avec un cœur léger

Je pense que c’est la première fois que j’entre à l’intérieur du complexe commercial WITH HARAJUKU (ウィズ原宿), qui a pourtant ouvert ses portes en juin 2020. Il se trouve juste en face de la station d’Harajuku et comporte des espaces de terrasse à un des étages donnant d’un côté une vue dégagée sur la forêt dense du grand sanctuaire de Meiji Jingū, et de l’autre une vue sur le dédale de rues étroites d’Harajuku et d’Ura-Harajuku. L’architecte du bâtiment est Toyo Ito avec Takenaka Corporation. On y trouve une statue, nommée la “Statue de Harajuku”, positionnée sur la terrasse, le regard tourné vers la gare d’Harajuku et la forêt de Meiji Jingū. Elle a été conçue par l’artiste français Xavier Veilhan, qui a déjà exposé ses statues colorées et unies dans les rues de Tokyo.

De fil en aiguille, en m’intéressant à la musique de 嚩ᴴᴬᴷᵁ et de killwiz, j’ai découvert le hip-hop alternatif de e5 (prononcé Ego en anglais) avec son premier album MODE POP, sorti le 24 septembre 2025. Je l’ai acheté sur iTunes dès sa sortie car je connaissais déjà trois singles qui me plaisaient au plus haut point: SPIDER SILK, WUNACOOL puis DIVE JOB. J’ai même été jusqu’à regarder une émission Twitch, sur laquelle e5 était invitée, qui présentait en direct son nouvel album au moment exact de sa sortie sur les plateformes audio. e5 s’est entourée de quelques producteurs pour certains des treize morceaux de son album, mais en a également produit plusieurs elle-même. On y trouve bien sûr un duo avec 嚩ᴴᴬᴷᵁ, intitulé FROG JUMP 宇宙, et un avec killwiz, intitulé I AM HERE. L’esprit général de l’album MODE POP est celui du hip-hop mais il gravite également autour de l’hyper-pop, notamment pour ces deux morceaux avec les deux membres de son ancien groupe Dr.Anon, ainsi que celui intitulé KANTAN avec la musicienne coréenne Collie Wave. J’adore l’ambiance un peu mélancolique et introspective de cet album, qui part souvent de sujets simples comme WUNACOOL, inspiré d’un médicament anti-démangeaisons (ウナクール), et HOT KAIRO, qui évoque un petit sac chauffant (カイロ) que l’on met dans les poches pour se réchauffer en hiver. L’album a un ton intime et sincère, mais s’aventure également vers des sons plus lourds et marquants, comme le beat très puissant du deuxième morceau KIVVY.

Ce qui me plaît également beaucoup, c’est que l’album s’organise sur une symétrie autour d’un morceau central instrumental intitulé ZEROPOINT (le septième morceau). Le premier morceau, intitulé HAJIME (début), fait écho au dernier, OWARI (fin). Le cinquième, WHERE I AM, est en symétrie avec le neuvième, I AM HERE. e5 mentionnait dans l’émission Twitch une correspondance entre le troisième morceau, SNOOZEMODE, et le onzième, DIVE JOB, mais elle me paraît à priori moins évidente, du moins visuellement. La symétrie ne va pas jusqu’à faire correspondre la longueur de chaque titre comme pourrait l’imaginer Sheena Ringo, mais je ne peux m’empêcher de voir ici une inspiration ringoesque. MODE POP devient ainsi une sorte d’album-concept très cohérent e5 abouti pour un premier album. Autre petit détail ringoesque: sur la vidéo du morceau WUNACOOL qui se déroule à Chiba sur l’étrange structure en escaliers de Futtsu, e5 est accompagnée d’une fille appelée Shiina Appletea (椎名アップルティー) qui est calligraphe créant d’étranges lettrages. L’association entre le nom Shiina et la Pomme m’intrigue forcément un peu.

Le studio de production Vivision du réalisateur Yuichi Kodama (児玉裕一) propose de temps en temps à la vente un certain nombre de produits dérivés. Il n’y a pas de boutique en tant que telle, plutôt des pop-up stores. Yuichi Kodama étant le mari de Sheena Ringo et ayant réalisé un grand nombre de ses vidéos musicales ainsi que celles de Tokyo Jihen, les produits dérivés estampillés Vivision attirent forcément les fans de Ringo. Il faut noter quand même qu’il a également réalisé pour de nombreux autres artistes, comme Vaundy. Son laptop, qu’il amène apparemment partout avec lui, est d’ailleurs orné d’un sticker de Vaundy, outre ceux liés à l’univers qu’il crée avec Sheena Ringo. Les pop-up stores de Vivision sont très éphémères. Plusieurs ont eu lieu au Tower Records de Shinjuku, mais j’y suis à chaque fois allé un peu trop tard et une bonne partie des produits étaient déjà en rupture de stock. Ils doivent certainement être produits en petites séries. J’avais noté qu’un pop-up store se déroulait au magasin de vêtements Desperado, près de la gare de Shibuya, et je m’y suis dirigé ce samedi 27 septembre en début d’après-midi. Je savais que Yuichi Kodama était sur place la semaine dernière, le jour d’ouverture de sa boutique éphémère, également composée d’une partie exposant certains de ses trésors personnels. J’avais des doutes quant à sa présence ce samedi car le dernier jour de cette boutique était plutôt le lendemain. J’ai eu la surprise et le plaisir de le voir dans le magasin.

En entrant, on ne peut que remarquer sa superbe DMC-12 DeLorean qu’il a achetée il y a longtemps pour environ 10 millions de yens. Je prends bien sûr en photo la voiture sous tous les angles, elle est extrêmement bien entretenue, et je me décide à entrer dans le magasin tout en me demandant comment je pourrais lui adresser la parole. Mais j’étais également venu pour acheter un stylo de sa marque Vivision (et des chaussettes au passage). Je ne suis pas le seul dans l’espace dédié à Vivision dans la boutique. J’attends que Yuichi Kodama soit seul pour lui dire bonjour, ce qui semble le surprendre un peu au premier abord, et je lui demande si on peut prendre une photo ensemble, ce qu’il accepte volontiers. On se place sur un petit banc devant la vitrine ornée de différents objets Vivision et à côté de la DeLorean. Il me demande d’abord si j’étais venu car j’appréciais la musique de Sheena Ringo, ce que je confirme bien sûr avec enthousiasme, tout en lui glissant que j’aime aussi beaucoup ses vidéos. Nous discutons un peu des concerts que j’ai vu, de mon nombre d’années à Tokyo, tout en prenant un selfie. Il me dit qu’il fera part à Ringo de mon enthousiasme. Je le crois sur parole sur le moment. J’imagine qu’ils doivent discuter à la maison de ce qu’ils ont fait de leurs journées respectives, parler des étranges personnes rencontrées. Il me montre ensuite sa DeLorean devant nous, notamment le moteur à l’arrière et l’espace où se trouvent normalement les propulseurs dans Retour vers le Futur. Je tente une plaisanterie en voulant confirmer avec lui que ce n’est pas le modèle qui voyage dans le futur, mais mon humour hésitant ne fonctionne pas très bien. Il m’indique en tout cas qu’il la conduit très souvent. Ces quelques minutes passent très vite et sont bien agréables. J’aurais voulu lui demander plein d’autres choses, mais je vois déjà que deux autres personnes veulent suivre mon exemple en demandant une photo, ce qu’ils n’auraient sans doute pas fait si je n’avais pas demandé en premier. Cette rencontre me met de très bonne humeur pour la suite de la journée.

Pendant cette même journée de samedi, il me restait quelques heures de libre pour aller voir une exposition à la galerie Fuma Contemporary Tokyo dans le quartier d’Irifune. Il s’agissait d’une exposition intitulée INSIGHT PRISM du sculpteur Yoshitoshi Kanemaki (金巻芳俊). C’était en fait la dernière journée de cette exposition et je savais que l’artiste serait sur place. J’avais vu sur Instagram quelques-unes de ses sculptures sur bois jouant sur la répétition de visages et j’étais extrêmement intrigué de voir sa dernière création, composée d’un étrange effet de prisme. En entrant dans la petite galerie composée d’une seule pièce aux murs blancs, au neuvième étage d’un immeuble étroit, on aperçoit tout de suite la sculpture principale INSIGHT PRISM, représentant une jeune femme assise, les mains ouvertes devant elle et le regard survolant nos têtes. Son visage est fractionné en de multiples facettes, comme s’il s’agissait de reflets dans un prisme. Je suis resté de longues minutes devant cette sculpture, comme hypnotisé. Je ne pouvais pas m’empêcher de la regarder et de la prendre en photo sous différents angles, comme s’il s’agissait d’une présence divine inattendue. Dans le petit texte de présentation, Yoshitoshi Kanemaki nous explique que ces sculptures s’inspirent des statues bouddhistes avec plusieurs bras et plusieurs visages. Il s’agit de la plus grande sculpture qu’il a créé dans cette série de prismes. À côté, une autre statue plus petite montre une jeune fille à plusieurs visages et expressions. Il s’agit d’une représentation de nos différentes personnalités et des rôles que l’on joue dans la société, au point où l’on pourrait perdre la trace de notre véritable “soi”.

Un petit coin de la galerie montre différents ouvrages liés à l’artiste, notamment un très beau livre intitulé Tamentahi (タメンタヒ), rétrospective de ses sculptures. Je me décide à l’acheter et lui demande de le signer, ce qu’il accepte volontiers. C’est l’occasion de discuter un peu, car il a l’air de s’intéresser à la manière dont j’ai découvert ses sculptures et de savoir s’il s’agissait de la première fois que je venais à une de ses expositions. Il n’en avait pas exposé depuis deux ans, suite à quelques problèmes médicaux, mais je lui confirme que je reviendrai pour sûr revoir ses sculptures. J’ai en fait pensé à Kanemaki quand nous sommes allés à la branche d’Ibaraki du grand Izumo Taisha de Shimane en Juin. La salle d’exposition qui s’y trouvait montrait une étrange sculpture en bois à trois visages de l’artiste Junichi Mori (森淳一). J’avais à ce moment-là pensé aux sculptures de Yoshitoshi Kanemaki et m’étais convaincu d’aller voir ses œuvres dès que possible. Voilà chose faite. Cette journée était remplie de belles rencontres et m’a donné le cœur léger.

images sans paroles (γ)

Il y aurait bien des choses à dire sur quelques unes de ces images, mais je préfère une fois encore les laisser vierges de tout commentaire de ma part. Je dois cependant fortement me retenir car elles me poussent à écrire rien qu’en les regardant, écrire par exemple sur le contraste du béton blanc d’un ancien bâtiment qui semble résister aux façades de verre envahissantes des immeubles tout autour.

Côté musique, j’écoute bien sûr le nouveau single de Sheena Ringo qui est décidément très active ces derniers mois. Après son single under experiment (実験中) sorti en digital au mois de Juillet dont j’ai déjà parlé dans un précédent billet, voici le deuxième intitulé Hakujitsu no moto (白日のもと) sorti le 6 Août 2025, tous les deux regroupés sur un CD double face A sorti ce même jour. Je suis bien sûr allé l’acheter le jour de sa sortie au Tower Records le plus proche, celui de Shibuya en l’occurence. Tout comme under experiment, ce deuxième single Hakujitsu no moto garde un esprit rock très marqué bien que moins bruitiste que le premier (quoique). Ce single est dans la lignée directe du single A Life Supreme (至上人生) sorti il y a dix ans, notamment dans son approche vocale, sans pourtant être aussi marquant. C’est un morceau tout à fait convaincant et j’adore entendre Ringo reprendre clairement le chemin des guitares. Ce single a été composé comme thème de fin du film Kinki chihō no aru basho ni tsuite (近畿地方のある場所について) réalisé par Kōji Shiraishi (白石晃士) et sorti le 8 août 2025. Il s’agit d’un film d’horreur réalisé par un spécialiste du genre. La vidéo réalisée par Yuichi Kodama accompagnant le single ne reprend pas d’images liées au film, mais est d’une ’coolitude’ remarquable, tout à fait à l’image du morceau.

Ce retour marqué vers les guitares électriques sur ses deux derniers singles fait comme écho à un article du magazine web Ongaku Natalie (音楽ナタリー), publié le 25 juillet 2025, dans lequel il est demandé à plusieurs musiciens d’évoquer une chanson marquante du groupe Blankey Jet City. Cet article est en fait consacré à deux groupes, Blankey Jet City et Thee Michelle Gun Elephant, qui même après leur dissolution il y a plus de vingt ans, continuent d’exercer une influence importante sur la scène musicale rock japonaise actuelle. Sheena Ringo y évoque un morceau marquant de Blankey Jet City, un maxi-single en fait, qui a eu pour elle un impact émotionnel profond. Elle choisit le maxi-single Gasoline no Yurekata (ガソリンの揺れかた) sorti en 1997 et voici ce qu’elle nous en dit:

このマキシシングルには、鮮烈な表題曲のみならず、嫌われ者、ピンクの若いブタという、危ないセッションが収められています。しらふのつもりが、いつの間にかガンギマリにされます。お三方だけがもたらしてくれる効き目の強いこと、そして長いこと。ひとたび聴けば、言葉を介する意味は独りでに失せ、感受性が毛羽立って来ます。たとえば「ロックとはなんぞや」そんな愚問へは黙って本作を挙げればよいのです。

Ce maxi-single contient non seulement un titre principal saisissant, mais aussi des sessions dangereuses telles que Kiraware mono (嫌われ者) et Pink no Wakai Buta (ピンクの若い豚). On croit demeurer lucide, et pourtant, sans s’en apercevoir, on se retrouve submergé, totalement possédé. L’effet puissant et durable que seuls ces trois musiciens peuvent susciter est saisissant. Dès la première écoute, le sens des mots s’évanouit de lui-même, et la sensibilité s’éveille, hérissée. Ainsi, face à la question naïve « Qu’est-ce que le rock ? », il suffit simplement de désigner cette œuvre, en silence.

そもそもである。彼らの眩しい作品群から、たった一曲のみ選べだなんて。私含む音楽屋にとってこんなむごい仕打ちがあるだろうか、いやない。BLANKEY JET CITYに曝露された時期がまだ少女期だった自分は、いまなお体が蝕まれている。そう感じます。私のアイデンティティは浅井健一氏の描く女性像により仕上げられました。命の根幹たる場所へ浪漫を据える姿勢、そのためなら枝葉を切り落とすのも辞さぬ勇気です。

Dès le départ, demander de ne choisir qu’un seul morceau dans l’éblouissant répertoire de ce groupe… Peut-on imaginer pire cruauté pour nous, gens de musique ? Non, certainement pas. Exposée à Blankey Jet City alors que j’étais encore une adolescente, je ressens encore aujourd’hui l’empreinte profonde qu’ils ont laissée en moi. C’est ce que je ressens au plus profond. Mon identité s’est façonnée à travers la figure féminine telle que dépeinte par Kenichi Asai (浅井健一). Son attitude consistant à ancrer le romantisme au cœur même de l’existence, et le courage qu’il montre, prêt à sacrifier le superflu pour cela, m’ont profondément marquée.

Le choix de Sheena Ringo de ce maxi single n’est pas une surprise, notamment pour le morceau Pink no Wakai Buta (ピンクの若い豚). On en avait longuement discuté dans les commentaires très pointus du billet intitulé se perdre dans un vert profond, le vert profond étant celui de Fukamidori (深緑) d’Ajico. Je ne reviendrais donc pas sur l’admiration profonde de Ringo pour Blankey et Kenichi Asai. On ne peut qu’être d’accord sur son choix et sur la difficulté de trouver un titre préféré de la vaste discographie du groupe. J’aime en tout cas beaucoup ces trois morceaux, dont Gasoline no Yurekata présent sur l’album Love Flash Fever de 1997. En ce qui me concerne, je pense que c’est le morceau D.I.J. Pistol (D.I.J.のピストル) de C.B.Jim (1993) qui m’a d’abord attiré vers la musique du groupe. Je n’ai pas encore tous les albums de Blankey Jet City, de son groupe Sherbets ou en solo, mais je pioche régulièrement dans sa vaste discographie, sans malheureusement prendre toujours le temps d’en parler ici. Le dernier CD que j’ai acheté au Disk Union du coin est l’album solo CHELSEA sorti en 2007, pendant de l’album Red Snake Shock Service sorti en même temps. Sur CHELSEA, rien que le premier long morceau Ai Shiteru (愛してる) a une beauté profonde, qui nous laisse vulnérable (裸で生まれて裸で死んでゆく).

Et en parlant de l’activité de Sheena Ringo en ce moment, évoquons également la très intéressante vidéo, toujours réalisée par Yuichi Kodama, pour la Face B Este Nuevo Problema (松に鶴) de son single La velada legendaria (芒に月). L’acteur Hamao Noritaka (濱尾ノリタカ) en est le principal protagoniste mais une mini-Ringo le poursuit dans ses moindres mouvements dans le très beau décor de l’hôtel Botanical Pool Club à Chiba.

Et en parlant de film d’horreur japonais, évoquons également les deux saisons de la série Gannibal (ガンニバル) réalisée par Shinzo Katayama et basée sur un manga du même nom de Masaaki Ninomiya, jouée entre autres par Yuya Yagira, Riho Yoshioka et Show Kasamatsu. Cette histoire à la fois passionnante et effrayante se déroule dans un village isolé cachant des sombres secrets liés à d’anciennes pratiques et révélés après la mystérieuse disparition d’un habitant sur laquelle enquête un officier nouvellement en poste.

red as an apple tree

Baji Kōen (馬事公苑) à Setagaya, le Samedi 12 Juillet 2025.

Un heureux hasard nous amène jusqu’au parc Baji Kōen (馬事公苑), qui comme son nom l’indique en japonais est dédié à la chose équestre. Il s’agit en fait d’un parc équestre et public géré par la Japan Racing Association (JRA). Il a été fondé en 1940 pour y former les cavaliers et fut l’ancien site des épreuves d’équitation des Jeux Olympiques de Tokyo en 1964. Le parc a été grandement rénové et également utilisé pour les Jeux de Tokyo 2020 (qui ont eu lieu en 2021). On peut voir quelques références à ces Jeux dans le parc, notamment des fontaines à eau en forme de tête de cheval avec logo de Tokyo 2020. Il s’agit d’une heureuse découverte car l’endroit est magnifiquement entretenu, très ouvert et donnerait envie de s’y asseoir. Je me dis souvent, en étant dans ce genre d’endroits, que je me verrais bien m’installer dehors pendant plusieurs heures pour y écrire mes billets de Made in Tokyo sur mon iPad. J’imagine que ceux qui habitent près du parc doivent beaucoup en profiter mais il restait néanmoins très calme. Il semble que le parc contient de nombreux cerisiers, mais peut-être y a t’il également un ou deux pommiers? Je n’en ai pas trouvé malheureusement ce qui rend un peu caduque mon titre de billet et la transition vers la deuxième partie du billet (emoji d’un rire gêné en se frottant l’arrière de la tête) (corbeau noir traversant l’écran en laissant derrière lui une traînée noire en pointillés).

Roppongi Hills, Shiseido Pop-Up Event, le Dimanche 13 Juillet 2025.

Deux semaines seulement après son single Susuki ni Tsuki (芒に月), sous-titré La velada legendaria, Sheena Ringo sort déjà un nouveau single intitulé under experiment (実験中) qui m’enchante d’entrée de jeu pour son approche rock bruitiste. Ringo ressort donc sa guitare, accompagnée comme toujours par Yukio Nagoshi (名越由貴夫) également à la guitare mais aussi à la sitar électrique, Keisuke Torigoe (鳥越啓介) à la basse et Shun Ishiwaka (石若駿) à la batterie. Ce nouveau single est en fait une collaboration avec la marque de cosmétique Shiseido pour un produit nommé Ultimune (アルティミューン) sensé effacer les marques du stress (ストレス解放区). Ce n’est pas la première fois que Ringo s’associe à Shiseido. La première fois devait être en 2011 avec le single Onna no Ko Daredemo (女の子は誰でも) pour la ligne Shiseido Maquillage (マキアージュ) avec une publicité sur laquelle elle montrait son visage. En 2016, une autre association voit le jour avec le single MA CHÉRIE (マシェリ) pour la ligne du même nom, mais Nana Komatsu (小松菜奈) apparait dans la campagne publicitaire. Ce n’était pas la première fois que Nana Komatsu était associée à Sheena Ringo car elle apparaissait dejà en 2012 dans la vidéo du single Jiyū he Michizure (自由へ道連れ). Sur la tournée Ringo Expo’24, on pouvait également voir en image le rouge à lèvres Shiseido Techno Satin Gel Lipstick en rouge avec bien entendu le codage de coloris #417.

Le single under experiment n’est certes pas aussi follement inspiré que Susuki ni Tsuki, mais a le grand intérêt de faire revenir Ringo vers des terrains rock plutôt agressifs, qui dépareillent un peu avec l’image de Shiseido, comme quoi elle doit avoir entièrement les mains libres artistiquement. Enfin, l’agressivité rock constitue très certainement une évacuation du stress qui nous ramène donc vers l’esprit de ce sérum cosmétique. Le single sortira en CD le 6 Août 2025 avec un autre morceau en Face B intitulé Hakujitsu no Moto (白日のもと) utilisé pour le film Kinki Chihō no aru Basho ni tsuite (近畿地方のある場所について). Il s’agit d’un film d’horreur réalisé par Kōji Shiraishi (白石晃士) qui sortira en salle le 8 Août 2025.

La vidéo du nouveau single under experiment est sorti le 9 Juillet 2025 et est bien entendu réalisée par Yuichi Kodama. Comme toujours, elle est dense et magnifiquement réalisée, en grande partie dans un studio rouge faisant directement référence à Shiseido, mais également dans des salles blanches cliniques où Ringo apparaît comme une scientifique à la recherche d’un sérum magique nous libérant de notre stress. Le badge avec son nom nous ramène vers l’époque de Honnou (本能) où Ringo avait son badge d’infirmière. La moto semble également être un vecteur d’évacuation du stress. Cela fait quelques temps que la moto intervient dans l’univers visuel de Sheena Ringo, ce qui me ravie bien entendu, avec d’abord la Yamaha SR, puis le modèle de moto customisé Escaper qui apparaissait dans la vidéo du morceau 1RKO (初KO勝ち), de l’album Hōjōya (放生会), avec Nocchi de Perfume. Le même atelier Ask Motorcycle a conçu la moto A400 Classica de cette nouvelle vidéo. Il s’agit d’une moto de type Café Racer basée sur une Honda CB350. J’ai bien l’impression, à en croire la vidéo, que Ringo conduisait réellement la moto. Aurait elle passé son permis moto ces dernières années ? Je n’ai en tout cas trouvé aucune information à ce sujet. La vidéo nous donne d’autres références vers les vidéos passées comme la batte de baseball ou la boxe, mais pas de trace de skateboard posé dans un coin de la pièce. Cette vidéo nous apprend en tout cas que Ringo a l’air de plutôt bien se débrouiller en boxe. Elle se crée souvent dans ces vidéos une image sérieuse, concentrée et même un peu froide, mais je note dans cette vidéo là des petites pointes d’auto-dérision. Et le meilleur moment de la vidéo est très clairement ce petit sourire satisfait devant un bon petit plat.

On pouvait voir cette scène de la vidéo dans un espace pop-up événementiel de Shiseido à Roppongi Hills du 10 au 18 Juillet 2025. J’avais d’abord hésité à y aller en pensant que ça se passait à Ginza, puis même essayé d’amener Mari avec moi, mais elle m’a finalement convaincu que comme ça se passait dans un espace spécial à Roppongi Hills, l’endroit devait être plus facilement accessible par la gente masculine. J’ai en tout cas fait mon devoir de fan en y allant et en jouant le jeu des activités qui y étaient proposées: le stamp rally, l’essai des gants de boxes, la photo devant un miroir avec des oreilles de chat. J’étais même encouragé par les membres du staff qui accompagnaient les visiteurs du pop-up événementiel. Heureusement que je n’ai pas une conscience trop forte de ma bonne adéquation aux lieux. Je ne regrette de toute façon pas d’y être allé. Dans un coin de la première salle rouge reprenant le set de la vidéo, on pouvait y trouver la batte rouge et la petite valise utilisée dans la vidéo. Une personne du staff nous précise qu’il s’agit de la véritable valise utilisée par Ringo dans la vidéo. On pouvait même la toucher.

悠然と構えてトランスフォーメーション

J’avais bien mentionné dans le billet précédent un passage au sanctuaire Yushima Tenman-gū (湯島天満宮), qu’on appelle plus communément Yushima Tenjin (湯島天神). Le voici donc dans les quatre premières photographies du billet, depuis l’une de ses approches par l’étroite rue Gakumon (学問の道). Il est situé dans l’arrondissement de Bunkyō, non loin du grand étang Shinobazuno-Ike, dans le parc d’Ueno. Fondé en 458, il est initialement dédié au kami Ame-no-Tajikarao (天手力男神), dont le nom signifie « la puissance de la main céleste ». En 1355, le sanctuaire devient un lieu de culte en l’honneur de Sugawara no Michizane (菅原道真), lettré, poète et homme politique de l’époque de Heian, divinisé sous le nom de Tenjin, dieu des études et de l’intellect. Cela explique le second nom du sanctuaire. Très fréquenté par les étudiants avant les périodes d’examens et de concours, il attire ceux qui cherchent à bénéficier de la protection de Tenjin. Je n’ai pas d’examens à préparer, mais je fais tout de même le tour du sanctuaire. Il est malheureusement un peu tard pour obtenir le sceau goshuin, mais je n’attendrai peut-être pas vingt ans avant d’y revenir.

Les photographies suivantes ont été prises à Ginza, un tout autre jour. Il s’agit de l’Okuno Building (奥野ビル), datant de l’ère Shōwa. Construit en 1932 — et en 1934 pour l’annexe — par l’architecte Ryōichi Kawamoto (川元良一), il repose sur une structure en béton armé conçue pour résister aux tremblements de terre. Le bâtiment abritait à l’origine des appartements de haut standing, mais il accueille aujourd’hui des boutiques et galeries d’art réparties sur tous les étages. Un seul appartement subsiste dans son état d’origine, le numéro 306, que l’on peut visiter uniquement le 6 du mois. Nous avons parcouru les six étages du bâtiment principal et de son annexe, en commençant par l’ascenseur à porte manuelle. L’ambiance intérieure, notamment dans les couloirs et les escaliers, conserve un charme rétro. On a réellement l’impression de se perdre dans une autre époque.

Au sixième étage, nous sommes d’abord attirés par le Salon de Lã, également appelée Galerie Lã (ギャルリー ラー), qui occupe les appartements 601 et 607. On y trouvait une exposition d’artisanat traditionnel en menuiserie par Sato Mokkō (佐藤木工), présentant notamment des meubles japonais contemporains créés sur mesure selon des techniques traditionnelles. J’ai été particulièrement impressionné par les tables basses octogonales laquées, au design complexe en assemblage de type masugumi (斗組), rappelant l’architecture miniature des sanctuaires. On retrouve clairement chez Sato Mokkō le savoir-faire des charpentiers de sanctuaires, ainsi qu’un raffinement délicat, notamment dans les petites boîtes à trésors appelées Tamatebako (玉手箱). On pouvait admirer différentes boîtes en bois, aux finitions laquées dans divers coloris, dont certains très pop et modernes. La dame de la galerie a pris le temps de nous expliquer en détail la finesse de ces objets, que l’on pouvait acheter — même si leurs prix restent très élevés, voire inaccessibles. Nous avons ensuite parcouru les autres étages du bâtiment Okuno, sans trop nous attarder. Le parcmètre devait déjà avoir largement dépassé l’heure, et il valait mieux éviter une contravention de la part de la patrouille verte de surveillance du stationnement (駐車監視員). Et pourtant, en sortant de l’Okuno Building, je les vois déjà rôder autour de la voiture. Je me précipite aussitôt, tel un lièvre, pour leur signifier gentiment mais fermement que je suis justement en train de partir. Leur procédure d’enregistrement d’une contravention prenant heureusement plusieurs minutes, intercepter leur inspection permet d’arrêter le processus à temps.

Le petit concert de macaroom sur YouTube intitulé a tiny tiny room concert fut une très agréable surprise. Dans un format minimaliste, le groupe a interprété trois morceaux sur le thème de la pluie, dans une ambiance tout à fait détendue. Le dernier titre, sorti le 11 juin 2025, s’intitule Nagaame (長雨), un nom très approprié à la saison humide actuelle. Comme toujours chez macaroom, on retrouve la délicatesse des compositions d’Asahi et la voix douce et expressive d’Emaru, jusque dans ses soupirs insistants. Chaque écoute me procure des instants de poésie qui me soulagent, l’espace d’un moment, des tracas du quotidien. Par coïncidence, j’écoute en ce moment un autre morceau centré sur la pluie. J’ai découvert la chanson Ame (雨) d’Eiji Miyoshi (三善英史) lors d’une émission de radio. Elle a immédiatement capté toute mon attention. Il s’agit d’une ballade enka sortie en mai 1972, racontant l’histoire d’une femme attendant, sous la pluie un samedi après-midi, un homme qui ne viendra jamais. Le chant traduit avec finesse et poésie cette attente, cette solitude, et la souffrance silencieuse causée par une promesse non tenue. Le morceau respecte les codes du enka dès les premières notes. Bien que je sois loin d’être un spécialiste du genre, son écoute m’est étrangement familière, sans doute parce que j’en ai souvent entendu malgré moi à la télévision. Je ne cache pas mon envie d’explorer davantage ce style, dans la veine de Ame d’Eiji Miyoshi. Je me suis alors tourné vers Meiko Kaji (梶芽衣子).

Je savais depuis longtemps que j’en viendrais à écouter les morceaux enka de l’actrice et chanteuse Meiko Kaji, mais j’ignorais quand cela arriverait. Le premier morceau à s’imposer à moi fut The Flower of Carnage (修羅の花), tiré du film Shurayuki-hime (修羅雪姫, Lady Snowblood), réalisé en 1973 par Toshiya Fujita. L’écoute du morceau m’a poussé à voir le film. Meiko Kaji y incarne Yuki, formée dès l’enfance aux arts martiaux pour accomplir une vendetta sanglante visant à venger sa mère. Le film possède une esthétique stylisée magnifique. Yuki y accomplit sa vengeance avec une froideur implacable et une violence très graphique. Le film a d’ailleurs fortement influencé Kill Bill de Quentin Tarantino, qui a repris The Flower of Carnage pour sa bande-son. Si j’avais trouvé Kill Bill un peu ridicule dans son approche excessive, j’ai été au contraire fasciné par la justesse et l’intensité de Lady Snowblood. L’interprétation de Meiko Kaji, surtout par l’expression de son regard, et l’esthétique globale du film y sont pour beaucoup. Ces deux morceaux, celui de Meiko Kaji et celui d’Eiji Miyoshi, m’ont donné une irrésistible envie de découvrir d’autres titres enka. Mais par où continuer? La question reste ouverte. En attendant, j’écoute bien sûr le nouveau single de Sheena Ringo.

Le nouveau single de Sheena Ringo, sorti en CD le mercredi 25 juin 2025, s’intitule Susuki ni Tsuki (芒に月) et comporte un second titre en espagnol, La velada legendaria. Il était déjà disponible en version digitale quelques jours auparavant, et c’est ainsi que je l’ai découvert. Cela ne m’a pas empêché d’acheter le CD au Tower Records de Shinjuku, qui avait organisé une petite exposition en l’honneur de Sheena Ringo, comme à chaque sortie importante. Ce nouveau single est une reprise du morceau Gipsy (ジプシー) de l’album GIGS du groupe Appa (あっぱ), fondé en 2004 par Ichiyō Izawa (伊澤一葉), de son vrai nom Keitarō Izawa (伊澤啓太郎), pianiste et chanteur du groupe. Il est accompagné de Hideaki Hotta (堀田秀顕) à la basse et de Kazuto Satō (佐藤一人) à la batterie. Sheena Ringo avait déjà donné un aperçu du morceau durant sa tournée Ringo Expo’24. La version remaniée par Izawa pour Ringo conserve la structure musicale du morceau original, tout en la rendant plus riche et plus mature. Ringo en a toutefois entièrement réécrit les paroles, établissant un contraste entre une société japonaise rigide, parfois désabusée, et une quête poétique et spirituelle de transformation et de réconciliation. Dès la première écoute, le morceau intrigue par son début déconcertant, mais il captive rapidement. Il se présente comme une fresque musicale en plusieurs actes. Sa composition est polymorphe, virevoltante, toujours retombant sur ses pattes. Côté chant, Ringo déploie toute sa palette vocale, alternant graves profonds et aigus soudains. Sa puissance vocale est particulièrement marquante lorsqu’elle roule les « r » à l’envie en chantant certaines phrases en anglais dans la seconde partie. Le piano d’Izawa est virtuose sur ce morceau de plus de six minutes, qui se termine même sur des claquettes de Ringo en kimono dans le clip.

La vidéo, très abstraite, a été réalisée comme toujours par Yūichi Kodama (児玉裕一). On y retrouve Aya Sato, chorégraphe et danseuse, accompagnée de son groupe de 14 danseuses. Si je ne me trompe pas, elles n’étaient plus apparues ensemble depuis les videos de Niwatori to Hebi to Buta (鶏と蛇と豚) et Open Secret (公然の秘密) sortis en 2019. Aya Sato est la protagoniste principale de cette nouvelle vidéo, qui met en scène une lutte intérieure symbolisant la résilience humaine. La mise en scène, expressive et poétique, complète magnifiquement ce morceau atypique, qu’on imagine difficilement interprété par une autre que Ringo. La face B du single, intitulée Matsu ni Tsuru (松に鶴, Este nuevo problema), est plus classique dans sa composition. Chantée entièrement en espagnol, elle débute par des sonorités de samba assez surprenantes. J’ai beaucoup aimé le refrain, et même le juron inattendu en espagnol, facile à comprendre. Depuis le morceau en argentin sur son dernier album, Ringo semble entrer dans une phase hispanisante qui lui va plutôt bien. Ce morceau est également une reprise d’Appa, intitulée Kimochiyo (きもちよ), issu du même album GIGS (2006), avec une musique réarrangée par Izawa et des paroles entièrement réécrites par Ringo.

Je suis donc allé acheter ce nouveau single, ainsi que le Blu-ray du concert Ringo Expo’24 – 景気の回復, au Tower Records de Shinjuku, le jour de leur sortie commune, le mercredi 25 juin 2025. Je savais qu’on y exposait les costumes de la tournée Ringo Expo’24. Certains d’entre eux ont été conçus par le styliste Keisuke Kanda (神田恵介), comme pour la tournée précédente. Petite parenthèse: j’ai été amusé de découvrir que Keisuke Kanda a également collaboré à plusieurs reprises avec Ging Nang Boyz (銀杏BOYZ) pour une ligne de vêtements et de t-shirts. On peut voir certaines de ces pièces portées par Kazunobu Mineta (峯田和伸) et Riho Yoshioka (吉岡里帆), qui est une grande fan de Sheena Ringo. C’est toujours un plaisir de constater que le Tower Records de Shinjuku perpétue la tradition de ces mini-expositions dédiées à Sheena Ringo lors de ses sorties importantes. Les fans sont toujours au rendez-vous dès les premiers jours, prenant des photos des tenues de scène exposées sous verre.🎴

ニュウ、エスケープ

Ce creux au milieu de la façade du building à lamelles de bois de la première photographie du billet m’intrigue à chaque fois que je passe devant. A sa construction il y a environ deux ans, il était indiqué que cet espace serait utilisé par YouTube, mais je ne vois aucun signe extérieur l’indiquant. Il n’y a pas non plus de signe d’activité visible depuis l’extérieur et je me demande même si ce bâtiment si particulier est vraiment utilisé. Son design a été conçu par Kōichi Takada (高田浩一). J’aime beaucoup cette déflagration en hauteur. Un peu plus loin dans la même rue longeant la rivière bétonnée de Shibuya, on trouve plusieurs affiches collées à différents endroits, formant une sorte de guérilla publicitaire. Ces visages sont ceux du groupe d’idoles de l’agence Stardust, Momoiro Clover Z. A vrai dire, je pensais que le groupe, après avoir perdu une de ces membres, avait cessé ses activités. Il semble qu’elles fêtent plutôt l’anniversaire de leurs quinze ans de carrière. Il est vrai qu’on les voit encore régulièrement dans des publicités télévisées. Le temps de ces derniers week-ends est couvert et même pluvieux, ce qui me fait prendre moins de photos. J’ai de toute façon un stock d’une petite dizaine de billets en brouillon que je peine à écrire rapidement. Les journées sont longues et épuisantes. Elles me laissent peu de temps pour écrire, mais écrire est toujours pour moi une échappée nécessaire et même indispensable.

L’amateur de la musique de Sheena Ringo ne s’ennuie pas en ce moment. Le 17 Mai 2023, sortait le CD de deux titres W●RK et 2045, tous les deux excellents d’ailleurs, de la collaboration avec Millenium Parade de Daiki Tsuneta. Je ne l’avais pas réservé mais je suis passé l’acheter au Tower Records de Shibuya le soir du 16 Mai. Le magasin met en général dans les rayons les nouveautés le soir avant le jour de sortie. Il faut le savoir et ça permet de faire le malin ensuite sur les réseaux sociaux en disant qu’on a pu acheter et écouter le CD avant sa sortie officielle. C’est le Fying Get ou Furage (フラゲ) en japonais. Un nouveau single de Sheena Ringo est ensuite sorti cette semaine le 24 Mai. Il s’agit cette fois-ci d’un single solo intitulé Watashi ha Neko no Me (私は猫の目), sous-titré en français “Je suis libre”. Le CD que j’avais commandé sur Amazon, une fois n’est pas coutume, venait avec une carte postale montrant Sheena assise sur une moto devant la tour de Tokyo. Cette moto apparaissait également en logo pixelisé lors du récent concert. Comme je l’indiquais auparavant, il s’agit d’une Yamaha SR (reprenant donc ses initiales). Ce qui m’a presque choqué, c’est de me rendre compte que ce modèle de moto a été mis en production en 1978, soit l’année de sa naissance. Ce genre de détails me fascine toujours. J’aime vraiment beaucoup ce nouveau morceau Watashi ha Neko no Me, qu’elle avait également joué lors du concert, et je trouve qu’il gagne en saveur après plusieurs écoutes car sa construction musicale est, comme souvent chez Sheena Ringo, relativement atypique et terriblement sophistiquée. Dans la vidéo comme toujours réalisée par Yuichi Kodama, on la voit concrétiser son amour pour les chats en empruntant elle-même des yeux de chats. Elle n’est pas accompagnée par ses musiciens habituels, mais ce ne sont pas vraiment des visages inconnus non plus. À la guitare, on retrouve Hisako Tabuchi (田渕ひさ子) du groupe NUMBER GIRL. Elles se connaissent depuis leurs débuts, étant toutes les deux originaires de Fukuoka. Elles ont déjà joué ensemble, en concert ou en session d’enregistrement. Rino Tokitsu (時津梨乃) à la batterie est une ancienne membre d’un des premiers groupes que Ringo avait formé à Hakata (Fukuoka), avant ses débuts. Ce sont donc également des amies de longue date. Rino Tokitsu a fait aussi partie d’un groupe appelé Roletta Secohan (ロレッタセコハン). Je suis par contre moins familier du nom de BIGYUKI aux claviers. Il est apparemment présent sur la scène hip-hop/jazz new-yorkaise. J’aime beaucoup ce court passage solo au clavier accompagnant le solo de guitare lourd et déstructuré d’Hisako. Il y a une certaine texture brute dans ce morceau, notamment dans la voix de Sheena Ringo. J’adore particulièrement quand elle crie son « Nya » en imitant le cri du chat, avec un côté un peu comique que je pense volontairement. Sa voix devient plus agressive au fur et à mesure du morceau, comme un chat qui sortirait ses griffes. Elle roule même un peu des ‘r’ et finit le morceau sur un ton sonnant comme du Enka, comme Yuu peut également le faire sur des morceaux de GO!GO!7188. En comparaison, la face B du single s’intitulant Saraba Junjō (さらば純情), sous-titré “Adieu innocente”, a un son beaucoup plus doux. On entend une partie de ce morceau à la toute fin de la vidéo qui prend une forme animée montrant Ringo conduisant cette fameuse Yamaha SR. Elle est revenue vers les sous-titrages des titres des morceaux en français. Le single prenant le sous-titre “Je suis libre” reprend ce thème de la liberté (自由) très présent dans sa discographie et ses paroles. Mais le single va plus loin en découpant la vidéo en dix scènettes prenant pour titres des proverbes français souvent en lien avec le monde des chats. Où irait le monde sans les chats? Les voici ci-dessous.

1. Un malheur ne vient jamais seul.
2. Être comme chien et chat
3. Un peu de honte est bientôt bue.
4. Qui m’aime au même mon chat.
5. Qui naquit chat court après les souris.
6. Chat échaudé craint l’eau froide.
7. À bon chat, bon rat.
8. Il ne faut pas réveiller le chat qui dort
9. Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera.
10. Ce qui est fait est fait.

Le vidéo du morceau Watashi ha Neko no Me (私は猫の目) mentionne également la citation « La femme, comme le chat, a neuf vies. » de l’écrivain anglais John Heywood (1497-1580), connu pour ses pièces, poèmes, et ses recueils de proverbes. J’ai le sentiment que ce morceau ouvre de nouvelles pistes dans sa discographie et ça me satisfait beaucoup de voir qu’elle ne manque pas d’inspiration. C’est une promesse de nouvelles échappées belles.

A ce propos, Sheena Ringo fête ce samedi 27 Mai 2023, ses 25 années de carrière après la sortie de son premier single Kōfukuron (幸福論) le 27 Mai 1998. Je me demande d’ailleurs pourquoi elle n’a pas sorti le nouveau single le 27 Mai, plutôt que le 24. A l’occasion de ce nouveau single et de cet anniversaire, elle sera présente dans les médias télévisés ces prochains jours, notamment à l’émission KanJam avec Daiki Tsuneta (pour une deuxième fois) le dimanche 28 Mai et pour une émission spéciale de la NHK le 1 Juin 2023. J’aurais certainement l’occasion d’en reparler ici. Cet anniversaire m’a donné l’occasion de porter mon t-shirt de la tournée (celui avec la moto pixelisée) et d’aller au magasin Tower Records de Shinjuku car une petite exposition spéciale y avait lieu. Dans une partie du magasin, on y montrait la moto Yamaha SR, les tenues utilisées pour la vidéo de Watashi ha Neko no Me, une photo géante, entre autres. Un bandeau est accroché pour ses 25 années de carrière. On retrouve sa signature encadrée datant du 14 Novembre 2019, avec les messages Koko ha Shinjuku Desu (ここは新宿です) et Merci, mais le verre du cadre est étrangement cassé à plusieurs endroits. Est ce un accident de manipulation ou est ce volontaire car il est montré tel quel dans le magasin. C’est peut-être un peu des deux, mais ce cadre avait en tout cas été enlevé (il me semble) après le réaménagement du magasin. On y vendait aussi des goods de la société de production Vivision de Yuichi Kodama, qui réalise la quasi totalité des vidéos et concerts de Sheena Ringo et Tokyo Jihen. Les t-shirts étaient pratiquement tous en rupture de stock, et je crois comprendre d’après mon fil Twitter qu’ils ont une certaine popularité. Un petit panneau demande aux visiteurs de poser une pastille pour leur album préféré. Je ne suis pas surpris de voir arriver Muzai Moratorium en tête. Un morceau comme Marunouchi Sadistic sorti sur cet album fait pratiquement partie de l’histoire musicale japonaise. Mon fils l’a même chanté récemment au karaoke avec ses copains et copines de classe de lycée. Je n’étais pas le seul habillé aux couleurs de l’artiste en cette journée de samedi. Dans un tout autre endroit à Shibuya Hikarie, une femme et son mari me regardaient en souriant. Je me suis d’abord demandé la raison, pour comprendre ensuite qu’elle portait elle-même un sac à l’effigie de Tokyo Jihen. Peut-être est ce dû à cette date anniversaire.