M-Building in Kanda par Toyo Ito

Une des raisons de mon passage dans le quartier de Kanda était de partir à la recherche du bâtiment M-Building par l’architecte Toyo Ito. Ce building de béton est ancien car il a été construit en 1987. Cet aspect massif et le design des ouvertures en triangle alternant le verre et les plaques d’acier sont visuellement très intéressants. J’essaie de trouver des symétries dans l’agencement des ouvertures mais je n’en trouve finalement pas. Le building est placé juste derrière l’ancienne pâtisserie japonaise Takemura, que je mentionnais dans mon billet évoquant les vieux bâtiments de l’époque Showa dans les années 1930, et devant un restaurant de soba réputé Kanda Yabusoba.

à la recherche de buildings d’avant-guerre à Kanda

Je me suis soudainement rendu compte que je ne connaissais pas très bien le quartier de Kanda et qu’il méritait d’être un peu plus exploré. J’ai profité de quelques heures de libre un samedi matin pour aller faire un petit tour du quartier. J’avais en fait comme idée initiale d’aller marcher dans le quartier d’Akihabara car j’y suis passé trop vite un soir récemment. Mais je me suis décidé au dernier moment à descendre à la station de Kanda juste avant celle d’Akihabara, en me rappelant soudainement d’un building de béton quelque part à Kanda que je souhaitais voir depuis très longtemps. Depuis la station de Kanda, je pars d’abord au hasard des rues, puis corrige ensuite ma trajectoire pour me diriger vers le quartier de Sudachō. Le paysage urbain à Kanda se compose principalement de buildings d’après-guerre de 4-5 étages ou plus, mais on y trouve de temps en temps des petits trésors d’avant-guerre, comme ces maisons partiellement couvertes de cuivre sur les première, deuxième et septième photographies du billet. Sur la première photographie, j’aime beaucoup le contraste entre ce vieux bâtiment et la grosse Mercedes qui ne tient pas dans le garage et dépasse sur la rue. Ce building, qui a survécu aux bombardements de la seconde guerre mondiale, est celui d’un petit restaurant de ramen appelé Sakaeya Milk Hall (栄屋ミルクホール). Après 76 ans d’existence, il a malheureusement fermé ses portes très récemment, le 8 Octobre 2021, pour être démoli en vue d’un projet de redevelopment urbain. Ces buildings de l’époque Showa (1926 – 1989) d’avant-guerre disparaissent petit à petit du quartier. A côté du building couvert de cuivre de la deuxième photographie, il y avait apparemment également une autre maison similaire mais maintenant détruite. Le petit bâtiment nommé Anandakobo sur la septième photographie du billet attire tout de suite l’oeil pour ses décorations élaborées et ce dessin d’arbre sur la devanture fermée dont les branches se mélangent avec une végétation véritable. Il s’agit d’un atelier et d’une boutique vendant des vêtements confectionnés en Inde. Le bâtiment date de 1927 et les décorations murales ont été importées d’Inde par les propriétaires.

Plusieurs anciens restaurants sont situés entre les quartiers de Sudachō et Awajichō à Kanda. Le bâtiment de trois étages à la structure en bois sur la quatrième photographie est une pâtisserie japonaise appelée Takemura et établie dans le quartier en 1930. Sur la photographie suivante, le bâtiment au fond est celui d’un restaurant nommé Botan spécialisé dans les sukiyaki de poulet. Le restaurant fut établi en 1897 mais le bâtiment en lui-même même date de 1929. Sur la sixième photographie qui suit, il s’agit également d’un restaurant japonais. Isegen est apparemment le seul restaurant à Tokyo spécialisé dans la cuisine de la lotte de mer (Ankō). Il a ouvert ses portes en 1830, mais le restaurant fut détruit par le grand tremblement de terre du Kanto en 1923. Le bâtiment actuel date de 1930 et se compose également d’une structure en bois sur trois étages. Isegen fait directement face à la pâtisserie Takemura et se trouve à quelques mètres seulement du restaurant Botan. Il y a également des restaurants spécialisés en soba dans le quartier. Ces bâtiments du début de l’ère Showa construits avant la seconde guerre mondiale sont sélectionnés comme bâtiments historiques par le gouvernement métropolitain de Tokyo. On peut donc espérer qu’ils seront conservés à l’identique pendant longtemps. Il y d’autres vieux buildings intéressants dans le quartier qui m’intéresseraient de découvrir. Il faudra que je revienne rapidement par ici pour compléter ma visite. Le compte Instagram de Japan Property Central, que je suis très attentivement, montre souvent ce genre de vieux buildings du début de l’ère Showa. C’est une architecture que j’ai envie de découvrir un peu plus, avant qu’il ne soit trop tard. À quelques mètres des vieux restaurants, je finis par trouver l’immeuble de béton que j’étais venu voir. J’en parlerais certainement dans un autre billet.

Rurikōin Byakurengedō par Kiyoshi-Sei Takeyama

Un des objectifs de mon passage récent dans le quartier de Nishi-Shinjuku était d’abord de passer une nouvelle fois devant le hall bouddhiste futuriste près de la sortie Sud de la gare de Shinjuku. Il s’agit du Rurikōin Byakurengendō (新宿瑠璃光院白蓮華堂) conçu en 2014 par Kiyoshi-Sei Takeyama (Amorphe). Ce building de couleur blanche craie est un hall bouddhiste comprenant un cimetière intérieur où sont déposées les cendres des défunts et où ont lieu des cérémonies. Il s’agit d’un établissement de la branche bouddhiste Jōdō Shinshū. Le temple Komyoji (光明寺) se trouvant à Kyoto est le temple principal gérant le Rurikōin Byakurengendō. Sa forme très particulière évoque une fleur de lotus blanc sur le point d’éclore. Une autre particularité est la présence aléatoire d’ouverture sur les façades courbes laissant traverser la lumière à certains endroits. Le bâtiment de béton blanc mélange une image de délicatesse et de solidité. La structure anti-sismique assure qu’il peut résister à un tremblement de terre important d’une intensité sismique de 7 ou plus, et que la durée de vie du bâtiment est estimée à plus de 300 ans. C’est ce qu’indique du moins le site web du temple, mais on peut bien comprendre que pour un cimetière, la longévité est un point primordial.

J’avais déjà montré ce bâtiment dans un billet d’Avril 2018, mais je voulais y revenir pour essayer de mieux le saisir en photo. Le problème est que l’allée pavée qui le dessert est plutôt étroite et on n’a pas beaucoup de recul pour pouvoir le saisir dans sa totalité d’une manière correcte. Ce grand hall futuriste est vraiment encastré dans le milieu urbain et, en y repensant maintenant, les ouvertures des façades ressemblent à des meurtrières de forteresse, comme s’il fallait absolument protéger les cendres des défunts d’un environnement extérieur hostile. C’est la remarque que Wakametamago m’avait fait sur la photo que je montrais sur mon compte Instagram qui m’a donné cette image.

à la recherche d’un reflet du ciel

Les trois premières photographies sont prises dans un quartier près de la station de Akabane dans l’arrondissement de Itabashi, tandis que les deux suivantes sont prises à Meguro. Les barres d’appartements Danchi (団地) sont nombreuses dans ce quartier de Itabashi tandis qu’on trouve plutôt une accumulation de petites maisons individuelles à Meguro. Certains, comme le photographe Cody Ellingham, trouvent une grande inspiration dans ces complexes uniformes Danchi mais aux formes parfois particulières. Je préfère personnellement les maisons individuelles, surtout celles qui sont cachées et qu’on n’aperçoit pas complètement de loin. J’aime scruter du regard une nouvelle rue et y découvrir au loin des formes inhabituelles qui m’interpellent. On se sent attirer vers elles, même si elles peuvent être parfois trompeuses. Une arête de béton au découpage particulier vue de loin ne donne pas une garantie que le bâtiment dans sa totalité sera intéressant ou novateur. Il faut s’approcher plus près et observer.

Après la maison à Meguro sur laquelle se reflète un ciel nuageux, on passe avec la photographie de feuille morte sur une série prise à Shibuya. Les septième et huitième photographies montrent le parc surélevé de Miyashita qui longe les lignes de trains entrant et sortant de la gare de Shibuya. Pendant l’état d’urgence pendant l’été, j’étais venu une ou deux fois marcher le soir dans ce parc et j’avais été surpris de voir la foule qui s’y trouvait comme si une partie de la jeunesse de Shibuya se retrouvait ici le soir, faute de pouvoir aller ailleurs. On pouvait voir cette jeunesse regroupée par petits groupes de deux à quatre personnes assis sur les bancs qui n’étaient étonnamment pas condamnés ou sur une partie de la pelouse. Tout le monde portait des masques dans une ambiance calme et disciplinée. En pleine journée par contre, il n’y avait presque personne assis sur les bancs du parc. Comme sur l’ancienne version du parc, il y a une zone réservée aux skateurs. Avec les récentes performances des skateurs et skateuses japonais aux Jeux Olympiques de Tokyo, j’imagine que cet endroit va être de plus en plus prisé. Et sur les deux dernières photos, des affiches, celle d’un nouvel album de Keisuke Kuwata et celle d’une publicité avec Kiko Mizuhara en tenue de science fiction. Shibuya 別世界.

J’ai déjà parlé de la musique d’Utena Kobayashi, notamment de son dernier album 6 roads que j’avais beaucoup aimé. J’écoute plus récemment trois EPs sortis à la suite à la fin de l’année 2020: Fenghuang, Darkest Era et Pylon. Chaque EP est composé de trois morceaux et je les écoute dans l’ordre de leur sortie. On se laisse envouter par la beauté délicate de cette musique (la harpe sur The Garden of Harps sur le deuxième EP), dans l’ensemble plus apaisée que sur l’album 6 roads, mais pas moins mystérieuse et mystique. Je ne sais pas exactement dans quelle langue Utena chante les différents morceaux sur ces trois EPs, mais je pense qu’il y a des mélanges. J’écoute ces trois EPs comme un album et ils tournent souvent sur ma playlist en ce moment. Les deux derniers morceaux du troisième EP, Pylon et Rose sont en quelque sorte la culmination de cette oeuvre. On est comme forcer à rester concentrer sur ce qu’on écoute. La musique d’Utena Kobayashi tend vers une forme de méditation que j’ai bien du mal à expliciter clairement.

les tours froides à l’ouest de Shinjuku

Après notre visite du musée Kusama Yayoi à Bentenchō, nous nous rapprochons de Shinjuku et j’en profite pour aller marcher au milieu des tours à l’Ouest de la gare. Je voulais voir le nouveau musée Sompo Museum of Art, installé juste devant les quartiers généraux de la société d’assurance Sompo Japan à Nishi-Shinjuku. Les bureaux de Sompo Japan sont installés dans un ancien building emblématique du quartier dont les façades descendent en pente douce jusqu’à la rue. Son architecte Yoshikazu Uchida, connu pour avoir conçu plusieurs bâtiments du campus de l’Université de Tokyo dont l’emblématique Auditorium Yasuda, meurt quelques mois avant le début des travaux de construction du building en 1973. Le building a ouvert ses portes en 1976. Le musée qui a la particularité de posséder un tableau de la série des Tournesols de Vincent Van Gogh se trouvait auparavant à l’intérieur de cet ancien building et fut ensuite déplacé vers le nouveau musée que je montre sur les trois dernières photos du billet. Le musée conçu par Taisei Design Planners est très élégant avec ses formes courbes. J’imagine que l’omniprésence de ces formes courbes est une référence directe à la longue courbe de l’ancien building juste derrière. Je n’ai malheureusement pas eu le temps de visiter l’exposition du moment, je ne faisais que passer rapidement et j’avais juste le temps de prendre quelques photos en marchant. Il y a d’autres buildings emblématiques à Nishi-Shinjuku comme la tour ronde Mode Gakuen Cocoon Tower que je montre sur la troisième photographie du billet. Je l’ai déjà prise plusieurs fois en photo auparavant. L’immeuble qui m’a le plus impressionné est celui de la première photographie, placé de l’autre côté des lignes de chemin de fer par rapport au grand Department Store Takashimaya. Sa forme fine et sa froideur bleutée sont d’une beauté quasiment énigmatique. Il s’agit du building principal des écoles du groupe Yoyogi Seminar (Yozemi en abrégé) spécialisées dans le soutien scolaire et la préparation aux examens d’entrées d’écoles de différents niveaux. Je trouve que ce building a un aspect affûté très futuriste. Nous sommes ici aux limites de Nishi-Shinjuku et ce building Yozemi se trouve, géographiquement parlant, à Yoyogi. Je suis aussi venu ici pour revoir un autre building très particulier et futuriste, celui d’un temple que je montrerais certainement dans un prochain billet.