit mais qui attire. Elle me crie soudainement des mots que je ne peux entendre en raison du bruit assourdissant, mais que je devine: « 早く逃げて » (Vite, Sauves toi!). Je n’ai plus le temps de la réflexion et je suis maintenant persuadé que c’est le seul endroit où je dois aller. Je cours vers les escalators et grimpent les deux étages péniblement en me tenant aux rambardes car les tremblements répétés rendent tout équilibre difficile. Le faisceau de lumière est proche, il sort du centre du cône. Les passerelles lui donnant accès sont en partie endommagées par son mouvement accéléré mais on peut toujours atteindre la surface supérieure du cône en prenant son élan et en sautant. Les bruits qui s’intensifient deviennent insupportables. J’entends des poutres d’acier craquer mais la structure du musée ne semble pourtant pas être endommagée. Le faisceau de lumière est devant moi, émanant d’une porte en acier blanc ouverte placée au centre du cône. Je m’y engouffre. Un escalier en colimaçon descend dans le noir. Je n’en vois pas le bout mais commence rapidement ma descente. Au fur et à mesure que je m’enfonce descendant marche après marche, le bruit et les tremblements s’amenuisent. Mes mouvements sont rapides mais il ne faut pas faire de mauvais pas. Cet escalier semble sans fin. Le silence règne désormais et je n’entends plus que les bruits de mes pas sur les marches en acier et celui de mon souffle qui trahit ma fatigue. Après quelques minutes, je semble enfin être arrivé au bout de l’escalier débouchant sur un étroit couloir. Une petite lampe éclaire une autre porte d’acier. Du côté intérieur, une inscription noire indique:「パラレル東京観測委員会」, le Comité d’observation du Tokyo parallèle, suivi du mot en anglais EXIT. La porte de sortie n’est pas fermée à clé. Je l’ouvre doucement par crainte de découvrir ce qu’il y a de l’autre côté. Cette porte donne sur un couloir. Des passants y marchent d’un pas rapide, vers les portes automatiques d’une gare. Je suis dans un couloir de métro, celui de la ligne Chiyoda dans la station de Nogizaka près de la sortie 6. Un profond soulagement se mélange à mon étonnement. Pourquoi un tel accès au musée existe il dans la gare de Nogizaka. Est ce un accès spécial pour le personnel. J’en doute mais peu importe maintenant, je suis sorti avec plus de peur que de mal, même si mes jambes sont encore tremblotantes. Je ne suis pas vraiment surpris de découvrir un nouveau lieu d’observation du Tokyo parallèle, mais les effets que procurent sur moi ces découvertes sont à chaque fois inattendus et profondément éprouvants. En marchant d’un pas lent vers l’intérieur de la station, je me rends compte que mon expérience était peut-être une sorte d’extension des émotions que j’ai pu ressentir en voyant les installations artistiques de Shinji Ohmaki. Mais je reprendrais ces réflexions à tête reposée. Les horloges numériques sur les quais de la gare indique 23:35. Il est grand temps de rentrer chez soi en évitant bien sûr de s’endormir dans le wagon du métro.

夢の花

Après la sonnerie annonçant les 17h lancée par les hauts parleurs, le silence envahit chaque recoin du parc. Il est temps de rentrer mais on veut quand même profiter des dernières lumières comme ce jeune couple assis sous un des grands arbres du centre du parc. Alors que les occasions seraient pourtant nombreuses, surtout avec ce ciel d’automne, je ne saisis que peu souvent les lumières du soleil couchant. Certains se font pourtant une spécialité à capturer en images ce moment de la journée. Ce sont les dernières photographies prises dans le parc de Tachikawa, le Showa Memorial Park (昭和記念公園). Et en repensant à cette période Shōwa, il me vient en tête de revenir vers la musique japonaise des années 80, car j’y trouve une nouvelle fois de très belles choses.

Une fois encore, je pars à la recherche de musiques enfouies dans les parties obscures des années 80. J’y découvre le groupe Kokushoku Elegy (黒色エレジー), dont j’avais déjà lu le nom quand j’avais découvert le groupe G-Schmitt et sa chanteuse SYOKO. Kokushoku Elegy, qu’on peut traduire par « Elègie du noir », évolue à une époque et dans un style similaire à G-Schmitt entre post-punk et rock gothique, voire new wave. Énoncer des styles est toutefois réducteur, mais donne une idée générale de l’approche musicale du groupe. En fait, je dirais qu’il s’agit de darkwave, ce qui correspond mieux au nom du groupe. Kokushoku Elegy est originaire de la préfecture d’Okayama et a été fondé en 1985 mais n’a été actif que quelques années et s’est arrêté en 1989. Le groupe se composait de Kyoko (キョウコ) au chant, Ichirō (イチロウ) à la guitare, Kōichi (コウイチ) à la basse et Yasuyuki (ヤスユキ) à la batterie. Certains des membres, Ichirō et Kōichi, faisaient auparavant partie d’un groupe de punk appelé Nikudan (肉弾). Kokushoku Elegy n’a sorti que trois EPs pendant cette période de 1985 à 1989, mais certains de leurs morceaux apparaissaient également dans plusieurs compilations de l’époque. Leur musique a été ensuite réunie dans une compilation sortie en 1993 sous le nom de Esoderic Mania avec tous les morceaux du groupe dans l’ordre chronologique de leur création. J’écoute en fait avec une passion certaine une autre compilation sortie plus récemment le 30 Décembre 2020, nommée simplement Kokushoku Elegy, qui reprend les mêmes 14 morceaux studio que ceux présents sur la compilation de 1993, mais en version remasterisée et dans un ordre différent non-chronologique, et y ajoute 12 morceaux capturés lors d’un concert en 1989. Comme ça pouvait être le cas pour SYOKO avec G-Schmitt, je suis fasciné par la force du chant de Kyoko. J’aurais pu dire la regrettée Kyoko, car elle n’est plus de ce monde depuis 2015. Elle a une présence vocale qui emporte tout, très changeante, par moment puissante et à d’autres beaucoup plus légère et flottante. Cette duplicité est particulièrement fascinante, d’autant plus que les guitares qui l’accompagnent ne s’effacent pas derrière son chant. L’atmosphère est absolument remarquable et ne donne étonnamment pas beaucoup d’indications qu’elle date des années 80, comme si elle était intemporelle. La composition musicale est complexe et se base rarement sur les classiques couplets et refrains. La guitare d’Ichirō est très incisive et accrocheuse par ses riffs, la basse de Kōichi très présente et souvent mise en avant. Il est difficile d’isoler un morceau en particulier, car ils sont tous d’une beauté et d’une élégance sombre imparable, mais des morceaux comme Warrior, Goddess ou Kafun Hanzai (花粉犯罪) donnent tout de suite une bonne idée d’ensemble. J’ai vraiment beaucoup écouter cet album ces dernières semaines et je continue encore maintenant. Je le placerais clairement dans la liste des plus belles musiques que j’ai pu écouter cette année (et il y en a beaucoup). Je m’étonne quand même de ne découvrir que maintenant ce genre de pépites. On dit que le groupe est légendaire et je le crois tout à fait, mais sa courte vie lui donne des allures d’étoile filante. Le fait qu’on réédite 27 ans plus tard une compilation du groupe indique bien que les fans n’ont pas oublié cette élégie du noir. Après Kokushoku Elegy, Kyoko a évolué dans d’autres groupes nommés Harpy et OOIOO. Je les garde en mémoire ici pour pouvoir y revenir plus tard.

Avant de découvrir Kokushoku Elegy, j’étais revenu vers le groupe ZELDA (ゼルダ) qui évolue également dans un style post-punk mais a touché à beaucoup d’autres styles. Comme les styles varient beaucoup, je n’apprécie pas tous les morceaux du quatuor mais je sélectionne ceux qui me plaisent vraiment. Je reviens cette fois-ci vers leur premier album intitulé tout simplement ZELDA avec deux morceaux: Makkurayami -Aru Hi no Kōkei- (真暗闇 —ある日の光景—) et ASH-LAH. Cet album est sorti le 25 Août 1982. Le morceau ASH-LAH est en fait leur premier single sorti deux années plus tôt, le 10 Octobre 1980 sur le label indépendant Junk Connection (ジャンク・コネクション). Le groupe signera ensuite sur Toshiba EMI (comme d’autres artistes qu’on apprécie sur ces pages) jusqu’à leur dissolution en 1996. J’aime beaucoup les affiches ci-dessus crées à l’occasion de la sortie de ce single, couplé avec un autre morceau de l’album Sonata 815 (ソナタ 815). Ces affiches indiquent également une série de concerts accompagnant leur premier single, la dernière étant au fameux Shinjuku Loft de Kabukichō. Ces deux affiches semblent faites mains et correspondent très bien à la qualité brute du chant de Sayoko Takahashi (高橋佐代子) dans le groupe. Le Ash-lah du titre doit faire référence aux démons belliqueux Ashura défiant les divinités célestes. Dans les représentations bouddhistes, un Ashura prend la forme d’un demi-dieu guerrier pourvu de trois visages et de six bras. Je ressens dans le chant de Zelda sur ce morceau Ash-lah une certaine influence bouddhiste mais il me donne également l’impression d’être un chant de guerrier marchant vers un devenir funeste.

La musique qui suit va beaucoup plus loin dans la noirceur comme le suggère la couverture dessinée par le mangaka d’horreur Suehiro Maruo (丸尾末広). L’illustration correspond en fait assez bien à l’ambiance qui règne dans ce EP de deux morceaux, intitulé Dream Of Embryo par un mystérieux groupe nommé Funeral Party. On ne sait vraiment que très peu de choses sur ce groupe qui n’a sorti que cet EP en 1986 et deux autres morceaux en 1985 sur une compilation du même label Pafe Record intitulée Vision Of The Emortion. Il s’agissait d’un duo composé de T. Kusano à la voix, batterie, synthétiseur, guitare, basse et M. Morita au synthétiseur, voix et autres instruments électroniques. L’atmosphère des deux morceaux du EP, Double Platonic Suicide et Dream Of Embryo (サンドノイズにまける子等), est sombre, inquiétante et pour le moins mystérieuse. Les voix floues qui interviennent sont fantomatiques et même mortifères, au point où on se demande si le groupe n’a pas fait intervenir des esprits au moment de l’enregistrement. Cette musique s’écoute comme une expérience et n’est très clairement pas pour toutes les oreilles. Mais tout en s’interrogeant sur ce qu’on est en train d’écouter, on ne peut être que fasciné par la beauté sombre des nappes de synthétiseurs et des voix d’outre-tombes. L’image d’un fantôme yūrei (幽霊) me vient en tête en écoutant cet EP. Cette image correspond à mon avis un peu mieux que celle de l’écolier de la couverture à l’ambiance qu’on peut ressentir. Les voix sont tellement étranges qu’on a du mal à comprendre dans quelle langue elles s’expriment. Sur le deuxième morceau Dream Of Embryo, je pense qu’il s’agit d’allemand, mais je n’en suis pas sûr car je ne comprends pas ce qui est dit. Dans un style similaire, un peu moins étrange mais tout aussi sombre et pesant, j’écoute également le très bon morceau Shinigami (死神) de Phaidia (パイディア) sur l’album In the Dark sorti en 1985. Le morceau démarre sur des nappes de synthétiseurs de style gothique, puis une trame répétitive de guitares se met en place. Les guitares de Nariquis et de Masa sont pleines de larsens et de réverbération, accentuée par le rythme qui ne faiblit pas de la batterie de Tatsuya. Au dessus de ses guitares, la voix du chanteur Gilly est pleine de complaintes comme s’il voulait dégager une souffrance. Ce morceau est très prenant mais j’hésite à me lancer dans l’écoute entière de l’album car il faut certainement un peu de préparation. J’ai découvert Phaidia au fur et à mesure des recommandations YouTube après avoir écouté le EP de Funeral Party. La couverture de ce dernier m’avait interpellé alors que je parcourais le blog désormais inactif Habit of Sex (nom certes très étrange) couvrant la musique indépendante japonaise de 1980 à 1995. J’étais tombé sur ce blog à l’époque où je faisais des recherches sur l’artiste Tomo Akikawabaya et les réactions que donnaient ce blog sur l’album The Castle m’avaient beaucoup intéressé. Rares sont les blogs et sites web présentant ce type de musiques japonaises obscures. C’est prėcieux et j’essaie à ma manière d’y contribuer pour que ces musiques désormais atypiques ne se perdent pas dans les abîmes.

花はここに咲いています

J’ai pris beaucoup (trop) de photos du Showa Kinen Park (昭和記念公園) à Tachikawa car j’ai été attiré par toutes ses couleurs. La sélection de ce que je montrerais ensuite sur le blog en a été d’autant plus difficile. Nous n’avons pourtant pas eu assez de temps pour faire un tour complet du parc. Devant le Oka Cafe de Kengo Kuma que je montrais dans un billet précédent, s’entend un large espace ouvert de gazon sur lequel on peut marcher, s’asseoir, s’allonger et même dormir pour ceux qui ont amené une tente. Au loin, les cerisiers attendent leur heure pour fleurir et attirer une foule beaucoup plus importante qu’aujourd’hui. Je n’ose pas imaginer le nombre de personnes qui doivent s’entasser sur cette zone du parc au plus près des cerisiers pendant la période de Hanami. Je suis ensuite attiré par un espace fermé par un cordon consacré exclusivement aux fleurs cosmos. Je m’essaie une nouvelle fois à prendre ces fleurs en contreplongée, pour les faire s’échapper vers un ciel bleu très marqué. Un autre espace en partie fermé mélange diverses espèces de plantes et de fleurs pour donner une composition aux apparences sauvages et désordonnées. Je repense à cet endroit à la subtile organisation sauvage des jardins de Giverny que nous avons pu admirer cette année pendant l’été. Mari y repense aussi. J’essaie de faufiler l’objectif de mon appareil photo à travers les tiges des plantes pour que les photographies se laissent envahir par des strates végétales floues. Les fleurs sont forcément photogéniques et elles ne lassent jamais qu’on les prenne en photo.

Après la sérénité bucolique, les tempètes de guitares. J’avais déjà parlé récemment de la musique rock expérimentale de Minori Nagashima (長嶋水徳) aka Serval Dog et j’y reviens très vite car elle vient de sortir un nouveau excellent single intitulé Orange Hiss Noise. Le morceau commence par une composition de guitare lourde mais mélodique très vite submergée par la voix exagérément agressive de Minori Nagashima. Le morceau aurait pu se contenter de jouer cette partition rock mais change complètement de direction après qu’elle prononce les mots « Yeah, that’s pure », comme pour nous dire qu’elle peut très bien faire du rock dans la pure tradition du genre mais aussi casser les codes avec par exemple une partition de piano sortie de nulle part. Cette fracture inattendue au piano jazz est vraiment bien vue. Elle repasse ensuite la main aux guitares qui reprennent le rythme initial avec une voix plus apaisée mais conservant une tension qui arrive à se tenir au dessus du flot dense des guitares. Orange Hiss Noise est dense et compact, avec toute cette violence et énergie tenant dans tout juste dans trois minutes. Ce morceau est assez différent de son précédent single et prend une direction un peu plus structurée qui est très intéressante. Tout ceci me convainc qu’il faut suivre de près ses prochaines créations, car j’y ressens une liberté certaine. En écoutant ce morceau, je repense à celui intitulé Hakai BOSS Jam Seikima II Make (破壊BOSSジャム聖飢魔Ⅱメイク) de Yō Shibusawa (渋沢葉) sur son EP Hana ha Koko ni Saiteimasu (花はここに咲いています) produit par Junji Ishiwatari (いしわたり淳治), guitariste de feu Supercar. J’y ressens une intensité similaire et c’est un morceau vers lequel je reviens régulièrement.

ヤエス出口から御徒町

La première photographie montrant le côté Yaesu (八重洲) de la grande gare de Tokyo a été prise depuis la tour récente Tokyo Mid-Town Yaesu que Mari et moi avons visité sommairement il y a quelques semaines, histoire de voir s’il y avait des choses intéressantes. Un des étages comprend un vaste espace ouvert semblable à un food court qui est plutôt agréable. Juste à côté de Yaesu Mid-Town, le Yanmar Tokyo Building conçu par Nikken Sekkei est particulièrement intéressant pour son alignement de tubes rouges recouvrant une partie du rez-de-chaussée donnant accès à l’entrée du building. Ça m’a donné l’image d’un découpage au sabre d’une partie du béton et du verre du rez-de-chaussée pour donner accès à l’entrée. Ceci étant dit, je doute quand même que ce rouge vif représente les entrailles du building, et j’imagine qu’il s’agit plutôt d’une correspondance à la forme et à la couleur du logo de la marque d’équipements agricoles (entre autres) Yanmar, qui donne son nom à ce building. La tour se compose principalement de bureaux avec quelques restaurants. Je ne l’ai malheureusement pas remarqué moi-même, mais certains étages laissent apparemment la végétation dépasser sur la façade.

Quelques semaines plus tard, j’étais assis avec mahl de l’autre côté de la grande station de Tokyo, côté Marunouchi, sur la terrasse d’étage du building KITTE. On regardait ces buildings tout un buvant un café et en discutant de diverses choses. C’était la première fois qu’on se rencontrait et c’est toujours étonnant de se voir finalement après de nombreuses années à avoir échangé par écrits interposés sur nos blogs. Nous parlons de musique japonaise bien sûr, du fait d’écrire sur un blog et de beaucoup d’autres choses. Il passait en coup de vent à Tokyo pour la journée pour repartir ensuite à Nagoya, et la rencontre pour le déjeuner a été bien rapide. Au plaisir d’une prochaine rencontre.

Les autres photographies du billet ont été prises depuis la gare d’Okachimachi (御徒町駅), juste avant Ueno. Elles datent de Septembre alors que je partais à la découverte du building Monospinal par l’architecte Makoto Yamaguchi, au pied de la station Asakusabashi (浅草橋駅). Devant la station d’Okachimachi, des idoles en devenir chantaient devant un public parsemé. Je ne sais pas exactement quel était l’occasion de ce rassemblement, mais l’estrade sur laquelle elles dansaient et chantaient ressemblait fortement à un ring de boxe ou de catch. Ce n’est pas la première fois que je vois ce genre de spectacle de rue sur la place devant la station d’Okachimachi.

C’était par contre la première fois que je visitais la petite galerie Mizuma Art située à Ichigaya Tamachi (市谷田町). J’apprécie beaucoup d’artistes présentant leurs œuvres dans cette galerie mais je n’avais jusqu’à maintenant jamais trouvé une occasion d’y aller. On y présente en ce moment, jusqu’au 11 Novembre, quelques œuvres de Yoshitaka Amano (天野喜孝展) dans une série bleue intitulée Blue Sky (青天). Comme beaucoup je pense, je connais et apprécie Yoshitaka Amano depuis la découverte de ses illustrations pour la série de jeux vidéos Final Fantasy. Cette exposition à la galerie Mizuma ne montre que quelques unes de ses œuvres sélectionnées pour l’utilisation de la couleur bleue. Elles sont très belles bien sûr mais on a vite fait le tour de la galerie. J’espère pouvoir apprécier un jour une grande rétrospective de son œuvre dans une galerie où un musée de plus grande taille. Je feuillette en attendant les deux livres, recueils de ses œuvres, placés sur le comptoir près de l’entrée de la galerie. Une photo dans un des livres montre son studio créatif qui se trouve dans un petit building dont je reconnais le design car je l’ai déjà pris en photo et montré sur ce blog. Je ne me souviens pas exactement dans quel quartier de Minato ou Shibuya il se trouve, et je ne pense pas être en mesure de retrouver cette photo parmi les 2320 billets qui composent Made in Tokyo. Je le retrouverais certainement par hasard aux détours d’une rue. La galerie Mizuma Art présentera à la fin du mois de Novembre un autre artiste que j’aime beaucoup, Tomiyuki Kaneko (金子富之). Ce sera à ne pas manquer.

Musicalement parlant, je continue à écouter l’album DEBUT de Kyrie (aka AiNA The End) et Takeshi Kobayashi accompagnant le film Kyrie no Uta (キリエのうた). J’y découvre au fur et à mesure quelques morceaux sublimes comme Niji Iro Kujira (虹色クジラ) et Zuruiyona (するいよな). Je trouve l’album inégal dans son ensemble mais il y a de nombreux morceaux particulièrement beaux et inspirés, comme ces deux là et ceux que je mentionnais dans mon précédent billet évoquant le film. J’ai l’impression que je n’avais pas écouté la musique de Vaundy depuis un petit moment mais je me rattrape avec son dernier single Todome no Ichigeki (トドメの一撃) accompagné par le guitariste Cory Wong. Je suis tout de suite happé par la dynamique pop qui se dégage du morceau. C’est le type de morceau que j’adore écouter en roulant en voiture, car il a un parfum de week-end et une énergie très communicative. La vidéo sur un bateau de croisière avec l’actrice Masami Nagasawa en rôle principal ajoute certainement à l’ambiance générale du morceau. Il est utilisé comme thème final de la saison 2 de Spy x Family, ce qui me rappelle que je n’ai pas encore terminé la première saison sur Netflix. Je m’y remets donc doucement avec beaucoup de plaisir. J’avais d’abord un avis assez mitigé sur le nouveau single SpecialZ de King Gnu, mais la vidéo réalisée par OSRIN de Perimetron (le collectif artistique de Daiki Tsuneta) est artistiquement assez exceptionnelle et m’a remis rapidement sur les rails. L’aspect chaotique de la vidéo accompagne et explique même d’une certaine manière la désorientation qu’on peut avoir à la première écoute du morceau. Cette image chaotique est très présente dans l’oeuvre musicale et visuelle de Daiki Tsuneta. Il s’agit également du thème principal du premier album de son autre groupe Millenium Parade. SpecialZ est le thème d’ouverture de l’anime Jujutsu Kaisen Shibuya Jihen (呪術廻戦 渋谷事変), tandis que le thème de fin est le dernier single de Hitsuji Bungaku (羊文学), More Than Words. King Gnu, tout comme Vaundy d’ailleurs, sortira bientôt un nouvel album qu’il faudra suivre avec attention. J’écoute aussi beaucoup quelques morceaux de Fujii Kaze (藤井風), en particulier Hana (花) et Workin’ Hard. Fujii Kaze m’a toujours un peu agacé, mais il faut quand même reconnaître qu’il y a beaucoup de talent. Il y a toujours une sorte d’évidence dans ses morceaux, comme si ça lui venait tout seul, sans efforts. C’est très certainement loin de la vérité mais cette impression reste pour moi très marquée. J’aime beaucoup le dernier single Hana, mais je ne peux m’empêcher de penser qu’il manque un instrument en fond, un piano aux notes claires et flottantes comme des lumières de neons (bon, j’ai peut-être trop écouté Kirinji). Cette série musicale est, une fois n’est pas coutume, très « mainstream » mais je vais bientôt repartir vers des profondeurs plus sombres. Je reprends en quelque sorte ma respiration avant de plonger.