Uniqlo Park par Sou Fujimoto

Le Uniqlo Park (ユニクロパーク) se trouve dans l’arrondissement de Kanazawa à Yokohama, en bordure du grand espace commercial Mitsui Outlet Park Yokohama Bayside. Ce magasin regroupant en fait les marques Uniqlo et GU aurait pu être d’une conception et d’une apparence tout à fait classique mais l’architecte Sou Fujimoto (藤本壮介) proposa de le transformer en parc pour enfants. Je pense qu’il doit partir du principe qu’il faut bien occuper les enfants pendant que les parents font leurs achats vestimentaires. Le bâtiment entièrement de couleur blanche voit son plafond découpé à l’oblique. On peut y accéder par un grand espace ouvert donnant sur un port de plaisance. Ce toit de building construit à l’oblique se compose de plusieurs étages plateformes séparés par des escaliers, des toboggans et divers parois obliques destinées à être grimpées. Tout en haut du building, on trouve des jeux de cordes permettant aux enfants de grimper encore un peu plus haut. Les entrées à l’intérieur du magasin à chaque niveau se composent de blocs aux vitrages verdâtres. Ils sont très élégants tout comme l’ensemble de cet immeuble – espace de jeux. J’aurais bien essayé tous ces toboggans et cordages d’alpiniste amateur mais je n’étais malheureusement pas en tenue adaptée. C’est bien dommage car ça aurait été l’occasion sur ce blog de faire un article du type « J’ai testé pour vous » pour « valider » (ou pas) cet espace de jeux architectural. Ça sera certainement pour une prochaine fois. L’espace dégagé qui se crée sur ce plan à l’oblique est très agréable car la vue est également dégagée, donnant sur un brin de mer de la baie Negishi où sont amarrés quelques yachts qui n’ont pas l’air de souvent sortir en mer.

パビリオン⑥

La deuxième installation Cloud Pavillon (雲のパビリオン) de Sou Fujimoto se trouve à l’intérieur de la nouvelle gare Takanawa Gateway (高輪ゲートウェイ) sur la ligne Yamanote. La structure est exactement la même que celle du parc de Yoyogi. En mettant une installation à l’intérieur d’un bâtiment et une autre à l’extérieur, je pense que l’architecte voulait réaffirmer cette idée d’omniprésence des nuages en tous lieux et donc une certaine idée d’universalité. Je partage cette fascination pour les nuages que j’aime prendre en photo. Ils me servent souvent de matière pour mes compositions photographiques. Je ne me suis jamais vraiment posé la question du pourquoi j’aimais tant mélanger et superposer ces images de nuages avec le paysage urbain tokyoïte. Peut-être que, comme Sou Fujimoto, je vois dans ces nuages une omniprésence qui me semble évidente.

La station de Takanawa Gateway ajoutée entre celles de Tamachi et Shinagawa est la première étape d’un projet beaucoup plus important mené par Japan Railways East. Ce projet de développement urbain appelé TokyoYard verra d’abord la construction de quatre hautes tours et une de taille moyenne. Ce nouveau complexe sera conçu par Kengo Kuma, déjà concepteur de la station, et par Pickard Chilton, et verra le jour en 2024. Il se composera de tours de bureaux dont une comprenant un hôtel, d’une tour résidentielle et d’un centre culturel. Ce complexe sera interconnecté à sa base par une bande piétonne continue et verte qui est censée être réminiscente de la zone côtière qui existait autrefois à cet endroit bien avant que les terrains soient gagnées sur l’océan. On nous dit aussi dans les documents explicatifs du projet que ces quatre hautes tours sont supposées nous rappeler l’archipel japonais où chaque tour serait une des grandes îles du pays. Je passerais sur les commentaires qui nous expliquent que cette nouvelle zone sera à la pointe des nouvelles technologies et des innovations vertes tout en étant une zone ouverte aux échanges.

La gare de Takanawa Gateway prend ce nom de « gateway » car ce lieu était autrefois une porte d’entrée vers la ville d’Edo. Le nom a été sélectionné suite à un appel public à suggestions. Mais à chaque fois que je vois le nom de cette station écrit en japonais 高輪ゲートウェイ, je pense à chaque au système d’écriture composé de kanji suivis de katakana utilisé par Sheena Ringo pour le nom de nombreux morceaux et albums (comme par exemple 丸の内サディスティック). Le comédien Akiyama du trio comique Robert avait d’ailleurs plaisanté, d’une manière très sérieuse comme il sait excellemment le faire, en annonçant dans une émission de télévision (Akiyama to Pan sur TV Asahi) que ce nom de station n’avait pu être imaginé que par Sheena Ringo. Elle lui avait répondu en ne le contredisant pas vraiment et l’échange en devenait même surréaliste. Il faut se rappeler que Akiyama et Sheena se connaissent car ils sont tous les deux originaires de Fukuoka dans le Kyushu. Il y avait d’ailleurs eu un autre chassé-croisé amusant quand Akiyama apparaissait en centaure pour une publicité pour des manga en ligne, d’une manière un peu similaire à l’image de couverture de l’album Sandokushi de Sheena Ringo. Je ne sais pas s’il s’agit d’une coïncidence ou si Akiyama avait eu vent de cette idée de couverture d’album et intentionnellement copié pour les besoins d’une publicité. J’en doute fortement mais ce genre de coïncidences m’intéressent beaucoup.

パビリオン⑤

J’aime beaucoup le pavillon nuage conçu par l’architecte Sou Fujimoto, à qui l’on doit des architectures très particulières à Tokyo comme House NA et Tokyo Apartments entre autres. Il y a deux Cloud Pavillons (雲のパビリオン) placés à Tokyo dont celui-ci à l’entrée du parc de Yoyogi. Sur le petit texte explicatif accompagnant ce pavillon, Sou Fujimoto évoque son admiration pour les nuages. Il nous dit que le nuage possède un extérieur mais n’a pas de murs. Pourtant, un espace interne tridimensionnel existe à l’intérieur d’un nuage. Sa composition est tellement complexe et dynamique qu’on ne peut pas la modéliser comme un objet architectural. Il y a cependant dans le nuage une impression d’architecture. Il va même plus loin en nous faisant part de sa croyance que les nuages sont une représentation de l’architecture ultime qui enveloppe toutes choses par sa taille immense. Les nuages sont en quelque sorte un toit gigantesque pour le monde et confère une sorte d’universalité. C’est cette image que Sou Fujimoto retient pour son pavillon en forme de nuages qui représente un espace offert à tous, au monde dans toute sa diversité. On pouvait marcher dessous le pavillon ce qui permet de voir la complexité des raccords entre les multiples sphères blanches formant ce nuage. On a l’impression qu’il s’agit d’un objet irréel, comme s’il était sorti d’un dessin animé. Pendant ma visite assez tôt le matin, une personne assurait le nettoyage du nuage avec un long balais. On a l’impression que la construction est fragile au point où un petit coup de vent pourrait faire divaguer ce nuage dans les airs, pour aller rejoindre les siens.

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Il y a une certaine symétrie dans la disposition des photographies prises à l’iPhone de ce billet, autour du visage de Mai Shiraishi que l’on voit affiché un peu partout dans les rues de Tokyo en ce moment. Je n’ai pas résisté à l’envie de prendre en photo cette affichette. Sur les photos ci-dessus, j’ai déjà montré la première et la troisième sur Instagram. J’arrive assez bien à contrôler le temps que je passe sur ce réseau social en y limitant volontairement, mais sans trop d’efforts, mon interaction. C’est pourtant tentant de se laisser emporter par l’enthousiasme de poster des photos à tout va sur Instagram, quand le nombre de like grimpe soudainement par rapport à l’habitude. C’était le cas pour ces deux photographies qui ont grimpées rapidement et bizarrement au dessus de la centaine de like, ce qui n’est pas énorme mais beaucoup en ce qui me concerne. La première photographie montre le Undercover Lab de Klein Dytham à Harajuku quelque part derrière Cat Street. J’y suis allé volontairement cette fois-ci car je voulais vérifier si le bâtiment était toujours là. La longue colonne horizontale de 10 mètres en porte-à-faux est toujours aussi impressionnante et je me demande comment s’opère l’équilibre. Comme on me l’écrivait dans les commentaires, on a l’impression qu’il manque un élément d’architecture pour faire tenir l’ensemble. Un point qui me satisfait également est que l’architecte lui-même, Mark Dytham donc, m’a aussi laissé un petit commentaire encourageant sur ma photographie sur Instagram. La troisième photographie, celle du Omotesando Branches de Sou Fujimoto connaît également un succès plus important que d’habitude, toutes proportions gardées. Il s’agit en fait de la photographie qui a reçu de loin le plus de like sur mon compte Instagram depuis sa création. Ce qui est assez intéressant, c’est qu’il s’agit d’une photo que j’ai failli ne pas prendre. Tout en marchant un peu au hasard dans cette rue, je suis revenu sur mes pas pour prendre ce cliché très rapidement sans prendre le temps de bien cadrer. Comme quoi, je me dis que le nombre de vues ou de like tient à quelque chose qui n’est pas lié à la qualité intrinsèque de la photographie. J’en étais déjà convaincu mais ça me conforte en même temps dans ce sentiment. En fait, et c’est exactement la même chose sur le blog, je n’arrive absolument pas à prédire ce qui peut plaire aux visiteurs ou pas. Bon, l’architecture dès qu’elle commence à être un peu particulière plaît en général aux visiteurs. Mais il arrive très souvent qu’un billet sur Made un Tokyo me plaise beaucoup personnellement sans que je le vois refléter en terme de nombre de visites. J’ai parfois un peu l’impression d’évoluer en dehors des clous, ce qui n’est pas désagréable ceci étant dit.

l’architecture de Sou Fujimoto: Tokyo Apartment

Je continue tranquillement mes recherches de l’architecture de Sou Fujimoto dans Tokyo avec l’ensemble très particulier Tokyo Apartment. Il s’agit d’une petite résidence de quatre appartements composés de 2 ou 3 pièces sur plusieurs étages. On accède d’une pièce à l’autre par des escaliers internes qui traversent le sol des appartements ou par des escaliers externes posés sur la surface des façades. La forme de l’ensemble est très particulière, faite de petites maisons posées les unes aux dessus des autres, dans ce qui semble être un équilibre précaire. On nous dit que cette résidence ressemble à une petite montagne où l’on grimpe les escaliers extérieurs pour arriver au sommet. C’est vrai que la forme des escaliers nous fait un peu penser à un chemin de montagne contournant des rochers, les rochers étant les blocs blancs des maisons dans le cas ici. Mais, je retrouve plutôt dans Tokyo Apartment l’image de l’arbre que j’avais pu voir dans House H et surtout House NA du même architecte. On retrouve une sorte de ramification et on pense même à des cabanes construites dans un arbre. Tokyo Apartment a été construit en 2009 et tient relativement bien le coup, même si je ne retrouve pas devant moi le blanc immaculé que j’avais pu voir dans les magazines d’architecture à l’époque. L’adresse de Tokyo Apartment n’est pas très difficile à trouver en cherchant un peu sur internet, mais pas très évidente d’accès. Elle se trouve à quelques stations au delà de Ikebukuro et il faut marcher un peu dans les quartiers résidentiels pour la trouver finalement près d’un jardin public. Comme à chaque fois que je pars à la recherche d’architecture remarquable, j’aime ces quelques minutes avant d’atteindre son but. Je sors l’appareil photo discrètement en espérant que les conditions seront suffisamment bonnes pour prendre quelques photographies. Le positionnement du soleil en fin de journée peut jouer des tours parfois. C’est aussi délicat de prendre des photographies si le propriétaire ou les locataires sont présents aux fenêtres ou à l’extérieur. Au moment de la prise de photos, j’ai été un peu gêné par le linge posé sur l’escalier. Pas tant pour l’esthétique de la représentation de l’immeuble, mais pour le côté intime. Mais comme il s’agissait de grandes couvertures et de serviettes, je me suis permis. Pour continuer la visite, le photographe Edmund Sumner nous montre quelques photographies de l’intérieur sur un article de Dezeen.