can anybody see the light?

Le gymnase de Yoyogi, chef d’oeuvre emblématique de Kenzo Tange et certainement une des plus belles œuvres architecturales de Tokyo, a été rénové en vue des Jeux Olympiques qui démarreront dans quelques mois. Il y avait foule à l’entrée du gymnase et ma curiosité m’a conduit à aller voir de plus près ce qui s’y passait. Je vois beaucoup de jeunes filles et garçons avec des serviettes bleues marquées des inscriptions « Sixth Sense Story ». Je devine qu’il s’agit d’un concert mais je ne vois pas inscrit le nom de l’artiste. Il me faudra faire une recherche sur Internet pour comprendre qu’il s’agissait de la tournée de Aimyon. En fait, je suis passé à Harajuku pour aller voir l’avancement de la nouvelle station d’Harajuku sur la ligne Yamanote (sur la quatrième photographie). Le nouveau bâtiment de la gare est moderne mais sans personnalité. Quel dommage, pour une station aussi emblématique et fréquentée par les touristes du monde entier, de ne pas avoir conçu une architecture un peu plus remarquable. L’ancienne gare datant de l’ère Taisho, construite en 1924, a bien plus de cachet. Elle est toujours là mais pas pour longtemps car elle sera malheureusement détruite après les Jeux Olympiques cet été, cela malgré les protestations des résidents. Il s’agit de la plus ancienne gare en bois de Tokyo. Je comprends bien que cette vieille station n’est pas aux normes antisismiques actuelles et qu’elle n’est plus en mesure de supporter le nombre de plus en plus important de personnes qui la traversent. Il faut en général attendre un peu avant de pouvoir sortir de la station depuis les quais. Mais l’ancienne station aurait tout de même pu être conservée après des rénovations et renforcements, même sans être utilisée, histoire de sauvegarder un morceau d’histoire et un repère du décor urbain. Ce quartier d’Harajuku qui se trouve dans la zone olympique appelée héritage voit d’autres changements, notamment un nouveau bâtiment pas encore utilisé, qui a la particularité d’avoir une surface couverte d’écrans. On y montre des images mouvantes inspirées d’ukiyoe. J’y reconnais le Mont Fuji rouge de Katsushika Hokusai, qui s’affiche pendant quelques secondes avant d’être remplacé par d’autres images. Ce bâtiment se trouve juste à côté de la résidence Co-op Olympia que je montre sur la troisième photographie. La résidence fut construite en 1965, un an après les premiers Jeux Olympiques de Tokyo, d’où le nom qui en est inspiré. Je l’ai déjà pris plusieurs fois en photo. C’est un immeuble qui est également devenu emblématique du quartier et on parle aussi d’une reconstruction, mais je ne pense pas que ça soit décidé. L’avant dernière photographie montre une partie des quais de la station d’Harajuku où on peut y voir une série d’affiches intrigantes, prenant leur inspiration dans les manga pour adolescentes (shōjo manga). Les messages que font passer ces affiches touchent à la sécurité informatique, en particulier la protection des mots de passe. C’est une manière originale de faire passer des messages importants.

Une playlist partagée sur Twitter par l’artiste Yeule incluant le morceau Strangers de Portishead sur l’album Dummy me rappelle le mouvement musical des sound systems de Bristol qu’on appelle Trip-hop. Dans la deuxième partie des années 90, après ma phase rock américain (Pixies, puis Nirvana, puis Sonic Youth, puis Smashing Pumpkins, entre autres), je me suis mis à écouter intensivement et presque exclusivement cette musique Trip-hop qui nous transportait dans d’autres mondes, dans des associations de sons mélangeant les samples et les voix soul, dans une musique que je n’étais pas habitué à écouter à cette époque où je ne jurais que par les guitares. Le Trip-hop a pour sûr grandement ouvert mon champ musical en m’éloignant un peu de ces guitares. Dummy (1994) de Portishead était la porte d’entrée vers ce mouvement avec le morceau Glory Box où on découvrait la voix tourmentée de Beth Gibbons posée sur un univers musical froid, ambiance qu’on imaginait bien s’accorder avec les décors pluvieux de l’Angleterre de Bristol. La musique de Dummy jouait de mélancolie et était entrecoupée de scratchs et autres altérations musicales qui seront la marque de fabrique du Trip-hop. Je découvre ensuite assez vite Massive Attack, trio constitué par Robert Del Naja alias 3D, Grant Marshall alias Daddy G et Andy Vowles alias Mushroom, avec l’album sorti également en 1994, Protection. Le morceau titre chanté par Tracey Horn du groupe Everything but the Girl fut une révélation qui me poussa à découvrir plus avant la discographie de Massive Attack faite de nombreuses collaborations. Le premier album Blue Lines (1991) du collectif The Wild Bunch qui deviendra Massive Attack est certainement l’album que je préfère écouter maintenant. Il y a de nombreux morceaux forts, notamment ceux portés par la voix de Shara Nelson comme Safe from Harm ou Unfinished Sympathy. C’est aussi sur cet album que la symbiose entre les trois voix masculines de Massive Attack et celle de l’invité presque permanent Tricky opèrent le plus naturellement. On peut prendre pour exemple des morceaux comme Blue Lines ou Five Man Army. A travers Massive Attack, je découvre donc Tricky (Adrian Thaws de son vrai nom) qui sortira son premier album et chef-d’œuvre Maxinquaye (1995). Martina Topley-Bird, sa compagne à l’époque, assure le chant sur la plupart des morceaux. La musique y est plus sombre, plus torturée et fait parfois le lien avec la musique rock que j’écoutais au début des années 90, comme sur le morceau Pumpkin qui reprend un sample de Suffer du premier album Gish des Smashing Pumpkins. C’est peut être depuis ce morceau que j’aime déceler les liens entre les musiques et musiciens/musiciennes que j’aime, comme j’en parlais dans un ancien billet. Tricky joue beaucoup sur les associations lorsque, par exemple, il réutilise sur le morceau Hell Is Round the Corner le même sample de Isaac Hayes que Portishead sur son morceau emblématique Glory Box, ou quand il repense complètement le morceau Karmacoma qu’il interprète avec Massive Attack sur Protection, pour Maxinquaye sous le titre Overcome. Je suis resté très accroché à la musique de Tricky, même quand il partait vers des terrains plus difficiles comme ceux des deux albums sortis en 1996, Nearly God et Pre-Millenium Tension. Nearly God multiple les collaborations, notamment avec Björk et Neneh Cherry (souvenons-nous de son morceau Manchild), mais c’est quand il s’associe avec Martina Topley-Bird sur le morceau Black Coffee qu’il signe à mon avis le meilleur morceau de l’album. Pre-Millenium Tension est plus bizarre et part sur des univers plus sombres encore. De cet album qui entend matérialiser les craintes d’avant le passage vers un nouveau millénaire, je retiens le morceau Tricky Kid notamment pour ses voix rappées menaçantes. A cette époque, Tricky avait pris pour moi le statut d’artiste culte. Je me souviens avoir fait le déplacement depuis ma résidence universitaire d’Angers pour aller le voir en concert à Nantes lors d’un festival des Inrockuptibles. C’était le 12 Novembre 1996 à la Salle de L’Olympic de Nantes. Ce soir là, Placebo jouait également dans la pénombre sur cette scène juste après Tricky, ce qui donnait une bien belle affiche. Et une fois le concert terminé, il fallait que je reprenne l’autoroute pour rentrer à Angers. Je n’ai pourtant pas suivi Tricky sur ses albums suivants, peut être à cause de sa voix qui se détériorait petit à petit. Je suis plutôt allé voir d’autres nouveaux groupes comme Archive sur son premier Londinium (1996). C’est un très bel album qui n’est pas assez connu. Sur certains morceaux, le son électronique perce comme une étoile polaire qui brillerait intensément (mais je m’égare). Je continue ensuite avec Morcheeba sur l’album Who can you trust? (1996) et Alpha sur Come from Heaven (1997), premier album du label Melankolic de Massive Attack. De cet album d’Alpha, je retiens surtout le morceau Sometime Later pour l’intensité émotionnelle de la voix de Martin Barnard. C’est un morceau exceptionnel qui donne les larmes aux yeux quand le flot des violons monte en intensité et quand la voix de Banard est au bord de craquer. Je connais peu de morceaux qui ont cette intensité. Du mouvement Trip-Hop, j’ai continué à suivre Massive Attack sur leur album Mezzanine (1998) dont l’esthétique générale devenant plus sombre me plaisait beaucoup. Alors que les deux premiers albums s’apparentaient plutôt à de la musique soul urbaine, Massive Attack se dirige plutôt vers des influences new wave sur Mezzanine, ce qui n’était pas du goût de tous les membres du groupe d’où le départ de Andy Vowles (Mushroom). Cet album ressemble peu au Massive Attack des débuts. 3D y reste principalement aux manettes. Quoi qu’il en soit, il y a beaucoup de pépites dans cet album comme les singles Risingson et Teardrop, avec sur ce dernier morceau Elizabeth Fraser de Cocteau Twins au chant. Mais j’ai toujours eu une préférence pour l’avant-dernier morceau Group Four, toujours avec Fraser, pour sa partie finale envoûtante. Et puis ensuite, je suis parti pour Tokyo et d’autres horizons musicales se sont ouvertes à moi. J’ai pourtant continué à suivre Massive Attack sur leur album de 2003, 100th Window, mais la passion avait un peu disparu. Sorti en 2009, le morceau Psyche (Flash Treatment) avec Martina Topley-Bird (qui est décidément une figure emblématique du trip-hop) sur le EP Splitting the Atom est à mon avis un des plus beaux morceaux du groupe. J’avais été très déçu que cette version pourtant si forte ne soit pas conservée sur l’album qui suivra en 2010, Heligoland. La version de Psyche sur Heligoland n’est pas très intéressante et m’avait complètement détourné de cet album que je n’ai jamais écouté en entier. Depuis le déclencheur que fut le morceau Strangers de Portishead sur la playlist de Yeule, je me suis mis à réécouter la plupart de ces disques les uns après les autres. C’était en quelque sorte une petite cure de jouvence.

un rond olympique rouge

Les drapeaux japonais sont de sortie pendant les tous premiers jours de l’année, comme pendant tout jour férié d’ailleurs. On les vois alignés dans les grandes rues et avenues comme celle de Omotesando ci-dessus. En voyant cet alignement, je pense tout de suite à la photographie prise par Masataka Nakano à Ginza pendant cette même période après le premier de l’An. Je ne suis pas sorti pour les drapeaux, mais pour voir l’état d’avancement de la construction du nouveau stade olympique conçu par Kengo Kuma, bien qu’on ne puisse pas encore l’approcher de près car il est toujours entouré de barrières blanches. Nous avons réussi à acheter des places dans le stade pour les épreuves olympiques d’athlétisme. Il y avait une loterie pour l’achat des places pour toutes les compétitions et nous avons eu la chance d’avoir été sélectionné pour un de nos choix, surtout dans ce stade. Les compétitions que l’on verra seront le soir au début du mois d’août. J’ai un peu peur que la chaleur et la foule nous étouffent, malgré les systèmes d’aération du stade. Autour du stade, je ne suis pas le seul à prendre des photos. Il y une foule éparse près du nouveau petit musée olympique et autour du stade. Tous essaient tant bien que mal de le prendre en photo par dessus les barrières. Je tente la même chose en prenant plusieurs photographies à l’aveugle en étirant les bras.

Au tout début du mois, j’ai eu la surprise de voir arriver dans notre boîte aux lettres, une enveloppe blanche frappée du logo rouge de forme ronde de Tokyo Jihen. Il y a un petit morceau de tissu couleur indigo à l’intérieur et un message de bonne année. Le message annonce d’ailleurs la réformation de Tokyo Jihen et me rappelle leur tournée 2020 東京事変 Live Tour 2O2O 『ニュースフラッシュ』 pour 13 dates dans plusieurs villes (Tokyo, Osaka, Sendai, Sapporo, Fukuoka, Nagoya et retour à Tokyo). Il y a deux semaines, je tente ma chance pour acheter des places de concert pour les dates à Tokyo. Là encore, il s’agit d’une loterie donc je ne sais pas encore si je pourrais assister au dit concert. En fait, je me suis inscrit au fan club de Sheena Ringo l’année dernière dans le but de pouvoir acheter des places. On verra début février si la chance me sourit cette fois-ci.

encadrements de ciel

Nous ne passons que très rapidement à Yurakucho et Ginza quelques jours avant Noël, mais je prends quand même le temps de prendre quelques photographies en passant dans les rues parmi la foule. La difficulté est de ne pas perdre Mari de vue lorsque je m’arrête quelques dizaines de secondes pour prendre une photographie, sans gêner les gens qui marchent derrière moi. Parfois il faut regarder le ciel pour trouver de nouvelles idées photos comme sur les deux photographies qui bordent ce billet aux Department Stores Hankyu et Lumine de Yurakucho. J’aime beaucoup ces passerelles en hauteur reliant deux buildings, qui contribuent à la complexité de l’urbanisme tokyoïte. Cela donne une idée de ville à plusieurs niveaux, comme on peut en voir dans certaines œuvres graphiques ou cinématographiques d’anticipation. Sur l’avant dernière photographie, je montre encore le building Ginza Place par Klein Dytham Architecture, car sa couleur blanche et son design le détachent franchement du reste du décor de Ginza et rend donc cet immeuble très photogénique. Je suis aussi toujours tenté de photographier le building de verre Tokyu Plaza, bien que nous n’y sommes jamais entrés. Au même croisement, la disparition du vieil immeuble Sony laisse maintenant une vue entière sur l’immeuble de la Maison Hermès par Renzo Piano, qui reste une des architectures iconiques du quartier.

Je ne sais pas si les visiteurs les plus assidus de Made in Tokyo ont remarqué, mais j’ai modifié la résolution de certaines photographies montrées sur les billets de ces dernières semaines. En fait, depuis que j’ai migré mon iMac sous le dernier macOS Catalina, les applications anciennes en 32bits ne fonctionnent plus. Le Photoshop que j’utilisais jusqu’à maintenant était une vieille version 32bits démodée mais qui répondait suffisamment à mes besoins. Elle ne fonctionne donc plus sur le nouvel OS. J’hésite encore à passer sur la dernière version de Photoshop car je n’aime pas trop le modèle de suscription Creative Cloud qui oblige à payer tous les mois (ou ans) sans quoi on ne peut plus utiliser l’application. Ce type de suscription contient toujours des fonctions qui ne me sont pas nécessaires comme un espace disque sur le cloud Adobe. Je l’ai tout de même essayé pendant les quelques semaines d’essai, mais je me suis aussi souvenu que j’avais acheté il y a plusieurs années une application similaire s’appelant Pixelmator, qui fonctionne en fait très bien et ressemble assez à Photoshop. J’utilise maintenant principalement cette dernière application. Il y avait quand même un souci qui me chagrinait depuis cette transition et qui me faisait même un peu hésiter à montrer de nouvelles photographies sur le web. Les photographies que je montrais en version web 72dpi et format de 1000px de largeur paraissaient légèrement floues et manquaient en définition et netteté. J’applique cette configuration en dpi et en pixels depuis de nombreuses années, mais je ne ressentais ce problème de résolution que depuis mon passage vers le macOS Catalina et ce nouveau software d’édition photographique. En fait, en ouvrant une même photographie de 1000px sur Pixelmator (même chose sur la dernière version de Photoshop) et sur le navigateur web Safari, j’ai vite constaté que la photographie apparaissait deux fois plus petite sur l’application photographique par rapport à la version web. La version web semblait donc être une version agrandie, zoomée en quelques sortes, d’où une perte certaine en netteté. J’ai d’abord pensé que les paramètres de compression n’étaient pas corrects quand je sauvegardais les photographies au format JPEG, mais quelques recherches internet m’ont fait comprendre que les nouvelles applications d’édition photographique fonctionnaient en haute définition pour s’adapter aux écrans Retina, ce qui n’était pas le cas de mon vieux Photoshop qui était conçu en basse résolution. Il reste d’ailleurs une option pour faire tourner les applications récentes en basse résolution mais ça serait dommage de revenir en arrière. Pour palier à ce problème, je sauvegarde désormais les photographies JPEG en 2000px de large (le double d’avant) mais les affichent ensuite qu’en 1000px de large sur mes pages web (pas de changement). Bien que les photographies soient un peu plus grosses en taille kb, la différence de définition est très notable, je trouve. Sans trop exagérer, je me sens revivre depuis cette découverte.

J’ai encore quelques billets à publier avant la fin de l’année, mais en attendant, je souhaite à tous les visiteurs de joyeuses fêtes.

豊かな森がドアの後ろに隠れている

On se demande ce que cache cette grande porte boisée derrière une forêt de verdure posée sur les murs tout autour d’elle. Peut être que cette porte cache une forêt luxuriante à l’intérieur. Je retrouve le petit immeuble longiligne de la première photographie et il n’a pas perdu de sa blancheur. Sa construction est étonnante, notamment la terrasse ouverte sur l’extérieur s’étendant sur le vide et l’escalier de métal mis en avant sur la façade. On a en général l’habitude de voir ce genre d’escalier de secours caché à l’arrière des immeubles, mais il est ici un composant entier du style architectural du bâtiment. Il faudra que je cherche qui en est l’architecte.

Je m’abonne, me désabonne et me réabonne à Netflix, car je n’arrive jamais à trouver des films qui m’intéressent vraiment mais j’y reviens sans cesse dans l’espoir de trouver un film qui vaille le détour. Je commence très souvent à regarder des séries que j’arrête en cours de route, par manque d’intérêt par rapport au peu de temps que j’ai à y consacrer. C’était le cas par exemple de la série japonaise se passant dans les années 80, The Naked Director, qui n’a pas réussi à beaucoup me captiver après avoir regardé les premiers épisodes. Ce n’est pas que la série soit mauvaise mais elle est tout à fait dispensable au point où je me suis demandé s’il était vraiment nécessaire que je passe du temps à la regarder. J’ai eu le même sentiment en regardant la série adolescente 13 reasons why, même si j’ai quand même au final regardé toute la première saison, en me forçant un peu vers la fin. Sur Netflix, j’ai bien regardé des films que je connaissais déjà ou des valeurs sûres comme l’intégralité de la série Friends que je revoyais pour la dixième fois au moins, et découvert quelques très bonnes séries originales comme Mindhunter. J’ai en fait rédémarré mon abonnement à Netflix depuis la sortie de la saison 3 de Stranger Things, mais je n’ai pour l’instant pas découvert de très bons films. J’ai, ceci étant dit, des gros espoirs pour le prochain Scorsese, The Irishman.

Earthquake Bird (L’Oiseau-tempête en français) du réalisateur Wash Westmoreland est le dernier film que j’ai vu sur Netflix. Ce n’est pas un grand film, mais j’ai beaucoup aimé son ambiance dans le Japon de 1989 et le jeu des actrices, notamment le personnage de Lucy Fly (interprété par Alicia Vikander), une suédoise bien intégrée dans son environnement japonais. En fait, j’aime beaucoup comment est représentée dans son jeu la solitude omniprésente d’être étranger au Japon, même quand elle est entourée d’amis. C’est un sentiment très authentique je trouve, que j’ai connu aussi parfois pendant les premières années ici. La confrontation avec une autre personne étrangère qui vient d’arriver (Lily Bridges, interprétée par Riley Keough, la fille de Lisa Marie Presley) et qu’elle est obligée d’accompagner dans sa découverte du pays, est également une situation familière. On sent même dans certains passages son besoin de se différencier et de prouver même son intégration. Ce n’est pas le sujet du film, qui parle plutôt d’un trauma mélangé à une histoire d’amour avec un grand (par la taille) photographe, trop beau pour l’emploi d’ailleurs. L’acteur est Naoki Kobayashi, connu comme danseur du groupe Sandaime J Soul Brothers, affilié à l’agence Exile. On n’est pas vraiment impressionné par son jeu d’acteur mais plutôt par ses mouvements de danse dans une boîte de nuit dans une des scènes du film. Les images du film sont très belles, les scènes dans Tokyo ne sur-jouant pas les années 80, tout comme les images de l’île de Sado, que je ne connais pas mais que j’aimerais découvrir un jour. Le film est un thriller psychologique qui prend son temps mais il y une tension qui maintient toujours l’accroche.

Je me décide enfin à regarder le fameux film One cut of the Dead (カメラを止めるな!) du réalisateur Shinichirô Ueda, qui a eu tant de succès à sa sortie en 2017. Avant de regarder le film, je me disais que ce succès devait sûrement était démesuré pour un film de zombies qui m’avait l’air d’être tourné avec un petit budget, genre série Z. Le début du film ressemble beaucoup à un film de série Z d’ailleurs, mais les choses intéressantes commencent dans la deuxième partie du film. En fait, sans raconter l’histoire, on se laisse prendre au jeu et au final j’ai beaucoup apprécié. Ce n’est pas le film de l’année non plus, mais il vaut vraiment le détour. C’est en fait assez difficile d’en parler sans dévoiler l’histoire, donc je m’abstiendrais. C’est un film à la construction originale qui n’a finalement pas grand chose à voir avec un film d’horreur.

Je n’aime pas beaucoup les films d’horreur. Je ne sais pour quelle raison, je me suis encore laissé embarquer à regarder un film de Sion Sono. J’avais vu le très long Love Exposure il y a quelques années et malgré des idées intéressantes dans la première partie du film, il avait finit par m’épuiser. C’est exactement la même chose pour son dernier film, The Forest of Love. Le film commence assez bien, très sombre et décalé, avec le personnage de Joe Murata (interprété par Kippei Shiina) en escroc beau parleur qui arrive à manipuler les gens autour de lui pour leur subtiliser habilement tous leurs biens. Je m’étais en fait décidé à regarder le film car je savais qu’il y avait une scène avec un morceau de Jun Togawa, Mushi no Onna, le dernier morceau de son premier album de 1984, Tamahime Sama. Mais le film part dans des excès horribles et grotesques, voire même risibles sur certaines scènes, que j’ai eu beaucoup de mal à regarder. Du coup, le film m’a dégouté, ce qui est bien dommage car si le réalisateur n’était pas tombé dans l’excès inutile, il y avait matière à faire un film intéressant. Je ne nie pas qu’il y a un style Sion Sono, subversif donc, mais pourquoi aller aussi loin dans l’insoutenable des images. Mais plus que les images, c’est psychologiquement que le film est dur à regarder, voire malsain. C’est à priori l’objectif du réalisateur que de troubler et choquer les spectateurs, mais, en ce qui me concerne, c’est un film que j’aurais préféré ne pas avoir vu. En comparaison, le film Audition (オーディション) de Takashi Miike, basé sur un roman de Ryu Murakami, me paraissait plus regardable.

ステレオフォニック•フューチャー

J’aime beaucoup l’immeuble aux ouvertures courbes de tailles variables que l’on voit sur la première photographie. Ce building posé sur la grande avenue d’Aoyama a des formes organiques. Nous sommes, sur cette série, la même journée que sur le billet précédent mais un peu plus tard alors que la lumière du soleil commence à baisser un peu. Il n’est pourtant pas très tard dans d’après-midi, mais les ombres s’étendent déjà pour prendre des tailles surhumaines. Nous sommes au mois de novembre et c’est un des mois les plus agréables pour se promener dans les rues de Tokyo. On aimerait pourtant sortir de Tokyo mais les occasions se présentent peu en ce moment à part notre dernier passage à Kamakura. Nous n’avons pas encore apprécié les feuilles rougeâtres d’automne, à part celle que j’ai pu voir de manière parsemée sur le building blanc Omotesando Branches de Sou Fujimoto. Je me demande d’ailleurs s’il s’agit véritables branches plantées sur cet immeuble.

Extraits des vidéos sur YouTube des morceaux stereo future et KiND PEOPLE du groupe BiSH sur deux EPs sortis à une année d’intervalle, respectivement en novembre 2018 et novembre 2019.

Le morceau Stereo Future sorti l’année dernière est de la même trempe qu’un morceau comme My Landscape dans le sens où il s’agit d’un pop-rock très orchestré sur laquelle les voix du groupe s’additionnent et grimpent en intensité à mesure que le morceau avance. J’aime beaucoup cette succession rapide des voix même si elles sont inégales en puissance. AiNA pousse à chaque fois les morceaux dans leurs derniers retranchements tandis que Ayuni apporte un contraste aiguë qui transperce l’espace. C’est un morceau encore une fois très spatial. Cette notion d’espace est d’ailleurs toujours très présente dans les morceaux de BiSH. Après le désert de Mojave et son cimetière d’avions sur My Landscape, la vidéo de Stereo Future se déroule dans une ancienne mine de pierres dans la province de Tochigi près d’Utsunomiya. On y découpait la pierre de Ohya à l’aide de machines mécaniques dont les premières dans les années 50 étaient d’origine française. Mais l’utilisation de la pierre de Ohya est plus ancienne. Elle fut à l’origine utilisée pour les tombes, pour être ensuite utilisée comme matériau architectural à l’ère Edo. La pierre était réputée comme étant résistante aux effets des tremblements de terre et aux incendies. Cette pierre fut même utilisée en 1922 par l’architecte Frank Lloyd Wright pour l’ancien Imperial Hotel, dont quelques restes ont été déplacé au parc Meiji-Mura 博物館明治村 dans la province de Aichi, près de Nagoya. Les mines de Ohya ne sont plus actives et sont désormais une propriété privée, mais on peut visiter ses tunnels à travers le projet OHYA UNDERGROUND qui propose des visites, et loue également ces espaces pour des événements, films ou vidéos musicales comme celle de BiSH ci-dessus. En regardant cette vidéo pour la première fois, j’ai d’abord pensé qu’elle avait été tournée dans les mines de pierres Awa de Nokogiri Yama à Chiba, un endroit très particulier que l’on avait parcouru dans la chaleur du mois d’août, il y a trois ans. Tout comme les plus récents morceaux DiSTANCE sur leur dernier album, NON TiE-UP auparavant, ou My Landscape, cette vidéo de Stereo Future a une ambiance très cinématographique et panoramique, qui se marie bien avec l’atmosphère et la tension du morceau. Je vois ces quelques morceaux comme une marque de fabrique de la musique et de l’imagerie du groupe, et c’est là où BiSH (et son producteur Junnosuke Watanabe) est remarquable et ne s’assimile pas à un simple groupe d’idoles (ou anti-idoles) japonaises lambda. Le dernier single de BiSH est en fait un EP de deux titres, KiND PEOPLE et RHYTHM (リズム). Je n’écoute pour l’instant que le premier morceau, accompagné également d’une belle vidéo aux contrastes de couleur très poussés. Plus que cinématographique, cette vidéo est axée sur la chorégraphie de groupe (très populaire au Japon en ce moment dans les écoles). Le morceau est musicalement moins percutant que ceux dont je parlais avant et le style de la vidéo, sur un toit d’immeuble à Tokyo peut être (je ne reconnais pas le pont derrière), n’est pas spécialement novateur, mais j’aime tout de même beaucoup ce morceau au fur et à mesure qu’il se développe.