真夏.9

(ラ) Ebisu (恵比寿): Les yeux de la pieuvre du building Octagon à Ebisu par Shin Takamatsu. (リ) Ebisu (恵比寿): Proposition de Fumihiko Maki pour le parc Tako à Ebisu, pour le projet Tokyo Toilet lancé par The Nippon Fondation pour le quartier de Shibuya. (ル) Gaien (外苑): Immeuble de béton regardant la rue au dessus d’une rangée d’arbres. (レ) Ebisu (恵比寿): Version bétonnée des toilettes publiques de Shibuya par Masamichi Katayama au parc Ebisu. (ロ) Gaien (外苑): Face à face du stade de Kengo Kuma avec le gymnase de Fumihiko Maki. (+) Accompagnement musical: deux morceaux de BiSH, TOMORROW et Super hero music sur leur album LETTERS sorti en Juillet 2020.

真夏.8

(ヤ) Gaien (外苑): Fine couches de végétation sur les étages du nouveau stade olympique par Kengo Kuma. (ユ) Higashi (東): Fine couche de végétation au dessus du bloc rouge des toilettes publiques de Higashi 3-chōme par Nao Tamura. (ヨ) Ebisu (恵比寿): Fine couches de végétation sur EBISU SA BUILDING par C+A Coelacanth and Associates (Kazuhiro Kojima et Kazuko Akamatsu). (+) Accompagnement musical: deux morceaux de Sōtaisei Riron, 地獄先生 et 品川ナンバー sur leur album Hi-Fi Anatomia sorti en Janvier 2009.

真夏.5

(ナ) Shibuya (渋谷): Foule du carrefour de Shibuya portant des masques devant l’ancien Department Store Tokyu et la nouvelle tour Shibuya Scramble Square. (ニ) Gaien (外苑): Hôtel aux ouvertures serties de bois en imitation des lignes boisées du nouveau stade olympique qui lui fait face. (ヌ) Marunouchi (丸の内): Glace pilée au goût matcha pour faire oublier la chaleur même si on la déguste en terrasse en plein après-midi. (ネ) Harumi (晴海): Détails d’un escalier exagérément compliqué dans une dépendance voisine du CLT Park Harumi. (ノ) Ebisu (恵比寿): Nouvelle trajectoire aérienne au dessus de Tokyo pour rejoindre l’aéroport de Haneda. (+) Accompagnement musical: deux morceaux dont 横須賀線ストーリー de Momoe Yamaguchi et 木綿のハンカチーフ de Hiromi Ōta sortis respectivement en Juin 1976 et en Décembre 1975.

dans le vert de la rue

La rue est quelque part à Ebisu mais aussi quelque part près de Daikanyama. Celle près d’Ebisu a la particularité de ne pas ressembler à ce qu’on imagine de la propreté des rues tokyoïtes, surtout en plein centre ville. Les rues tokyoïtes peuvent aussi être désordonnées et mal entretenues. En fait, l’envahissement de la végétation qui sort du goudron des trottoirs est assez commun, et est d’autant plus présente pendant la saison des pluies.

幽霊たちがやって来たらどうしょう

Je n’avais pas construit de compositions photographiques depuis un petit moment mais je me suis laissé inspirer sur ce billet par la musique qui va suivre. J’écoute cette musique en concevant ces images et je construis ces images en écoutant cette musique. Une relation invisible se crée. Si cette relation ne se manifeste pas directement dans ces images, je la vois et la mémorise dans l’acte de création de telle sorte que ces images deviennent indissociables de cette musique. Ces compositions sont principalement des superpositions d’images venant donner une nouvelle dimension fantastique à des décors urbains maintes fois fréquentés. Nous sommes ici dans les rues de Shibuya, Aoyama et Ebisu, mais la plupart des compositions se basent sur des photographies prises à l’arrière des buildings, là où on ne va pas toujours et où se produisent pourtant des choses fantastiques, à l’abri des regards des passants. Quand je publie des billets comme celui-ci, l’utilisation du noir et blanc me paraît tellement être une évidence qu’il me vient toujours l’envie de ne publier mes prochains billets que dans ce format. Je me ravise toujours plus tard car Made in Tokyo ne devrait pas se renfermer dans la rigidité des formes.

Toujours dans la liste des meilleurs albums japonais de la décennie passée, que je mentionnais dans un billet précédent, je découvre maintenant une autre pépite musicale, l’album Yūrei Tachi (幽霊たち) de Moe and Ghosts. C’est un album de hip hop expérimental vraiment excellent. Je n’ai pas l’habitude d’écouter beaucoup de hip hop, mais l’ambiance de cet album est exceptionnelle. La voix de Moe est par moment tellement rapide qu’on a du mal à distinguer ses mots. Elle change aussi souvent de tons de voix. L’ambiance sonore plutôt sombre introduisant parfois des sons mécaniques post-industriels apporte beaucoup à la qualité de l’album, mais c’est cette voix, et sa dynamique, qui impressionne tout de suite dès la première écoute. L’album est disponible sur iTunes mais je l’ai écouté en entier sur YouTube avant de l’acheter. Ça vaut le coup de jeter une oreille à cette musique car elle est vraiment différente. L’album a une grande unité de style et s’écoute donc d’un bloc. Il fait un peu plus d’une heure pour 21 morceaux, mais certains sont des interludes très courts mais toujours avec de belles ambiances comme le dixième Yuki Ga Furu Maeni (雪が降るまえに – avant que la neige tombe). Chaque morceau a sa petite particularité et son point d’accroche mais fait partie d’un tout. Certains morceaux sortent tout de même du lot comme Ginga, qui commence par une voix nue avant que la dynamique tranchante du morceau se mette en place, ou la reprise de Scarborough Fair de Simon and Garfunkel. Cette version est très particulière, fantomatique comme le reste de l’album. Je n’aime en général pas beaucoup les reprises, mais là, le morceau prend une toute nouvelle forme, très bizarre et inspirée. Le titre de l’album et de certains morceaux nous parlent de fantômes (yūrei) et l’imagerie qui accompagne le groupe, dont on ne sait que peu de choses, est également pleine de mystères. Il s’agit d’un album conceptuel immersif. En écoutant cette musique en marchant dans les rues de Tokyo en noir et blanc, j’ai l’impression de voir apparaître des formes fantomatiques derrière les buildings. L’album n’est pas récent car il date du mois d’août 2012, ce qui me fait d’ailleurs penser qu’il y a encore beaucoup de pierres précieuses dans la musique indépendante japonaise dont je suis loin de soupçonner l’existence. Il ne faut jamais abandonner ses recherches dans les méandres musicales loin d’un mainstream.