Tokyo & Pop (3)

La troisième partie de ces vacances de dix jours, de retour à Tokyo, nous amène une nouvelle fois dans l’univers du Studio Ghibli avec la visite du Ghibli Museum (三鷹の森ジブリ美術館) situé à Mitaka juste à côté du parc Inokashira que je connais bien. Le musée a ouvert ses portes en 2001 et c’était par contre la première fois que je le visitais. Une des raisons est qu’il faut s’y prendre bien à l’avance pour réserver ses places. L’ambiance à l’intérieur du musée Ghibli est différente de celle du parc Ghibli que nous avons parcouru à Nagoya. La taille est plus restreinte mais en même temps le musée est plus intime et artisanal. Il a été conçu comme une œuvre immersive et n’a rien d’un musée classique malgré son nom. Le musée est organisé autour d’un grand hall central avec un escalier en spirale et des vitraux colorés. Une salle d’exposition nous montre le fonctionnement de l’animation traditionnelle à travers la création des films Ghibli. On y trouve une salle de projection nommée Saturn Theater diffusant des courts-métrages exclusifs au musée et dont les tickets utilisent de vraies pellicules de films Ghibli. On y retrouve le chat-bus réservé là encore aux enfants de moins de 12 ans. La boutique appelée Mamma Aiuto!, un café restaurant sur le toit, d’autres salles remplies de dessins d’archives tirées des films, complètent ce musée qui ressemble à un véritable labyrinthe immersif. Les photos sont interdites à l’intérieur mais bien sûr possible à l’extérieur. Sur le toit, le célèbre robot gardien du Château dans le ciel se dresse fièrement et attend d’être photographié. De l’extérieur, le musée entouré de verdure est vraiment superbe. À l’intérieur, on ne voit pas le temps passer tant il est rempli de tas de choses.

Une des étapes du voyage de ma sœur et de mes nièces étaient de visiter Kamakura pendant une journée. Nous commençons par le grand sanctuaire Tsurugaoka Hachimangu (鎌倉鶴岡八幡宮), que j’ai maintes fois pris en photo. Un mariage s’y déroulait sur la place centrale. Nous nous dirigeons ensuite vers le grand Bouddha Daibutsu (鎌倉大仏) situé dans le temple Kōtoku-in (高徳院) près de la station Hase de la ligne Enoden. La petite ligne de train est très prisée et il y a foule, mais ça reste quand même acceptable. Nous débarquons ensuite à la station d’Enoshima pour rejoindre l’océan. Nous n’aurons pas le temps de visiter l’île d’Enoshima, mais nous n’avons pas pu nous empêcher de nous approcher de l’océan, un peu trop près même au point de se mouiller les chaussures.

Je disais dans mon précédent billet que le monde Sanrio est très populaire en ce moment. C’est d’autant plus vrai qu’une exposition dédiée à l’histoire de Sanrio est en cours en ce moment à la Mori Arts Center Gallery, tout en haut de la tour de Roppongi Hills. L’exposition Sanrio The Beginning of Kawaii Final ver. (サンリオ展 FINAL ver. ニッポンのカワイイ文化60年史) s’y déroule du 9 Avril au 21 Juin 2026. Cette exposition a fait le bonheur des filles et a complété mon éducation sur un sujet que je connaissais peu. Je suis maintenant incollable sur les personnages populaires de la marque. Les journées suivantes nous ont amené vers Ginza, notamment au Uniqlo Tokyo store conçu par Herzog & de Meuron. Le cabinet d’architecture suisse a travaillé par soustraction en retirant une grande partie des habillages commerciaux du bâtiment d’origine datant des années 1980 pour révéler sa structure en béton. Je voulais également montrer le sixième étage du grand magasin GINZA SIX pour sa librairie Tsutaya Books ponctuée de petites galeries d’art. Dans la galerie Foam Contemporary, nous découvrons l’exposition de l’artiste Chihiro Nakahara (中原ちひろ) intitulée Paradise of Kaiju (怪獣たちの楽園) qui se déroulait du 10 au 28 Avril 2026. Nous avons été comme hypnotisés par les scènes animées montrant une série de petites créatures imaginaires, inspirées des monstres de la série Ultraman, jouant librement devant nous, comme si on regardait un livre d’histoires animées. Alors que la fin de la journée approche, on se dirige vers la terrasse sur le toit de Ginza6. Des statues mouvantes créées par l’artiste Julian Opie sont installées sur un espace du toit et forme un espace ludique car on peut les faire tourner voire même les déplacer. Une autre installation du même artiste montrant des coureuses de marathon infatigables est visible dans le grand hall, remplaçant les gros chats spatiaux BIG CAT BANG de Kenji Yanobe. Sur le toit, une pluie fine bataille avec quelques rayons de soleil créant par la même occasion un bel arc-en-ciel.

Pour l’avant dernière journée, nous visitons le grand musée Edo-Tokyo qui vient juste de réouvrir ses portes après un long moment de rénovation. Nous ne visiterons que l’exposition permanente qui nous fait découvrir la vie à Edo puis à Tokyo à différentes époques. Là encore, les expositions sont très ludiques avec des grandes maquettes de l’ancienne Edo, des reconstitutions de maisons et d’appartements type Dōjunkai comme ceux de Daikanyama, aujourd’hui disparus et remplacés par l’immeuble Daikanyama Address. Plusieurs des journées étaient ponctués de visites familiales que je n’évoque pas en détail sur ces pages, et le planning du voyage était vraiment bien rempli sans aucuns temps morts jusqu’au retour à l’aéroport d’Haneda non sans verser quelques larmes.

江ノ電に乗って海へ

Je ne suis clairement pas le seul à aimer cette ligne de train Enoden, vu comme elle est pleine à craquer le week-end. Je ne sais pas ce que ça donne en semaine, mais dimanche dernier, le train était bondé malgré une météo grisâtre sur Kamakura. À vrai dire, je ne prends cette ligne de train que très rarement car elle est trop touristique, mais je m’étais mis en tête d’aller au petit temple de Gokurakuji. Je pense que c’est parce que le film Notre Petite Sœur (海街ダイアリー) de Hirokazu Kore-Eda se passe près de cette station et j’avais envie depuis quelques temps de retrouver l’ambiance des lieux. Un des principaux intérêts du film pour moi, plus que l’histoire du film, est le jeu magnifique des quatre actrices et les lieux où se passe l’action, à Kamakura et à Enoshima. Ce sont des lieux que j’aime beaucoup. J’ai la chance de pouvoir y aller assez régulièrement vu que la maman de Mari habite pas très loin de là.

La ligne Enoden était chargée mais on ne se marchait tout de même pas sur les pieds. C’était en fait beaucoup moins pire que je ne l’imaginais. Gokurakuji ne se trouve qu’à quelques stations de Kamakura, juste après le temple de Hase et le grand Bouddha. Gokurakuji est presque vide. Le ciel couvert et l’humidité forcent les couleurs, notamment des quelques fleurs aperçues dans le jardin du temple. C’est agréable de se promener dans ce silence. Autour de Gokurakuji, c’est la montagne et la forêt. Je suis au hasard une des routes bordées de maisons individuelles, pour voir jusqu’à quel point les habitations essaient de marquer leurs empreintes sur le naturel tout autour. Il y a quelques belles demeures dans ces coins isolés et même quelques étrangers qui doivent vivre ici. Je viens des campagnes françaises mais je me demande si je pourrais vivre loin de la ville. J’apprécie en tout cas énormément venir dans la région du Shōnan où se trouve Kamakura, car j’y ressens un rythme moins soutenu par rapport à la vie tokyoïte. C’est certainement dû au fait que nous y sommes que les week-ends ou les jours de vacances.

Depuis Gokurakuji, j’ai pensé un moment marcher vers la prochaine station, celle de Inamuragasaki au bord de l’océan, mais je me ravise et choisis plutôt de revenir en marchant jusqu’à la station de Hase, avec l’intention de reprendre le train Enoden à cette station là. Mari m’attend à Kamakura. En chemin, je découvre le petit temple Joju-in qui a la particularité d’offrir une vue superbe sur la plage de Yuigahama. Je ne connaissais pas ce temple mais je ne regrette pas d’y être monté. L’allée descendant vers le cimetière est bordée de quelques hortensias qui commencent à fleurir à certains endroits. Les jardins du temple Hase, réputés pour les hortensias, seront très certainement pris d’assaut dans quelques semaines. En descendant dans les rues près du temple Hase, je bifurque vers la mer. En s’approchant de l’océan, les magasins et centres d’entraînement à la planche à voile s’intensifient. On voit même des garages de maisons transformés en entrepôt à planches à voile.

En revenant vers la station de Hase, on doit traverser la ligne Enoden. Elle est sinueuse et semble se frayer un chemin tant bien que mal entre les habitations. La ligne passe tellement près de certaines maisons que les portails d’entrée donnent parfois directement sur la voie ferrée. Il faut donc vérifier que la voie est libre avant de rentrer et sortir de chez soi. Le conducteur du Enoden peut heureusement arrêter le train si nécessaire. Revenir vers Kamakura me ramène vers la foule. Cette petite promenade de quelques heures seulement m’a donné envie d’y revenir. J’irais peut être jusqu’à Inamuragasaki la prochaine fois.