et la galerie suffit à peine

Depuis la station de Kameari que j’évoquais brièvement dans mon précédent billet, la ligne de métro Chiyoda me ramène vers le centre de Tokyo. Je fais cependant un arrêt en cours de route à Yushima, pour une petite visite au sanctuaire Yushima Tenman-gū (湯島天満宮), également appelé Yushima Tenjin, que je n’avais pas visité depuis plus de vingt ans (à une époque où je confondais encore temple et sanctuaire apparemment). Mais j’y reviendrais très certainement un peu plus tard dans un autre billet. Je marche ensuite vers Kanda Jinbocho en passant par Ochanomizu, dans le quartier des vendeurs d’instruments de musique et notamment de guitares. Je repense tout d’un coup à Kazunobu Mineta (峯田和伸) de Ging Nang Boyz qui y a acheté sa nouvelle guitare Gibson Firebird. J’y avais également acheté ma Gibson SG noire il y a plus de vingt ans. J’hésite un peu à entrer dans un des magasins au hasard, mais je ne veux pas trop perdre de temps en route. Je traverse ensuite des zones universitaires, notamment du campus de l’Université Meiji, puis arrive finalement un peu avant 18h à ma destination, la galerie New Gallery que je connaissais déjà pour y avoir vu une exposition dédiée au groupe Hitsuji Bungaku (羊文学). Il se déroulait du Vendredi 16 Mai au Dimanche 8 Juin 2025 une exposition solo de l’artiste Wataboku, et j’y suis allé l’avant-dernier jour. J’aime beaucoup cet artiste et c’est même la quatrième fois que je vais voir une de ses expositions solo. J’avais vu une exposition de Wataboku à Harajuku, une autre à Shimokitazawa et une plus importante au musée du PARCO de Shibuya. Wataboku est connu pour ses représentations de la jeune fille appelée SAI et on retrouve également ce personnage dans cette nouvelle exposition.

L’exposition de Wataboku à la galerie New Gallery de Jinbocho s’intitule TOUCH. Alors que l’exposition précédente prenait un thème hospitalier avec une certaine notion de souffrance, cette nouvelle exposition prend le contre-pied de la présente et aborde le thème de l’amour. L’artiste choisit ses thèmes en fonction de ses expériences personnelles donc on peut imaginer qu’il a atteint cet état d’être. Alors que ses œuvres précédentes étaient principalement à base digitale, il conçoit cette fois-ci les illustrations de cette série de manière plus traditionnelle à l’encre de Chine (Sumi). Il se dégage ainsi de la précision du dessin numérique pour aborder des traits plus amples en laissant l’encre s’imprégner dans le papier. L’artiste a vu cette approche, nouvelle pour lui, comme un défi artistique mais personnellement, que ça soit en numérique ou en physique à l’encre de Chine sur papier, je lui trouve le même talent pour exprimer une sensibilité palpable sur les expressions du visage de ses personnages. L’espace de la galerie est réduit et ne montre que ses nouvelles illustrations qui sont même destinées à la vente. Cette galerie est agréable car elle se compose de nombreuses grandes baies vitrées donnant sur la rue. On pourrait presque visiter l’exposition de l’extérieur sans entrer à l’intérieur. En un sens, la galerie d’art ne suffit même plus comme espace d’exposition car celui-ci s’étend sur les rues aux alentours.

Après quelques escapades vers d’autres horizons musicales, je reviens un peu vers le rock alternatif japonais en découvrant un jeune groupe du Kansai nommé 171 ou Inaichi. Le nom du groupe est basé sur la route 171 qui traverse Kyoto, Osaka et Hyogo. Il s’agit d’un trio composé du batteur Morimori (モリモリ) qui a fondé le groupe, de Harunobu Tamura (田村晴信) au chant et à la guitare et de Kana (カナ) au chant et à la guitare basse. Ils étaient tous les trois des amis de lycée ou d’université. Je découvre pour le moment trois morceaux: Intersection (インターセクション) et We, in the gray zone (グレーゾーンの私たち) de leur album My Second Car sorti en Avril 2023 et leur single plus récent Footsteps (足音) sorti le 3 Juin 2025. Les morceaux sont chantés à deux voix, celle de Tamura et de Kana, et j’adore la manière par laquelle elles viennent se mélanger à des tons différents sur le morceau Intersection. Il y a une dynamique débordante et une énergie émotionnelle assez épatante sur ces morceaux. Ce débordement se ressent bien dans les vidéos, comme celle de Footsteps où les trois membres du groupe se chamaillent comme des enfants qui auraient un trop plein d’énergie. Leur approche musicale est directe et sans artifice, souvent avec un petit brin de mélancolie et toujours avec une exécution puissante tant dans le son des guitares que dans les ardeurs vocales. J’imagine que ce groupe doit très bien donner en concert. Je vais pour sûr me plonger un peu plus dans leur rock alternatif, qui me rappelle parfois un peu celui de Shutoku Mukai.

Je découvre ensuite le rock alternatif de SAGOSAID (Ş̷̜͓̲͆̄͆͒̕̚𝓐𝓖𝔒S̵̡̛A̵̢̛I̷͢͠D̷͜͡) avec son mini-album Itsumademo Shinu no ha kowai? (いつまでも死ぬのは怖い?) qui est sorti le 18 Juin 2025 en CD mais qui était déjà sorti en version digitale, celle que j’écoute en entier très régulièrement. J’ai découvert SAGOSAID à travers le compte Instagram de 1797071 (いなくならない), qui mentionnait régulièrement la sortie de ce nouvel album. 1797071 est un des noms d’artiste de MAKO, ex-guitariste du groupe Ms Machine malheureusement défunt, chanteuse du groupe Som4li, musicienne électronique witchhouse et DJ. Je pense que j’ai écouté et j’aime toutes les musiques sur lesquelles elle est impliquée, ce qui m’a forcément poussé à écouter SAGOSAID. SAGOSAID avec son groupe se produisait le 5 Juin 2025 dans la salle WWW de Shibuya et elle était entourée d’autres musiciennes, dont 1797071, pour assurer les premières parties. J’aurais aimé assister à ce concert mais le jour ne convenait pas et je m’en suis rendu compte un peu trop tard. Elle a dû y jouer en intégralité ce nouveau mini-album car il s’agissait de ce qu’on appelle une « Release Party ». J’ai accroché à cette musique rock dès le premier morceau Am I afraid of dying? et j’y ai tout de suite retrouvé un esprit rock alternatif US qui me plait beaucoup. SAGOSAID ne cache pas son amour pour le rock US (sa page A propos montre un gif animé de Kurt Cobain, elle porte un t-shirt de Dinosaur Jr) qui se ressent très fortement sur les 7 morceaux de son mini-album. J’aime beaucoup ce mini-album dans sa totalité. Il ne révolutionne certes pas le genre mais aborde avec une passion convaincante cette atmosphère alternative nord-américaine qui est très loin de s’être éteinte au Japon. SAGO chante et joue de la guitare, mais est également bien accompagnée d’un groupe composé de Yusuke Shinma et Mamoru Tazawa aux guitares, de Kimchang à la basse et de Ideuchi Riku à la batterie. Le guitariste Yusuke Shinma est également mixeur au Studio REIMEI à Chofu dans lequel l’album de SAGOSAID a été en partie enregistré. Yusuke Shinma a également participé à l’enregistrement et au mixage d’un album du groupe de rock hardcore KLONNS, pour lequel 1797071 a créé l’illustration de couverture. Il faut dire aussi que SHV du groupe KLONNS est également membre du groupe Som4li cité ci-dessus. Tout ceci explique peut-être et en partie le lien existant entre SOGASAID et MAKO (aka 1797071). L’album a également été enregistré au Studio Strohorn Music Laboratory de Rei Yokoyama à Nishihara. Je vois d’ailleurs que l’album The Third Summer of Love de Lovely Summer Chan (ラブリーサマーちゃん), dans une même veine rock que j’ai déjà mentionné sur ce blog il y a longtemps, a également été enregistré dans ce même studio. Il y a un lien ici qui explique peut-être le fait que Lovely Summer Chan jouait également en première partie de SAGOSAID au WWW de Shibuya. Dans ma petite playlist de rock indépendant, j’écoute aussi le nouveau single de N・FENI (ん・フェニ) intitulé Hibi (日々) sorti à la fin du mois d’Avril 2025. J’avais déjà mentionné cette artiste pour ses deux précédents singles. On retrouve ici cette même mélancolie rêveuse qui me plait vraiment beaucoup. Ça m’a amusé de voir que N・FENI était présente lors du concert de SAGOSAID. Ce n’est pas très étonnant car on y ressent une même mouvance rock.

don’t look so blue, come on and see through

Lorsque l’on marche à Ginza, notre regard se laisse forcément attiré par les devantures des magasins de luxe, celles rosées avec des ouvertures arrondies du building Mikimoto par Toyo Ito, ou celles plus sombres avec des mannequins de personnages sortis d’un manga pour une des boutiques affiliées à la marque de Rei Kawakubo, Comme des garçons. Sur les deux premières photographies, je reviens sur les vaguelettes qui composent la surface conçue par Jun Aoki du nouvel immeuble Louis Vuitton. Ce building est de toute beauté car cette surface semble être organique et change de tons en fonction des réflexions de la lumière. C’est un immeuble vraiment unique qui vaut clairement le détour pour celles et ceux qui passeraient prochainement à Tokyo. Devant le bâtiment de verre Hermès au carrefour Sukiyabashi, les constructions ont démarré à l’emplacement du Sony Park qui a fermé ses portes en Septembre 2021. Le Sony Park conçu par Nobuo Araki (The Archetype) avait remplacé l’ancien building Sony datant de 1966 conçu par Yoshinobu Ashihara. Un article sur le blog Showcase Tokyo me rappelle d’ailleurs l’agencement continu très particulier des étages de ce building, une structure innovante en pétales de fleur. Cet agencement continu me rappelle un peu Omotesando Hills de Tadao Ando mais à la verticale plutôt qu’à l’horizontale. On y construit maintenant le nouveau Ginza Sony Park qui verra le jour en 2024. On sait peu de choses sur ce nouveau building mais il conservera apparement le concept d’espace public ouvert du Sony Park et une structure unique d’agencement des étages. En attendant, on peut profiter des fleurs folles de Shun Sudo sur les murs métalliques blancs délimitant la zone de construction. Ce n’est pas la première fois que je les prends en photos, mais je ne me lasse pas de mélanger ces fleurs avec le flot de la foule qui ne se tarit jamais à cet endroit.

J’étais passé à Ginza ce jour là pour voir une exposition de Tetsuya Noguchi (野口哲哉) appelée This is not a samurai. L’exposition est déjà terminée. Elle se déroulait du 29 Juillet au 11 Septembre 2022 au Pola Museum Annex. Comme on peut le voir sur les quelques photos ci-dessus prises à l’iPhone, l’artiste originaire de Takamatsu dans la préfecture de Kagawa détourne la figure du samurai en lui donnant des occupations et préoccupations très actuelles. Tetsuya Noguchi crée principalement des sculptures faites de résines et de fibres, mais il peint également ces représentations très particulières de samurai. Il y a beaucoup d’humour dans ses créations qui nous rappellent que, derrière les armures et les casques de combat, se cachent des personnes humaines aux émotions diverses. Certaines de ses oeuvres semblent être des collaborations avec des grandes marques, comme ce vieux samurai partant un casque et une protection ventrale aux signes de Chanel. Cette exposition était en fait très bien à sa place à Ginza. L’artiste était présent dans le musée lorsque j’y suis passé mais signait des recueils de photographies de ses oeuvres seulement pour les personnes qui avaient réservé. Cette petite exposition gratuite m’a redonné l’envie d’aller plus souvent voir l’art contemporain qui affleure dans la multitude de petites galeries présentes à Tokyo. Il ne faut pas que j’oublie de m’ouvrir l’esprit en allant voir ce genre d’expositions.

Parler de Ginza et des grandes marques qu’on peut y trouver, me rappelle à l’ex-mannequin haute-couture Rena Anju (安珠玲永) que j’évoquais lorsque j’écoutais avec passion l’album-compilation The invitation of the dead de Tomo Akikawabaya. J’y repense car le photographe Alao Yokogi (横木安良夫) qui a pris Anju en photo sur toutes les pochettes des albums et singles de Tomo Akikawabaya a montré récemment certaines de ses photos sur son compte Instagram. Il montre notamment des photos de la pochette du premier single de Tomo Akikawabaya intitulé Mars et sorti en 1983, que l’on retrouve également sur la compilation The invitation of the dead. Anju, le regard sombre, est prise en photo dans une robe blanche dessinée par Tomo Akikawabaya au milieu d’un espace inhospitalier fait de rochers en bord de mer. La description semble indiquer que la photo a été prise à Tokyo. Je n’ai pu m’empêcher de laisser un commentaire au photographe Alao Yokogi sur cette photo pour faire part du fait que ses photographies font entièrement partie de l’oeuvre musicale de Tomoyasu Hayakawa (le vrai nom de Tomo Akikawabaya) et contribuent grandement à la fascination qui s’opère à son écoute. Je m’étais longuement étendu sur le sujet dans un billet dédié à cet album et aux mystères de son auteur. Le photographe a gentiment aimé mon commentaire, mais j’ai été particulièrement surpris par le fait que Tomoyasu Hayakawa (th) se mette à me suivre sur Instagram suite à ce commentaire. Tomoyasu Hayakawa doit certainement suivre sur Instagram le photographe Arao Yokogi. The invitation of the dead est loin d’être une oeuvre facile d’approche mais elle continue à me fasciner et j’y reviens assez régulièrement. Les captures d’écran que je conserve ci-dessus sur ce blog m’amènent à écouter une nouvelle fois cet album au romantisme sombre.

Les réseaux sociaux que ça soit Instagram ou Twitter ont parfois du bon, car j’y découvre régulièrement de belles choses parmi le flot incessant de choses inutiles et inintéressantes (voire abrutissantes) qui s’imposent à nous. Je le mentionne régulièrement sur ce blog, mais je suis avec une attention certaine la newsletter du journaliste musical Patrick St Michel. Il écrit principalement sur Japan Times, mais aussi sur le site de Bandcamp ou sur Pitchfork. Il a par exemple interviewé dernièrement 4s4ki sur Pitchfork pour son dernier album Killer in Neverland (il faudra que j’en parle un peu bientôt). Il me fait parfois découvrir de belles choses, la dernière découverte étant Miyuna. En fait, je n’y trouve malheureusement qu’assez rarement des musiques qui me plaisent vraiment mais son avis très pointu mérite qu’on y prête toute notre attention. Sur son mailer numéro 51 du mois d’Octobre 2022, il met en tête d’article la présentation du mini-album D1$4PP34R1NG de 1797071 que j’ai évoqué récemment dans un billet. Comme je savais qu’il avait beaucoup apprécié le premier album de Ms Machine au point de le mettre en première position de son classement pour l’année 2021 et voyant qu’il ne parlait pas de ce mini-album composé et chanté par Mako de Ms Machine, je m’étais permis de lui laisser un message sur Twitter pour lui conseiller son écoute, ce qu’il a fait comme il me l’a indiqué en réponse à mon tweet, donnant cette revue sur son dernier mailer. C’était ma petite contribution pour essayer de faire connaitre un peu plus ce mini-album, que j’écoute très souvent, et cette artiste.

Je mentionnais très rapidement dans mon billet précédent la compositrice et interprète sud coréenne underground Miso (미소), de son vrai nom Kim Mi-so, car elle participe à l’album de remixes de morceaux de Sheena Ringo intitulé Hyakuyakunochō (百薬の長) qui sortira le 30 Novembre 2022. Elle s’attaque au remix de Marunouchi Sadistic (丸ノ内サディスティック), ce qui n’est pas une mince affaire car il s’agit du morceau le plus populaire de Sheena Ringo. J’ai donc fait le curieux en écoutant sur YouTube quelques morceaux de Miso en commençant par Slow Running sorti en Mai 2021, puis son EP Metanoia sorti en Décembre 2020 ainsi que d’autres morceaux comme le single Alone sorti en Mai 2020. J’aime vraiment beaucoup sa musique et sa voix aux ambiances R&B accompagnées de sonorités électroniques. Miso a 30 ans. Elle chante principalement en anglais (les morceaux ci-dessus sont tous chantés en anglais), ce choix s’expliquant certainement par le fait qu’elle a passé son enfance en Angleterre. Sa voix fluide a quelque chose d’apaisant et a beaucoup de présence. Le rythme n’en est pas moins accrocheur sans en faire trop sur des morceaux comme Slow running ou Let It Go et peut dériver vers des ambiances plus mélancoliques comme sur le très beau morceau Evermore. Je ne vais jamais vers la k-pop super-standardisée, mais j’aime beaucoup ce genre de musique à tendance électro d’artistes indépendants coréens. Dans des styles assez différents, mais toujours à tendance électronique, j’écoute régulièrement l’album Instant of Kalpa de Syndasizung (신다사이정) et Asobi d’Aseul (아슬).

will you watch petals shed from flowers in bloom?

Voir 1797071, aka Mako de Ms Machine, porter un t-shirt de l’album III de Crystal Castles me fait dire que je ne m’étais pas vraiment trompé en parlant d’une influence du son de Crystal Castles sur le EP D1$4PP34R1NG de 1797071, dont je parlais dans un billet précédent. L’album III de Crystal Castles est celui qui est souvent apparenté au style witch-house, donc tout parait très logique. Du coup, je me suis mis à réécouter les albums du groupe en commençant par III puis en écoutant les albums précédents. Je me souviens avoir développer une sorte d’obsession pour le morceau Magic Spells du premier album. Je ne suis apparemment pas le seul car je découvre qu’un compte YouTube a créé une boucle d’1h de ce seul morceau. Le morceau principalement instrumental s’y prête bien. Mais la fascination pour ce morceau provient également des courtes et énigmatiques paroles « Don’t worry, dear Pamela, I’ll do my scientific best to command your fleet » extraites de la série de science-fiction V qui certains se souviendront peut-être. Je pense préférer l’album III à l’album II même si un morceau comme Celestica est particulièrement mémorable. Crystal Castles n’est plus actif depuis quelques années suite aux problèmes de type judiciaire entre les deux membres du groupe. Alice Glass trace son chemin de son côté, en essayant de se reconstruire, et j’ai toujours en tête d’écouter un jour ou l’autre son album PREY//IV. J’avais beaucoup aimé le morceau Without Love de son premier EP éponyme. Crystal Castles avait pourtant fait un retour en 2016 avec l’album Amnesty (I), Edith Frances remplaçant Alice Glass au chant, qui était très bon, notamment un morceau particulièrement marquant comme Concrete. Je me suis demandé si je devais arrêter d’écouter Crystal Castles, mais je parviens en général à séparer l’œuvre des comportements de son/sa/ses artistes. Une fois qu’une œuvre musicale est ouverte au public, son destin dépend des auditeurs qui lui donne une vie indépendante.

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Que se passe t’il quand les images s’entrechoquent, lorsqu’un ciel bleu tokyoïte se laisse soudainement submerger par des flots de brumes nuageuses et par des textures sombres ressemblant à des cicatrices. Pourquoi ce besoin régulier de déconstruire le paysage urbain pour y ajouter une densité supplémentaire comme si elle était vraiment nécessaire. Tokyo est un espace difforme sans unité apparente dont les trésors se cachent derrière le bruit urbain. Même si on essaie d’éteindre les lumières de la ville pour révéler toute sa noirceur, elles finissent toujours par nous échapper. Ces lumières fuyantes révèlent les nervures des immeubles et les silhouettes de ses habitants. Elles nous poussent à nous concentrer sur ce qui fait la beauté de cette ville derrière la densité du bruit ambiant.

Après une période pop estivale, je reviens vers des sons beaucoup plus underground avec deux EPs au son rock indé pour l’un et électronique tendance witch house pour le deuxième. Le point commun entre ces deux EPs est le lien de certains membres avec le groupe post-punk Ms. Machine dont je parle tres régulièrement sur ce blog. Je découvre d’abord le morceau Insane du groupe Som4li (ソマリ) qui me plait tout de suite beaucoup. Som4li est en fait un groupe formé de membres d’autres groupes toujours en activité et évoluant dans les mêmes cercles, que ce soit ceux des concerts ou des labels. Il se compose de Rio Shimamoto qui est guitariste d’un groupe appelé Strip Joint, MAKO et RISAKO qui sont respectivement guitariste et bassiste de Ms. Machine et SHV du groupe KLONNS. Le son rock indé du EP Escapism de quatre titres sorti le 31 Août 2022 que j’écoute en ce moment est brut. Mais cette musique est pourtant très mélodique et rythmée. J’aime beaucoup le fait que les morceaux soient souvent chantés à plusieurs voix, avec des chœurs, ce qui contraste habillement avec la noirceur générale du son de cet EP. Le dernier morceau du EP intitulé Mei (メイ) doit être le plus facile d’approche et le morceau qui frôle le plus avec un son pop-rock. Le EP ne fait que 10 minutes et est malheureusement un peu court car on aimerait découvrir plus de morceaux de ce super-groupe très prometteur.

Dans la foulée du EP de Som4li, je découvre le EP D1$4PP34R1NG de 1797071. Derrière ce nom de code bien mystérieux, on retrouve MAKO du groupe Ms. Machine, également membre du groupe Som4li comme je l’indiquais ci-dessus. Elle vient de sortir cet EP aux sons électroniques sombres et industriels le 2 Septembre 2022 sur le label Discipline Production. 1797071 officie souvent comme DJ lors de concerts organisés par Discipline. Outre la composition des morceaux principalement centrés sur la guitare pour Ms. Machine, celle électronique sur cet EP, MAKO illustre également les pochettes de ce EP et celui de Som4li. Elle a donc de multiples talents. J’adore tout simplement l’ambiance électronique sombre de cet EP que le texte d’introduction sur Bandcamp (par SHV de Som4li) indique comme étant apparentée à la witch house née des profondeurs de l’internet des années 2010. Cette musique aux sons agressifs n’a rien de reposant et n’est certainement pas pour toutes les oreilles mais elle possède une puissance certaine. J’ai immédiatement accroché au troisième morceau ka 4 ko sen qui est mis en avant sur la page Bandcamp du EP. Ce morceau me rappelle un peu les ambiances sonores que j’aimais tant de Crystal Castles. J’aime beaucoup les distorsions sonores et les changements de tons allant vers les aigus. Le son est brut, souvent teinté d’une agressivité sonore, mais superbe en même temps. Les morceaux qui suivent sont d’une beauté mystérieuse, notamment phantom, car on y ressent une grande mélancolie. J’aime beaucoup la dimension plus intime de ce morceau, qui donne une profondeur supplémentaire à cet EP. Le EP commence superbement avec le morceau †riple a, mélangeant la beauté de nappes sonores rêveuses et les sons de basse crachotante martelant cette beauté apparente. Dès ce premier morceau, on sait que l’écoute sera exigeante, mais comme toute écoute exigeante, elle apporte beaucoup de satisfaction. On reconnaît d’ailleurs certains des sons électroniques de cet EP dans la musique de Ms. Machine. Ah, quel plaisir de trouver ce genre de sons sans compromis. Et les photographies de ce billet me sont bien entendus directement inspirées par ces deux EPs.