



Tōjō-tei (戸定邸) est une résidence historique de la famille Tokugawa située à Matsudo dans la préfecture de Chiba. Elle a été construite pendant la période Meiji, achevée en 1884 après environ deux ans de construction. Il s’agissait de la résidence de Tokugawa Akitake (徳川昭武), le dernier seigneur du domaine de Mito et frère cadet du dernier shogun du Japon Tokugawa Yoshinobu. L’ensemble architectural est un témoignage du style de vie d’un ancien daimyo à une époque où le Japon passait du système féodal à la modernité. On trouve dans ce bâtiment une architecture japonaise traditionnelle raffinée associée à des éléments d’influence occidentale qui sont caractéristiques de l’ère Meiji. La résidence se compose de neuf pavillons, reliés par des couloirs, formant un grand ensemble de 23 pièces. On se perdrait volontiers dans le labyrinthe de pièces et de couloirs de cette demeure, mais on ne perd jamais de vue le vaste jardin qui attire notre regard. Nous avons laissé nos chaussures à l’entrée et nous avançons doucement sans faire de bruit sur le tatami. Nous gardons le silence ou parlons naturellement à voix basses car nous ne sommes que des invités passagers dans cette résidence. Le long du couloir de la véranda Engawa, les panneaux coulissants de verre sont entrouverts pour laisser passer un filet de vent provenant du jardin. Le seul bruit que l’on perçoit est celui du vent qui fait trembler par vagues les panneaux de verre de manière imprévisible. La demeure est située sur une colline. Depuis la pièce principale donnant sur le jardin, on devine au loin le Mont Fuji qui se dégage des nuages. On trouve dans cet endroit qui s’échappe de la ville une sérénité certaine.

J’avais bien sûr l’intention de parler du nouvel album Don’t Laugh It Off de Hitsuji Bungaku (羊文学) sorti le 8 Octobre 2025. Je l’ai acheté dès le jour de sa sortie en version digitale car je me suis rendu compte que parmi les treize titres de l’album, il y en avait un certain nombre que j’avais déjà en digital à savoir les singles Burning, Map of the Future 2025 (未来地図2025), tears, Feel et Koe (声). Chacun des autres morceaux est un single en puissance car ils ont cette même balance subtile entre un son indie et une approche pop accrocheuse qu’elles ont développé depuis quelques années. On pourra dire que c’est la recette du groupe qu’elles appliquent très bien sans grande prise de risque, ce qui n’est pas faux. Mais chaque morceau évolue dans une telle fluidité et facilité apparente qui poussent à une certaine idée de perfection. Je pense à cela en réécoutant le single Feel, mais on pourrait très bien le penser pour un nouveau morceau comme Itōshii Hibi (いとおしい日々). J’ai un faible pour le morceau Doll qui est beaucoup plus noisy, à la limite du shoegaze. C’est un aspect du groupe qu’on retrouve un peu plus en concert car Moeka (塩塚モエカ) et Yurika (河西ゆりか) aiment aussi laisser traîner les guitares jusqu’à l’embrasement. Le son de Doll me rappelle un peu le morceau Addiction de l’album précédent qui était également un de mes préférés. Écouter ce nouvel album me rappelle encore que Moeka a une voix exceptionnelle et inimitable qui, j’ai l’impression, s’améliore d’album en album. Je m’en souviens avoir été impressionné par le morceau Koe à sa sortie en single. Ce chant nous attrape et ne nous laisse pas nous échapper jusqu’à la fin du morceau, ou de l’album en l’occurence car ce genre de petites pépites pop-rock s’enchaînent les unes après les autres sans vraiment de temps morts. Enfin, le centre de l’album Haru no Kaze (春の風), Ai ni Tsuite (愛について) baisse un peu en régime par rapport aux autres morceaux de l’album. Le rythme reprend en fait assez vite avec le très beau cure accompagné d’une guitare très métallique. Dans les nouveaux morceaux, j’aime aussi beaucoup Runner (ランナー) qui me fait un peu penser dans l’esprit à la musique rock d’Asian Kung-fu Generation. Cette influence n’est pas improbable car Moeka à déjà chanté avec le groupe en 2020 sur un morceau intitulé I want to Touch You and Be Sure (触れたい 確かめたい). Le plus gros single de l’album est incontestablement Burning, c’est un peu l’equivalent du More than words de l’album précédent. J’avais un peu oublié l’aspect abrasif des guitares du début de ce single. Il y a souvent chez Hitsuji Bungaku ce contraste entre la voix très affirmée mais mélodique de Moeka adoucie par le chant de Yurika et les guitares puissantes très rock alternatif. Le dernier morceau Don’t laugh it off anymore est assez différent du reste, plus rêveur avec ses éléments atmosphériques électroniques. Ça donnerait envie d’entendre le groupe dans un registre plus expérimental qui pourrait être une direction intéressante si leur maison de disque leur laissait la main libre, sachant que le groupe a désormais un bon pied dans le mainstream. En en parlant de reconnaissance dépassant le monde du rock indépendant, la question se pose maintenant de savoir si le groupe fera sa première apparition à l’émission Kōhaku Uta Gassen de la NHK au réveillon. Les pronostics sont ouvert et je parie que oui. Et pendant ce temps là, Moeka et Yurika, accompagnée comme toujours de leur batteuse d’appoint Yuna, se promènent à Europe pour leur première tournée dans cette partie là du monde, en passant bien sûr par Paris. Cela donne l’occasion d’une vidéo amusante à Paris, devant les monuments de la ville et la salle L’Alhambra où elles ont joué le 15 Octobre 2025.

Pour référence ultérieure, la photographie de couverture de l’album Don’t laugh it Off de Hitsuji Bungaku a été prise sur la plage de Wada (和田長浜海水浴場) dans la péninsule de Miura. La station la plus proche est Misakiguchi (三崎口駅) qui est le terminus de la ligne Keikyū. Je suis déjà allé à la plage près de Misakiguchi il y a plus de vingt ans, mais je ne suis pas certain qu’il s’agissait de celle-ci.
Bonjour Frédéric, malheureusement c’est un pari perdu…
Personnellement j’aurai parié (ou aimé voir ) sur Kroi mais c’est perdu également.
Salut Nicolas, oui, c’est malheureusement un pari perdu et c’est bien dommage, mais ça montre bien le manque de « vision » des organisateurs de Kohaku. Kroi au Kohaku me paraît plus osé, mais en même temps ils sont apparemment passé en Septembre dans une émission musicale de la NHK, Venue 101.
salut Frédéric, ah tiens ? Je n’aurai pas pensé que Kroi soit un choix « osé ». En fait je n’ai aucune idée de s’ils ont une réputation d’enfants terribles ou s’ils sont plutôt complaisant avec les institutions. Question look, ils ne sont pas en reste mais qui ne l’est pas au Japon ? Ont-ils des paroles sulfureuses ? En tout cas musicalement – pour les amateurs du genre – c’est un petit bijou.
Salut Nicolas, je pensais à « osé » plutôt dans le sens où la NHK ne fait pas de paris sur l’abenir, en mettant en avant un/une artiste ou groupe qui n’est pas déjà confirmé comme étant mainstream, ce qui est dommage. Il n’y a pas de mise en avant d’artistes « prometteurs ». Mais je trouve que ça manque de toute façon sur toutes les émissions musicales au Japon, NHK ou pas. Pour Kroi, je ne me suis pas vraiment penché sur les thèmes qu’ils abordent mais je ne pensent pas qu’ils soient perçus comme des enfants terribles, et ils savent à priori s’adapter aux conditions dans lesquelles ils vont jouer.