(passages flottants) (courbes de fin d’été)

Depuis le passage Yurakucho Concourse, qui perd petit à petit ses lettres (de noblesse), je gagne ensuite Harajuku pour aller voir un nouveau bâtiment, le Harajuku Quest, conçu par Shohei Shigematsu, associé principal du cabinet d’architecture Office for Metropolitan Architecture (OMA). OMA est l’agence d’architecture basée à Rotterdam de l’architecte Rem Koolhaas. Il s’agit en fait d’une reconstruction du bâtiment du même nom, engagée par le promoteur NTT Urban Development. L’aile de la déesse grecque Niké, installée sur la façade de verre aux lignes courbes, nous laisse fortement penser qu’une grande marque de sport va occuper une bonne partie des lieux (il faudra vérifier). Harajuku Quest n’était pas encore ouvert lors de mon passage, mais on peut au moins apprécier ses lignes courbes et obliques depuis la rue. Lorsque je descends jusqu’à Harajuku depuis Omotesando, j’aime bien passer devant une petite galerie d’art contemporain, qui vient d’ailleurs tout juste de changer de nom depuis le mois de septembre. Elle s’appelle maintenant (ano) (gallery) et est accompagnée d’une boutique nommée (ano) (mise). L’espace a été inauguré le 5 septembre 2025, et sa première exposition met en avant les affiches artistiques du collectif Ukiyotokyo (浮世東京) Graphical Tokyo.

J’avais déjà parlé de la chanteuse chinoise Li Zelong (李泽珑) pour son single Habits (習癖), écrit, composé et arrangé par Seiji Kameda, qu’elle chante en japonais avec une influence certaine de Sheena Ringo. Je me tourne maintenant vers trois autres singles sortis en 2022, avec d’abord 出什麼牌最危險 (Chū Shénme Pái Zuì Wēixiǎn, qu’on peut traduire par Which Card Is the Most Dangerous), sorti le 21 octobre 2022, qu’elle chante en japonais et en mandarin. Le morceau pop est très vif, et j’aime beaucoup la manière rapide avec laquelle elle alterne les deux langues avec beaucoup de dextérité (on sent quand même un peu son accent en japonais). Je suis surpris ces derniers temps, depuis Faye Wong, d’aimer la musicalité du mandarin ou du cantonais. Le single 你的秋冬是我的春夏 (Nǐ de Qiūdōng Shì Wǒ de Chūnxià, qu’on peut traduire par Your Autumn and Winter Are My Spring and Summer), sorti le 12 octobre 2022, est entièrement chanté en mandarin. Ce morceau est plus posé, mid-tempo, par rapport au précédent. Il y a ensuite le plus frénétique 背著誰流淚 (Bèizhe Shuí Liúlèi, qu’on traduira par Crying Behind Someone’s Back), qui sonne comme les morceaux d’electro-pop du début des années 2020. Ce morceau est sorti le 23 septembre 2022. Malgré leurs différences, j’entrevois ces trois singles de Li Zelong comme un petit ensemble cohérent, exprimant plusieurs facettes d’une même émotion, parfois pleine d’une énergie et d’une tension joyeuse, parfois beaucoup plus mélancolique. Je pense que les similarités des photographies de couverture jouent sur cette cohérence. On est ici à la croisée des chemins entre la Cantopop indie et la J-POP. Il faut aussi rappeler que Li Zelong est distribué par la branche de Hong Kong de la maison de disques japonaise Avex.

Je suis depuis quelque temps Li Zelong sur Instagram, car elle passait la période estivale à Tokyo, et j’étais curieux de voir d’éventuels indices d’une nouvelle collaboration avec Seiji Kameda (mais je n’en ai trouvé aucun). La coïncidence veut que je découvre ces trois singles de 2022 au moment où elle reprend l’avion pour Shanghai. Li Zelong marque plusieurs fois sur Instagram son appréciation pour la musique de Tokyo Jihen et Sheena Ringo, avec une petite reprise dansante, en tenue d’infirmière, du morceau Netsuai Hakkaku-chū (熱愛発覚中) de l’album Ukina (浮き名) de Sheena Ringo, avec son amie la bassiste ReRe (阿惹妹妹), et en s’habillant de l’emblématique yukata blanc de Tokyo Jihen lors des feux d’artifice estivaux.

Osaka Expo 2025 (8)

Extérieur du Pavillon United Arab Emirates par Earth & Ether Design Collective.
Intérieur du Pavillon United Arab Emirates.
Spectacle devant le Pavillon United Arab Emirates.
Pavillon du Qatar par Kengo Kuma.
Vue sur le Grand Anneau au niveau du Pavillon United Arab Emirates.
Women’s Pavillon in collaboration with Cartier par Yuko Nagayama.
Vue sur le Pavillon de la France depuis le Grand Anneau.

Vers la fin de l’après-midi, l’accès aux pavillons semble plus aisé et nous pouvons, sans trop d’attente, visiter le grand pavillon des Émirats Arabes Unis. Il se compose d’un unique grand espace sous une toiture courbe et oblique, contenant une multitude de gigantesques colonnes placées de manière apparemment aléatoire. L’espace devient une sorte de labyrinthe dans lequel on s’aventure. Certains aspects du pays sont présentés dans cet espace, qui contient également un restaurant accessible par une autre file d’attente. Chaque pavillon possède son tampon que l’on peut collectionner dans un petit carnet de type Stamp Rally. Il y a bien entendu une file d’attente devant chaque tampon encreur à l’intérieur du pavillon. On ne s’est pas lancé dans cette chasse aux tampons, car nous n’avions pas le carnet adéquat. J’imagine maintenant très bien pourquoi certains sont prêts à arriver très tôt à l’Expo et à faire de longues files d’attente pour obtenir les tampons des pavillons qui leur manquent. Il y a évidemment un sentiment de manque lorsqu’il ne reste plus que deux ou trois tampons à collectionner pour terminer son carnet. Si ma compréhension est exacte, l’Expo proposait à la vente des passes permettant un accès à l’Expo sur différentes journées. Ce genre de passes crée, à mon avis, le phénomène de surcongestion qui semble s’aggraver ces derniers jours. Il y a un engouement assez irrationnel pour l’Expo et le personnage de Myaku-Myaku. Je suis par exemple passé dernièrement à la boutique de l’Expo au quatrième étage de la grande librairie Maruzen, près de la station de Tokyo, et il y avait une foule digne de celle présente à l’Expo. À la sortie du pavillon des Émirats, un groupe de chanteurs et de musiciens s’était installé pour interpréter un chant traditionnel sur une musique à base de percussions. Cet ensemble m’a beaucoup plu et nous a fait voyager pendant quelques minutes.

Nous avons pu entrer facilement dans le pavillon du Qatar, situé juste à côté de celui des Émirats. Son architecture en forme de tente est très intéressante et élégante. Elle a été conçue par Kengo Kuma, qui semble avoir profité de cette Expo pour nous proposer des architectures qui s’éloignent de ses traditionnelles lamelles de bois. L’intérieur présente principalement le pays en photographies et vidéos. C’est agréable de pouvoir découvrir certains paysages d’un pays de cette manière, mais dans l’ensemble, l’esprit de l’Expo n’était pas vraiment pédagogique. Mon fils a été déçu de cela, car il imaginait que l’Expo lui donnerait des visions du futur, ce qui n’était pas le cas dans les pavillons que nous avons visités. Je pense qu’on avait tous en tête, sans l’avoir vue bien sûr car on n’était pas nés, l’Expo Osaka ’70, qui était révolutionnaire pour l’époque. L’avenir dira si l’exposition de 2025 aura un impact similaire sur la population, mais il est très possible que oui. Pour l’amateur d’architecture que je suis, cet endroit était merveilleux et vaut le déplacement, ne serait-ce que pour le grand anneau de Sou Fujimoto. « Ah, le voilà », était ma réaction en voyant le Grand Ring pour la première fois à notre arrivée à l’entrée Ouest.

À notre sortie, le soleil commençait déjà à se coucher et l’on remarque qu’une partie de la foule s’est déplacée sur la voie piétonne au-dessus du grand anneau. Des spectacles de jets d’eau et de drones auront lieu plus tard vers 19 h et 20 h. Les visiteurs réservent déjà leurs places et attendent. Nous marchons également sur le grand anneau en nous disant qu’on aurait dû en profiter davantage. Notre train Shinkansen pour Tokyo part de la station de Shin-Osaka à 21 h, et il est donc déjà temps de penser à rentrer. J’ai l’impression que je garderai des images fortes de cet endroit. Nous rentrons par la station de Yumeshima, avant le spectacle de jets d’eau, en pensant éviter la foule, mais ce n’est pas vraiment le cas. Le train du retour est bien rempli, mais moins qu’aux heures de pointe à Tokyo. Nous revenons vers Honmachi pour reprendre une ligne nous amenant à Shin-Osaka. La fatigue nous gagne et j’ai des ampoules aux pieds. La mauvaise surprise à notre arrivée à Shin-Osaka est que tous les Shinkansen sont arrêtés et ont donc du retard, car une personne a eu la tragique idée de se jeter sur les voies quelque part à Shiga. Ce n’est malheureusement pas une chose rare. Nous restons dans l’attente de connaître notre heure de départ pendant une bonne demi-heure. Notre train partira finalement avec 50 minutes de retard, nous faisant arriver à la maison vers 1 h du matin. Être assis dans le Shinkansen avec un bento pour dîner était un discret moment de bonheur. À notre arrivée à Shinagawa après minuit et demi, les trains de la ligne Yamanote avaient déjà terminé leur service. Mon fils m’a surpris en restant philosophe et en me disant que tous ces aléas feront bientôt partie des bons souvenirs dont on s’amusera dans quelques années.

Visiter l’Expo d’Osaka 2025 m’a donné envie de voir des photographies de l’Expo de 1970, pour observer les différences. Un long film de presque trois heures sur cette Expo ’70 est également disponible sur YouTube. L’exposition universelle de 1970 avait lieu au nord d’Osaka et il n’en reste maintenant qu’un parc commémoratif (万博記念公園) où se dresse encore la fameuse Tour du Soleil (太陽の塔), œuvre emblématique de Tarō Okamoto. Ce symbole remarquable de l’Expo ’70 est ouvert au public avec une scénographie retraçant l’Expo et l’univers d’Okamoto. Il ne reste rien des pavillons de l’Expo, dont le design avait été supervisé à l’époque par Kenzō Tange avec plusieurs autres architectes japonais. Je n’ai pas saisi de clins d’œil forts entre les expositions de 1970 et 2025, à part dans leurs œuvres architecturales remarquables. Il devait certainement y en avoir. On dit que la Tour du Soleil de 1970 et le personnage mascotte Myaku-Myaku de 2025 incarnent une même idée d’énergie vitale et d’avenir. Ils sont clairement étranges et organiques, populaires et énigmatiques.

Osaka Expo 2025 (7)

Installation Conviviality par Tomas Saraceno.
Forest of Tranquility par Hiroki Kutsuna & Nikken Sekkei
Installations The Hidden Plant Community par Stefano Mancuso & PINAT.
Zone de repos Resting Area 4 par Daisuke Hattori, Saori Hattori/MIDW & Yudai Niimori.
Pavillon de la Corée du Sud par Urban Intensity Architects & Nikki.
Pavillon de l’Union Européenne.
Pavillon de Singapour par DP Architects.
Pavillon de la République Tchèque par Apropos Architects.
Pavillon de la Colombie par Atelier MORF.

Le centre vide de l’Expo d’Osaka 2025 est occupé par un espace naturel aménagé nommé Forêt de la Tranquillité. Ce nom me rappelle chaque fois le titre de la trilogie romanesque La Mer de la fertilité de l’écrivain Yukio Mishima. Cette forêt porte en tout cas assez bien son nom, car elle est beaucoup plus tranquille que le reste de l’Expo. J’ai même réussi à y prendre une photographie sans âme qui vive. La forêt est très bien aménagée, avec un étang en son centre et des allées agrémentées d’installations artistiques. J’aime beaucoup les drôles de nids d’abeilles (c’est ce que cela m’évoque immédiatement) suspendus par l’artiste Tomás Saraceno. Comme je le mentionnais dans un précédent billet de cette longue série de photographies, chaque détail et recoin de l’Expo a été réfléchi et stylisé. C’est également le cas des quelques aires de repos disséminées sur le site, comme celle nommée Resting Area 4, conçue par Daisuke et Saori Hattori & Yudai Niimori. Le terrain et sa toiture grillagée ondulent comme des vagues.

Parmi les nombreux pavillons de l’Expo, je me suis fait la réflexion qu’aucun n’a été signé par Tadao Ando, pourtant originaire d’Osaka. Il intervient par contre sur l’Expo comme conseiller (Senior Advisor). Je me suis en fait dit que l’architecture de béton de Tadao Ando ne s’adaptait pas vraiment à des pavillons éphémères, amenés à disparaître après quelques mois.

Intérieur du Pavillon de la Colombie

Notre petit groupe s’est finalement réuni en deuxième partie d’après-midi et nous avons tenté de visiter quelques pavillons, en commençant par celui de la Colombie. Il n’y avait pas de file d’attente attitrée, mais l’entrée s’est miraculeusement ouverte lors de notre passage, ce qui nous a permis d’y entrer après une petite dizaine de minutes d’attente. Nous avons eu moins de chance pour les pavillons tchèque et maltais, que nous étions curieux de visiter. Cette petite déception a été compensée par une pause boisson au pavillon maltais. J’y ai acheté une bière maltaise, tout en me pinçant en voyant le prix annoncé de 1 400 yens. L’inflation à l’Expo d’Osaka est particulièrement marquée. La bière n’en était heureusement pas moins rafraîchissante, et je n’ai pas boudé mon plaisir, assis sur un des bancs du parc à proximité de l’eau de la Water Plaza. Ces quelques minutes de repos nous ont redonné un peu de force pour terminer notre visite, qui se conclura avec le prochain billet.

Osaka Expo 2025 (6)

Extérieur du NTT Pavillon par NTT Facilities Inc.
Intérieur du NTT Pavillon par NTT Facilities Inc.
Sumitomo Pavillon par Dentsu Live & Nikken Sekkei.
Pop-up Stage (Outer East) par Motosuke Mandai.
Wolf Benches par Tomoko Konoike au bord du bassin de l’Osaka Healthcare Pavillon – Nest for Reborn par Tohata Architects & Engineers.
Vue sur le Grand Anneau conçu par Sou Fujimoto.
Pavillon de la Malaisie par Kengo Kuma.
Pavillon des Philippines par Carlo Calma & cat,1053.CO.
Pavillon des Philippines par Carlo Calma & cat,1053.CO.
Pavillon de l’Irlande par Government of Ireland.

Je parcours ensuite de manière méthodique les pavillons japonais situés dans le grand espace de l’entrée Est. Ce sont principalement des pavillons dédiés à de grands groupes japonais comme Mitsubishi, Sumitomo ou NTT. Le pavillon NTT était en partie accessible, ouvert sur un petit jardin aux murs couverts de tissus colorés. Des câbles verticaux émettaient des notes de musique lorsqu’on les touchait de la main, créant une symphonie étrange. Au détour des pavillons, je reconnais la touche artistique de Tomoko Konoike sur des bancs en forme de loups disposés autour du bassin de l’Osaka Healthcare Pavilion. Ces loups m’ont tout de suite semblé familiers.

Il faut à tout moment avoir une petite carte de l’Expo avec soi, car on pourrait s’y perdre assez facilement, ou plutôt perdre du temps en n’empruntant pas les bons chemins. Je me rends compte qu’il y a des recoins que je n’avais pas encore explorés, ce qui me fait revenir vers la zone Ouest de l’anneau par où nous étions initialement entrés. J’ai marché environ 26 000 pas pendant cette journée. Je pensais dépasser mon record de pas en une journée, qui doit être autour de 30 000, mais ce n’a finalement pas été le cas. Je me situe en ce moment à 10 000 pas en moyenne par jour depuis le début de l’année, ce qui est, je pense, une bonne moyenne.

Osaka Expo 2025 (5)

EXPO National Day Hall par Akihisa Hirata.
EXPO National Day Hall par Akihisa Hirata.
Pavillon du Portugal par Kengo Kuma.
Vue d’ensemble depuis l’Est du grand anneau.
EXPO Hall par Toyo Ito.
Pavillon du Canada par Rayside Labossière & Guillaume Pelletier.
Pavillon du Qatar par Kengo Kuma.
Pavillon de la France par Thomas Coldefy & Carlo Ratti.
Pavillon des United States of America par Trey Trahan.
Electric Power Pavillon – Eggs of Possibilities par Dentsu Live & Nikken Sekkei.

J’évolue ensuite dans la zone Empowering Lives, qui est certainement la plus grande section de l’Expo, et dont la bordure Est comprend l’entrée principale. Cette zone est la plus dense en visiteurs mais, comme la foule se concentre dans les files d’attente devant certains pavillons, on peut tout de même trouver des espaces où circuler librement. On y trouve des bâtiments à l’architecture très intéressante comme l’EXPO National Day Hall conçu par Akihisa Hirata. La structure de l’édifice est légère, placée au-dessus d’un bâtiment plus traditionnel ressemblant à un petit sanctuaire. Ce bâtiment très élégant est situé en bordure du parc, près de l’océan. On imagine assez bien que sa structure fragile n’est pas faite pour durer. Elle paraît en tout point éphémère, et c’est même ce qui fait sa beauté et son intérêt. Un peu plus loin, on trouve le fameux EXPO Hall, surnommé Shining Hat, conçu par Toyo Ito. Ce bâtiment, qui accueillait la cérémonie d’ouverture et certainement celle de fermeture, se compose d’un disque doré posé sur une base cylindrique. Cet édifice immédiatement remarquable représente une sorte d’antenne parabolique transmettant et recevant des informations. Ce pavillon est accessible uniquement sur réservation préalable et il est donc très difficile de le visiter. Un collègue ayant visité l’Expo à la fin du mois d’avril (le mois d’ouverture) m’a fait part du fait que le pavillon était bien sous réservation la journée à cette époque, mais devenait ouvert au public le soir. Il y avait beaucoup moins de monde au début de l’Expo, ce qui me fait un peu regretter de ne pas nous être décidés à y aller plus tôt. J’ai pu au moins profiter de son extérieur, comme pour un grand nombre de pavillons, celui-ci ayant la particularité visuelle de ressembler à un trou dans le ciel. Il semble tout droit sorti de l’imagination du manga Doraemon. Ce rapprochement me revient soudainement en tête car il y a un épisode où Doraemon fait transiter des robots dans un monde parallèle grâce à un trou dans le ciel. Mes photographies ne rendent pas vraiment cette impression, mais ce bâtiment n’en reste pas moins poétique et élégant, comme un bel objet d’art.

Le pavillon français est de grande taille et est très bien placé sur le site de l’Expo. Je dirais qu’il occupe, avec le pavillon américain, un espace privilégié au niveau de l’entrée principale (l’entrée Est), après avoir traversé le grand anneau. On disait qu’il fallait au moins quatre heures d’attente pour y entrer, car il était accessible sans réservation. Plusieurs bâtiments de pays étrangers ont été conçus par Kengo Kuma, ce qui m’a étonné. Le pavillon malaisien, construit de lamelles de bois, est typique de l’architecture de Kuma, mais les pavillons du Qatar et du Portugal ont une apparence bien différente et très intéressante. Dans la chaleur de l’après-midi, les bassins d’eau devant certains pavillons, comme celui du Qatar, apportaient une certaine fraîcheur. Le pavillon du Canada en forme d’iceberg sur une banquise pouvait également donner une impression de fraîcheur, mais il fallait tout de même un peu d’imagination. Nous sommes près de l’océan et le vent marin parvenait jusqu’à nous. Il y a assez peu d’endroits où se protéger du soleil, mais on pouvait tout de même prendre refuge sous le grand anneau.

Tous ces pavillons, tous plus originaux les uns que les autres, m’ont presque fait oublier celui que l’on avait aperçu sur l’île de Maishima, alors que nous nous déplacions le matin du centre d’Osaka jusqu’à l’entrée Ouest de l’Expo. Il ne s’agissait bien sûr pas d’un pavillon en dehors de l’Expo mais de l’usine d’incinération de Maishima (舞洲工場). Elle est remarquable pour son architecture unique et spectaculaire conçue par l’architecte autrichien Friedensreich Hundertwasser, connu pour son style coloré et organique. Les façades ornées de motifs colorés et de mosaïques témoignent d’une fantaisie qui contraste fortement avec la fonction de l’usine. Elle a été conçue en 2001, à distance par Hundertwasser, qui n’a jamais mis les pieds au Japon pour ce projet. L’architecte est décédé en février 2000 et n’a donc pas connu cette œuvre architecturale terminée. L’usine d’incinération de Maishima (舞洲工場) est le seul projet architectural de Hundertwasser au Japon. Ce complexe comprend en fait également un bâtiment voisin qui joue le rôle de station de traitement des boues. À noter, en détail, que la deuxième épouse de Hundertwasser était une artiste japonaise nommée Yuko Ikewada (池和田優子). Ils se sont mariés en 1962. Cette union explique en partie les liens personnels de Hundertwasser avec le Japon dès les années 1960, bien avant ce projet à Osaka.