in between II cities

En lien avec mon précédent billet qui envisageait d’ajouter le lieu d’écriture de mes billets, celui-ci est en partie écrit à Hong Kong. Les photographies sont par contre de Tokyo car mon voyage d’une petite semaine à Hong Kong ne m’a pas laissé assez de temps pour aller prendre des photos dans les rues de la ville. Mais pour l’ambiance, j’écoute des morceaux de ma longue playlist de Faye Wong en écrivant ces quelques lignes. Les photographies du billet ont une certaine qualité abstraite volontaire. Après le mur déconstruit et taggé de la première photographie, apparaît une baleine volant dans le ciel d’une ville européenne qui pourrait être Paris. Cette photographie en très grand format est signée par Daido Moriyama (森山大道) et est affichée sur un mur de béton d’une rue située près de la mairie de l’arrondissement de Shibuya. La photographie représente un ballon à air chaud transformé en baleine géante flottant au-dessus des toits de Paris. Cette photographie a été prise par Daido Moriyama en 1989 lors d’un séjour à Paris alors qu’il commençait à se lasser de Tokyo. Il loua un appartement à Paris, rue Mouffetard dans le cinquième arrondissement, et s’y rendit plusieurs fois pendant cette année. Cette photographie fait partie d’une série intitulée A Tale of II Cities, sous-entendant que ces deux villes sont Paris et Tokyo. Les photographies sont bien entendu en noir et blanc à fort contraste, explorant les paysages urbains de Tokyo et de Paris. Elles entendent capturer l’énergie chaotique et brute, parfois surréaliste, des deux métropoles, en s’inspirant souvent du photographe Eugène Atget. Le lion de la troisième photographie est situé tout près de la porte Sud coincée entre les immeubles du sanctuaire Hanazono (花園神社) à Shinjuku. Je n’ai jamais beaucoup aimé ce sanctuaire, certainement en raison de sa proximité de Kabukichō et de Golden Gai. Je le trouve sombre même en pleine journée comme si je ne pouvais imaginer Kabukuchō que la nuit.

Musicalement parlant, j’écoute en ce moment deux singles. Tout d’abord, celui de Minami Hoshikuma (星熊南巫) intitulé NIRVĀṆA et sorti le 16 Janvier 2026. Le style est un plus peu apaisé que ses singles précédents mais cette direction rock plus mélodique lui va très bien car elle conserve dans sa voix toute la passion qui l’anime. J’aime beaucoup la photographie de couverture du single prise par Ryota Kohama (小浜良太), bassiste du groupe ONE OK ROCK. J’écoute systématiquement les nouveaux singles de Kumami (j’apprends sur une vidéo Instagram qu’il s’agit d’un surnom qu’on lui donne) et je n’ai pour l’instant j’aimais été déçu. L’intensité rock qui s’en dégage est toujours très convaincante. J’écoute aussi assez systématiquement les nouveaux singles de King Gnu, notamment leur dernier AIZO sorti le 9 Janvier 2026. Le tout début du morceau est japonisant, ce qui me rappelle le très bel album de Millenium Parade. La suite du single est assez typique de King Gnu. Un peu comme le single précédent So Bad, ce dernier morceau est assez déstructuré. Autant ça m’avait d’abord désarçonné sur So Bad, autant j’ai le sentiment qu’il s’agit maintenant d’une marque de fabrique du groupe. C’est de toute façon brillant car Daiki Tsuneta a une sensibilité musicale tout à fait unique. Mon fils vient d’avoir la confirmation qu’il a obtenu deux places pour un concert de King Gnu au mois de Mars 2026, de leur tournée japonaise et asiatique CEN+RAL Tour. Il est membre du fan club, ce qui a dû faciliter les choses. Le problème est qu’il a obtenu ces places pour le concert de Takamatsu (高松) à la Kagawa Arena (あなぶきアリーナ香川), ce qui veut dire qu’il faut y aller exprès et qu’il ne trouve personne pour l’accompagner. Je me suis bien entendu dévoué pour l’accompagner. C’est apparemment très difficile d’obtenir des places pour les dates à Tokyo. Nous avons également obtenu deux places pour le concert de Fujii Kaze (藤井風) qui aura lieu au Tokyo Dome en Décembre 2026. On a le temps de le voir venir. Par contre, je n’arrive toujours pas à obtenir une malheureuse place pour le concert de Sheena Ringo, ce qui est quand même un comble. J’en suis à mon quatrième essai, après deux tentatives à travers le fan club Ringohan et une tentative avec le code de réservation fourni avec l’achat à l’avance du prochain album. Je tente maintenant une réservation par les voix normales alors que je pensais que cette tournée était réservée au fan club. Tout ceci est très confus.

to all the near misses

Je suis allé à Shin-Okubo pour une raison très spécifique, faire une visite au sanctuaire Kaichu Inari (皆中稲荷神社). La signification de Kaichu est que toutes les flèches atteignent leur cible, autrement dit, cela signifie que tous les vœux se réalisent. Aller savoir pourquoi, mais une croyance moderne assez répandue auprès des fans de musique donne la réputation à ce sanctuaire de faciliter l’obtention de billets de concerts, notamment pour ceux où les systèmes de loteries sont imposés. Cette réputation s’est apparemment renforcée par le bouche-à-oreille, les réseaux sociaux et les témoignages de fans affirmant avoir obtenu des billets après y être allés. Tout ceci relève bien sûr de croyances irrationnelles, mais je me suis persuadé que je devrais quand même y aller au cas où (j’arrive assez facilement à me laisser influencer par moi-même).

Sheena Ringo a lancé une série de concerts nationaux pour le fan club Ringohan dans des salles de tailles assez réduites, et malgré mes cinq ans de souscription, je n’ai pas réussi à obtenir une place à la loterie. Je ne suis pas le seul dans le cas, car le nombre de membres du fan club a miraculeusement augmenté de manière exponentielle à l’annonce pourtant secrète de cette tournée. C’est bon de savoir qu’après plus de 25 ans de carrière, Ringo attire toujours les foules et les nouveaux fans, mais j’avoue ma frustration de ne pas avoir obtenu de place. Certains artistes privilégient l’ancienneté des abonnés, ceux qui sont membres depuis plus d’un an par exemple, par rapport à ceux qui viennent juste de s’inscrire uniquement pour le concert en question. Je pense aussi que le dimensionnement des salles pour cette tournée n’est pas suffisant. Peut-être que Ringo ne se rend pas compte que la quasi-totalité des membres de son fan club veut assister à ses concerts. C’est d’ailleurs une des raisons principales de mon inscription. Une deuxième tournée de loterie, bien que très limitée, avait été organisée d’où mon passage désespéré au sanctuaire Kaichu Inari, suite au conseil d’un autre malheureux fan de longue date. Acheter un talisman n’a malheureusement pas augmenté mes chances, car la deuxième loterie n’a pas été fructueuse. Il reste le code donné avec la réservation de son nouvel album 禁じ手 qui sortira le 11 Mars 2026 (avec une tracklist tout à fait Ringoesque), mais je pense que mes chances seront encore une fois très limitées. Je n’ai pas encore tiré un trait (à défaut d’une flèche) sur cette tournée, mais j’aurais en tout cas le plaisir de la voir plus tard en Blu-ray quand il sortira. En fait, il y avait une deuxième raison de mon passage au sanctuaire Kaichu Inari, car Mari et moi souhaitons également aller au concert de Fujii Kaze (藤井風) qui aura lieu au Tokyo Dome en Décembre 2026. Rendez-vous compte qu’il faut réserver sa place un an à l’avance! Je ne l’avais pas mentionné mais on a beaucoup écouté son album Prema et le mini-album Pre-Prema qui l’accompagne. Prema est assez différent de ses deux albums précédents, notamment parce qu’il est entièrement en anglais. Le morceau de Prema que je préfère est le superbe Forever Young.

Sur les petites plaquettes Ema disposées dans le sanctuaire, on ne voit en effet que des souhaits d’obtenir des places de concerts, notamment pour le dernier concert-réunion du groupe Arashi, mais également pour les concerts de Snow Man ou de Fujii Kaze. A part ces concerts de Sheena Ringo et Fujii Kaze, je n’ai pas encore décidé des groupes ou artistes que j’aimerais voir cette année. J’avoue avoir un peu de mal à me motiver. J’aimerais en tout cas, un jour, assister à un concert au Nippon Budokan. Une fois sorti du sanctuaire, je reviens vers la station. Il y a foule dans le quartier coréen. Je préfère marcher jusqu’à Shinjuku, je connais assez bien la route.

Dans les nouvelles musiques que j’écoute depuis le début d’année, il y a d’abord le nouveau single LUMEN de Minami Hoshikuma (星熊南巫) sorti le 27 Décembre 2025. On y retrouve l’ambiance intense et dramatique de ses morceaux précédents, démarrant ici par un son lourd et agressif. La batterie est particulièrement puissante et les guitares affirmées mais la voix expressive de Minami ne se laisse jamais déborder. Le titre fait référence à la lumière et on ressent le chant de Minami Hoshikuma comme une bataille contre des forces sombres qui l’entourent. Elle arrive à chaque fois à canaliser des émotions brutes pour créer une musique percutante et émotionnellement intense. Allez savoir quel mystère m’a amené ensuite vers le morceau de Dream Pop NEUANFANG de l’artiste allemande originaire de Bavière S1RENA. Le morceau sorti le 12 Décembre 2025 est chanté en allemand et évolue dans des ambiances contemplatives et rêveuses avant de s’élever vers un beat électronique plus énergique. J’imagine que ce changement de rythme correspond au thème du renouveau introduit par le titre, mais je ne serais pas en mesure de comprendre les paroles. Le morceau a une approche intime et introspective qui me plait vraiment beaucoup. C’est très caricatural, mais je n’imaginais pas que l’allemand pouvait sonner aussi bien. Il faut dire que je n’ai pas beaucoup de musiques allemandes dans la discothèque de mon iPod, à part le morceau Rammstein du groupe Rammstein de la bande originale du film Lost Highway, mais c’est une toute autre histoire parfaitement incomparable au morceau ci-dessus. Toujours est-il que NEUANFANG me donne maintenant envie d’écouter d’autres choses du genre en allemand. La vidéo de NEUANFANG n’est en fait pas complètement étrangère au Japon car S1RENA y montre quelques images furtives du film et de l’anime NANA. Ça me rappelle une nouvelle fois que je n’ai pas encore vu le film NANA sorti en 2005 avec Mika Nakashima et Aoi Miyazaki dans les rôles titre des deux Nana.

Je pars ensuite vers des sons plus électroniques avec le nouveau single Feel Your Breath de 嚩ᴴᴬᴷᵁ sorti le 25 Décembre 2025. L’approche est très sensorielle et sensible mais part en vrille vers la fin avec un énorme son techno, qui caractérise assez bien le sentiment d’instabilité du personnage. Je pense que j’aime de manière consistante toute les créations musicales de 嚩ᴴᴬᴷᵁ, notamment parce qu’on ne sait jamais trop à quoi s’attendre et qu’elle a une approche plutôt non conventionnelle de la musique. Ce morceau est plus apaisé et flottant, dans un style qui me fait un peu penser à 4s4ki, jusqu’à cette déstructuration finale qui vient mettre à mal tout le morceau. Je découvre ensuite l’artiste électronique aymk grâce au magazine web AVYSS qui me fait décidément découvrir beaucoup de choses intéressantes dans le vaste monde des musiques indépendantes voire underground. De la musicienne aymk qui fait absolument tout sur ses singles et albums, de la musique au chant jusqu’au design des couvertures, je découvre une partie (pour l’instant) de son album From Destruction through Transcendence into Reconstruction. Je ne me lancerais pas dans une explication philosophique, notamment nietzschéenne, du titre de son album car AVYSS l’a déjà fait en notant une composition de l’album en trois phases, de la destruction, au franchissement des limites et à la reconstruction, comme le mouvement même de la vie. Pour être très honnête, je ne suis pas en mesure de retrouver ces concepts clairement dans les morceaux que j’écoute de l’album, mais ça n’a pas beaucoup d’importance. J’écoute pour l’instant trois morceaux Face the Mystery of Being, I’m Your Pet, Anime Girl et Thanatophilia qui ont la qualité indéniable de m’hypnotiser. La voix fortement pitchée de type lolicore d’aymk se mélange aux sons électroniques répétitifs et agressifs comme un instrument. On ne comprend pas exactement les paroles en japonais et anglais, mais ça n’a pas beaucoup d’importance. Ce qui importe est la sensation que l’on ressent lorsqu’on se laisse envahir par cette musique. J’avouerais que je ne suis pas rentrer tout de suite dans cette musique, mais j’ai eu à chaque écoute une envie irrésistible d’y revenir. Je pense qu’il faut tout de même avoir une oreille avertie pour ce genre de sons, car cette musique est sombre. Si on pense au titre du morceau Thanatophilia, il désigne une attirance profonde pour la mort. Il n’empêche que ce morceau est l’un de ceux que je préfère. La vidéo est très intéressante, elle a été tournée dans le palace abandonné Marugen à Atami, que j’ai reconnu pour l’avoir vu en photo sur le blog de Jordy Meow dédié, entre beaucoup d’autres choses, à l’exploration d’édifices abandonnés (qu’on appelle Haikyo). Le lieu à mi-chemin entre grandeur décadente et destruction convient en tout cas assez bien à l’esprit de l’album d’aymk.

Pour terminer cette sélection avec une musique un peu plus légère, je découvre le dernier single Puni (ぷに) de la rappeuse Valknee, dont j’ai déjà parlé plusieurs fois sur les pages (nombreuses) de Made in Tokyo. Je ne suis pas très précisément sa carrière, mais il y a quelques années, je suivais assez assidûment son podcast vidéo. Puni est un morceau très ludique relayé par une vidéo très dynamique qui correspond bien au rythme du phrasé rapide de Valknee. Le morceau teinté d’un humour du quotidien assez typique de Valknee est assez court mais ne prend pas de pause, et file dans le paysage urbain comme une petite comète. C’est une petite bombe irrésistible lancée dans nos oreilles. Le morceau est sorti le 7 Janvier 2026, et il va très certainement avoir du succès.

ヤエス出口から御徒町

La première photographie montrant le côté Yaesu (八重洲) de la grande gare de Tokyo a été prise depuis la tour récente Tokyo Mid-Town Yaesu que Mari et moi avons visité sommairement il y a quelques semaines, histoire de voir s’il y avait des choses intéressantes. Un des étages comprend un vaste espace ouvert semblable à un food court qui est plutôt agréable. Juste à côté de Yaesu Mid-Town, le Yanmar Tokyo Building conçu par Nikken Sekkei est particulièrement intéressant pour son alignement de tubes rouges recouvrant une partie du rez-de-chaussée donnant accès à l’entrée du building. Ça m’a donné l’image d’un découpage au sabre d’une partie du béton et du verre du rez-de-chaussée pour donner accès à l’entrée. Ceci étant dit, je doute quand même que ce rouge vif représente les entrailles du building, et j’imagine qu’il s’agit plutôt d’une correspondance à la forme et à la couleur du logo de la marque d’équipements agricoles (entre autres) Yanmar, qui donne son nom à ce building. La tour se compose principalement de bureaux avec quelques restaurants. Je ne l’ai malheureusement pas remarqué moi-même, mais certains étages laissent apparemment la végétation dépasser sur la façade.

Quelques semaines plus tard, j’étais assis avec mahl de l’autre côté de la grande station de Tokyo, côté Marunouchi, sur la terrasse d’étage du building KITTE. On regardait ces buildings tout un buvant un café et en discutant de diverses choses. C’était la première fois qu’on se rencontrait et c’est toujours étonnant de se voir finalement après de nombreuses années à avoir échangé par écrits interposés sur nos blogs. Nous parlons de musique japonaise bien sûr, du fait d’écrire sur un blog et de beaucoup d’autres choses. Il passait en coup de vent à Tokyo pour la journée pour repartir ensuite à Nagoya, et la rencontre pour le déjeuner a été bien rapide. Au plaisir d’une prochaine rencontre.

Les autres photographies du billet ont été prises depuis la gare d’Okachimachi (御徒町駅), juste avant Ueno. Elles datent de Septembre alors que je partais à la découverte du building Monospinal par l’architecte Makoto Yamaguchi, au pied de la station Asakusabashi (浅草橋駅). Devant la station d’Okachimachi, des idoles en devenir chantaient devant un public parsemé. Je ne sais pas exactement quel était l’occasion de ce rassemblement, mais l’estrade sur laquelle elles dansaient et chantaient ressemblait fortement à un ring de boxe ou de catch. Ce n’est pas la première fois que je vois ce genre de spectacle de rue sur la place devant la station d’Okachimachi.

C’était par contre la première fois que je visitais la petite galerie Mizuma Art située à Ichigaya Tamachi (市谷田町). J’apprécie beaucoup d’artistes présentant leurs œuvres dans cette galerie mais je n’avais jusqu’à maintenant jamais trouvé une occasion d’y aller. On y présente en ce moment, jusqu’au 11 Novembre, quelques œuvres de Yoshitaka Amano (天野喜孝展) dans une série bleue intitulée Blue Sky (青天). Comme beaucoup je pense, je connais et apprécie Yoshitaka Amano depuis la découverte de ses illustrations pour la série de jeux vidéos Final Fantasy. Cette exposition à la galerie Mizuma ne montre que quelques unes de ses œuvres sélectionnées pour l’utilisation de la couleur bleue. Elles sont très belles bien sûr mais on a vite fait le tour de la galerie. J’espère pouvoir apprécier un jour une grande rétrospective de son œuvre dans une galerie où un musée de plus grande taille. Je feuillette en attendant les deux livres, recueils de ses œuvres, placés sur le comptoir près de l’entrée de la galerie. Une photo dans un des livres montre son studio créatif qui se trouve dans un petit building dont je reconnais le design car je l’ai déjà pris en photo et montré sur ce blog. Je ne me souviens pas exactement dans quel quartier de Minato ou Shibuya il se trouve, et je ne pense pas être en mesure de retrouver cette photo parmi les 2320 billets qui composent Made in Tokyo. Je le retrouverais certainement par hasard aux détours d’une rue. La galerie Mizuma Art présentera à la fin du mois de Novembre un autre artiste que j’aime beaucoup, Tomiyuki Kaneko (金子富之). Ce sera à ne pas manquer.

Musicalement parlant, je continue à écouter l’album DEBUT de Kyrie (aka AiNA The End) et Takeshi Kobayashi accompagnant le film Kyrie no Uta (キリエのうた). J’y découvre au fur et à mesure quelques morceaux sublimes comme Niji Iro Kujira (虹色クジラ) et Zuruiyona (するいよな). Je trouve l’album inégal dans son ensemble mais il y a de nombreux morceaux particulièrement beaux et inspirés, comme ces deux là et ceux que je mentionnais dans mon précédent billet évoquant le film. J’ai l’impression que je n’avais pas écouté la musique de Vaundy depuis un petit moment mais je me rattrape avec son dernier single Todome no Ichigeki (トドメの一撃) accompagné par le guitariste Cory Wong. Je suis tout de suite happé par la dynamique pop qui se dégage du morceau. C’est le type de morceau que j’adore écouter en roulant en voiture, car il a un parfum de week-end et une énergie très communicative. La vidéo sur un bateau de croisière avec l’actrice Masami Nagasawa en rôle principal ajoute certainement à l’ambiance générale du morceau. Il est utilisé comme thème final de la saison 2 de Spy x Family, ce qui me rappelle que je n’ai pas encore terminé la première saison sur Netflix. Je m’y remets donc doucement avec beaucoup de plaisir. J’avais d’abord un avis assez mitigé sur le nouveau single SpecialZ de King Gnu, mais la vidéo réalisée par OSRIN de Perimetron (le collectif artistique de Daiki Tsuneta) est artistiquement assez exceptionnelle et m’a remis rapidement sur les rails. L’aspect chaotique de la vidéo accompagne et explique même d’une certaine manière la désorientation qu’on peut avoir à la première écoute du morceau. Cette image chaotique est très présente dans l’oeuvre musicale et visuelle de Daiki Tsuneta. Il s’agit également du thème principal du premier album de son autre groupe Millenium Parade. SpecialZ est le thème d’ouverture de l’anime Jujutsu Kaisen Shibuya Jihen (呪術廻戦 渋谷事変), tandis que le thème de fin est le dernier single de Hitsuji Bungaku (羊文学), More Than Words. King Gnu, tout comme Vaundy d’ailleurs, sortira bientôt un nouvel album qu’il faudra suivre avec attention. J’écoute aussi beaucoup quelques morceaux de Fujii Kaze (藤井風), en particulier Hana (花) et Workin’ Hard. Fujii Kaze m’a toujours un peu agacé, mais il faut quand même reconnaître qu’il y a beaucoup de talent. Il y a toujours une sorte d’évidence dans ses morceaux, comme si ça lui venait tout seul, sans efforts. C’est très certainement loin de la vérité mais cette impression reste pour moi très marquée. J’aime beaucoup le dernier single Hana, mais je ne peux m’empêcher de penser qu’il manque un instrument en fond, un piano aux notes claires et flottantes comme des lumières de neons (bon, j’ai peut-être trop écouté Kirinji). Cette série musicale est, une fois n’est pas coutume, très « mainstream » mais je vais bientôt repartir vers des profondeurs plus sombres. Je reprends en quelque sorte ma respiration avant de plonger.

le jour du sake vert à Kyōtei

Le ryokan et restaurant Kyōtei (京亭) que je montre en photographies ci-dessus est situé dans la petite ville de Yorii dans la préfecture de Saitama et a été utilisé comme lieu de tournage de la vidéo du morceau Ryokushu (緑酒) de Tokyo Jihen, sortie le 13 Mai 2021, quelques jours avant l’album Music (音楽). La beauté de cette vidéo réalisée comme d’habitude par Yuichi Kodama m’avait tout de suite interpelée au point où j’avais tout de suite recherché sur internet quelle était cette vieille demeure servant de lieu de retrouvailles pour les membres de Tokyo Jihen. Le single Ryokushu a eu beaucoup de succès et est un des morceaux emblématiques de l’album Music et de Tokyo Jihen, non seulement pour la qualité du morceau en lui-même mais aussi, je pense, grâce à cette vidéo (cette vidéo est de très loin la préférée du fan club Ringohan) . Aux yeux des fans, voir le groupe se retrouver dans une ambiance joviale marque réellement la réformation du groupe après 8 longues années d’inactivité. Cette vidéo a par conséquent une signification particulière qui m’a depuis le début donné envie d’y aller. Il m’a fallu un peu de temps pour me décider mais cette Golden Week semblait être le bon moment. Nous n’avions pas dans l’idée d’y passer une nuit mais plutôt d’y déjeuner. Je téléphone d’abord quelques jours avant notre visite pour réserver une table, en pensant que ça devait être déjà pleinement réservé depuis longtemps en cette période de vacances, sachant que le ryokan se trouve dans une zone plutôt touristique à proximité de Nagatoro dans la région montagneuse de Chichibu. Par une chance inespérée, une table restée libre nous attendait. Réservation faite pour 12h30, nous voilà partis le Mercredi 4 Mai vers 9h30 du matin.

Un trajet normal depuis le centre de Tokyo jusqu’à ce coin reculé de Saitama par l’autoroute Kan-Etsu (関越道) prend normalement de 1h30 à 2h. En partant assez tôt, on pensait pouvoir se promener au bord de la rivière Arakawa près du ryokan avant d’aller déjeuner. C’était sans compter les aléas de la Golden Week, qui est, d’autant plus, « normale » cette année, c’est à dire sans état d’urgence incitant les gens à rester chez eux. Il nous aura fallu trois heures de route pour arriver jusqu’à Yorii, en changeant de stratégie en cours de route, alternant autoroute encombrée et routes nationales tout aussi encombrées. Depuis quelques mois, voire plus d’un an, j’ai développé une capacité d’attente et de prise sur soi que je n’avais pas auparavant. Je suis maintenant en mesure d’attendre au milieu d’une file de voitures qui n’avancent pas avec le sourire. Contrairement à ce que pensait Mari, je n’ai pas volontairement passé en boucle en voiture l’album Music sur lequel se trouve Ryokushu, car je ne voulais pas associer dans mon esprit la musique de cet album avec des embouteillages interminables. Mais la radio a pris le relai en le passant soudainement, ce qui m’a d’ailleurs surpris car le morceau sorti l’année dernière n’est plus tout à fait récent. L’animatrice radio se trompe d’ailleurs dans le titre en annonçant le morceau avec le nom « Midori no Sake » (緑酒, Sake vert) plutôt que Ryokushu, qui est en fait une autre manière de prononcer les mêmes kanji. Je comprends à ce moment là que c’était volontaire car nous sommes aujourd’hui, le 4 Mai, le jour du Vert (autrement dit, de la nature) ou « Midori no Hi », et que la station de radio que nous écoutons à ce moment là sélectionnait volontairement des morceaux ayant un lien avec la couleur verte. Je me dis que nous avons très bien choisi notre journée pour cette visite des lieux du tournage de Ryokushu. Nous arrivons sur place à 12h30 exactement, ce qui démontre de ma part une maitrise parfaite du timing. Je reconnais tout de suite l’entrée de ryokan que l’on voit dès le début de la vidéo. Une dame nous accueille et nous amène jusqu’à la pièce où nous mangerons.

Kyōtei était autrefois la demeure de Kōka Sassa (佐々紅華), compositeur japonais né en 1886 et mort en 1961. Il a composé de nombreuses chansons, écrit le scénario d’un opéra mais était à l’origine graphiste, diplômé du département de design industriel de l’école Tokyo Institute of Technology (le campus actuel se trouve près de la station d’Ōokayama à Tokyo). Comme il était mélomane depuis son plus jeune âge, il a également passé les examens de l’académie de musique de Tokyo (actuellement le département musique de l’université des Beaux Arts), mais n’a pas poursuivi cette voie. Son attrait constant pour la musique l’a pourtant poussé vers des travaux de design destinés au monde de la musique. Il a d’ailleurs dessiné un logo intéressant pour la compagnie de disques Nipponophone (日本蓄音器商会) fondée en 1910 (et sous le nom actuel Nippon Columbia), représentant un bouddha écoutant un gramophone, inspiré par le chien du label musical His Master’s Voice (HMV ou La Voix de son Maître, historiquement dans le groupe anglais EMI). En 1913, Kōka Sassa se lança dans l’écriture de comptines puis en 1917 écrit un opéra se produisant à Asakusa. Il a ainsi fondé l’opéra d’Asakusa. Il continuera ensuite à écrire des chansons au sein de Nippon Victor puis Nippon Columbia. En 1931, commence la construction de sa maison de style sukiya à Tamayodo dans la ville de Yorii, l’actuel ryokan Kyōtei. Il en dessine les plans et supervise la construction en vivant sur place dès l’année suivant le début des constructions. Il faudra en tout cinq années pour construire le bâtiment actuel. Il a vécu dans cette maison jusqu’à sa mort le 18 Janvier 1961. Après sa mort, sa petite fille, Yasue Sassa, devient propriétaire et convertit cette résidence en un ryokan. Des personnalités viendront y séjourner, comme par exemple l’auteur Shōtarō Ikenami (池波正太郎).

Le bâtiment semble être entièrement préservé en l’état avec seulement quelques aménagement récents, ce qui donne à ce ryokan beaucoup de charme. J’imagine que préserver un bâtiment de cette taille ne doit pas être aisé. Le rez-de-chaussée sert de salles de restaurant. Il n’y a qu’un seul menu, avec des variations, à base de poisson Ayu cuisiné de différentes manières. Le repas était excellent, d’autant plus que l’on déjeune en ayant une vue sur le jardin, en regardant la lumière du printemps traverser les jeunes feuilles d’érable momiji. Cette ambiance paisible est bien agréable comme si le temps s’arrêtait pour un après-midi. Sur le site web du ryokan, il est d’ailleurs écrit qu’il s’agit d’un espace pour oublier le temps (時間を忘れて過ごす空間). Au cours du repas, il fallait bien qu’on lance le sujet de cette vidéo de Tokyo Jihen avec les dames du personnel du ryokan pour voir si elles étaient disposées à en parler. Le fait de mentionner que j’étais fan de Sheena Ringo et de Tokyo Jihen (Mari prend toujours un malin plaisir à dire que je suis même membre du fan club) leur apporta même un enthousiasme certain. On nous a donc très volontiers donné quelques détails. On nous dit que le tournage s’est déroulé en une seule journée, le dimanche 25 Avril 2021, avec une équipe de tournage très bien organisée de 60 personnes. La propriétaire du ryokan, qui vient nous servir pendant la deuxième partie du repas, nous explique qu’elle avait d’abord eu des réticences car elle ne voulait pas fermer le restaurant et le ryokan pour une journée entière, mais que la période de crise sanitaire qui a vu une accumulation soudaine d’annulations de réservation a finalement permis ce tournage. Elle nous indique de la main les différents endroits où le tournage a eu lieu: le bain utilisé par Ichiyō Izawa, qui a été refait depuis, le coin de jardin où Ukigumo nous dit qu’il aurait dû venir en train vers la fin de la vidéo et le deuxième étage où les scènes principales ont été tournées. La propriétaire nous indique qu’on pourra visité ce deuxième étage après le dessert et avant l’arrivée à 15h des clients qui y passeront la nuit. J’ai du mal à tenir en place lorsqu’elle nous indique qu’on pourra visiter librement le ryokan pendant presqu’une heure. Elle nous dit que de nombreux fans de Sheena Ringo et de Tokyo Jihen sont déjà venus ici, parfois habillés du yukata du groupe. Certains sont venus de loin, de l’autre bout du pays, prenant l’avion pour l’occasion avec une petite valise pour se changer en arrivant. Je ne suis pas du tout étonné de cela car les fans de Sheena Ringo peuvent aller très loin. Comme signe distinctif, je me suis personnellement contenté d’un petit badge bleu de Tokyo Jihen accroché sur le col de la chemise. La propriétaire le regarde en constatant qu’il s’agit bien du motif de paon (孔雀) qu’elle a vu sur certains yukata de visiteurs. Ce ryokan deviendrait pratiquement un lieu de pèlerinage pour les fans. J’ai moi-même ressenti cette envie irrésistible de venir jusqu’ici malgré le long trajet aller-retour en voiture.

Après le dessert, nous montons donc à l’étage où je retrouve la salle principale en tatami dans laquelle Tokyo Jihen prenait leur repas de retrouvailles accompagné de beaucoup de sake. La vue depuis cette pièce est magnifique. On aperçoit le jardin japonais en contrebas et la rivière Arakawa un peu plus bas. Dans la vidéo, Toshiki Hata nourrissait les carpes koi dans le bassin de ce jardin japonais. Je ne résiste pas à l’envie de m’asseoir au coin des fenêtres prenant la pose de Seiji Kameda lorsqu’il boit un verre de sake en attendant que les autres membres du groupe arrivent, ou de m’assoir à la place de Sheena Ringo sur le tatami de la grande salle au deuxième étage. On avait bien entendu revu la vidéo avant de venir et j’essaie au mieux de prendre des photos des endroits que je reconnais. Il n’y avait bien sûr aucun tissu au design de Tokyo Jihen comme sur la vidéo, ni guitares Vox Phantom posées dans un coin. La météo était idéale pour se promener dans le jardin japonais et nous faisons durer notre plaisir jusqu’au bout. Je m’attendais à ce qu’un chat vienne nous dire bonjour, et c’était en effet le cas pendant le repas. Il est passé nous voir en miaulant et à vite disparu dans le jardin. C’est amusant car j’avais eu ce genre de signe (qui est bien entendu une coïncidence) lors de la visite du temple Kishimojin-dō à Zōshigaya utilisé comme lieu de tournage pour Kabukichō no Jōo. On a un peu de mal à partir mais il est déjà l’heure. Nous descendons ensuite au bord de la rivière. Le lieu s’appelle Tamayodo (玉淀). Une bonne partie de la vidéo de Ryokushu y a également été tournée. Je reconnais le grand rocher de l’autre côté de la rivière que l’on voit dans la vidéo. Il doit également y avoir un cerisier au bord de cette rivière mais je ne l’ai malheureusement pas vu. Avec toutes ces images en tête, il nous faudra bientôt reprendre la route, avec l’album Music comme fond sonore. Malgré mes appréhensions car nous avons quitté les lieux à l’heure de pointe des retours vers 17h, il nous a fallu que deux heures pour rentrer sur Tokyo. Il est en fait beaucoup plus rapide de venir en train car il y a une ligne directe reliant Ikebukuro et Yorii en 90 minutes. J’ai pris beaucoup de photos de cette journée et c’était un peu compliqué de faire une sélection. Je montre d’ailleurs quelques autres photos sur mon compte Instagram, ce qui m’a d’ailleurs forcé pour l’occasion à écrire une description un peu plus longue que d’habitude. J’ai tendance à être très bref sur Instagram alors que je dois avoir plus de visiteurs que sur ce blog.

Pour la petite histoire, l’idée d’aller visiter le ryokan Kyōtei m’est revenu en tête après avoir vu la vidéo du morceau Matsuri (まつり) de Fujii Kaze (藤井風). Elle se déroule dans un parc qui a l’air magnifique appelé Rinkōkaku (臨江閣) près de Maebashi dans la préfecture de Gunma. Voir Kaze évoluer dans un des bâtiments traditionnels en bois du parc m’a en quelque sorte rappelé la vidéo de Ryokushu. Je pense que j’aime autant ce morceau Matsuri que je trouve Fujii Kaze agaçant. L’envie d’écouter ce morceau m’est aussi venu après avoir vu une interview de son producteur Yaffle par un autre producteur, Seiji Kameda, sur l’émission Wow Music que j’ai déjà évoqué plusieurs fois auparavant. J’ai également lu une très bonne interview en anglais de Yaffle par Patrick Saint Michel, sur le site de Billboard. Cette dernière interview contenait un lien vers la vidéo du morceau Matsuri de Fujii Kaze. Ce morceau a fait partie de ma playlist pour les trajets en voiture pendant cette Golden Week, tout comme l’excellent morceau intitulé Plateau (プラトー) de Sakanaction (サカナクション). Je ne suis pas sûr d’écouter leur album en entier mais la manière de chanter les couplets d’Ichirō Yamaguchi sur ce morceau me fascine complètement. Et le petit passage saccadé de guitare au milieu du morceau me rappelle ce que Kida pourrait jouer sur un morceau de Tricot.

Et pour revenir vers Tokyo Jihen, j’inclus également dans ma playlist la nouvelle version du morceau Shiseikatsu (私生活 新訳版) de leur troisième album Variety (娯楽 バラエティ) sorti en 2006. Les musiques de cette nouvelle version sont différentes de la version originale mais il ne s’agit pas non plus d’un remodelage complet du morceau. On peut légitimement se demander la raison de la sortie soudaine, le 1er Mai, de cette nouvelle version. Au moment de la sortie du Best Album Sōgō (総合), Tokyo Jihen avait en fait joué ce morceau le 24 Décembre dans l’émission Music Station Ultra Super Live 2021 (ウルトラスーパーライブ2021), d’où l’envie peut être de sortir cette version de manière officielle. Cette version retravaillée n’est pas meilleure que l’originale, mais je me surprends à beaucoup l’apprécier et l’écouter au milieu de ma playlist juste avant le morceau Matsuri de Fujii Kaze. Je prends en quelque sorte l’habitude de faire cohabiter Tokyo Jihen avec Fujii Kaze car on pourrait s’attendre à une collaboration si Sheena Ringo prend en compte les avis du fan club lors de la dernière enquête (j’en doute personnellement, mais je peux me tromper). L’illustration du single montrant la tour de Tokyo est empruntée au livre Tokyo Kenbutsu (東京見物) de feu Makoto Wada (和田誠). Je ne suis pas vraiment surpris que Sheena Ringo fasse ce choix. Makoto Wada était également le designer du packaging de Hi-lite, qui est (ou était) sa marque de cigarettes depuis toujours. J’en parlais rapidement dans un billet précédent au moment de la sortie du morceau Hotoke dake Toho (仏だけ徒歩) et de sa vidéo.

初詣2◯22


アケオメ
コトヨロ
2〇22

Nous n’avons pas failli à notre habitude de regarder Kōhaku Uta Gassen sur NHK (NHK紅白歌合戦) cette année, sauf que cette fois-ci, j’ai l’impression que nous l’avons regardé plus assidûment que d’habitude. Nous l’avons en fait regardé depuis le début, ce qui arrive rarement, tout en commentant presque chaque intervention. Mari nous fait remarquer qu’on a bien vieilli pour regarder Kōhaku aussi religieusement, mais je pense plutôt que c’est Kōhaku qui a rajeuni. On restera sur cette dernière constatation. La plupart des artistes ou groupes qui se produisaient sur les scènes du Tokyo International Forum ne m’intéressent pas beaucoup musicalement, mais l’important n’est pas là. L’intérêt est plutôt de prendre la température de la scène musicale mainstream japonaise. NHK est certainement loin d’être à la pointe des nouveautés et des dernières tendances mais il y a quand même quelques efforts notés d’années en années, par exemple l’étrange représentation plutôt sombre d’ailleurs de Mafumafu. Il faut noter donc que l’émission était filmée au Tokyo International Forum à Yurakuchō cette année, plutôt qu’au NHK Hall de Shibuya qui est actuellement en rénovation. Certaines représentations étaient quand même filmées là bas. Ce qui était particulièrement intéressant, c’est que le Forum était utilisé dans sa quasi totalité: la grande salle du Hall A contenant un maximum de 5,000 personnes, mais également le long espace oval sous les élégants mâts métalliques blancs que j’ai déjà pris en photo et montré sur ce blog. Ikura de Yoasobi chantait par exemple en descendant les escalators dans cet espace. La scène du Hall A était élégamment décorée par des compositions florales de Makoto Azuma, dont j’ai également déjà parlé plusieurs fois. On a tout de suite reconnu son style. Mon intérêt principal était de voir et d’écouter Tokyo Jihen interpréter le morceau Ryokushu (緑酒) du dernier album, devenu un des morceaux les plus populaires du groupe. Le groupe était habillé en kimono, comme l’année dernière, ce qui n’avait rien d’étonnant. Le final voyait Tokyo Jihen inondé d’une neige de confettis. Il y en avait trop mais ça n’avait rien d’étonnant non plus car Sheena nous avait prévenu dans une émission spéciale diffusée sur NHK le 29 Décembre 2021. L’émission musicale de quarante minutes dédiée à Tokyo Jihen s’intitulait Sōshū (NHK MUSIC presents 東京事変 総集) et voyait le groupe visiter les locaux de la chaîne de télévision en pleine préparation de Kōhaku. Tokyo Jihen avait en fait déjà participé à une émission spéciale sur NHK intitulé Gatten (ガッテン) le 10 Juin 2021 dont j’avais parlé précédemment et pendant laquelle ils avaient interprété Ryokushu sous une pluie de confettis au final. Lorsqu’ils rencontrent le personnel en charge de la mise en scène lors de cette émission du 29 Décembre, on voit Sheena Ringo renouveler cette demande de confettis au final et on lui promet qu’il y en aura beaucoup, à la manière des passages sur scène du chanteur Enka Kitajima Saburō. Ces confettis reprennent l’image des fleurs de cerisiers s’envolant dans les airs qu’on pouvait voir dans la vidéo de Ryokushu. L’OTK savait donc qu’il y aurait une pluie de confettis, mais j’étais loin d’imaginer qu’il y en aurait autant. Sheena et le groupe se sont changés trois fois de tenues pendant l’émission et celle qu’on retient est la dernière, habillée en skateuse avec sac à dos NASA et skateboard à la main. Le skateboard est d’ailleurs un élément récurrent du monde visuel de Sheena Ringo. On le voyait, toujours le même avec un dessin de glace au chocolat et un autocollant ARIGATO, sur la scène de Music Station pour l’interprétation de Gunjō Biyori (群青日和) avec Elopers, dans une scène de la vidéo de Arikitarina Onna (ありきたりな女), ou sur un visuel de la compilation Gyakuyunyū ~Koukūkyoku~ vol.2 (逆輸入 ~航空局~; Reimport, Vol. 2 ~Civil Aviation Bureau~). Le compte Twitter de Shane les répertorie sur un tweet et cette tenue de skateuse, qui est en fait une version alternative de la tenue de l’époque de l’album Sports, inspire les illustrateurs comme ce dessin ci-dessous. Lors du final sur la photo de droite, on voit Sheena entourée de la chanteuse Enka Sayuri Ichikawa et de Hoshino Gen (Ukigumo est également le guitariste de son groupe).

J’étais assez surpris ensuite de voir Hiroko Yakushimaru (薬師丸ひろ子) sur scène. Elle n’a pas interprété le morceau que j’aime du film Sērā-fuku to kikanjū (セーラー服と機関銃, Sailor suit and machine gun), dont je parle décidément souvent (trop) sur ce blog, car Ukigumo chantait notamment ce morceau sur le concert Hyakkiyakō 2015. L’autre bonne surprise et moment attendu de Kōhaku était de voir sur scène Daiki Tsuneta avec son groupe Millenium Parade accompagnés par Kaho Nakamura au chant pour interpréter le morceau U du film d’animation Belle (竜とそばかすの姫) de Mamoru Hosoda. La représentation sombre avec des musiciens masqués a du inquiéter quelques spectateurs. J’étais aussi particulièrement intéressé de voir BiSH participer pour la première fois à Kōhaku, d’autant plus qu’elles ont annoncé la séparation du groupe à la fin 2022. C’était certainement l’interprétation la moins réussie de Kōhaku et même AiNA avait du mal à chanter juste. En fait, je n’ai jamais entendu une interprétation correcte de leur part dans une émission télévisée. Je pense aussi qu’elles ne devraient pas s’obstiner à chanter le morceau Promise The Star, qui doit certainement avoir une valeur émotionnelle pour le groupe, mais qu’elles t’interprètent jamais très bien. Pour en avoir le cœur, j’avais regardé une émission musicale passant dans la nuit sur NHK montrant un mini-concert de BiSH sans public à Fukuoka et j’avais trouvé leurs interprétations tout à fait correctes. Peut-être s’agissait-il du stress du passage Live dans une émission très regardée. Mais bon, ça fait déjà un petit moment que j’attendais leur passage à Kōhaku et je suis tout de même content que ça se soit produit. Et il y avait l’intervention de Fujii Kaze (藤井風) qui était censé interpréter son morceau Kirari (きらり) seulement à distance, mais qui apparaît soudainement sur scène en pantoufles touffues vertes en se mettant à jouer au piano. Je ne connais pas très bien Fujii Kaze à part ses morceaux connus passant à la radio et je n’ai à priori pas d’attirance particulière pour sa musique. Il est ceci dit considéré comme un des jeunes talents. Je dirais même qu’il y a une certaine insolence dans son talent naturel. Les fans de Sheena Ringo et Tokyo Jihen le plébiscitent d’ailleurs pour une éventuelle collaboration, car il a interprété à plusieurs reprises sur sa chaîne YouTube des morceaux de Sheena Ringo et Tokyo Jihen: Marunouchi Sadistic (丸ノ内サディスティック) au piano seulement et en version chantée, et Nōdōteki Sanpunkan (能動的三分間). Ses interprétations sont excellentes et je parie qu’il y aura une collaboration cette année. Enfin, l’émission passe très vite et m’a dans l’ensemble plus intéressé que les autres années. La nouvelle année se fait proche et on se prépare déjà à aller au sanctuaire dans la nuit et le froid, avec comme récompense un verre d’amazake (pas de vin chaud comme sur les pistes de ski).

Le lendemain, le 1er Janvier 2022, le rythme de la journée était très lent et on se décide comme d’habitude assez tard à aller au sanctuaire de Hikawa (氷川神社) et de Konnō Hachimangu (金王八幡宮) à Shibuya pour y faire les premières prières de l’année et pour y récupérer le goshuin spécial du premier de l’an. On évite pour le moment la foule à Meiji Jingu. Mon carnet est presque terminé et il faudrait que je le scanne et le montre sur Made in Tokyo. Comme tous les ans à cette même période, l’hésitation m’a gagné de continuer ou non ce blog pour une nouvelle année. L’hésitation me gagne à chaque fois qu’il faut payer l’abonnement annuel du hosting et du nom de domaine, en me demandant si tout ceci est vraiment nécessaire pour moi et pour les autres (les visiteurs occasionnels ou réguliers). Mais j’ai bien l’impression que je suis reparti pour un tour. 終わらせないで me dit une petite voix dans ma tête.

J’attendais également une annonce de Tokyo Jihen dans les premières heures de 2022, mais on a seulement reçu une carte de bonne année, celle ci-dessus avec une version alternative sur le site web du groupe. Le 1er Janvier 2020, Tokyo Jihen avait annoncé sa re-formation, le 1er Janvier 2021 était l’annonce du nouvel album. Je pensais qu’on allait avoir la confirmation d’une tournée, même online, mais ça n’a pas été le cas. On sait que le groupe a envie de tourner, du moins c’est ce que j’ai compris dans l’émission récente Sōshū sur NHK, et je n’ai pas l’impression qu’ils aient envie de s’arrêter tout de suite. La condition sanitaire actuelle étant pleine d’imprévus, ça semble toujours compliqué de s’engager dans une tournée nationale.

Pour me réconforter un peu, je pars en visite au Tower Records de Shinjuku car je sais qu’on y montre les tenues de la vidéo de Hotoke Dake Toho (仏だけ徒歩). Je prends les quelques photos ci-dessus, que je ne montre pas sur Twitter cette fois-ci. J’aime beaucoup ce médaillon de tête de chat que porte Sheena dans cette vidéo. Il ne ressemble pas vraiment à un de ses trois chats qu’elle montre de temps en temps sur Twitter ou sur Ringohan: Tekuno (テクノ), Jung (ユング) ou Moses (モーゼ). On sait que Sheena aime donner des noms de personnalités aux choses, mais j’en suis moins sûr pour les animaux. Je crois reconnaître Moïse et le psychanalyste suisse Carl Jung pour deux des chats, mais je suis moins sûr pour le troisième appelé Techno ou Tekuno (peut-être choisi pour son origine de l’antiquité). Entre les skateboards et les noms de chats, il y a beaucoup de mystères à résoudre. Le cadeau de nouvelle année (さえずり) de Ringohan que j’ai reçu il y a quelques jours n’arrange rien pour ce qui est des mystères. Il s’agissait de cinq cartes de tarot estampillées du logo de Tokyo Jihen avec des inscriptions en allemand. Il me faudra étudier un peu plus en avant la question, mais c’est exactement cela qui est intéressant.