Bay Window Tower House

Je n’étais pas parti à la recherche d’architecture sur carte depuis longtemps. Je veux ici parler de recherche d’un bâtiment spécifique à partir de Google Maps, ne connaissant pas l’adresse du dit bâtiment. J’avais vu sur Internet des photos d’une petite maison individuelle intéressante nommée Bay Window Tower House, conçue par Takaaki Fuji + Yuko Fuji Architecture. Comme il s’agit de la résidence privée des architectes, l’adresse n’est bien entendu pas disponible. Les photographies de la maison montre un petit bâtiment encastré dans une zone résidentielle qu’on ne peut que très difficilement reconnaître. L’architecte a cependant montré sur son compte Instagram une photographie de paysage urbain que j’ai imaginé avoir été pris depuis le toit de cette maison car le nom de celle-ci était indiqué en tag. La vue est tout à fait quelconque mais je reconnais au loin la tour d’Opera City à Nishi-Shinjuku et au près une pharmacie. En regardant les distances approximative sur Google Maps, j’ai finalement trouvé cette maison que j’ai ensuite été voir sur place. Ce n’est pas la première fois que je pratique ce travail d’investigation sur des maisons individuelles. Les indices sont souvent beaucoup trop minces pour trouver quoique ce soit, mais un écriteau permet parfois de faire des belles découvertes architecturales.

Bay Window Tower House (出窓の塔居) a été achevée en 2020, combinant résidence et bureau pour un couple, leurs deux enfants et leurs deux chats. Elle se présente comme une tour composée d’un empilement d’étages de forme octogonale installée sur une toute petite parcelle de 44 m2. Les façades ont la particularité d’être recouverte de liège carbonisé, un matériau léger à forte propriété isolante, réduisant ainsi la charge calorifique du bâtiment. Les grandes baies vitrées à chaque étage et sur chaque face du bâtiment amènent la lumière naturelle et sont des lieux de vie où on peut s’asseoir. Une particularité de cette petite tout est d’avoir les quatre angles tronqués, lui donnant cette empreinte octogonale. Ces angles coupés permettent de libérer de l’espace au sol au rez-de-chaussée, évitent de bloquer les ouvertures des habitations alentour et permettent une meilleure circulation des flux d’air autour du bâtiment. On reconnaît dans ce design un respect pour le voisinage qui est bienvenu. L’habitat peut paraître bien entendu minuscule vue la taille du terrain mais les photographies de l’intérieur donnent tout de même une impression d’espace dans les pièces principales de vie. La vie semble s’organiser près de ces grandes fenêtres au bord desquelles sont installés des longs bancs. Je pense que la taille des vitrages permet d’ouvrir l’espace intérieur pour éviter les sensations d’étouffements. Le problème de vis-à-vis avec les voisins se présente car la tour est placée le long d’une étroite allée et est entourée de toutes parts par des maisons, mais sa disposition en diagonale sur le site essaie d’éviter au mieux cet aléas. Les qualités du bâtiment ont été reconnues car Bay Window Tower house a été récompensée du Young Architect Award for Selected Architectural Designs 2022 par l’Architectural Institute of Japan (AIJ) et par le Grand Prix 2022 de l’Architectural Design Association of Nippon (ADAN). Je me permets de montrer quelques photos de l’intérieur, disponibles sur le dossier de présentation sur le site de l’AIJ, afin d’illustrer mon propos. J’avais également montré sur mon compte Instagram quelques photos de cette maison.

images sans paroles (ε)

Le titre de cette série de billets impose que je ne parle pas des photographies que je montre mais comme d’habitude, je finis par me fatiguer moi-même de mes propres règles et j’aime m’en affranchir. Ces photographies ont été prises à plusieurs endroits de Tokyo, mais quelques unes d’entre elles proviennent de Ginza, dont l’iconique tour du Shizuoka Press and Broadcasting Center, construite en 1967 par Kenzo Tange. Ce bâtiment constitue la première concrétisation spatiale des idées métabolistes de Tange sur la croissance structurelle d’inspiration organique. La première photographie montre la superbe façade du Ginza Place conçu par Klein Dytham Architecture (KDa) et construit en 2016 à l’angle du carrefour de Ginza 4-Chōme. La façade de ce bâtiment de onze étages est composée de 5,315 panneaux préfabriqués en aluminium inspirés du sukashibori (透かし彫り). Le sukashibori est une technique artisanale japonaise de sculpture qui consiste en un travail de découpe créant des motifs ouverts dans une matière. Ces motifs laissent passer la lumière et l’air produisant des jeux d’ombre et de transparence. Ils sont souvent floraux, végétaux ou géométriques comme pour cette architecture contemporaine. Toujours à Ginza, j’avais déjà vu les chats astronautes de l’artiste Kenji Yanobe flottant avec leur vaisseau spatial faisant référence à la Tour du Soleil de Taro Okamoto au milieu du grand atrium central de Ginza Six. Cette installation intitulée BIG CAT BANG sera apparemment exposée jusqu’à la fin de l’été 2025. Je n’avais par contre pas remarqué une autre sculpture de chat à l’entrée du grand magasin. Ça aurait été dommage de la manquer. Je me demande bien ce que vont devenir ces chats voyageurs de l’espace après la fin de l’exposition de Ginza Six. Ils mériteraient une exposition permanente.

Au détour d’une rue d’Hiroo, j’aperçois une caméra de surveillance tombée au sol. Je regarde en l’air mais je ne vois pas de mur et de poteau desquels elle aurait pu tomber. Cela restera un mystère. On les remarque à peine mais si on fait un peu attention, on s’aperçoit très vite qu’on est filmé en permanence dans tous les coins de Tokyo. J’ai un peu de mal à comprendre que ce type de dispositif ne soit pas généralisé dans certains pays ayant en ce moment des soucis de sécurité intérieure. Les fameuses toilettes de l’arrondissement de Shibuya sont en ce moment recouverte de photographies d’elles-mêmes, pour une drôle de « mise en abîme ». Cette expression tellement utilisée dans le language des critiques littéraires et cinématographiques m’agacent un peu sans que je sache vraiment pourquoi. Enfin cette expression ne m’agace pas autant que le mot familier « dinguerie » qu’on entend de plus en plus, ou le fait d’utiliser la préposition « sur » au lieu de « à » pour des lieux (par exemple, j’habite sur Kyoto). Cette utilisation incorrecte donne l’impression d’une domination, ou d’un contrôle qui n’a pas leu d’être, sur l’espace, de suggérer une présence active plutôt que passive.

La dernière photographie montre une affiche du dernier single de Daoko intitulé Zense ha Busho (前世は武将). Elle montrait sur son compte Instagram une photo de cette affiche placée sur un mur temporaire d’un site de construction. J’ai vite reconnu le lieu à Shibuya, dans le quartier à Udagawachō, près du disquaire Manhattan Records. Je connais bien cette rue car j’aime venir vérifier si des nouvelles fresques ont été dessinées sur une des façades de ce disquaire. Je l’ai souvent prise en photo. Cette fois-ci, un petit groupe d’une dizaine de personnes se tenaient debout devant la fresque et j’ai remarqué une caméra. J’imagine qu’on était en train d’y tourner une scène d’émission télévisée, mais le tournage semblait être en pause. Parmi eux, je reconnais Noritake Kinashi (木梨 憲武) du duo comique Tunnels (ザ・トンネルズ). Il regarde dans ma direction de l’autre côté de la rue. J’hésite à lui faire un bonjour de la main, car je pense qu’il regardait plutôt dans le vide devant lui. Le single Zense ha Busho de Daoko est sympathique mais est loin d’être mon préféré de l’artiste. L’aspect kawaii de la voix de Daoko sur ce morceau et le jeu de guitare de Seiichi Nagai (永井聖一), guitariste du groupe Sōtaisei Riron (相対性理論) et membre de son groupe QUBIT, ne sont pas désagréable et finissent par convaincre après plusieurs écoutes. Comme elle le dit elle-même, ce morceau a un côté Pop espiègle au goût kitsch post-Shibuya-kei. Après avoir écouté ce morceau, YouTube me propose un autre single de Daoko, Rinko (燐光) sorti il y a trois ans en 2022. Ce morceau n’est pas présent sur un album et je ne le connaissais pas. Je suis beaucoup plus convaincu par la beauté orchestrale majestueuse de ce morceau fort d’une émotion mélancolique. Il a été composé par Shōhei Amimori (網守将平). Ce n’est pas toujours facile de suivre Daoko dans toutes ses activités musicales car elle est très active, notamment en collaboration avec d’autres musiciens et musiciennes.

J’avais par exemple manqué ce très beau duo avec Seiko Ōmori (大森靖子) intitulé Chikyū Saigo no Futari (地球最後のふたり) sur l’album kitixxxgaia de Seiko Ōmori sorti en 2017. J’adore la fusion entre les styles des deux artistes, Daoko apportant une partie hip-hop qu’elle maîtrise très bien. Le piano accompagnant le refrain est excellent donnant une dynamique remarquable au morceau. Du coup, j’écoute quelques autres titres de cet album kitixxxgaia, notamment le puissant single Dogma Magma (ドグマ・マグマ), que je connais déjà depuis longtemps. Ce single contient toute l’essence artistique et la démesure de Seiko Ōmori. Les nombreux changements de tempo et d’intensité du morceau créent une atmosphère à la fois théâtrale et chaotique qui est tout à fait passionnante. L’énergie déborde également dans tous les sens sur le morceau suivant Hikokuminteki Hero (非国民的ヒーロー) qui est un duo vocal avec Noko (の子), le leader du groupe Shinsei Kamattechan (神聖かまってちゃん). Il y a un esprit de rébellion punk dans ce morceau mêlant rock alternatif et éléments électroniques. J’adore particulièrement le final du morceau où le chant de Seiko semble inarrêtable, emportée par son propre mouvement et par les cris de Noko. Comme sur le premier morceau, celui-ci est teinté de provocation, illustrant la lutte contre les attentes sociétales et la quête de liberté individuelle. De l’album, je n’apprécie pas tous les morceaux, mais je m’arrête sur le douzième intitulé Kimi ni Todoku na (君に届くな), avec une approche orchestrée beaucoup plus posée. Son style y reste tout à fait unique. Je change ensuite d’album pour écouter le single Zettai Kanojo (絶対彼女) de l’album Zettai Shōjo (絶対少女) sorti en 2013. Ce n’est pas un morceau que je découvre car je l’écoute de temps en temps. Ce morceau Pop est beaucoup structuré que ceux mentionnés précédemment et est immédiatement accrocheur. On y trouve toujours ces parties parlés où Seiko semble s’adresser à elle-même.

Le nouveau single KURU KURU HARAJUKU de Kyary Pamyu Pamyu (きゃりーぱみゅぱみゅ), sorti le 18 juillet 2025, est une excellente surprise. Il est bien entendu composé, écrit et produit par Yasutaka Nakata (中田ヤスタカ), producteur de longue date de Kyary. Ce nouveau single marque le retour de Kyary après une pause de plus d’un an marquée par une naissance. Ce morceau a une approche très électronique, très techno qui me rappelle un peu l’ambiance de l’excellent Dodonpa (どどんぱ) sur l’album CANDYRACER de 2021, atypique dans la discographie de Kyary. Je trouve que Yasutaka Nakata est particulièrement inspiré et offre à Kyary des morceaux différents qui lui vont bien car elle parvient à garder son identité très marquée. Je la suivrais volontiers si son prochain album est entièrement dans ce style. J’ai de toute façon un faible pour Kyary depuis ses débuts et l’album plus récent Japamyu (じゃぱみゅ) sorti en 2018. Yasutaka Nakata m’a complètement bluffé sur le morceau 88888888, sorti le 29 août 2025, du groupe d’idoles PiKi (ピキ) formé en 2025 sous le label KAWAII LAB fondé par Misa Kimura. PiKi est un duo composé d’un transfuge de deux groupes de KAWAII LAB, à savoir Karen Matsumoto (松本かれん) du groupe FRUITS ZIPPER et Haruka Sakuraba (桜庭遥花) de CUTIE STREET. Rien ne laissait présager un morceau intéressant sauf que Yasutaka Nakata a composé à sa manière, en les fait chanter en chuchotements sur une musique électronique Dark Pop à la limite du witch house. C’est tout à fait inattendu et le morceau est tout bonnement excellent. PiKi passait à l’émission télévisée Music Station le Vendredi 29 Août 2025. Alors que je m’étais assoupi devant la télé pendant une partie de l’émission, les sons electro sombres de 88888888 m’ont soudainement réveillé. Le morceau semble avoir un lien avec la fameuse sortie 8 (8番出口) qu’on arrive pas à trouver.

On change de registre avec le nouveau single Crave de Minami Hoshikuma (星熊南巫) sorti le 16 Août 2025. Elle s’est échappée le temps d’un morceau de son groupe d’idoles alternatives Wagamama Rakia (我儘ラキア), mais ce n’est pas son premier single solo. La production du morceau est très lourde et intense en guitares donnant un ton sombre à l’ensemble. La voix comme toujours puissante de Minami arrive à s’en dégager pour apporter à l’ensemble quelque chose d’aérien. Et pour terminer cette excellente petite sélection, avouons-le, je découvre la musique solo de Yurina Hirate (平手友梨奈). Yurina Hirate était il y a quelques années la force motrice du feu-groupe d’idoles Keyakizaka46 (欅坂46), y apportant un style de performance intense très différent de l’image habituelle des idoles. Je n’ai jamais pu accrocher à un morceau du groupe mais j’imaginais bien un jour pouvoir apprécier la musique de Yurina Hirate. J’étais très distraitement attentif à ses sorties et tout à fait convaincu par son nouveau single. Le single I’m human est très beau avec une ambiance sombre et intense, et une dramaturgie renforcée par les images de la vidéo qui l’accompagne. Cette vidéo évoque la peur des comportements de masse et une certaine solitude humaine.

倍倍FAYE!

Lorsque je prends des photos la nuit dans le centre de Shibuya, il me revient toujours en tête une photographie prise en 2006 qui montrait le mouvement rapide d’une ombre sur le grand croisement de Shibuya la nuit. J’ai parfois l’impression que mes photographies les plus intéressantes ont déjà été prises il y a longtemps (il y a 19 ans dans ce cas là) et que mon regard actuel est trop usé pour pouvoir prendre des choses nouvelles. En y réfléchissant un peu, peut-être que, tout simplement, la mémoire de certaines photographies passées les embellissent à mes yeux. Oui, c’est plutôt cela. Sinon, je n’aurais plus qu’à raccrocher les gants une bonne fois pour toute. C’est que je me dis à moi-même pour redoubler de persévérance. Ces quelques photographies sont donc prises dans le centre actif de Shibuya où les gens se bousculent sans se toucher et où ceux qui courent devant pour se faire photographier au centre du grand croisement se font vite rattraper par les vagues humaines venant de toutes parts.

Je me suis demandé si NTS Radio avait consacré une émission de In Focus à Faye Wong (王菲). Une recherche rapide me confirme bien qu’un épisode datant du 18 Décembre 2020 lui est entièrement consacré et je m’empresse de l’écouter pour voir ce que NTS a bien pu sélectionner de sa discographie. Sans surprise, j’y découvre quelques pépites que je ne connaissais pas, à commencer par Sleepwalk (Universal Mix) (夢遊) extrait du EP Help Yourself (自便) sorti en 1997. Ce morceau est étonnant car il intègre une partie hip-hop sur laquelle vient s’ajouter la perfection vocale de Faye Wong. Le morceau est absolument génial, très dense en scratches hip-hop en tout genre contrebalancés par l’élégance et la maturité du chant en cantonais de Faye. Sa voix à la fois versatile et très affirmée me passionne de manière quasiment obsessionnelle. Si je devais également faire une playlist des morceaux que je préfère de Faye Wong, je mettrais pour sûr ce morceau ainsi que plusieurs autres comme le magnifique et mélancolique Guardian Angel (守護天使) du même EP Help Yourself (自便). Sur son album en mandarin Fable (寓言) sorti en 2000, je découvre le sublime morceau atmosphérique Chanel (香奈兒) qui est également sur la playlist de l’émission de NTS Radio. On trouve dans les morceaux de Faye Wong post 2000 une dramaturgie certaine, qui nous saisit complètement sur ce morceau Chanel. Il connaît même une version chantée par Faye en japonais intitulée シャナイア. Je sélectionne également quelques morceaux de l’album Lovers & Strangers (只愛陌生人), sorti en 1999 et également en mandarin, comme l’envoutant et enveloppant After the Beep (嗶一聲之後). La sérénité rêveuse avec une musicalité traditionnelle contraste carrément avec le morceau beaucoup plus agressif intitulé The Last Blossom (開到荼蘼) ouvrant cet album. Faye Wong s’aventure parfois vers du rock très orchestré, mais je pense qu’elle peut tout chanter et s’approprier.

L’ambiance musicale du morceau To Love (將愛) de l’album du même nom de 2003 me rappelle un peu les ambiances cyberpunk de Buck Tick à la même époque. La voix très enlevée de Faye arrive à transcender toutes ces ambiances, ici voguant vers des musiques indiennes mais mélangées avec beaucoup d’autres choses. De cet album, mon morceau préféré doit être le sublime Concealed Night (夜妝), à l’approche plus électronique. Ce morceau est également présent sur la playlist de NTS Radio. Je déborde de superlatifs pour la grande majorité des découvertes musicales mentionnées ici car cette musique est tout simplement hypnotisante. Sur cet album, on trouve quelques autres pépites musicales comme Leave Nothing (不留) et April Snow (四月雪). Sur l’album Faye Wong de 2001, le morceau Idiot (白癡) est un véritable ovni musical, un peu effrayant par sa densité musicale bruitiste et les déformations volontaires qu’elle impose à sa voix. Quand je parle de musique hypnotisante, ce morceau très particulier en est un bon exemple et entre dans ma longue liste des morceaux que je préfère de Faye Wong. Cet album est très versatile car après le rock très marqué du morceau Wings of Light (光之翼) ouvrant l’album, elle passe à des balades beaucoup plus légères comme Wait a Moment (等等) et vers une Pop plus lumineuse sur Wrong Number (打錯了). En écoutant ces associations musicales, je pense tout d’un coup à Sheena Ringo. Je ne reconnais pas vraiment une ressemblance car la langue chinoise en cantonais ou mandarin crée des ambiances très différentes, mais il reste un esprit d’ouverture un peu similaire qui me frappe tout d’un coup en écoutant cet album. Les deux n’ont pas de points communs à part celui d’avoir toujours été un peu rebelle dans leurs industries musicales respectives. Sur cet album, la sélection inclut également le magnifique One Way Street (單行道) dont le riff de guitare me rappelle beaucoup celui de The Cure sur le morceau From the Edge of the Deep Green Sea de l’album Wish (1992).

Musicalement, ces albums des années 2000 sont très denses par rapport à ceux des années 1990, beaucoup plus proches du rock indé. J’y reviens avec quelques morceaux de l’album en cantonais Random Thoughts (胡思亂想) de 1994, dont deux écrits par Cocteau Twins: Random Thoughts (胡思亂想) donnant son titre à cet album et surtout Know Oneself and Each Other (知己知彼) tout en subtilités et en nuances vocales. Cet album contient bien sûr le mega-single de Faye Wong, Dream Lover (夢中人) qui est la reprise du single des Cranberries utilisée pour le film Chungking Express de Wong Kar-Wai dans lequel elle jouait également. Et sur mon iPod, cette longue playlist commence par le morceau Pledge (誓言) de l’album Sky (天空) de 1994, sorti à la même époque que Random Thoughts mais chanté en mandarin. Ce morceau est beaucoup plus « jeune » musicalement, comme la vidéo un peu kitch montrant une Faye charmante ne tenant pas en place dans les rues de Hong Kong, comme pourrait l’être le personnage de Faye dans Chungking Express. Faye Wong est connue au Japon car elle a sorti quelques morceaux en japonais, mais j’ai été très amusé et satisfait d’apprendre qu’elle a inspiré sans le savoir elle-même le personnage de la diva éthérée Lily Chou-Chou du film All About Lily Chou-Chou (リリイ・シュシュのすべて) réalisé par Shunji Iwai en 2001. Dans une interview, il aurait révélé avoir écrit le scénario du film après avoir vu Faye Wong en concert à Hong Kong. Je m’étais posé la question de ce nom d’artiste qui n’avait rien de japonais et qui avait plutôt des résonances Chinoises. Tout paraît maintenant plus clair. Et voilà maintenant un lien inattendu qui se tisse entre des mondes artistiques que j’aime.

petits moments d’architecture (12)

Après les deux visites architecturales de l’épisode 11 des petits moments d’architecture, je me dirige l’après-midi de cette même journée vers Shibuya puis Nakano. J’avais repéré une nouvelle construction de Kengo Kuma (隈研吾) à Shibuya Honmachi. Il s’agit du Shibuya Honmachi Community Center (渋谷本町コミュニティセンター) ayant ouvert ses portes en 2025. L’ensemble est bien entendu immédiatement reconnaissable. Le style de Kengo Kuma ne varie pas au point où on viendrait à se demander s’il peut concevoir autre chose. Mais comme toujours, l’ensemble s’élançant le long d’une petite rue résidentielle est d’une grande fluidité, notamment pour ses toitures à lamelles de bois posées à l’oblique dans la continuité des grands vitrages. Le bâtiment tout en longueur possède une élégance certaine que je lierai à sa légèreté apparente. Ce Honmachi Community Center est un centre communautaire polyvalent, servant de lieu de rassemblement pour les résidents locaux. Il offre des espaces pour des activités culturelles, des programmes et ateliers éducatifs, avec pour but de renforcer les interactions sociales. J’entre à l’intérieur puis monte à l’étage, mais il n’y a pas grand chose à y voir. L’architecture que je souhaite voir ensuite ne se trouve qu’à une trentaine de minutes à pieds du Honmachi Community Center. La chaleur de l’après-midi me pousse à prendre le train plutôt que de marcher, ce que j’aurais fait volontiers à une autre période de l’année.

Je descends à la station de Nakano Sakaue, en direction d’une école nommée Jissen Gakuen Junior & Senior High School (実践学園中学高等学校). J’avais vu sur Instagram qu’un centre d’étude directement attaché à cette école avait une forme élancée vers le ciel très interessante. Ce centre d’étude nommé Freedom Learning Manor House (自由学習館) a été conçu par Nobuaki Furuya (古谷誠章) et le Studio NASCA en 2011. Il est situé sur un terrain restreint qui a imposé une conception compacte. On le trouve au milieu d’une zone résidentielle mais il est heureusement accolé à un jardin public très boisé apportant un poumon de verdure bienvenu. Le bâtiment multifonctionnel contient un grand hall qui peut être utilisé de manière flexible pour des activités extra-scolaires, et une somme d’espaces libres où les élèves peuvent faire leurs études. La configuration de la coque extérieure couvrant le bâtiment a été façonnée selon l’environnement, avec des ouvertures placées pour offrir une vue sur le ciel et sur les cimes des arbres du jardin public. Je lis que l’ensemble intérieur a une atmosphère à la fois enveloppante et connectée à la nature. Il s’agit là encore d’un espace qui entend favoriser les interactions et vient contraster avec la rigidité des salles de cours traditionnelles. Je fais le tour du bâtiment en ayant un peu de mal à le prendre en photo dans son intégralité vue l’étroitesse des rues aux bords desquelles il se trouve. Du même Studio NASCA, j’avais déjà montré sur ce blog deux stations routières, celle de Shōnan Tento (道の駅しょうなん てんと) située dans la ville de Kashiwa à Chiba et celle d’Hota, toujours à Chiba, qui a la particularité d’être basée sur une ancienne école primaire. Mon petit parcours de la journée se termine sur ce quatrième bâtiment. Il doit bien faire 35 degrés dehors mais il semble faire beaucoup plus lorsque je marche aux abords de la gare de Shinjuku. Il est temps de rentrer avant l’insolation.

//tokyo/freeform/ep3

J’écrivais dans l’ep2 de cette série freeform que j’avais deux billets assez longs en cours d’écriture mais que je n’avais pas trop le cœur aux longues écritures. Le fait d’écrire ce sentiment m’a en quelque sorte donné le courage d’écrire ces deux longs billets. Il s’agit des deux précédents sur l’Observatoire d’Enoura d’Hiroshi Sugimoto et sur le double concert Hitsuji Bungaku x Ging Nang Boyz au Toyosu PIT. Le fait d’écrire un sentiment sur un billet de ce blog provoque souvent chez moi une réaction contraire, comme si j’avais besoin de me contredire ou plutôt de contrebalancer une impression personnelle pour en nourrir une nouvelle. Remettre en doute mes propres appréciations est une approche que je trouve plutôt saine car ça me permet de ne pas stagner sur une idée préconçue et d’avancer, progressivement mais sûrement.

J’ai un peu de mal en ce moment à tenir ce blog à jour, quant aux musiques japonaises que j’écoute souvent au compte-goutte au rythme des nouveaux singles de groupes et d’artistes que j’aime. Je ne suis pas passé à côté du single TWILIGHT!!! de King Gnu qui compte parmi les très bons morceaux du groupe. Alors qu’on l’écoute dans la voiture car il fait bien entendu partie de la playlist des journées de congés de la Golden Week, on me fait remarquer qu’une partie de l’air chanté par Satoru Iguchi au début du morceau ressemble beaucoup au refrain du single U de Millennium Parade chanté par Kaho Nakamura (中村佳穂). Je ne l’avais pas noté jusqu’à ce que l’on me le fasse remarquer. Il y a un petit air de ressemblance en effet mais les morceaux de King Gnu se ressemblent tous un peu. Je découvre également à peu près en même temps l’excellent hip-hop du single DO ON de RIP SLYME, que j’entends pour la première fois à la radio et auquel j’accroche immédiatement. Je connais le groupe depuis longtemps mais je ne me rappelle pas avoir aimé un seul de leurs anciens morceaux. Je réécoute quelques uns de leurs précédents singles, en me rendant compte que DO ON est pour moi une exception. Le morceau est assez génial de bout en bout, très joueur et ne se prenant pas au sérieux tout comme la vidéo qui l’accompagne brillamment. Utada Hikaru (宇多田ヒカル) a également sorti un nouveau single intitulé Mine or Yours, qui est très bon avec une vidéo assez originale très subtilement chorégraphiée par Aoi Yamada (アオイヤマダ), qu’on voit décidément partout en ce moment et même sur Made in Tokyo, et réalisée par Tomokazu Yamada (山田智和). Je suis à chaque impressionné par la capacité d’Utada Hikaru à créer et chanter des morceaux qui paraissent si évidents à l’oreille comme si on était déjà prédestiné à les écouter. Dans les voix que j’aime beaucoup, il y a également celle d’Hikari Mitsushima (満島ひかり) qui collabore une nouvelle fois avec Shinichi Osawa, aka Mondo Grosso, à la production. Le single intitulé Lost Child se concentre d’abord sur un piano, une basse électronique et un rythme minimaliste, pour se développer un peu plus ensuite. La voix d’Hikari Mitsushima prédomine. Ça doit être leur troisième morceau ensemble, si je ne me trompe pas, et cette formule fonctionne tellement bien qu’on souhaiterait un album. Je ne peux m’empêcher de penser que Mitsushima chante comme une actrice, son chant n’étant pas parfait mais ayant une grande force d’évocation nous transportant dans des scènes cinématographiques imaginaires. J’écoute ensuite le dernier single de a子 intitulé Paper Moon sorti le 23 Avril 2025. C’est un joli morceau pop qui ne dépareille pas du reste de sa discographie récente et qu’on aimera forcément si on apprécie cette voix et ce style. J’aurais malgré tout aimé un peu plus d’audace et qu’elle reparte vers des horizons un peu différents. Le morceau n’en reste pas moins agréable et accrocheur, sauf que l’effet de surprise à l’écoute du morceau a un peu disparu. Voir soudainement quelques morceaux de Tommy heavenly6 disponibles sur YouTube m’a fait faussement croire que Tomoko Kawase (川瀬智子) était sortie de son silence. En fait non, le morceau +gothic Pink+ que je découvre avec beaucoup de plaisir date d’Août 2005, sorti sur son album éponyme. Je dois avoir dans mes placards l’album TERRA2001, sorti en Septembre 1999, de son groupe The Brilliant Green, mais je n’en ai que très peu de souvenirs. J’avais préféré son projet Tommy February6 (elle est née un 6 Février) qui est orienté synthpop et j’en parlais d’ailleurs dans un précédent billet. Le projet Tommy heavenly6 est plutôt tourné vers le rock alternatif et le morceau +gothic Pink+ qui est en fait sorti bien avant l’album, en Décembre 2002, est donc riche en guitares tout en restant très pop, avec un petit brin gothique dans les nappes atmosphériques qui l’accompagne. C’est aussi amusant de voir la popularité certaine de Tommy sur les réseaux sociaux, notamment étrangers. Pour moi, cette musique me ramène avec nostalgie vers une époque lointaine.