the streets #16

Le dernier épisode de cette série intitulée the streets date du mois de Mai 2025. J’aime l’idée d’y revenir régulièrement quand l’envie me reprend et quand je réunis des photographies qui correspondent à son esprit général. Quelques photographies du billet ont été prises entre Roppongi et Nishi-Azabu, en démarrant à Tokyo Mid-Town. Ce n’est pas la première fois que je m’amuse avec la sculpture de pierre de Kan Yasuda (安田侃) placée sur l’espace ouvert le long de la rue devant la grande tour de Tokyo Mid-Town. J’attends pendant quelques secondes qu’une personne apparaisse à travers l’ouverture percée dans la sculpture. J’aime cette idée de cadrage dans le cadrage depuis que j’ai parcouru des yeux Tokyo Windows, le recueil de photographies de Masataka Nakano. En redescendant ensuite vers Nishi-Azabu en direction de Shibuya, je suis attiré par une série de photographies maritimes affichées de manière temporaire sur les murs blancs amovibles d’un chantier de redéveloppement urbain près de Roppongi Hills. Il s’agit d’une série photographique intitulée Water columns (2022) du duo d’artistes suisses Taiyo Onorato et Nico Krebs. Je remarque surtout la composition étrange à gauche montrant une main et un bras se mélangeant avec des organismes marins. En entrant dans le quartier de Nishi-Azabu, je passe devant l’atelier Haute Mode Hirata, fondé par Akio Hirata (平田欧子) et repris par sa fille OHKO après son décès. On y vend des chapeaux hauts en couleurs aux formes et à l’esthétique tout à fait uniques. A chaque fois que je passe devant cette boutique, me revient en tête une photographie d’Avril 2009 d’un magnifique chapeau rouge pris à travers la vitrine. En remontant ensuite vers le quartier d’Hiroo, le long de la rue bordant les résidences de Garden Hills, les arbres ont progressivement changé de couleurs. Je n’ai pas le souvenir d’avoir été aussi attentif aux feuilles d’Automne l’année dernière et j’ai l’impression de me rattraper un peu cette année. Au bout de cette rue, un petit building composé d’une façade vitrée et de poutres apparentes extérieures en béton m’intrigue pour les réfections qu’il nous montre. Le béton se reflétant sur la façade de verre donne le sentiment qu’un nouvel édifice virtuel existe à l’intérieur du bâtiment réel, comme si une autre réalité se cachait dans cette architecture. Ce bâtiment m’attire à chaque fois et je l’ai souvent pris en photo. Je pense que ça doit par contre être la première fois que je le montre dans un billet. Les deux photographies suivantes nous amènent à Aoyama puis dans les quartiers résidentiels de Daikanyama. J’aime beaucoup le design extérieur de la maison individuelle de la dernière photographie. On a l’impression que le toit légèrement oblique est surdimensionné. Le mariage avec le rez-de-chaussée composé de bois est du plus bel effet. Je n’ai malheureusement pas trouvé qui en est l’architecte.

J’évoque moins dans mes billets récents les musiques que j’écoute, ce qui ne veut pas dire que je ne fais plus de découvertes. J’ai même suivi quelques pistes qui se sont finalement révélées infructueuses et dont je ne parlerais donc pas sur ces pages. Je ne parle que des musiques que j’aime, par manque de temps et d’envie de parler de celles que j’apprécie moins. Dans ma playlist du mois de Novembre qui vient de se terminer, j’avais inscrit quelques morceaux, que j’ai beaucoup écoutés, d’artistes ou groupes que je connaissais déjà ainsi que d’autres d’artistes que je ne connaissais pas. Parmi les nouvelles découvertes, il y a d’abord le morceau Eclipse de Fuki Kitamura (北村蕗) sur son EP intitulé 500Mm. Ce morceau virevolte dans nos oreilles. Je suis très agréablement surpris par la dextérité du chant de Fuki Kitamura, compositrice et interprète originaire de la préfecture de Yamagata. J’enchaine ensuite avec une collaboration de Satoko Shibata (柴田聡子) avec la rappeuse Elle Teresa (エルテレサ) sur un single intitulé Tokimeki Tantei (ときめき探偵) avec la contribution musicale de Le Makeup (ル メイクアップ), projet musical de Keisuke Iiri (井入啓介). Après son premier album, e5 sort déjà un nouveau single intitulé BUTTOBASHIT mélangeant hip-hop et sons électroniques, qui aurait très bien figuré sur son album. J’adore la densité du morceau qui me fait dire que e5 ne lâche rien. Dans la même mouvance proche de l’hyper-pop, j’écoute le nouveau single 不貞腐 freestyle de killwiz et Tōmeinahito (透明な人) de 4s4ki sur son nouvel EP Enmeishu avec DÉ DÉ MOUSE. Il s’agit en fait d’un morceau que 4s4ki avait d’abord composé seule et qui été ensuite complémenté par DÉ DÉ MOUSE. Je suis assez partagé sur le reste du EP mais ce morceau qui le conclut est vraiment excellent. Pour rester dans les sons électro-pop, je suis étonné depuis quelques temps par les nouveaux singles de Kyary Pamyu Pamyu (きゃりーぱみゅぱみゅ), comme toujours composé par Yasutaka Nakata (中田ヤスタカ), notamment dreamin dreamin mais surtout Genjitsu tōhi (現実逃避). Les premières notes de dreamin dreamin nous rappellent bien sûr le kawaiisme de ses débuts, mais je trouve qu’elle s’en éloigne depuis plusieurs années et notamment sur Genjitsu tōhi. Côté rock alternatif, quelques belles découvertes proches du shoegaze avec Big Sky du groupe Beachside talks sur leur album Hokorobi, After the Breeze (あまり風) de AprilBlue sur l’album yura et MARET de SOM4LI. J’ai déjà parlé du groupe AprilBlue composé par Azusa Suga, leader de feu For Tracy Hyde et de SOM4LI composé entre autres d’anciens membres de Ms Machine. Je découvre par contre Beachside talks bien que sur leur album, seul le morceau Big Sky m’attire vraiment. Je retrouve SOM4LI avec plaisir sur ce nouveau single MARET, et je suis même surpris par le chant de Mako. La vidéo très lo-fi réalisée par Rio Shimamoto, également membre du groupe, a été tournée dans le parc Kasai Rinkai (葛西臨海公園) au bord de la baie de Tokyo dans l’arrondissement d’Edogawa. Nous l’avions parcouru il y a quelques années et j’en avais montré quelques photographies dans une autre série au long court intitulée how to repeat Tokyo endlessly. J’ai beaucoup écouté tous ces morceaux au mois de Novembre, peut-être même trop ce qui m’a ensuite amené vers d’autres horizons.

春休みin沼津and伊豆(petit 1)

Nous avons l’habitude de prendre des petites vacances de printemps au mois de Mars avant la rentrée scolaire, mais celles de cette année étaient particulièrement courtes. Nous ne sommes en fait partis que deux jours qui avaient goût de trop peu. Notre destination était Numazu puis une petite partie de la péninsule d’Izu juste à côté. Pas de longs déplacements en voiture cette fois-ci même si les embouteillages après être sortis de Tokyo vers Yokohama Machida sur l’autoroute Tōmei ont bien allongé la durée du voyage. Les embouteillages à cet endroit là sont un paramètre obligé à intégrer au voyage. On prend de tout façon son temps en écoutant la playlist musicale que j’avais préparé à l’avance, ou celle du grand sur Spotify ou la radio si on a fait le tour de tout ce qu’on avait prévu d’écouter. Je commence donc une petite série photographique sous une météo idéale, ce qui ajoute au plaisir de se promener. Nous allons à Numazu car nous y avons des liens familiaux. Nous passons d’abord par le sanctuaire Maruko Sengen (丸子神社 浅間神社), où on a pu admirer quelques beaux cerisiers déjà en fleurs. Nous continuons ensuite vers le bord d’océan comme d’habitude très venteux à cet endroit au bord de la forêt de grands pins. Ils se sont progressivement pliés par la force des vents pour nous laisser apercevoir au loin le Mont Fuji couvert de neige.

Dans un des récents billets de son blog, mahl nous parle très bien du morceau Movie Light de Satoko Shibata (柴田聡子), ce qui me donne immédiatement envie de l’écouter. J’ai souvent croisé le nom de Satoko Shibata dans des articles musicaux. Il me semble même avoir écouté un ou deux morceaux sans forcément avoir été plus loin dans l’écoute. Ce n’était peut-être pas le bon moment ou le bon morceau. Movie Light semble être le bon morceau au bon moment car j’ai été tout de suite séduit par sa composition à la fois assez atypique et très fluide. On est tout de suite transporté par le morceau dès les premières notes qui ont une ambiance très cinématographique. Tout comme mahl l’explique sur son blog, on se sent enveloppé et ensorcelé par le déroulement de ce morceau. Movie Light ouvre l’album Your Favorite Things sorti en Février 2024. Je n’ai pas encore écouté l’album en entier mais je continue par le morceau intitulé Reebok et je trouve son ambiance neo city pop toute à fait fabuleuse. En écoutant ce morceau pour la première fois, j’ai eu l’impression que c’était exactement le morceau que je voulais écouter à ce moment là. C’est peut être parce que cette musique très marquée city pop permet de nous évader dans un monde où les choses semblent légères et sans grande importance. C’est du moins l’impression que me donne la city pop d’une manière générale.

Du coup, j’ai eu envie de continuer cette expérience musicale neo city pop en me dirigeant ensuite vers Hitomitoi (一十三十一). Cela fait un bon petit moment que je suis intrigué par son nom en japonais basé sur un palindrome. J’avais également noté la sortie de son nouveau single Like a First Kiss avec Wild Nothing, projet indie rock de l’américain Jack Tatum. Les collaborations internationales se font de plus en plus fréquentes et c’est agréable de constater qu’elles sont souvent réussies. J’écoute donc ce single à l’ambiance pop, qui me fait par moment penser qu’elle a également un petit accent French Touch. J’ai peut-être cette impression car Hitomitoi a également sorti un single il y a quelques années avec DÉ DÉ MOUSE intitulé Love Groovin’ dans une collaboration référencée comme étant un cross-over entre la city pop et la French Touch. Ce que j’aime dans les morceaux d’Hitomitoi, c’est son approche un peu kitsch tout à fait assumé, qui est vraiment rafraîchissante. Ce côté kitsch se ressent dans les paroles, comme sur le morceau Last Friday Night Summer Rain, mais également dans les photographies de couverture de ses albums. C’est soit Hitomitoi à la plage (sur Surfbank Social Club), Hitomitoi sur les pistes de ski (sur Snowbank Social Club), Hitomitoi à la piscine (sur City Dive)… Je trouve dans sa discographie, quelques pépites neo city pop, comme DIVE de l’album City Dive qui est très accrocheur dès la première écoute. Ça donnerait envie de louer une décapotable rouge (celle de Outrun) et de rouler le long de la route 134 au bord de l’Océan Pacifique du côté de Shichirigahama et Enoshima. Mais ce n’est pas mon morceau préféré d’Hitomitoi, car j’ai été subjugué par celui intitulé Kanashii Kurai Diamond (悲しいくらいダイヤモンド) de son album Talio avec les musiciens de Ryusenkei (流線形). Musicalement, c’est assez exceptionnel, dosé au millimètre, et la voix un brin surjouée d’Hitomitoi est formidable. Il faut que j’écoute cet album en entier car j’aime aussi beaucoup le morceau intitulé Shinkiro (蜃・気・楼). Et pour contribuer parfaitement à la musique de Talio, la couverture est tirée d’une illustration d’Hiroshi Nagai (永井博), connu pour la couverture de l’album A Long Vacation d’Eiichi Ohtaki (大瀧詠一). La décapotable rouge est bien là, sauf que ce n’est pas la Testarossa d’Outrun. Décapotable ou pas, ces quelques morceaux faisaient partie de la playlist des trajets en voiture de ces petites vacances de printemps. L’album Talio de Ryusenkei et Hitomitoi est en fait la bande originale du drama de la NHK intitulé Talio Fukushu Daiko no Futari (タリオ 復讐代行の2人), diffusé en 2020, avec Minami Hamabe (浜辺美波) et Masaki Okada (岡田将生). Ryusenkei se compose du guitariste Cunimondo Takiguchi (クニモンド瀧口), du bassiste Takehiro Oshizuka (押塚岳大) et Yuzo Hayashi (林有三) aux claviers. Du groupe, j’avais déjà remarqué l’album Tokyo Sniper dont je commence l’écoute maintenant. La chanteuse accompagnant la Neo City Pop de cet album se nomme Nika Eguchi (江口ニカ), mais il s’agit en fait d’un nom d’emprunt pour Hitomitoi. De l’album, j’aime déjà le morceau d’ouverture Time Machine Love (タイムマシーン・ラヴ).