capsules urbaines

Je recherche beaucoup en ce moment à faire contraster le décor urbain avec les couleurs de la végétation qui s’en dégagent soudainement, sans prévenir. Sur cette série photographique, le rouge végétal l’emporte haut la main sur le reste du paysage urbain, même la maison individuelle futuriste R・Torso・C de l’Atelier Tekuto sur la première photographie a du mal à rivaliser avec la force de cette couleur rouge. En insérant une photographie de la rivière de Shibuya, je m’amuse ensuite à soumettre ces formes et couleurs végétales à la rudesse grise du béton. L’architecture aux formes lisses et angles nets des première et dernière photographies agissent comme à cadre destiné à contenir et à amortir cet extrait de ville. Dans mon esprit, j’aime régulièrement concevoir mes billets comme des petites capsules urbaines suivant une logique définie de composition. Ces capsules s’apparenteraient à des salles d’un ensemble architectural beaucoup plus vaste, lui même représentant une réalité parallèle à celle de la Ville. Lire le manga Blame! de Tsutomu Nihei me fait réfléchir à ma vision de la Ville.

Dans les commentaires d’un billet précédent intitulé ‘walk as you mean to go on’, Nicolas me conseille la lecture du manga Blame! (ブラム!) de Tsutomu Nihei. Je ne connaissais pas ce manga de science fiction dont le premier épisode date de 1998, mais j’avais par contre vu de cet auteur l’anime Knights of Sidonia que j’avais beaucoup aimé à l’époque. Knights of Sidonia ressemble un peu à Neon Genesis Evangelion car, de manière similaire, des formes extraterrestres attaquent inlassablement une communauté qui essaie tant bien que mal de se défendre. Ce que j’aimais par dessus tout dans Knights of Sidonia, c’était la représentation très inspirée d’une ville verticale intégrée à un vaisseau spatial. On retrouve cette même complexité urbaine sur le manga Blame!, sauf que la représentation de la ville y est beaucoup plus chaotique.

Dans Blame!, Tsutomu Nihei nous montre un monde ultra-futuriste où les technologies cyberpunk se mélangent à d’immenses constructions de béton et de métal sombres et cauchemardesques. Un personnage solitaire, Killy, dont on ne sait que peu de choses, évolue entre les différents niveaux de cette gigantesque ville verticale. La ville est composée de strates séparées par des megastructures quasi indestructibles jouant le rôle de système d’isolation entre les différents niveaux de la ville. La ville que l’on parcourt dans Blame! prend ses fondations sur Terre et a ensuite grandi sans contrôle humain sur des dizaines de milliers de kilomètres pendant plus d’un millénaire. La ville est progressivement construite par des machines automatiques appelées bâtisseurs qui l’étendent à l’infini jusqu’à l’emballement et le chaos. L’univers de cette ville est sombre et crasseux, souvent vertigineux le long des longues parois donnant sur le vide, et viscéral quand les tubes de toute sorte s’entremêlent comme s’ils se connectaient à des organes. La ville est labyrinthique tout comme l’histoire qui y est relatée. On se perd dans ces lieux en suivant les traces de Killy comme on se perd dans l’histoire qui est particulièrement et volontairement complexe à comprendre. Le manga n’est pas facile d’accès du fait du nombre restreint de dialogues et d’explications sur les événements qui viennent interrompre le parcours des personnages. Cela pourrait avoir un aspect un peu frustrant, mais on apprend vite en parcourant les pages du manga qu’il s’agit ici plutôt de s’imprégner de l’ambiance des lieux et de vivre cette lecture comme une expérience. Il est difficile d’avoir des explications rationnelles à tout ce qui surgit, se transforme, disparaît soudainement pour réapparaître plus tard dans d’autres lieux. Pour sûr, ce manga ne s’adresse pas à tous, mais, en ce qui me concerne, j’ai tout de suite été impressionné par les détails et la spatialité de cette architecture gigantesque. D’une certaine manière, je suis même rassuré de savoir que Tsutomu Nihei a fait des études d’architecture avant de devenir mangaka, tant il maîtrise la conception des espaces.

L’univers post-apocalyptique de cette ville est mystérieux et on apprend sa genèse que par bribes d’informations très incomplètes. Killy, aidé dans son parcours par une scientifique appelée Cibo (ou Shibo), recherche des humains porteurs du terminal génétique. On apprend que les humains avaient autrefois contrôle sur l’évolution de cette ville en s’y connectant à travers ces terminaux génétiques, mais qu’une contamination leur à fait perdre ce contrôle, laissant la ville en proie aux machines bâtisseuses inarrêtables et aux créatures cybernétiques appelées Sauvegardes (ou Contre-Mesures ou Safeguards selon les traductions). Killy et Cibo ont pour objectif de rendre à l’humain cette capacité de se connecter avec la ville, afin d’en arrêter son expansion folle, de stopper les actions destructrices des Sauvegardes et de redonner à cette ville un fonctionnement normal. Le périple de Killy et Cibo est ponctué de nombreux combats contre ces Sauvegardes qui cherchent inlassablement à exterminer les humains. Killy est humain mais possède des capacités cybernétiques et une arme très puissante, un Émetteur de Rayon Gravitationnel (Gravitational Beam Emitter), dotée d’une technologie rare et donc convoitée. Cette arme est un de ses plus précieux alliés contre les Sauvegardes et autres créatures hostiles car ses effets sont dévastateurs.

Dans ces mondes obscures, vivent des tribus plus ou moins étranges ou hostiles qui viendront croiser le chemin de Killy. Dans les premiers volumes de l’histoire, il traversera le village des electro-pêcheurs (ou électro-harponneurs), un regroupement humain vivant retranché et précairement dans une partie de la ville et ne sachant que peu de choses sur leur histoire ou leur environnement. Ils ont connaissance de légendes sur un monde ancien mais peu de certitudes. Les nombreuses rencontres que fait Killy sur son parcours n’aident en fait pas beaucoup le lecteur à comprendre l’origine de cette ville, et viennent même complexifier l’ensemble. Une autre forme vivante appelée Silicié (ou Créature de Silicium) vient plus tard empêcher la progression de Killy et Cibo dans leur recherche. Ce sont des cyborgs de couleur noire aux formes étranges parfois grotesques et élancées, luttant d’abord pour leur survie en détruisant toute forme humaine. Un peu plus loin encore, un personnage aux allures féminines appelé Sanakan, représentante haut placée des troupes de Sauvegardes possédant également un Émetteur de Rayon Gravitationnel, essaiera aussi de leur barrer la route. D’autres personnages comme l’intelligence artificielle Mensab (ou Main-serv) et son gardien Seu, ou l’ancien Sauvegarde spécial reconverti Dhomochevsky et son compagnon Iko, essaieront plutôt de les aider dans leur quête d’un porteur de terminal génétique. L’histoire se complexifie encore quand on nous indique que ce terminal permet de se connecter à une Résosphère (ou Netsphere) qui semble être un monde parallèle à la réalité basique où le temps et l’espace fonctionnent différemment.

Il faut s’accrocher entre tous ces concepts mais on apprend vite à lâcher prise et à se laisser entrainer dans cet univers plutôt que d’essayer d’en comprendre les moindres détails. Et cet univers est fabuleux, que ça soit pour l’aspect grandiose et le détail extrême des lieux, que pour la qualité graphique et l’élégance des personnages que l’on y croise. En fait, cette densité nous fait penser que ce monde est beaucoup plus vaste et réfléchi que ce que l’auteur nous montre dans les pages du Manga. De nombreux termes font référence au monde digital et informatique comme le nom des personnages Mensab (Main-Serv autrement dit ’Serveur Principal’) ou Seu (software de l’IBM AS/400), le Silicium qu’on retrouve dans les composants électroniques, la Résosphère comme représentation du cyberspace, les Contre-Mesures qui essaient d’éliminer les humains contaminés comme des virus informatiques, les règles d’accès à la Résosphère qui ressemblent à une gestion d’accès d’un système d’exploitation informatique. La frontière entre le monde très physique de cette ville titanesque et le monde digital où des entités se téléportent devient de plus en plus flou au fur et à mesure qu’on avance dans l’histoire. En fait, la densité de ce monde et les références au monde digital (par exemple, les intelligences artificielles) ne sont pas si éloignées que ça des mondes de Masamune Shirow sur Ghost in the Shell. L’ambiance graphique est cependant plus proche de celle de H.R. Giger dont Tsutomu Nihei dit être influencé. Intéressante coïncidence, Je suis justement en train de revoir tous les films Alien suite au billet que je mentionnais plus haut, et j’ai déjà vu les quatre premiers de la série. Me reste à revoir les films plus récents de la série Prometheus. Tsutomu Nihei revendique également un attrait pour la bande dessinée franco-belge d’auteurs comme Enki Bilal ou Moebius. Je sens que je vais bientôt ressortir de ma bibliothèque la trilogie Nikopol et le gros volume de l’Incal.

Suite à la lecture des six volumes du manga Blame!, je regarde le film d’animation éponyme réalisé par Hiroyuki Seshita sur Netflix. Le film est graphiquement très fidèle mais ne va pas aussi loin que le manga dans la représentation de la grandeur des espaces. L’histoire reste beaucoup plus abordable que le manga car elle se limite au deuxième volume quand Killy rencontre Zuru et le village des electro-pêcheurs, et qu’il tente avec Cibo une connexion à la Résosphère à travers un terminal synthétique récupéré dans l’ancienne entreprise Toha Heavy Industries. On ne retrouve pas non plus dans le film d’animation la folie graphique que l’on peut voir dans le manga, notamment dans le dessin de certains personnages. Mais, le film est tout de même très beau visuellement et constitue un complément intéressant et même instructif sur l’univers du manga.

une poignée de petits soleils

On peut ressentir la chaleur sur une photographie à travers les éblouissements de rayons de soleil mais peut-on ressentir le froid sur des photographies comme celles que je montre ci-dessus. Cette marche hivernale me fait d’abord passer dans les zones résidentielles vides de Daikanyama puis vers les zones résidentielles vides de Naka Meguro. Sur les deux premières photographies, j’aime comment les surfaces couvertes de plaquettes fines de bois se répondent. Ces deux photographies se complémentent en quelque sorte. Les formes simples de la maison individuelle sur la première photographie viennent pourtant contrastées avec les formes diverses de la deuxième photographie. Comment expliquer exactement ce qui me plait dans ces deux premières photographies? Je n’arrive pas à le dire exactement car c’est de l’ordre du ressenti que je suis peut être le seul à percevoir. Un peu plus loin à proximité de la rivière Meguro, je découvre un étrange parterre de fleurs. Cette association de couleurs m’est assez inhabituelle. On dirait une poignée de petits soleils venant nous réchauffer lorsqu’on les approche.

La première image est extraite de la vidéo sur YouTube du morceau Delete Forever par Grimes sur son futur nouvel album Miss Anthropocene qui sortira le 21 Février 2020. La deuxième image est extraite de la couverture du tome 4 du manga Akira par Katsuhiro Otomo publié en Juillet 1987.

Le trône, les longues draperies rouges, les piliers en ruine et la vue dégagée à l’arrière sur la vidéo du nouveau morceau Delete Forever de ༺GRIMES༻ rappellent beaucoup la couverture du volume 4 du manga Akira de Katsuhiro Otomo. Claire Boucher s’est très clairement inspirée de l’univers d’Akira sur cette vidéo. En sous-titre, elle décrit que cette vidéo représente les lamentations d’un tyran alors que son empire tombe en ruine. L’univers musical du morceau est par contre très éloigné de la bande sonore d’Akira et est même assez différent des morceaux plus éthérés que l’on connaissait de Grimes jusqu’à maintenant pour son nouvel album Miss Anthropocene qui sortira bientôt, le 21 Février 2020. Il n’empêche que ce morceau à base de guitare acoustique est très bon et viendra certainement diversifier l’ambiance plus sombre musicalement parlant du reste de l’album.

can anybody see the light?

Le gymnase de Yoyogi, chef d’oeuvre emblématique de Kenzo Tange et certainement une des plus belles œuvres architecturales de Tokyo, a été rénové en vue des Jeux Olympiques qui démarreront dans quelques mois. Il y avait foule à l’entrée du gymnase et ma curiosité m’a conduit à aller voir de plus près ce qui s’y passait. Je vois beaucoup de jeunes filles et garçons avec des serviettes bleues marquées des inscriptions « Sixth Sense Story ». Je devine qu’il s’agit d’un concert mais je ne vois pas inscrit le nom de l’artiste. Il me faudra faire une recherche sur Internet pour comprendre qu’il s’agissait de la tournée de Aimyon. En fait, je suis passé à Harajuku pour aller voir l’avancement de la nouvelle station d’Harajuku sur la ligne Yamanote (sur la quatrième photographie). Le nouveau bâtiment de la gare est moderne mais sans personnalité. Quel dommage, pour une station aussi emblématique et fréquentée par les touristes du monde entier, de ne pas avoir conçu une architecture un peu plus remarquable. L’ancienne gare datant de l’ère Taisho, construite en 1924, a bien plus de cachet. Elle est toujours là mais pas pour longtemps car elle sera malheureusement détruite après les Jeux Olympiques cet été, cela malgré les protestations des résidents. Il s’agit de la plus ancienne gare en bois de Tokyo. Je comprends bien que cette vieille station n’est pas aux normes antisismiques actuelles et qu’elle n’est plus en mesure de supporter le nombre de plus en plus important de personnes qui la traversent. Il faut en général attendre un peu avant de pouvoir sortir de la station depuis les quais. Mais l’ancienne station aurait tout de même pu être conservée après des rénovations et renforcements, même sans être utilisée, histoire de sauvegarder un morceau d’histoire et un repère du décor urbain. Ce quartier d’Harajuku qui se trouve dans la zone olympique appelée héritage voit d’autres changements, notamment un nouveau bâtiment pas encore utilisé, qui a la particularité d’avoir une surface couverte d’écrans. On y montre des images mouvantes inspirées d’ukiyoe. J’y reconnais le Mont Fuji rouge de Katsushika Hokusai, qui s’affiche pendant quelques secondes avant d’être remplacé par d’autres images. Ce bâtiment se trouve juste à côté de la résidence Co-op Olympia que je montre sur la troisième photographie. La résidence fut construite en 1965, un an après les premiers Jeux Olympiques de Tokyo, d’où le nom qui en est inspiré. Je l’ai déjà pris plusieurs fois en photo. C’est un immeuble qui est également devenu emblématique du quartier et on parle aussi d’une reconstruction, mais je ne pense pas que ça soit décidé. L’avant dernière photographie montre une partie des quais de la station d’Harajuku où on peut y voir une série d’affiches intrigantes, prenant leur inspiration dans les manga pour adolescentes (shōjo manga). Les messages que font passer ces affiches touchent à la sécurité informatique, en particulier la protection des mots de passe. C’est une manière originale de faire passer des messages importants.

Une playlist partagée sur Twitter par l’artiste Yeule incluant le morceau Strangers de Portishead sur l’album Dummy me rappelle le mouvement musical des sound systems de Bristol qu’on appelle Trip-hop. Dans la deuxième partie des années 90, après ma phase rock américain (Pixies, puis Nirvana, puis Sonic Youth, puis Smashing Pumpkins, entre autres), je me suis mis à écouter intensivement et presque exclusivement cette musique Trip-hop qui nous transportait dans d’autres mondes, dans des associations de sons mélangeant les samples et les voix soul, dans une musique que je n’étais pas habitué à écouter à cette époque où je ne jurais que par les guitares. Le Trip-hop a pour sûr grandement ouvert mon champ musical en m’éloignant un peu de ces guitares. Dummy (1994) de Portishead était la porte d’entrée vers ce mouvement avec le morceau Glory Box où on découvrait la voix tourmentée de Beth Gibbons posée sur un univers musical froid, ambiance qu’on imaginait bien s’accorder avec les décors pluvieux de l’Angleterre de Bristol. La musique de Dummy jouait de mélancolie et était entrecoupée de scratchs et autres altérations musicales qui seront la marque de fabrique du Trip-hop. Je découvre ensuite assez vite Massive Attack, trio constitué par Robert Del Naja alias 3D, Grant Marshall alias Daddy G et Andy Vowles alias Mushroom, avec l’album sorti également en 1994, Protection. Le morceau titre chanté par Tracey Horn du groupe Everything but the Girl fut une révélation qui me poussa à découvrir plus avant la discographie de Massive Attack faite de nombreuses collaborations. Le premier album Blue Lines (1991) du collectif The Wild Bunch qui deviendra Massive Attack est certainement l’album que je préfère écouter maintenant. Il y a de nombreux morceaux forts, notamment ceux portés par la voix de Shara Nelson comme Safe from Harm ou Unfinished Sympathy. C’est aussi sur cet album que la symbiose entre les trois voix masculines de Massive Attack et celle de l’invité presque permanent Tricky opèrent le plus naturellement. On peut prendre pour exemple des morceaux comme Blue Lines ou Five Man Army. A travers Massive Attack, je découvre donc Tricky (Adrian Thaws de son vrai nom) qui sortira son premier album et chef-d’œuvre Maxinquaye (1995). Martina Topley-Bird, sa compagne à l’époque, assure le chant sur la plupart des morceaux. La musique y est plus sombre, plus torturée et fait parfois le lien avec la musique rock que j’écoutais au début des années 90, comme sur le morceau Pumpkin qui reprend un sample de Suffer du premier album Gish des Smashing Pumpkins. C’est peut être depuis ce morceau que j’aime déceler les liens entre les musiques et musiciens/musiciennes que j’aime, comme j’en parlais dans un ancien billet. Tricky joue beaucoup sur les associations lorsque, par exemple, il réutilise sur le morceau Hell Is Round the Corner le même sample de Isaac Hayes que Portishead sur son morceau emblématique Glory Box, ou quand il repense complètement le morceau Karmacoma qu’il interprète avec Massive Attack sur Protection, pour Maxinquaye sous le titre Overcome. Je suis resté très accroché à la musique de Tricky, même quand il partait vers des terrains plus difficiles comme ceux des deux albums sortis en 1996, Nearly God et Pre-Millenium Tension. Nearly God multiple les collaborations, notamment avec Björk et Neneh Cherry (souvenons-nous de son morceau Manchild), mais c’est quand il s’associe avec Martina Topley-Bird sur le morceau Black Coffee qu’il signe à mon avis le meilleur morceau de l’album. Pre-Millenium Tension est plus bizarre et part sur des univers plus sombres encore. De cet album qui entend matérialiser les craintes d’avant le passage vers un nouveau millénaire, je retiens le morceau Tricky Kid notamment pour ses voix rappées menaçantes. A cette époque, Tricky avait pris pour moi le statut d’artiste culte. Je me souviens avoir fait le déplacement depuis ma résidence universitaire d’Angers pour aller le voir en concert à Nantes lors d’un festival des Inrockuptibles. C’était le 12 Novembre 1996 à la Salle de L’Olympic de Nantes. Ce soir là, Placebo jouait également dans la pénombre sur cette scène juste après Tricky, ce qui donnait une bien belle affiche. Et une fois le concert terminé, il fallait que je reprenne l’autoroute pour rentrer à Angers. Je n’ai pourtant pas suivi Tricky sur ses albums suivants, peut être à cause de sa voix qui se détériorait petit à petit. Je suis plutôt allé voir d’autres nouveaux groupes comme Archive sur son premier Londinium (1996). C’est un très bel album qui n’est pas assez connu. Sur certains morceaux, le son électronique perce comme une étoile polaire qui brillerait intensément (mais je m’égare). Je continue ensuite avec Morcheeba sur l’album Who can you trust? (1996) et Alpha sur Come from Heaven (1997), premier album du label Melankolic de Massive Attack. De cet album d’Alpha, je retiens surtout le morceau Sometime Later pour l’intensité émotionnelle de la voix de Martin Barnard. C’est un morceau exceptionnel qui donne les larmes aux yeux quand le flot des violons monte en intensité et quand la voix de Banard est au bord de craquer. Je connais peu de morceaux qui ont cette intensité. Du mouvement Trip-Hop, j’ai continué à suivre Massive Attack sur leur album Mezzanine (1998) dont l’esthétique générale devenant plus sombre me plaisait beaucoup. Alors que les deux premiers albums s’apparentaient plutôt à de la musique soul urbaine, Massive Attack se dirige plutôt vers des influences new wave sur Mezzanine, ce qui n’était pas du goût de tous les membres du groupe d’où le départ de Andy Vowles (Mushroom). Cet album ressemble peu au Massive Attack des débuts. 3D y reste principalement aux manettes. Quoi qu’il en soit, il y a beaucoup de pépites dans cet album comme les singles Risingson et Teardrop, avec sur ce dernier morceau Elizabeth Fraser de Cocteau Twins au chant. Mais j’ai toujours eu une préférence pour l’avant-dernier morceau Group Four, toujours avec Fraser, pour sa partie finale envoûtante. Et puis ensuite, je suis parti pour Tokyo et d’autres horizons musicales se sont ouvertes à moi. J’ai pourtant continué à suivre Massive Attack sur leur album de 2003, 100th Window, mais la passion avait un peu disparu. Sorti en 2009, le morceau Psyche (Flash Treatment) avec Martina Topley-Bird (qui est décidément une figure emblématique du trip-hop) sur le EP Splitting the Atom est à mon avis un des plus beaux morceaux du groupe. J’avais été très déçu que cette version pourtant si forte ne soit pas conservée sur l’album qui suivra en 2010, Heligoland. La version de Psyche sur Heligoland n’est pas très intéressante et m’avait complètement détourné de cet album que je n’ai jamais écouté en entier. Depuis le déclencheur que fut le morceau Strangers de Portishead sur la playlist de Yeule, je me suis mis à réécouter la plupart de ces disques les uns après les autres. C’était en quelque sorte une petite cure de jouvence.

du soba sur la colline

Ces quelques photographies prises au restaurant de soba Raitei らい亭 sur les collines boisées de Kamakurayama datent déjà de plusieurs semaines. Il s’agit encore d’un endroit où nous ne sommes pas allés depuis longtemps. Depuis 2008, si j’en crois ce blog. Il m’arrive de plus en plus souvent de faire une recherche sur Made in Tokyo pour vérifier quand nous sommes précédemment allés dans un lieu. Ce blog est comme une extension mémorielle et j’y retrouve beaucoup de choses que j’avais déjà oublié. Il m’arrive parfois de tomber sur mon blog en faisant une recherche particulière sur Google. Les bâtiments et jardins de Raitei n’ont pas changé malgré les années. Le bâtiment principal qui sert de restaurant avec salle à l’étage que l’on peut utiliser pour des célébrations, date de l’époque Edo et fut déplacé sur cette colline en 1929. Cette résidence fut transformée en restaurant en 1969. Nous avions pensé à cet endroit pour le repas de notre mariage il y a 16 ans pour finalement choisir un autre endroit un peu plus loin sur les collines de Kamakurayama. Les jardins de Raitei sont légèrement laissés à l’abandon. En fait, ils sont entretenus mais laissent une impression d’état sauvage. En fait, quand je revois ce jardin, je me souviens que nous y sommes allés peu après mars 2011 car une photographie en témoigne. On y voit une stèle écroulée car elle n’avait pas résisté au tremblement de terre du Tohoku qui avait frappé jusqu’à Kamakura. On voit sur la troisième photographie qu’elle a été remontée. Cette image m’avait marqué.

une déesse blanche qui s’éloigne

Une déesse blanche qui s’éloigne. Nous n’étions pas allés rendre visite à la grande déesse blanche Kannon depuis longtemps, bien qu’on la voit en permanence depuis la station d’Ofuna. C’est une sensation étrange de se dire qu’on ne la reverra pas avant longtemps. A 1h de voiture ou 40 minutes en train environ de Tokyo, elle est si proche et pourtant si lointaine. On aura certainement beaucoup moins l’occasion de revenir ici ou à Kamakura après le déménagement de la belle-famille, alors on profite une dernière fois pour marcher autour de la statue géante à l’intérieur du temple. C’est une promenade privilégiée père et fils. Tout marchant, on parle du manga qu’il est en train de lire et qui le passionne, Kimetsu no Yaiba. Il lit le manga et je regarde l’anime sur Netflix. On compare ensuite nos avancements respectifs dans la trame de l’histoire, sachant qu’il est déjà beaucoup plus avancé que moi et qu’il montre une certaine satisfaction à connaître la suite de l’histoire avant moi.

Un concert qui s’approche. L’annonce des résultats de la loterie pour l’achat des billets de concert de la tournée Live Tour 2020 News Flash de Tokyo Jihen a eu lieu le samedi 1er Février. Un email du fan club Ringohan annonce le matin que les demandes de billets étaient bien supérieures à la capacité des salles, ce qui ne m’étonne pas du tout. N’ayant pas une chance innée pour ce genre de loteries, j’ai bien cru que je ne réussirais pas à avoir une place. J’avais lancé des réservations pour deux dates pour les concerts de Tokyo, et une seule des dates sera retenue à la loterie, ce qui est parfait même si je n’aurais pas refusé de voir le concert deux fois. J’irai donc voir Tokyo Jihen au Tokyo Kokusai Forum à Yurakucho pour une des deux dates du début Mars. Je suis très heureux de pouvoir aller les voir, surtout que je n’ai jamais assisté à un concert de Sheena Ringo. Ça fait d’ailleurs de nombreuses années que je ne suis pas allé voir un concert. En excluant les petits concerts rocks vus au hasard au Shinjuku LOFT à Kabukichō ou au Koenji 20000V (cette dernière salle ferma en 2009 mais ressuscitera ensuite en Higashi-Koenji 20000 Den-atsu 二万電圧), le dernier concert d’importance auquel j’ai assisté doit être celui de Sonic Youth au Akasaka BLITZ le 17 Février 2003. Pour me préparer au retour de Tokyo Jihen pour cette série de concerts, je me remets à écouter les albums les uns après les autres. Je regarde encore une fois le teaser sur YouTube annonçant leur retour dont les quelques images ci-dessus sont extraites. Le clip vidéo d’inspiration olympique s’inscrit dans la continuité de l’album Sports (2010) qui reprenait également cette imagerie sportive. J’aime beaucoup son design général, ses couleurs rouges et un peu délavées qui nous font nous demander si ce sont les Jeux Olympiques de 2020 ou de 1964 qui sont représentés. Ces images ne sont en fait pas nouvelles car elles proviennent majoritairement de la vidéo du dernier morceau du groupe, Tadanaranu Kankei ただならぬ関係, qui était sorti à l’occasion de la compilation de face B intitulée Shin’ya Waku 深夜枠. La vidéo du teaser mélange en fait les images montrant l’histoire du groupe comme cette image de disque dur qui redémarre au début. On reconnaît le box set Hard Disc sorti en Février 2013 qui reprenait les 5 albums du groupe ainsi que le mini album Color Bars et des disques d’inédits, enregistrés de 2004 à 2012. Espérons que ce disque dur qui redémarre enregistrera l’histoire du groupe pendant les 8 années qui viennent. En fait, Tokyo Jihen s’est séparé officiellement après 8 ans d’existence lors d’un concert au Budokan, le 29 Février de l’année bissextile 2012. Connaissant Sheena Ringo, il était donc assez logique que Tokyo Jihen reprenne du service 8 ans après leur séparation lors de l’année bissextile 2020, pour une série de concerts qui démarrera le 29 Février. J’aurais en fait pu le deviner depuis longtemps.