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J’ai souvent pris en photo le bâtiment d’architecture postmoderne que l’on nomme Octagon. Il a été conçu par Shin Takamatsu (高松伸) en 1990. Il se situe à un croisement de rues à Ebisu-Nishi. Comme souvent dans les oeuvres architecturales de cet architecte, l’architecture ressemble à une machine couverte de métal dont on n’apercevrait pas ou peu la mécanique. Avec ses grand hublots circulaires noires ressemblant, Octagon me fait pourtant penser à une créature des profondeurs océaniques.

Le sticker aperçu sur une rue en pente de Daikanyama représente un portrait datant de 1968 de la légendaire reine de la Soul Aretha Franklin. La photographie a été réalisée par Lee Friedlander. Ce n’est pas la première fois que la marque Supreme s’empare de l’image de personnalités musicales pour des séries de t-shirts. Celui-ci est sorti en Avril 2026 dans la collection Supreme Spring/Summer 2026. Comme tous les T-shirts Supreme d’une saison, il est produit pour un drop précis (ici, SS26 Week 7) avec une disponibilité limitée en stock au lancement et n’est plus revendu ensuite. Il circule désormais sur le marché secondaire à des prix plus élevés. Je vois souvent des longues files d’attente dans la rue devant la boutique Supreme de Daikanyama. J’imagine que la plupart des acheteurs sont des collectionneurs qui ne portent jamais leurs achats, comme des collectionneurs de disques vinyles n’ouvrant jamais la pochette plastifiée.

J’ai vu le bâtiment Yamazaki Buneido Timber Office Building (文栄堂渋谷木質ビル) grandir au coin du grand croisement Shibuya 2 près du tunnel d’Aoyama. Il a été achevé un peu plus tôt cette année, conçu par Yutaro Ohta (太田雄太郎), architecte originaire de Nagoya, qui s’est fait connaître après avoir travaillé pendant environ neuf ans chez Kengo Kuma & Associates. J’avais été voir il y a trois ans l’Aroma Terrace conçue pour AEAJ (Aroma Environment Association Japan) dont Yutaro Ohta etait en charge pour Kengo Kuma. Il a ensuite créé son propre collectif d’architecture nommé Futofuto (太太). Le bâtiment se distingue par une disposition décalée des fenêtres sur sa façade et par l’utilisation de plaques de bois de cyprès hinoki de Kiso. Il a conservé l’utilisation du bois en façade de son expérience chez Kengo Kuma. J’aime en tout cas l’integration de matériaux naturels dans le paysage urbain, qui vient adoucir la ville.

Nous sommes au neuvième étage du building Hikarie à Shibuya. J’aime beaucoup cette vue où la désorganisation urbaine est apparente. On y aperçoit beaucoup de choses en strates jusqu’aux tours de Nishi-Shinjuku au loin. Il y a le Miyashita Park et son hôtel Séquence conçus par Nikken Sekkei. Depuis son inauguration en 2020, le parc est devenu un des points de rassemblement de la jeunesse de Shibuya. Sur la même latitude, on reconnaît bien sûr le grand Tower Records de Shibuya et derrière cette ligne, le toit courbe du gymnase de Yoyogi conçu par Kenzo Tange, coiffé par les cimes des arbres du parc de Yoyogi. A Nishi-Shinjuku, les tours de la mairie de Tokyo et du Park Hyatt, également conçues par Kenzo Tange, sont visibles et immédiatement reconnaissables. Une vue depuis les hauteurs de la tour Shibuya Scramble Square donnerait une meilleure vue d’ensemble de cette partie de Tokyo entre Shibuya, Harajuku et Shinjuku mais je préfère celle-ci car, étant plus proche du sol, elle témoigne mieux de l’enchevêtrement urbain.

J’ai souvent pris en photo le RISE Building conçu par l’architecte Atsushi Kitagawara (北川原温). J’aime l’architecture futuriste de ce bâtiment, en particulier la structure drapée de la toiture métallique, dont l’apparence chaotique semble sortir d’un film de science-fiction. A son ouverture en Juin 1986, on y trouvait une salle de cinéma indépendante, le Cinema Rise (シネマライズ), qui s’était spécialisée pendant près de 30 ans dans les films d’auteur et le cinéma international. En Novembre 2010, l’espace Rise X, qui était pendant quelques années une petite salle en sous-sol équipée pour la projection numérique, ferme ses portes pour être remplacée par la salle de concert WWW. La salle WWW que nous connaissons maintenant a conservé la configuration en gradins de l’ancienne salle de cinéma. J’avais d’ailleurs apprécié cet agencement lors du concert de a子. Cinema Rise ferma définitivement en Janvier 2016, et en Septembre de cette même année, l’ancien cinéma fut remplacé par une deuxième salle de concert nommée WWW X et située au 2ème étage. Le concert inaugural était celui de cero. WWW existait donc déjà six ans avant la fermeture définitive de Cinema Rise. Le RISE Building est bordée par la petite rue piétonne Spain-zaka qui remonte vers le Departement Store PARCO. Cette approche souvent encombrée par la foule permet cependant d’apprécier les formes particulières et l’architecture distinctes du bâtiment. Je remonte de temps en temps cette rue exprès pour regarder le building. J’ai d’ailleurs pris de nombreuses photographies depuis cette rue. Depuis la rue desservant PARCO, la photographie du RISE building que je préfère reste celle prise en Octobre 2009 pour l’épisode 10 de ma série Made in Tokyo Series. Sur les affiches du cinéma RISE ce mois là, on y montrait le film Air Doll (空気人形) du réalisateur Hirokazu Kore-eda avec dans le rôle principal Bae Doona (배두나), qui joua avant cela dans le film Linda Linda Linda (リンダ リンダ リンダ) dont j’ai déjà parlé, et le film The Limits of Control (リミッツ・オブ・コントロール) de Jim Jarmusch. Sur une autre photographie du cinéma RISE que j’avais pris en Mars 2006, on y montrait deux films de 2005, Last Days de Gus Van Sant et Brokeback Mountain d’Ang Lee.

Je mentionnais le neuvième étage du building Hikarie à Shibuya car j’y étais pour voir l’exposition de photographies I’m So Happy You Are Here: Japanese Women Photographers from the 1950s to Now (まなざしの奇跡 日本女性写真家の冒険). L’exposition, se tenant du 4 juillet au 26 août 2026 au Hikarie Hall, présente environ 200 œuvres de 30 photographes japonaises majeures, des années 1950 à aujourd’hui. L’exposition présentant exclusivement le travail de femmes photographes japonaises est née d’un livre bilingue anglais-français I’m So Happy You Are Here: Japanese Women Photographers from the 1950s to Now, publié par Aperture en 2024, et accompagné d’une exposition aux Rencontres d’Arles. L’exposition a ensuite circulé internationalement avant d’arriver finalement au Japon. Elle entend replacer le travail des femmes dans l’histoire de la photographie japonaise d’après-guerre traditionnellement racontée à travers des photographes hommes comme Nobuyoshi Araki (荒木経惟), Daido Moriyama (森山大道), Shōmei Tōmatsu (東松照明), Eikoh Hosoe (細江英公) entre autres. Parmi les photographes présentées, je connaissais les photographies d’un certain nombre d’entre elles, notamment celles de Miyako Ishiuchi (石内都). J’avais déjà vu quelques unes de ses photographies axées sur les objets, les traces corporelles, la mémoire (de sa mère notamment) lors de l’exposition Mother’s en 2006, au Musée de la photographie à Yebisu Garden Place. Je connaissais également les collages photographiques surréalistes réalisés par Toshiko Okanoue (岡上淑子) dès les années 1950, pour les avoir vu lors de l’exposition Le miracle du silence en 2019, au Tokyo Metropolitan Teien Art Museum près de la station de Meguro. Lors de cette exposition, j’ai beaucoup aimé la série Elevator Girls de Miwa Yanagi (やなぎみわ) transformant des grands espaces commerciaux en environnements dystopiques et théâtraux. Je connaissais cette photographe depuis l’exposition The Incredible Tale of the Innocent Old Lady and the Hertlass Youg Girl au Hara Museum vue en 2005. Plus récemment, j’avais découvert les auto-portraits de Mari Katayama (片山真理) lors de l’exposition Ghost in the Shell: The exhibition (攻殻機動隊) qui se déroulait au TOKYO NODE de Toranomon Hills. Ses prothèses pour pallier à un handicap entraient en résonance avec les corps synthétiques des cyborg du manga de Masamune Shirow. On trouvait bien entendu d’autres figures importantes de la photographie japonaise comme Rinko Kawauchi (川内倫子), dont j’avais vu il y a quelques années la grande exposition M/E On this sphere Endlessly interlinking à la galerie d’art de Tokyo Opera City à Shinjuku, et Mika Ninagawa (蜷川実花) dont je parle assez souvent pour ses œuvres photographiques et films. Ninagawa présentait une série de photographies en noir et blanc intitulée Dancing with Shadows in the Light, datant de 2024. C’est une œuvre assez différente de l’image typique de Ninagawa avec une photographie jouant sur les couleurs saturées et explosives de fleurs notamment et ses photographies très vives de personnalités vues par exemple dans son livre éponyme sorti en Octobre 2010. Cette série au Hikarie Hall s’oriente davantage vers une réflexion sur la lumière et est aussi belle que fascinante.

Je parlais de Ghost in the Shell ci-dessus ce qui me donne une bonne transition vers le nouveau single GO GHOST de King GNU qui est utilisé comme thème d’ouverture de la série animée sortie un peu plus tôt cette année. Le morceau, sorti le 29 juillet 2026, a été écrit et composé par Daiki Tsuneta (常田大希). Bien qu’il soit assez court, avec un peu moins de 3 minutes, il est dense et pas aussi agressivement accrocheur que les derniers morceaux du groupe. Il est très intéressant dans sa composition car il ressemble à un morceau de King GNU, notamment avec le chant très présent et immédiatement reconnaissable de Satoru Iguchi (井口理), mais il intègre en même temps les éléments de l’univers de Ghost in the Shell. Je pense en particulier à son introduction composée d’une chorale aux accents ethniques qui rappelle immédiatement la bande originale composée par Kenji Kawai (川井憲次) pour le premier film d’animation Ghost in the Shell de Mamoru Oshii sorti en 1995. Le morceau emblématique du film intitulé 謡 I – Making of Cyborg se base sur des chants traditionnels japonais, avec des harmonies inspirées des chants polyphoniques bulgares. On retrouve cette atmosphère dès l’introduction de GO GHOST, ce qui nous plonge tout de suite dans l’univers étrange du manga, puis le morceau devient ensuite plus pop. Je gardais en France l’album CD de la bande originale de 1995 acheté à l’époque en import japonais (bien sûr) après avoir vu le film au cinéma, mais je viens de l’amener à Tokyo dans mes bagages. Outre le morceau clé qui se répète sous des formes différentes jusqu’à sa forme la plus aboutie et puissante intitulée 謡 III – Reincarnation, les pistes instrumentales orchestrées par Kenji Kawai sont belles et abstraites, décrivant parfois une ville sombre et froide traversée par des éclats de lumière. Les paroles des morceaux chantés ont été écrites par Kenji Kawai lui-même dans une forme ancienne du japonais, le yamato kotoba, ce qui donne à la musique du film une ambiance à la fois ancienne et totalement futuriste correspondant très bien à l’univers du film. Cette OST de 1995 se termine par un morceau bonus inattendu très différent du reste de l’album. Il s’intitule See You Everyday (每天見一見!) et est chanté en cantonais par la hongkongaise Fang Ka Wing (方嘉詠). Il a également été composé par Kenji Kawai mais son approche est complètement pop. Ça peut paraître étonnant de terminer cet album par un morceau de cantopop, mais il faut se rappeler que la ville futuriste représentée par Mamoru Oshii ressemble à métropole asiatique multiculturelle telle que Hong Kong où il avait été faire des repérages. See You Everyday n’était pourtant pas utilisée au générique de fin du film en version originale japonaise, il s’agissait plutôt de 謡III – Reincarnation mentionné plus haut. Comme je le mentionnais dans un billet récent, le générique final de la version internationale était lui accompagné de One Minute Warning de Passengers (le projet de U2 et Brian Eno). J’ai en tout cas un plaisir immense de redécouvrir soudainement See You Everyday de Fang Ka Wing. Je l’ai tellement écouté il y a trente ans que je l’adore. En le réécoutant maintenant en boucle, je me dis que cette pop enjouée correspond en fait assez bien à l’aspect par moments un peu loufoque du manga original, conservé dans la version animée récente mais totalement absente du film de 1995.

J’ai découvert par hasard à la radio le morceau Hello, my name is… de Tempalay et c’était une excellente surprise. Il s’agit du morceau d’ouverture de leur prochain album ATOMEW qui sortira le 2 Septembre 2026. Le morceau long de six minutes a une approche très expérimentale qui m’a beaucoup surpris même si je ne connais pas très bien le groupe, groupe qui m’a tout de même toujours intéressé notamment par la présence d’AAAMYYY. Je ne savais pas que Tempalay avait ce genre de sons en eux, et je me dis maintenant que j’ai peut être eu tord de ne pas assez m’y intéresser. Ce morceau change complètement la perception que j’ai du groupe et si l’ensemble de l’album suit ce type d’expérimentations musicales extrêmement inspirées, je signerais tout de suite. Bon, l’autre single sorti de l’album, I DON’T WANNA DIE!, est entre guillemets plus classique mais comme il est chanté principalement par AAAMYYY, on y retrouve cette instabilité vocale que j’aime tant. Hitsuji Bungaku (羊文学) sort un nouveau single et c’est toujours une bonne surprise. Keep Walking est sorti le 29 Juillet 2026 et une bonne mise en jambe pour nous préparer au concert qu’on ira voir un peu plus tard cette année. Le morceau est moins abrasif que le précédent Dogs, et je dirais que c’est du pur jus Hitsuji Bungaku, avec des guitares très présentes et la voix de Moeka puissante et tout simplement inimitable. Une autre bonne surprise est de découvrir un nouveau single de Miyuna (みゆな). Il s’intitule Nothing Ever Works Out (なにもうまくいかない) et est sorti le 1er Juillet 2026. Je n’arrive pas trop à suivre le fil de sa carrière musicale car elle ne sort pas beaucoup de nouveaux singles, participe à des concours de chant en Asie (qu’elle gagne), et continue ses tournées dans des petites salles sans pourtant annoncer de nouveaux albums. Nothing Ever Works Out me plaît beaucoup pour sa structure atypique qui se rapproche un peu de son sublime album Guidance (2022). Le nouveau single electro-pop met en valeur sa voix changeante, qui ressemble même à celle d’Utada Hikaru à mi-morceau. Je souhaite vraiment qu’elle sorte un prochain album sur cette lancée.

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Ces photographies ont été prises dans le centre de Shibuya peu de temps après la fin de la coupe du monde de football 2026 dans la deuxième partie du mois de Juillet, et avant nos vacances d’été narrées en sept épisodes d’une petite série, au demeurant fort intéressante. Cette coupe du monde paraît désormais bien loin et on aurait l’impression que ces photographies ont été prises dans un univers parallèle. On ne trouve bien entendu plus à Shibuya les effigies de Messi, Yamal et Bellingham sous le grand ballon rond Adidas. Un peu plus loin dans la cohue des petites rues sales de Center-gai, je remarque au détour de la rue Basketball street des grandes fresques que je ne connaissais pas sur un mur latéral du drugstore Matsumoto Kiyoshi. Elles ont été créées pour la réouverture de l’enseigne à Shibuya, sous le nom SHIBUYA SCRAMBLE FLAG. La première grande illustration ressemble à un chat porte-bonheur Maneki-neko avec un design basé sur quelques motifs traditionnels. Elle s’intitule SUNS & ONES et est l’œuvre de l’artiste Nori Okawa (大河紀). La deuxième illustration avec une dynamique pop entend représenter la nature de Shibuya en éternel changement. Elle s’intitule redevelop par l’artiste Inoue (イノウエ). Rien de très original graphiquement mais très certainement en accord avec ce qu’on peut s’attendre à trouver dans le centre de Shibuya. Et de l’autre côté de la rue, les personnages de Sanrio font de la publicité pour du shampoing, au volant d’un cabriolet qui ferait envie le long de la route 134 bordant le Pacifique en direction d’Enoshima. À noter que cette vision fait abstraction des embouteillages encombrant habituellement cette route en été et la chaleur insupportable quand on est à l’arrêt assis dans une voiture sans toit et donc sans air conditionné opérant. Mais je serais près à accepter ces désagréments s’il s’agissait de la Ferrari Testarossa rouge du jeu d’arcade Outrun, en écoutant par exemple Nightcall de feu Kavinsky tiré de son album justement intitulé OutRun (2013). Ce morceau emblématique de Kavinsky, devenu indissociable du film Drive de Nicolas Winding Refn, associait du beau monde. La voix féminine est celle de Lovefoxxx du groupe CSS (Cansei de Ser Sexy). La chanteuse belge Angèle reprendra magistralement le rôle, avec Phoenix, lors de la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques de Paris 2024. Sur le morceau original de 2010, Kavinsky chante également avec un vocoder, accompagné par Sébastien Tellier dans les chœurs. La production est signée par Kavinsky et Guy-Manuel de Homem-Christo (de Daft Punk), avec SebastiAn au mixage. La mention du groupe brésilien CSS (Cansei de Ser Sexy), originaire de São Paulo, me ramène tout d’un coup 20 ans en arrière, car j’écoutais beaucoup en Août 2006 le morceau Let’s make love and listen to Death from Above. En le réécoutant maintenant, je me rends compte que je me souviens de toutes les associations de sons et les tons de voix de Lovefoxxx, de son vrai nom Luísa Hanae Matsushita. Elle est brésilienne issue de la communauté japonaise-brésilienne (nikkei). Comme l’indique le titre du morceau, elle était fan du groupe canadien Death From Above 1979, originaire de Toronto. De fil en aiguille, je réécoute le morceau Black History Month de Death From Above 1979, sur leur album You’re a Woman, I’m a Machine, que j’avais aussi beaucoup écouté il y a vingt ans. Et en parlant de rock indépendant canadien, je repense tout d’un coup au morceau Shaking Hands du groupe Women originaire de Calgary. Shaking Hands possède un équilibre instable entre mélodie pop et dissonance qui est vraiment remarquable. J’évoquais ce morceau dans un article d’Octobre 2009, avec beaucoup d’autres très belles choses dans les musiques indépendantes. Mais Shaking Hands est un de ces morceaux que j’aime réécouter de manière régulière.

Continuons encore un peu en musique avec une très belle découverte, toujours canadienne, celle de Saya Gray avec son album SAYA, sorti en Février 2025. Pour ceux qui sont attentifs, et je sais qu’ils sont nombreux, Saya Gray participait au single Blue de Millennium Parade avec Daiki Tsuneta et Daniel Caesar. Je connaissais la photographie intriguante de cet album sans avoir écouté sa musique jusqu’à maintenant. Saya Gray est née à Toronto d’une mère japonaise pianiste classique et d’un père trompettiste de jazz d’origine écossaise. On imagine très bien qu’elle a été plongée dans la musique dès son plus jeune âge. Elle joue d’ailleurs de plusieurs instruments. Après des EPs expérimentaux, elle construit l’album SAYA qui est plus mélodique, tout en mélangeant diverses choses et styles entre rock alternatif, folk tendance country, R&B, électro et jazz. Le résultat est assez surprenant et très inspiré en commençant par l’excellent …THUS IS WHY (I DON’T SPRING 4 LOVE) ouvrant l’album. Ce morceau est atypique et représente bien le reste de l’album composé de 10 titres. Le morceau PUDDLE (OF ME) est certainement le single le plus évident et le plus immédiat. J’aime aussi beaucoup SHELL (OF A MAN), 10 WAYS (TO LOSE A CROWN) et EXHAUST THE TOPIC notamment pour son final en décrochage sonore. Ces morceaux sont entourés de sons parfois inattendus rendant l’ensemble passionnant et imprévisible à l’écoute. Dans une interview de Février 2023, Saya Gray mentionne que Sheena Ringo est son artiste japonaise préférée, ce qui me satisfait forcément beaucoup. Fujii Kaze et Millennium Parade, tiens donc, sont également mentionnés dans cet interview. À propos de Sheena Ringo, j’irais finalement la voir cette année pour sa nouvelle tournée d’Octobre et Novembre 2026. Ça sera pour la première date à Chiba. Je n’ai pas réussi à avoir une place pour les dates de Tokyo au Tokyo International Forum Hall A, mais finalement, ce n’est pas plus mal car la salle de Chiba est beaucoup plus petite avec environ 1700 places. Espérons que toutes les conditions soient réunies pour que je puisse enfin la voir cette année. Les places sont en tout cas difficile à obtenir même pour le fan club. On ne pouvait demander qu’une seule place par personne pour cette tournée, ce qui n’était pas le cas pour les tournées précédentes, à ma connaissance.

Tokyo & Pop (1)

Avoir de la visite donne un regard nouveau sur des lieux que je connais bien mais permet également d’entrevoir de nouvelles choses. Ma sœur et ses deux filles de 10 et 8 ans, mes nièces donc, nous ont fait le plaisir de nous rendre visite pendant dix jours au cœur du mois d’Avril. Notre mission était d’organiser et de guider cette petite troupe dans Tokyo et ailleurs en fonction des centres d’intérêt de chacun, incluant les miens car j’ai découvert certains lieux, visités pour la première fois. Nos visites avaient clairement une orientation que j’appellerais pop, car les filles voulaient absolument voir les ‘hauts lieux’ de la culture Ghibli et Sanrio, entre autres. On savait que le musée Ghibli de Mitaka est très prisé et il fallait donc faire une réservation plusieurs mois à l’avance, le jour même de l’ouverture de la billetterie. Je suis assez fier d’avoir réussi à tout organiser sans encombres ni manquements à nos plans initiaux. Mes demandes préalables pour que la météo soit clémente ont assez bien fonctionné à part pour une journée et demi de pluie étalée sur les dix jours. Dès leur arrivée, nous filons vers Shibuya puis Harajuku en croisant un personnage Sanrio à notre passage au pied de la tour 109 près du carrefour de Shibuya. Je pense que j’ai, pendant ces vacances particulièrement actives, beaucoup appris des filles sur les nombreux personnages qui constituent l’univers Sanrio. Il est clair que depuis l’anniversaire des 50 ans de Hello Kitty l’année dernière, les personnages de la marque ont gagné une forte popularité, non seulement après des enfants mais également auprès d’un public majoritairement féminin de jeunes adultes. Dès le premier jour à Shibuya, nous avons beaucoup marché, guidés par les yeux émerveillés des filles qui ont débordé d’énergie positive pendant tout le séjour. Notre parcours nous a fait passer par les huitième et neuvième étages de la tour Hikarie pour une vue d’ensemble de Shibuya après avoir traversé le grand carrefour et déjeuné tranquillement en famille. Nous traversons ensuite le parc Miyashita puis continuons jusqu’au croisement d’Harajuku, après avoir fait un petit tour dans le campus de l’université du fiston. On évitera de s’engager dans la rue Takeshita car il est déjà tard, et on a préféré grimper en haut de la tour OMOKADO (東急プラザ表参道オモカド), que j’aime beaucoup pour ses escaliers extérieurs donnant une perspective intéressante sur le carrefour d’Harajuku.

Le jour suivant nous amène au musée Fujiko · F · Fujio situé à Noborito, près de Kawasaki. Nous voyageons principalement en train et métro, ce qui permet de mieux saisir les atmosphères de la ville et de ses banlieues. Le musée du créateur de Doraemon se trouve clairement dans une banlieue, un peu loin de tout, même si la station de Noborito est imposante. Je connaissais déjà le musée pour l’avoir visité il y a 12 ans et il n’a pas vraiment changé mais je ne me souvenais pas avoir vu le court film d’animation dans le petit cinéma du musée. Celui que nous avons regardé s’intitule Chinpui – La bonne chance d’Eri (チンプイ – エリさまのグッドラック). Ce petit film nous raconte l’histoire d’Eri Kasuga (春日エリ), une fillette de 12 ans pleine de vie et un peu garçon manqué, se retrouvant un jour soudainement choisie comme candidate pour devenir l’épouse du prince héritier de la planète Mahl située dans un lointain univers. Pour lui annoncer cette nouvelle, deux extraterrestres venus de cette planète, dont Chinpui, arrivent sur Terre et tentent désespérément de la convaincre dans ce rôle d’épouse. Mais Chinpui finit par s’attacher à elle et décide finalement de vivre à ses côtés pour l’aider à surmonter toutes sortes de péripéties. L’histoire est bon-enfant mais n’en est pas moins bourrée de dynamisme et de drôlerie. J’étais très surpris de voir dans les crédits le nom du rappeur et producteur Zo Zhit (荘子it) de Dos Monos. Il a créé les musiques de la bande originale du court métrage animé, excluant le générique original qu’il a tout de même remixé. Le parc situé derrière le musée au pied de la forêt est agréable. Il s’étend d’une manière continue jusqu’aux étages du musée au niveau du restaurant. On trouve dans ce parc quelques figures tirées des manga de Fujiko · F · Fujio, comme Doraemon bien sûr et Doremi chan. Je suis assez familier de l’univers de Doraemon pour avoir vu en DVDs et au cinéma plusieurs épisodes de ses aventures avec le cancre Nobita et ses amis. Je me souviens avoir vu en 2018 une très belle exposition où divers artistes revisitaient le monde de Doraemon. Pour le retour, nous prenons bien entendu le petit bus décoré transitant exclusivement entre le musée et la station de Noborito.

La journée qui suit nous amène à Asakusa parmi les touristes toujours nombreux. Nous arrivons par l’arrière du temple Sensōji qui est un peu plus calme que la rue commerçante Naka-dori. Nous nous déplaçons cette fois-ci en voiture. C’est un peu compliqué de trouver des places de parking libres à Asakusa, car le parking souterrain central devant la porte Kaminarimon est malheureusement fermé. Nous stationnons finalement un peu à l’écart, à côté d’une pâtisserie japonaise nommée Tokutarō (徳太樓), vieille de plus de 120 ans. Elle nous a fait de l’oeil et quelques achats de wagashi se sont imposés avant de prendre le chemin du grand temple. Les rues aux alentours, notamment celles couvertes, sont un peu plus calmes et on s’y dirigent assez rapidement après la visite du temple. Nous n’essaierons pas de collecter le sceau goshuin car une longue file d’attente est nécessaire et je l’ai de toute façon déjà obtenu récemment. Notre prochaine étape est la grande tour Tokyo Sky Tree. Nous stopperons au 350ème étage qui donne une vue presque irréelle de la ville, tant on a l’impression d’être détaché du sol. On ne pouvait malheureusement pas apercevoir le Mont Fuji, caché derrière un ciel nuageux. La vue sur le grand Tokyo et les préfectures limitrophes était par contre dégagée. Parmi les immeubles, on aperçoit les formes blanches du musée Edo-Tokyo à Ryogoku que nous visiterons plus tard dans le séjour. Je ne remarque plus le building iconique Asahi Super Dry Hall conçu par Philippe Starck, mais c’est clair qu’il attire le regard pour des yeux nouveaux. Nous l’apercevons également depuis les hauteurs de la tour Tokyo Sky Tree, au bord de la rivière Sumida. On se fait attirer par le photographe en haut de la tour qui nous promet une petite photo imprimée gratuite si on accepte de se faire photographier. On se rend ensuite compte que la dite photo est vraiment minuscule, ce qui nous pousse à vouloir acheter la version de taille normale encadrée dans un joli carton. Le stratagème commercial nous a berné, ce qui nous a bien fait rire, mais au final, le photographie prise était réussie et nous a donné envie de l’acheter. Les carpes volantes koi étaient déjà déployées au pied de la tour, en préparation de la fête des enfants le 5 Mai. Le grand centre commercial en bas de Tokyo Sky Tree ressemble à un labyrinthe. Les magasins liés à la culture pop japonaise sont nombreux, avec notamment une boutique dédiée au magazine manga Jump et un Pokémon Center assez vaste. Je suis complètement néophyte au monde de Pokémon car je ne connais que la bête jaune qu’on appelle Pikachu (si je me souviens bien). L’engouement mondial et quasi universel pour les petits monstres Pokémon m’a toujours impressionné et interrogé. On y trouve bien sûr une version spéciale de Pikachu portant de ses petits bras la tour Tokyo Sky Tree. Cette peluche semblait être un achat obligatoire. Je ressors de l’endroit un peu moins ignorant sur le sujet. La dernière étape de cette journée bien chargée nous fait passer par Diver City à Odaiba pour aller voir le grand robot Gundam. Je l’ai déjà vu plusieurs fois mais la version initiale a en fait changé. La première version installée en 2009 était le Gundam original de 1979 nommé RX-78-2. Il a été démonté en Mars 2017 et remplacé en Septembre 2017 par le modèle RX-0 Unicorn Gundam, de Mobile Suit Gundam Unicorn, toujours en place aujourd’hui. Ce modèle d’environ 19,7 mètres de hauteur a la particularité d’être doté de lumières. À Odaiba, nous avons par contre loupé de peu la nouvelle grande fontaine placée sur la baie de Tokyo qui ne s’active que pour une dizaine de minutes toutes les heures.

Le parc d’attractions Sanrio Puroland (サンリオピューロランド) situé à Tama Center était un des moments importants du voyage pour mes nièces. Je n’y serais très certainement jamais allé sans cette occasion. Comme on peut le deviner, ce parc est opéré par la compagnie Sanrio et est dédié à l’univers de ses nombreux personnages comme Hello Kitty, My Melody, Cinnamoroll, entre beaucoup d’autres. Il a ouvert ses portes le 7 décembre 1990 et accueille environ 1,5 million de visiteurs par an. C’est un parc entièrement couvert proposant plusieurs spectacles, attractions, restaurants et bien sûr rencontres des personnages. Là encore, c’est un monde que je découvre, même si ce parc a maintenant un certain âge et est très connu. Un grand nombre des personnages me sont familiers, notamment Kuromi qu’on voit souvent accrochée aux sacs des jeunes filles à Shibuya et ailleurs. Toutes proportions gardées, le personnage de Kuromi est mon préféré car elle a une apparence plutôt disruptive dans le monde Kawaii de Sanrio, ce qui fait qu’elle est appréciée par certaines musiciennes que je suis attentivement. DAOKO a d’ailleurs écrit pour Kuromi un morceau d’inspiration hip-hop intitulé Dolce Vita produit par Hidefumi Kenmochi (de Wednesday Campanella, entre autres) pour le EP KUROMI IN MY HEAD. Il n’est pas chanté par DAOKO mais on reconnaît clairement son style et le morceau est étonnamment très bon. Tout au long de la visite du parc, c’était amusant de constater que les visiteurs japonais sont principalement des jeunes adultes. Il faut dire que ce n’est pas une période de vacances scolaires au Japon. Les visiteurs étrangers, surtout en provenance d’Asie sont également assez nombreux. Il n’y a au final assez peu d’enfants, mais j’imagine que cette démographie est similaire au parc Disney et est différente pendant les week-ends. On trouve quelques similitudes avec Disneyland car la visite est rythmée par plusieurs parades. J’ai été agréablement surpris de trouver les parades et spectacles très sophistiqués au niveau des danses et des costumes. Le spectacle Kawaii Kabuki (KAWAII KABUKI ~ハローキティ一座の桃太郎~) était notre préféré. Il ne faut pas le manquer car c’est l’un des spectacles les plus originaux de Sanrio Puroland. Comme son nom l’indique, ce spectacle mélange habillement le théâtre traditionnel kabuki avec l’univers Sanrio en incluant des éléments modernes dans les musiques et danses, ce qui en fait une sorte de show hybride entre tradition japonaise et pop culture. L’histoire est une adaptation très simplifiée et visuelle du conte japonais de Momotarō (桃太郎), où l’on voit Kitty et ses amis former une troupe kabuki et partir combattre des démons (oni). L’histoire est assez enfantine et tous publics, mais les costumes inspirés du kabuki, en version kawaii, sont vraiment impressionnants. Le spectacle est supervisé avec des professionnels du kabuki et la narration inclut des voix d’acteurs kabuki connus comme Shido Nakamura (中村獅童). Le point final (et culminant) de notre visite était la rencontre de Kitty chan dans sa vaste maison située au dernier étage du parc, ce qui donnait l’occasion aux filles de se faire prendre en photo avec leur personnage préféré. Il y avait une file d’attente d’une vingtaine de minutes pour la rencontre avec Kitty. Celle-ci est vue par certaines comme une confidente. La jeune femme qui se trouvait devant nous dans la file d’attente a même passé tout un moment à faire part au personnage de Kitty de diverses choses personnelles, ce qui peut paraître bien étrange. Je pense qu’il ne faut pas oublier que Kitty est un personnage que a fait partie de la vie de nombreux enfants japonais et qu’elle a certainement été pour certaines personnes une sorte de réconfort dans les moments difficiles de leur vie. Kitty doit être bien plus qu’un personnage imaginaire pour nombre d’entre elles. Le retour en train depuis Tama Center était assez mouvementé entre Shinjuku et Shibuya sur la ligne Yamanote car nous avons eu le malheur de transiter pendant l’heure de pointe archi-bondée avec mouvements de foule à ces deux stations. Ça faisait longtemps que je n’avais pas fait personnellement l’expérience d’être serré comme une sardine dans un wagon, car les lignes de métro ou de train que je prends régulièrement sont beaucoup moins occupées même aux heures de pointe en semaine. C’est aussi un aspect de Tokyo qu’on a pu expérimenter.

i’ve been here over and over again

J’aime associé la musique rock shoegaze aux photographies urbaines en noir et blanc, ce qui tombe très bien car j’écoute trois excellents morceaux du groupe américain Nothing originaire de Philadelphie sur leur dernier album a short history of decay. J’ai d’abord découvert le morceau toothless coal qui m’a vite poussé à parcourir l’album pour y débusquer d’autres pépites shoegaze, en particulier le sublime morceau titre a short history of decay et cannibal world qui le précède. Ce sont en fait les trois seuls morceaux de l’album qui sont réellement shoegaze, dans le plus pur style de My Bloody Valentine,et ce sont ceux qui m’attirent le plus. La ressemblance avec le son mbv est plutôt évidente, mais ce n’est en rien rédhibitoire car l’esprit introspectif du shoegaze est bien présent. La musique de Nothing est en fait un peu plus rugueuse et abrasive que celle du shoegaze éthéré et les émotions qui s’en dégagent sont plus lourdes, mais avec cette mélancolie contemplative qui s’accorde bien avec les paysages urbains. J’ai toujours eu envie d’associer plus directement dans les billets de ce blog la musique que je mentionne et les images que je montre. J’aurais envie de demander aux visiteurs d’écouter le morceau a short history of decay de Nothing en faisant défiler doucement, mais à son rythme, les quelques photographies de ce billet.

山13

Il n’est pas rare de voir la nature reprendre ses droits dans les rues de Tokyo. Sans lui redonner complètement le contrôle des lieux, on peut ponctuellement voir des rues où on a laissé s’étendre la végétation sans tenter de l’arrêter ni lui donner des limites. Je le remarque sur certaines rues où les buissons des trottoirs s’étendent parfois jusqu’à gêner le passage. Les services de la ville finissent par couper ce qui dépasse, mais la végétation a largement le temps de pousser et de s’étendre avant que cela n’arrive. Dans une rue en pente au delà du centre d’Ebisu, je remarque une porte d’un salon de coiffure entouré de verdure. Cette végétation envahissante est plus qu’un élément décoratif, elle fait partie entière de l’architecture des lieux. Elle donne même à cette entrée quelque chose de mystérieux et merveilleux, comme une grotte dans laquelle on trouverait des trésors cachés. Je suis toujours étonné de voir la végétation dense qui entoure parfois les voies ferrées. Je le constate notamment le long de la ligne chemin de fer entre Ebisu et Shibuya. L’accès à la voie ferrée est fermé par des grillages qui sont eux mêmes recouverts de lierres. Derrière ces grillages, la végétation est dense et semble ne pas être vraiment maîtrisée. Des portes donnent un accès à ces zones autour de la voie ferrée, mais je me demande si elles sont souvent utilisées.

En y réfléchissant bien, je suis souvent passé devant une de ces portes grillagées, celle indiquée comme étant la porte Yama 13 (山13). Elle se trouve le long de la ligne Yamanote entre les stations d’Ebisu et de Shibuya. Cette porte en particulier m’intrigue car elle n’est pas fermée à clef. Je le sais car j’ai vu quelqu’un y entrer il y de cela quelques mois, à la fin de l’été. Je marchais de l’autre côté de la rue en direction de Shibuya. Une voiture noire s’est arrêtée au niveau de la porte. Rien d’anormal car les voitures stationnent souvent le long de cette rue, en particulier les taxis faisant leur pause dans la journée. Il n’y avait pas d’autres voitures stationnées ce jour là et la rue était très calme, c’était même inhabituel. J’ai remarqué cette voiture en particulier car il s’agissait d’une vieille Ford Mustang noire très bien entretenue. Elle brillait au soleil comme si elle venait juste d’avoir été nettoyée et lustrée. Le ciel était nuageux mais les éclats de lumière passagers se reflétant sur la carrosserie attiraient mon regard. C’est comme si cette Mustang faisait des signes ostensibles pour qu’on l’observe attentivement. Elle roulait doucement et s’est arrêtée devant la porte notée Yama 13. Un homme vêtu d’un costume noir en est sorti rapidement, faisant le tour de la voiture par l’arrière. La porte Yama 13 se trouvait exactement au niveau de la porte passager de la Mustang. L’homme semblait jeune, de taille moyenne. Ses traits étaient fins et il avait les cheveux mi-longs noirs coiffés d’un chapeau noir qui était étonnement bien assorti à son costume. Il semblait pressé, atteignant la porte passager d’un pas rapide sans faire attention à ce qui l’entourait. Je ne pense pas qu’il m’ait remarqué. Il portait un petit sac également noir au format d’une feuille A4. Alors que je marchais désormais au niveau de la voiture, je le vois, à travers les vitrages de sa voiture. Une femme aux cheveux noirs et habillée de noir était descendue de la voiture par la porte passager ouverte par l’homme. Je n’ai pu apercevoir clairement cette femme car ils ont tous les deux très rapidement pénétré à l’intérieur de l’enclos de la voie ferrée, l’homme ouvrant et fermant immédiatement derrière eux la porte Yama 13. Je les ai ensuite perdu de vue alors que je continuais à marcher de l’autre côté de la rue. Le fait que l’homme puisse ouvrir cette porte m’a beaucoup étonné car je l’imaginais bien sûr fermée pour des raisons évidentes de sécurité. On ne souhaiterait pas que n’importe qui puisse avoir accès à la voie de chemin de fer.

J’avais complètement oublié cet épisode qui m’avait pourtant beaucoup intrigué sur le moment, jusqu’à ma rencontre récente avec la jeune Miku Kajimoto dans cette rue étrange près d’Ura-Harajuku. Son nom était indiqué au verso de la petite carte qu’elle m’avait donné ce jour là. Je me suis rendu compte après coup qu’il s’agissait en fait d’une carte de visite. Le nom Yama 13 indiqué au recto de la carte devait donc faire référence à un établissement. Aucune indication n’indiquait pourtant de quel genre d’établissement il pouvait bien s’agir. Il me semble maintenant très probable que le Yama 13 inscrit sur la carte de visite fait référence à cette porte grillagée de la ligne Yamanote entre Ebisu et Shibuya. Je me demande même maintenant si ma rencontre avec Miku Kajimoto à Ura-Harajuku était conditionnée par le fait d’avoir été témoin de cette scène il y a quelques mois. L’homme au chapeau noir ou la femme qui l’accompagnait m’ont peut-être aperçu et savent que je les ai vu entrer dans cet endroit normalement interdit au public. A force de traîner son regard trop longtemps dans les recoins de la ville, on finit par y voir des choses que d’autres ne voit pas. Une ville ne se révèle pas au premier regard, j’en suis convaincu. La carte de visite que l’on m’a donné ressemble à une invitation que je me suis décidé d’accepter. Elle m’a tellement intrigué que je souhaite maintenant comprendre à tout prix sa signification.

Je reviens le long de la ligne Yamanote ce Samedi matin à la recherche de la porte Yama 13. La rue est déserte, ce qui est à priori une bonne chose. Il est pourtant aux alentours de 11h du matin. Les voitures circulent normalement, sporadiquement sur cette rue, ainsi que quelques étudiants de l’école de design proche. Je me trouve maintenant devant la porte. J’essaie discrètement de faire tourner la poignée. La porte ne semble pas être fermée à clef. Après avoir vérifié une dernière fois qu’il n’y avait personne autour de moi, j’ouvre la porte, entre à l’intérieur et referme la porte aussitôt derrière moi, sans trop réfléchir. Entre le talus de la voix ferrée et le grillage couvert de lierres, se trouve un petit chemin de terre qui file devant moi sur quelques mètres. Il donne sur une porte de métal placée sur le talus. Elle est légèrement oblique et fait tout juste ma taille. La porte est fermée par un mécanisme à code et je n’ai bien entendu pas le code d’entrée. On dirait que cette petite aventure s’arrête là, devant une porte métallique fermée par un code que je ne connais pas. Alors que je m’apprêtais à rebrousser chemin, il me vient en tête de consulter une nouvelle fois la carte de visite que l’on m’avait donné. Je pourrais peut-être y déceler un indice. Je la sors de ma poche et constate les seules écritures que je connaissais déjà. Rien ne le laisse imaginer un possible code d’entrée. Mais en observant maintenant cette carte à la lumière du soleil, je remarque une impression légèrement réfléchissante lorsqu’on l’oriente correctement. Oui, sous le nom Yama 13, je distingue maintenant deux chiffres, le 30 et le 24, qui sont écrit séparés par deux points comme pour exprimer une durée (30:24). Si c’était la durée d’un morceau de musique, il serait particulièrement long. C’est la première réflexion qui me vient en tête car j’écoutais justement en venant jusqu’ici un très long morceau instrumental de Ryuichi Sakamoto intitulé Aromascape sur l’album Cure de Miki Nakatani. Ce long morceau plein de mystère et de mélancolie dure également 30 minutes et 24 secondes. J’y vois là une coïncidence qui me pousse à aller plus en avant. Le code fonctionne sur le mécanisme manuel d’ouverture de la porte. Après un cliquetis métallique, la porte se déverrouille et la poignée ronde permet maintenant d’ouvrir la porte. Je l’ouvre doucement pour éviter tout bruit. Cette porte donne sur un couloir étroit aux murs lisses peints en noir avec un plafond arrondi. Deux rayons d’une lumière froide accompagnent les rampes latérales d’un escalier descendant sous la voix ferrée. A première vue, il doit bien faire une cinquantaine de marches de long. Ce n’est plus le moment d’avoir des doutes. Je laisse la porte entrouverte pour me donner un peu plus de lumière et pour me dire que je pourrais remonter les marches et sortir en urgence si la situation le demandait. J’entame la descente de l’escalier d’un pas lent et le plus discrètement possible. Au fur et à mesure que je descends les marches, je perçois un léger son de piano provenant du bas. Je n’arrive d’abord pas à le reconnaître mais il me paraît de plus en plus clair à chaque marche descendue. Je reconnais le morceau instrumental que j’écoutais justement en venant jusqu’ici, ce qui me rassure d’une certaine manière.

L’escalier débouche sur une petite pièce de forme arrondie. Le plafond est un dôme décoré de multiples moulures noires. Un petit chandelier accroché au milieu du dôme éclaire faiblement la pièce, mais suffisamment pour voir ce qui m’entoure. Des grands miroirs anciens placés dans des cadres noirs sont posés tout le long du mur arrondi avec un espacement d’une vingtaine de centimètres entre eux. Je n’entrevois bizarrement pas mon reflet sur ces multiples miroirs, ce qui m’interroge sur ma propre présence à cet endroit tout à fait irrationnel. Sur la droite de l’escalier, se dresse une lourde porte de bois travaillée de multiples gravures courbes représentant des formes abstraites. Un petit bouton rouge avec une inscription « call » attire tout de suite mon attention car il s’agit du seul point de couleur dans tout cet espace. J’appuie une fois sur le bouton mais rien ne se produit, même pas un son. Je n’entends aucun bruit qui pourrait venir de l’autre côté de la porte. Je m’apprête à appuyer une deuxième fois quand la porte s’ouvre soudainement en grand devant moi. J’aperçois d’abord le visage de Miku, blanc comme de la porcelaine et esquissant un semblant de sourire. « 待ってました » me dit elle. Elle m’attendait, aujourd’hui encore, habillée d’une robe noire de style gothique différente de la dernière fois. Alors qu’elle recule de quelques pas pour me laisser entrer, je suis interloqué et déconcerté par ce que je vois devant moi.

Le hall où Miku m’accueille pourrait être sorti de l’univers dérangé de HR Giger. Tout y est sombre et noir. Deux étranges statues squelettiques accrochés aux murs donnent une vision d’horreur qui pourrait ressembler à l’enfer. « ここが地獄か天国かはあなた次第です ». Comme si elle lisait dans mes pensées, Miku me fait comprendre que c’est moi qui décide si je veux faire de cet endroit un enfer ou un paradis. Il ressemble beaucoup à un enfer, qui effraie autant qu’il fascine. Je reste immobile devant ce spectacle visuel tout à fait assourdissant. Je me demande si je dois partir en courant avant que la porte ne se referme derrière moi, mais je ne suis de toute façon pas en mesure de faire un pas, comme paralysé par le choc de voir cette antre morbide qui pourrait être tirée d’un film d’horreur et de science-fiction. Je regarde Miku, pour rechercher une explication qui me rassurerait, mais elle reste impassible à côté de moi. Je comprends que la seule issue est l’escalier devant moi. Si cet endroit est l’enfer, alors gravir cet escalier m’amènera peut-être au paradis. Miku m’adresse une nouvelle fois la parole en m’indiquant que cet endroit caché des regards est un bar où l’on peut prendre son temps et parler de diverses choses profondes ou pas, et qu’il n’y a aucune obligation d’y entrer. D’accord. Elle se dirige la première vers le grand escalier et je la suis de près. Mes yeux ont pris l’habitude de la noirceur de l’endroit. J’aurais très bien pu faire un malaise en voyant cet endroit mais je suis maintenant persuadé que c’est ce que je voulais voir, comme si voir le pire allait forcément m’amener à entrevoir le meilleur par la suite. L’escalier donne sur une autre pièce tout en longueur et également très sombre. Le mobilier est entièrement noir mais l’espace est beaucoup moins inquiétant que le hall de l’entrée. Je me dis maintenant que ce hall d’entrée était une épreuve de passage, que je dois avoir réussi car me voilà dans ce fameux bar mentionné par Miku. Il y a de nombreuses bouteilles derrière le comptoir et de nombreuses tables dans ce bar en forme de couloir, mais aucun autre client. Miku me suggère de m’asseoir au comptoir. Elle s’assoit à côté de moi et tapote sur une petite clochette faisant venir un homme derrière le comptoir. Son costume noir et son chapeau noir assorti me font tout de suite réaliser qu’il s’agit de l’homme à la Mustang noire que j’avais aperçu il y a quelques mois. Il me demande ce que je souhaite boire. Je commande un Whisky Suntory AO. Une musique drone ambiante remplie l’espace, mais reste discrète. Elle me fait penser aux longues trames sonores de Chihei Hatakeyama, mais je n’en suis pas sûr. Alors que l’homme au chapeau sculpte le glaçon de manière très minutieuse, je tourne le regard vers Miku qui me regarde également sans rien dire.

J’écris une histoire depuis plusieurs années, celle de Kei Imamura (今村京), qui s’intitule « du songe à la lumière ». Je ne sais quelle raison me pousse à lui parler de cette histoire au long court que j’ai du mal à faire avancer, mais j’ai l’impression qu’elle pourrait m’aider dans mon entreprise. Kei est une jeune fille un peu plus âgée que toi, perdue dans ses tourments mais qui entrevoit une lumière après la rencontre de Ruka Akatsuki (暁ルカ). Elle envisage de créer avec lui un groupe de musique dont le nom est Dreamers never End. Mon histoire s’arrête à ce moment-là, car je ne sais donner une direction au style musical que produira ce groupe, comme si cet élément était absolument déterminant dans la suite de mon histoire. Je me perds moi-même dans mes réflexions sur ce détail de mon histoire qui prend une importance demeurée. Elle m’écoute en restant parfaitement immobile. Son visage est figé mais étrangement expressif, mélangeant la douceur de quelqu’un qui est à l’écoute et la détermination de quelqu’un qui a déjà des idées précises sur la direction que sa vie doit prendre. « あなたを一番よく表している曲はありますか? ». Elle me demande soudainement quelle musique me représenterait le mieux. « 私、IDOLですょ、バクチクの曲 ». Moi, c’est IDOL, le morceau de Buck-Tick, me dit-elle immédiatement sans attendre ma réponse. « あと、LUNA SEAのROSIER ». Oui, j’imagine tout à fait cette musique la représenter, comme s’il y avait une adéquation entre son état d’être, du moins ce qu’elle laisse transparaître, et la musique qu’elle écoute. Elle ne devait même pas être née à la sortie de ces singles, mais elle a bien intégré le romantisme sombre qui traverse ces œuvres, s’imaginant certainement comme une rose noire qui se voudrait idole. Cette pensée me traversant l’esprit n’est en rien médisante, au contraire, la capacité à se dévouer de tout son être dans ses choix musicaux au delà de la simple appréciation d’écoute est une chose qui me fascine, et que je ne serais pas en mesure de reproduire.

Elle continue d’un air convaincu « 周りの人たちが自分の尊敬している音楽とどんなふうに向き合っているのか、聞いてみたらどう? ». Elle me suggère de demander à ceux qui m’entourent comment ils vivent et expriment la musique qu’ils admirent. Faut-il que je donne à Kei un état d’être en dehors de toute normalité pour qu’elle devienne légitime dans son groupe? Ce que l’on écoute doit il conditionner notre état d’être? Ce questionnement me pousse à des réflexions sur moi-même. Après tout l’histoire de Kei est un miroir qui reflète une autre version de moi-même dans un Tokyo parallèle que je n’entrevois clairement que par courts moments grâce à des passeurs comme Miku Kajimoto. Le Tokyo Parallèle est en quelque sorte une fenêtre sur moi-même. Faire avancer Kei dans son histoire me fera peut-être avancer dans ma propre histoire, et vice-versa, par un effet de miroir. Le conseil est de consulter autour de moi pour trouver une inspiration à mon histoire, mais comment appliquer ce conseil. Je ne le sais pas encore. Mon verre de whisky est posé sur le comptoir avec un glaçon parfaitement sculpté. Je bois une première gorgée, suivie d’une longue pause silencieuse, puis une deuxième gorgée. Je décèle sur le visage de Miku un sourire qu’elle n’affichait pas jusqu’à maintenant. Tout en regardant devant elle, elle me demande si ça sera tout pour aujourd’hui. Notre entrevue m’a semblé courte.

Après lui avoir dit adieu, je reviens sur mes pas en passant par le dôme arrondi entouré de miroirs à l’entrée. Alors qu’ils ne réfléchissaient rien à mon premier passage, j’y vois maintenant une image d’abord assez floue. Ma curiosité surpasse mon étonnement et je suis tout de suite attiré vers cette image émergeant d’une épaisse brume visuelle. Je reconnais une forme humaine dans une petite pièce ensoleillée. Ma vision devient plus claire lorsque je me concentre sur cette forme humaine qui s’affiche sur plusieurs miroirs simultanément. Je me rends compte que l’association de tous ces miroirs autour de moi me donnent une vue complète de la pièce couvrant pratiquement 360 degrés. Alors que ma vision devient de plus en plus précise, j’aperçois maintenant une jeune femme assise sur le tatami d’un petit appartement à côté d’une fenêtre entrouverte donnant sur un parc. La jeune fille tient une guitare électrique noire dans les mains et joue des accords que je ne parviens pas à entendre. Elle paraît concentrée sur ses mouvements. Il se dégage une chaleur presque palpable de cette scène, quelque chose d’idyllique comme une image de paradis. La lumière douce traversant la fenêtre dévoile son visage qui me paraît maintenant distinct. C’est Kei que je vois dans cette pièce comme si je m’y trouvais également. Je suis complètement immergée dans son petit appartement près du parc d’Inokashira, celui que j’avais imaginé dans les premiers épisodes de son histoire. Il semble beaucoup plus réel que l’image intérieure que j’en avais, au point où je commence à douter de l’avoir moi-même créé. Kei semble vivre ici indépendamment de mon histoire, du moins elle progresse toute seule dans son apprentissage musical, pour se préparer, j’imagine, à une première représentation de son groupe. Cette vision est pour moi troublante. Ma création littéraire s’échappe t’elle de mon contrôle? Ma surprise s’accentue lorsque j’aperçois, accroché près de la porte d’entrée de son petit appartement, un cintre avec l’exacte même robe noire que portait Miku Kajimoto lors de notre première rencontre. Elle est accrochée avec soin. On croirait qu’elle n’a jamais servi, mais elle est en tout point identique à celle que j’ai vu précédemment. Pour quelle raison cette robe se trouve t’elle dans l’appartement de Kei? Il est peu probable qu’elle l’ait emprunté. Il me vient tout d’un coup l’étrange sensation que Kei et Miku sont en fait les mêmes personnes. Mes souvenirs du visage de Kei se font tout d’un coup plus flous, et devant moi, dans les reflets des miroirs du dôme arrondi, je perçois le visage de Miku. Elle a les cheveux beaucoup plus courts mais la ressemblance m’est maintenant frappante. Aurais-je donc passé plusieurs minutes assis à côté de Kei dans le bar juste à côté, en lui faisant par de mes difficultés à continuer son histoire. Je lui aurais donc parlé de la direction future de sa propre vie, et elle me montre maintenant en images qu’elle en a repris le contrôle. Cela explique peut-être le sourire de Miku lorsqu’on s’est quitté. J’aurais aimé qu’elle m’apporte des réponses mais je la vois imperturbable à s’entrainer seule aux accords de guitare. Je ne voudrais pour rien au monde la déranger. A ce moment précis, ses doigts cessent de bouger sur les cordes, s’interrompant au milieu d’un mouvement. Lentement, elle tourne la tête vers l’un des miroirs, un de ceux qui se trouvent en face à moi. Son regard s’y fixe avec une précision troublante. Elle ne me voit pas, elle me regarde, intensément. Puis un très léger sourire apparaît, à peine esquissé, le même que celui de Miku au comptoir. Elle ne semble pas surprise de me voir ici. Moi si. Je me fige et je sens tout d’un coup mon souffle se bloquer. Une vague froide me traverse la nuque et descend le long de ma colonne vertébrale. Un vertige intense me gagne, qui me pousse à mettre un genou à terre et perdre de vue Kei. Après quelques dizaines de secondes pour reprendre mes esprits, la vision dans les miroirs est soudainement redevenue floue et un voile épais recouvre les images que je percevais. Il me paraît maintenant opportun de remonter lentement l’escalier jusqu’à la surface, en faisant attention à chaque marche. J’ai recouvré mes esprit mais je reste profondément troublé par cette expérience. Il fait déjà nuit dehors, il est 24:30. J’ai passé beaucoup plus de temps que je ne le pensais dans cet étrange endroit. L’air est frais et me remet un peu les idées en place. Je ne préfère cependant pas trop réfléchir pour l’instant à cette expérience. J’en aurais tout le temps plus tard. Le chemin qui mène vers la porte grillagée n’est pas éclairée. J’avance à tâtons. J’ouvre ensuite la porte lentement en vérifiant que personne n’est présent dans la rue. En la refermant, un cliquetis se fait entendre. La porte s’est fermée à clef, rendant désormais ce Tokyo Parallèle inaccessible.

Notes: Ce texte est la suite du billet précédent intitulé darkerrr grrrl et est en lien direct avec l’histoire en cours du songe à la lumière et avec les histoires du Tokyo Parallèle. On apprenait il y a quelques jours que Shinya (真矢), le batteur du groupe LUNA SEA, avait quitté ce monde suite à une longue maladie. J’ai eu envie de réécouter le morceau ROSIER, sur l’album MOTHER qui est mon préféré du groupe, et de le mentionné dans ce texte.