les fleurs de lotus de l’étang Shinobazu

L’été est aussi la saison des fleurs de lotus (蓮の花). Leur période de floraison s’étend de la fin Juin au mois d’Août avec un pic de floraison en Juillet. Les fleurs du lotus ne s’ouvrent que le matin entre 6h et 9h du matin environ. Le grand étang de Shinobazu (不忍池) dans le parc d’Ueno en est recouvert et c’est un véritable spectacle de les regarder depuis le bord de l’étang. Nous sommes allés les observer un Dimanche matin de Juillet vers 8h du matin. C’est la première fois que nous venons ici exprès pour les fleurs de lotus. Dans une des courbures de l’étang, un petit pont nommé Hasumi Deck permet d’avancer sur l’étang entouré de part et d’autre par les lotus. Le pont est recouvert d’une toiture légère nous protégeant du soleil et portant suspendues une multitude de petites cloches de verre tintant au vent. Ces cloches appelées fūrin (風鈴) produisent un son léger et rafraîchissant pendant l’été. Mais lorsque le vent se lève, ce son s’intensifie grandement car toutes les cloches se mettent à tinter en même temps. Les cloches fūrin sont également censées éloigner les esprits malfaisants. C’est vrai que nous n’en avons aperçu aucun lors de notre visite de l’étang. Au centre de l’étang de Shinobazu se trouve la pagode Bentendō (不忍池弁天堂) placée au milieu de la petite île Benten (弁天島). Il s’agit d’un temple bouddhiste dédié à la déesse Benzaiten (弁才天) des arts et de l’apprentissage. Les lotus de l’étang ont été autrefois plantés pour des raisons notamment spirituelles. Le lotus est un symbole sacré dans le bouddhisme, représentant la pureté née de la boue, la plante poussant dans une eau stagnante. Elle est également symbole de renaissance et d’illumination. Elles ont été intentionnellement plantées par les moines bouddhistes pour créer un lien spirituel avec la Terre Pure (極楽浄土) des textes bouddhistes, comme c’est le cas dans de nombreux temples japonais.

En écrivant ces quelques lignes, j’écoute la voix claire de la musicienne et chanteuse mei ehara (江原茗一) sur son album Ampersands sorti en 2020. Deux morceaux attirent particulièrement mon attention, le cinquième intitulé Invisible (不確か) et le huitième Flocks (群れになって). J’ai découvert cette musicienne originaire de Nagoya en regardant sur Amazon Prime la diffusion en direct de certains concerts du festival Fuji Rock qui se déroulait les 25, 26 et 27 Juillet 2025. J’ai tout de suite accroché à ce rock indé prenant son temps. Il m’a semblé très bien s’accorder avec l’ambiance naturelle en bordure de forêts du site de Naeba où s’est déroulé le festival. Cette atmosphère bucolique me rappelle un peu la musique d’Ichiko Aoba dont j’ai malheureusement manqué le passage. J’aurais aimé écouter sur place cette musique, assis dans les herbes folles, mais ma condition physique du week-end ne l’aurait de toute façon pas permis. Enfin, écouter la musique assis dans l’herbe est une vue de l’esprit car il y avait apparemment foule devant les scènes du Fuji Rock. L’album Ampersands est très beau dans sa totalité. Il faut que je l’approfondisse un peu plus plus au delà des deux morceaux ci-cités, même si je l’ai déjà écouté plusieurs fois. Il faut dire que cette approche un peu « slow Life » convient très bien à la période estivale. mei ehara a également sorti le 9 Juillet un nouveau single intitulé Sad Driver (悲しい運転手), qui est dans le même esprit que l’album et qui me plait déjà beaucoup. Ecoutez l’album Ampersands, vous me remercierez plus tard.

J’ai regardé beaucoup de concerts en direct du festival Fuji Rock, souvent de manière décousue, en commençant par Suchmos le Vendredi soir, que je ne connais pas très bien à part quelques morceaux. J’étais également très curieux de voir Ohzora Kimishima (君島大空) le Samedi. Ohzora Kimishima est un excellent guitariste en plus d’être un compositeur innovant. En plus de cela, il était très bien entouré, car outre son guitariste habituel Shūta Nishida (西田修大), Kazuki Arai (新井和輝) de King Gnu assurait la basse et Shun Ishiwaka (石若駿) était derrière la batterie. J’étais bien sûr bluffé par l’aisance du quartet, mais j’ai aussi beaucoup apprécié voir la joie de jouer ensemble qui s’affichait sur les visages des quatre musiciens. Je n’ai malheureusement pas pu regarder en entier la plupart des prestations à part NEWDAD en fin de journée, puis Four Tet la nuit de Samedi. J’étais également assez curieux de voir le groupe rock alternatif downy dont je ne connaissais qu’un seul morceau puis le compositeur électronique STUTS entouré de plusieurs rappeurs dont Yo-Sea originaire d’Okinawa. Je n’ai pas non plus manqué James Blake que je n’avais pas écouté depuis son album Overgrown de 2013. Il a d’ailleurs interprété le sublime morceau Retrograde de cet album.

Le Dimanche, je découvre un groupe rock coréen nommé Silica Gel, dont j’apprécie le style très passionné sur scène. J’aperçois qu’ils viennent de sortir un single avec Michelle Zauner de Japanese Breakfast intitulé NamgungFEFERE (南宮FEFERE) qui est très bon. Le groupe post-punk anglais English Teacher était une excellente surprise sur scène, notamment pour le chant très marqué de sa chanteuse Lily Fontaine. J’avais déjà parlé du single intitulé The World Biggest Paving Slab que j’avais découvert à la radio, mais je suis cette fois-ci épaté par la version live de leur premier single R&B. En fin d’après-midi, j’écoute ensuite d’une oreille distraite Creepy Nuts et Radwimps, ce dernier ayant une approche plus rock que ce à quoi je m’attendais. Je ne voulais ensuite pas manquer Hitsuji Bungaku (羊文学) programmé à 20h10. Le groupe ne m’a pas déçu, mais ne m’a pas surpris non plus car c’était la troisième fois qu’elles se produisaient au Fuji Rock. Je me souviens encore bien de la première fois en 2021 qui m’avait convaincu de suivre le groupe de près. Finalement, j’étais assez curieux de voir les new-yorkais de Vampire Weekend. Je suis loin d’être fanatique du groupe mais j’avais écouté quelques morceaux de leur premier album éponyme à l’époque de sa sortie en 2008. Leur single Classical sur leur dernier album Only God Was Above Us sorti l’année dernière est excellent, ce qui avait ravivé mon intérêt pour le groupe. J’aime quelques autres morceaux de cet album comme le premier Ice Cream Piano et le septième Gen-X Cops. Une surprise était de voir Ezra Koening interprété sur la scène du Fuji Rock le single New Dorp. New York qui est en fait un morceau de SBTRKT sur lequel il est invité. Ce morceau est présent sur l’album Wonder Where We Land sorti en 2014. Je me suis demandé en l’écoutant si le public fan de Vampire Weekend connaissait ce morceau de SBTRKT. L’album Wonder Where We Land, que j’avais acheté à l’époque, est assez étrange et désorientant. Le morceau Look Away avec Caroline Polachek en est un bon exemple. Mais la voix de Sampha chez SBTRKT fait en tout cas toujours son effet.

une série comme les autres (1)

Cette série démarre sur Killer Street puis gagne Kabukichō pour revenir en début de soirée à Sendagaya devant le Tokyo Metropolitan Gymnasium conçu par Fumihiko Maki. Dans ce gymnase, avait lieu ce soir là, la représentation finale du médaillé olympique Kōhei Uchimura. Il se retire à l’age de 33 ans avec 7 médailles dont 3 d’or et 4 d’argent. Les trois colonnes de béton de la première photographie sont celles du bâtiment brutaliste TERRAZZA conçu par Kiyoshi Sei Takeyama de l’atelier d’architecture Amorphe. Sur la quatrième photographie, on peut voir la gigantesque tour de 225m appelée Tokyu Kabukichō Tower, en cours de construction à l’emplacement de l’ancien Tokyu Milano Theater près de la gare Seibu-Shinjuku. On ne s’en rend pas vraiment compte sur cette vue en contre-plongée mais elle est très haute par rapport aux autres immeubles alentours. Cette tour changera certainement un peu plus l’image du quartier et notamment de la place juste devant qui n’est pas toujours bien fréquentée. Elle ouvrira ses portes au printemps, très bientôt donc. Le site est toujours entouré d’une palissade temporaire blanche imprimée par endroits de photographies de Daido Moriyama. Je pense que toutes ces photos ont été prises la même journée, il y a quelques semaines au mois de Mars. J’essaie d’écrire des billets plus courts en ce moment car une certaine lassitude me gagne ces derniers temps. Je ne sais pas encore si c’est provisoire ou plus profond. Je ne me lasse par contre pas de prendre des photos.

De haut en bas: Images extraites des vidéos YouTube des morceaux I RAVE U de HIYADAM et Queendom de Awich.

Je mentionnais récemment que Sheena Ringo allait sortir un nouveau morceau intitulé Ito wo Kashi (いとをかし), également intitulé toogood dans son titre en anglais. Il est désormais disponible. Le morceau est assez dépouillé musicalement, se basant principalement sur un piano sur lequel vient se poser la voix de Sheena Ringo. Musicalement, c’est un très joli morceau plutôt académique mais très agréable à l’écoute. Je ne le trouve par contre pas transcendant ou particulièrement engageant. Il n’a pas la carrure d’un single et je le verrais plus comme un morceau concluant un EP.

Dans un style certes complètement différent et même à l’opposé, je suis beaucoup plus intéressé par le nouvel EP de DAOKO intitulé Mad EP, car elle se réinvente musicalement grâce à l’intervention de Yohji Igarashi à la production. Igarashi pousse DAOKO vers des sons de dance floor qui lui vont très bien. Sa manière de chanter proche du hip-hop ne diffère pas vraiment de ce qu’on connaît de DAOKO sur certains de ses morceaux précédemment, mais sa voix est plus franche et présente, certainement pour ne pas se laisser dévorer par les sons électroniques qui l’accompagnent. Les quatre morceaux du EP sont tous très accrocheurs et sont dans un esprit musical similaire. J’ai une préférence pour le troisième morceau intitulé escape, car il est un peu plus agressif que les autres, et pour le premier morceau MAD également single du EP. Musicalement, ça peut être parfois assez attendu mais je trouve que l’association avec la voix de DAOKO fonctionne très bien.

Le journaliste musical Patrick Saint-Michel évoque cet EP de DAOKO sur sa newsletter. Il mentionne un autre morceau également produit par Yohji Igarashi pour l’artiste hip-hop HIYADAM, car on y trouve des points similaires dans le mélange du hip-hop et des sons électroniques. Ce morceau que j’écoute en boucle s’intitule I RAVE U. Je ne connaissais pas ce rappeur appelé HIYADAM, et c’est une belle découverte qui me pousse une nouvelle fois à écouter du hip-hop japonais. Je découvre ensuite d’autres morceaux de HIYADAM, toujours produits par Yohji Igarashi comme Honey. HIYADAM y est accompagné par Yo-Sea qui a une voix très accrocheuse. Je découvre ensuite Yabba dabba doo! interprété cette fois-ci avec le duo Yurufuwa Gang (ゆるふわギャング). Les lecteurs de ce blog se rappelleront peut-être de Yurufuwa Gang, duo composé de NENE et Ryugo Ishida, car j’en ai déjà parlé lorsque j’évoquais le EP solo de NENE et l’album de Kid Fresino sur lequel ils intervenaient. Leurs voix sont très puissantes et typées. Je continue ensuite sur ma lancée en écoutant le morceau One Way de Ryohu avec YONCE, le chanteur de Suchmos. YONCE a vraiment une belle voix qui contraste bien avec les mots rappés de Ryohu, que je découvre. Le dernier morceau de cette petite série musicale hip-hop est un choc. Je connais assez mal la rappeuse Awich, à part pour des collaborations comme celle avec Kirinji ou avec NENE sur son EP. Je découvre le premier morceau intitulé Queendom de son nouvel album du même nom sorti en Mars, et quelle puissance vocale et quelle force d’évocation! Ce morceau nous parle d’une partie de sa vie lorsqu’elle quitte la ville de Naha à Okinawa d’où elle est originaire pour la ville d’Atlanta. Elle se marie avec un mauvais garçon qui fait de la prison et se fait assassiner. Écouter ce morceau la première fois m’a fait un choc qui m’a donné les larmes aux yeux.