images sans paroles (β)

Quelques images parlant d’elles-mêmes et sur lesquelles il n’est pas non plus nécessaire de s’exprimer. Elles me chuchotent bien quelques mots à l’oreille mais je fais semblant de ne pas les entendre. Coté musique, rock cette fois-ci, je reviens très volontiers vers le nouveau single de N-Feni (ん・フェニ) intitulé Spark Spark. Je suis toujours étonné par l’approche pleine d’évidence de ses morceaux. Elle saisit toute l’énergie du rock alternatif US qu’elle semble dérouler sans efforts avec une sensibilité qui lui est propre. La vidéo du morceau a été réalisée par la photographe et cinéaste Mana Hiraki (平木希奈), dont je parle assez régulièrement sur ces pages. J’écoute également le nouveau single du groupe Cö shu Nie intitulé MAISIE sorti en Avril 2025. C’est une collaboration musicale inattendue avec Hyde du groupe L’Arc~en~Ciel, groupe que j’écoutais beaucoup il y a une vingtaine d’années lors de mes premières années japonaises. Hyde est co-auteur des paroles et de la composition, et chante également dans les chœurs d’une manière étonnamment discrète. Le morceau est principalement mené par Miku et j’aurais aimé un peu plus de présence vocale de Hyde, dont la voix est normalement très marquante (qu’on l’apprécie ou pas).

Écouter l’accompagnement vocal de Hyde à la fin de ce morceau me donne d’ailleurs envie de réécouter quelques morceaux de l’album Heart de 1998 par lequel j’avais découvert L’Arc~en~Ciel en 1999. J’aime notamment beaucoup les deux premiers morceaux de cet album Loreley et Winter Fall. Ce dernier est sorti le 28 Janvier 1998. Comme il est sorti au cœur de l’hiver et portait un titre de saison, il a été grandement diffusé à la radio et à la télévision à ce moment-là, et a remporté un très gros succès. J’avais en fait découvert Winter Fall en 1998, avant la sortie de l’album et avant mon départ pour Tokyo car je le retrouve dans une compilation fait maison que j’avais intitulé Before Tokyo 99. Il n’est pas rare de voir et d’entendre des singles prenant un thème hivernal et sortant en hiver. L’année suivante, j’avais même acheté le single single Winter, Again de GLAY, sorti le 3 février 1999. Le format était un CD de 8cm que j’écoutais sur mon lecteur CD portable SONY car le digital n’existait pas encore à cette époque. En y repensant, le packaging cartonné de ces mini-CDs était quand même très plaisant. Le morceau Winter, Again eu également un gros succès au Japon et est un des morceaux marquants du groupe, peut-être même le single le plus vendu de GLAY à ce jour. Je regrette encore maintenant de ne pas avoir dit à Takuro que ce morceau avait accompagné mes premiers mois à Tokyo, lorsque nous l’avions rencontré chez des amis une certaine journée de Mai 2010.

les chats de Merida

Ces photographies datent du 9 mars 2025, et j’avais ce billet en brouillon depuis presque cinq mois. Nous sommes ici dans un restaurant nommé Merida (メリダ), situé dans la région d’Akiruno, à Tokyo, à quelques kilomètres de la station de Musashi-Itsukaichi. Ce restaurant, perdu le long d’une route sinueuse de montagne, propose une cuisine méditerranéenne, avec en particulier des paellas. La responsable des lieux est très sympathique et nous présente rapidement la célébrité locale : un chat tricolore nommé Mycenae (ミケーネ), dont le nom fait sans doute référence à l’ancienne cité grecque Mycènes, célèbre pour sa civilisation antique.

Le chat Mycenae, qui s’était installé confortablement près de notre table pendant tout le repas, est célèbre pour être apparu dans une émission télévisée populaire de la NHK (岩合光昭の世界ネコ歩き), dans laquelle le photographe animalier Mitsuaki Iwago filme des chats aux quatre coins du monde, montrant leur quotidien, leurs lieux de vie et leur relation avec les humains. Ce chat-là est en tout cas tout à fait à l’aise avec les visiteurs, et contribue pleinement à l’ambiance chaleureuse du restaurant.

Juste à côté du restaurant, on trouve une petite galerie nommée Neo-Epoch (ギャラリーネオエポック), qui propose toutes sortes d’objets artistiques à la vente. Tout comme le restaurant, le bâtiment de la galerie adopte un style européen. Sa structure intérieure est intrigante, évoquant un labyrinthe sur trois étages. L’environnement y est paisible et hors du temps. J’aime beaucoup l’escalier central en colimaçon, qui donne au lieu un petit parfum de mystère. Parmi les objets exposés, nous sommes tombés sous le charme d’une petite sculpture représentant un chat majestueux posé sur un nuage, mais elle était malheureusement un peu trop chère. Le dernier étage de la galerie était en cours de rénovation pour accueillir un café. Dans le fond de la pièce, on devinait une grande peinture en cours représentant un oiseau, autour de deux éviers. Avant de reprendre la route, nous sommes allés nous recueillir devant le petit sanctuaire perché juste devant le restaurant.

images sans paroles (α)

Quelques images de Tokyo qui se passent de paroles bien qu’on aurait pu en ajouter si l’inspiration s’était invitée d’elle même sur ce billet. Je l’ai un peu attendu mais finalement préféré démarrer sans elle. Et en musique, le single Make or Break (center: Mio Matono 的野美青) de Sakurazaka46 (櫻坂46). Je ne m’aventure pas souvent du côté des musiques des groupes d’idoles en 46, mais j’aime vraiment beaucoup ce morceau là, accompagné d’une très belle vidéo, notamment pour son environnement architectural. J’avais également beaucoup aimé il y a quelques années le morceau ごめんねFingers crossed (center: Sakura Endō 遠藤さくら) de Nogizaka46 (乃木坂46), époque Asuka Saitō (齋藤飛鳥), Erika Ikuta (生田絵梨花) et Mizuki Yamashita (山下美月). Rien que d’en reparler m’a fait réécouter le morceau cinq ou six fois de suite, tout en me demandant si les quatre mentionnées ci-dessus étaient bien au volant des superbes Ford Mustang Convertible carburant au NOS, Nissan GT-R R35, Toyota GR Supra ou autre Subaru WRX STI. Tout ceci est quand même beaucoup plus intéressant et évolué que la régression visuelle et musicale des groupes de Kawaii Lab.

silence du béton et murmure du bambou

Un hasard bienvenu nous amène jusqu’à la petite ville de Nagareyama (流山市), dans la préfecture de Chiba. Nous nous dirigeons vers un petit musée de béton aux formes et lignes simples, nommé Mori no Bijutsukan (森の美術館). Il est situé sur un espace vert en lisière d’une forêt, qui comprend une bambouseraie, créant un contraste intéressant avec le musée. J’ai toujours trouvé que la rudesse du béton brut s’accordait bien avec la douceur organique d’un environnement végétal. L’emplacement du musée en bord de forêt explique en partie son nom. Son fondateur et directeur se nomme Tadayuki Mori (森 忠行), ce qui peut également éclairer le choix du nom. Sa collection d’œuvres d’art, accumulée à titre privé sur des décennies, l’a conduit à créer ce musée afin de pouvoir partager et exposer sa collection personnelle. Le musée a ouvert ses portes en 2016 et accueille des expositions d’artistes locaux encore méconnus.

On fait assez rapidement le tour du musée, qui s’apparente plutôt à une galerie d’art composée d’une seule grande salle. Le prix d’entrée est raisonnable, et le musée a la bonne idée d’offrir une boisson après la visite. On peut s’asseoir dans une petite salle à l’entrée, devant une grande baie vitrée donnant sur le jardin orné de quelques statues. Ce moment de calme est agréable, mais on nous demande gentiment, après une trentaine de minutes, de laisser notre place aux visiteurs suivants. Cette journée était apparemment celle du vernissage de l’exposition en cours, ce qui explique certainement que le parking était plein. J’ai tout de même eu le temps de prendre un autoportrait, que je mettrai peut-être en en-tête de ma page À propos.

De l’exposition, je retiens notamment une peinture à l’huile intitulée Vers demain (明日へ), de l’artiste Yoshie Narita (成田淑恵), représentant avec finesse un envol d’oiseaux. J’en montre une partie en photo ci-dessus. Avant de repartir, nous parcourons le jardin et empruntons le chemin dans les bambous. Un vent léger fait naître un son discret, celui du froissement feutré des feuilles de bambous et du cliquetis creux des tiges qui s’entrechoquent doucement. Nous reprenons ensuite la route vers d’autres découvertes à Nagareyama. La journée n’est pas trop chaude pour un mois de Juillet, ce qui rend notre visite agréable.

le charme discret de Buaisō

La maison Buaisō (武相荘) est située à Machida. Il s’agit de l’ancienne demeure, aujourd’hui transformée en musée, du couple Jirō Shirasu (白洲次郎) et Masako Shirasu (白洲正子).

Jirō Shirasu (1902–1985) était un diplomate et homme d’affaires, conseiller et interprète du Premier ministre japonais Shigeru Yoshida après la Seconde Guerre mondiale. Il a joué un rôle important dans les négociations avec les forces d’occupation américaines et était respecté pour son franc-parler. Il a fait ses études à l’Université de Cambridge, où il s’est lié avec l’élite britannique. Il adopta dès cette époque un style de vie occidental, encore rare au Japon, incarnant une certaine modernité et élégance. Masako Shirasu était essayiste et experte en arts traditionnels japonais, passionnée par la culture classique. Elle a publié de nombreux ouvrages sur l’esthétique japonaise. C’était une femme de lettres influente, incarnant une figure féminine forte et indépendante dans un Japon encore très patriarcal. Ses choix culturels influençaient les amateurs d’art. Le couple symbolisait une certaine élite intellectuelle et cosmopolite dans le Japon de l’après-guerre. Ils se sont installés à Buaisō en 1943. Craignant les bombardements sur Tokyo pendant la guerre, ils quittèrent la ville pour s’installer à la campagne, dans cette ancienne ferme de Machida, alors en pleine zone rurale.

Cette maison, qu’ils ont rénovée, date de l’époque d’Edo et se situe à la frontière des anciennes provinces de Musashi (武蔵), qui englobait une partie de l’actuelle Tokyo, Saitama et Kanagawa, et de Sagami (相模), correspondant à l’actuelle préfecture de Kanagawa. Le nom Buaisō (武相荘) de la demeure est d’ailleurs composé de kanji désignant son emplacement: la résidence (荘) entre Musashi (武) et Sagami (相). Mais ce nom provient aussi d’un jeu de mots subtil: Buaisō (不愛想) signifie en japonais “désagréable”, “froid” ou “peu sociable” — un clin d’œil ironique au caractère direct et peu mondain de Jirō Shirasu.

Jirō et Masako Shirasu vécurent dans cette demeure jusqu’à leur mort, en 1985 et 1998 respectivement. En 2001, la maison fut ouverte au public en tant que musée. Elle expose, dans leur disposition d’origine, leurs objets personnels, meubles, calligraphies, poteries et œuvres d’art. Tous deux étaient collectionneurs, bien qu’ayant des sensibilités différentes. Visiter ce musée, c’est entrer dans l’intimité du couple. On découvre un mode de vie à la fois austère et raffiné, mêlant traditions japonaises et influences européennes. On devine un quotidien simple, volontairement rustique. On marche à petits pas dans les pièces de la demeure, les chaussures recouvertes de capuchons en plastique. L’une des salles à l’arrière est le bureau d’écriture de Masako Shirasu, dont les murs sont entièrement couverts de livres. On ne peut malheureusement pas prendre de photos à l’intérieur de la maison. Nous avons donc pris notre temps pour laisser les images des lieux s’imprimer dans notre mémoire. On devine que chaque objet exposé dans les salles a été choisi avec soin, et patiné par le temps.

Le jardin, devant la maison au toit de chaume, est en partie couvert de bambous, plantés autour d’une petite place pavée. Il est sobre et laissé dans un état presque sauvage. Nous avons déjeuné dans une des dépendances de la maison. J’ai ramené un verre aux formes rondes, qui me rappelle un peu une des lampes de la demeure, acheté dans la petite boutique. Je l’utiliserai pour boire du café glacé pendant l’été, tout en écrivant mes billets de Made in Tokyo.