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Le flyer de l’exposition de l’artiste sculpteur australien, installé au Royaume-Uni, Ron Mueck au Mori Art Museum de Roppongi Hills m’a tout de suite intrigué. On y voit des immenses crânes blanchâtres entassés de manière aléatoire les uns au dessus des autres. Cette immense installation intitulée Mass est une des oeuvres les plus emblématiques de l’exposition et celle que j’ai vu le plus souvent en photographie sur les comptes Instagram ou X de personnes que je suis, notamment d’artistes musiciens et musiciennes attirés par le côté sombre de la force.

Ron Mueck est avant tout connu pour ses sculptures hyperréalistes représentant des êtres humains avec un niveau de détail saisissant. Son œuvre se caractérise par un réalisme extrême avec des reproductions d’une précision impressionnante des textures de la peau, des rides du visage, des cheveux et expressions faciales. Les expressions des visages sont particulièrement poignantes car celles-ci expriment souvent des sentiments cachés, mitigés ou refoulés mais qu’on devine tout de même. On peut, à travers ces visages, ressentir des émotions qui relèvent parfois de l’étrange ou d’un état de malaise. Les sculptures de Ron Mueck jouent souvent sur les échelles avec des personnages beaucoup plus grands ou beaucoup plus petits que la taille réelle. L’exposition qui se déroule du 29 avril au 23 septembre 2026 montre 11 œuvres majeures de l’artiste, incluant sculptures, installations et une longue vidéo montrant Ron Mueck au travail dans son atelier londonien.

Dès le début de l’exposition, on est confronté à une œuvre monumentale intitulée In Bed (2095), mesurant 6,5 mètres de long et environ 4 mètres de large, représentant une femme allongée dans son lit. Elle est plongée dans ses pensées, dans un moment de solitude, et d’inquiétude peut-être. L’œuvre est monumentale mais évoque une expérience intime. On ressent un sentiment étrange de proximité comme si on était entré dans son intimité et de distance car la taille de l’oeuvre nous éloigne d’une réalité trop évidente. En face de cette grande sculpture réaliste, une œuvre beaucoup plus réduite intitulée Young Couple (2013) représente un jeune couple dont la tendresse apparente cache une relation plus ambiguë et potentiellement inquiétante. En faisant le tour de la sculpture, on remarque vite que la main du jeune garçon serre le poignet de la jeune fille, transformant une scène à priori romantique en une scène de tension et de possible domination. Les textes accompagnant chaque œuvre nous éclairent sur les intentions de l’artiste, mais on se laisse aller à toutes sortes d’interprétations.

L’œuvre intitulée Ghost (2014) représente une adolescente en maillot de bain, adossée à un mur, les bras le long du corps et les poings serrés. Elle regarde de côté comme pour éviter le regard des visiteurs. On ressent dans l’expression de son visage une gêne et le malaise d’une adolescente vulnérable. Sa taille et ses proportions sont légèrement déformées avec des jambes et des pieds allongés. On ressent un certain trouble en la regardant car l’adolescente paraît tout à fait humaine mais en même temps insaisissable, comme le suggère le titre Ghost. Cette œuvre évoque le sentiment de se sentir étranger à soi-même au moment de l’adolescence, comme si l’on hantait son propre corps. L’œuvre intitulée Chicken / Man (2019) est plus surréaliste. La scène montre un homme âgé en sous-vêtements assis à une table et faisant face à un poulet. On devine une tension entre ces deux personnages mais la scène reste énigmatique voire même humoristique. Là encore, le visiteur est laissé à sa propre imagination. On a l’impression d’être témoin d’un moment privé, mais l’étrangeté de la scène nous fait plutôt penser à un rêve. Parmi les œuvres particulièrement impressionnantes de Ron Mueck, on peut compter celle intitulée Mask II, qui représente le visage endormi de l’artiste, agrandi à environ quatre fois sa taille réelle. Cette tête façonnée de manière ultra réaliste dort devant nous. Le masque donne l’idée que l’autoportrait n’est qu’une façade montrant une version réaliste de son propre visage, mais cachant derrière une réalité intime que l’artiste ne souhaite pas vraiment révéler.

On progresse parmi les œuvres placées dans de vastes pièces blanches, entrecoupées par des photographies de l’atelier de l’artiste. Les photographies sont prises par le photographe britannique (d’origine française) Gautier Deblonde. Elles replacent certaines œuvres dans le contexte de la création. Le film documentaire qui est projeté dans une salle de l’exposition montre également le travail au long cours de l’artiste. Ron Mueck n’est pas très prolifique car chaque sculpture est extrêmement longue à fabriquer. Chaque œuvre demande un temps disproportionné, entre modélisation en argile ou cire, moulages complexes, peinture hyperréaliste couche par couche et ajustements millimétriques des expressions et de la peau. La création d’une sculpture peut prendre de plusieurs mois à plusieurs années. Il est aidé mais ne délègue quasiment pas les phases finales.

Vers la fin de l’exposition, se présente devant nous une autre scène surréaliste composée de 100 crânes humains géants sculptés, que l’artiste dispose de manière différente pour chaque espace d’exposition. On traverse cette scène parmi les crânes entassés de manière apparemment aléatoire. Cette gigantesque installation intitulée Mass (2016-2017) est d’une grande force. Le regroupement de ces crânes humains tous uniques évoque la mort et la mémoire, et certains aspects sombres de l’histoire humaine. La présence de l’œuvre est écrasante mais on ne se sent pourtant pas oppressé, très certainement en raison de la taille démesurée de ces crânes. On pourrait même y voir un certain aspect ludique. J’avoue même avoir imaginé pendant un bref instant visiter cette exposition avec mes petites nièces qui auraient très certainement pris un malin plaisir à se faufiler en souriant entre les immenses crânes, comme on se cacherait dans une cabane. L’exposition n’interdit pas cela et je pense que c’est même tout à fait volontaire, l’auteur jouant sans cesse avec les sentiments du spectateur. Il n’y a pas d’émotions évidentes ou forcées. On se crée soit même ses propres histoires, liées à notre vécu personnel.

Avant de voir cette exposition, j’avais de l’artiste Ron Mueck l’image de son imposante sculpture Standing Woman de 4 mètres de haut représentant une vieille dame de ma manière hyper-réaliste. Elle se trouve au Towada Art Center (十和田市現代美術館) situé dans la préfecture d’Aomori. J’avais d’abord imaginé qu’on la verrait lors de cette exposition au Mori Art Museum mais je me suis vite ravisé en imaginant la complexité de transporter une sculpture d’une telle taille. Les sculptures réalistes de Ron Mueck m’ont rappelé celles de l’artiste australienne Patricia Piccinini, que nous avions découvert il y a 22 ans au Musée d’Art Contemporain Hara (désormais fermé) , près de Shinagawa. Les personnages créés par Patricia Piccinini sont pareillement super réalistes mais mélangent un aspect science-fiction que l’on ne trouve pas chez Ron Mueck. La série d’œuvres toutes plus étranges les unes des autres s’intitulait We Are Family et est toujours visible en partie sur le site internet de l’artiste.

Ces textures humaines à la fois naturelles et étranges m’ont tout de suite rappelé la couverture de l’album Dumb Flesh de Blanck Mass sorti en 2015. Blanck Mass est le projet solo de l’artiste britannique électronique Benjamin John Power, également connu pour avoir cofondé le duo expérimental Fuck Buttons avec Andrew Hung dont je ne connais que l’hypnotique Surf Solar. Sa musique mélange des sons ambient et drone, des atmosphères industrielles et une électronique très rythmée n’excluant pas les expérimentations. La photographie de couverture de Dumb Flesh a été réalisée par le photographe britannique Alex de Mora, un ami proche de Benjamin John Power, et évoque une masse organique humaine à la fois charnelle et étrangère. Cette photographie s’accorde bien avec l’approche très physique de l’album et me rapproche de la force émotionnelle que peut apporter l’exposition que je viens de voir de Ron Mueck. Le morceau Dead Format, que je connais depuis sa sortie il y a dix ans, a cette force écrasante sans compromis. Cette musique est physiquement puissante, immersive et intense jusqu’à l’excès assumé. Les grandes et amples nappes de synthétiseurs accompagnent des rythmes massifs qui ne peuvent laisser indifférent. Ce sont les voix tellement distordues qu’on se demande si elles sont vraiment humaines qui m’attirent aussi beaucoup sur cet album de Blanck Mass. Sur Dead Format, cette voix qui se répète avec acharnement est entêtante. Sur le morceau Loam qui ouvre l’album, la voix modifiée et extrêmement ralentie devient même obsessionnelle. Le rythme de certains morceaux comme Loam ou No Lite est beaucoup plus lent et joue sur la longueur. Le morceau No Lite, long de dix minutes, est sublime dans le genre, accompagné d’une onde drone tonale qui accapare notre cerveau. Cette onde répétitive pourrait placer notre esprit dans une situation de comfort mais le rythme très soutenu nous empêche de perdre prise. De cet album, je connaissais également le morceau Cruel Sport qui est aussi un excellent moment de l’album. Les sonorités électroniques sont mécaniques et semblent inarrêtables, progressivement agrémentées de sons beaucoup plus distordants et puissants. Cette montée en puissance impressionne car elle est extrêmement bien huilée. Elle nous laisse ensuite entre les mains d’un rythme étrange qui me fait penser à une tentative de communication extraterrestre. Je montre également quelques photographies de cette exposition sur mon compte Instagram, accompagnées du morceau Dead Format de Blanck Mass.

Formes futuristes organiques (troisième série) et autres univers irréels

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« Souvenons nous des étoiles lointaines, celles que l’on se persuadait de voir au plus profond de la nuit lorsque la Ville dort et que ses lumières s’épuisent. Elles clignotent d’usure et pendant un bref instant de noirceur idéale, elles nous laissent entrevoir toute l’éternité. Elles nous manquent ces étoiles à Tokyo. On ne s’en souvient que dans les livres. Cette éternité là nous échappe et la retrouver nous est nécessaire. En attendant, on se contente de la lumière de la Ville comme moindre consolation. »

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« Elle regarde depuis la porte vitrée de la petite chambre un point fixe dans la foule. Le mouvement incessant, les montées et descentes des escalators vers la station de métro ne perturbent pas ce regard fixe et concentré. Lorsqu’elle ferme enfin les yeux, le mouvement s’interrompt devant la gare jusqu’à ce que l’alarme du réveil vienne remettre tout ce monde en mouvement. »

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« Le taxi frôle le rouge du feu devant le koban du quartier voisin. Il maitrise parfaitement cet infime instant où la traversée est toujours possible, sans éveiller les réflexes du gardien du quartier, de toute façon plus occupé à aiguiller les impatients vers un lieu de rendez-vous introuvable. Il s’engouffre ensuite dans une rue étroite en pente et sens unique, chavire à droite puis fonce à gauche en évitant les poteaux électriques qui débordent volontairement sur la rue. Il navigue en rythme mais sans musique pour guider l’enchainement de ses mouvements. Quelle pourrait être l’influence de la musique stridente et expérimentale que j’écoute en ce moment sur le rythme de conduite de ce taxi? Une sortie de route garantie au premier virage, ou au contraire une dextérité décuplée qui viendrait nous faire tenter les virages à la corde, les freinages avant les lignes blanches juste après le « 止 », et un final de course comme une danse de tôle froissée. »

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Bien que je sois en pause de blog, je ne résiste pas à l’envie de montrer mes derniers dessins version A3 de formes futuristes et organiques. Sur le dernier dessin, en tête d’article, je m’essaie à représenter des formes « reconnaissables », comme ce dragon futuriste. Je pense continuer sur cette voie petit à petit. La série de dessins de ce billet est en fait la troisième série, suite à la deuxième sur format A3 Nobi (légèrement plus grand que le format A3, ce qui m’embête bien car je ne peux les scanner) et la première série en format A4. J’ai scanné cette troisième série chez Kinko’s, c’est donc d’une bonne qualité qui me permettra de les intégrer plus tard dans un futur photobook, mon 5ème photobook, celui-ci mélangera probablement dessins et compositions photographiques. C’est une idée que j’ai en tête depuis un petit moment, mais il me faut construire le contenu. Mes créations personnelles en ce moment se limitent au dessin, car je ne prends plus beaucoup de photographies de rues ou d’architecture en ce moment. Il faudrait que je prenne un peu de temps pour faire une promenade solitaire afin de refaire le plein de photographies. En fait, quand je regarde l’année précédente, les mois de froid de janvier et février ont été également assez peu productifs en photographies.

Quant au blog, je ne l’ai pas vraiment arrêté, je n’ai pas vraiment trouvé un nouveau concept non plus, mais j’ai envie de mélanger un peu plus ce que je crée (les dessins, les photographies, les compositions graphiques et musicales, …) avec ce que j’aime et m’intéresse (musiques électronique et alternative, films, expositions, livres, architecture, Tokyo …) à travers photos et textes, ou liens internet. En fait, dans le passé sur ce blog, j’aimais beaucoup écrire des longs billets qui mélangent beaucoup de choses, de sujets différents, comme un patchwork. J’ai toujours cette idée du blog comme un carnet de voyage, un moleskine sur lequel on vient coller les uns à côté des autres des petits textes griffonnés, des morceaux de photos usées, des billets de musées, un dessin ou un plan de lieu… J’essaie de faire un peu cela sur mon journal de bord écrit (que je ne partage pas sur internet cependant), sans le côté brouillon du carnet de voyage, car il y bien longtemps que je vis au Japon (en fait cela fait 17 ans depuis le 1er février) et que toute impression de voyage a longtemps disparu en moi quand il s’agit du Japon.

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Un soir à la sortie du bureau, pas trop tard, vers 8h quoi, je passe faire un tour au dernier étage du libraire Maruzen du Building Oazo à Marunouchi, juste en face de la gare de Tokyo. Au dernier étage, on peut trouver un nombre important de livres et de magazines étrangers, un peu comme au Kinokuniya de Shinjuku (à coté du Takashimaya). On paie le prix fort par contre, par rapport au prix Amazon.com, mais c’est agréable de se promener dans les rayons pour y découvrir par hasard des choses intéressantes. C’était le cas de ce livre bilingue, japano-anglais, de Nobuhisa KANEKO intitulé « Surprise! » ou « おどろかす » qui nous montre un grand nombre de Ukiyo-e de Utagawa Kuniyoshi (1797-1861). J’apprécie en général les estampes Ukiyo-e mais je les regarde avec un regard distrait. J’ai par contre été vraiment happé par l’oeuvre de Kuniyoshi, par ses représentations de monstres à la fois humoristiques et inquiétants. On y voit des squelettes géants, comme la sublime image ci-dessus du « vieux palace hanté de Souma », des poissons à têtes humaines ou des représentations d’acteurs de l’époque à têtes d’animaux. Cette représentation, ci-dessus, de monstres appréciant tranquillement la fraicheur d’une soirée d’été (道外化もの夕涼) est pleine d’humour et même les animaux de compagnie sont des petits monstres. Chacune des 42 ukiyo-e présentées est accompagnée d’un court texte explicatif qui vient nous expliquer le contexte de chaque oeuvre. A la maison, Zoa n’arrête pas de me parler de yōkai (créatures fantastiques) avec son jeu vidéo 3DS yōkai-watch, extrêmement populaire chez les petits garçons de son âge. A ma manière, j’avais ce désir inconscient de découvrir cette culture du monstre à la japonaise, que ce livre permet d’aborder avec beaucoup d’élégance.

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Des monstres, on en voit aussi en musique, sur les pochettes des albums de Grimes, très inspirées par le manga fantastique. Grimes est le nom de scène de la jeune artiste canadienne Claire Boucher. Elle dessine les pochettes, mais surtout compose et interprète la musique électronique pop expérimentale de Grimes. Chacun des 14 morceaux de son nouvel album « Art Angels » possède son dessin correspondant, et j’aime cette correspondance entre art et musique, qui contribue notamment à mon désir d’écoute. J’ai découvert Grimes en 2012 avec quelques morceaux de son album « Visions », notamment les morceaux Genesis et Oblivion, et j’avais également tenté quelques morceaux sur son précédent « Halfaxa ». Avec « Art Angels », on ressent une évolution certaine dans la qualité de la production, la profondeur des sons et la mue de la voix frêle de Claire Boucher vers une voix plus affirmée et plus claire (justement). En fait, ce que j’aime surtout, c’est son approche « artistique » qui conçoit un tout entre musique et visuel (art et vidéo), sans donner l’impression de subir une influence extérieure. Les morceaux de « Art Angels » sont parfois inégaux, mais il y a un grand nombre de morceaux clés comme Flesh without Blood, Kill V Maim, Pin, Realiti ou Butterly, comme mélange toujours pop alternative et expérimentation.

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Je mets toujours un peu de temps avant d’acheter des morceaux de musique sur iTunes, et je prends encore plus de temps à me décider d’acheter un album entier. J’écoute en général des morceaux petit à petit. J’ai acheté assez peu d’albums en entier ces dernières années: celui de Grimes « Art Angels » ci-dessus, l’album de Oneohtrix Point Never « Garden of Delete » dont je parlais il y a quelque temps dans un billet, le EP de Kelela « Hallucinogen », des albums de Sonic Youth, de Autechre, de Boards of Canada, celui de Clark du même nom, de SBTRK intitulé « Wonder where we land » ou encore Flying Lotus avec l’extrêmement brillant « You’re Dead ». Bref, assez peu d’albums d’une manière générale, car je préfère picorer par ci par là, sauf quand un album s’avère excellent de morceau en morceau ou lorsqu’il forme un tout.

Pour Arca typiquement, j’hésite encore à me procurer l’album « Mutant » en entier. J’écoute trois morceaux de cet album en ce moment: « alive », « Vanity », qui est certainement le morceau phare de l’album, et « Soichiro ». Il s’agit d’électronique expérimentale. Comme pour « Garden of Delete » de Oneohtrix Point Never, ce n’est pas forcément à mettre entre toutes oreilles. C’est une musique puissante et organique, qui semble se modifier à son propre gré. Sur « Vanity », le son électronique est très beau, tout en hésitation, il progresse doucement et s’affirme avec plus de force par moment dans un flot de notes qui s’entrechoquent.

Je reviens très régulièrement sur le morceau « Dead Format » de Blanck Mass. Parfois, ce type de morceaux sans concession, qui trace sa route sans détour, fait beaucoup de bien. Par exemple, après une journée difficile, ce morceau remet sur les rails. Il n’est pas à écouter en boucle sous peine de perdre la tête, mais une fois de temps en temps, comme une piqure de rappel. Je n’avais pas vraiment exploré d’autres morceaux de cet album, à part « Cruel Sport » que je découvre plus en avant. Bien que n’étant pas aussi prenant que « Dead Format », j’aime beaucoup le rythme répétitif et marquant comme une machine (peut être de salle de sport, si on en croit le titre). Le fond sonore prend petit à petit de plus en plus de place et d’espace sonore dans le morceau, pour devenir même strident par instant. Vers la moitié du morceau, une voix étrange et incompréhensible vient accompagnée le morceau, comme sur « Dead Format ». Vers la fin du morceau, tous les sons s’additionnent et la machine devient inarrêtable, jusqu’au coup de frein progressif des dernières dizaines de secondes.

Toujours en musique électronique, mais dans un style plus adouci et éthéré, je découvre un morceau de Actress « Ascending » sur l’album « R.I.P. ». A vrai dire, j’avais repéré cet album depuis un petit moment car il est sorti en 2012, mais l’occasion ne s’était jamais présentée de le découvrir. Bien que cette musique soit moins poignante que Arca ou Blanck Mass, j’apprécie ce rythme sursautant dans une ambiance de rêve. En fermant les yeux, c’est comme si on rêvait à quelque chose d’agréable mais qui reste toujours à distance, qui ne serait jamais atteignable.

Pour terminer en musique. Je ne connaissais pas du tout Deru et je l’ai découvert par hazard sur Youtube après avoir écouté un ou deux morceaux de Actress. Sur l’album intitulé 1979, j’écoute le morceau titre qui est rempli de mélancolie. La musique est volontairement grésillante comme un vieux souvenir, et tourne comme une bande sonore avec quelques notes qui se répètent sans fin sous une ambiance sonore en fond qui évolue doucement. Cette musique force à une sorte de méditation. J’hésite à parcourir le reste de l’album, car bien que ce premier morceau est d’une grande beauté, j’ai un peu peur de rentrer pleinement dans cette mélancolie musicale.

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Fin décembre 2015, je suis allé voir le nouvel épisode de Star Wars, « The Force Awakens » au cinéma Toho de Roppongi Hills, et je l’ai trouvé superbe, sans fausses notes et d’une très grande qualité d’exécution comme on est désormais habitué avec JJ Abrams (Bien que n’appréciant pas spécialement l’univers de Star Trek, j’avais beaucoup aimé et été impressionné par les deux épisodes réalisés par JJ Abrams). Je retournerais le voir avec plaisir (ce que j’ai fait récemment en fait en version japonaise avec Zoa), car c’est captivant de voir se dérouler l’histoire dans une telle atmosphère. L’empreinte du réalisateur est évidente, ce qui fait que ce Star Wars est différent des autres.

En même temps, bien qu’ayant beaucoup apprécié le film, j’ai quelques points de réserve qu’on ne peut éviter de mentionner, notamment sur le fait que le film fonctionne constamment en clin d’oeil vers les anciens épisodes (surtout l’épisode 4 « A new Hope »). Beaucoup de scènes sont ouvertement inspirées: Jakku ressemble beaucoup à Tatouine, on retrouve une scène de taverne, toujours cette relation père et fils, une nouvelle Death Star mais en plus puissante (Starkiller cette fois-ci). Bien sûr, retrouver les personnages de Han Solo, Leila ou Chewbacca ou encore l’increvable Millenium Falcon (qui était déjà dépassé dans l’épisode 4) est un réel plaisir, qu’on ne boude pas. Mais on a l’impression que JJ Abrams ne voulait tellement pas décevoir les fans qu’il n’a pas voulu s’éloigner des idées et du scénario de l’épisode 4. C’est assez frappant et un peu dommage, car on aurait aimé une histoire un peu plus originale. Le scénario pêche vraiment sur cet épisode.

Je suis aussi un peu déçu par les vaisseaux et les décors. Bien que les paysages de Jakku dans le sable et les dunes avec ruines d’une guerre passée où s’entassent quadrupodes et croiseurs impériaux échoués, soient vraiment superbes et symboliques, beaucoup des décors des autres planètes ressemblent un peu trop à mon avis à des décors terriens. On a l’impression parfois que ça se passe en Bretagne (sur la dernière scène par exemple, même en exagérant un peu). J’aurais aimé voir un plus grand détachement, avec des décors fantastiques comme dans les épisodes précédents (les premiers épisodes 1, 2 et 3 par exemple). J’ai un peu de mal à imaginer que la végétation et les roches sur une planète à priori très éloignée ressemble à ce point à celles de la Terre. On regrette également de ne pas voir plus de nouveaux vaisseaux et engins, car il n’y a pas beaucoup d’évolutions techniques entre les épisodes 4, 5 et 6 et ce nouvel épisode, on retrouve quasiment les mêmes X-Wing et Tie-Fighters. Dans les épisodes précédents, on était impressionné par exemple de découvrir pour la première fois les quadripodes impériaux sur la planète Hoth dans l’empire Contre Attaque, et ça faisait partie du rêve. Rien de très nouveau donc côté mécanique dans ce nouvel épisode. Mais on est tout de même ravi de revoir le Millenium Falcon en action (et quelle action!). Les prises de vue sont superbes ainsi que les interactions avec les éléments, comme par exemple les scènes où l’escadre de X-Wings frôle la surface de l’eau, les effets de lumière quand le Millenium Falcon fait des acrobaties avant de plonger dans les ruines d’un croiseur.

On rencontre également une copie de Darth Vador, en la personne de Kylo Ren, mais avec un lien de descendance un peu différent de celui de l’épisode 4, 5 et 6. Il est très réussi, notamment dans ses moments de colère soudaine. Par contre, quand il enlève le masque, on est surpris de voir une tête d’adolescent, ce qui est un peu déconcertant. J’aime beaucoup le personnage de femme forte de Rey (la Luke Skywalker de cet épisode) et l’humour de Finn (le Han Solo jeune de cet épisode, peut être) et les gros plans en images de synthèse de Maz Kanata avec ses binocles ajustables. Bref, le film a une personnalité bien à lui, très bien fait dans l’image, le son des sabres lasers et la dynamique. J’aurais aimé y voir un peu plus de nouveautés, moins de clins d’oeil et un peu plus de prise de risques dans le scénario. Tout ceci ne m’a pas empêché de le voir deux fois, une deuxième fois en non-3D avec Zoa.

Et voir ce nouvel épisode a relancé ma passion pour cette saga. Je me suis procuré un beau livre intitulé « The Art of Star Wars: The Force Awakens ». Je suis tombé dessus par chance au Maruzen de Marunouchi, en même temps que le livre de Ukiyo-e ci-dessus. L’auteur Phil Szostak, intégré dans les équipes de Lucasfilm, nous montre la genèse du design artistique de cet épisode à travers une approche chronologique de Janvier 2013 jusqu’à Janvier 2015. On y découvre un très grand nombre de concepts, de dessins de décors, personnages, machines et vaisseaux par l’équipe d’artistes autour des deux co-production designers Rick Carter et Darren Gilford. On y voit beaucoup de concepts qui n’aboutiront finalement pas dans la version finale (ce qui est parfois dommage dans certains cas). On comprend le long travail de conception de Kylo Ren, dû certainement à la pression de créer un personnage aussi emblématique que Vador.

Un livre en amenant un autre, je me décide de commander sur Internet un magazine numéro spécial de ImagineFX, intitulé « The Art of Film: Star Wars ». Ce magazine de 180 pages montrent l’univers de Star Wars vu par une cinquantaine d’artistes, plus ou moins impliqués d’ailleurs dans cet univers. Certains sont en contrat avec Lucasfilm, d’autres ont seulement eu l’occasion de créer quelques oeuvres dans le cadres d’événements Star Wars spécifiques. Pour beaucoup d’entre eux, le créateur original, Ralph McQuarrie, qui a conçu avec Georges Lucas tous les éléments majeurs de la première trilogie, est un modèle et une inspiration. Les styles et approches des artistes sont bien entendus très différents et ont parfois pour objet l’univers étendu de Star Wars (non directement inspiré des lieux et personnages des films), comme la peinture ci-dessus d’une apprentie au sabre laser rouge par le français Simon Goinard.

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En continuant sur ma lancée Star Wars, j’en viens à vouloir redécouvrir la première trilogie. J’étais trop jeune à l’époque pour voir les trois épisodes au cinéma. Je les ai découvert à la télévision et revus de nombreuses fois sur cassette VHS. Je me suis procuré récemment trois gros livres par JW Rinzler sur le making of des épisodes 4, 5 et 6 qui annoncent raconter l’histoire définitive de la création de chaque épisode avec de nombreuses photos et textes. J’en ai bien pour un an pour tout lire, mais ça s’avère passionnant. J’étais passionné de cinéma il y a 20 ans et cet intérêt renait dernièrement.

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Pour conclure ce long article, je reviens vers une autre forme de futur, celle des courses anti-gravité. J’étais grand amateur du jeu Wipeout 2097, de Psygnosis, lorsqu’il était sorti en 1996 sur la première Playstation. Je le garde en tête comme une référence que j’ai toujours cherché à retrouver. C’est un peu le cas avec Fast Racing Neo de Shin’en. Les graphismes y sont superbes mais c’est surtout la vitesse des vaisseaux anti-gravité qui impressionne. On a peu de temps pour admirer les décors, ce qui est un peu dommage vu la qualité des lieux, que ça soit les jungles luxuriantes ou les villes futuristes. On slalome entre les immeubles à Chuoku City, on survole de très haut Sendai Outpost sur des voies étroites, on parcourt ce qui ressemble à une ville en ruine à Kamagori City. Chaque course demande une concentration de tous les instants et le moindre faux pas ne pardonne pas. Le jeu est beaucoup plus difficile que Wipeout (dans mes souvenirs), mais il y a un plaisir certain dans l’utilisation excessif des turbos. Cette vitesse est grisante et nous fait revenir dans la course malgré le sentiment de frustration dès qu’on loupe un virage pour atterrir dans le vide. Ce jeu de course futuriste tourne sur Wii U, c’est la seule console « nouvelle génération » que l’on a à la maison. Je ne parle pas souvent de jeu video sur Made in Tokyo, mais j’ai pourtant cette passion depuis de nombreuses années. Bizarrement, j’avais pratiquement arrêté le jeu video à mon arrivée au Japon, ce qui peut paraître assez contradictoire. Je m’y suis remis tranquillement depuis environ un an avec la Wii U et les émulations de jeux plus anciens sur OpenEmu sur iMac.