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Il y a quelques semaines de cela, la rubrique culture du Japan Times publiait un article avec une liste des dix meilleurs albums japonais. Cet article venait répondre à une liste des 500 meilleurs albums de tous les temps publiée par le magazine Rolling Stone, qui manquait apparemment d’albums en langue non-anglophone (j’y ai quand même vu Manu Chao). L’auteur de l’article entendait donc pallier à ce manque en proposant une liste assez discutable de dix albums qui auraient dû se trouver dans la liste du Rolling Stone. Je dis ‘discutable’ car tout un chacun peut créer une liste des meilleurs albums de tous les temps, mais ça sera toujours à travers le prisme de ses propres connaissances et de ses goûts personnels, ne pouvant à priori pas être exhaustifs à moins d’avoir une culture musicale d’exception. A mon avis, ce genre de listes doit plutôt être écrite à plusieurs mains par des personnes de sensibilités musicales différentes pour présenter un intérêt tangible. Dans cette liste, on peut comprendre l’inclusion de Solid State Survivor du Yellow Magic Orchestra (YMO) pour leur rôle de pionnier sur la scène électronique japonaise ou la présence de X JAPAN, comme groupe légendaire du rock japonais, car ces groupes ont une importance certaine dans le paysage musical japonais, mais un certain nombre de choix sont plutôt mystérieux pour moi, dans le sens où la raison de leur sélection n’est pas très clairement exprimée. Plusieurs choix d’albums sont par exemple liés à l’apparition de certains morceaux dans des films d’animation japonais, et je me demande donc s’il s’agit de l’attrait envers l’anime qui a suscité ce choix plutôt que l’intérêt intrinsèque de la musique du groupe. Et si l’on mentionne de la musique japonaise associée à un film d’animation, c’est à mon avis difficile de ne pas évoquer Geinō Yamashirogumi pour Symphonic Suite Akira. L’auteur ayant passé du temps à Kobe, un groupe rock de Kobe est donc cité dans la liste. Ces quelques points me font donc plutôt penser à une liste personnelle qu’on trouverait sur un blog, ce qui en soit est tout à fait respectable. J’ai par contre un peu de mal à comprendre son inclusion dans un article du Japan Times, qui laisse penser que le journal valide à travers cet article ce qui est le meilleur de la musique japonaise. Un des critères de cette sélection se base sur le fait que ces artistes ou groupes, comme Ayumi Hamasaki ou Perfume, soient connus à l’étranger, mais j’ai du mal à concevoir ce critère comme un label de qualité, plutôt comme une preuve que cette musique est d’accessibilité immédiate. Il n’empêche que j’aime certains groupes mentionnés comme Asian Kung-Fu Generation, notamment cet album Sol-Fa de 2004, Boom Boom Satellites bien que je ne possède qu’un seul album qui n’est pas celui mentionné. Quand à X JAPAN, je n’apprécie vraiment que leur album Art of Life composé d’un seul morceau d’environ 30 minutes, mais que je trouve exceptionnel. C’est également l’oeuvre obsessionnelle de Yoshiki.

Je suis en train de me ‘plaindre’ pour une liste, mais d’une manière générale, j’aime beaucoup les consulter, d’un œil critique, car elles me permettent de construire ma propre culture musicale japonaise. L’article du Japan Times a eu le mérite de me donner envie de consulter d’autres listes similaires, notamment une liste des trente meilleurs albums japonais sur le site Beehype. Je trouve ici un peu plus d’accroche, que dans la liste précédente. J’y retrouve un certain nombre d’albums que j’apprécie: School Girl Distortional Addict de Number Girl, Meshi Kuuna! de INU, Shoso Strip de Sheena Ringo, Deep River de Utada Hikaru, Kūdō desu (Hollow Me) de Yura Yura Teikoku. On n’évitera pas Kazemachi Roman de Happy End en première place et je me demande à chaque fois si c’est simplement dû au fait que le morceau le plus connu de cet album Kaze wo Atsumete soit présent dans le film Lost in translation (c’est d’ailleurs le seul morceau japonais de la bande originale du film), qui fait que cet album apparaisse souvent dans le haut des tops anglophones. De ce top 30, je me dis qu’il faut que j’essaie d’écouter la musique noise de Hijōkaidan, mais je vais plutôt me diriger vers Fushitusha (不失者) qui est aussi souvent cité dans les top similaires au rayon noise. Le groupe Fishmans est aussi souvent cité soit pour Kuuchuu Camp (空中キャンプ) ou pour le long morceau en cinq parties Long Season. J’écoute les deux et j’aime cette ambiance, mais c’est le concept du morceau unique de 35 minutes sur Long Season qui me plait le plus. On y trouve même une intervention de UA sur la dernière partie du morceau (ce qui me fait penser qu’il faut que je réécoute Ajico un de ces jours).

Mais la surprise pour moi dans cette liste là est l’album Dreams du Otomo Yoshihide’s New Jazz Ensemble. Je n’avais aucune idée que Jun Togawa intervenait, avec Phew, sur cet album et je ne connaissais pas particulièrement le musicien influencé par le mouvement du Free Jazz, Yoshihide Otomo. A la première écoute, je n’ai pas beaucoup aimé. Jun Togawa, à cette époque, a déjà perdu une partie de sa voix exceptionnelle, et la manière rugueuse de chanter de Phew m’a d’abord rebuté. Sur Dreams, Phew réinterprète le morceau Teinen Pushiganga de Jun Togawa sur son premier album Tamahime Sama (chef d’oeuvre qu’on devrait voir plus souvent dans une de ces listes), mais elle n’a pas la voix de Togawa. Je trouve donc la version de cet album Dreams bien en deçà de ce que je connaissais en version originale. Mais j’écoute quand même tout l’album jusqu’au dernier morceau intitulé Hahen Fukei, et je reçois comme une claque finale. C’est un morceau extrêmement étrange et difficile où Jun Togawa et Phew scandent des morceaux de phrases sur une bande musicale complètement folle menée par un saxophone. C’est un espèce de tourbillon musical qui ressemble à un accident de voiture. Je pense aussi à Lost Highway de David Lynch, en écoutant ce morceau. Quand le morceau se termine et que le silence reprend soudainement le dessus, je me demande ce qui vient de se passer. Ce dernier morceau me donne une nouvelle perspective à l’ensemble et je décide de le réécouter en entier une nouvelle fois. L’interprétation de Jun Togawa sur le premier morceau Preach se révèle pleine de fragilité. Le deuxième morceau Yume démarrant sur le son du saxophone s’avère être un des plus beaux morceaux de l’album. Le contraste entre les voix et la partition musicale prend du sens. On reste dans un style avant-garde qui ne conviendra certainement pas à toutes les oreilles, l’album n’ayant rien d’immédiat. Toujours est-il que je suis soudainement saisi par la beauté de certains morceaux, notamment quand le saxophone commence un solo sur le morceau Toi Hibiki ou quand le long morceau Eureka fait soudainement une pause pour nous laisser écouter le son de l’océan.

En décembre 2019, Tokyo Weekender donnait aussi un top 10 couvrant la décennie 2010, plus récent donc. On y trouve par exemple Seiko Omori, dont j’avais beaucoup aimé son album Tokyo Black Hole, mais que je n’ai pas approfondi car j’ai développé ensuite une sorte de répulsion pour ce style. Je n’aime pas beaucoup sa voix et on y trouve une sorte d’hystérie qui me fatigue un peu. Le groupe rock Tricot peut sembler intéressant mais le math rock a une technicité qui enlève pour moi une partie de l’émotion musicale. L’album Fetch de Melt-Banana revient aussi souvent dans ce genre de liste, mais la voix très haut perchée de la chanteuse Yasuko Onuki dépasse mon niveau de tolérance (qui est pourtant relativement élevé). Il y a Ichiko Aoba qu’il faudrait que j’écoute plus attentivement un de ces jours. La liste des vingt meilleurs albums de tous les temps dressée par le site anglais Overblown contient aussi un certain nombre d’albums que j’apprécie, et reste relativement classique dans le sens où Kazemachi Roman de Happy End se trouve encore en première place. Il y a bien aussi Long Season de Fishmans, Solid State Survivors du YMO. Il y a un album de Boris, mais pas Pink bizarrement, Highvision de Supercar, KSK de Sheena Ringo, un peu de City Pop avec Sunshower de Taeko Ohnuki. Je n’ai pas beaucoup d’attirance pour le style City Pop, qui connaît une sorte de revival en ce moment, à part quelques morceaux spécifiques de temps en temps, et encore moins pour le style Shibuya-Kei. J’ai tenté l’écoute de Fantasma de Cornelius, que je vois assez souvent systématiquement cité comme un album exceptionnel, mais après plusieurs écoutes cette musique ne me procure absolument aucune émotion. Je n’aime en général pas trop parler de la musique que je n’apprécie pas donc cet article sera une sorte d’exception.

Et pour le titre du billet, je me permets d’utiliser un texte mystérieux car j’écoute SIGN d’Autechre en boucle en ce moment.

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On peut légitimement se poser la question de l’intérêt de montrer autant de murs sur un même billet, mais il faut quand même dire qu’ils sont tous, de mon point de vue, assez intéressants, que ça soit pour leurs formes, leurs textures ou les graphismes de rues qui viennent les décorer. La première photographie est prise sur une des hauteurs de Shibuya à proximité de la tour Cerulean. Le bâtiment de bureau a des apparences des plus classiques, mais des détails comme ce mur de passerelle suspendue avec des ouvertures rondes lui donne un aspect futuriste que je remarque en passant. Ces formes froides viennent contraster avec le graffiti de personnage jaune au sourire grimaçant posé sur un muret de parking. En le voyant rire de cette façon, on se demande si c’est une bonne idée de se garer à cet endroit là, sous peine de représailles. Tout ceci n’est qu’imaginaire mais mon imagination n’a pas de limite en terme d’interprétation du langage urbain. Le mur suivant est celui d’une forteresse de béton. Lorsque je passe dans cette rue, je le prends immédiatement en photo car je remarque la qualité des détours des ouvertures, composés de formes en escalier. La brutalité de ce béton omniprésent vient s’adoucir par ce genre de détails que j’aime beaucoup découvrir, et par la présence de végétation au vert dense. J’ai pensé pendant un instant qu’il pouvait s’agir d’une maison dessinée par Tadao Ando, mais en fait non, cette demeure de béton serait l’œuvre de l’architecte Tetsuro Kurokawa, que l’on connaît pour le petit Koban futuriste installé au milieu du parc d’Ueno. Cette grande maison à Nanpeidai a en fait d’illustres propriétaires. Sur un renfoncement de mur qui doit donner accès à une porte d’entrée, on peut lire en lettres d’or les noms de Yuya Uchida et Keiko Uchida, autrement appelée Kirin Kiki, actrice magnifique qu’on a pu voir dans beaucoup de films japonais, notamment ceux de Hirokazu Kore-Eda. Elle nous a quitté en Septembre 2018 suite à un cancer. Je ne sais pas si son mari, le musicien Yuya Uchida, vit dans cette maison car ils étaient séparés depuis 1975, tout en restant mariés. Un peu plus haut sur cette rue en direction de Daikanyama, on trouve un étrange petit bâtiment de verre, en apparence rempli de blocs de bois. Je ne connais pas l’architecte mais je le découvrirais bien un jour ou l’autre. La dernière photographie est prise à Shibuya près de Maruyamachō et montre la façade du Club Asia. Je n’avais pas emprunté cette rue depuis des années et je suis surpris de voir que ce club est toujours là inchangé. J’ai en fait des très vagues souvenirs d’y être allé quelques fois quand j’avais la vingtaine insouciante. Mais ces souvenirs disparaissent et j’aurais dû les écrire sur papier à cette époque où les blogs n’existaient pas encore.

J’écoute beaucoup le dernier album d’Autechre ces derniers jours. Cet album intitulé SIGN est un tournant, un changement de direction vers une musique électronique plus abordable, tout en restant résolument expérimentale. L’album ne dure qu’une heure, ce qui est une petite révolution pour le groupe. Pour préciser, il ne s’agit pas d’un seul morceau d’une heure, mais de 11 morceaux durant tous moins de 10 minutes, ce qui peut paraitre incroyable. Après Exai qui durait 2h, elseq qui durait 4h et NTS Sessions qui durait 8h, je m’attendais à un prochain album monstrueux de 16h. Heureusement, non. J’ai tous les albums d’Autechre sauf NTS Sessions car je ne me suis jamais senti d’attaque pour 8h de musique qui me retournerait le cerveau. Ma compréhension est qu’Autechre voulait s’affranchir des normes imposés par le format d’un album, mais ils semblent être revenu sur cette direction avec SIGN. C’est beaucoup plus facile de se lancer dans l’écoute de ce dernier album. Il a également la particularité de contenir des mélodies qui sont presque évidentes, un peu comme sur Amber. Bien sûr, on parle d’Autechre, donc toutes les mélodies sont bancales et partent vers des sons inattendus (et superbes, ça va de soi). On reconnait également tout de suite le style Autechre, donc le dépaysement n’est pas total, quoique le morceau central Metaz form8 m’a quand même surpris par son style ambiant pur. L’équilibre se dérègle tout de même au fur et à mesure qu’on avance dans le morceau. On se rend compte que certaines pièces de l’univers musical ont du jeu et se désynchronisent petit à petit. Le quatrième morceau esc desc se compose d’une mélodie troublante, à l’équilibre instable rendant cette musique comme organique. Sur les derniers albums d’Autechre, on en était venu à se demander s’ils n’avaient pas terminé leur transmutation cybernétique, tant les sons qu’ils développaient s’éloignaient de toute réalité humaine. Sur SIGN, on a le sentiment qu’Autechre essaie de recréer un lien avec l’espèce humaine. Ceci ne nous empêche tout de même pas d’avoir tendance à oublier notre propre réalité physique lorsqu’on écoute attentivement cette musique. Je me demande comment les fans les plus intransigeants du groupe apprécient ce dernier album. Autechre a toujours eu des décennies d’avance sur tous les autres artistes électroniques (à part peut être Aphex Twin, mais c’est un point de vue personnel). Avec SIGN, on peut avoir l’impression qu’ils baissent un peu la garde, au risque de devenir comparable à d’autres artistes électroniques. Pour ma part, j’aime énormément ce reboot, qui je pense est représenté sur la pochette comme une boucle. Je crois comprendre qu’ils n’utilisent plus Max/MSP sur cet album mais plutôt une version modifiée par leur soin d’Ableton, et sortent donc d’une certaine manière de leur zone de confort. Je pense même que SIGN peut devenir une bonne porte d’entrée dans l’univers d’Autechre. Plus je l’écoute, plus il me marque. Il s’avère même être un excellent compagnon pour des promenades nocturnes dans l’occupation urbaine, que l’on effleure seulement en marchant car l’esprit est occupé à défricher ces notes volontairement dissonantes.

人間は意外と強い

Cette affiche géante se trouvant sur la place de Hachiko devant la gare de Shibuya et proclamant en très grande écriture que « les humains ne sont pas faibles”, provient apparemment d’un manga appelé Yakusoku no Neverland (約束のネバーランド, The Promised Neverland) écrit par Kaiu Shirai (白井 カイウ) et dessiné par Posuka Demizu (出水 ぽすか) dans le magazine Weekly Shōnen Jump de Shūeisha. A vrai dire, je ne connais pas du tout ce manga et j’en ai même jamais entendu parler, mais j’aime beaucoup l’idée d’interpeller les passants par des écritures démesurées. Lors de cette marche dans Shibuya, de retour de Shinsen un peu plus haut, je traverse le quartier des Love Hotels à Maruyamachō et je concentre mon objectif photo sur les grandes affiches, notamment celle d’un cinéma appelé Kinohaus, ainsi que sur les petites affichettes collées en abondance sur certains murs de vieilles bâtisses. Devant le complexe Bunkamura, j’aperçois le bâtiment aux vitrages à l’oblique que j’avais utilisé pour une de mes premières compositions urbano-végétales, il y a plus de dix ans. J’y repense avec une certaine nostalgie à chaque fois que je passe devant ce bâtiment. Comme indiqué sur la façade, on trouve dans ce bâtiment une galerie d’art tenue par Atsuko Barouh, la compagne de l’auteur-compositeur-interprète Pierre Barouh. Je savais que Pierre Barouh avait des liens avec le Japon, mais je ne savais pas par contre qu’il avait passé son enfance en Vendée et que certains lieux aux Herbiers et aux Sables d’Olonne portent son nom. Sheena Ringo avait écrit et interprété un morceau intitulé 13 jours au Japon (~2O2O日本の夏~), inclus dans la compilation 50 ans de Saravah, la maison de production de Pierre Barouh. Cette compilation était sorti en Septembre 2016, quelques mois avant la mort de Pierre Barouh en Décembre de la même année. Le morceau 13 jours au Japon que Sheena Ringo chante en français et en japonais nous parle déjà des futurs Jeux Olympiques de Tokyo et est en fait une reprise du morceau Treize jours en France de Francis Lai pour un documentaire du même nom de Claude Lelouch sur les Jeux Olympiques de Grenoble en 1968. La musique du documentaire est sorti aux éditions Saravah et Pierre Barouh y écrit et interprète un morceau. Le documentaire est traduit en japonais en Shiroi Koibitotachi (白い恋人たち – Les amoureux blancs). Je me suis toujours demandé et me demande toujours pourquoi Sheena Ringo a été amené à interpréter un morceau sur cette compilation. Elle doit certainement être amatrice des compositions de Pierre Barouh. La chanson Un homme et une femme du film de Lelouch, sur une musique de Francis Lai et des paroles de Pierre Barouh, est d’ailleurs utilisée pendant les interviews en interlude du concert de Tokyo Jihen Domestic! Virgin Line de 2006. L’utilisation de ce morceau m’avait étonné mais je vois maintenant quelques liens se dressés. Toujours est il que Sheena Ringo utilise souvent des mots français et c’est notamment le cas du concert qui va suivre.

Je continue donc tranquillement ma revue des concerts de Sheena Ringo et de Tokyo Jihen. J’ai trouvé le Blu-Ray du concert Bon Voyage de Tokyo Jihen sorti le 13 Juin 2012 chez le disquaire Disk Union de Shibuya. Il s’agit d’une captation du dernier concert de la tournée Domestique Bon Voyage qui se déroulait du 14 au 29 Février 2012 en six dates à Yokohama, Osaka et Tokyo. Le dernier concert de la tournée, le 29 Février, se déroulait au Nippon Budokan de Tokyo et était en effet le dernier concert de Tokyo Jihen car le groupe avait annoncé leur séparation un peu plus tôt en Janvier. On sait maintenant que ce n’était en fait pas le dernier, le groupe s’étant reformé le 1er Janvier 2020 et ayant démarré la tournée News Flash à partir du 29 Février 2020, soit 8 ans très exactement après leur dernier concert et pendant une même année bissextile. Comme Bon voyage est une tournée d’adieu, le concert au Budokan ne manque pas de grandiose, surtout si on le compare à celui de News Flash au NHK Hall, qui était beaucoup plus sobre dans sa présentation. Nippon Budokan est d’abord environ 4 fois plus grand que le NHK Hall de 3800 places ou 3 fois plus grand que le Tokyo Forum de 5000 places, et c’est un lieu qui a un certain prestige. Il date de 1964, construit initialement pour les compétitions de judo des Jeux Olympiques de Tokyo. Les caméras pendant le concert ne manquent pas de montrer l’intérieur arrondi du Budokan dans toute sa grandeur, surtout pendant le deuxième morceau Atarashii bunmeikaika où l’espace est très éclairé et envahi de confettis. Les tenues du groupe pour les premiers morceaux sont flamboyantes, très colorées. Le chapeau fait de formes de fleurs que porte Sheena Ringo est rempli de couleurs et c’est une des plus belles tenues de scène que j’ai pu voir pour l’instant. Neko Saito et son orchestre d’une quarantaine de personnes est également présent à l’arrière de la scène derrière le groupe, mais n’intervient pas sur tous les morceaux.

OSCA est le quatrième morceau interprété et fonctionne toujours très bien dans les concerts que j’ai vu. Une des particularités de cette version est le solo de basse de Seiji Kameda juste avant la reprise sur la deuxième partie rapide du morceau. Les quatre danseuses du groupe Idevian Crew qui apparaissaient dans la vidéo du morceau sont également sur scène et courent dans tous les sens pendant que Sheena chante et crie au mégaphone. Au passage, OSCA est, je pense, le premier morceau écrit par Ukigumo pour Tokyo Jihen et la vidéo est la première dirigée par Yuichi Kodama, le futur mari de Sheena Ringo. OSCA enchaine directement sur FOUL, exactement comme sur le concert News Flash. L’énergie des deux morceaux fonctionne bien dans la continuité. FOUL se termine sur un “Thank you” furtif de Sheena à la foule. Season sayonara continue le set avec Neko Saito au violon. Ce qui m’impressionne toujours dans ces concerts, c’est que le groupe introduit beaucoup de variations dans leurs interprétations et que ces interprétations sont toujours impeccables au point où je les trouve même meilleures que sur les albums. Tokyo Jihen serait il meilleur Live qu’en studio?

Sur une interprétation instrumentale du morceau Carnation par l’orchestre, les membres du groupe sont présentés les uns après les autres sur les écrans géants montrant des photos des différentes périodes de chaque album. Pendant cette présentation, le groupe se change pour une tenue de type music hall qui surprend au premier abord par son côté un peu kitch. Ce n’est pas la partie que je préfère du concert surtout que le morceau Kaisei ni Sukū Otoko n’est pas non plus inoubliable. Par contre, ce qui suit est extrêmement interessant. Sheena remplace Ichiyō Izawa au piano et c’est Izawa qui passe sur le devant de la scène pour interpréter son morceau de Color Bars, Kai Horror Dust, en tenue noire et violette dans un style Visual kei avec chaussures à talons hauts. Puis la surprise continue quand l’écran se noircit et laisse maintenant apparaitre Toshiki Hata au milieu de la scène pour l’interprétation à son tour de son morceau pour Color Bars, Honto no Tokoro. Son interprétation de ce morceau des plus étranges est habitée. Il y met tout son coeur et sa puissance vocale. Sheena passe à la batterie et on voit qu’elle regarde Hata assez fixement, peut être avec un peu d’appréhension sur la manière dont il va interpréter le morceau. Le meilleur morceau de Color Bars, sa_i_ta, écrit par Ukigumo suit ensuite, interprété à deux voix. Les petits drapeaux sont de sortie à ce moment là et Sheena bat la mesure en rythme. Comme elle se met à chanter de coté pendant un moment sur ce morceau, je pense d’abord qu’il s’agit là des prémices de cette posture que l’on verra prédominante plus tard dans les concerts et interprétations télévisées de Sheena ou du groupe. Mais en fait non, elle est relativement mobile pendant ce concert. Je me demande à quoi est dû cette posture statique récente.

Dans les morceaux incontournables, il y a bien sûr Shuraba et Nōdōteki Sanpunkan, mais l’interprétation de ce dernier manque un peu de pêche par rapport à la version que je connais sur News Flash. J’aime bien par contre l’interprétation de Zettai Zetsumei où elle danse mécaniquement au début sur un rythme électronique. Les quatre danseuses de la troupe Idevian Crew réapparaissent sur certains morceaux, mais je trouve que leur présence n’est en général pas indispensable. L’orchestration de Neko Saito reprend derrière et le reste du groupe s’est effacé car ils préparent l’interlude suivant, une interprétation d’une chanson pour enfant écrite par Yoshimi Satō intitulée Ice Cream no Uta. Ils sont tous les quatre habillés entièrement en rouge. C’est rigolo de les voir chanter, surtout Kameda qui perd un peu le fil à un moment, mais on pouvait s’en passer tout comme la partie instrumentale montrant une scène du jeu vidéo Ice Climber sur Famicom, sous le titre Bon Voyage. Il s’agit seulement d’une courte interlude. je n’aime pas beaucoup le morceau qui suit, Oishii Kisetsu, reprise du morceau que Sheena a écrit pour Chiaki Kuriyama et qui sortira en single beaucoup plus tard en 2017. Mais l’interprétation ici le rend un peu plus intéressant. Avec ces quelques morceaux, on comprend pourquoi un logo de glace est utilisé sur le livret accompagnant le blu-ray.

Après Onnanoko ha Daredemo, le concert continue sur des morceaux que j’aime beaucoup plus comme Omatsuri Sawagi de l’album Kyōiku ou Tengoku he Yōkoso de Discovery, beaucoup plus posé en apparence mais mélangeant l’orchestre et le guitare électrique de Ukigumo. La voix de Sheena est impressionnante, comme sur la totalité du concert d’ailleurs. L’orchestration me fait penser à une musique de film d’espionnage et alors qu’elle s’allonge, une vidéo repasse en accéléré en arrière tout le concert, comme si on rembobinait la bande. Le groupe se change pendant ce temps là pour la dernière partie qui sera plus rock en commençant par le morceau Time Capsule écrit par Kameda. Tous les morceaux de Color Bars sont donc interprétés. Le concert reprend un tournant que je préfère. Sheena prend la guitare pour la première fois sur Denpa tsūshi, qui est très bon comme toujours. Cette partie du concert est beaucoup plus rock, un peu comme sur News Flash, et c’est à mon avis bienvenu. Le petit passage qui suit où le groupe parle devant le public est vraiment sympa et amusant. Ils parlent notamment, avec un ton un peu moqueur, du nom du concert “Bon voyage” qui ressemblerait à un mot du kansai. Hata lui ne parle pas beaucoup mais prend une photo de la foule derrière sa batterie. Les morceaux assez classiques s’enchainent ensuite Senkō shōjo où le groupe s’approche du public pendant le petit solo de guitare, puis Kachiikusa où Sheena reprend la guitare pour la deuxième fois, Killer Tune avec une intervention de cuivres et Sora ga natte iru, toujours immensément cool (je repense toujours à la vidéo du morceau en entendant ce morceau) et qui semble être le dernier morceau du concert comme pour News Flash (peut être parce qu’il y a les paroles 終わらせないで – Ne terminez pas). Sheena quitte d’abord la scène mais le groupe reviendra pour le final habillé en tenue marine qui va bien avec l’image du bateau de Bon Voyage. L’orchestre est également habillé en moussaillon.

On peut voir ensuite une version de Marunouchi Sadistic, qui n’est pas la version Expo ni celle de Muzai Moratorium, mais reste d’inspiration jazz. Dans l’ensemble, le groupe est plus décontracté. Sheena vient toucher les mains de la foule pendant ce morceau. Gunjō Biyori suit ensuite et c’est à ce moment là que je remarque que Ukigumo est habillé en kilt écossais. Pendant ce morceau, j’aime bien quand Sheena regarde Hata pour accorder sa guitare à la batterie. J’avais remarqué la même chose sur News Flash. Seishun no Mabataki est l’avant dernier morceau et je l’aime beaucoup car il m’avait fait revenir vers la musique de Sheena Ringo lorsque je l’avais entendu à Kōhaku sur NHK. Le concert se termine sur le classique Tōmei Ningen. Avant cela, Izawa adresse un court message à la foule nous disant que la musique continue en nous même si le groupe s’arrête, mais que si on est en manque, on peut toujours appeler directement Sheena Ringo au téléphone. Izawa parle pour le groupe, car Sheena ne trouve apparemment pas ses mots et remercie seulement à la fin. Le concert se termine ensuite sur quelques images prises en studio ou pendant les moments de pause. Le concert aura duré plus de 2h, beaucoup plus long que News Flash, beaucoup plus extravagant dans ses bons et mauvais côtés. On a beaucoup plus l’impression d’un spectacle, avec une petite dose de divertissement et des interventions avec le public (qui n’étaient bien entendu pas possible sur News Flash). Toujours est il que, comme je le disais ci-dessus, la qualité est tellement bonne que je l’ai déjà revu plusieurs fois. J’ai en fait assez hâte de voir d’autres concerts, mais je ne garantis pas écrire autant à chaque fois.

Pour référence ultérieure, ci-dessous est la playlist des morceaux de Bon Voyage:

1. Ikiru (生きる) du 4ème album Sports (スポーツ)
2. Atarashii bunmeikaika (新しい文明開化) du 5ème album Daihakken (大発見)
3. Konya ha karasawagi (今夜はから騒ぎ) du mini-album Colors
4. OSCA du 3ème album Variety (娯楽/バラエティ)
5. FOUL du 4ème album Sports (スポーツ)
6. Season Sayonara (シーズンサヨナラ) du 4ème album Sports (スポーツ)
7. Carnation (Inst.) (カーネーション) [inst.], version instrumentale du single Carnation qui sera inclus dans l’album Hi Izuru Tokoro (日出処)
8. Kaisei ni Sukū Otoko (海底に巣くう男) du 5ème album Daihakken (大発見)
9. Kai Horror Dust (怪ホラーダスト) du mini-album Colors
10. Honto no Tokoro (ほんとのところ) du mini-album Colors
11. sa_i_ta du mini-album Colors
12. Nōdōteki Sanpunkan (能動的三分間) du 4ème album Sports (スポーツ)
13. Shuraba (修羅場) du 2ème album Adult (大人/アダルト)
14. Zettai Zetsumei (絶体絶命) du 4ème album Sports (スポーツ)
15. Ice Cream no Uta (アイスクリームの歌) est une chanson pour enfants écrite par Yoshimi Satō
16. Bonus Stage (tiré de Ice Climber) (ボーナスステージ(アイスクライマーより) [inst.] ), morceau instrumental tiré du jeu Famicom Ice Climber sorti sur NES en 1985
17. Oishii Kisetsu (おいしい季節), reprise du morceau composé par Sheena Ringo pour Chiaki Kuriyama et qui sortira en single en 2017 et sera inclu sur Gyakuyunyū: Kōkūkyoku (逆輸入 〜航空局〜)
18. Onnanoko ha Daredemo (女の子は誰でも) du 5ème album Daihakken (大発見)
19. Omatsuri Sawagi (御祭騒ぎ) du 1er album Kyōiku (教育)
20. Tengoku he Yōkoso (天国へようこそ) du 5ème album Daihakken (大発見)
21. Time Capsule (タイムカプセル) du mini-album Colors
22. Denpa tsūshin (電波通信) du 4ème album Sports (スポーツ)
23. Senkō shōjo (閃光少女) du 4ème album Sports (スポーツ)
24. Kachiikusa (勝ち戦) du 4ème album Sports (スポーツ)
25. Killer Tune (キラーチューン) du 3ème album Variety (娯楽/バラエティ)
26. Sora ga natte iru (空が鳴っている) du 5ème album Daihqakken (大発見)
27. Marunouchi Sadistic (丸ノ内サディスティック), version modifiée du morceau de Muzai Moratorium
28. Gunjō Biyori (群青日和) du 1er album Kyōiku (教育)
29. Seishun no Mabataki (青春の瞬き), reprise du morceau composé par Sheena Ringo pour Chiaki Kuriyama et qui sera inclus dans Gyakuyunyū: Kōwankyoku (逆輸入 ~港湾局~)
30. Tōmei Ningen (透明人間) du 2ème album Adult (大人/アダルト)

derrière les lampions rouges et blancs

Toujours dans notre recherche des sceaux des sanctuaires de Tokyo, nous allons cette fois-ci aux limites de la ville et de sa banlieue dans l’arrondissement de Adachi à la frontière de Saitama. Le sanctuaire que nous recherchons cette fois-ci s’appelle Hanahatake Ōtori Jinja (花畑大鷲神社). Il se trouve au bout d’une zone résidentielle qui semble sans fin, car on avance doucement dans ces petites rues, de peur de manquer le sanctuaire. On ne risque en fait pas de le manquer car sa porte et une partie de son enceinte donnant sur la rue sont entièrement couvertes de plusieurs rangées de lampions rouges et blancs marquées des noms de leurs sponsors, à priori les entreprises ou les commerces du coin même si ces derniers ont l’air assez peu nombreux aux alentours à première vue. L’intérieur de l’enceinte du sanctuaire est une très belle surprise car l’espace est vaste et boisé. Une ambiance lente et tranquille s’en dégage, comme si on était entré soudainement dans un tout autre environnement loin de Tokyo. Techniquement parlant, on est très loin du centre ville de Tokyo, mais on n’a pourtant pas quitter la ville un seul instant. Ce sanctuaire ressemble à un petit oasis de verdure au milieu de maisons toutes aussi similaires qu’ennuyeuses. Nous savons bien que l’on ne pourra pas passé la journée dans ce sanctuaire et que notre temps de visite est limité, mais je sens bien que nous nous posons la question de comment emmagasiner en nous une partie de cette ambiance pour la ramener sur le chemin du retour.

Pour les amoureux d’histoire de l’urbanisme tokyoïte, je conseille très fortement le site Japan This! qui explique l’histoire de Tokyo quartier après quartier, en commençant par une explication du nom du lieu pour ensuite aborder son histoire jusqu’à nos jours. Le dernier billet que Marky Star publie sur le quartier de Ginza est extrêmement complet, avec des petites pointes d’humour rendant la lecture intéressante. C’est rare de nos jours de trouver un blog continuant un travail aussi approfondi. Je suis aussi attentivement le compte Twitter de Irène DB depuis un bon petit moment. Elle ne couvre pas seulement l’urbanisme tokyoïte mais y revient très souvent en montrant des représentations artistiques de la ville, des images historiques ou des choses plus insolites. J’aime beaucoup son sens de la sélection, nous montrant de nombreuses choses étonnantes et que je n’avais en général jamais vu ailleurs.

couverte d’une obscurité profonde

L’extrême noirceur des photographies m’est inspirée par la musique que j’écoutais au moment où je les ai créé. En fait, j’hésitais à poster ce billet car cette vision obscure est excessive, mais comme elle correspondait à une petite phase musicale axée sur l’obscurité, je les maintiens quand même pour les débarrasser de ma mémoire. Si on regarde bien, on devine quand même les lieux et les choses même si elles sont très sombres. Peut être s’éclaircissent elles comme les peintures de Rothko. J’en doute quand même. J’écoute donc un album extrêmement obscure d’un artiste de musique ambient appelé Father (아버지). L’album s’intitule White Death (흰색 죽음). Je ne montre pas ici volontairement la pochette car la photographie, ou montage photographique, qui la compose est un peu effrayante sous certains aspects, mais également assez puissante. Bien que les titres soient tous en coréen, il s’agit à priori du projet parallèle d’un musicien vaporwave américain d’Oakland. Je ne donne pas le nom car je n’en suis pas sûr, et je ne le connaissais pas de toute façon. Comme la couverture le laisse penser, cette musique glisse dans la noirceur la plus obscure. Cet album se classe apparemment sans un micro-genre appelé deathdream (si ces noms de genre veulent bien dire quelque chose), que je découvre à travers une vidéo YouTube de Pad Chennington couvrant certains albums dans ce style. Cette musique peut `å mon avis s’apparenter au style drone. Le premier morceau intitulé Cold (감기) par exemple fait tourner une masse sonore sourde qui varie sensiblement, ponctuée par des bruits répétitifs presque mécaniques et quelques brins de paroles quasi inaudibles. L’ambiance n’a pourtant rien d’effrayant, mais elle est très pesante. Encore une fois, il faut être dans de bonnes conditions pour éviter de déprimer. Pour expliquer l’ambiance, j’imaginerais bien le deuxième morceau Lost (잃어버린) comme provenant de la bande son du film Prometheus quand les protagonistes découvrent lentement le vaisseau alien. Le troisième morceau Frost (서리) me fait penser à des esprits flottant, voguant dans une atmosphère brumeuse. Le quatrième morceau Dead leaves (죽은 잎) prend des sons plus électroniques entrant en échos et allant crescendo pour s’apaiser ensuite. Le cinquième morceau Snow Flower (눈의 꽃) est beaucoup plus chaotique et les sons irréguliers de piano donnent l’accroche difficile. Comme c’est un des morceaux les plus longs, c’est à ce moment que je décroche. En fait, j’aime écouter la première partie de l’album car cette ambiance lente et conceptuelle est belle dans sa noirceur. Le problème est qu’au bout de quatre morceaux, on a quand même envie de changer d’ambiance et je n’écoute pas la deuxième partie. Un EP des quatre premiers morceaux aurait été grandement suffisant pour ma capacité d’acceptation.