darkerrr grrrl

J’ai pris une nouvelle habitude de mélanger la couleur et le noir et blanc dans un même billet. Mon intention était d’abord de montrer toutes les photographies en noir et blanc mais une personne portant un sac rose traversant rapidement mon champ de vision et le rouge crasseux d’une pelleteuse détruisant des maisons s’incrustant à l’écran sur les deux premières photographies m’ont fait changer d’avis au dernier moment. Le noir et blanc a l’interêt d’apporter une certaine abstraction et simplicité visuelle dont on a parfois besoin. Les lignes du AO building sur la grande avenue numéro 246 a des formes simples et obliques que l’on devine à peine sous cet angle par rapport au lampadaire très sûr de sa présence. Le monochrome convient bien aux murs blanc du bloc de la galerie Ars (アルスギャラリー) à Jingumae. Les formes de cette galerie ont une simplicité clinique perturbée par la complexité exacerbée des fils électriques venant perturber mon champ de vision. Avons nous également besoin de ces perturbations visuelles qui empêchent la prédominance d’un monde parfaitement maîtrisé et aseptisé? Dans les oreilles en marchant dans ces rues en zigzag de Jingūmae, j’écoute deux très beaux morceaux découverts dans l’émission radio de France Inter Very Good Trip consacrée au groove du monde entier, dont j’avais déjà parlé dans le billet précédent. Il y a d’abord le fabuleux morceau Traffic Lights du musicien Flea avec Thom Yorke au chant. Flea est bien sûr le bassiste des Chili Peppers et joue également de la basse sur ce morceau, mais également de la trompette accompagné par Josh Johnson au saxophone alto. La partition de guitares est très minutieuse, à l’ambiance hypnotique, et le motif des cuivres qui se répètent est dans un esprit jazz nocturne très élégant et marquant. Le chant de Thom Yorke tout en mesure et nuances apporte une dose de mystère bienvenue. J’aime beaucoup la manière par laquelle le chant et les cuivres dialoguent entre eux ponctuellement pendant le morceau. Le morceau suivant est plus ancien car il date à l’origine de 1972 mais a été repris par son auteur dans une compilation plus récente. Il s’agit du morceau instrumental Yèkèrmo Sèw composé par le musicien éthiopien Mulatu Astatk maintenant âgé de 82 ans. Ce morceau est apparemment une pièce fondatrice de ce qu’on appelle l’Ethio-jazz. Il a en effet un esprit jazz mais qui se mélange à d’autres horizons. J’aime beaucoup le son élégant et mystérieux du vibraphone et les sections de cuivres qui se répètent construisant une mélodie qui devient une fois encore hypnotique. On trouve une tension maîtrisée dans cette musique qui alterne des rythmes lents et des moments plus enlevés quand les cuivres déclarent leur présence. La force du morceau vient peut-être du fait qu’on le ressent comme légèrement imparfait, ce qui le rend profondément vivant et organique. Ce morceau de Mulatu Astatk a été utilisé dans le films Broken Flowers de Jim Jarmusch sorti en 2005, ce qui me donne une bonne occasion de le voir. Ces deux morceaux m’accompagnent dans les rues presque désertes de Jingūmae.

Mais lorsque j’approche de la rue quasi-piétonne Cat Street, la foule finit par apparaître et se faire dense. La rue Cat Street m’amène bientôt vers le quartier d’Ura-Harajuku (裏原宿). Ce quartier me rappelle toujours le morceau URAHARA-JUKU de Buck-Tick, tiré de leur 22ème album Abracadabra sorti en 2020. Cette ambiance musicale est très différente de ce que j’évoquais jusqu’à maintenant dans ce billet, mais Tokyo est une terre de contraste et il faut s’y accorder. Plutôt que l’album Abracadabra que j’ai déjà beaucoup écouté, je préfère me tourner vers le cinquième album de Buck-Tick intitulé Aku no Hana (惡の華), Les Fleurs du Mal, sorti en 1990. Cet album n’est pas le plus difficile à trouver car il a eu un succès certain à sa sortie et s’est donc bien vendu. Il n’est pas rare de le voir dans les Disk Union de Tokyo, mais ce n’est pourtant pas le premier album vers lequel je me suis tourné dans la découverte progressive de la musique du groupe. Cet album marque un tournant pour le groupe qui s’éloigne des sons new wave vers une esthétique gothique et post-punk plus affirmée. L’atmosphère est sombre et par moment théâtrale comme c’est souvent le cas pour le groupe, grâce notamment à la voix grave et dramatique d’Atsushi Sakurai. Les guitares froides sont nerveuses mais l’album est emprunt d’un romantisme noir qui transparaît très bien de son titre et de la photographie de couverture. On peut facilement comprendre que cet album est un de ceux qui ont influencé le courant Visual Kei. Ma première écoute de Aku no Hana n’avait pourtant pas été concluante car j’avais d’abord été désorienté par le premier morceau National Media Boys, qui me semblait assez daté. J’avais laissé reposé l’album que j’ai redécouvert et beaucoup écouté ces dernières semaines. Certains morceaux sont vraiment excellents comme Maboroshi no Miyako (幻の都) et Love Me qui a un rythme me rappelant le rock britannique des années 1980 avec un petit air de The Cure. J’adore absolument le morceau beaucoup plus apaisé Pleasure Land, qui est le seul morceau écrit par le guitariste Hidehiko Hoshino. Le morceau est lent et enveloppant. Il garde son ambiance gothique mais sa noirceur feutrée a quelque chose de sensuel. Il me rappelle un peu le morceau Dress de l’album Darker Than Darkness, qui a d’ailleurs été également composé par Hidehiko Hoshino, ce qui doit expliquer la ressemblance. Parmi les très bons morceaux, j’aime aussi particulièrement le morceau titre Aku no Hana qui était le seul single de l’album, mais également The World is Yours et Kiss Me Goodbye qui conclut l’album dans une ambiance mélancolique.

Ces Fleurs du Mal de Buck-Tick m’accompagnent dans les rues d’Ura-Harajuku alors que je m’éloigne des zones névralgiques pour des rues plus calmes et quasiment désertes où je pourrais retrouver la sérénité et la solitude nécessaire pour pleinement apprécier la réécoute de certains morceaux de l’album comme celui d’adieu Kiss Me Goodbye. Ce morceau en particulier me laisse dans un état rêveur. Imprégné par cette musique, les rues défilent devant mes yeux sans que je me rende vraiment compte des lieux où m’amènent mes pas. J’emprunte des rues étroites qui s’enfoncent dans le tissu urbain sans croiser personne. Ce n’est pas rare de ne trouver personne sur son chemin lorsque les rues deviennent plus résidentielles. Je m’étonne par contre moi-même de ne plus reconnaître le quartier dans lequel je marche. Je connais pourtant les rues au delà d’Ura-Harajuku que j’ai souvent parcouru. On dirait bien que Les Fleurs du Mal dans mes oreilles m’ont fait perdre mon sens de l’orientation. Me voilà maintenant coincé dans un cul-de-sac qui m’oblige à faire demi-tour pour emprunter une autre rue. Celle-ci est commerçante mais toutes les boutiques sont fermées. Je ne reconnais pas du tout cet endroit qui est pourtant sensé m’être familier. Je scrute les devantures des boutiques. Les lumières y sont éteintes sans personne à l’intérieur. Cet endroit ressemble à une ville fantôme, et ça finit pas m’inquiéter. Je continue tout de même à marcher dans cette rue longiligne et j’aperçois finalement une silhouette noire au loin. Ça me rassure un peu de ne pas être seul. Je pourrais peut-être lui demander de me guider pour retourner vers la rue Cat Street. Je m’approche progressivement sans me presser car la personne en noir devant moi est immobile au milieu de la rue. Il s’agit d’une jeune fille qui semble avoir à peine vingt ans, habillée d’une robe noire d’un style gothique.

Je me fais immédiatement la réflexion que cette tenue gothique irait très bien avec la musique de l’album Aku no Hana. Ces coïncidences ne m’étonnent plus beaucoup. Son visage blanchâtre me paraît plus distinct au fur et à mesure que je m’approche. Elle regarde vers le sol, dans une position d’attente. Je ressens une mélancolie dans son visage de porcelaine. Elle me semble d’abord irréelle comme un fantôme qui serait assez téméraire pour s’échapper en pleine lumière. Les journées ensoleillées comme aujourd’hui ne sont à première vue pas son élément, mais elle ne semble pas être vraiment dérangée par la lumière. Je m’approche mais j’hésite à lui adresser la parole. Je n’ai pas l’habitude de m’adresser aux inconnus en pleine rue, mais la situation est aujourd’hui différente de l’habitude. Je me sens perdu dans un rêve, et alors que je me perds dans mes pensées, elle lève soudainement les yeux vers moi. Ses traits sont fins et ses yeux qui me fixent sont un peu rouges. Ca doit être son léger maquillage. Son visage est doux mais dégage une froideur que je ressens immédiatement comme des frissons dans le cou. Avant que je puisse m’adresser à elle, elle ouvre la bouche pour me dire qu’elle m’attendait: « 待ってました ». Ça peut paraître étonnant mais le fait qu’elle me dise qu’elle m’attendait à cet endroit me rassure, car je réalise que je ne suis plus seul en ces lieux, que je ne suis plus seul à parcourir inlassablement les rues de Tokyo pour une raison qui m’échappe. Tout en me regardant dans les yeux sans le moindre sourire, elle sort d’une petite poche de sa longue robe noire une petite enveloppe blanche. Il n’y a aucune écriture sur cette enveloppe qu’elle tend vers moi des deux mains. Je la saisis en faisant un petit mouvement de tête discret pour la remercier. De quoi s’agit il, et pourquoi cette jeune fille m’attendait elle dans cette rue qui m’est en tout point inconnue. Suis-je entré par mégarde dans un monde parallèle? Je n’en ai pourtant pas l’impression car ces rues et cette jeune fille gothique ont l’air tout ce qu’il y a de plus réel. Le papier de l’enveloppe est doux comme un duvet. Un petit carton se trouve à l’intérieur. Il y est inscrit les mots suivants « 山13 ». Alors que je m’apprête à lui demander la signification de ce « Yama 13 », elle s’empresse de mettre un doigt sur sa bouche pour m’indiquer qu’il s’agit d’un secret qu’il ne faut pas ébruiter. Elle m’indique ensuite de la main la route à suivre: « そちで帰れますょ ». Elle me montre d’une main tendue le chemin du retour. J’aurais voulu l’interroger, mais elle ne semble pas disposée à me donner des explications. Je mets le petit mot dans la poche de mon jeans, la remercie en levant légèrement une main pour lui signifier que j’ai compris ce qu’elle me signifiait. Je n’ai en fait pas compris grand chose à cette rencontre. Alors que je la dépasse et marche dans la direction qu’elle m’indiquait, je sens déjà que sa présence disparaît derrière moi. J’hésite à me retourner pour vérifier, mais ce n’est pas la peine. Elle n’est déjà plus là, disparue comme un rêve éveillée. Je remets mes écouteurs dans les oreilles mais je n’engage aucune musique. Au coin de la rue, j’aperçois déjà la foule de Cat street. J’étais en fait tout près du quartier d’Ura-Harajuku mais je ne le savais pas. La petite enveloppe est dans ma poche. Yama 13 ? S’agit il d’une montagne aux alentours de Tokyo? Elles ne sont à ma connaissance pas numérotées. Tout ceci est bien mystérieux et me rappelle mes incursions passées dans le Tokyo Parallèle. Je sors mon iPod de mon autre poche pour démarrer un morceau de musique. Ce n’est plus les Fleurs du Mal, mais quelque chose de très différent, car Tokyo est une terre de contraste et il faut sans cesse s’y adapter.

Miku Kajimoto (梶本美久) est une jeune fille imaginaire née d’un croisement de l’imagination humaine et de l’intelligence artificielle.

閏年エンディング ~其ノ壱~

J’ai encore beaucoup de photographies à montrer avant la fin de l’année, même si elles ne sont pas toutes très intéressantes. Celles de ce billet sont plutôt dans la catégorie des photographies moyennement intéressantes, bien qu’elles aient tout de même un intérêt architectural pour la plupart d’entre elles. Je suis en fait déjà passé plusieurs fois à ces endroits et j’ai déjà montré ces bâtiments en photo auparavant, à part peut être la dernière maison appelée Sin Den, conçue par les architectes Klein Dytham. Ce dernier petit bâtiment était en fait la raison de mon déplacement car je le connaissais depuis très longtemps sans l’avoir vu et pris en photo. De mes souvenirs de photos vues sur Internet ou dans un magazine, la couleur noire des murs était beaucoup plus prononcée que dans son état actuel, ce qui fait un peu perdre au bâtiment un certain impact visuel. Alors que je regardais mon chemin sur la carte de mon smartphone, un homme qui devait avoir à peu près le même âge que moi, me demande, en anglais, si je cherche mon chemin. C’est assez rare à Tokyo qu’une personne prenne volontairement un peu de son temps pour essayer d’aider quelqu’un de perdu. Sauf que je n’étais pas perdu et je soupçonne que la personne voulait pratiquer son anglais. Il m’avait l’air ceci-dit tout à fait sympathique, mais j’étais un peu embêté pour lui fournir une explication claire sur ce que je recherchais. La scène se passant devant le bâtiment Sin Den, j’étais déjà arrivé à mon but. J’aurais dû lui dire que je recherchais de l’architecture remarquable, mais ce que j’avais devant moi n’était pas aussi remarquable que je le pensais.

Mes promenades architecturales m’amènent régulièrement dans des zones résidentielles où très peu de personnes circulent. J’ai toujours une petite appréhension lorsque je marche dans ce genre de quartiers purement résidentiels en dehors du centre de Tokyo, car je me dis que les résidents qui me voient peuvent se demander ce que je viens faire ici avec un appareil photo en bandoulière, d’autant plus que je regarde dans tous les sens, notamment les maisons individuelles pour y déceler leurs particularités (si elles en ont). Je ne suis pas certain qu’il y ait beaucoup de personnes marchant dans ces quartiers pour prendre des murs de béton en photo. C’est peut-être aussi pour éviter un éventuel questionnement sur ma démarche que je mets des écouteurs et de la musique lorsque je marche dans ces rues.

Et parce qu’il faut bien faire une petit pause de temps, je n’écoute pas Sheena Ringo ou Tokyo Jihen mais je reviens vers Burial, qui nous fait le plaisir immense de sortir un nouveau morceau de 12 minutes intitulé Chemz. Le morceau n’est pas ambient comme certains des précédents, mais il est tout autant polymorphe. On ne s’éloigne pas de l’ambiance typique de burial, avec atmosphère brumeuse et sample de voix qui se répète. Les sons de Burial me donne l’impression de rentrer dans un club underground londonien au troisième sous-sol (c’est mon imagination pure car je ne connais pas les clubs londoniens, d’autant plus ceux au troisième sous-sol) et ils fonctionnent toujours excellemment bien. Je pense que c’est un des morceaux que je préfère depuis le EP Rival Dealer de 2013, qui reste quand même son meilleur EP après l’album Untrue. La longueur bienvenue du morceau nous aide à accepter le fait qu’il ne sorte qu’un ou deux nouveaux titres par an. En fait, il y a bien un autre morceau annoncé avec Chemz, Dolphinz disponible en pré-commande, mais il ne sortira que le 28 Février 2021. Et comme une bonne surprise ne vient jamais seule, j’en ai aussi profité pour écouter les deux très beaux titres Her Revolution et His Rope nés de l’association de Burial, Four Tet et Thom Yorke. L’ambiance y est plus calme et méditative, avec des samples tournant doucement en boucle et la voix de Thom Yorke que je n’avais pas entendu depuis son album solo Anima. En ces temps relativement anxiogènes, il y a pour moi quelques chose de rassurant dans la voix de Thom Yorke, peut être parce que je l’écoute depuis plus de vingt cinq ans, avec l’album The Bends et surtout le morceau Creep de l’album d’avant que j’avais découvert dans le film Cyclo de Tran Anh Hung sorti également en 1995. Je n’ai pourtant pas suivi assidûment Radiohead car j’ai eu une période de décrochage après Hail to the Thief. Un peu comme pour Sheena Ringo et Tokyo Jihen, j’y suis revenu un peu plus tard pour rattraper les quelques albums que j’avais manqué et qui m’avaient paru à ce moment là comme étant des évidences. J’avais d’ailleurs parlé de Radiohead et SR dans un billet groupé, bien qu’ils n’aient pourtant pas grand chose en commun à part le fait que Sheena a repris Creep sur ses tous premiers concerts et qu’elle a une certaine admiration pour Radiohead.

how to repeat Tokyo endlessly (κ)

Des figures Animales fantastiques ont pris d’assaut visuellement le carrefour de la rue Kotto et de l’avenue Aoyama (ou route 246). J’ai vu trois grandes affiches noires à des coins de rue, parfois un peu cachées, mais je ne montre que deux d’entre elles en photographies ici. Il s’agit d’une campagne publicitaire pour la marque de vêtements à tendance sportive Y-3, collaboration de Yohji Yamamoto avec Adidas. Cet étrange chat féroce à trois yeux, imaginé par Yohji Yamamoto, serait né d’une combinaison d’éléments culturels japonais et maoris, pour les maillots de l’équipe de rugby des All Blacks néo-zélandais. Ce chat représente le concept maori du kaitiaki, le gardien assurant le respect de l’environnement, et l’image japonaise du Fuku Neko, le chat portant chance. Cette figure de chat mythique est utilisée sur les maillots d’entrainement de l’équipe des All Blacks. Un peu plus loin vers le quartier de Hiroo, je découvre un nouveau bâtiment à la structure intéressante, posé sur un bloc excentré d’un côté et sur quatre pilotis fins de l’autre. Je me demande comment se fait l’équilibre de l’ensemble. La grande façade de verre est très élégante mais je soupçonne que les propriétaires n’ouvriront que très rarement les grands rideaux. Avoir de grandes ouvertures vers l’extérieur est très attirant, mais ce petit immeuble attire les regards depuis la rue, surtout quand la nuit tombe et que le grand espace intérieur fait d’un haut plafond est complètement éclairé. Je repasse ensuite au centre de Shibuya alors que l’on peut maintenant entrer à l’intérieur du nouvel immeuble, toujours en construction, Shibuya Scramble Square. On peut seulement le traverser aux bas niveaux. Ce ‘neo Shibuya’ de concrétisera en grande partie l’année prochaine, mais le changement de Shibuya continuera.

Je me suis procuré Anima de Thom Yorke dès sa sortie sur iTunes mais je n’en avais pas encore parlé ici. Ce ne sont pas les occasions qui manquaient mais cet album n’est pour moi, pas écoutable à tout moment. Je l’avais même acheté dès les premières heures où il était disponible sur iTunes, mais je ne l’avais pas écouté tout de suite. Je l’ai laissé reposé dans mon iPod pendant quelques jours avant la première écoute. Je savais déjà, rien qu’en voyant la pochette, que j’aimerais cet album, qu’il serait profond et inventif, mais aussi exigeant. Pour résumer mon sentiment, c’est un album sublimement déprimant. C’est beau et minutieux, construit avec précision avec une multitude de sons qui se chevauchent sans faux pas. Chaque morceau est extrêmement élégant et profondément intime. C’est sublime de bout en bout mais il faut être dans les bonnes dispositions pour l’apprécier pleinement. J’ai écouté Anima quelques fois à sa sortie et j’ai fait une longue pause jusqu’à maintenant où je me mets à le réécouter et à le redécouvrir un peu plus en profondeur. Anima est très électronique mais pourrait très bien se présenter comme un album de Radiohead. Le ton de voix de Thom Yorke est tellement marqué et reconnaissable que je ne peux que difficilement faire la distinction entre ses albums solo et ceux au sein de Radiohead. Toujours est-il que je connais très peu d’artistes capables d’évoquer une telle intensité et profondeur émotionnelle à travers seulement quelques phrases et quelques notes fussent elles électroniques. En ce sens, cet album ne déçoit pas.