les danses estivales du Shirokane Awa-Odori

L’été est aussi la saison des Matsuri. C’était la première fois que j’allais voir le festival de danse traditionnelle Awa‑Odori du quartier de Shirokane (白金阿波踊り), qui est célébré chaque été au mois de Juillet. Son histoire n’est pas très ancienne car il a été créé il y a quatorze ans par des associations locales dans le but de renforcer les liens entre les habitants de ce quartier très résidentiel, qui n’est pas traditionnellement connu pour ses festivals. Des troupes (連) venues de la préfecture de Tokushima à Shikoku et de quartiers de Tokyo participaient à cet événement qui se déroulait le Dimanche 20 Juillet de 14:10 à environ 18:30. La partie principale du Matsuri sur la rue commerçante Shirokane Kitasato-dōri (白金北里通り) démarrait à partir de 17h, tandis que les préparatifs se déroulaient au parc proche de Sankō Jidō Yūen, couvert par une autoroute. J’y suis d’abord allé trop tôt, un peu après 11h, pour me rendre rapidement compte que rien n’était démarré car cette horaire annoncée sur les affiches placardées dans les rues de Shirokane correspondait en fait à l’heure de rassemblement des participants. Je suis ensuite revenu un peu avant 17h, heure vers laquelle démarrait la grande parade dansante (流し踊り) le long de la rue commerçante. Les danseuses coiffées et les musiciens étaient déjà réunis à proximité de la route en attendant que la police ferme entièrement la rue pour une bonne heure et demi de danse traditionnelle.

Les danses traditionnelles Awa‑Odori sont nées à Tokushima et y sont pratiquées en été pendant la période d’Obon, mais on trouve également un festival important à Tokyo, dans le quartier de Kōenji. Le Shirokane Awa‑Odori est en fait inspiré du modèle de Kōenji, car la troupe Tokyo Tensuiren (天水連), active dans le festival d’Awa-Odori de Kōenji, a aidé le quartier de Shirokane dans la mise en place de leur propre festival lors de leur première année. Depuis quelques années, l’organisation du festival de Shirokane collabore avec la ville d’Anan à Tokushima (徳島県阿南市), mettant en place un échange culturel où les membres de la troupe Sasayuri-ren (ささゆり蓮) de la ville d’Anan viennent jusqu’à Tokyo pour enseigner la danse et participer au festival. Outre Sasayuri-ren, des troupes de Kōenji comme Tokyo Tensuiren et Benkeiren (弁慶連) participaient au festival. Le quartier de Shirokane possède également sa troupe formée par des élèves du collège Shirokane-no-oka Gakuen (白金の丘学園). Il n’est en tout cas pas rare de voir des troupes d’autres quartiers participer. La troupe Benkeiren (弁慶連) participe principalement au Kōenji Awa Odori Festival en Août, mais est également présente à d’autres festivals comme celui de Shimokitazawa, de Koiwa et celui de Shirokane.

Un peu après 17h, la grande parade démarre enfin et je suis positionné au bord de la route avec mon appareil photo en mains. Ce n’est pas la cohue dans la rue commerçante. Ce festival est à taille humaine, ce qui est particulièrement agréable. Les danseuses vêtues d’un yukata entrent en scène au milieu de la rue commerçante et se positionnent en attendant les sons de tambours annonçant le démarrage de la procession. Elles sont accompagnées de musiciens jouant de différents types de tambours Taiko, de flûtes, de shamisen. Chaque troupe de danse fait plus d’une trentaine de personnes, comprenant les danseurs et musiciens portant des costumes assortis marqués du nom de leur troupe. Un des membres de chaque troupe ouvre le cortège en portant une longue perche avec des lampions. On trouve deux groupes distincts de danseurs et danseuses dans chaque cortège, le groupe Onna-odori et le groupe Otoko-odori. La danse féminine (Onna-odori) est la plus gracieuse. Chaque danseuse avance à petits pas avec une grande élégance et une assurance certaine. Elles portent un chapeau en paille tressée caractéristique appelé Amagasa. Leur marche en geta inclinée avec les orteils touchant pratiquement le sol relève de l’équilibrisme. Les bras des danseuses sont élégamment portés au-dessus de la tête et forment des mouvements répétitifs d’une grande légèreté. La danse masculine (Otoko-odori) est en comparaison beaucoup franche et marquée, plus agressive même, prenant des postures basses avec genoux écartés. Des hommes mais également des femmes, et des enfants la pratiquent. Les deux groupes interagissent entre eux, se dépassent, se rejoignent, dans des mouvements très chorégraphiés mais gardant une certaine liberté. J’aime beaucoup quand les deux groupes s’interpellent avec des cris d’encouragement, appelés kakegoe (掛け声), comme le « Yattosa! » (やっとさー!) souvent suivis de « A, Yatto Yatto! » (ア、ヤットヤット!) prononcés au rythme de la danse et des tambours. Ces onomatopées rituelles sont issues des dialectes de Shikoku et entendent attirer la foule à danser avec eux.

Au grand final de la grande parade, les tambours de la troupe Tensuiren (天水連) deviennent très denses et intenses. On sent que les percussionnistes redoublent d’effort et les sons des différents taiko qui sont frappés sans interruptions deviennent même hypnotiques. J’ai particulièrement apprécié ce final pour la puissance presque viscérale de ces tambours. J’aurais voulu qu’ils continuent encore mais le final s’annonce ensuite dans une danse chaotique. Ce festival relativement petit en taille m’a donné envie d’aller voir celui de Kōenji, que je connais par réputation sans y avoir jamais été. Il y a clairement quelque chose d’hypnotique et de fascinant dans ces danses et cette musique. Il y a une esthétique générale dans la chorégraphie de la danse féminine qui m’échappe mais dont je ressens une grande force, surtout quand les danseuses accélèrent soudainement le pas pour avancer comme un katana fendrait l’air. J’ai pris de très nombreuses photographies de ces moments suspendus dans le temps et les époques, mais la sélection pour ce billet a été drastique.

Photo tirée du concert de Sheena Ringo lors de la tournée Ringo Expo’08 (林檎博 ’08) sur le morceau Omatsuri Sawagi (御祭騒ぎ), de l’album Kyōiku (教育) de Tokyo Jihen, entourée d’une troupe de danseuses du Koenji Awa Odori Shinkō Kyōkai (高円寺阿波おどり振興協会)

De retour à la maison et en préparant l’écriture de ce billet, je me suis rappelé que Sheena Ringo avait invité sur scène une troupe d’Awa Odori composée d’environ 80 danseuses du Koenji Awa Odori Shinkō Kyōkai (高円寺阿波おどり振興協会) sur sa tournée Ringo Expo’08 (林檎博 ’08), pour le morceau O‑Matsuri Sawagi (御祭騒ぎ). Cette troupe avait été formée spécialement pour cette tournée à partir de troupes affiliées à la Koenji Awa Odori Shinkō Kyōkai. Cette association de Kōenji compte 31 troupes et on y retrouve notamment la troupe Benkei‑ren (弁慶連) que je mentionne ci-dessus. J’avais déjà parlé de tout cela dans un billet détaillé sur ce concert de la tournée Ringo Expo’08.

一歩先の未来から、戻ってきた気がする

Ura-Harajuku (裏原宿), le Samedi 5 Juillet 2025.

Aperçue dans une rue perpendiculaire à Cat Street à Ura-Harajuku, une superbe Harley-Davidson noire est garée le long d’un mur grisâtre à l’abri des regards. Il s’agit à priori d’un modèle customisé Harley-Davidson Breakout, possiblement de 2023 avec un puissant moteur Milwaukee-Eight 117. Je ne suis pas un fanatique de la marque mais je dois bien avouer que cette moto est superbe, et me donnerait presque envie de me remettre à conduire une moto. Il fut une époque, peu de temps après avoir passé mon premier permis 400cc, où j’aimais partir à moto le soir après le travail, sans but précis, seulement pour apprécier la conduite la nuit sous les lumières de la ville. Je ne conduirais probablement plus jamais une moto. il ne me reste que cette nostalgie qui n’est pourtant pas si lointaine.

Shirokane (白金), le Dimanche 22 Juin 2025.

Dans un de mes récents billets, je citais des paroles d’un morceau du groupe indé iVy évoquant le fait que “Ne pas savoir, c’est être adulte, tandis que vouloir savoir, c’est être un enfant” (知らない方が大人で知りたい方が子供). Ces paroles m’interpellent car j’utilise depuis peu ChatGpt en remplacement de Google pour « savoir » plein de choses souvent inutiles. Aller dans un Family Restaurant de la chaîne Royal Host me donne par exemple envie de savoir l’origine de la société, qu’elle était la première implémentation de la chaîne au Japon (à Kita-Kyushu en 1971) ou la première implémentation à Tokyo (Mitaka en 1974). Aller dans un restaurant de la chaîne de restaurants chinois Bamiyan me fait me demander quel est le modèle des chats robots qui nous servent (des BellaBot conçus par Pudu Robotics). Autre question, quelle est la signification du MOS de la chaîne de burgers MOS Burger opérant au Japon depuis 1972 (MOS vient de Mountain, Ocean et Sun, mais également de Merchandising Organizing System). Je n’utilise bien sûr pas ChatGpt uniquement pour me renseigner sur l’histoire des restaurants où on va déjeuner ou dîner. Je l’utilise en fait de plus en plus pour faire des recherches dans la préparation de certains billets de Made in Tokyo. Je constate une amélioration de l’outil assez notable par rapport à mes premiers essais il y a plusieurs mois. La contextualisation des questions que l’on pose à ChatGpt est quand même agréable. Le tout est de ne pas en abuser sans modération (ou l’inverse peut-être).

一歩先の未来も今分からない。

Dans ma playlist du mois de Juillet, j’ajoute bien sûr le nouveau single intitulé Performer (演者) d’4s4ki qu’elle a composé avec NUU$HI. Il est sorti le 9 Juillet 2025 avec une superbe vidéo dirigée par Katsuki Kuroyanagi (黒柳勝喜) qui avait filmé la vidéo du single Electricity d’Utada Hikaru. Je pense qu’une partie de la vidéo a été tournée à Tateishi près de Zushi car je reconnais l’immense rocher sortant de l’océan. Le morceau a un rythme effréné assez typique d’4s4ki avec des percussions et une basse très présentes et puissantes, mais laissant juste assez de place pour une ligne au piano venant apporter un peu de légèreté à l’ensemble. J’ajoute bien sûr le nouveau morceau de 嚩ᴴᴬᴷᵁ intitulé Paranoid et sorti le 5 Juillet. Comme Haku et 4s4ki évoluent dans des atmosphères électroniques hyper-pop un peu similaires, j’ai toujours imaginé l’une comme étant la petite sœur de l’autre. Sur le morceau Paranoid, j’aime beaucoup la basse extrêmement sourde, le rythme électronique sautillant qui s’accorde bien avec les « Jumping happy life 弾ける » que répète Haku sur le refrain. Je découvre ensuite les sons électroniques incisifs du morceau Payday de la jeune rappeuse Cyber RUI, originaire d’Osaka et active depuis 2021. Son flot hip-hop est très affirmé, dans un esprit qui me rappelle un peu Nina Utashiro tout en restant assez accessible. J’ajoute ensuite le nouveau single Polaris du groupe Wagamama Rakia (我儘ラキア) qui compte depuis quelques mois parmi les groupes incontournables dont je guette d’une oreille attentive les nouvelles sorties. Il faudrait peut-être que j’aille les voir en concert un jour ou l’autre. J’aime toujours autant le mélange de la voix puissante de Minami Hoshikuma et du hip-hop de Miri. Elles ont un petit côté BiSH dans l’esprit mais le son est beaucoup plus métal, ce qui fait que les morceaux sont plus agressifs mais gardent un côté mélodique certain.