







Depuis quelques années, je viens observer le festival automnal Oeshiki (お会式) qui se déroule autour du grand temple bouddhiste Ikegami Honmonji (池上本門寺). Cette année, la procession principale avait lieu le 12 Octobre dans la soirée, à partir de 17h ou 18h jusqu’à tard dans la nuit. Cette procession parcoure d’abord les rues du quartier d’Ikegami devant la gare, puis se dirige ensuite vers le temple Ikegami Honmonji en grimpant ses escaliers jusqu’au hall principal. Cette année encore, j’ai suivi le cortège parmi la foule. Il faut être patient car il y a du monde dans tout le quartier et la foule se densifie lorsqu’on approche de l’enceinte du temple. On ne s’ennuie pas en regardant le défilé des grandes lanternes fleuries appelées mantō (万灯) reproduisant des cerisiers en fleurs avec ornements en papier et structure illuminée de plusieurs étages. Ce festival commémore la mort de Nichiren, fondateur de l’école bouddhique du même nom. On dit qu’à sa mort, des cerisiers auraient fleuri de manière inattendue, ce qui explique l’utilisation de ce motif sur les lanternes mantō. De nombreuses lanternes de formes différentes défilent dans les rues d’Ikegami, accompagnées de tambours, de flûtes, de gongs et de chants. L’ambiance est plus populaire que religieuse. En tête de chaque cortège, on trouve des étendards traditionnels, historiquement associés aux pompiers d’Edo, qu’on appelle matō (纏). Ils sont manipulés avec vigueur effectuant des cercles dans les airs. Certains et certaines sont vraiment très habiles dans le maniement du matō, faisant parfois claquer les lamelles des étendards dans des mouvements secs. Il y a quelque chose d’hypnotisant dans ces mouvements lorsqu’ils sont effectués avec fluidité. En approchant ensuite du grand hall, on peut s’y procurer exceptionnellement un sceau goshuin. Je n’avais malheureusement pas amené mon carnet mais j’en prends un en format papier que je collerais ensuite dans mon carnet goshuinchō (御朱印帳). Une fois sorti du grand hall, on ne peut plus rejoindre l’escalier principal de pierre qui est à sens unique et on ne peut se diriger que vers l’arrière. Je bifurque rapidement vers un escalier étroit descendant la colline. Celui-ci est éclairé de nombreuses lanternes. En cours de descente, on aperçoit la tour Ikegami Honmonji Hōtō (池上本門寺宝塔). J’avais déjà vu en plein jour cette tour à la structure circulaire peu courante surmontée d’un toit richement décoré de sculptures. Cette tour est placée au milieu des tombes et se trouve à l’endroit où avait eu lieu la crémation de Nichiren en 1282. Le Hōtō a été édifié en 1830 à l’occasion du 550e anniversaire commémoratif de sa mort. Il ne s’agit pas d’un mausolée. Les cendres de Nichiren sont abritées un peu plus loin dans un pavillon octogonal en cyprès nommé Gobyosho (御廟所). En temps normal, on ne peut pas voir l’intérieur de la tour Hōtō, mais elle est exceptionnellement ouverte lors du festival d’Oeshiki, notamment en cette soirée du 12 Octobre. Voir cette tour et ses lanternes illuminées dans la nuit donne une ambiance assez particulière. J’aurais presque souhaité être dans la chaleur de l’été.

La découverte du fascinant album Jōen (静焔) du groupe coo:ya (空夜) dont j’ai parlé dans mon billet précédent m’a forcément incité à écouter le reste de leur courte discographie. Je commence par le EP Shōnen no Hi (少年の日) sorti en 2011 et contenant quatre morceaux, pour un total de 19 minutes, composés par Kurage Honda (本田海月) et écrits par miyo. Les morceaux du EP ne sont certes pas aussi marquants que les morceaux de Jōen, que j’ai encore en tête maintenant, mais n’en sont pas moins très beaux. On y trouve un côté mystique dans cette musique dès le premier morceau intitulé Akaya Akashiya Ayakashino (あかやあかしやあやかしの). Celui qui suit intitulé Omokage no Haruka (面影の遙か) reflète une atmosphère de mélancolie onirique à la fois douce et sombre. La composition musicale y est dense, avec un petit quelque chose de gothique mais avec une ambiance sonore qui me rappelle encore une fois le début des années 2000. La voix délicate, flottante et légèrement voilée de miyo y est très belle. Dans ce morceau comme dans le suivant Shōnen no Kisetsu (少年の季節), j’y trouve une dimension folklorique même si ce dernier prend des sonorités plus électroniques. Le groupe s’entoure d’un imaginaire visuel inspiré de sanctuaires et de forêts sacrés, que l’on retrouve en toile de fond dans les musiques de cet EP. Il se conclut avec un morceau intitulé Hishō (飛翔) beaucoup plus lent et infusé d’une mélancolie profonde libérée par des moments lumineux. Dans cette ambiance empruntée d’une tristesse retenue, je préférais quand même le sublime morceau Kibō (希望) au milieu de l’album Jōen.
Je continue ensuite avec leur premier EP Jōgen no Tsuki (上弦の月) sorti en Novembre 2002 et composé de six morceaux pour un total de 28 minutes. Je suis tout de suite surpris par le premier morceau Hypocrite qui met l’accent sur les guitares, dans un son qui se rapproche du shoegaze. La voix de miyo reste claire comme sur l’album Jōen et le EP Shōnen no Hi, mais les guitares rock sont ici beaucoup plus envahissantes sans pourtant éteindre sa voix. On retrouve dès ce premier opus de leur discographie cette approche pop immédiate mélangée à quelque chose de plus mystérieux et aérien. Cette ambiance continue sur les deux morceaux qui suivent Jōgen no Tsuki (上弦の月) et Setsuna no Yoru (刹那の夜). Je suis naturellement attiré par les sons combinant dream pop, shoegaze et textures éthérées, et ces trois premiers morceaux sont très réussis. Les deux qui suivent m’intéressent pourtant moins. On se laisse ensuite prendre par surprise quand les guitares lourdes reprennent du service sur le dernier morceau Enogu (えのぐ). En écoutant ce morceau en particulier, je me dis que certains traits de la voix de miyo ressemblent à ceux de Yuki à l’époque du groupe Judy and Mary, mais sans sa folie légère. Et du coup, je me mets à réécouter Judy and Mary, que j’avais beaucoup écouté il y a un peu plus de trois ans, en commençant par The Power Source.













