Tokyo & Pop (1)

Avoir de la visite donne un regard nouveau sur des lieux que je connais bien mais permet également d’entrevoir de nouvelles choses. Ma sœur et ses deux filles de 10 et 8 ans, mes nièces donc, nous ont fait le plaisir de nous rendre visite pendant dix jours au cœur du mois d’Avril. Notre mission était d’organiser et de guider cette petite troupe dans Tokyo et ailleurs en fonction des centres d’intérêt de chacun, incluant les miens car j’ai découvert certains lieux, visités pour la première fois. Nos visites avaient clairement une orientation que j’appellerais pop, car les filles voulaient absolument voir les ‘hauts lieux’ de la culture Ghibli et Sanrio, entre autres. On savait que le musée Ghibli de Mitaka est très prisé et il fallait donc faire une réservation plusieurs mois à l’avance, le jour même de l’ouverture de la billetterie. Je suis assez fier d’avoir réussi à tout organiser sans encombres ni manquements à nos plans initiaux. Mes demandes préalables pour que la météo soit clémente ont assez bien fonctionné à part pour une journée et demi de pluie étalée sur les dix jours. Dès leur arrivée, nous filons vers Shibuya puis Harajuku en croisant un personnage Sanrio à notre passage au pied de la tour 109 près du carrefour de Shibuya. Je pense que j’ai, pendant ces vacances particulièrement actives, beaucoup appris des filles sur les nombreux personnages qui constituent l’univers Sanrio. Il est clair que depuis l’anniversaire des 50 ans de Hello Kitty l’année dernière, les personnages de la marque ont gagné une forte popularité, non seulement après des enfants mais également auprès d’un public majoritairement féminin de jeunes adultes. Dès le premier jour à Shibuya, nous avons beaucoup marché, guidés par les yeux émerveillés des filles qui ont débordé d’énergie positive pendant tout le séjour. Notre parcours nous a fait passer par les huitième et neuvième étages de la tour Hikarie pour une vue d’ensemble de Shibuya après avoir traversé le grand carrefour et déjeuné tranquillement en famille. Nous traversons ensuite le parc Miyashita puis continuons jusqu’au croisement d’Harajuku, après avoir fait un petit tour dans le campus de l’université du fiston. On évitera de s’engager dans la rue Takeshita car il est déjà tard, et on a préféré grimper en haut de la tour OMOKADO (東急プラザ表参道オモカド), que j’aime beaucoup pour ses escaliers extérieurs donnant une perspective intéressante sur le carrefour d’Harajuku.

Le jour suivant nous amène au musée Fujiko · F · Fujio situé à Noborito, près de Kawasaki. Nous voyageons principalement en train et métro, ce qui permet de mieux saisir les atmosphères de la ville et de ses banlieues. Le musée du créateur de Doraemon se trouve clairement dans une banlieue, un peu loin de tout, même si la station de Noborito est imposante. Je connaissais déjà le musée pour l’avoir visité il y a 12 ans et il n’a pas vraiment changé mais je ne me souvenais pas avoir vu le court film d’animation dans le petit cinéma du musée. Celui que nous avons regardé s’intitule Chinpui – La bonne chance d’Eri (チンプイ – エリさまのグッドラック). Ce petit film nous raconte l’histoire d’Eri Kasuga (春日エリ), une fillette de 12 ans pleine de vie et un peu garçon manqué, se retrouvant un jour soudainement choisie comme candidate pour devenir l’épouse du prince héritier de la planète Mahl située dans un lointain univers. Pour lui annoncer cette nouvelle, deux extraterrestres venus de cette planète, dont Chinpui, arrivent sur Terre et tentent désespérément de la convaincre dans ce rôle d’épouse. Mais Chinpui finit par s’attacher à elle et décide finalement de vivre à ses côtés pour l’aider à surmonter toutes sortes de péripéties. L’histoire est bon-enfant mais n’en est pas moins bourrée de dynamisme et de drôlerie. J’étais très surpris de voir dans les crédits le nom du rappeur et producteur Zo Zhit (荘子it) de Dos Monos. Il a créé les musiques de la bande originale du court métrage animé, excluant le générique original qu’il a tout de même remixé. Le parc situé derrière le musée au pied de la forêt est agréable. Il s’étend d’une manière continue jusqu’aux étages du musée au niveau du restaurant. On trouve dans ce parc quelques figures tirées des manga de Fujiko · F · Fujio, comme Doraemon bien sûr et Doremi chan. Je suis assez familier de l’univers de Doraemon pour avoir vu en DVDs et au cinéma plusieurs épisodes de ses aventures avec le cancre Nobita et ses amis. Je me souviens avoir vu en 2018 une très belle exposition où divers artistes revisitaient le monde de Doraemon. Pour le retour, nous prenons bien entendu le petit bus décoré transitant exclusivement entre le musée et la station de Noborito.

La journée qui suit nous amène à Asakusa parmi les touristes toujours nombreux. Nous arrivons par l’arrière du temple Sensōji qui est un peu plus calme que la rue commerçante Naka-dori. Nous nous déplaçons cette fois-ci en voiture. C’est un peu compliqué de trouver des places de parking libres à Asakusa, car le parking souterrain central devant la porte Kaminarimon est malheureusement fermé. Nous stationnons finalement un peu à l’écart, à côté d’une pâtisserie japonaise nommée Tokutarō (徳太樓), vieille de plus de 120 ans. Elle nous a fait de l’oeil et quelques achats de wagashi se sont imposés avant de prendre le chemin du grand temple. Les rues aux alentours, notamment celles couvertes, sont un peu plus calmes et on s’y dirigent assez rapidement après la visite du temple. Nous n’essaierons pas de collecter le sceau goshuin car une longue file d’attente est nécessaire et je l’ai de toute façon déjà obtenu récemment. Notre prochaine étape est la grande tour Tokyo Sky Tree. Nous stopperons au 350ème étage qui donne une vue presque irréelle de la ville, tant on a l’impression d’être détaché du sol. On ne pouvait malheureusement pas apercevoir le Mont Fuji, caché derrière un ciel nuageux. La vue sur le grand Tokyo et les préfectures limitrophes était par contre dégagée. Parmi les immeubles, on aperçoit les formes blanches du musée Edo-Tokyo à Ryogoku que nous visiterons plus tard dans le séjour. Je ne remarque plus le building iconique Asahi Super Dry Hall conçu par Philippe Starck, mais c’est clair qu’il attire le regard pour des yeux nouveaux. Nous l’apercevons également depuis les hauteurs de la tour Tokyo Sky Tree, au bord de la rivière Sumida. On se fait attirer par le photographe en haut de la tour qui nous promet une petite photo imprimée gratuite si on accepte de se faire photographier. On se rend ensuite compte que la dite photo est vraiment minuscule, ce qui nous pousse à vouloir acheter la version de taille normale encadrée dans un joli carton. Le stratagème commercial nous a berné, ce qui nous a bien fait rire, mais au final, le photographie prise était réussie et nous a donné envie de l’acheter. Les carpes volantes koi étaient déjà déployées au pied de la tour, en préparation de la fête des enfants le 5 Mai. Le grand centre commercial en bas de Tokyo Sky Tree ressemble à un labyrinthe. Les magasins liés à la culture pop japonaise sont nombreux, avec notamment une boutique dédiée au magazine manga Jump et un Pokémon Center assez vaste. Je suis complètement néophyte au monde de Pokémon car je ne connais que la bête jaune qu’on appelle Pikachu (si je me souviens bien). L’engouement mondial et quasi universel pour les petits monstres Pokémon m’a toujours impressionné et interrogé. On y trouve bien sûr une version spéciale de Pikachu portant de ses petits bras la tour Tokyo Sky Tree. Cette peluche semblait être un achat obligatoire. Je ressors de l’endroit un peu moins ignorant sur le sujet. La dernière étape de cette journée bien chargée nous fait passer par Diver City à Odaiba pour aller voir le grand robot Gundam. Je l’ai déjà vu plusieurs fois mais la version initiale a en fait changé. La première version installée en 2009 était le Gundam original de 1979 nommé RX-78-2. Il a été démonté en Mars 2017 et remplacé en Septembre 2017 par le modèle RX-0 Unicorn Gundam, de Mobile Suit Gundam Unicorn, toujours en place aujourd’hui. Ce modèle d’environ 19,7 mètres de hauteur a la particularité d’être doté de lumières. À Odaiba, nous avons par contre loupé de peu la nouvelle grande fontaine placée sur la baie de Tokyo qui ne s’active que pour une dizaine de minutes toutes les heures.

Le parc d’attractions Sanrio Puroland (サンリオピューロランド) situé à Tama Center était un des moments importants du voyage pour mes nièces. Je n’y serais très certainement jamais allé sans cette occasion. Comme on peut le deviner, ce parc est opéré par la compagnie Sanrio et est dédié à l’univers de ses nombreux personnages comme Hello Kitty, My Melody, Cinnamoroll, entre beaucoup d’autres. Il a ouvert ses portes le 7 décembre 1990 et accueille environ 1,5 million de visiteurs par an. C’est un parc entièrement couvert proposant plusieurs spectacles, attractions, restaurants et bien sûr rencontres des personnages. Là encore, c’est un monde que je découvre, même si ce parc a maintenant un certain âge et est très connu. Un grand nombre des personnages me sont familiers, notamment Kuromi qu’on voit souvent accrochée aux sacs des jeunes filles à Shibuya et ailleurs. Toutes proportions gardées, le personnage de Kuromi est mon préféré car elle a une apparence plutôt disruptive dans le monde Kawaii de Sanrio, ce qui fait qu’elle est appréciée par certaines musiciennes que je suis attentivement. DAOKO a d’ailleurs écrit pour Kuromi un morceau d’inspiration hip-hop intitulé Dolce Vita produit par Hidefumi Kenmochi (de Wednesday Campanella, entre autres) pour le EP KUROMI IN MY HEAD. Il n’est pas chanté par DAOKO mais on reconnaît clairement son style et le morceau est étonnamment très bon. Tout au long de la visite du parc, c’était amusant de constater que les visiteurs japonais sont principalement des jeunes adultes. Il faut dire que ce n’est pas une période de vacances scolaires au Japon. Les visiteurs étrangers, surtout en provenance d’Asie sont également assez nombreux. Il n’y a au final assez peu d’enfants, mais j’imagine que cette démographie est similaire au parc Disney et est différente pendant les week-ends. On trouve quelques similitudes avec Disneyland car la visite est rythmée par plusieurs parades. J’ai été agréablement surpris de trouver les parades et spectacles très sophistiqués au niveau des danses et des costumes. Le spectacle Kawaii Kabuki (KAWAII KABUKI ~ハローキティ一座の桃太郎~) était notre préféré. Il ne faut pas le manquer car c’est l’un des spectacles les plus originaux de Sanrio Puroland. Comme son nom l’indique, ce spectacle mélange habillement le théâtre traditionnel kabuki avec l’univers Sanrio en incluant des éléments modernes dans les musiques et danses, ce qui en fait une sorte de show hybride entre tradition japonaise et pop culture. L’histoire est une adaptation très simplifiée et visuelle du conte japonais de Momotarō (桃太郎), où l’on voit Kitty et ses amis former une troupe kabuki et partir combattre des démons (oni). L’histoire est assez enfantine et tous publics, mais les costumes inspirés du kabuki, en version kawaii, sont vraiment impressionnants. Le spectacle est supervisé avec des professionnels du kabuki et la narration inclut des voix d’acteurs kabuki connus comme Shido Nakamura (中村獅童). Le point final (et culminant) de notre visite était la rencontre de Kitty chan dans sa vaste maison située au dernier étage du parc, ce qui donnait l’occasion aux filles de se faire prendre en photo avec leur personnage préféré. Il y avait une file d’attente d’une vingtaine de minutes pour la rencontre avec Kitty. Celle-ci est vue par certaines comme une confidente. La jeune femme qui se trouvait devant nous dans la file d’attente a même passé tout un moment à faire part au personnage de Kitty de diverses choses personnelles, ce qui peut paraître bien étrange. Je pense qu’il ne faut pas oublier que Kitty est un personnage que a fait partie de la vie de nombreux enfants japonais et qu’elle a certainement été pour certaines personnes une sorte de réconfort dans les moments difficiles de leur vie. Kitty doit être bien plus qu’un personnage imaginaire pour nombre d’entre elles. Le retour en train depuis Tama Center était assez mouvementé entre Shinjuku et Shibuya sur la ligne Yamanote car nous avons eu le malheur de transiter pendant l’heure de pointe archi-bondée avec mouvements de foule à ces deux stations. Ça faisait longtemps que je n’avais pas fait personnellement l’expérience d’être serré comme une sardine dans un wagon, car les lignes de métro ou de train que je prends régulièrement sont beaucoup moins occupées même aux heures de pointe en semaine. C’est aussi un aspect de Tokyo qu’on a pu expérimenter.

lost in Kawaramachi soundscapes

Dans la longue liste des architectures qu’il me reste à découvrir de mes propres yeux, il y avait le complexe Kawaramachi Housing à Kawasaki (川崎市河原町高層公営住宅団地) par l’architecte Sachio Ōtani (大谷幸夫). L’ensemble se compose de plusieurs blocs d’appartements de type Danchi (団地), conçus pour être des logements sociaux opérés par le gouvernement japonais. Le complexe a été construit en 1970 et occupe un vaste espace qui était précédemment occupé par des usines. Il se compose de 15 immeubles espacées par des zones vertes et les plus notables sont ceux en forme de Y inversé, ouvrant un espace intérieur formant une plaza couverte. Cette forme permet une disposition en escaliers des premiers étages optimisant l’accès à la lumière pour les appartements de ces étages. Le complexe alterne ces bâtiments en forme de Y, au nombre de trois, avec d’autres plus classiques composés de deux barres d’immeubles parallèles. Ces dernières ont été renforcées par un dispositif métallique de protection sismique. La plaza intérieure des bâtiments en forme de Y est assez bien éclairée mais on ne peut pas dire que l’endroit soit vraiment plaisant car dénué de toute vie, à part quelques passants traversant la place. J’imagine que l’idée initiale était de créer un espace où les résidents pourraient se rencontrer et les enfants du quartier jouer. Cet espace est plutôt utilisé comme un parking à vélos. Il y a quelque chose de grandiose et de futuriste dans cet ensemble proche des visions métabolistes des années 1960. Diplômé de l’Université de Tokyo en 1946, Sachio Ōtani a commencé sa carrière d’architecte dans le studio de Kenzo Tange puis est devenu indépendant en 1960. Avant le projet Kawaramachi Housing, il conçu en 1966 le Kyoto International Conference Center (国立京都国際会館) qui est un ensemble en béton aux formes obliques le faisant ressembler à un navire futuriste. J’ai traversé à pieds deux rangées de trois immeubles et rencontrer peu de résidents, quelques personnes âgées mais aussi des adolescents. Kawaramachi est à une vingtaine de minutes à pieds de la gare de Kawasaki et de son grand centre commercial Lazona, ce qui fait que cet ensemble est relativement bien placé. D’autres ont déjà pris des photographies plus réussies que les miennes de ce grand complexe, notamment Cody Ellingham dans une série de nuit consacrée aux logements de type Danshi qu’il a appelé Danshi Dreams. Je découvre aussi les photographies très réussies prises en grand angle par Ying Yin. Au passage, sa page de photographies sur le site Béhance montre également une superbe série en quatre épisodes intitulée Wind of Okhotsk montrant Hokkaidō couvert de neige et créant des paysages quasiment irréels.

L’idée de venir visiter le complexe de Kawasaki Kawaramachi m’est venu en écoutant un album du groupe de rock indé japonais Barbican Estate. J’avais découvert ce groupe par la compilation Music for Tourists: A passport for Alternative Japan que je mentionnais dans un billet récent, le groupe y contribuant un morceau, celui concluant l’album. La photographie de la jaquette de leur premier album Way Down East sorti le 23 Décembre 2021 a été prise sur la plaza intérieure d’une des trois tours en Y du complexe de Kawasaki Kawaramachi. J’écoute bien sûr ce très bel album en me dirigeant vers le complexe depuis la gare de Kawasaki et en marchant ensuite au milieu de celui-ci. Barbican Estate est un trio fondé à Tokyo en 2019 par Kazuki Toneri à la guitare (et sitar), Miri au chant et à la guitare basse (et flûte) et Koh Hamada à la batterie et aux percussions. Je mentionne dans mon billet précédent que Barbican Estate est inspiré par l’architecture, ce qui explique très bien le choix de ce bâtiment brutaliste pour la photographie de couverture de leur premier album. Le groupe se définit comme créant un rock noir et psychédélique, ce que l’on reconnaît très bien sur cet album à travers plusieurs morceaux n’hésitant pas à allonger les séquences instrumentales. L’influence du son des guitares de Sonic Youth est également assez présente sur certains morceaux comme le très beau White Jazz. Kazuki Toneri et Miri se sont en fait rencontrés pour la première fois lors d’un concert de Thurston Moore en duo avec Keiji Haino (灰野敬二) du groupe rock expérimental Fushitsusha (不失者). C’était le 22 Mars 2017 dans la salle duo MUSIC EXCHANGE à Shibuya Dōgenzaka. L’année suivante, Kazuki Toneri a séjourné à Seattle, lieu qu’il a choisi pour son attrait envers le rock alternatif américain, puis est revenu à Tokyo et a fondé Barbican Estate en 2019. Sur le magnifique morceau White Jazz, on reconnaît les sonorités de guitare de Sonic Youth, je dirais de la période Murray Street et Sonic Nurse, mais le long morceau bifurque ensuite en cours de route pour un rock plus psychédélique qui me rappelle un peu le style des Doors, et change encore pour une approche plus bruitiste. Ce morceau doit être mon préféré de l’album mais j’ai été happé par son ambiance dès le premier morceau intitulé Oblivion. Le cinquième morceau Obsessed est un excellent morceau, dont la dissonance des guitares me rappelle également un peu les sonorités de guitare de Thurston Moore chez Sonic Youth, mais la noirceur de l’ensemble me rappelle plutôt leurs premiers albums. Le chant plaintif et dissonant de Miri y est assez fascinant. Sur le long morceau qui suit Morphine, and the Realm of Ouroboros, j’aime particulièrement le contraste entre un début très apaisé fait de nappes flottantes où Miri ne prononce que quelques mots difficilement compréhensibles, et la puissance de la guitare qui nous saisit dans la deuxième partie. On se laisse volontiers hypnotisé par ces sons. Le groupe dit de cet album qu’il s’agit d’un voyage de purification spirituelle d’Ouest en Est, le titre de l’album étant inspiré par celui d’un film du même nom de 1920, réalisé par D.W. Griffith, et qui contenait une musique influencée par l’art occidental dans une première partie, puis par la pensée orientale ensuite. Cette séparation est subtile sur l’album Way Down East, mais on constate en effet l’utilisation de la sitar sur le septième morceau intitulé Abandon. L’écoute de l’album se terminant dans mes écouteurs indique qu’il est maintenant temps de retourner vers la station de Kawasaki, pour retrouver la foule. Le calme qui règne dans le complexe de Kawasaki Kawaramachi rend cet endroit à part.

passage au temple Sojiji

J’ai en ce moment un peu de mal à tenir mon rythme de publication car j’ai beaucoup plus de photos en attente que de textes écrits pour former des billets. Mon appétit pour l’écriture était relativement en berne ces derniers jours. Malgré l’envie d’écrire, la fatigue accumulée m’a éloigné de la plume.

Ces quelques photographies ont été prises le mois dernier près de Kawasaki dans le grand temple bouddhiste de Sojiji. Ce n’est pas un endroit particulièrement touristique mais il vaut le détour pour la grandeur de ses temples. L’enceinte de Sojiji est vaste, comptabilisant en tout 500,000 m2. Un cimetière occupe une partie de l’enceinte, derrière le vaste parc dans lequel sont disposés plusieurs halls. On y trouve aussi une école avec université, lycée, collège et maternelle. Il devait y avoir une journée portes-ouvertes car les jeunes étudiants accompagnés de leurs parents étaient nombreux à attendre sagement devant l’entrée. Les origines du temple Sojiji remontent à l’an 1321, il y a donc environ 700 ans. Le temple fondé par Keizan Zenji se trouvait initialement sur la péninsule de Noto dans la préfecture d’Ichikawa. En 1898, un incendie entraîna le déménagement du temple. Il s’installa à Tsurumi près de Kawasaki en 1911. On y pratique et enseigne le Sōtō Zen, qui est la plus importante des écoles zen du Japon avec plus de 14,000 temples. Sojiji, qui veut dire temple dans lequel sont préservés les enseignement de Bouddha, en est le temple principal au Japon.

dans le musée de Tarō Okamoto

Le numéro Taro & Aimyon (岡本太郎とあいみょん) du magazine Casa Brutus posé en permanence sur la table basse du salon me rappelle à chaque fois que je le vois qu’il faut que je découvre un peu plus les œuvres de Tarō Okamoto (岡本 太郎). Ce n’est pas chose aisée car elles sont éparpillées dans tout le Japon, mais je les découvre au moins en photo en parcourant régulièrement les pages du magazine. Le Tarō Okamoto Museum of Art n’est par contre pas très loin de Tokyo, car il se trouve dans le gigantesque parc de Ikuta Ryokuchi dans la banlieue de Kawasaki (Kawasaki est sa ville de naissance). Le musée montre beaucoup de peintures et de sculptures de Tarō Okamoto, ainsi qu’une exposition temporaire montrant des séries de photographies qu’il a pris au Japon. Le musée est beaucoup plus vaste que le Memorial Museum à Aoyama, que j’ai été voir seul récemment. Nous sommes allés en famille au musée de Kawasaki et je n’ai pas eu beaucoup de mal à convaincre tout le monde d’y aller. Les premières photographies du billet montrent l’imposante sculpture Tower of Mother (母の塔 – Haha no Tō) située à l’entrée du musée. On peut également prendre des photos à l’intérieur assez vaste du musée mais la luminosité me pousse à utiliser seulement l’iPhone.

Image extraite du documentaire sur Tarō Okamoto réalisé par Jean Rouch en 1973 et intitulé Hommage à Marcel Mauss.

Une partie du musée nous montre l’étendue des domaines artistiques dans lequel Tarō Okamoto intervenait. Une vidéo y est diffusée en français avec sous-titrés en japonais sur un petit écran. Je n’avais pas réalisé que Tarō Okamoto parlait français. Il parlait en fait un français presque parfait avec un léger accent. Il a en fait passé plusieurs années à Paris de 1929 jusqu’au début de la seconde Guerre Mondiale pour étudier l’ethnologie au Musée de l’Homme. Ce document vidéo réalisé par Jean Rouch en 1973 est un film de 17 minutes tourné en 16mm et il est également disponible en libre accès sur le site d’archives vidéo du CNRS. Le documentaire prend pour titre Hommage à Marcel Mauss, car il s’agissait du maître de Tarō Okamoto lorsqu’il étudiait l’ethnologie. Mais le vidéo aborde avant tout l’approche artistique de Tarō Okamoto, touchant à tout et ne se limitant pas dans ses domaines d’intervention. Il se déroule dans sa maison et atelier d’Aoyama qui est désormais le Tarō Okamoto Memorial Museum. Pendant cette interview, Tarō Okamoto nous présente et explique certaines oeuvres. On fait un tour de son jardin rempli à raz bord de sculptures ou plutôt de maquettes de sculptures exposées en grand format dans différents lieux, même apparemment à Paris au Bois de Vincennes. Il donne quelques explications sur la Tour du Soleil (太陽の塔 – Taiyō no Tō) de l’Expo de 70 à Osaka, qu’il nous dit être hors de l’esthétique occidentale et japonaise, car il voulait créer un art résolument nouveau qui n’a jamais été fait ailleurs. Il nous parle aussi de ses chaises qui refusent qu’on s’y assoit et de la Temple Bell-Rejoicing (歓喜の鐘), une cloche de bronze qu’il a réalisé en 1965 et qui se trouve dans le temple Kyūkokuji (久国寺) à Nagoya. Il nous explique la création de cette cloche aux 34 cornes qui évoque un mandala s’ouvrant sur l’univers. Sa forme correspond également très bien à une des citations connues de l’artiste: « L’art, c’est l’explosion » (芸術は爆発だ – Geijutsu ha bakuhatsu da). Selon ses dires, elle sonnerait mieux que n’importe quelle autre cloche de temple. Les visions de Tarō Okamoto peuvent être un peu extrêmes, notamment quand il nous parle de l’artiste comme un être solitaire qui ne doit vivre que pour créer. On entrevoit bien dans ce document vidéo le génie malicieux de l’artiste et son excentricité, ne serait ce que dans son regard.

On a passé un bon moment dans ce musée, qui me conforte dans mon appréciation de ces formes et ses couleurs. J’adorerais avoir à la maison une de ses chaises-tabouret de couleur vive sur lequel on ne peut pas s’asseoir. Elle ne sont bien pas à vendre, et je n’ose même pas imaginer qu’elle pourrait être le prix. On pense tout de même un peu de temps dans la boutique du musée. J’y trouve une tasse de café avec une impression de la tour du Soleil et du Black Sun. Elle accompagnera à partir de maintenant mon écriture sur ce blog les matins de week-end.

空を自由に飛びたいなぁ

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Zoa adore ce petit personnage de Manga. Il s’agit de Doraemon, un chat robot bleu venu du futur (de 2112 pour être précis) et sans oreilles. A travers diverses aventures que l’on peut voir à la télévision le vendredi en soirée ou au cinéma dans des films d’animation, il vient en aide à Nobita, un petit garçon assez paresseux. Doraemon possède une poche magique sur son ventre et en fait sortir toute sorte d’objets mystérieux, comme une porte qui ouvre sur d’autres mondes (Dokodemo-doa), un hélicoptère portatif en bambou (take-kopta), une machine à remonter le temps (taimu-mashin) et des centaines d’autres objets extraordinaires. Zoa aime beaucoup ces objets imaginaires et je me suis pris au jeu en regardant quelques films d’animation avec lui. Doraemon a été créé par Fujiko – F – Fujio. On peut découvrir les oeuvres de ce mangaka au musée du même nom dans la banlieue de Kawasaki, à Noborito. Nous sommes donc allés au musée Fujiko F Fujio, ouvert en 2011. Il faut réserver à l’avance car il ne se vend pas de billets à l’entrée. Comme pour le Sky Tree, c’est un bon moyen de réguler les entrées pour ne pas se retrouver dans la foule à l’intérieur. Il y a beaucoup de monde quand même. Le musée Ghibli à Mitaka fonctionne aussi de cette façon, mais je n’y suis pas encore allé (Zoa ne s’intéresse pas encore trop au monde Miyazaki, ça viendra peut être). Le bâtiment du musée est agréable, il a été conçu par Nihon Sekkei.