Osaka Expo 2025 (7)

Installation Conviviality par Tomas Saraceno.
Forest of Tranquility par Hiroki Kutsuna & Nikken Sekkei
Installations The Hidden Plant Community par Stefano Mancuso & PINAT.
Zone de repos Resting Area 4 par Daisuke Hattori, Saori Hattori/MIDW & Yudai Niimori.
Pavillon de la Corée du Sud par Urban Intensity Architects & Nikki.
Pavillon de l’Union Européenne.
Pavillon de Singapour par DP Architects.
Pavillon de la République Tchèque par Apropos Architects.
Pavillon de la Colombie par Atelier MORF.

Le centre vide de l’Expo d’Osaka 2025 est occupé par un espace naturel aménagé nommé Forêt de la Tranquillité. Ce nom me rappelle chaque fois le titre de la trilogie romanesque La Mer de la fertilité de l’écrivain Yukio Mishima. Cette forêt porte en tout cas assez bien son nom, car elle est beaucoup plus tranquille que le reste de l’Expo. J’ai même réussi à y prendre une photographie sans âme qui vive. La forêt est très bien aménagée, avec un étang en son centre et des allées agrémentées d’installations artistiques. J’aime beaucoup les drôles de nids d’abeilles (c’est ce que cela m’évoque immédiatement) suspendus par l’artiste Tomás Saraceno. Comme je le mentionnais dans un précédent billet de cette longue série de photographies, chaque détail et recoin de l’Expo a été réfléchi et stylisé. C’est également le cas des quelques aires de repos disséminées sur le site, comme celle nommée Resting Area 4, conçue par Daisuke et Saori Hattori & Yudai Niimori. Le terrain et sa toiture grillagée ondulent comme des vagues.

Parmi les nombreux pavillons de l’Expo, je me suis fait la réflexion qu’aucun n’a été signé par Tadao Ando, pourtant originaire d’Osaka. Il intervient par contre sur l’Expo comme conseiller (Senior Advisor). Je me suis en fait dit que l’architecture de béton de Tadao Ando ne s’adaptait pas vraiment à des pavillons éphémères, amenés à disparaître après quelques mois.

Intérieur du Pavillon de la Colombie

Notre petit groupe s’est finalement réuni en deuxième partie d’après-midi et nous avons tenté de visiter quelques pavillons, en commençant par celui de la Colombie. Il n’y avait pas de file d’attente attitrée, mais l’entrée s’est miraculeusement ouverte lors de notre passage, ce qui nous a permis d’y entrer après une petite dizaine de minutes d’attente. Nous avons eu moins de chance pour les pavillons tchèque et maltais, que nous étions curieux de visiter. Cette petite déception a été compensée par une pause boisson au pavillon maltais. J’y ai acheté une bière maltaise, tout en me pinçant en voyant le prix annoncé de 1 400 yens. L’inflation à l’Expo d’Osaka est particulièrement marquée. La bière n’en était heureusement pas moins rafraîchissante, et je n’ai pas boudé mon plaisir, assis sur un des bancs du parc à proximité de l’eau de la Water Plaza. Ces quelques minutes de repos nous ont redonné un peu de force pour terminer notre visite, qui se conclura avec le prochain billet.

Osaka Expo 2025 (6)

Extérieur du NTT Pavillon par NTT Facilities Inc.
Intérieur du NTT Pavillon par NTT Facilities Inc.
Sumitomo Pavillon par Dentsu Live & Nikken Sekkei.
Pop-up Stage (Outer East) par Motosuke Mandai.
Wolf Benches par Tomoko Konoike au bord du bassin de l’Osaka Healthcare Pavillon – Nest for Reborn par Tohata Architects & Engineers.
Vue sur le Grand Anneau conçu par Sou Fujimoto.
Pavillon de la Malaisie par Kengo Kuma.
Pavillon des Philippines par Carlo Calma & cat,1053.CO.
Pavillon des Philippines par Carlo Calma & cat,1053.CO.
Pavillon de l’Irlande par Government of Ireland.

Je parcours ensuite de manière méthodique les pavillons japonais situés dans le grand espace de l’entrée Est. Ce sont principalement des pavillons dédiés à de grands groupes japonais comme Mitsubishi, Sumitomo ou NTT. Le pavillon NTT était en partie accessible, ouvert sur un petit jardin aux murs couverts de tissus colorés. Des câbles verticaux émettaient des notes de musique lorsqu’on les touchait de la main, créant une symphonie étrange. Au détour des pavillons, je reconnais la touche artistique de Tomoko Konoike sur des bancs en forme de loups disposés autour du bassin de l’Osaka Healthcare Pavilion. Ces loups m’ont tout de suite semblé familiers.

Il faut à tout moment avoir une petite carte de l’Expo avec soi, car on pourrait s’y perdre assez facilement, ou plutôt perdre du temps en n’empruntant pas les bons chemins. Je me rends compte qu’il y a des recoins que je n’avais pas encore explorés, ce qui me fait revenir vers la zone Ouest de l’anneau par où nous étions initialement entrés. J’ai marché environ 26 000 pas pendant cette journée. Je pensais dépasser mon record de pas en une journée, qui doit être autour de 30 000, mais ce n’a finalement pas été le cas. Je me situe en ce moment à 10 000 pas en moyenne par jour depuis le début de l’année, ce qui est, je pense, une bonne moyenne.

Osaka Expo 2025 (5)

EXPO National Day Hall par Akihisa Hirata.
EXPO National Day Hall par Akihisa Hirata.
Pavillon du Portugal par Kengo Kuma.
Vue d’ensemble depuis l’Est du grand anneau.
EXPO Hall par Toyo Ito.
Pavillon du Canada par Rayside Labossière & Guillaume Pelletier.
Pavillon du Qatar par Kengo Kuma.
Pavillon de la France par Thomas Coldefy & Carlo Ratti.
Pavillon des United States of America par Trey Trahan.
Electric Power Pavillon – Eggs of Possibilities par Dentsu Live & Nikken Sekkei.

J’évolue ensuite dans la zone Empowering Lives, qui est certainement la plus grande section de l’Expo, et dont la bordure Est comprend l’entrée principale. Cette zone est la plus dense en visiteurs mais, comme la foule se concentre dans les files d’attente devant certains pavillons, on peut tout de même trouver des espaces où circuler librement. On y trouve des bâtiments à l’architecture très intéressante comme l’EXPO National Day Hall conçu par Akihisa Hirata. La structure de l’édifice est légère, placée au-dessus d’un bâtiment plus traditionnel ressemblant à un petit sanctuaire. Ce bâtiment très élégant est situé en bordure du parc, près de l’océan. On imagine assez bien que sa structure fragile n’est pas faite pour durer. Elle paraît en tout point éphémère, et c’est même ce qui fait sa beauté et son intérêt. Un peu plus loin, on trouve le fameux EXPO Hall, surnommé Shining Hat, conçu par Toyo Ito. Ce bâtiment, qui accueillait la cérémonie d’ouverture et certainement celle de fermeture, se compose d’un disque doré posé sur une base cylindrique. Cet édifice immédiatement remarquable représente une sorte d’antenne parabolique transmettant et recevant des informations. Ce pavillon est accessible uniquement sur réservation préalable et il est donc très difficile de le visiter. Un collègue ayant visité l’Expo à la fin du mois d’avril (le mois d’ouverture) m’a fait part du fait que le pavillon était bien sous réservation la journée à cette époque, mais devenait ouvert au public le soir. Il y avait beaucoup moins de monde au début de l’Expo, ce qui me fait un peu regretter de ne pas nous être décidés à y aller plus tôt. J’ai pu au moins profiter de son extérieur, comme pour un grand nombre de pavillons, celui-ci ayant la particularité visuelle de ressembler à un trou dans le ciel. Il semble tout droit sorti de l’imagination du manga Doraemon. Ce rapprochement me revient soudainement en tête car il y a un épisode où Doraemon fait transiter des robots dans un monde parallèle grâce à un trou dans le ciel. Mes photographies ne rendent pas vraiment cette impression, mais ce bâtiment n’en reste pas moins poétique et élégant, comme un bel objet d’art.

Le pavillon français est de grande taille et est très bien placé sur le site de l’Expo. Je dirais qu’il occupe, avec le pavillon américain, un espace privilégié au niveau de l’entrée principale (l’entrée Est), après avoir traversé le grand anneau. On disait qu’il fallait au moins quatre heures d’attente pour y entrer, car il était accessible sans réservation. Plusieurs bâtiments de pays étrangers ont été conçus par Kengo Kuma, ce qui m’a étonné. Le pavillon malaisien, construit de lamelles de bois, est typique de l’architecture de Kuma, mais les pavillons du Qatar et du Portugal ont une apparence bien différente et très intéressante. Dans la chaleur de l’après-midi, les bassins d’eau devant certains pavillons, comme celui du Qatar, apportaient une certaine fraîcheur. Le pavillon du Canada en forme d’iceberg sur une banquise pouvait également donner une impression de fraîcheur, mais il fallait tout de même un peu d’imagination. Nous sommes près de l’océan et le vent marin parvenait jusqu’à nous. Il y a assez peu d’endroits où se protéger du soleil, mais on pouvait tout de même prendre refuge sous le grand anneau.

Tous ces pavillons, tous plus originaux les uns que les autres, m’ont presque fait oublier celui que l’on avait aperçu sur l’île de Maishima, alors que nous nous déplacions le matin du centre d’Osaka jusqu’à l’entrée Ouest de l’Expo. Il ne s’agissait bien sûr pas d’un pavillon en dehors de l’Expo mais de l’usine d’incinération de Maishima (舞洲工場). Elle est remarquable pour son architecture unique et spectaculaire conçue par l’architecte autrichien Friedensreich Hundertwasser, connu pour son style coloré et organique. Les façades ornées de motifs colorés et de mosaïques témoignent d’une fantaisie qui contraste fortement avec la fonction de l’usine. Elle a été conçue en 2001, à distance par Hundertwasser, qui n’a jamais mis les pieds au Japon pour ce projet. L’architecte est décédé en février 2000 et n’a donc pas connu cette œuvre architecturale terminée. L’usine d’incinération de Maishima (舞洲工場) est le seul projet architectural de Hundertwasser au Japon. Ce complexe comprend en fait également un bâtiment voisin qui joue le rôle de station de traitement des boues. À noter, en détail, que la deuxième épouse de Hundertwasser était une artiste japonaise nommée Yuko Ikewada (池和田優子). Ils se sont mariés en 1962. Cette union explique en partie les liens personnels de Hundertwasser avec le Japon dès les années 1960, bien avant ce projet à Osaka.

Osaka Expo 2025 (4)

Pavillon de la Grande Bretagne et de l’Irlande du Nord par WOO Architects.
Pavillon de la Grande Bretagne et de l’Irlande du Nord par WOO Architects.
Place décorée aux couleurs de Myaku-Myaku devant le Pavillon Commons-D.
Pavillon de la Polande par Interplay architects.
Pavillon de la Polande par Interplay architects derrière le INTER-WORLD/Cocooner: Apparent motion of celestial bodies, par Akihito Okunaka.
Live Earth Journey par Shogo Onodera, produit par Shoji Kawamori.
Pavillon de la Chine par China Academy of Building Research.
Pavillon de l’Autriche par BWM Designers & Architects.
Pavillon de l’Autriche par BWM Designers & Architects.
Pavillon de la Suisse par Manuel Herz.

J’avais prévenu au début de cette série que j’avais beaucoup de photographies à montrer des nombreux pavillons de l’Expo 2025 d’Osaka. L’île artificielle de Yumeshima est remplie à ras bord de constructions toutes plus intéressantes les unes que les autres. La densité pourrait même devenir écrasante. La foule rend parfois le cadrage des photographies difficile, mais je m’applique du mieux possible pour donner une représentation d’ensemble de chaque pavillon. Je marche beaucoup, me perds parfois et reviens souvent sur mes pas. Les pavillons sont regroupés par blocs et il faut parfois effectuer de longs détours pour atteindre celui que l’on souhaite voir. On aimerait parfois devenir un drone pour se projeter dans les airs et avoir une vue d’ensemble du site. Lorsque ce besoin de prendre de la hauteur se fait sentir, je monte sur le grand anneau. J’y suis monté trois ou quatre fois.

Il arrive que, pour certains pavillons sans file d’attente précise, les portes s’ouvrent soudainement à notre passage, devenant une sorte d’invitation à découvrir l’intérieur. C’était le cas du pavillon Commons-A, commun à plusieurs pays. Les portes se sont ouvertes à mon passage et je m’y suis engouffré en suivant le flot de la foule, sans résister. Une fois à l’intérieur, on ne se bouscule plus. Je passe en revue les différents stands, mais je m’attarde un peu plus sur celui de la Macédoine du Nord, non pas parce que la responsable du stand était charmante, mais parce qu’on y présentait une maquette de la capitale Skopje conçue par Kenzo Tange.

Kenzo Tange a joué un rôle central dans la reconstruction de Skopje après le tremblement de terre de 1963, qui détruisit une grande partie de la ville. Avec son équipe, il remporta en 1965 un concours organisé par les Nations Unies pour le plan directeur de reconstruction. Le plan proposé, que l’on pouvait voir en maquette, était moderniste avec des éléments métabolistes, pensant la ville comme un ensemble ouvert organisé autour d’un grand ensemble résidentiel linéaire appelé City Wall. Au final, certaines parties du plan ont été construites, mais beaucoup d’éléments sont restés sur le papier. Cette partie de la visite était particulièrement intéressante, mais j’ai eu, dans l’ensemble, plutôt l’impression que les pays présentaient leurs pavillons de manière attractive, voire commerciale, plutôt que de présenter des innovations ou spécialités qui nous auraient amené à une réflexion. J’ai également ressenti cela sur les quelques autres pavillons que nous avons visités plus tard.

Osaka Expo 2025 (3)

Null² par NOIZ, produit par Yoichi Ochiai.
Null² par NOIZ, produit par Yoichi Ochiai.
Null² par NOIZ, produit par Yoichi Ochiai.
Jellyfish Pavillon par Tetsuo Kobori, produit par Sachiko Nakajima.
Dynamic Equilibrium of Life par Naoki Hashimoto, produit par Shinichi Fukuoka.
Vue sur la Water Plaza entourée par le Grand Anneau.
Logo Expo 2025 près de la Water Plaza.
Apparition de Myaku-Myaku près de la Water Plaza.
Toilet 8 par Shingo Saito, Yuuki Nemoto & Mumu Tashiro.
Pavillon de la Hollande par RAU.

Je traverse d’abord la partie Nord de l’expo pour descendre ensuite vers la partie Sud où se trouve la zone Signature. On y trouve entre autres le Earth Mart conçu par Kengo Kuma et un très étrange pavillon argenté nommé Null² (prononcé nurunuru, ヌルヌル), conçu par NOIZ Architects et produit par l’artiste Yoichi Ochiai. Cet objet architectural futuriste et mystérieux se compose de blocs couverts de membranes-miroirs faites d’un composite résine-métal avec une finition très réfléchissante. Ces membranes vibrent avec le son, ce qui provoque des distorsions de l’environnement réfléchi autour du pavillon. Je n’ai malheureusement pas vu l’intérieur, accessible seulement sur réservation, mais on y trouve une salle d’exposition où les visiteurs peuvent utiliser une application pour créer leur avatar numérique. Celui-ci imite les gestes des visiteurs et interagit dans un espace virtuel. Ce pavillon entend interroger ce que signifiera la vie dans le futur, notamment à l’interface entre le physique et le numérique.

Devant le Jellyfish Pavillon (くらげ館), je suis surpris de voir un groupe scolaire attendre sagement devant l’entrée. Je m’en suis rendu compte plus tard en regardant mes propres photographies, mais il y avait beaucoup d’écoliers ce jour-là. Il s’agissait certainement, pour certains, de leur voyage scolaire de collège. En redescendant vers l’océan, au sud de l’anneau, un spectacle de jets d’eau commençait tout juste. À la fin de celui-ci, la mascotte Myaku-Myaku apparaissait sur le devant de la scène sous les regards amusés de la foule. La mascotte ne parle pas mais est accompagnée d’une présentatrice qui fait les questions-réponses, interprétant les moindres faits et gestes de Myaku-Myaku. Cette apparition inattendue m’a donné le sourire pendant quelques instants.

Je reprends ensuite mon parcours vers d’autres pavillons de pays. La chaleur est présente mais reste supportable. Il faut tout de même boire beaucoup d’eau. Je ne sais pas où donner de la tête car toutes les formes architecturales qui se présentent devant moi sont intéressantes. Cela me donne le sentiment que chaque recoin de l’Expo a été réfléchi.