Résonance musicale

Des ombres de vie naturelle dans le creux des formes abstraites et répétitives d’un immeuble à Akasaka.

Il y a de cela quelques semaines, on m’a contacté par email pour me proposer une collaboration musique/photographie. Le projet ne se lancera très certainement pas. Je ne pense pas répondre aux critères, n’étant pas un professionnel de la photographie et n’ayant pas la disponibilité nécessaire pour ce genre de projets. Toujours est-il que l’approche est intéressante et me parle beaucoup. Il compose et joue sa musique en s’inspirant d’oeuvres d’art, de photographies entre autres. J’étais assez touché qu’on puisse penser à mon travail photographique pour ce genre d’exercice de création musicale. D’autant plus que j’ai moi-même ce sentiment de rapprochement entre le visuel et le musical dans mon approche de la photographie et surtout sur mon travail de développement (numérique). C’est un aspect assez difficile à expliquer et qui ne se concrétise pas souvent d’une manière claire.

J’essaie de retransmettre dans mes compositions photographiques une force que je ressens dans la musique, pas celle que l’on écoute d’une oreille distraite sans engagement dans l’écoute, mais celle qui apporte une force émotionnelle dont on n’arrive pas à se dégager pendant plusieurs jours. C’est une fascination que j’essaie de représenter sans pourtant parvenir à égaler la puisssance de ma source d’inspiration.

Ma retranscription musicale se représente souvent par une accentuation des traits, des contrastes, des ombres ou l’ajout d’éléments perturbateurs. Dans mes créations, je recherche souvent à exprimer une dysharmonie, un déséquilibre que l’oeil mettra un peu de temps à intégrer, comme l’atmosphère calme perturbée par des nuages de guitares excentriques que l’on trouve parfois chez Sigur Rós ou comme une surface bruitiste sur laquelle vient se construire une mélodie chez Sonic Youth, ou comme toute musique expérimentale où l’oreille doit s’habituer, apprendre à repérer, ou construire à force d’écoute, des points d’harmonie.

J’affectionne cette dualité, que j’esssaie de retranscrire dans mes photographies en créant par exemple un parasitage, une introduction d’éléments perturbateurs (des traines noir et blancs, de zones d’ombres, …). Depuis quelques années, j’ai en tête cette interview de Adrian Thaws aka Tricky dans les Inrockuptibles. Il mentionait qu’il aimait parasiter ces morceaux de musique, les triturer après présentation d’une version claire et propre à sa maison de disque. Je ne sais pas s’il le faisait réellemment, mais c’est une approche qui m’a marqué: Partir d’une réalité claire et nette, sans effet de suprise, la triturer, modifier pour en faire sortir un nouvel équilibre.

L’envie d’écrire ce paralèle musique/composition photographique me vient en écoutant Magic Spells, de Crystal Castles, groupe canadien électro-expérimental, tirant leur nom d’un ancien jeu d’arcade. Les compositions lo-fi sont fortement imprégnées de sonorités expérimentales souvent dissonantes, presque parfois inaudibles, sur lesquelles se construisent des compositions mélodiques. Magic Spells est beaucoup plus calme et fascinant que les autres morceaux du groupe. La composition ci-dessus répresente l’architecture comme base froide, comme machine à vivre venant rentrer en résonance avec la mécanique répétitive d’une musique électronique. La mécanique est cependant vivante, faite d’imperfections et d’hésitations apparaissant par ci par là dans la mécanique sonore apparemement bien huilé. Je suis sensible aux notes volontairement faussées, aux dissonances, un faux ton qui ajoute un brin d’imprévu, de vie dans un ensemble pré-réglé. Ma dose d’imprévu dans la composition ci-dessus, ce sont les branchages, éléments de vie dans les creux de formes architecturales mécaniques et répétitives.

Quelques illustrations complémentaires: 1 2 3 4 5 6 7 8 9

Plaza Mikado

Je marchais donc dans Akasaka pour trouver le Plaza Mikado d’Edward Suzuki. Je tourne un peu en rond, presque volontairement pour finalement le trouver dans une des sous-artères de Akasaka. Je suis passé plusieurs fois devant mais aujourd’hui, c’était pour la photo. Pas assez de recul pour le prendre en entier, je me concentre donc sur les colonnes de verre quasiment transparentes. Le hall intérieur est assez quelconque (je n’ai pas vu les étages) mais l’extérieur est superbe. On dirait un aquarium verdâtre un peu sale, l’immeuble date de 1990.

The Hexagon

Toujours à Akasaka et devant l’immeuble TBS, voici le nouvel immeuble The Hexagon. J’aime beaucoup ce design, on dirait un empilement de containers compressés par le poids du container du dessus. La facade vitrée avant est ainsi déformée et de manière asymétrique. Cela donne l’impression que l’on peut ajuster dynamiquement la hauteur des containers: les écraser ou étendre leur hauteur de manière autonome… Une sorte d’immeuble en accordéon.

HSBC occupe les 2 premiers étages. Je ne sais pas qui est l’architecte à l’origine de ce design et je ne sais pas si volontairement l’immeuble reprend le design du logo de HSBC.

Hitotsugi LIP

Les petites rues de Akasaka sont bourrées de restaurants et bars mais ce n’est certainement pas assez car Sankei Building produit un nouveau building de restaurants nommé Hitotsugi LIP. L’esthétique murale extérieure est très intéressante: les plaquettes en lignes verticales et surtout la couleur rouge, la forme rétrécie en son sommet également qui amorce une forme en dôme. Hitotsugi LIP et ses restaurants ouvriront le 24 mars 2008.

Vous l’aurez compris avec ce billet et le précédent, je me promène dans Akasaka, un quartier que je connais assez bien mais que superficiellement. Je me perds volontairement dans les petites rues perpendiculaires aux 3-4 artères de Akasaka, dans les petites ruelles derrière les restaurants. Je constate un grand terrain vague à l’intérieur de Akasaka, vague ou peupé de parkings. Dans quelques années, on verra peut être ici un autre grand complexe urbain.

Je continue ma promenade dans Akasaka à la recherche du Plaza Mikado, que je trouverais bientôt.

Shin Takamatsu

Profitant d’une éclaircie entre deux orages dimanche dernier et avant d’aller voir le sous-marin à Ichigaya, je passe faire un petit tour à Akasaka à la recherche d’un immeuble futuriste à proximité de l’hôtel New Otani. Quelques tourné-virés à moto, et je trouve enfin le Imanishi Moto-Akasaka, un immeuble de 7 étages par l’architecte Shin Takamatsu. Il est situé devant une série de batiments Kajima se reflêtant dans la vaste paroi vitrée arrondie. Cette structure noire et glace pourrait voguer dans l’espace. Aux pieds de la paroi de verre, on apercoit deux cônes de verre entourant l’entrée de l’immeuble. J’aimerais savoir si ces cônes ont une signification particulière, on les retrouve particulièrement mis en avant dans l’architecture de Kisho Kurokawa ou plus dissimulés sur le Spiral de Fumihiko Maki. Les esprits éclairés m’éclaireront sans doute.

octagon

Jean-Marc EMY (explorez son roman-photo) me donne l’occasion de revenir sur la photo ci-dessus de l’immeuble Octagon à Ebisu, toujours par Shin Takamatsu. Par la présence de boules noires en forme d’oeil, je me doutais fortement qu’il s’agissait d’une création de Takamatsu sans l’avoir confirmé. Cet immeuble comme celui de la photo suivante ont des consonnances de créatures aquatiques.

Ci-dessus le earthecture sub-1, toujours de Takamatsu, découvert il y a deux ans lors d’une ballade à Yoyogi-Uehara.