passage à Kita-ku

On connaît tellement peu l’arrondissement de Kita, au Nord de Tokyo, qu’on s’est même demandé tout au long du parcours pour nous y rendre, si nous y étions déjà allés une seule fois. On a très certainement traverser à plusieurs reprises cette préfecture sans s’en rendre compte pour aller vers Saitama ou vers le Nord du Japon. Il est vrai que je n’ai pas de souvenir très précis de lieux que nous y aurions visité. C’était donc l’occasion d’y jeter un œil rapide et forcement très incomplet, le temps d’un après-midi de Juillet entre deux jours d’averse. Nous ne manquerons pas d’aller voir la vieille propriété de style occidental Kyū-Furukawa-Tei, conçue par l’architecte anglais Josiah Conder en 1917. Josiah Conder était employé par le gouvernent japonais de l’ère Meiji comme conseiller en architecture et professeur. De Conder, nous avions déjà visité la demeure Kyū-Iwasaki-Tei à Yushima, ancienne résidence des Iwasaki, famille fondatrice du groupe Mitsubishi. L’ancienne demeure Kyū-Furukawa-Tei se trouve à Nishigahara dans l’arrondissement de Kita et fut la résidence du Baron Toranosuke Furukawa, propriétaire du conglomérat industriel Furukawa (qui comprend notamment Fujitsu). Le jardin est superbe car on a l’impression que chaque branche a une forme qui a été travaillée. En marchant dans ces allées, je pense à la demeure des Matsugae dans Neige de Printemps de Yukio Mishima que je suis en train de lire. Ce n’est pas le même endroit, mais j’imagine des similitudes. Un peu à l’écart, on trouve une maison de thé entourée d’un terrain de mousse. On ne peut pas l’approcher, mais seulement l’observer à distance à travers les branchages. Nous ne visiterons pas l’intérieur de la maison faute de temps. Avant notre visite de Kyū-Furukawa-Tei, nous sommes passés dans le petit parc appelé Nanushi no Taki, toujours à Kita-Ku. Ce jardin, que je montre sur les trois dernières photographies ci-dessus, fut créé à l’origine autour de la maison d’un riche fermier à la période Edo. Comme son nom actuel l’indique, le jardin a la particularité d’avoir des cascades. Il y en a quatre mais certaines étaient à sec. Les cascades étaient autrefois naturelles mais ce n’est plus le cas à présent car l’eau circule grâce à une pompe (qu’on ne voit pas heureusement).

from sky (သုံး)

Ce troisième et dernier épisode nous fait sauter de l’avion pour atterrir une nouvelle fois dans le centre très occupé (quoique moins que d’habitude) de Shibuya, aux pieds de la statue de métal argenté de Hajime Sorayama derrière le Department Store PARCO. Elle nous accueille bien entendu d’un rayon laser lumineux forçant le chemin dans les nuages. On ne peut être qu’happé par cette lumière qui nous accompagne doucement jusqu’au sol. On se laisse ensuite ricocher jusqu’en bas des rues de Udagawacho, que je vais d’ailleurs souvent observer. Le grand mur de graffiti à l’arrière était déjà complètement rempli de dessins, mais un autre graffeur s’est apparemment permis de laisser son empreinte abusive en y dessinant des grands papillons gris sur toute la longueur du mur. Depuis que la tour Abema TV s’est construite à proximité de cette rue, je ne laisse plus beaucoup d’années de vie à ce quartier, avant qu’il ne subisse les vagues de la standardisation urbaine. Dans le quartier, il reste un vieil immeuble noir de quelques étages avec un disquaire spécialisé dans le hip-hop au rez-de-chaussée. Je regarde toujours les façades extérieures de cet immeuble pour voir si les illustrations murales ont été modifiées. Cette fois-ci, un groupe de personnages de cartoon aux têtes de rappeurs gangsta y est représenté. La qualité graphique de l’illustration est assez décevante par rapport à ce qu’on peut parfois y voir, ce qui facilitera d’autant plus son remplacement.

Le billet de Daniel sur son blog me donne envie de ressortir de mes étagères le livre de Nicolas Bouvier, “Le vide et le plein”, sous-titré “Carnets du Japon 1964-1970”. Il se trouvait là, devant les autres livres de ma petite bibliothèque comme s’il avait compris que c’était son tour. J’ai un meilleur souvenir de l’autre livre de Nicolas Bouvier que je possède, “Chronique japonaise”, peut être parce que j’avais lu celui-ci alors que j’étais encore étudiant en France et que le Japon paraissait encore très loin. J’ai acheté “Le vide et le plein” à Tokyo, dans la librairie Kinokuniya près du Department Store Takashimaya de Shinjuku, si mes souvenirs sont exacts. Je ne le lis pas d’une traite mais par petits morceaux, ce qui fonctionne bien car il s’agit d’extraits de son journal de bord. Dès le début, on ressent une sorte d’aigreur que l’auteur communique par petites bribes au fur et à mesure de ses réflexions, mais il touche et voit toujours juste. Je pense que cette aigreur m’avait rebuté à ma première lecture il y a plusieurs années. Je ne me souviens plus si je l’avais lu en entier à l’époque, mais j’y trouve un nouvel attrait en le lisant aujourd’hui. Il y a deux parties principales dans ces carnets, la chronique de Kyoto et celle de Tokyo. Je suis plus sensible à la deuxième partie où Nicolas Bouvier vivait à Tokyo comme si elle correspondait à un Japon que je reconnais, par rapport à la première partie à Kyoto qui me semble plus lointaine. En lisant cette partie sur Tokyo, je me surprends à poser des post-it sur certains morceaux de textes pour y revenir plus tard. Au détour des petits textes nous narrant des situations particulières, il y insère parfois des piques par des formules finales bien trouvées: “Leur drapeau leur bouche le ciel”, à propos de certaines personnes à faible ouverture d’esprit. J’ai l’impression quand même qu’il nous manque parfois un peu de contexte pour bien comprendre ce qu’il nous écrit, notamment la rudesse de certaines piques, par exemple celle où il évoque les critiques photographiques ne comprenant rien à la photographie (qu’il pratique). Il faut rappeler que ce sont des carnets et que les textes sont en général très courts. Mais certains passages trouvent une grande résonance lorsque l’on pratique le Japon depuis plusieurs années. A propos des ses voyages dans le Japon, il résume: “Fatigue, exaltation, solitude, ennui, conversations toujours pareilles dans lesquelles une sorte de lassitude vous embarque”. J’ai personnellement une hantise de ces conversations avec des inconnus qui se limitent aux lieux communs, d’autant plus quand l’interlocuteur parle quelques mots de français et croit nous faire plaisir en les déroulant les uns après les autres. Je vois souvent venir ces conversations et je détourne le chemin pour les éviter, mais je me laisse parfois piéger. En y repensant maintenant, c’est peut être une des raisons pour laquelle j’aime mettre des écouteurs dans les oreilles. Mais, Bouvier voit d’autant plus juste quand il imagine, un peu plus tard dans ses carnets, une conversation qu’il aurait pu avoir dans un “bistrot de chez nous”: “On sait bien ce que c’est: personne n’écoute, et pourtant on parle. C’est un aveu d’impuissance, mais c’est aussi une litanie qui évoque et célèbre la véritable conversation qu’on voudrait tant avoir, qu’on n’a pas et qu’un jour on aura peut être. En attendant, on se chauffe.” Les interlocuteurs de cette véritable conversation sont rares ici, mais même s’ils sont potentiellement plus nombreux ‘au pays’, c’est la véritable conversation elle-même qui reste rare. Certains textes me font également sourire comme ce passage où Bouvier prétend reprendre le texte d’une journaliste japonaise à l’occasion de l’anniversaire de l’empereur et “[..] raconte que cet homme digne et sympathique fut bien soulagé de ne plus être un dieu – on le comprend [..]”. Un autre passage évoque brièvement la sur-information: “A force d’information l’esprit perd sa structure; on n’a plus le temps de mettre un peu d’ordre là-dedans, ni même de savoir si l’on aime et si l’estomac supporte”. Rappelons que ce journal date des années 60 et qu’on n’en était pas encore à la société de sur-information actuelle. Mais le passage que je préfère est plus poétique. En relisant le texte de Daniel sur son blog, alors que je suis en train d’écrire le mien ici, je me rends compte, que ce texte titré « Matelas » lui a également tapé dans l’oeil. Je me permets de le restituer également ci-dessous, parce que j’aurais très certainement envie de le relire:

L’agrément qu’il y a à dormir sur le tatami, c’est d’avoir ainsi le dos collé au sol, de faire corps avec la terre et – quand le calme et le silence de la nuit le permettent – de sentir et de partager la vaste rotation dans laquelle elle vous entraîne. Les couvertures tirées jusqu’au menton, les mains à plat le long du corps on fend l’espace comme un boulet chauffé au rouge. On pense aux autres corps célestes, aux orbites qui s’infléchissent et qui divergent, aux attractions, aux répulsions, aux lentes figures qui se tracent à des vitesses inconcevables. Dans cette salle de bal obscure qu’est devenue la nuit, la natte, la maison, le quartier et les douze millions de dormeurs qui l’entourent pivotent avec un ensemble admirable pendant que je me pose la question de ma place à moi là-dedans, qui reste à débattre. Le sommeil vient avant la réponse.

Dans les rayons télévision du magasin d’électronique Biccamera de Shibuya, je me laisse surprendre par une dame portant un petit carnet en mains. Derrière elle, un homme de grande taille porte une caméra vidéo. Elle m’aborde poliment entre deux écrans 55 pouces pour me demander si je serais d’accord pour répondre à quelques questions. Le sujet de cette interview spontanée est la manière dont les étrangers vivant à Tokyo évacuent le stress de cette difficile situation actuelle du coronavirus. Il s’agit apparemment d’interviews rapides pour une émission de télévision dont le nom m’a échappé. Je décline aimablement la proposition et ils n’insistent pas tout en me remerciant de l’attention. En fait, je connaissais déjà cette dame car elle m’avait déjà abordé et interviewé l’année dernière alors que je marchais seul près du carrefour de Shibuya. Lors de cette précédente interview ciblant également les étrangers (touristes ou résidents), elle m’avait demandé si je connaissais et si j’écoutais de la musique japonaise et si oui, quelles étaient mes artistes préférés. J’avais parlé de Sheena Ringo et de la première fois où j’avais entendu sa musique dans ces mêmes rues de Shibuya. Si mes souvenirs sont corrects, c’était le single Koko de Kiss shite de son premier album Muzai Moratorium, qui était diffusé sur les hauts parleurs accrochés aux lampadaires des rues de Shibuya autour de Center Gai. Elle m’avait demandé de donner un ou plusieurs titres et de fredonner si je le pouvais, ce que j’étais bien incapable de faire spontanément. Cette interview était destinée à l’émission Music Station de Tv Asahi. On m’avait fait signer un papier à la fin de cette courte interview pour les droits à l’image. Il n’y avait bien sûr aucune certitude que mon interview serait retenue au final et elle ne l’a pas été. J’avais regardé l’émission d’un air inquiet de peur de me voir, mais je me suis vite rendu compte que mon intervention était un peu en décalage avec ce qui était attendu. Les étrangers qui sont passés à la télévision étaient soit amateurs de musique d’anime, citant des morceaux comme celui de Radwimps pour Kimi no na ha (Your Name), ou amateurs un peu excentrique de musique d’idoles dans le genre AKB48 ou Nogizaka46. Malgré la popularité de Sheena Ringo au Japon, mon choix ne correspondait certainement pas à ce qu’on attendait d’un étranger. Avant de décliner cette deuxième interview, j’ai d’abord penser pendant un quart de seconde à cette première interview. Que répondre à la question de ce que je fais pour évacuer le stress du coronavirus? J’aurais pu dire que j’ai tendance à faire beaucoup plus de blagues à la maison mais j’aurais été bien en mal de donner des exemples. J’aurais pu dire que j’écoute beaucoup de musiques japonaises alternatives que mon interlocutrice ne connaîtrait peut être pas. J’aurais pu expliquer que j’aime marcher pendant mes heures libres en dehors des obligations de la vie quotidienne, pour prendre des photos d’architecture. Alors que je réfléchissais à tout cela pendant ce quart de seconde, je me suis rendu compte que mes occupations n’avaient rien de très intéressantes ou fantaisistes, qu’elles ne seront pas à même de surprendre l’auditoire et qu’elles ne seront certainement pas retenues malgré les efforts que je pourrais consacrer à les expliciter. J’aurais peut être eu une chance de passer dans cette émission si pour combattre le stress du coronavirus, je faisais par exemple des exercices à la maison en dansant en tenue de cosplay. J’exagère un peu le trait mais comment expliquer que l’on vit tout simplement une vie normale et qu’on a aucun moyen magique d’évacuer ce stress. On vit avec, tout simplement, comme tout le monde, qu’on soit étranger ou japonais.

Depuis Have it my way dont je parlais il y a plusieurs mois déjà, je garde une oreille attentive aux nouveaux morceaux du groupe EMPiRE de l’agence Wack. Un nouvel EP tout ‘simplement’ intitulé Super Cool vient juste de sortir. Bien que je sois certain de ne pas m’engager à écouter et apprécier l’ensemble du EP car la musique de EMPiRE prend souvent des tournures un peu trop EDM pour moi, je tente tout de même l’écoute morceau après morceau. Le premier, This is EMPiRE SOUNDS, a une construction assez simple (du moins au niveau des paroles) mais me plait bien pour son immédiateté et son accroche contagieuse. Je sais que le groupe a le potentiel d’arriver au niveau de BiSH (qui fonctionne très bien dans les charts japonais en ce moment) et j’ai le sentiment que le producteur Junnosuke Watanabe va les pousser comme les prochaines figures de proue de l’agence. Le quatrième morceau du EP intitulé I don’t cry anymore est une excellente surprise, beaucoup moins rythmé que ce qu’on peut s’attendre du groupe mais plus prenant à l’écoute. J’aime beaucoup la part d’émotion qui se dégage du morceau surtout quand Mayu, qui a écrit les textes de ce morceau, chante les paroles du titre avec des véritables larmes aux yeux comme le témoigne la vidéo. J’apprécie cette tournure plus personnelle de leur musique, en espérant qu’elles se tournent un peu plus vers cette direction, ce dont je doute quand même un peu.

En parlant de BiSH, le groupe sort également un nouvel EP intitulé Letters, qui est désigné comme leur 3.5ème album mais qui ressemble quand même plus à un EP ou à un mini-album. Je pense que ma série photographique en trois épisodes ‘from sky’ doit être inconsciemment inspirée par la vidéo du morceau titre Letters, car on voit la caméra partir du ciel pour pointer à différents endroits de Shibuya montrant chaque membre du groupe positionné sur les toits d’immeubles. La caméra qui zoome sur BiSH n’est pas positionnée sur un hélicoptère ou un avion, mais tout en haut de la tour Shibuya Scramble Square, où on retrouve AiNA à un moment du morceau. Le morceau en lui-même est relativement classique avec un démarrage symphonique qu’il me semble avoir déjà entendu, et dont on aurait pu se passer pour démarrer directement sur les parties chantées. J’aime bien ce morceau en particulier mais je trouve le EP/mini-album dans son ensemble un peu trop conventionnel, sans les excès rock voire punk (au sens japonais du terme) des albums précédents. On a l’impression que le groupe se positionne maintenant pour le mainstream et évite les écarts que le plus grand nombre aurait dû mal à apprécier. J’essaierais certainement d’écouter le reste de l’album un peu plus tard.

passage au parc Shakujii


Les photographies ci-dessus ne datent pas du mois d’Août mais de fin Juin, après avoir été voir les appartements de Shakujii par SANAA. Un peu comme le parc Inokashira à Kichijōji, le parc de Shakujii est composé principalement d’un grand étang couvrant une bonne partie de l’espace. La végétation y est assez dense ce qui rend la promenade ombragée autour de l’étang des plus agréables. Alors que nous sommes maintenant à environ 35 degrés tous les jours à Tokyo, voir ces quelques photographies maintenant apporte une certaine fraîcheur bienvenue. A un endroit de l’étang, on peut apercevoir une étrange sculpture comme deux tiges pointant vers le ciel, recouvertes d’un drap blanc tombant dans l’eau. Au milieu du parc, une vielle boutique faisant café et restaurant m’intrigue énormément car il est affiché sur ses murs et son entrée pas moins de quatre affiches d’interdiction de photographier. Je ne peux donc m’empêcher de prendre une photo de cette vieille baraque, chose que je n’aurais certainement pas fait s’il n’y avait pas eu d’écriteaux affichés. On se pose en fait la question de ce qui peut y avoir de si particulier qui nous empêcherait de prendre cette vieille boutique en photo. Peut être a t’elle été utilisée pour des scènes d’un drama ou d’un film. Mes recherches très rapides ne me donnent pourtant rien de très concluant. On sait par contre que des scènes du manga (et du dessin animé dérivé) Ranma ½ de Rumiko Takahashi ont été inspirées par ce parc Shakujii, tout comme plusieurs autres lieux de l’arrondissement de Nerima. En marchant aujourd’hui dans le parc d’Inokashira dans la chaleur étouffante du mois d’Août, je repense à la fraîcheur du parc de Shakujii. Nous ferons tout de même le tour de l’étang d’Inokashira, mais sans trainer dans les allées. On n’y trouve pas l’ambiance habituelle, car les artistes et petits magasins ambulants en plein air sont absents. Alors que nous partons de Kichijōji en voiture, on reconnaît un ‘personnage’ au bord de la route marchant sur le trottoir de la rue Inokashira en direction de la gare de Kichijōji. Il s’agit du mangaka Kazuo Umezu. Il est facile à reconnaitre car il s’habile en vêtements raillés rouge et noir, comme sa maison qui est proche et que j’ai déjà vu et pris en photos plusieurs fois. Je n’ai d’ailleurs lu aucun manga de Kazuo Umezu. Peut être devrais-je en lire un, au cas où je le croise une prochaine fois dans les rues de Kichijōji et que le hasard me pousse à lui dire un mot, ce qui est fort improbable ceci-dit. Il avait été interviewé dans la série d’Arte, Tokyo Paranormal, dont je parlais plus tôt (décidément, je reviens beaucoup sur ces émissions télévisées).

from sky (deu#ce)

La deuxième descente depuis les avions survolant Tokyo nous fait tomber à côté du nouveau parc Miyashita à Shibuya, entièrement rénové pour la deuxième fois. Il n’était pas encore ouvert au moment de mon passage il y a quelques semaines. Un nouvel hôtel est placé à une des extrémités du parc et un de ses étages y est directement relié. Je reviendrais très certainement un peu plus tard avec d’autres photographies du parc. Sur l’avant dernière photographie du billet, je montre une publicité pour la Porsche Taycan affichée en dix vignettes près du parc Miyashita. La particularité de ces affiches est que la personne posant à côté des voitures de sport est un personnage virtuel japonais appelé Imma.

On peut suivre Imma sur Instagram depuis Juillet 2018 et j’ai d’ailleurs commencé à la suivre depuis ce moment là, intrigué de voir jusqu’à quel point ses créateurs pourront la rendre réelle. Le résultat est à la fois fascinant et effrayant de réalisme. La qualité visuelle et la personnalité que ses créateurs lui ont donné nous font douter de sa non-existence humaine. Les expressions et la texture de son visage sont très réalistes même s’ils nous donnent parfois une légère impression d’objet artificiel. Mais les notes liées aux photos Instagram où elle décrit ses activités et même parfois ses opinions brouillent vraiment les pistes. S’il n’était pas écrit dans la bio d’Imma qu’elle était virtuelle, on ne s’en rendrait certainement pas compte par nous-même. Le fait qu’elle pose parfois en photo avec des personnes réelles, par exemple des personnalités du mode de la mode comme Kozue Akimoto (que je suis également sur Instagram d’ailleurs), contribue fortement à donner une réalité au personnage, d’autant plus que ces personnalités jouent le jeu en commentant les photos sur Instagram ou Twitter. Imma emprunte d’ailleurs à Kozue Akimoto cette coupe de cheveux coupée droite, sauf que la coupe est au carré et d’une couleur rose. Ce style contribue d’ailleurs à rendre ce personnage emblématique, au point où Imma est utilisée pour des affiches publicitaires comme celles de Porsche. On l’avait déjà vu en grand sur la vitrine du magasin Shel’tter du Tokyu Plaza à Omotesando posant pour la marque Puma, ce qui avait d’ailleurs fait réagir l’observateur de la culture pop japonaise Patrick Macias. En association avec l’illustrateur Hiroyuki-Mitsume Takahashi (dont j’avais parlé dans un billet précédent), il avait écrit un texte assez court intitulé « There’s no more tomorrow (today) » sur ce phénomène de l’utilisation de modèles virtuelles (VM) dans le monde de la mode et l’aliénation potentielle que ça peut créer. Personnellement, ces personnages virtuels ne me dérangent pas beaucoup dans la mesure où on ne cultive pas l’ambiguïté sur leur existence. Alors qu’Imma est presque parfaite en photo, elle bouge de manière beaucoup moins naturelle et ses créateurs limitent volontairement ses mouvements à des courts clips, comme sur Tiktok pour éviter, je pense, de casser son image et une certaine magie. Il y a bien d’autres personnages virtuels au Japon, comme la chanteuse Hatsune Miku ou la YouTubeuse Kizuna AI, mais elles prennent la forme de personnages de manga, ce qui facilite grandement l’animation. Dans la famille d’Imma, créée par Aww Inc qui se désigne comme étant une agence d’humain virtuel, on trouve également le frère d’Imma appelé Plusticboy que je trouve beaucoup moins réaliste (quoiqu’il ressemble à un chanteur K-POP), et Ria qui est juste un petit peu trop parfaite pour qu’on puisse y croire (elle ressemble un peu à Yuka Mannami, peut être encore pour la coupe de cheveux).

Dans les hashtags des photos publiées sur Instagram par Imma, elle mentionne régulièrement les phrases #あたしCGらしい (I think I’m CGI) nous faisant croire qu’elle comprend elle-même sa condition de création graphique, comme si elle accédait à l’état d’intelligence artificielle. Ce n’est pas sans me rappeler Ghost in the Shell, que j’aperçois d’ailleurs affiché pas très loin des affiches de Porsche, car Subciety a sorti une ligne de vêtements reprenant l’image du major Kusanagi dans la dernière série sorti sur Netflix, SAC_2045. J’ai d’ailleurs commencé à la regarder mais l’ambiance graphique est un peu décevante sauf le personnage de Motoko Kusanagi que je trouve plus réussi que dans les films de Mamoru Oshii. On trouve des images de Hong Kong rappelant assez le premier film animé Ghost in The Shell dans la courte vidéo d’une autre artiste virtuelle japonaise appelée Te’resa. Comme Imma, elle possède également un compte Instagram mais chante également dans des vidéos sur YouTube, notamment le morceau électronique Youthful Strangers composé par Hideya Kojima. On voit l’artiste virtuelle Te’resa évoluée dans des décors de nuits tokyoïtes, parfois au milieu de salles d’arcades et parfois en chute libre entre des rangées d’immeubles d’habitation de style hongkongaises. Ce mélange des styles urbains très denses me rappelle l’ambiance cybernétique de Ghost in the shell. On reste cependant plus proche du film d’animation en images de synthèse que d’une tentative d’élaboration d’une véritable artiste virtuel. Ceci étant dit, les images de Te’resa (les trois en série ci-dessus) sont tellement réalistes, un peu androgynes même, que j’ai d’abord pensé qu’il s’agissait d’une vraie personne. Ceci me rappelle d’ailleurs que Grimes avait également dans l’idée de créer un personnage virtuel appelé War Nymph pour la remplacer sur la scène des réseaux sociaux quand ceux-ci deviennent trop violents. Je ne sais pas exactement ce qu’il en est de cette conception virtuelle, que je trouvais particulièrement baclée d’ailleurs, mais Grimes l’utilise apparemment déjà dans ce sens comme avatar sur Twitter. On peut lire dans quelques tweets: “Btw I am a digital baby. Any and all opinions are my own and not a reflection of any flesh humans”. “This is fun haha I can’t debate like this in the grimes account due to simplified and bad takes ending up in the media [..]”.

les fleurs de Koganei

Mon inspiration pour les textes est un peu en berne en ce moment. Ça doit être dû à la chaleur de l’été qui nous fatigue dès que l’on marche à l’extérieur. Quand mon inspiration pour les textes s’éteint un peu, je regarde dans les archives ce que j’écrivais au mois d’Août des années précédentes. Je me rends compte que j’avais tendance à sérialiser tous les billets de l’été comme en Août 2018, avec la série l7été, ce qui me permettait de faire des billets fourre-tout. Pas que ça change grand chose, mais le fait de sérialiser donne une motivation pour continuer à écrire les billets suivants. J’aurais dû faire la même chose cette année. Ici, nous sommes dans une ancienne rue commerçante du quartier de Koganei, qui est relativement quelconque mais agréable lorsqu’on s’y promène nonchalamment. Cette rue croise une longue rue piétonne ombragée et particulièrement fleurie, que je montre sur les deux dernières photographies du billet. Cette rue nous amène jusqu’à la gare.