I’m a girl 未来からやって来た

A l’intérieur du grand magasin Mitsukoshi à Nihonbashi, on peut voir dans le hall central la grande statue de Magokoro représentant une déesse céleste. C’est une une sculpture imposante d’environ 11 mètres de haut, sculptée dans du cyprès japonais Hinoki vieux d’environ 500 ans, peinte avec des pigments naturels et décorée de métaux précieux et de pierres. Elle a été conçue en 1960 par l’artiste Gengen Satō (佐藤玄々) pour célébrer le 50ᵉ anniversaire du grand magasin. Le nom de la statue signifie sincérité et entend refléter l’esprit du service caractérisant l’établissement. Le sculpteur Gengen Satō est né le 18 août 1888 à Fukushima et est mort le 14 septembre 1963, soit quelques années seulement après avoir accompli la statue de Magokoro. Cette œuvre artistique majeure vaut clairement le détour. Je l’ai déjà vu plusieurs fois, et même montré en photo sur ce blog, mais c’est la première fois que je m’intéresse à son dos qui nous montre également des détails richement décorés tout simplement impressionnants. Dans le dos de Magokoro, on suit les oiseaux voler en file indienne autour d’un oeil entouré de feu. La beauté des formes et des couleurs rend cette œuvre tout à fait exceptionnelle.

Les jardins du grand hôtel New Otani à Akasaka sont toujours impeccable. Alors que la plupart des très grands hôtels de Tokyo ont subi des mises à jour importantes et même des reconstructions complètes comme pour l’hôtel Okura, le New Otani a lui conservé tout son charme de l’époque Showa. Cette atmosphère datée est particulièrement notable dans l’arcade commerçante au sous-sol et le long de la grande allée qui borde le lounge au rez-de-chaussée. J’aime beaucoup le fait qu’il n’ait subi aucune modification importante. On n’est pas forcément obligé de tout moderniser et standardiser. Le vintage Showa devrait être conservé car je suis sûr que nombreux sont ceux qui trouvent un certain réconfort dans ces anciennes esthétiques. L’hôtel New Otani Tokyo a ouvert ses portes en Septembre 1964, juste avant les Jeux Olympiques de Tokyo de 1964, pour accueillir les visiteurs internationaux. Une partie du complexe, composée d’une grande tour aux formes arrondies nommée Garden Tower, est un peu plus récente et date de 1974. Dans les hôtels de cette époque, je garde également à l’esprit l’hôtel Tokoen conçu en 1964 par l’architecte métaboliste Kiyonori Kikutake. Je ne sais pas par contre si j’aurais un jour l’occasion de le voir et d’y séjourner car il se trouve un peu loin de Tokyo, dans la préfecture de Tottori.

J’ai été charmé par le film japonais River, Nagarenaide yo (リバー、流れないでよ) du réalisateur Junta Yamaguchi (山口淳太), sorti en 2023 mais également disponible depuis peu sur Netflix. Le film mêle comédie et science-fiction, et sa structure se base sur une séquence temporelle répétée de deux minutes. Dans un ryokan du village de Kibune près de Kyoto, une jeune serveuse prénommée Mikoto, interprétée brillamment par Riko Fujitani (藤谷理子), se rend compte que le temps se répète toutes les deux minutes après avoir observé un peu trop intensément le cours de la rivière coulant le long du ryokan. Tous les personnages, le personnel du ryokan et les clients, se trouvent coincés dans cette boucle temporelle, ce qui laisse libre court à diverses situations absurdes et comiques, car tout se remet à zéro à la fin de chaque boucle temporelle mais tous les personnages conservent leurs souvenirs. Cette situation ressemble un peu au film Un Jour sans fin avec Bill Murray et Andie MacDowell, sauf que dans River, la boucle est beaucoup plus courte et implique tout le monde. C’est particulièrement amusant de voir comment cet événement absurde vient perturber les interactions entre les clients et le personnel du ryokan. L’idée originale et le scénario ont été imaginés par Europe Kikaku (ヨーロッパ企画), une troupe de théâtre contemporaine japonaise, fondée en 1998 à Kyoto par Makoto Ueda (上田誠) qui en est le directeur artistique. Cette troupe est spécialisée dans les comédies conceptuelles et expérimentales, jouant sur l’absurde du quotidien. Le casting du film se compose en fait principalement des membres de la troupe et le réalisateur Junta Yamaguchi est un collaborateur régulier d’Europe Kikaku. J’étais surpris d’entendre Quruli (くるり) pour le générique de fin, avec un morceau intitulé Smile du EP Sun of love (愛の太陽) également sorti en 2023. Le morceau est sympathique, comme le suggère le titre, mais n’est pas particulièrement mémorable. Le choix du groupe Quruli était en tout cas fort à propos car ils sont également originaires de Kyoto et leur nom signifie « faire un tour ». Ce nom est tout à fait adapter à un film qui se rembobine sans cesse. Le film est assez court et on s’y accroche pour connaître le fin mot de l’histoire, qui est vraiment étonnant.

Je ne sais pas s’il y a un inconscient lien de cause à effet, mais je me suis senti une nouvelle fois attiré par la musique de Quruli. Je connais déjà plusieurs albums du groupe dénichés chez les disquaires Disk Union de Tokyo: Zukan (図鑑) et Team Rock, puis Sayonara Stranger (さよならストレンジャー), Fandelier (ファンデリア) et Antenna (アンテナ). Je continue maintenant avec l’album NIKKI sorti en 2005, qui suit l’album Antenna sorti l’année précédente. Je le trouve au Disk Union de Shin-Ochanomizu et le choisis un peu par hasard parmi les quelques autres albums présents, car le titre de celui-ci m’est familier. Je ne connais par contre aucun de ses titres. Ce n’est pas le meilleur ni le plus mémorable album du groupe, mais il n’en est pas moins très agréable, voire confortable à l’écoute. Il a une approche pop très accessible et immédiate dès la première écoute et c’est certainement ce que les puristes doivent lui reprocher. Quruli n’a jamais été pour moi à la ligne de crête des expérimentations rock mais j’ai toujours considéré leurs albums comme des valeurs sûres. Les mélodies de l’album, au demeurant parfaitement exécutées, sont directes et ont même quelque chose de chaleureux. L’honnêteté et l’immédiateté de l’album sont des caractéristiques en ligne avec l’idée de journal intime du titre de l’album. L’album n’est pas particulièrement aventureux mais couvre plusieurs styles rock, en commençant par un son très britannique sur le premier morceau Bus To Finsbury, qui fait référence à un quartier du Nord de Londres. Musicalement parlant, ce quartier suggère spontanément la scène indie alternative britannique dont Quruli semble s’inspirer. J’avais lu que cet album pouvait être vu comme une référence au rock anglais des Kinks. Je ne connais pas bien ce groupe des années 1960 mais le titre du dixième morceau de NIKKI, Long Tall Sally, reprend en tout cas le titre d’un morceau des Kinks. Long Tall Sally est un des morceaux les plus atypiques de l’album et un de ceux que je préfère. Le meilleur morceau de l’album est tout de même le single Birthday qui est tout de suite très accrocheur. Shigeru Kishida (岸田繁) chante, bien sûr, mais il est accompagné par une voix féminine dans les chœurs. Il s’agit de la chanteuse et compositrice Inotomo originaire de Fukuoka. Le morceau qui suit Omatsuri Wasshoi (お祭りわっしょい) est également assez étrange, mélangeant un thème purement japonais, et un ton de voix qui ressemble un peu à celui de Shutoku Mukai, avec un son qui me rappelle encore une fois le son rock britannique. Le morceau Akai Densha (赤い電車) a quelque chose de ludique dans l’emploi de sons électroniques. Je ne sais pour quelle raison mais je pense à chaque fois à Ichiro Yamaguchi en écoutant ce morceau. Je me demande en fait comment Sakanaction aurait abordé ce morceau. Certains morceaux de l’album comme Baby I Love You ne me plaisent pas beaucoup, mais les bons morceaux sont tout de même nombreux, que ça soit Ameagari (雨上がり), le single Superstar, Tonight is the Night ou les guitares un peu plus lourdes de Nijiiro no Tenshi (虹色の天使). NIKKI n’est pas un album qui changera la face du rock, mais il possède une chaleur immédiate qui nous accueille volontiers.

光が墜ちるところへ

Quelques photographies récentes prises à Toranomon, Nishi-Azabu et Akasaka. Ce sont des endroits que j’ai déjà pris en photo et certainement déjà montré sur ce blog, donc je me permets de les altérer légèrement. Je suis retourné vers la nouvelle Toranomon Station Tower de OMA, qui n’est pas encore complètement ouverte, pour revoir son rocher de verre et la manière dont la lumière vient s’y échoir (光が墜ちるところへ). La dernière photographie montre l’arrière de l’ancienne salle de concert Akasaka Blitz (赤坂BLITZ) accolée aux studios de télévision TBS. Elle n’est plus en activité en tant que Live House depuis Septembre 2020, mais je ne suis pas certain de son utilisation actuelle. Je pense y avoir vu deux concerts il y a de nombreuses années, Sonic Youth (ce qui devait être le 20 Février 2001) et Queens of the Stone Age (qui devait être la 14 Janvier 2003). Mais la musique que j’écoute ces derniers jours est bien loin de toutes ces turbulences électriques.

En écoutant l’album 0 d’Ichiko Aoba (青葉市子), j’ai tout de suite perçu qu’il serait difficile d’en parler. C’est un objet musical tellement sensible et délicat que j’ai l’impression que mes mots maladroits viendraient l’affecter. L’approche de cet album sorti il y a déjà plus de dix ans, en 2013, est assez différente du seul album que je connaissais d’elle jusqu’à maintenant, à savoir Windswept Adan (アダンの風) sorti en 2020. Depuis mon billet récent consacré à l’exposition sur les films de Shunji Iwai (岩井俊二), j’ai réécouté plusieurs fois Windswept Adan car j’avais un peu oublié sa beauté imprégnante. Je ne l’avais en fait pas oublié mais son atmosphère s’était un peu atténuée dans ma mémoire. Le réécouter m’a fait réaliser comme une évidence qu’il fallait absolument que j’explore la discographie d’Ichiko Aoba. Tandis que l’orchestration atmosphérique est très présente sur Windswept Adan, l’album 0 a en comparaison une approche beaucoup plus minimaliste basée sur l’unique guitare folk et le chant d’Ichiko Aoba, accompagnés parfois par des bruits tout autour sur certains morceaux. Windswept Adan nous amène vers des espaces mystiques plus vastes que sa musique tandis que l’album 0 est beaucoup plus intime et proche de la vie simple du quotidien. C’est une direction très différente, mais en écoutant les huit morceaux de l’album 0, on se dit qu’il n’en faut pas forcément plus en orchestration. Les moments où la voix et le son de la guitare acoustique disparaissent pour laisser place à un silence passager sont très subtils. Il est difficile de démarquer les morceaux les uns des autres car certains sont très longs et semblent se chevaucher, et l’ensemble est musicalement très consistant. Le single Ikinokori ● Bokura (いきのこり●ぼくら) est remarquable mais j’ai une petite préférence pour le deuxième morceau i am POD (0%) qui est magnifique de délicatesse. Les longs morceaux Iriguchi Deguchi (いりぐちでぐち) et Kikai shikake Osamu uchū (機械仕掛乃宇宙) font plus de 10 minutes et sont polymorphes, et même conceptuels. J’aime beaucoup quand Ichiko Aoba devient plus agressive sur les cordes car ça me donne le sentiment d’entendre un orage et des bourrasques qui approchent. Il y a un sentiment de rapprochement naturel très fort dans ses morceaux. On peut avoir l’impression d’être assis à quelques mètres d’elle dans un parc, pour l’écouter chanter sans qu’elle ne s’en rende compte. Quand j’aurais découvert un peu plus de sa discographie, j’aimerais vraiment la voir jouer en concert. L’album 0 que j’ai acheté sur iTunes a une couleur unie rose. L’autre album que j’écoute ces derniers jours s’intitule Origami (檻髪) et a une couleur jaune pâle. Il est sorti en 2011. Je l’ai trouvé au Disk Union de Shinjuku. Il est beaucoup plus court que 0, ne faisant que 22 minutes. Le style et l’ambiance sont tout à fait similaires mais je dirais qu’il est moins abouti et plus inégal. Haiiro no hi (灰色の日) est un des beaux morceaux de l’album. On trouve sur cet album une mélancolie certaine, que certains reconnaîtront comme automnale, mais que je trouve en même temps que cette mélancolie est lumineuse. Le troisième morceau Patchwork (パッチワーク), en particulier, me donne cette impression. Le septième morceau Hidokei (日時計) compte parmi mes préférés de cet album, car elle y chante comme le vent qui fait tourner les choses (まわるまわる日時計のかげ), qui s’apaise parfois et se met ensuite à gronder. Beaucoup de sentiments nous traversent quand on écoute sa musique et il faut se garder quelques moments privilégiés pour l’écouter en toute sérénité. J’ai volontairement écouté pour la première fois l’album 0 dans le parc central de Nishi-Shinjuku, assis sur un banc pendant environ une heure.

色々ウォーク❶❷

Je me remémore les dernières journées du mois d’Août avec ces quelques photos prises à Ginza, dans une petite rue devant le théâtre Kabukiza, et à Akasaka. Nous ne sommes qu’au début du mois de Septembre mais l’été semble déjà bien loin. Les températures plutôt fraîches et le ciel grisâtre nous le rappellent suffisamment. Ça me fait beaucoup de bien de voir les couleurs chaudes des photographies de ce billet, surtout le bois de la pâtisserie japonaise Toraya à Akasaka, conçue par l’architecte Hiroshi Naito. Nous y allons exprès pour les petites montagnes de glace pilée Kakigōri (かき氷) recouvertes de thé vert et cachant à l’intérieur des haricots rouges. Ce n’est pas la première fois que nous venons dans cette pâtisserie et j’aime prendre ce bâtiment en photo. Nous y allions déjà avant la reconstruction complète du bâtiment qui donne à cette pâtisserie sa forme actuelle. Au sous-sol de Toraya, une exposition photo montrait d’ailleurs les évolutions architecturales de l’enseigne à Tokyo. De l’autre côté de la rue, se trouve le temple Toyokawa Inari que nous visitons également très souvent. J’en parlais avec un peu plus de détails sur un billet précédent. Dans un prochain billet, je montrerais la “maison mère” de ce temple se trouvant comme son nom l’indique dans la ville de Toyokawa, dans la préfecture d’Aichi.

Ce billet conclut cette petite série de 12 billets parcourant divers endroits dans Tokyo. Je ne suis pas mécontent de terminer cette série même si, à vrai dire, elle ne se différencie pas beaucoup du reste des billets montrant des photos des rues de Tokyo. En fait, je crée souvent ce genre de séries en me disant que ce sera certainement la dernière. J’espère presque ne plus avoir aucune photo à montrer pour pouvoir passer à autre chose, pour me laisser un peu de temps pour réfléchir et écrire dans le vide et éventuellement trouver de nouvelles pistes et directions pour ce blog. J’ai un peu plus de mal à écrire en ce moment parce que l’inspiration se fait plus rare et l’envie même d’écrire un peu plus lointaine. J’ai pourtant en tête beaucoup de choses sur lesquels je voudrais écrire, des choses musicales notamment. Mais je me rends compte que je me répète beaucoup lorsque j’écris sur la musique que j’aime. Peut être que mon écriture n’est pas vraiment convaincante, même si on me fait remarquer de temps en temps que la mention d’un morceau ou d’un album a provoqué d’heureuses découvertes ou susciter des envies de découvrir un artiste ou un groupe. C’est une des raisons pour lesquelles j’écris à propos de la musique que j’aime sur ce blog. A part Sheena Ringo et Tokyo Jihen qui sont devenus un thème privilégié de ce blog, j’aime avant tout aborder les musiques indépendantes qui sont loin du mainstream. Je ne suis pourtant pas complètement allergique à la musique J-Pop mainstream qui passe régulièrement dans les émissions musicales à la télévision japonaise. J’ai une oreille plutôt curieuse et il y a parfois, de manière tout à fait improbable, des morceaux pourtant ultra commerciaux qui me plaisent énormément, comme celui intitulé ごめんね Fingers crossed de Nogizaka46 (乃木坂46), sorti en Juin 2021, dont un extrait de la vidéo sur YouTube illustre ce billet. La dynamique du morceau me plait beaucoup même s’il ne révolutionne en rien la J-Pop. J’écoute d’ailleurs régulièrement ce morceau en boucle car ça fait aussi beaucoup de bien de faire le grand écart de temps en temps.

東京99

Le premier jour de février de l’année 1999, le Boeing d’Air France me dépose à Narita en fin de journée. Ce n’est pas la première fois que je mets les pieds au Japon mais c’est bien la première fois que je vais entrer dans Tokyo, pour une période initiale de six mois de stage qui sera ensuite étendue sous d’autres formes jusqu’à maintenant. A cette époque, les vols long-courriers ne se posaient qu’à Narita et Haneda était plutôt réservé aux vols domestiques. Cette première entrée dans Tokyo était un long cheminement en bus limousine empruntant les autoroutes surélevées qui percent Tokyo à la hauteur d’immeubles de 4 où 5 étages. J’ai souvent dit dans quelques billets passés que l’autoroute surélevée intra-muros Shūto est le plus grand ouvrage architectural de Tokyo. C’est à la fois un formidable lien entre les différentes zones névralgiques de la ville, mais aussi une horrible cicatrice dans le paysage urbain. Le paysage avant l’arrivée dans le centre de la ville n’est pas des plus accueillants surtout de nuit. On est confronté à un mélange de barres d’immeubles quelconques et de docks maritimes, dont la froideur est saisissante. J’ai certes comme première impression celle d’un complexe urbain futuriste où l’humanité des lieux ne se dégage pas franchement. Tant que l’on navigue au dessus des âmes sur cette autoroute surélevée, la sensation d’une ville habitée ne se fait pas encore sentir. L’autoroute surélevée trace sa route comme un serpent cherchant son chemin dans le labyrinthe des rues et des rivières urbaines bétonnées. Lorsqu’il n’y a plus d’issues, l’autoroute plonge parfois dans les entrailles souterraines de la ville, pour reprendre sa respiration quelques centaines de mètres plus loin, en reprenant de la hauteur. Le bus limousine voyage d’hôtel en hôtel et termine sa course pour moi à Akasaka près du croisement de Tameike Sanno. Je ne séjournerais pas à l’hôtel mais dans un appartement loué au mois appelé Akasaka Royal Palace, qui n’a d’ailleurs de royal que le nom. Mais il faudra d’abord le trouver ce palace royal dans les rues sombres de lieux que je ne connais pas encore, en poussant péniblement une lourde valise. Il est pourtant assez proche mais il faut d’abord franchir un passage souterrain avec escaliers. On doit ensuite gravir une rue étroite sans trottoir en évitant soigneusement les taxis ayant pris leur élan depuis le bas de la pente. Après avoir tourné en rond plusieurs fois dans le quartier, je demande finalement mon chemin à une passante, d’un japonais hésitant. Elle se saisira aussitôt de ma carte et aura l’amabilité de m’accompagner jusqu’aux portes de mon palace royal japonais. Il fait nuit noire et l’appartement de la taille d’une chambre d’étudiant est bien sombre. Je me souviens de cette première nuit à Tokyo où le sommeil ne venait pas, peut être à cause du décalage horaire. Dans la nuit noire de la chambre, je me souviens m’être longuement demandé quelle idée m’était passé par la tête d’être venu m’installer aussi loin pour une période aussi longue de six mois. A ce moment-là, je n’avais aucune idée que 19 ans après, je serais toujours habitant de cette ville avec femme et enfant.

Je pense soudainement à mon arrivée à Tokyo en relisant Tokyo, c’est fini, le roman de Regis Arnaud publié en mars 1999, car la première scène du livre se déroule à l’aéroport de Narita. Je l’ai commandé et reçu récemment après une envie soudaine de le relire. Je l’ai lu pour la première fois l’année de sa publication en 1999 et je me souviens qu’on se le passait entre amis coopérants du service national à l’étranger (ou CSNE, équivalent du VIE maintenant). Il y avait une certaine proximité entre la situation des personnages du bouquin et la notre, ce qui rendait ce roman tout spécialement intéressant. Il devait se dérouler une ou deux années avant mon arrivée à Tokyo. On y reconnaissait quelques lieux que l’on fréquentait également de temps en temps à l’époque. Le trait était pourtant forcé et le portrait des jeunes français en mission à Tokyo, changeant de compagne à la moindre occasion, était même assez peu reluisant mais sans être dénué de certains traits d’humour. À vrai dire, personnellement, je ne me reconnaissais pas vraiment dans ce type de personnage sur-jouant leur culture française, mais comme eux, j’ai passé ma véritable jeunesse, la période de mes 20 ans, ici à Tokyo. Me revient maintenant le souvenir des dimanches matin après des nuits trop courtes dans les rues et boites de Tokyo, vers 4h quand il était temps pour nous de se séparer et de rentrer se coucher, alors que le soleil lui était déjà en train de se lever. Les rues de Shibuya près du croisement étaient calmes, mais loin d’être désertes à cette heure-ci. Il y avait des corbeaux et leur croassement m’était insupportable quand j’essayais de dormir pendant la journée du dimanche pour ne me réveiller que lorsque le soleil se couche déjà. C’était il y a 19 ans, et ça me paraît être une éternité. Je me dis maintenant que j’aurais du écrire un journal à cette époque pour me souvenir maintenant de tout ce qui s’est passé. Ce n’était pas ma priorité car il fallait d’abord que je vive ma jeunesse à Tokyo avant toute chose. Il ne me reste que quelques bribes de nouvelles provenant de mon ancien site internet et réunies à posteriori avant le premier article du blog. Peut être devrais-je faire travailler ma mémoire et coucher sur le papier ou les pages de ce blog mes souvenirs de cette époque.


Les 4 photographies de cet article ont été prises en 1999 avec un appareil photo Kodak APS. De haut en bas: (1) une vue du balcon de mon premier logement à Akasaka, (2) une vue sur le Rainbow Bridge depuis Odaiba, (3) une vue sur Akasaka sans les tours Akasaka Sacas et Tokyo Mid-Town pas encore construites, (4) une vue sur Marunouchi sans la plupart des tours actuelles.

Tokyo en Noir et Blanc 4

On continue la série des photos de Tokyo en Noir et Blanc avec en toute logique la 4ème partie. Pratiquement toutes les photos ont été prises lors d’une très belle journée de Novembre, pendant une longue marche à pied de Ebisu en passant par Naka-Meguro jusqu’à une petite banlieue de Sangenjaya. J’ai ajouté assez peu de photos cette fois-ci, à vrai-dire. Il faut tout simplement que j’essaie d’être un peu plus sélectif sur les photos que je mets sur ce site, il y a en tout presque 2000 photos sur le site, ça fait un peu beaucoup (NDLR: « ça fait trop »).

Vieille voiture à Ebisu

Ebisu, rivière bétonnée

Immeubles mysterieux sur la Meiji Dori

Près de Daikanyama

Escaliers. Daikanyama

Magasins Beams à Daikanyama

New Otani, Hotel à Akasaka

Hôtel et restaurant devant le New Otani, Akasaka

Pot de fleur. Naka-Meguro

Vers Sangenjaya, sur la 246

Banlieue de Sangenjaya, temple a Sho-In

Boutique Polka Dots

Joeurs de Go dans un Club donnant sur la rue

Immeubles de Shibuya au loin