parcourir la forêt sacrée de Kashima Jingū

Nous nous éloignons de Tokyo le temps d’une journée pour aller dans la préfecture d’Ibaraki, la préfecture la moins populaire niveau tourisme de tout le Japon. Elle se place régulièrement à la dernière place des destinations touristiques du pays même s’il y a de belles choses à y voir, comme les plages le soir que je montrais dans le 2000ème billet de ce blog ou le grand sanctuaire Kashima Jingū (鹿島神宮). On ne connait pas l’âge exact de ce grand sanctuaire, mais la légende dit que sa fondation daterait de l’an 660 avant JC. C’est un des plus grands sanctuaires du Kantō. La divinité de la mythologie japonaise qui est vénéré à Kashima Jingū est le Dieu Tonnerre Takemikazuchi-no-Mikoto qui est également connu sous le nom de Kashima-no-kami. Kashima Jingū fait partie du groupe de sanctuaires du Japon appelé chokusaisha recevant de manière régulière la visite d’un envoyé spécial de l’Empereur lors de festivités importantes, au même titre que Meiji Jingū (明治神宮) à Tokyo ou Izumo Taisha (出雲大社) dans la préfecture de Shimane. Tout comme Ise Jingū (伊勢神宮), le sanctuaire de Kashima Jingū était apparemment démoli et reconstruit tous les 20 ans, mais cette pratique a disparu au 15ème siècle. Il est situé à l’intérieur d’une vaste forêt sacrée. Une allée d’environ 300 mètres appelée Okusandō (奥参道) nous amène du bâtiment principal Honden abritant la divinité Takemikazuchi jusqu’au fond de la forêt où se trouve le petit sanctuaire Okumiya (奥宮) dédié à Ieyasu Tokugawa en l’honneur de sa victoire lors de la grande bataille de Sekigahara. Okumiya était malheureusement en cours de rénovation. Nous pouvions tout de même faire une visite avec un guide nous expliquant le minutieux travail de rénovation de la toiture. C’est la deuxième fois récemment que nous pouvions voir de près le travail de rénovation des toitures d’établissements religieux. Nous avions récemment visité le monastère bouddhiste Enryaku-ji (延暦寺) au Mont Hiei près du lac Biwa, dont le hall principal Konpon-chūdō était également en rénovation tout en restant accessible aux visiteurs.

Un peu plus au fond de la forêt sacrée, bien derrière le sanctuaire Okumiya, une autre allée forestière nous amène vers un petit enclos à l’intérieur de lequel une pierre est posée. Cette pierre se nomme kaname ishi (要石) ou pierre de voûte. Le légende dit que cette pierre retient sous le sol la tête du poisson-chat Namazu (鯰), un poisson géant très turbulent dans les mouvements seraient à l’origine des tremblements de terre affectant régulièrement le Japon. Seul le Dieu Takemikazuchi serait en mesure de maintenir en place Namazu avec sa longue épée conservée comme relique dans le sanctuaire. Mais comme on le sait très bien, il arrive parfois que le poisson-chat échappe à l’attention des dieux et vient causer des séismes dans tout le pays. On dit aussi que le poisson-chat est sensible aux signes précédents un tremblement de terre. Il est également utilisé en dessin sur les pancartes autoroutières pour indiquer les routes fermées et réservées pour les urgences, en cas de tremblements de terre importants.

Des cerfs apprivoisés, considérés comme les messagers du Dieu Takemikazuchi, vivent dans l’enceinte du sanctuaire Kashima Jingū mais il ne sont malheureusement pas laissés en liberté comme à Nara. On peut les trouver dans un enclos à mi-chemin de l’allée Okusandō. De notre visite du sanctuaire Kashima Jingū, je garde en tête cette vaste allée de terre Okusandō, ombragée par des arbres géants. Il faut y marcher doucement, prendre son temps et apprécier la lumière qui essaie de se frayer un chemin jusqu’au sol de terre. Nous y sommes allés dans l’après midi avant 4h mais le soleil commençait déjà à baisser. En marchant sur Okusandō en direction de la grande porte rouge Rōmon (楼門) faisant environ 13 mètres de haut, ce soleil nous éblouissait tellement qu’on avait du mal à voir devant soi.

black sky dark flowers

Je reviens le temps d’un billet vers le noir et blanc en insistant sur les côtés obscurs. Ces photographies sont prises dans le parc Inokashira, si ma mémoire est bonne, en même temps que ce billet montrant des fleurs tendant vers le ciel. Les fleurs de ce billet là m’avaient incité à regarder vers le ciel et les nuages. Je force volontairement sur les ombres lorsque je développe numériquement les photographies au format RAW. Les réglages sont tout à fait particuliers sur les photos ci-dessus mais j’utilise depuis plusieurs mois des réglages de paramètres que je n’utilisais pas auparavant. J’applique donc cette nouvelle routine de développement depuis des mois alors que j’ai appliqué la précédente pendant des années. Je ne me souviens plus quel avait été le déclic provoquant le changement, mais peut être une certaine lassitude d’appliquer toujours le même traitement numérique aux photos même si ça reste très manuel et ajusté à chaque photo. Fut une époque où j’expérimentais beaucoup plus et triturais souvent mes photos, sans que ça soit toujours réussi mais toujours avec l’intention d’y apporter une force supplémentaire, un supplément d’âme peut-être. Ceci me fait repenser aux séries de photographies modifiées se basant sur la couleur rouge. Il y avait celle intitulée « rouge ciel » également prise aux environs du parc Inokashira et une série intitulée « rouge et toxique » prise dans le centre de Shinjuku. Dans ce dernier billet datant de 2019, j’évoquais d’ailleurs Nausicaä de la vallée du vent et repenser à l’association des images de Hayao Miyazaki et des musiques de Joe Hisaishi me donne l’envie irrésistible de revoir ce film d’animation. Je l’ai vu assez tard en 2003 alors qu’il était sorti presque vingt ans auparavant, mais c’est un de mes films préférés de Miyazaki.

Sheena Ringo étant fan de Nausicaä depuis son enfance, comme elle l’expliquait dans une des émissions radio sur Cross-FM Etsuraku Patrol de 1999 (je réécoute de temps en temps ces anciennes émissions), ça me fait une bonne transition avec ce qui va suivre, c’est à dire l’actualité de Tokyo Jihen. La bonne nouvelle de la sortie du All Time Best Album Sōgō (総合) de Tokyo Jihen le 22 Décembre 2021 (avec également une compilation des vidéos intitulée Prime Time) est qu’il contiendra deux nouveaux morceaux, un sur chacun des deux CDs composant cette compilation. On connaît maintenant les deux titres de ces nouveaux morceaux: Genzai to Fukuin (原罪と福), qu’on peut traduire en Péché originel et Gospel, sur le premier CD et Hotoke dake Toho (仏だけ徒歩), traduisible en Seul le Bouddha marche, en premier morceau du deuxième CD. Hotoke dake Toho sortira le Lundi 22 Novembre et la vidéo réalisée par Yuichi Kodama sortira le lendemain le 23 Novembre. La sortie du deuxième morceau Genzai to Fukuin n’est pas annoncée mais j’imagine qu’il sortira très certainement un mois plus tard le 22 Décembre 2021 en même temps que le best album. Du nouveau morceau Butsu dake Toho, on n’a pour l’instant qu’une image fixe visible sur YouTube (celle que je montre ci-dessus). On reconnaît tout de suite une DMC Delorean, celle qui apparaissait déjà dans la vidéo de Kujaku (孔雀) du dernier album Music (音楽). La maison montrée de nuit semble être extraite d’une zone résidentielle américaine (d’une ville comme Hill Valley par exemple). La question est de savoir si cette Delorean permettra le voyage dans le temps pour remonter dans la discographie du groupe, ce qui serait plutôt adapté pour un best album. On en saura plus très bientôt car cette photo reste bien mystérieuse.

L’emission Music Station du Vendredi 19 Novembre 2021 était particulièrement intéressante car elle incluait des courts interviews d’artistes féminines pour leur demander qu’elles étaient les artistes les plus importantes pour elles (celles qui ont eu une influence). Les cinq artistes invitées étaient AiNA The End, Aiko, Ado, Haruko Nagaya du groupe Ryokuōshoku Shakai (緑黄色社会) et Sheena Ringo. Divers artistes sont citées comme influences, notamment Aimyon présente à l’émission. Mais sans grande surprise, AiNA The End, Ado et Haruko Nagaya citent toutes les trois Sheena Ringo comme artiste importante pour elles. Ce n’est pas une surprise connaissant la participation récente de AiNA au groupe eLopers mené par Sheena pour cette même mission Music Station le 15 Octobre 2021. Ado et Haruko Nagaya avaient également mentionné leur admiration pour Sheena Ringo dans des émissions précédentes de Music Station lorsque Tokyo Jihen était présent. Aiko et Sheena Ringo ayant démarré leurs carrières musicales à la même période, elles ne se sont bien sûr pas citées entre elles. Nakamori Akina était également citée mais je ne me souviens plus par qui, et un extrait du morceau Shōjo A dont je parlais récemment était montré pendant l’émission.

La principale surprise pour moi était d’entendre Sheena Ringo citer NOKKO du groupe REBECCA et notamment le morceau MOON de l’album Poison sorti en 1988. J’ai déjà mentionné ce morceau MOON de REBECCA dans ce blog à plusieurs reprises car je le connais depuis de nombreuses années, avant même mon arrivée à Tokyo, et car je l’écoute régulièrement encore maintenant. La version que j’ai initialement écouté du morceau était la version anglaise présente sur la compilation Tokyo Babylon Image Soundtrack 2 (東京BABYLON イメージサウンドトラック 2) regroupant des morceaux qui devaient accompagner un anime ou film tiré du manga Tokyo Babylon de CLAMP. J’ai découvert la version japonaise un peu plus tard en arrivant à Tokyo. C’est un morceau qui m’accompagne depuis très longtemps et je suis agréablement surpris de l’entendre citer par Sheena, d’autant plus que c’est la version anglaise, moins connue que la version originale en japonais, qui était montrée en extrait sur Music Station. Je le dis souvent mais j’adore ce genre de coïncidence, s’il s’en est bien une. Des artistes interrogées pendant l’émission, je connais moins Haruko Nagaya de Ryokuōshoku Shakai. Je ne suis pas particulièrement amateur des morceaux du groupe mais les versions en formations minimalistes qu’elle chante sur The First Take sont excellentes, notamment le morceau Sabotage. Elle a pour sûr une sacrée voix, qui donne par moment des frissons à capella. Le morceau Shout Baby est aussi très bon, mais je n’aime pas particulièrement la version originale qui perd en puissance émotionnelle.

L’autre actualité de Tokyo Jihen est la confirmation de leur participation à l’émission Kōhaku sur NHK le 31 Décembre 2021. Ce n’était pas une grande surprise vu qu’ils ont sorti un album cette année, sans compter le best album qui sortira juste avant l’émission. La surprise est la présence de BiSH cette année. Je disais l’année dernière que je m’attendais à leur présence mais ça n’a pas été le cas. Je n’ai pas écouté leur dernier album Going to Destruction à part 2 morceaux. Je pense qu’elles tiennent plutôt leur présence à Kōhaku cette année à la sur-activité et popularité soudaine d’AiNA. Espérons que le Manager de leur agence, Junnosuke Watanabe, n’ait pas des idées saugrenues à leur faire faire sur scène. C’était apparemment un rêve pour les membres du groupe de participer à Kōhaku. L’autre surprise est de voir dans la liste Millenium Parade avec Kaho Nakamura pour interpréter, je pense, le thème du film d’animation Belle (竜とそばかすの姫) de Mamoru Hosoda. Je suis aussi surpris de voir dans la liste la chanteuse et ancienne idole Hiroko Yakushimaru (薬師丸ひろ子) car ce n’est que la deuxième fois qu’elle participe à l’émission Kōhaku. Va t’elle interpréter le morceau titre du film Sērā-fuku to kikanjū (セーラー服と機関銃, Sailor suit and machine gun) dans lequel elle jouait le rôle principal. J’ai déjà évoqué plusieurs fois ce morceau et ce film sur ce blog et j’en parlerais encore une fois dans pas longtemps, car j’ai eu la surprise d’entendre Ukigumo interpréter ce même morceau lors du concert Hyakkiyakō 2015 de Sheena Ringo (don’t je n’ai pas encore parlé ici). A part ces quelques surprises, la liste des interprètes de la cuvée 2021 de Kōhaku est relativement classique avec Perfume, Aimyon, milet, Yoasobi, LiSA, les groupes de filles en 46 et les groupes de garçons de Johnny’s Entertainment. Stardust arrive à se faire une place cette année chez les hommes avec la présence de DISH//, comme quoi Johnny’s perd un peu de son monopole depuis la disparition du fondateur. Mon regret est de ne pas voir Ado ni Vaundy parmi la liste des interprètes. J’imagine que c’est volontaire pour Ado car elle ne veut toujours pas se montrer en public. Vaundy a pourtant sorti de nombreux morceaux à succès cette année. J’ai quand même l’impression que la NHK a toujours un train de retard. Vaundy sera peut-être présent l’année prochaine.

En parlant de Vaundy, il vient justement de sortir un nouveau morceau intitulé Odoriko (踊り子) et c’est à mon avis le meilleur qu’il ait écrit jusqu’à maintenant. Le morceau mélange un rythme rapide et la façon un peu nonchalante de chanter assez typique de Vaundy. Le morceau est super accrocheur. Vaundy a décidément beaucoup de talent, et je ne peux m’empêcher de parler de lui dans mes billets. Il était invité à l’émission radio Hot 100 de J-Wave dimanche dernier et j’ai découvert le morceau pour la première fois à ce moment-là. Pendant l’interview, Vaundy nous disait qu’il avait écrit ce morceau depuis longtemps mais qu’il attendait le bon moment pour le sortir. Le titre du morceau Odoriko (la danseuse) n’a apparemment pas de lien avec le roman de Yasunari Kawabata, Izu no Odoriko (伊豆の踊子) publié en 1926. La danseuse dans la vidéo est l’actrice Komatsu Nana (小松 菜奈). Je ne pense pas que ça soit fait exprès mais le timing de sortie du morceau est excellent car Komatsu Nana vient juste cette semaine d’annoncer son mariage, forcément médiatisé, avec l’acteur et chanteur Suda Masaki (菅田 将暉). Il y a un morceau de Suda Masaki que j’aime beaucoup, Sayonari Elegy (さよならエレジー) sorti en 2018. Et pour rester dans les liens entre les choses, rappelons nous que AiNA The End avait nommé son morceau Nana sur son premier album d’après Komatsu Nana, et qu’elle avait même voulu citer son nom dans son morceau, ce qui lui a finalement été déconseillé.

INIAD HUB-1 et WELLB HUB-2

Il y a plusieurs semaines, je découvrais par hasard des immeubles étranges près de la station d’Akabane dans l’arrondissement de Itabashi. Il s’agit de deux bâtiments du campus de Akabanedai de l’Université Toyo, nommés INIAD HUB-1 et WELLB HUB-2, tous les deux conçus par Kengo Kuma. Leurs compositions inhabituelles interpellent bien qu’elles ne soient pas particulièrement élégantes. Seules les petites plaques de couleur bois disposées sur le premier bâtiment INIAD HUB-1 (sur les photos 1, 3 et 4) construit en 2017 nous font penser au style de Kengo Kuma. Le nom de ce département de l’école signifie Information Networking for Innovation and Design, et est dédié à l’informatique ubiquitaire (ubiquitous computing), celle que l’on trouve embarquée dans les petits appareils recevant des données par internet (l’IoT ou Internet of Things) comme les smartphones. L’agencement de la façade d’apparence désordonnée veut représenter le sentiment de liberté que l’on trouve de l’architecture ouverte de l’internet des objets. Les plaques disposées aléatoirement ne sont pas faites de bois mais d’aluminium recouvert d’une impression de motif bois. Ces plaques servent à contrôler la lumière du soleil et à cacher les ventilations. L’autre immeuble en escalier inversé est plus récent et date de 2021. Il constitue la deuxième phase du projet de Kengo Kuma pour ce campus de l’Université Toyo.

新宿から中目黒へ

Les photographies de ce billet mélangent Shinjuku et Naka Meguro. On reconnaît Shinjuku sur les trois premières photographies. Sur la première photo, j’aime prendre la sortie Sud de la gare de Shinjuku pour l’affiche publicitaire géante du Department Store Lumine et ses messages parfois mystérieux. Cette fois-ci, on y voit la jeune actrice de 19 ans originaire de Fukuoka, Hinako Kikuchi, accompagnée du message: « 泣いたのは、わたし。泣き止んだのも、わたし。 » qui veut dire « C’est moi qui ai pleuré. C’est moi qui ai arrêté de pleurer ». Je ne connais pas la raison exacte de l’utilisation de ces phrases dans ce message publicitaire mais le caractère émotionnel me rappelle le mot Emoi (エモい) beaucoup utilisé par la jeunesse japonaise ces derniers temps. En fait, cette photographie et la vidéo qui l’accompagne entendent représenter la force de vaincre ses propres faiblesses et ses peurs à travers des gestes simples de la vie quotidienne, comme par exemple manger des ramens. Autrement dit, l’image est d’encourager à prendre conscience de sa propre personnalité à travers des choses simples, sans exagération. Il s’agit apparemment du message publicitaire de Lumine à travers cette campagne Hiver 2021. La photographie suivante est prise devant le magasin d’électronique Yodobashi Camera au niveau de la sortie Est de la station de Shinjuku. Les panneaux lumineux d’une autre époque sont populaires auprès des photographes sur Instagram qui répètent d’ailleurs à peu près tous la même photo, surtout après la pluie quand les lumières des panneaux lumineux se reflètent dans les flaques d’eau. Il y a un autre spot connu des photographes sur Instagram pas très loin, une entrée de métro qu’il faut prendre de nuit pour que les lumières se détachent bien du reste. je suis passé volontairement devant cette devanture du Yodobashi Camera car j’avais oublié à quoi elle ressemblait et je me suis demandé si les photos que j’avais vu sur Instagram n’exagéraient pas un peu l’aspect dramatique du lieu. En y regardant de plus près, c’est vrai que cette devanture est très photogénique. Sur la troisième photographie du billet, je reviens encore une fois volontairement vers l’Oeil de Shinjuku (新宿の目) de Yoshiko Miyashita. Je ne suis pas sûr d’être passé le voir depuis son apparition dans la vidéo de Niwatori to Hebi to Buta (鶏と蛇と豚 – Gate of Living) de Sheena Ringo. Dans la vidéo, cet oeil agissait comme une sorte de passage emprunté par le personnage ailé de Sheena Ringo. Enfin, c’est l’impression qu’on pouvait avoir avec une bonne dose d’imagination. Il y a en tout cas un caractère très énigmatique à cet art de rue et on lui imaginerait facilement des vertus magiques. Les quatre photographies suivent sont prises depuis la station de Naka-Meguro en remontant la pente en direction de Kami-Meguro. Des petites choses attirent parfois mon regard comme cette multitude de petites figurines de Peko chan accrochées derrière la vitre d’une maison, mais je recherche toujours l’architecture. Celle en béton brut aux ouvertures de tailles aléatoires sur la dernière photographie m’attire beaucoup, notamment dans la manière où la plante grimpante parvient à y trouver matière pour y vivre. L’association entre le béton brut et la nature envahissante prend parfois des airs poétiques.

Je pense que je vais bientôt supprimer, ou du moins enlever de mes liens, la page Tumblr Daydream Number 5 que j’avais créé avec des liens vers des vidéos YouTube, tout simplement parce que je ne l’ai pas mis à jour depuis très longtemps. Je préfère maintenant créer une playlist publique directement sur YouTube avec une sélection de morceaux que j’aime. Cette playlist YouTube sobrement intitulée pour l’instant « made in tokyo playlist » est loin d’être exhaustive. Elle comprend quelques morceaux que j’aime beaucoup de divers artistes ou groupes. J’essaie de ne pas mettre trop de morceaux du même groupe ou artiste et j’essaie également dans la mesure du possible de ne mettre que des vidéos provenant de comptes officiels. Il doit également y avoir une vidéo plutôt qu’une image fixe accompagnant la musique. Parmi la soixantaine de morceaux de cette playlist, il y en a trois dont je n’ai pas encore parlé ici. Il y a un nouveau morceau de Vaundy intitulé Naki Jizō (泣き地蔵) à l’approche très pop-rock qui ressemblerait presque à du [Alexandros] à un moment particulier. Le morceau est court mais très dense et accrocheur. Je parle régulièrement de Vaundy ici car il me redonne envie d’écouter de la pop. L’image ci-dessus est tirée de la vidéo. J’écoute également le très beau morceau de Kiki Vivi Lily intitulé New Day. Je l’ai découvert à la radio dans l’émission du dimanche après-midi de J-Wave en conduisant. La partition musicale est très belle, très accentuée en basse. C’est un morceau qui pousse à la tranquillité ce qui m’avait bien convenu lorsque je l’ai entendu pour la première fois ce dimanche là. Cette émission de radio me faisait également découvrir un morceau plus rock aux allures indé de Kūhaku Gokko (空白ごっこ) intitulé Playbutton. Les guitares du début et la voix de la chanteuse me rappellent tout de suite le style mélancolique de Kinoko Teikoku (きのこ帝国) à leurs débuts. Le morceau n’est pas aussi puissant émotionnellement que ce que peut jouer Kinoko Teikoku, mais il est tout de même très beau. Dans ma playlist YouTube, je mets d’ailleurs volontiers le morceau Umi to Hanataba (海と花束) de Kinoko Teikoku qui est vraiment très beau. Construire cette playlist me rappelle vers certains EPs ou albums que j’avais évoqué sur ce blog il y à longtemps mais que je n’avais pas écouté depuis de nombreux mois ou années: c’est le cas du sublime morceau Luminous de MINAKEKKE ou le morceau que je préfère de Seiko Ōmori, Tokyo Black Hole. Je me remets d’ailleurs à beaucoup écouter cet album Tokyo Black Hole de Seiko Ōmori (大森靖子) lors de mes promenades urbaines. Je suis surpris moi-même d’avoir envie de réécouter encore et encore cet album mais je le redécouvre maintenant. Le morceau Tokyo Black Hole m’avait d’ailleurs inspirer le titre d’un billet récent Tokiga Kita Ima (時が来た今).

en traversant le pont Shōhei jusqu’à la ville électrique

Après être passé devant le M-Building dans le quartier d’Awajichō à Kanda, je continue ma marche en rejoignant l’avenue Sotobori qui me fait traverser un vieux pont appelé Shōheibashi au dessus de la rivière Kanda. La vue depuis ce pont, sur la première photographie du billet, est intéressante car on y voit la ligne de train Sōbu traverser la rivière Kanda sur un pont métallique pour rejoindre la ligne Chūō avant d’entrer dans la gare d’Ochanomizu. La vue en amont depuis la pont Hijiribashi près de la gare d’Ochanomizu, que l’on voit au fond sur la photo, est un point de vue très classique car on peut voir l’activité de la station d’Ochanomizu ouverte sur l’extérieur, la ligne de métro Marunouchi sortant d’un tunnel et les deux lignes Sōbu et Chūō. Je suis ensuite des yeux la ligne surélevée Sōbu qui m’amène jusqu’à la station d’Akihabara.

Je ne suis pas venu à Akihabara depuis plus de cinq ans, mais je n’ai pas l’impression que le paysage a beaucoup changé. Une différence quand même, il semble y avoir beaucoup plus de « maid café » qu’avant. Nombreuses étaient les jeunes filles habillées en serveuses de café se tenant debout au bord de la rue en faisant des signes de la main de manière automatique. Elles sont toutes placées à une égale distance les unes des autres et semblent sourire sous le masque même si je suis certain qu’elles doivent compter les heures. Pour alterner, je vois également une pancarte pour une Neko café. Le chat sur la pancarte a une bonne tête mais a bizarrement les yeux de deux couleurs différentes. Je bifurque ensuite jusqu’à la gare pour la traverser, en constatant qu’elle est toujours surnommée « Akihabara: The Electric Town ». A la toute fin des années 1990 et tout début des années 2000, je venais très souvent à Akihabara. J’y ai acheté mon ordinateur portable de l’époque sur lequel j’ai construit les premières pages de ce blog. C’était un ordinateur de la marque Gateway qui m’a bien servi pendant de longues années avant que je me tourne vers le monde Apple.

J’allais également souvent à Akihabara pour acheter des jeux vidéos sur la Sega Dreamcast et plus tard sur la Sony PlayStation 2. Je regrette maintenant de m’être débarrassé de la Dreamcast, de nombreuses années après son achat. Je l’avais pourtant attendu avec impatience et les jeux que j’avais dessus étaient excellents (je me souviens surtout de Soulcalibur, Shen Mue et Sega Rally). Je me souviens également de la publicité télévisée de l’époque mettant en scène le véritable directeur de Sega, Hidekazu Yukawa, dans des scènes de la vie quotidienne. Une des scènes le montrait face à des gamins critiquant l’image de Sega (qui était censée évoluer avec la Dreamcast). J’y repense maintenant car j’ai revu ces publicités lors d’une exposition dédiée au publicitaire Yasumichi Oka qui les a imaginé, à la galerie Spiral à Aoyama. Ces publicités étaient très populaires à l’époque et la Dreamcast était difficile à trouver lors de sa sortie car il n’y en avait pas assez pour tout le monde. Je ne me souviens plus si j’avais pu l’acheter à sa sortie mais j’en doute. J’ai pratiquement complètement arrêté de jouer aux jeux vidéos quelques années plus tard.

Je ne prenais pas beaucoup de photos à cette époque là, mais je retrouve celle ci-dessus à Akihabara datant d’Avril 1999. Je me souviens même de l’affiche publicitaire que l’on ne voit qu’à moitié sur la droite. Il s’agissait d’une publicité pour les ordinateurs NEC ValueStar et LaVie NX avec l’actrice Miho Nakayama. Je m’en souviens car fut une époque où j’avais (pour je ne sais quelle raison) une photo de cette actrice tirée d’une publicité de la marque de café UCC en fond écran sur mon portable Dell. Je ne retrouve malheureusement plus cette photo sur Internet. Je me souviens juste qu’elle portait une tasse de café à la main. Je pense que cette idée de se poser pendant quelques minutes pour prendre un café me plaisait bien. Cela reste encore maintenant un moment privilégié.

Du quartier d’Akihabara, j’ai encore maintenant l’image de la fatigue qui résultait des visites des magasins d’électronique, tous similaires avec leurs musiques entêtantes. Ça m’a en quelque sorte traumatisé et je n’ai maintenant aucune envie de rentrer à l’intérieur de ces magasins. Les quelques fois où j’y suis entré étaient pour accompagner des amis ou la famille de passage à Tokyo. Je traverse donc Akihabara tout en restant à l’extérieur des magasins en prenant en photo les devantures qui sont depuis de nombreuses années plutôt tournées vers l’univers du manga. Le bruit visuel urbain n’a pas beaucoup changé avec les années et c’est ce que j’étais venu voir cette fois-ci. Retourner dans le quartier de Kanda me replonge ensuite dans un calme qui serait presque reposant.