



Des festivités estivales, je préfère toujours les images flottantes amenées par les mouvements incessants, rythmés par les musiques entêtantes des matsuri. Je pense que je prends en photo le matsuri du sanctuaire de Hikawa à Shibuya tous les ans, dans un style flou très similaire à la série ci-dessus. J’ai en tête la série we are walking in the air, prise pendant ce festival, qui reste pour moi un maître étalon. Cette série datait de Septembre 2017 et je l’avais fait suivre d’une série en couleur intitulée we speak silence l’année suivante. J’étais ensuite revenu pour une série assez similaire en 2022.
J’avais tellement publié de billets au mois d’Août (21 en tout) que j’ai bloqué pendant plusieurs jours devant la page blanche du Notes de mon iPad au début du mois de Septembre. Dans ces cas là, je fais une recherche dans la blogosphère francophone parlant du Japon pour voir ce qu’on y écrit. Je suis toujours épaté par la dedication de certains et certaines à produire des guides complets sur les lieux qu’ils ou elles ont visité ou sur les choses qu’ils ou elles ont testé pour nous (et validé). Il est en fait plutôt rare que j’y trouve des nouvelles sources d’intérêt ou un nouveau blog à suivre. Ce n’est pas un phénomène nouveau, mais je me rends compte que les blogs se meurent petit à petit, les uns après les autres. Disons que certains des blogs qui avaient une renommée assez conséquente il y a plusieurs années ne sont plus beaucoup, ou plus du tout, mis à jour depuis longtemps. C’etait avant la faute aux réseaux sociaux mais c’est désormais la faute à l’intelligence artificielle comme j’ai pu le lire quelque part. Il est clair que ChatGpt change les habitudes. Je n’utilise désormais que rarement les recherches sur Google et je préfère depuis quelques temps les recherches sur ChatGpt, car sa force d’interprétation de nos questions parfois vagues et imprécises par rapport au contexte qu’on lui donne est assez impressionnante. L’outil s’est beaucoup amélioré depuis quelques mois. C’est comme si on avait devant soi un Monsieur (ou Madame) je-sais-tout à qui on pourrait poser toutes les questions qui nous viennent en tête. Je revérifie parfois certaines choses sur Google mais les erreurs se font désormais plus rares, mais pas absentes ce qui reste quand même un bémol important. L’outil est d’autant plus puissant que la langue n’est plus une barrière dans nos recherches car l’outil cherche partout, traduit tout d’une manière satisfaisante et quasi-instantanée. L’intelligence artificielle devient intéressante quand elle ouvre des portes que l’on n’aurait jamais ouverte sinon, mais est beaucoup plus discutable lorsqu’elle vient remplacer certaines compétences. Se pose également la question de l’utilisation du contenu internet par ChatGpt. Dans les statistiques de mon blog, je vois un peu plus souvent ChatGpt comme référent, c’est à dire comme site web ayant accédé à mon blog pour y lire des informations. Il m’arrive même de faire des recherches pointues sur ChatGpt et de tomber sur des informations provenant de mon propre blog. ChatGpt indique un lien vers ses sources, ce qui est une bonne chose et permet d’approfondir les sujets que l’on souhaite en cliquant tout simplement sur le lien. La réalité est que je ne clique pas souvent sur l’article d’origine car les informations de ChatGpt sont déjà très détaillées et répondent en général bien à ma curiosité. L’avantage d’une recherche Google est que ses réponses moins spécifiques peuvent nous faire découvrir des choses inattendues et ouvrir des nouvelles portes. Au final, il est clair que ChatGpt détourne les visiteurs des sites web d’origine, mais ne remplace pas à mon avis l’expérience de consulter les sites web que l’on aime. Avoir recours à ChatGpt pour chercher des informations est devenu pour moi un automatisme qui s’est installé en quelques mois, et je le vois comme une révolution similaire à la recherche web sur Google (ou équivalent).

J’ai savouré le film Nemurubaka (ネムルバカ) vu il y a quelques jours sur NetFlix. Le film est sorti en salles en Mars 2025, réalisé par Yūgo Sakamoto (坂本優伍) et adapté d’un manga de Masakazu Ishiguro (石黒正数). J’ai tout de suite accroché à ce film qui mélange drame intimiste et musique rock, avec quelques pointes d’humour absurde. Le terme Nemurubaka utilisé dans le titre du film et du manga a été inventé par le mangaka Masakazu Ishiguro, et entend évoquer une jeunesse qui sommeille sans but, qui perd du temps en laissant passer ses rêves. Dans le film, ce titre reflète bien l’état d’esprit initial des deux héroïnes, jeunes universitaires colocataires un peu perdues dans leur vie, la laissant filer sans objectifs forts. Elles sont interprétées à l’écran par Shiori Kubo (久保史緒里) du groupe d’idoles Nogizaka46 qui joue le rôle de Yumi Irisu et par Yūna Taira (平祐奈) dans le rôle de Ruka Kujirai. Yumi est une jeune femme qui prend la vie comme elle vient, travaillant à temps partiel dans une vidéothèque, tandis que Ruka est une musicienne évoluant dans un groupe rock. Elle a du talent mais elle et son groupe sont en difficulté financière. La vie des deux jeunes filles est bouleversée lorsque Ruka se voit proposer un contrat par une maison de disques. J’aime beaucoup les situations qui se construisent entre ces personnages. Ruka est la sempai de Yumi et se crée entre elles une sorte de relation respectueuse mais qui dérape souvent. Le film Nemurubaka me rappelle assez l’ambiance des films du réalisateur Rikiya Imaizumi (今泉力哉), car on y trouve une manière similaire de dresser des portraits d’une jeunesse japonaise explorant leurs rêves, leurs incertitudes et la recherche d’une place dans le monde. On y capte une émotion proche des préoccupations ordinaires et un même mélange de la mélancolie de la jeunesse qui passe, du temps qui glisse doucement, et de l’espoir qui ne disparaît jamais vraiment. Cette poésie de l’ordinaire basée sur la fragilité des liens entre les êtres me plaît beaucoup dans le film Nemurubaka.

Je ne saurais dire combien de fois j’ai écouté l’album u:phobia de l’artiste Japano-Américaine Emma Aibara, tant j’aime ce son. Elle est basée à Tokyo et après quelques années passés dans un groupe de rock, elle a entamée une carrière solo en 2022. Sa musique mélange les genres mais s’apparente au breakcore, incluant des éléments de rock métal, de la drum & bass, des cris et des moments beaucoup plus flottants, le tout avec une émotion palpable à tous instants. L’album u:phobia sorti le 22 Août 2025 est excellent de bout en bout. La très grande majorité des 12 titres s’enchaînent sans interruption évidente ce qui donne une unité à cet album. Il reste très condensé, pour ses multiples variations et idées sonores au sein d’un même morceau et pour sa relative brièveté (30 minutes en tout). Le premier morceau intitulé u:phobia comme l’album nous met tout de suite dans l’ambiance avec un cri qui est apaisé par une voix beaucoup plus mélodique mais qui se fait vite rattraper par des lourdes guitares et un rythme rapide et syncopé basé sur l’emblématique break Amen Brother de The Winstons. Emma utilise fréquemment ce break de batterie comme base rythmique, mais l’associe à des guitares saturées, des textures shoegaze et des sons électroniques, créant une texture sonore tout à fait unique. Sans s’en rendre compte, on bascule sur le morceau suivant escape mode qui reprend les mêmes rythmes et ambiances. Emma Aibara joue sans cesse entre le chaud et le froid et le troisième morceau you will know est peut-être son plus réussi. Il est plus planant et mélodique mais on attend irrésistiblement les moments où elle va se mettre à dégager sa rage en criant. Il y a quelque chose d’un peu schizophrénique dans cette musique, mais de clairement libérateur comme une échappée. L’album se compose d’une sorte de fusion entre une énergie hardcore électronique et une intensité rock émotionnelle. Le mélange des genres fonctionne terriblement bien. l’album sait prendre des pauses, comme sur le morceau I can’t go back, qui nous offre des moments suspendus et rêveurs. La rage n’est pourtant jamais très loin et on sent que la machine peut se remettre en route soudainement. J’adore par exemple l’atypique morceau (dis).com★ rempli de glitches électroniques et ponctué par une lourde basse. Ces sons n’ont pour sûr rien de reposant mais on se régale à écouter ses enchevêtrements quasi-architecturaux de sons passant entre expérimentations et ambiances rock plus ’classiques’. Il y a beaucoup de ’meilleurs morceaux’ sur cet album car ils évoluent pour moi à chaque écoute. Mon préféré est parfois + ever again + puis temporary cure. Comme le titre de l’album l’indique, il y a une thématique d’angoisse intérieure et de confrontation avec soi-même qui parcourt cet album. Les morceaux it’s all in my head et you’ve scared of me en sont des exemples. Il n’y a pourtant rien de pesant dans cette écoute, et on a rapidement envie de le réécouter car on a l’impression de ne pas avoir saisi tous ses soubresauts. Cet album rentre facilement dans la liste des albums que je préfère cette année.

La “blogosphère francophone parlant du Japon” ou ce qu’il en reste est massivement si pas totalement articulée autour du fantasme sincère ou marchand de générations qui ne sont plus ni la votre ni la mienne. Le “blog” en soi comme plateforme d’exposition n’est pas en cause. C’est plutôt l’écriture dans sa forme diariste ou chroniques au sens très large exposée sur des blogs, sa disparition vers ailleurs ou surtout disparition pure et simple qui est le sujet déjà bien ancien. Les acteurs de ce “mouvement” au début des années 2000 sont ailleurs, y compris mentalement. Rares étaient celles et ceux dédiés à l’écriture dès le départ. Ecrire sur le Japon parce que l’on y réside est devenu une forme d’auto-restriction qui impacte sur la possibilité d’écrire quand l’envie d’écrire demeure. Merci de ne pas publier en clair ce commentaire. Je ne souhaite pas m’exposer.
Bonjour ! Je me permets de garder votre commentaire mais sans montrer le nom et l’adresse, ce qui répond peut être, je l’espère, à votre demande de non-exposition. Mais je crois voir que vous maintenez toujours une exposition blog, ce que je ne savais pas avant votre commentaire. Je suivais discrètement mais sûrement votre blog précédent, il y a longtemps maintenant. C’est une époque révolue depuis longtemps, je suis bien d’accord. Dans WordPress, je ne sais en fait pas comment ne pas publier en clair sans que le commentaire apparaisse en rouge dans la liste des commentaires en modération, ce qui me perturbe d’autant plus que je n’ai pas trop envie d’effacer ce commentaire car le dernier que vous avez laissé sur mon blog date d’il y a 19 ans! Je m’en souviens très bien car il m’avait laissé assez perplexe. L’envie d’écrire est toujours présente et me fait continuer mais sans prétention aucune. Je ressens qu’elle répond à un besoin, celui de m’exposer peut être un peu quand même, mais surtout de partager quelque chose en espérant qu’on puisse me rendre l’appareil et m’orienter vers d’autres choses.
Bonjour Frédéric,
Et bien personnellement je ne suis pas encore convaincu par Chatgpt, ni par son petit cousin français le chat de mistral. Le 22 septembre dernier, j’ai donné une nouvelle chance aux IA de me convaincre de les utiliser. Cela fait des années que j’attends le successeur de Yoshu Fukushu, le dernier album de Maximum The Hormone qui date quand même de 2013. J’ai un peu fureté sur internet, mais ne trouvant rien sur les sites français et anglais, et ma compréhension sur les sites japonais étant limitée, je tente la demande suivante : « En vérifiant sur les sites de langue japonaise, peux-tu me dire si le groupe japonais appelé Maximum The Hormone a l’intention de sortir un nouvel album ? »
Selon Chatgpt et le chat, aucun nouvel album d’annoncé. Sauf que l’un complète son propos en m’apprenant que le dernier album « Yoshu Fukushu » date de 2018 (c’est faux, il date de 2013. Et le wikipedia japonais est correcte sur ce point) et l’autre me retourne que le dernier album « Koi no mega lover » date de 2023 (c’est faux, ce n’est pas un album, et le single ne date pas de 2023). C’est donc pénible et personnellement ça ne m’encourage pas du tout à poursuivre mes recherches avec ces outils qui se trompent et nous trompent sur des notions aussi basiques qu’une date.
Sans compter qu’on nous parle d’un cout écologique sans commune mesure par rapport à une recherche google (mais c’est un autre débat…)
Salut Nicolas, il faut en effet toujours garder un œil critique sur ce que fournit ChatGpt mais je constate personnellement une évolution positive. Je revérifie de temps en temps certaines réponses qui me paraissent douteuses, mais je n’ai pas remarqué de gros problèmes ces derniers temps. En cherchant sur ChatGpt à l’instant, il ne fait pas l’erreur que tu mentionnais sur la date du dernier album du groupe (2013). J’avais installé Le chat français mais je ne l’ai jamais vraiment utilisé. Je n’ai pas confiance en Grok, donc je reste uniquement sur ChatGpt. La question que je me pose est si les utilisateurs font comme toi et moi et vérifient l’information quand subsiste un doute. Le danger est que ces erreurs deviennent des nouvelles vérités quand personne n’aura plus le courage et la volonté de vérifier les informations. ChatGpt assouvit en fait chez moi une partie de ma curiosité naturelle, et me fait même me poser des questions que je n’aurais pas eu l’idée ou la patience d’aller chercher sur Google. Il m’apporte et m’oriente parfois sur quelque chose de nouveau, ce qui me plait bien. Comme tout, il faut l’utiliser avec modération et pas exclusivement. J’entends même déjà parlé de phénomènes d’addiction envers ces outils IA, ce qui ne m’étonne pas beaucoup et me fait un peu peur. Mais je me suis persuadé de voir le positif dans cet outil, même au niveau des images d’ailleurs. J’ai par exemple découvert récemment des œuvres vidéo particulièrement impressionnantes d’un certain Fredrik Jonsson, que je n’imaginerais que très difficilement en images à effets spéciaux traditionnels.
Salut Frédéric,
Oui, et ce n’est qu’un début. Je vois des publicités d’IA « compagnon » qui sont prêts à nous aider dans tous les compartiments de nos vies, même pour faire ses courses alimentaires ! Les phénomènes d’addiction sont à craindre, de même qu’une altération des relations humaines qui vont progressivement s’hybrider avec la machine. Côté humain, on peut projeter des émotions dans la relation avec la machine et malheureusement il y a déjà des couples qui en souffrent, car l’un des deux partenaires s’est affectivement investi et est même tombé amoureux de son IA.
Je ne m’inquiète pas de ton utilisation mais savoir que ces outils sont à la portée de tous me préoccupe un peu je dois dire.