yoyogi & nakano

Il devait y avoir un événement particulier dans le gymnase national de Yoyogi car une foule s’y était regroupée. Une petite voiture décorée par un otaku m’indique qu’il s’agissait d’un événement lié au groupe Sakurazaka46 (桜坂46), un concert peut-être. Je n’ai pas d’intérêt ou de connaissance particulière sur cette formation à part de savoir qu’elle remplace celle appelée Keyakizaka46, qui devait être une version plus passionnée de Nogizaka46. Mais comme pour la plupart des billets sur ce blog, je ne peux m’empêcher de faire des recherches. Je cherche donc ici à savoir le nom des deux membres de Sakurazaka46, dessinées sur la voiture. Il s’agit donc de Rina Inoue (井上梨名) et de Rei Ozono (大園玲). Me voilà bien avancé. Au delà de montrer des photos et écrire des textes, je me demande si le but premier de ce blog n’est pas de faire des recherches sur diverses choses, avec comme objectif de voir comment ces diverses choses se lient entre elles. En pensant à Sakurazaka46, vient tout de suite à mon esprit Asuka Saito de Nogizaka46 qui chantait deux très beaux morceaux sur deux albums du projet Mondo Grosso de Shinichi Osawa. En me promenant hier près de la station de Yoyogi-Hachiman, j’ai d’ailleurs aperçu Shinichi Osawa debout près d’une Porsche Targa noire avant qu’il ne monte à l’intérieur et reparte en direction du parc de Yoyogi. Il a dû remarquer que le fixais pendant une trop longue demi-seconde. Et un peu plus tard pendant cette même journée, j’aperçois la Rolls-Royce Phantom Oribe de Yusaku Maezawa stationnée au bord de la route. Sa couleur verte et ses bandes basses beiges sont immédiatement reconnaissables. Voilà quelqu’un qui ne veut pas passer inaperçu. Mais revenons à Yoyogi. Je recherchais un nouveau bâtiment de l’architecte Ken Yokogawa que je ne trouverais que quelques semaines plus tard, comme je le montre sur mon compte Instagram. Cette même journée mais dans la soirée, je pars pour Nakano Broadway, situé à la sortie Nord de la gare de Nakano, car je n’y suis pas allé depuis longtemps. Je n’ai pas de but particulier mais aller dans ce temple de la culture Otaku est intéressant et intriguant. On y croise toutes sortes de personnes, certaines émerveillées par les jouets robots vintage entassés derrière les vitrines. On y voit des Ultraman, des Godzilla et pleins d’autres monstres que je ne reconnais pas. La café décoré par Takashi Murakami a apparemment fermé ces portes, tout comme de nombreux autres magasins. Je pense que beaucoup n’ont pas réussi à traverser la crise sanitaire et se sont fait avaler par Mandarake que j’ai trouvé omniprésent sur les quelques étages de Nakano Broadway. C’était peut-être déjà la cas auparavant mais ça m’a particulièrement frappé cette fois-ci. Il existe également un magasin Mandarake dans le centre de Shibuya. Il faudrait que j’aille y faire un tour par curiosité.

Voir des Ultraman dans les vitrines de Nakano Broadway m’a donné envie d’aller voir au cinéma le film Shin Ultraman (シン・ウルトラマン). Comme déjà évoqué sur ce blog, je garde un bon souvenir du film Shin Godzilla (シン・ゴジラ) et ce Shin Ultraman est du même réalisateur Shinji Higuchi. Pour être précis, Shin Godzilla a été réalisé à deux mains par Shinji Higuchi et Hideaki Anno (le créateur de Neon Genesis Evangelion, qu’on ne présente plus), qui en était également le scénariste, tandis que Shin Ultraman a été réalisé par Shinji Higuchi mais toujours avec Hideaki Anno au scénario et, cette fois-ci, à la production. J’avais apprécié Shin Godzilla sans avoir vu les nombreux films qui le précédaient, et je pensais que l’effet serait le même pour Shin Ultraman. J’ai été malheureusement déçu. Visuellement, c’est très beau mais pas assez pour intéresser le néophyte que je suis. Mari a tout de suite compris pourquoi je n’ai pas aimé. Ce film s’adresse avant tout aux fans, dont je ne fais pas partie. Pour les autres, le ridicule de certaines situations finit par l’emporter. Voir l’actrice Masami Nagasawa en version géante dans les rues de Tokyo peut certes paraître amusant, mais on se demande aussi à ce moment là vers où se dirige le film. Certains parlent de l’originalité, emprunté à Hideaki Anno, des cadrages caméra mais le réalisateur en abuse tellement que ça en devient grossier. En fait, j’avais aimé dans Shin Godzilla la précision des lieux que l’on reconnaissait très bien à l’écran. Voir des monstres Kaiju évoluer avec leurs grosses pattes dans des lieux connus avait quelque chose de très ‘réjouissant’. Les deux premiers Kaiju dans Shin Ultraman sont intéressants à voir, mais mon attention a ensuite décroché assez vite. Les scènes bavardes se déroulant dans un même bureau gris de Kasumigaseki étant nombreuses, ça ne m’a pas beaucoup aidé à rester concentré sur le fil de l’histoire. La question se pose maintenant si j’irais voir le prochain film de la série des « Shin », à savoir Shin Kamen Rider (シン・仮面ライダー), qui sortira l’année prochaine en Mars 2023. Peut-être me laisserais-je convaincre par Minami Hamabe qui joue un des rôles principaux. Mais comme pour Shin Godzilla et Shin Ultraman, je ne sais absolument rien de Kamen Rider.

GTW (Green Train to Wakabayashi)

Ma destination était la station de Wakabayashi (若林) dans l’arrondissement de Setagaya, mais je m’arrête à la station suivante Shōin-Jinjamae (松陰神社前) pour profiter pendant quelques minutes supplémentaires du petit train de la ligne Tōkyū Setagaya (東急世田谷線) reliant Sangenjaya (三軒茶屋) à Shimo-Takaido (下高井戸). Je voulais également passer voir le sanctuaire Shōin car il avait l’air d’avoir une taille assez importante sur Google Map. Je me rends compte beaucoup plus tard en écrivant ce billet que j’y suis déjà passé il y a longtemps avec Mari. On avait encore vingt ans lors de cette visite des quartiers au delà de Sangenjaya. Je ne me souvenais plus d’abord visité ce sanctuaire, mais je garde tout de même un souvenir précieux de cet après-midi et début de soirée. J’avais pris quelques photographies analogiques en noir et blanc que j’avais montré dans un billet de Novembre 2004.

Je suis venu pour redécouvrir ce quartier et l’ancienne petite ligne ferroviaire datant de 1969, mais également pour partir à la recherche d’une maison brute de béton que Joël m’avait, une fois encore, indiqué par e-mail en m’envoyant une photo. Je ne connaissais ni le nom ni l’architecte de cette maison, mais montrer les quelques photos que j’avais pris ce jour-là sur mon compte Instagram m’a permis de le découvrir. Un de mes Followers sur Instagram, JapanPropertyCentral, connaissait sans surprise le nom de l’architecte de cette maison et a eu la gentillesse de me l’indiquer en commentaire. Cette maison particulière de béton s’appelle donc WKB et a été conçue par Niizeki Studio (Kenichiro Niizeki 新関謙一郎). Ces formes en blocs de béton sont posées les unes au dessus des autres sans qu’on arrive à bien comprendre l’organisation et le nombre d’étages de cette maison. Un site d’architecture m’apprend qu’il y a 4 étages et montre quelques photos de l’intérieur. WKB date de 2014 mais paraît plus ancienne car le béton semble déjà imprimé par le temps, ce qui renforce l’effet brutaliste de l’ensemble. Ce que j’aime aussi beaucoup dans cette maison, c’est le mélange du béton avec la végétation qui envahit les murs. Je pense que cette nature qui déborde sur l’architecture, comme on le commentait sur cette photo sur Instagram, fait partie du concept initial de fondre la maison dans son environnement, car elle est située au bord d’une rue piétonne bordée d’arbres. De Niizeki Studio, je connaissais en fait déjà une maison aperçue il y a plusieurs années à Yoyogi-Uehara. Cette maison nommée House in Yoyogi-Uehara est également très particulière car on n’en aperçoit de l’extérieur qu’un immense mur de béton bordant une grande porte noire.

En continuant ma marche dans Setagaya en direction de Shimo-Kitazawa, je passe près de la station de Setagaya-Daita et découvre aux hasards des coins de rues une petite maison entourée d’arbres digne de l’univers de Hayao Miyazaki. Une pâtisserie se trouve au rez-de-chaussée et est spécialisée dans les choux à la crème à l’effigie de Totoro. A l’intérieur de la pâtisserie, on trouve de nombreux posters et objets Ghibli. Cette pâtisserie s’appelle Shiro-Hige Cream Puff Factory (白髭のシュークリーム工房). Je ne résiste pas à l’envie de ramener quelques Totoro avec moi. Ils m’accompagneront sur le chemin et seront délicieux.

Le troisième vaccin m’a mis par terre pendant tout le week-end, mais ça m’a donné le temps et l’occasion de regarder des films sur Netflix. Je me décide sans raison très particulière à regarder un film datant de 2021 du réalisateur Rikiya Imaizumi (今泉力哉) intitulé Over The Town (街の上で). En fait, je ne voulais pas m’embarquer dans un film à l’action débordante ou au suspense haletant qui me fatiguerait plus que nécessaire. Je me suis donc dirigé vers ce film qui me semblait être une histoire de romance entre jeunes gens. Je ne pensais pas aimer autant ce film. Il s’agit en effet d’une histoire d’amour qui ne se passe pas comme le protagoniste principal le voudrait, mais l’important et l’intéressant dans le film ne vient pas de l’histoire principale mais plutôt des multiples petites histoires et apartés qui viennent perturber sa vie. Le protagoniste du film est un jeune homme de 27 ans appelé Ao Arakawa (Ryuya Wakaba) prenant la vie comme elle vient, travaillant dans une petite boutique de fringues d’occasion à Shimokitazawa. Sa petite amie Yuki Kawase (Moeka Hoshi) le quitte pour un autre mais il ne perd pas vraiment espoir et s’accroche à son souvenir. Il vit sa vie tranquillement en lisant des livres achetés dans la petite librairie d’à côté tenue par une jeune vendeuse appelée Fuyuko Tanabe (Kotone Furukawa) qui semble également l’attirer (sans que ça soit vraiment très clair), en attendant les clients dans sa petite boutique. Il va le soir au comptoir du même bar tenu par un ami et au même café le midi. Sa vie change un peu d’horizon lorsqu’une étudiante en cinéma, Machiko Takahashi (Minori Hagiwara) lui demande de jouer un personnage secondaire dans le film qu’elle prépare. Ao y rencontrera la costumière du film Iha Jojo (Seina Nakata) avec qui il devient ami. L’interêt du film vient dans les dialogues. Ao a un don pour poser les mauvaises questions au mauvais moment et le film joue beaucoup sur ces situations de gêne et d’incompréhension. Ça en devient particulièrement intéressant car la direction des conversations reste imprévisible. Le film n’hésite pas à introduire des personnages bizarres ou étonnants, comme un policier arrêtant Ao et Yuki à des moments différents du film pour leur raconter la même histoire improbable de son amour secret inavouable. Les personnages se croisent et leurs histoires se rejoignent, comme si ils évoluaient tous dans un petit microcosme, celui de ce quartier de Shimokitazawa. J’aime aussi beaucoup ce film car je connais bien le quartier. J’ai par exemple été plusieurs fois dans la petite librairie, située juste à côté du Disk Union, où Ao va acheter ses livres. Les quatre personnages féminins mènent les histoires du film et Ao, n’ayant pas de but très précis dans sa vie, se laisse emmener par les histoires qui se créent devant lui. Mais comme c’est un personnage sympathique, il devient attachant. Il me rappelle un peu les personnages d’Haruki Murakami qui passent leur temps à lire, vivant dans leur monde en n’ayant besoin de personne, et qui n’agissent que passivement quand la situation le demande. Le monde bouge autour de lui et il s’adapte en fonction. Le film tourne beaucoup autour de l’amour non dit ou qui prend du temps à se déclarer. Voir ce film m’a aussitôt donner envie d’en voir d’autre du même réalisateur.

Je continue donc avec un film sorti l’année d’avant en 2020 intitulé Mellow. Le personnage principal, Seiichi Natsume (Kei Tanaka), est floriste dans une petite boutique dont il est propriétaire. Il est célibataire et voit régulièrement la visite de la fille de sa sœur Saho (Tamaki Shiratori) quand celle-ci fait des siennes et ne veut pas aller à l’école. Natsume est une personne sensible qui ne laisse pas indifférent les gens qui l’entourent. Sa vie est paisible et sans encombre. Il semble lui aussi la prendre comme elle vient, sans forcer les choses. Il se rend tous le jours dans le même restaurant de ramen tenu par une jeune femme, Kiho Furukawa (Sae Okazaki). Le restaurant était tenu par le père de Kiho mais elle a été contrainte à prendre la suite après sa mort, laissant de côté temporairement ses rêves. On devine une proximité se créer entre Natsume et Kiho mais elle prend du temps à se déclarer. Le film nous amène plutôt vers des histoires secondaires qu’on prend plaisir à suivre. Dans ce film aussi, les personnages féminins sont nombreux autour du protagoniste principal et mènent à chaque fois l’intrigue. Et encore une fois, ce sont les situations et l’atmosphère générale du film qui m’intéressent beaucoup. Une des séquences particulièrement réussies fait intervenir le personnage de Mariko Aoki, interprété par Rie Tomosaka. Pour les références, je ne peux m’empêcher de noter que Sheena Ringo est une grande copine de Rie Tomosaka depuis ses débuts, et qu’elle a écrit pour elle quelques morceaux comme Shojō Robot et Cappucino (fin de la parenthèse). Natsume vient régulièrement décorer l’entrée de la maison des Aoki et Mariko apprécie tellement sa venue à chaque fois qu’elle finit par éprouver des sentiments pour lui. La situation pourrait être relativement classique mais Mariko préfère avouer ce sentiment franchement à son mari. Parce qu’il veut avant tout le bonheur de sa femme, le mari insiste pour que les trois personnes se rencontrent pour clarifier les sentiments de chacun. Cette situation est particulièrement gênante et inhabituelle, et en même temps savoureuse à l’écran. On imagine bien le malaise et l’envie de s’enfuir que doit procurer ce genre de situation improbable. Le film évoque beaucoup le thème de la confession d’un amour et la temporalité nécessaire pour franchir le pas. Observer les réactions des personnages face à ces confessions est particulièrement intéressant, comme si on était amené à analyser un comportement humain. Ces amours sont parfois, et même souvent, platoniques, mais la beauté du film vient du fait qu’il se concentre sur ces moments là, plein de délicatesse. Il n’y a rien de vraiment original dans ces histoires, mais c’est l’atmosphère et les interactions des personnages qui me plaisent beaucoup.

Et du même réalisateur, je regarde maintenant un autre film de 2018 intitulé Just Only Love (愛がなんだ?), se déroulant dans certains quartiers de Setagaya-Daita dont je parlais un peu plus haut. En parlant de ces deux films, je ne pense pas dévoiler beaucoup de l’intrigue, mais je suis en même temps persuadé que peu suivront mes conseils cinématographiques et s’aventureront vers ces films. Bon, ils ne sont pas forcément faciles d’accès car seulement en japonais et sur Netflix. Mais, en ce qui le concerne, ces deux ou trois films ont sauvé mon week-end.

mass repetita

Les murs monolithiques de béton de l’annexe de la galerie The Mass à Jingumae viennent refléter une forêt dense qui n’existe pas ici. Cette forêt, c’est celle de Yoyogi. L’envie m’est venu soudainement d’utiliser cette surface de béton comme un écran de cinéma retransmettant les images mouvantes d’un monde imaginaire. Ce n’est pas la première fois que je laisse mon empreinte virtuelle sur le paysage urbain tokyoïte mais je pratique malheureusement beaucoup moins ce genre d’expérimentations ces derniers mois. Je suis convaincu qu’il faudrait que je me laisse aller à construire plus souvent ce genre d’images, qui viendraient briser la monotonie des photos de ville qui s’entassent sans discontinuité dans les billets du blog. J’ai souvent eu ce dilemme sur ce blog entre représenter une version réaliste de Tokyo fidèle à ce que je vois (‘straight photography’), ou une version plus fantaisiste fidèle à ce que je ressens. Mon choix a toujours été de ne pas faire de choix et de montrer les deux styles en alternance. La première photographie de ce billet n’est par contre pas une photo composite. Ces nuages tourmentés reflètent l’ambiance de certains films de la sélection qui va suivre.

Silent Tokyo (サイレント・トーキョー)
Je me suis mis en tête ces derniers jours de regarder un peu plus de films japonais en cherchant ce qui est disponible sur Netflix. Mes choix ne sont pas aléatoires sauf peut-être pour ce premier film intitulé Silent Tokyo (サイレント・トーキョー) que j’ai choisi car il est récent (sorti en 2020) et parce qu’il se trouvait dans le classement journalier des 10 films les plus regardés sur Netflix Japon. Silent Tokyo est un film policier de Takafumi Hatano basé sur un roman intitulé And so this is Xmas de Takehito Hata. L’histoire est celle d’un terroriste menaçant de faire exploser des bombes dans Tokyo le soir de Noël s’il n’obtient pas un entretien avec le Premier Ministre. Dans le film, on entend le Premier Ministre japonais faire des déclarations sur la décision prise de donner au pays le pouvoir de faire la guerre, déclaration qui vient prendre écho avec des déclarations réelles du Premier Ministre japonais en 2016. On comprend assez vite que l’ultimatum du terroriste est lié à ces déclarations. La scène principale tourne autour du centre de Shibuya qui voit une explosion particulièrement bien représentée. A noter que ces scènes ne sont pas tournées dans le centre de Shibuya mais dans des studios à Tochigi contenant une reproduction du grand carrefour et des bâtiments tout autour (Cette même reproduction était utilisée pour la série Alice in Borderland de Shinsuke Sato). Le déroulement du film est plein de mystère car il ne révèle que peu de choses sur les intentions des protagonistes. On comprend assez rapidement que certains sont manipulés pour agir en fonction de ce que le terroriste dicte. Il faut attendre les scènes finales pour comprendre un peu plus clairement. Le personnage le plus mystérieux est joué par Tomoya Nakamura. Il parle peu, filme la scène de l’explosion mais n’a pas l’air d’être directement impliqué. L’inspecteur de police chargé de l’affaire est joué par Hidetoshi Nishijima. Il semble un peu dépassé par les événements mais a une intuition qui semble parfois proche de la télépathie. La scène avant l’explosion à Shibuya est particulièrement intéressante car, même s’ils sont prévenus de la possibilité d’un attentat, la jeunesse de Shibuya vient quand même se précipiter près d’Hachiko en pensant que rien ne peut leur arriver, qu’il s’agit certainement d’une fausse alerte et que la police est de toute façon là sur les lieux pour les protéger. On voit même des jeunes faire un décompte avant 6h du soir, heure annoncée de l’explosion, comme on pourrait le voir pour le countdown au passage à la nouvelle année. J’étais d’ailleurs amusé de voir Ano parmi la foule de Shibuya. On dirait qu’elle joue son propre rôle car son apparition rapide est fidèle à sa personnalité excentrique. Elle fait un selfie devant Hachiko juste avant de se faire pulvériser par l’impact de l’explosion. Pendant toutes ces scènes, je me suis posé la question de si c’était plausible que la jeunesse tokyoïte soit aussi peu disciplinée. Le film se veut réaliste, sans aucune fantaisie, mais je me suis plusieurs fois posé la question de la plausibilité du déroulement de l’histoire. Certains personnages et éléments de l’histoire se raccordent trop bien pour être réaliste à mon avis. Le contraste avec les films policiers américains est qu’il n’y a pas ou peu d’humour. L’attitude froide du personnage joué par Tomoya Nakamura, par exemple, en deviendrait même un cliché. Le film est dans l’ensemble bien foutu et intéressant mais j’aurais aimé y voir un petit brin de fantaisie. Je serais plus que servi sur les films qui vont suivre. Il y avait bien l’apparition d’Ano qui m’a amusé et rappelé en même temps d’écouter son nouveau single F Wonderful World.

Shimotsuma Monogatari (下妻物語)
Je voulais voir le film Shimotsuma Monogatari (下妻物語) du réalisateur Tetsuya Nakashima depuis quelque temps déjà, tout en hésitant un peu car je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. Je me doutais qu’il y aurait de l’exagération à tous les étages, pensant que le film était tiré d’un manga. En fait, le film est tiré d’un roman de Novala Takemoto qui a également été adapté en manga, la même année que la sortie du film en 2004. Comme le titre l’annonce, l’histoire se passe dans la campagne de Shimotsuma dans la préfecture d’Ibaraki. Les deux personnages principaux sont Momoko Ryugasaki interprétée par Kyoko Fukada et Ichigo « Ichiko » Shirayuki interprétée par Anna Tsuchiya. Momoko s’habille à la mode Lolita dans le style Rococo français fait de robes à froufrou et de petits bonnets brodés, style qui contraste forcément beaucoup avec la mode vestimentaire d’Ibaraki où tout le monde semble acheter ses vêtements dans la chaîne de supermarchés Jusco (du groupe Aeon). Momoko fait la rencontre de Ichiko alors qu’elle essaie de revendre les faux vêtements Versace (appelé Versach) que son père (interprété par Hiroyuki Miyasako), petit mafieux sans envergure, avait essayé de vendre sur les marchés avant de se faire prendre. Ichiko est une ‘Yankie’ faisant partie d’un gang appelé Pony Tail. Ce type de gang est équivalent aux bōsōzoku pour les hommes, mais s’appelle plutôt ‘Ladies’ pour les filles. Les tenues et la violence sont par contre relativement similaires. Le style innocent de Momoko vient entrer en choc avec celui d’Ichiko, mais un attachement d’abord non réciproque se crée rapidement. Momoko vit une vie solitaire et n’a besoin de personne, même pas de sa mère (interprétée par Ryoko Shinohara) qui de toute façon a quitté le domicile pour refaire sa vie. Momoko reste avec son père et sa grand mère interprétée par Kirin Kiki. Comme pratiquement tous les personnages de ce film, la grand mère est très particulière et a des réactions hors du commun. Ce genre de personnages atypiques apportent un intérêt certain au film, car on se demande à tout moment la manière dont ils vont réagir et bousculer le rythme de l’histoire. Parmi tous les personnages du film, j’aime beaucoup Momoko. Momoko est loin d’être idiote et ce sont ses réflexions et ses remarques sans filtres à l’égard du monde qui l’entoure qui sont particulièrement amusantes et croustillantes. Elle rêve d’un autre monde mais n’est pas pour autant désabusée ou déprimée. Elle vit juste sa vie à son rythme sans rien demander à personne. Une jeune Momoko de moins de 10 ans intervient également pendant l’histoire. Malgré son jeune âge, elle semble déjà bien connaitre le fonctionnement des choses de la vie et vient même orienter la suite de l’histoire. La fantaisie colorée ambiante qui se dégage du film rend ce Shimotsuma Monogatari très attrayant. Il y a des longueurs mais aussi beaucoup de passages où on ne peut pas se retenir de sourire. Un autre intérêt que j’y vois est de pouvoir revoir les rues de Daikanyama du début des années 2000. La marque unique Baby, The Stars Shine Bright (marque qui existe réellement), où Momoko trouve ses robes rococo, a son magasin à Daikanyama et un voyage jusque là est à chaque fois une véritable expédition. Le film tient beaucoup au jeu des deux actrices. Je savais a quoi m’attendre pour Anna Tsuchiya car je l’avais déjà vu dans le film Sakuran de Mika Ninagawa, mais je suis beaucoup plus surpris par Kyoko Fukada que je n’avais vu jusqu’à présent que dans de nombreuses publicités. A noter finalement que ce film s’appelle Kamikaze Girls pour sa distribution internationale, titre trompeur et mal choisi qui n’a strictement rien à voir avec l’histoire du film.

Tonde Saitama (翔んで埼玉)
Juste après avoir regardé Shimotsuma Monogatari, je me suis dis que j’allais continuer dans ce style d’humour se moquant gentiment des préfectures autour de Tokyo. Tonde Saitama (翔んで埼玉) est un film de 2019 réalisé par Hideki Takeuchi avec comme têtes d’affiche le chanteur aux airs gothiques Gakt et l’actrice Fumi Nikaidō. J’avoue qu’une des raisons pour lesquelles je voulais voir ce film était pour admirer la coupe de cheveux blonde au carré légèrement ondulée de Fumi Nikaidō. L’histoire est tout à fait improbable et on nous dit ironiquement qu’il s’agit d’un monde imaginaire n’ayant rien à voir avec la réalité. Dans ce monde, les gens des autres préfectures, notamment de Saitama, ne peuvent pas entrer dans Tokyo à part sous certaines conditions car ils n’en sont pas dignes. Une milice est même en place pour détecter les intrus et les neutraliser. On fait assez vite la connaissance de Rei Asami, personnage aux airs aristocratiques interprété sans trop d’efforts par Gakt, alors qu’il vient intégrer une grande école de Tokyo après avoir passé une partie de sa vie aux Etats Unis. Momomi Dannoura, interprétée par Fumi Nikaidō, est la fille du tout puissant gouverneur de Tokyo et règne d’une main de fer sur cette école. On comprend vite que Rei Asami est un espion à la solde de Saitama, et qu’il a pour dessein de libérer sa contrée de l’ignoble emprise et des règles de la capitale. Les relations entre Rei et Momomi sont d’abord difficiles, mais elle tombera malgré elle sous son charme mystérieux (comme toutes les autres filles de l’école) et se joindra, non sans mal, à la cause de Saitama. L’histoire se complique quand l’homme de main du gouverneur de Tokyo, Sho Akutsu (interprété par Yusuke Iseya), également grande ponte de la préfecture de Chiba vient essayer de barrer la route de Rei Asami. La bataille se transforme même en un conflit entre Saitama et Chiba. L’histoire tout à fait absurde tient la route car elle est racontée comme un drama écouté à la radio dans la voiture par un couple et sa fille alors qu’il se rendent à un mariage. Le film oscille donc entre les scènes réelles dans la voiture et les scènes de l’histoire racontée à la radio. Le principal intérêt du film est dans les représentations très moqueuses faites des préfectures autour de Tokyo. Saitama est montrée comme une contrée arriérée, restée bloquée au moyen-âge. Gunma, un peu plus haut sur la carte, est montré comme étant encore à l’âge de la Préhistoire, dans une jungle imprenable dans laquelle vivent des yétis. Cet humour omniprésent est en fait assez difficile à décrire et il faut assez bien connaître les spécialités de chaque préfecture pour comprendre l’humour. Par exemple, comme supplice pour faire parler Rei Asami alors qu’il est prisonnier des mains de Chiba, Akutsu utilise des cacahouètes qu’il lui met vicieusement sous le nez, les cacahouètes étant une spécialité de Chiba. Ou encore, pour prouver qu’il n’est pas originaire de Saitama, la milice de Tokyo demande pressement à Rei Asami d’écraser du pied un senbei avec un logo de pigeon symbole de Saitama, ce qu’il n’arrivera pas à faire. Je reconnais certains des aprioris énoncés sur Saitama (et notamment le jeu de mot Dasai-tama), mais comme la belle famille est de Kanagawa, je n’ai jamais trop pratiqué cet humour. En fait, Kanagawa est plutôt vu d’une manière positive du fait de la présence des plages de Shonan mais il ne faut pas oublier que c’est aussi le pays des Yankis. Le fait qu’il n’ait pas d’accès à la mer à Saitama est d’ailleurs mentionné plusieurs fois dans le film comme un point très négatif par rapport à d’autres préfectures comme Chiba qui est sa concurrente directe. Pour pallier à cela, l’histoire nous raconte même que Saitama aurait tenter de faire un long tunnel à travers Chiba pour amener la mer jusqu’aux territoires de Saitama. Ces petites querelles bénignes entre les préfectures sont forcément exagérées dans le film, mais partent tout de même d’une pointe de vérité. Bon, il y a beaucoup de subtilités qui ont dû m’échapper en cours de route pendant le film, mais je suis resté jusqu’au bout pour Momomi. Du coup, je me suis mis en recherche d’autres films où jouait Fumi Nikaidō. J’avais déjà dit avant que Fumi Nikaidō est fan de Sheena Ringo, mais ce n’est pas la raison pour laquelle j’aime son jeu d’actrice (enfin je pense). A noter finalement que Tonde Saitama a eu beaucoup de succès et qu’une suite est annoncée.

Himizu (ヒミズ)
Après avoir vu Forest of Love de Sion Sono, film qui m’avait traumatisé, je ne pensais pas revoir de si tôt un autre film de ce réalisateur. C’est en fait l’actrice Fumi Nikaidō qui me pousse vers le film Himizu (ヒミズ) sorti en 2011. Je me suis dis que si elle jouait dans ce film, c’est qu’il devait être regardable voire même appréciable. En fait, je suis déjà convaincu que Sion Sono crée des œuvres fortes mais il a pour moi une tendance systématique à aller (beaucoup) trop loin dans l’outrance. Il y a de l’outrance et de l’exagération dans Himizu qui fait ressembler le film à une fable, mais la qualité première du film vient des deux acteurs Shōta Sometani et Fumi Nikaidō. Ça faisait longtemps que je n’avais pas été aussi impressionné par un jeu d’acteur et d’actrice. La force de leurs interprétations d’écorchés vifs nous prend au cœur. Comme toujours chez Sion Sono, les protagonistes sont confrontés au pire que l’on puisse trouver dans le genre humain, dans un monde où la violence physique et verbale est quasi omniprésente. Yuichi Sumida interprété par Shōta Sometani a un père petit mafieux en manque d’argent qui le bat et le renie même. Sa mère n’est elle jamais à la maison. Il est obligé de prendre en charge le petit parc de barques de plaisance de sa mère, perdu au milieu de nulle part, aidé par trois ou quatre exclus de la société vivant sous des tentes juste à côté. Le film est entrecoupé de scènes post-tsunami de 2011, ce qui nous laisse penser que ces personnes vivant sous des tentes sont des rescapés du tsunami ayant tout perdu. Parmi eux, il y a Shozo, un vieil homme généreux mais un peu simplet interprété par Tetsu Watanabe que l’on a déjà vu dans les films de yakuza de Takeshi Kitano comme Sonatine et Hanabi. Les rôles secondaires sont également excellents, même Megumi Kagurazaka (épouse de Sion Sono) qui ne parle jamais mais est toujours là souriante et n’ayant l’air d’avoir besoin de rien sous sa tente. Il y a même une mini-apparition de Yuriko Yoshitaka dans le rôle de la copine d’un voleur de rue. Je me demande toujours comment ces actrices ne prennent pas peur de jouer dans des films de Sion Sono (je pense à Hikari Mitsushima dans Love Exposure par exemple), mais en même temps, ce type de rôle est une opportunité de partir dans les extrêmes, comme un test personnel. Les extrêmes sont nombreux dans Himizu et il faut partir dans le film avec cette idée en tête. Par exemple, Keiko Shazawa, brillamment interprétée par Fumi Nikaidō, semble vivre dans une maison typique de banlieue. Mais on comprend vite qu’il n’y a rien de normal dans cette maison quand on voit que sa mère et son père préparent avec beaucoup d’attention une corde de pendu, avec un cadre de bois entouré de guirlandes dans le salon, pour leur fille. Il n’y a aucun moment de répit dans le film car les emmerdes s’enchaînent pour Sumida qui a du mal à s’accrocher à la vie. Shazawa joue le rôle d’ange gardien, malgré le fait que Sumida la repousse sans cesse. Sion Sono met volontairement ses personnages dans des situations extrêmes pour voir comment ils vont réagir. Ce film ressemble parfois à une expérience de vie dans un monde hostile qu’on ne préférait pas connaître. Himizu n’est clairement pas à mettre devant tous les yeux, mais il m’a personnellement beaucoup impressionné, au point de changer un peu d’avis sur le réalisateur. En fait, les acteurs et actrices ont toujours été excellents dans les films de Sono, il faudrait juste qu’il n’aille pas trop loin. A noter finalement que le film était présenté en compétition à la Mostra de Venise en 2011 et que Shōta Sometani et Fumi Nikaidō ont tous les deux reçus le Prix Marcello-Mastroianni du meilleur jeune interprète.

Ryū to Sobakasu no Hime (竜とそばかすの姫)
Pour terminer cette sélection cinéma plutôt éclectique, je passe maintenant à un film d’animation. Je ne vais pas souvent au cinéma et d’autant moins en ces temps de crise sanitaire, mais je ne voulais pas manquer le nouveau film d’animation de Mamoru Hosoda, Ryu to Sobakasu no Hime (竜とそばかすの姫), sorti le 16 Juillet. Un peu comme Summer Wars du même réalisateur, l’histoire oscille entre le mode réel et un monde virtuel digital (le réseau social U) dans lequel évoluent des milliards d’avatars, parmi lesquels Belle, une représentation de l’adolescente Suzu. Le mot japonais suzu veut dire clochette, qui se traduit également en Bell en anglais d’où le nom de son avatar. Suzu se bat tant bien que mal contre ses tourments et ses peurs, et se trouve la mission dans le monde virtuel U de venir en aide à un autre avatar, la bête Ryū, une représentation digitale d’un autre jeune être en souffrance. A travers son personnage de Belle, Suzu se découvre une capacité à chanter qui devient même un pouvoir pour guérir les âmes souffrantes. En plus de la beauté visuelle (Belle chantant sur une baleine volante portant des milliers de haut-parleurs), ce film d’animation est chargé d’émotion et m’a donné les larmes aux yeux lors de certaines scènes finales. La musique est très présente et est justement un des vecteurs qui nous poussent vers cette émotion. Le morceau titre intitulé U est d’ailleurs composé par Daiki Tsuneta sous la formation Millenium Parade avec Kaho Nakamura au chant. J’en parlais dans les commentaires d’un billet précédent, mais j’aime beaucoup ce morceau notamment la voix de Kaho Nakamura. Elle donne également sa voix au personnage de Suzu et c’est une véritable révélation de ce film d’animation. En petit détail à noter, Shōta Sometani (du film dont je parlais juste avant) interprète la voix d’un des personnages du film d’animation, l’unique membre du club de canoë de l’école, également responsable d’un des petits moments comiques du film pour sa timide déclaration d’amour au milieu d’une gare de campagne. Toujours pour les voix, la meilleure amie de Suzu est quant à elle interprétée par Ikura du groupe électro-pop Yoasobi. Le monde virtuel de Ryu to Sobakasu no Hime me fait un peu penser à celui de Paprika de Satoshi Kon, car on y trouve un foisonnement similaire bien que les histoires soient très différentes. Le réalisme graphique n’atteint pas les niveaux des films de Makoto Shinkai, mais j’aime beaucoup le style Hosoda. Comme sur son film précédent Mirai no Mirai (未来のミライ), il met l’accent sur les comportements des personnages que je trouve très réalistes. Du coup , il va falloir que je découvre les films de Mamoru Hosoda que je n’ai pas encore vu comme Bakemono no Ko (バケモノの子 – Le Garçon et la Bête). Il y a encore de nombreuses lacunes que je dois combler dans ma connaissance des films d’animation japonais.

閏年エンディング ~其ノ四~

Je reste à Jingumae pour quelques autres photographies qui ne sont pourtant pas toutes prises la même journée. On commence par Ura-Harajuku, une des petites rues à l’arrière de Harajuku, où s’aligne une série d’affiches pour Beams à l’arrière d’un building. Cette couleur rouge avec des personnes en chutes libre s’accorde bien avec le mouvement du cycliste qui passait à ce moment là. J’aime beaucoup cette photographie car je suis toujours attiré par les couleurs rouges dans le décor urbain, qui sont en général assez rares. Je continue ensuite vers la petite rue Cat Street, attiré par un nouveau petit bâtiment monolithique de béton. ll s’agit d’une annexe à la galerie The Mass située juste à côté et qui s’appelle StandBy. Le bâtiment est ouvert sur la rue, sans fenêtres. On y montrait deux installations étranges contenant chacune un bonsai en croissance controlée, chaque réceptacle conservant une température et une humidité adéquates. Il s’agit d’une installation visible jusqu’à fin Janvier 2021 intitulée “Paludarium Tachiko & Yasutoshi” par le collectif artistique AMKK créé par l’artiste floral Makoto Azuma. A noter que les blocs hermétiques de conservation des deux bonsai nommés Yasutoshi et Tachiko possèdent également un petit module stéréo pour y diffuser de la musique. J’aime beaucoup cette idée d’intégrer la musique comme un élément indispensable de la conservation de ces plantes. Comme l’artiste nous l’explique sur son site web, ce concept de conservation n’est pas nouveau, mais sa mise en place dans un bunker de béton ouvert sur l’extérieur a quelque chose de futuriste. Quant à ce petit bâtiment en béton sur l’avant dernière photo, il est bien mystérieux avec sa forme de flèche semblant nous indiquer une direction.

Je suis abonné à NetFlix depuis quelques années, mais je ne l’utilise très certainement pas autant que je devrais. Je suis souvent face à une multitude de choses à voir que je mets dans mes favoris mais je peine toujours à trouver le temps de regarder ce que j’ai sélectionné. Je me laisse quand même attiré par la série japonaise en 8 épisodes Alice in Borderland (今際の国のアリス) tirée du manga du même nom par Haro Aso, que je ne connaissais pas. La série exclusive à NetFlix est réalisée par Shinsuke Sato, dont j’avais déjà vu le film de science fiction Gantz avec Kazunari Ninomiya, Kenichi Matsuyama et Natsuna entre autres. En fait, dès le premier épisode de Alice in Borderland, j’avais tout de suite noté quelques ressemblances avec l’univers de Gantz. On se trouve dans une sorte de monde parallèle où les protagonistes doivent accomplir des missions pour survivre. Certains épisodes me rappellent aussi par moment Battle Royale. La série est assez violente, mais visuellement très belle. La totalité des scènes de la série est prise dans un Tokyo vidé de sa population, par des effets spéciaux. Je connaissais déjà Tokyo vide dans les livres photographiques de Masataka Nakano, mais ces scènes notamment dans des quartiers de Shibuya que je connais bien ont de quoi surprendre. Je m’arrêterais là sur mon émerveillement à voir en images un Tokyo vide. Les acteurs principaux, Kenta Yamazaki dans le rôle de Ryōhei Arisu et Tao Tsuchiya dans le rôle de Yuzuha Usagi, sont plutôt convaincants et l’histoire est très accrocheuse, même si elle n’est pas forcément très originale. Chaque mission est dirigée par un groupe mystérieux dont on ne sait que peu de choses et qui identifie chacune des missions par les signes d’un jeu de cartes. Le titre de la série ainsi que ces symboles de cartes à jouer nous font bien entendu penser au monde d’Alice au pays des Merveilles, d’autant plus que les personnages principaux s’appellent Arisu (pour Alice) et Usagi (évoquant le lapin d’Alice). Je me demande s’il y aura des liens qui vont s’établir entre l’intrigue de cette série et le monde d’Alice in Wonderland.

たった一度の人生ゲームさ

Alors que je mentionnais dans mon dernier billet mon intention de ne pas me concentrer sur le Tokyo insolite, je m’enfonce forcément, mais volontairement, dans la brèche avec quelques unes des photographies ci-dessus pour m’auto-contredire. Il m’arrive souvent sur ce blog d’avoir envie de faire le contraire de ce que je viens d’écrire, tout simplement parce que j’ai la liberté de le faire. Dernièrement, j’avais aussi abordé ce ‘Tokyo insolite’ en montrant ici et sur Twitter des photographies des toilettes publiques transparentes conçues par Shigeru Ban, pour deux petits parcs près de Yoyogi. Je me suis rendu compte que les deux photographies mises sur Twitter ont été reprises sur le site de Cnews le 18 Août, et par ricochet sur quelques sites parfois en anglais ou espagnol. Ça m’amuse d’ailleurs de voir comment le site de news propage des informations inexactes. Le site nous dit par exemple qu’il y a déjà cinq toilettes transparentes à Shibuya et qu’il y en aura bientôt 17, alors qu’il n’y en a que deux et que les autres toilettes ne sont/seront pas transparentes et ont des styles complètement différents (par des architectes différents d’ailleurs). L’article laisse aussi penser que ce projet couvre tout Tokyo, alors qu’il s’agit seulement de Shibuya.

Mais revenons aux photographies sur ce billet. Je connaissais ce King Kong en haut d’un bâtiment rose pour l’avoir déjà vu en photo quelque part mais je ne me souviens plus où exactement. On le découvre par hasard alors que nous partons à la recherche du sanctuaire Taishido Hachiman dans les zones résidentielles de Sangenjaya. Le gorille se trouve dans la rue commerçante principale de Sangenjaya, perpendiculaire à la longue route 246 qui passe à Shibuya et nous amènerait jusqu’à Numazu dans la préfecture de Shizuoka si on la suivait tout le long de ses 122.7kms. Le Maneki Neko et le lapin rose, tous deux gonflables, se trouvent à l’intérieur du sanctuaire Taishido Hachiman. On est surpris par la présence de ces objets insolites qu’on a, il faut bien le dire, peu l’habitude de voir à l’intérieur des sanctuaires, mais dont on ne peut ignorer la présence une fois qu’on les a aperçu. Il doit s’agir de la préparation d’un matsuri pour les enfants, car on voyait également un petit stand en cours d’arrangement juste à côté. Il y a un enclos avec un lapin à l’entrée du sanctuaire. Il est peut être involontairement le symbole de ce lieu. Il n’y avait personne dans le sanctuaire, à part la dame qui nous a donné le sceau Goshuin que nous étions venu chercher et dont je parlais précédemment. Le fait qu’il n’y avait personne dans ces lieux renforçait l’impression d’être observé par toutes choses, notamment par les 21 petits renards Inari (je ne prends pas en compte celui qui regarde à côté) qui sont en charge symbolique de garder l’enceinte du sanctuaire. Un peu plus loin sur la rue commerçante où se trouve le gorille sur le toit, on trouve un bâtiment rouge écarlate placé sur un espace triangulaire minuscule, qu’on pourrait sans aucun doute trouver dans le bouquin Pet Architecture de l’Atelier Bow Wow. Ce petit bâtiment, en plus d’utiliser l’espace de manière optimale, à la particularité d’avoir beaucoup d’ouvertures. Lorsqu’on le voit depuis la rue commerçante, notre regard traverse les parois pour voir l’autre rue en Y bordant le bâtiment. J’imaginerais bien pousser le concept, à la manière de Ryue Nishizawa ou Kazuyo Sejima de SANAA, en rendant ce petit bâtiment complètement transparent, en le couvrant entièrement de vitrages. La dernière photographie ci-dessus est également prise dans une rue à côté du gorille et il s’agit d’un restaurant de soba. La vitrine semble par contre refléter les intérêts cinématographiques du propriétaire avec ces figurines d’Ultraman, Kamen Rider ou encore Godzilla.

Ceci me rappelle que j’ai vu pour la première fois de ma vie un film de la série Godzilla, en regardant sur Netflix le Shin-Godzilla datant de 2016. En réfléchissant un peu, j’ai quand même eu le malheur de voir au cinéma en France la version américaine de Godzilla par Roland Emmerich datant de 1998, avec Jean Reno me semble-t-il. J’ai beaucoup aimé ce Shin-Godzilla, notamment pour son réalisme. Pas le réalisme du monstre bien entendu, mais celui des lieux. Tous les endroits empruntés et détruits au passage par Godzilla sont cités très précisément, de Kanagawa jusqu’à Tokyo. Godzilla arrive par les mers et entre d’abord sur les terres depuis la baie de Tokyo. On le voit évoluer dans sa première forme dans les eaux de la rivière Nomigawa près de Kamata et il déambule ensuite dans les rues de l’arrondissement de Ota que je commence à bien connaître. Il réapparaît ensuite un peu plus tard près de Kamakura juste à côté de Inamuragasaki (que je connais assez bien aussi). Tout en regardant le film, je prie pour qu’il ne remonte pas jusqu’au sanctuaire de Tsurugaoka Hachimangu où nous nous sommes mariés. Il se dirige ‘heureusement’ vers Tokyo jusqu’au centre, près de la gare historique. Je regarde le film en espérant qu’il ne démolisse pas trop de bâtiments en cours de route car je pense tout de suite au travail énorme de reconstruction qui sera nécessaire, mais c’est peine perdue vue la taille du monstre. De toute manière, à partir du moment où il commence à cracher du feu et à émettre des rayons lasers radioactifs de son dos ou de sa gueule, on comprend vite que la ville est entièrement perdue. La déconstruction de Tokyo est un thème récurent du cinéma fantastique japonais, depuis le grand tremblement de terre de Septembre 1923 qui avait presque complètement détruit la ville (par exemple, les destructions et reconstructions de Tokyo en Neo Tokyo dans Akira et en Tokyo-3 dans Evangelion). Un des intérêts du film est la manière dont il se concentre au début sur la gestion de la crise par les organismes gouvernementaux tout en insistant sur la lourdeur administrative de la prise de décision. On arrive assez bien à imaginer cette complexité administrative quand il s’agit par exemple de décider de quel organisme gouvernemental ce type de crise est le ressort, la gestion de crise engendrée par un monstre surdimensionné ne tombant pas dans les schémas classiques déjà préparés et testés d’un tremblement de terre par exemple. Le film ne manque pas d’un certain humour un peu piquant dans ces moments là, ou lorsqu’il aborde la nécessaire invocation de l’aide américaine qui veut bien sûr prendre le sujet en mains d’une manière un peu trop radicale. On a par contre un peu de mal à croire au personnage d’experte japano-américaine interprétée par Satomi Ishihara, dont l’accent américain forcé est à la limite du ridicule. Ses interventions me font quand même penser qu’il s’agit de second degré. Reste à voir maintenant si je tente la version originale de Ishirō Honda datant de 1954, qui semble être disponible sur Amazon Prime (mais pas sur Netflix).

A l’arrière du Department Store PARCO à Shibuya, on pouvait voir affichés sur un des murs les portraits des membres de tous les groupes de l’agence Wack. On peut dire que les idoles alternatives de l’agence occupent le terrain à Shibuya ces derniers temps. La devanture du Tower Records affichent également en ce moment des grands posters des groupes BiS et PEDRO ainsi qu’une double affiche de BiSH et EMPiRE. À côté de ces multiples portraits parfois grimaçants et étrangement habillés de la même manière, une autre affiche nous explique qu’il s’agit d’un événement appelé School of Wack qui se déroulait au PARCO Museum sur un peu plus d’une semaine jusqu’au 31 Août. Sans vraiment comprendre de quoi il s’agit, j’ai l’impression que chaque membre des groupes passe du temps dans une petite salle fermée et bariolée comme une salle de classe vandalisée, pour y faire des jeux ou des gages devant un public très restreint derrière une vitre (à cause du corona virus). Je n’ai pas l’impression que des morceaux soient interprétés, donc cette organisation m’intrigue assez. Indépendamment de cette affiche et de cet événement, j’écoute pas mal de morceaux de groupes Wack en ce moment car je suis happé par leur énergie, mélangeant un certain esprit rock et un côté poussif pop qui m’attire malgré une répulsion initiale. C’est le cas du morceau にんげん (Ningen) de Carry Loose par exemple. Il me paraissait trop typé comme un morceau d’idole à première écoute, mais je tente tout de même une deuxième écoute en entier et me laisse prendre par l’urgence non-stop avec laquelle les quatre filles de Carry Loose mènent la marche. La voix de YUiNA EMPiRE (transfuge temporaire d’EMPiRE) est une épreuve au début, mais un peu comme pour AYUNi D sur BiSH, elle finit par apporter un contraste vocal qui donne de l’intérêt à l’ensemble et à la progression du morceau. En parlant d’EMPiRE, qui est à mon avis en phase ascendante, maintenant que BiSH est pratiquement devenu mainstream, j’ai appris à apprécier leurs morceaux que j’écoute beaucoup en ce moment. Je n’écoute pas leurs albums ou EPs en entier mais j’ai plutôt fait une sélection des morceaux qui m’intéressaient. Ma playlist se compose de quelques morceaux de leur premier album THE EMPiRE STRiKES START!!: FOR EXAMPLE??, Buttocks beat! beat!, コノ世界ノ片隅デ (KONOSEKAiNOKATASUMiDE) et アカルイミライ (Akarui Mirai), suivi de quelques morceaux du EP EMPiRE originals: EMPiRE originals, Dope et SO i YA, tout en écoutant quelques autres morceaux de leur dernier EP en date, notamment le morceau ORDiNARY. Les voix des membres d’EMPiRE sont dans l’ensemble plus uniformes que celles de BiSH, mais j’aime toujours quand il y a quelques dissonances (par exemple la voix de Mikina à la marque 2:20 sur FOR EXAMPLE??). Certains morceaux sont assez proches de ce qu’on connait de BiSH surtout quand ils prennent des sonorités rock, comme par exemple Buttocks beat! beat!. Les membres de BiSH font d’ailleurs des apparitions dans la vidéo tournée à Shibuya (comme souvent) faisant un clin d’oeil à la couverture de l’album FAKE METAL JACKET. Cette vidéo donne d’ailleurs une bonne idée du côté disruptif de cette musique, plutôt que le kawaii qui est en général associé à l’univers des idoles. Le kawaii ne m’intéresse pas beaucoup. Un des morceaux que je préfère du groupe est celui intitulé Dope, avec une manière vraiment particulière de chanter, comme une voix de fantôme sortie d’un ukiyo-e. Ce morceau avec I don’t cry anymore dont je parlais dans un billet précédent, m’a donné envie de fouiller un peu plus dans la discographie d’EMPiRE. Dans ma playlist, j’inclus également le dernier single intitulé 浪漫 (Roman) de PEDRO, le groupe de Ayuni accompagné de Hisako Tabuchi de Number Girl à la guitare. Je ne suis pas certain d’écouter son deuxième album en entier mais j’aime beaucoup ce morceau car elle ne pousse pas trop dans les aiguës. Mais, j’aime bien en général quand elle pousse la voix par passages dans les derniers morceaux de BiSH, notamment sur スーパーヒーローミュージック (Super Hero Music) ou TOMORROW. Ces deux morceaux sont extraits du dernier album LETTERS que je finis par apprécier même si les morceaux que j’ai écouté pour l’instant ne renouvellent pas vraiment le style de ce qu’on a déjà entendu du groupe. La dynamique rend cependant ces morceaux addictifs après quelques écoutes.

Quand je dis mainstream au sujet de BiSH, je veux dire que le groupe est désormais connu du grand public du fait de leurs nombreux passages à la télévision ces derniers temps, même sur la NHK samedi dernier dans l’émission Songs of Tokyo (épisode 13 disponible en ligne jusqu’au 28 Octobre 2020 avec sous-titres en anglais). Je pressens qu’elles seront cette année à l’affiche de l’émission musicale du réveillon, Kōhaku. C’est un pronostic, à moins que la NHK reste frileuse du fait du profil d’électron libre du producteur Junnosuke Watanabe, qui pourrait très bien contrarier l’image bon enfant du spectacle familial que représente Kōhaku. On se souvient du 57ème Kōhaku le 31 Décembre 2006 où OZMA (alias Show Ayanocozey, leader du groupe Kishidan) était accompagné d’une troupe de danseuses ou danseurs portant des t-shirts avec des seins nus dessinés dessus. Une partie du public télévisuel avait été choqué pensant qu’il s’agissait de personnes réellement nues sur scène et cette séquence a eu pour conséquence de radier à vie l’artiste de l’émission. Connaissant la popularité continuelle de Kishidan, il doit s’en mordre les doigts. Il faut dire que passer à Kōhaku au réveillon est vu encore maintenant comme une consécration pour les artistes japonais, au point où on n’existe pas vraiment aux yeux du grand public tant qu’on n’est pas passé dans cette émission. Ajouter un peu d’imprévu dépoussiérait quand même un peu l’émission. Le présentateur habituel, Teruyoshi Uchimura, essaie de temps de se moquer de la rigueur de la chaîne mais ça reste très contrôlé tout en faisant sourire. Je ne critique pas trop NHK car nous la regardons quand même assez régulièrement.

Il y a très souvent des émissions intéressantes sur NHK, comme celle que nous avons vu il y a quelques semaines, à la mi-Août, sur l’Art Brut. L’émission intitulé ‘no art, no life´ présentait le travail de plusieurs artistes avec handicap à travers des petits films de 5 mins, en les montrant en plein processus de création et parmi leur entourage (parents ou établissement spécialisé d’accompagnement pour certains). L’émission était très bien faite car elle ne s’encombrait pas de commentaires superflus. L’émission nous avait tellement plus que nous avions réservé dans la foulée une visite pour le lendemain à la galerie attachée à l’école des Beaux-arts de Tokyo où étaient exposées quelques unes des œuvres de ces artistes d’Art Brut. L’exposition s’intitule ‘Art As It Is: Expressions from the Obscure’. Il se dégage une grande force de ces œuvres, qui surprennent et fascinent. Le détail des œuvres exposées résultant d’un immense dévouement à l’acte de créer, un besoin vital certainement, est à chaque fois impressionnant. L’illustration grand format ultra détaillée sur la photo de gauche est de Makoto Fukui et la sculpture de petit monstre est de Shinichi Sawada. Ce sont deux des artistes que j’ai préféré avec les illustrations de Marie Suzuki.