Shibuya za rock

Les deuxième et troisième photographies de ce billet sont prises depuis un des derniers étages du Department Store PARCO de Shibuya. La troisième photographie montre une vue en contre-plongée de l’ancien Cinéma Rise reconverti en salles de concert WWW et WWWX. J’ai toujours aimé ce petit bâtiment atypique conçu par l’architecte Atsushi Kitagawara et je suis particulièrement satisfait de voir qu’il a pu trouver une seconde vie après la fermeture du cinéma. Tokyo est en général sans pitié pour les vieux buildings qui faiblissent même s’ils ont été créés par des architectes reconnus. Je suis en fait venu au PARCO pour voir une petite exposition consacrée au magazine mensuel gratuit Kaze to Rock (風とロック). L’exposition intitulée Kaze to Rock to PARCO: Minna Waratteru (風とロックとPARCO:みんな笑ってる) se déroulait du 28 Avril au 8 Mai 2023 au PARCO Museum Tokyo situé au quatrième étage de PARCO. Je pensais d’abord que cette galerie se trouvait au dernier étage d’où le petit détour qui m’a permis de prendre les photographies ci-dessus. La galerie est en fait perdue au milieu des boutiques du grand magasin. J’avais déjà très brièvement évoqué le magazine Kaze to Rock après avoir acheté le livres de photographies de Mika Ninagawa car on y montrait une photographie de Sheena Ringo accompagnée des acteurs Shun Oguri, Lily Franky et Kenichi Matsuyama. Cette photographie était en fait tirée d’une édition spéciale du magazine Kaze to Rock sortie en Novembre 2006 et intitulée Kaze to Rock to United Arrows (風とロックとユナイテッドアローズ).

Le magazine Kaze to Rock a été créé en 2005 par le directeur créatif Michihiko Yanai (箭内道彦). Michihiko Yanai est originaire de Koriyama dans la prefecture de Fukushima. Après des études de design à l’Université des Beaux-arts de Tokyo, il travaille d’abord pour la grande agence publicitaire Hakuhodo et devient ensuite indépendant en 2003, créant sa propre agence Kaze to Rock Co. Limited qui est toujours active. Ce nom n’est pas choisi par hasard car en plus d’être professeur à l’Université des Beaux-arts de Tokyo, il est également guitariste dans un groupe de rock, animateur d’émissions radio, organisateur d’évènements musicaux, entre autres. On lui doit notamment la fameuse campagne publicitaire au long court « No Music No Life » pour Tower Records. Il n’y a pas de doutes que Michihiko Yanai vit et respire pour cette musique rock, et c’est dans ce contexte là qu’il a créé le magazine mensuel Kaze to Rock en 2005, sans but lucratif et même à perte car il s’agit d’un magazine gratuit. A vrai dire, je ne sais pas où il est distribué car je ne l’ai jamais vu disponible, au Tower Records par exemple, mais il y a en tout 100 numéros publiés. Vu le nombre de numéros, la publication n’est certainement pas régulière. En tant que rédacteur en chef du magazine, Michihiko Yanai semble choisir sans contrainte les artistes et groupes dont il veut parler sur ses pages. On reconnaît tout de suite cette liberté créative dans le format du magazine donnant une grande place aux photographies. L’exposition permet de feuilleter un grand nombre de numéros du magazine et je remarque que les pages de photos consacrés au groupe ou à l’artiste en couverture sont très importantes, de quarante a cinquante pages environ suivant le numéro. Cela fait ressembler ce magazine à un véritable livre d’art plutôt qu’à un magazine classique que l’on trouverait en librairie. Outre la possibilité de feuilleter ces magazines, l’exposition montre de nombreuses photographies sur écrans géants dans plusieurs pièces avec des éléments d’explication et de chronologie.

Une des raisons pour laquelle j’ai fait le déplacement était de voir deux numéros du magazine consacrés à Sheena Ringo et à Tokyo Jihen, car je savais qu’ils étaient visibles parmi les magazines présentés à l’exposition. J’ai pris mon temps pour les feuilleter pendant l’exposition. On ne pouvait malheureusement (ou heureusement) pas les prendre en photo. J’ai tout de suite été interpellé par la qualité des photographies qu’on y montrait. Beaucoup de photos se ressemblent, comme des versions différentes d’une même situation, mais sont prises sous des angles différents et avec des expressions du visage semblant être prises sur le vif. Certaines photographies font des plans resserrés sur des objets ou des parties du corps. Ce ne sont clairement pas des photos qu’on trouverait dans un magazine musical traditionnel. J’ai eu forcément très envie de me procurer ces numéros que j’ai trouvé assez facilement sur Mercari pour pas très chers. La plupart des photographies des deux magazines m’étaient inconnues et je les feuillette tranquillement et avec beaucoup d’attention comme des petits trésors. Le numéro avec Tokyo Jihen est celui du 1er Septembre 2007, ce qui correspond à la sortie de l’album Variety (娯楽). Les photographies sont prises par Kazunari Tajima (田島一成) qui a déjà capturer le groupe pour le numéro de Mars 2010 du magazine Switch. Kazunari Tajima a également photographié Sheena Ringo pour le numéro de Février 2003 de Rockin On Japan à l’occasion de la sortie de son troisième album KSK. C’est également un magazine que j’ai dans ma petite collection. Le numéro de Kaze to Rock consacré à Sheena Ringo est celui du 1er Juin 2009. Ce numéro correspond à la période où elle revenait vers sa carrière solo en sortant l’album Sanmon Gossip (三文ゴシップ). Les photographies sont également superbes, notamment celles en plan serré dont une est utilisée en couverture du magazine. Elles sont du photographe Jin Ohashi (大橋仁), qui a également pris en photo Sheena Ringo pour le magazine Switch du mois d’Avril 2000 sur une série intitulée In the Room. Sur ces deux magazines, j’aime aussi beaucoup le titrage avec une police de caractère très stylisée. L’organisation même du magazine me fait penser à un fanzine et je pense que c’est le souhait de son créateur car il a fait le choix de ne parler que des artistes qu’il aime. Feuilleter ces magazines me relance dans l’idée de faire ce genre de fanzine, si j’en avais le temps, le courage et surtout l’inspiration.

Continuons encore un petit peu en musique avec un autre album de Blankey Jet City que j’écoute beaucoup en ce moment, Love Flash Fever sorti en 1997. J’ai acheté cet album au Disk Union de Shimo-Kitazawa en même que l’album solo de Kenichi Asai, Red Snake Shock Service, dont je parlais récemment. Vous l’aurez peu être compris, je suis actuellement dans une période rock très pointue allant de Kenichi Asai et ses groupes jusqu’à Buck-Tick que je continue à beaucoup écouter depuis quelques mois. Cette profusion de guitares explique mon besoin de me dégourdir de temps en temps les oreilles avec une musique plus pop, comme celle mentionnée dans le billet précédent. De cet album Love Flash Fever, je connaissais déjà plusieurs morceaux déjà présents sur la compilation Blankey Jet City 1997-2000, à savoir Gazoline no Yurekata (ガソリンの揺れかた), Planetarium (プラネタリウム), Spaghetti Hair et Dennis Hopper (デニスホッパー). Ces morceaux comptent dans les meilleurs de l’album mais celui que je préfère est le deuxième intitulé Pudding. Il n’est étonnement pas présent sur la composition mentionnée ci-dessus. Il s’agit d’un morceau plein de la furie typique du groupe. Il y a une urgence et une frénésie assez géniale, accompagnée par des riffs de guitares particulièrement incisifs et Kenichi Asai accélérant démesurément son phrasé. J’aime aussi beaucoup le quatrième morceau Minagoroshi no Trumpet (皆殺しのトランペット) car il a une composition singulière démarrant par un monologue de Kenichi Asai accompagné par un son de trompette et une basse, pour se transformer dans une deuxième partie vers une composition plus classique. J’aime beaucoup l’atmosphère sombre de ce morceau ponctuée par des cris d’Asai. L’ambiance est très différente du morceau que je mentionnais précédemment, et ils forment à eux deux les pics de cet album. Enfin, il y a beaucoup d’autres très bons morceaux sur cet album, comme le cinquième intitulé Kanjō (感情) toujours avec cette rage naturelle et ses émotions fortes, qui se sont ensuite un peu apaisées plus tard sur ses albums solo. Et il y a ce morceau intitulé Dennis Hopper où le chant de Kenichi Asai n’est pas des plus faciles à apprécier aux premiers abords. Mais la deuxième partie du morceau est assez fantastique et me donne à chaque fois des frissons.

アクアマリン・コカコーラレッド

Une Dodge Challenger aquamarine au repos sans conducteur apparent derrière ses vitrages teintés, la moto futuriste de Bulma sur une collection de t-shirts de la série Dragon Ball pour la marque Graniph, des stickers à profusion envahissant des poteaux électriques à Jingūmae, cinq chanteuses et danseuses de K-Pop faisant la promotion d’une marque de jeans sur la devanture d’une boutique de Cat Street, un bonsaï de taille réelle installé à l’entrée d’un nouvel immeuble toujours en construction près de la rue Kotto, une interdiction de skater en rond dans une ville qui a pourtant vu défiler quelques champions nationaux et une révolution pacifiste en cours de décrépitude. L’arrondissement de Shibuya ne manque pas d’imageries en tout genre et c’est ce qui me fait toujours y revenir, appareil photo en mains. Outre leur attrait esthétique, ces images de rue attisent ma curiosité et je les prends souvent en photo pour qu’elles m’ouvrent plus tard des nouvelles portes vers des choses qui me sont peut-être inconnues ou peu familières. C’est une chose que de prendre des photographies et de s’en contenter, et c’en est une autre que de chercher où ces photographies peuvent nous mener. Je me demande même si pour moi prendre des photos n’est pas qu’un prétexte pour partir en recherche. Les photographies peuvent parfois être des liens directeurs vers d’autres mondes dont on ne soupçonnait pas l’intérêt qu’on pourrait éventuellement y trouver.

Les cinq filles qui posent sur l’affiche de la devanture du magasin de jeans Levi’s s’appellent Minji, Hanni, Danielle, Haerin et Hyein. Elles composent le groupe de K-Pop mondialement connu NewJeans qui n’a fait ses débuts que très récemment en Juillet 2022. Elles ont déjà un très grand succès en n’ayant sorti que quelques singles, un EP mais pas encore d’album complet. Leur succès tient peut être au fait qu’elles représentent une nouvelle génération dans la musique pop coréenne, passant après des dizaines de groupes répétant les mêmes recettes musicales et se transformant rapidement en purs produits commerciaux. Côté relations commerciales, Newjeans se surpassent déjà car, malgré leur jeune existence, le groupe représente de nombreuses marques, comme Levi’s, Coca Cola ou la marque d’électronique sud-coréenne LG. Mais ça n’est pas tout car chaque membre de Newjeans est également ambassadrice de marques de luxe. Hanni représente Gucci et Armani Beauty, Danielle s’affiche pour les marques Burberry et YSL Beauty, Hyein pour Louis Vuitton, Minji pour Chanel Corée et Haerin pour Dior. Il est difficile de faire mieux comme couverture commerciale, mais on sait aussi que ces marques de luxe se copient beaucoup entre elles. Newjeans passe même une étape supplémentaire en sortant un nouveau single intitulé Zero entièrement publicitaire pour la boisson sans sucre de Coca Cola. En plus de voir des cannettes de Coca Cola Zero dans la vidéo du morceau, le refrain utilise clairement le nom de la marque. Ce qui est particulièrement agaçant pour moi, c’est que malgré tous ces artifices commerciaux qui nous bouchent la vue, le morceau à tendance dubstep qui en résulte est excellent, assez loin de l’excès musical qui caractérise la plupart du temps la K-Pop. Et comme je me trouve à beaucoup aimer ce morceau Zero après l’avoir entendu une première fois à la radio, je lâche progressivement les préjugés qui m’empêchaient volontairement d’écouter les autres singles du groupe comme OMG et Ditto. Newjeans rentre ainsi, au côté de 2NE1, dans le cercle très sélectif des groupes de K-Pop dont j’aime beaucoup quelques morceaux.

J’arrive progressivement à un point d’entente avec Zoa sur les anime que l’on regarde. Je ne regarde pas beaucoup d’anime mais il est vrai que ces derniers mois, j’en ai regardé plus qu’à l’accoutumée. Chainsaw Main d’abord, puis Spy x Family et maintenant Oshi no Ko (推しの子) qui a un grand succès actuellement. Je ne suis pas assez informé sur les manga et anime pour confirmer s’il y a une amélioration de la qualité ces derniers temps, mais c’est du moins l’impression que ça me laisse. Ils sont tous disponibles sur NetFlix ce qui facilite beaucoup le visionage. Le premier épisode d’Oshi no Ko faisant plus d’une heure était d’abord sorti au cinéma et le fait que Yoasobi en compose et chante le thème musical avait été apparemment gardé secret. Dans cet anime, on y parle du monde des idoles. Et comme pour Bocchi The Rock, que je regarde aussi en ce moment, traitant du monde du rock indé à Shimo-Kitazawa, Oshi no Ko donne de nombreux indices et explications sur la manière dont fonctionne le monde très codifié des idoles, sans hésiter à en montrer le pire. Je ne raconterais pas l’histoire d’Oshi no Ko car elle démarre par une situation des plus improbables, qui fait à mon avis toute la beauté disruptive des manga. J’aime aussi beaucoup les thèmes d’ouverture et de fermeture de chaque épisode de l’anime. J’ai déjà mentionné Yoasobi avec un morceau composé par Ayase intitulé tout simplement Idol (アイドル). Le morceau est hyper dynamique et assez typique de l’empreinte musicale du groupe. Pourtant, la manière de chanter d’Ikura est changeante comme un caméléon avec des parties presque parlées hip-hop ressemblant à de la K-Pop et d’autres plus proches de l’image qu’on peut avoir de la musique d’idoles. J’aime aussi beaucoup le thème de fin intitulé Mephisto (メフィスト) par un groupe nommé Queen Bee (女王蜂). Queen Bee est un groupe japonais rock originaire de Kobe fondé en 2009 que je connaissais par la présence d’Avu-chan (アヴちゃん) au chant. A ma grande surprise, je me rends compte maintenant qu’Avu-chan a également créé un autre groupe nommé Gokumontō Ikka (獄門島一家) pendant une période de hiatus de Queen Bee. Et dans ce super-groupe Gokumontō Ikka, j’y retrouve quelques noms de musiciens qui me sont très familiers comme un certain Ryosuke Nagaoka (長岡亮介 aka Ukigumo) de Tokyo Jihen et de Petrolz, ou encore le batteur Tatsuya Nakamura (中村達也) de feu Blankey Jet City. En attendant de partir à la découverte de Gokumontō Ikka, j’apprécie Mephisto et les envolées de voix d’Avu-Chan.

危険すぎる香りで

C’était une journée particulièrement nuageuse sur Tokyo. J’utilise volontairement préposition ‘sur’ car je place ces nuages en superposition au dessus d’images de la ville. Ces nuages superposés sur ces photographies prises à Shibuya ne se trouvent pas seulement dans le ciel mais envahissent pleinement les rues. J’aime beaucoup ajouter ce genre de fumées et de nuages comme partie intégrante du paysage urbain. Peut-être parce qu’ils viennent rendre les contours de la ville plus flous et insaisissables. J’y vois également une notion de secret (秘密), de choses cachées des yeux de tous. Cette notion de secret n’est pas étrangère à la tentative de création de pages cachées dont j’ai fini par donner la piste sur ma page En savoir plus. Par extension, ce blog tout entier devrait peut-être se cacher derrière des draps de fumées nuageuses. Un jour peut-être il le sera.

Le chat noir sur la photo ci-dessus sert de couverture à l’album Rod Snake Shock Service de Kenichi Asai (浅井健一) sorti en 2007. Je l’ai trouvé au Disk Union de Shimo-Kitazawa et l’ai choisi un peu au hasard sans ne connaître aucun de ses titres. Après la séparation de Blankey Jet City, Kenichi Asai a formé plusieurs groupes comme Jude ou Sherbets dont je parlais récemment, mais a également sorti quelques albums solo comme celui ci-dessus. On ne peut pas dire que l’ambiance rock de sa carrière solo diffère franchement de ce qu’on connaît de Blankey Jet City, car le jeu de guitare et la voix si particulière de Kenichi Asai nous rappellent tout de suite à qui on a affaire. Le style général est tout de même ici un peu plus apaisé. Ce sont certainement les années qui sont passées par là. Mais on n’est pas non plus très dépaysé. Les guitares n’en sont pas moins lourdes et incisives, notamment sur les deux premiers morceaux Fixer et Dead Rock Star, et c’est un vrai plaisir de se plonger les oreilles dans ses sons là. Il y a toujours ce quelque chose d’insolemment naturel dans le chant et le jeu de guitare d’Asai. L’ensemble se tient très bien mais il y a quand même des morceaux qui sortent du lot, comme le premier morceau Fixer, le troisième Black Cherry, le huitième vers la fin de l’album Ashita (明日) qui fait intervenir des instruments classiques ou encore l’avant dernier morceau Santa ga Uchi ni Yattekite (サンタが家にやって来て). Émotionnellement, le morceau Ashita est peut-être le plus poignant et celui qui est le plus différent du reste de l’album, certainement par la présence du violon et de chœurs à certains moments. Le violon est joué par Mio Okamura (岡村美央) tandis que les chœurs sont chantés par Tabasa Hayashi (林束紗), également à la basse sur l’album, qui accompagne d’ailleurs Kenichi Asai sur d’autres albums comme notamment celui intitulé Chelsea sorti en même temps que Rod Snake Shock Service. Ce sont en fait les volumes 1 et 2. En écoutant cet album, je me convainc moi-même que je peux choisir n’importe quel album de Kenichi Asai et de ses groupes au hasard, sans être déçu par ce que je vais écouter. A suivre donc. Cette notion de danger excessif (危険すぎる) est un thème récurrent car il s’agit également d’un single sur son premier album solo Johnny Hell sorti en 2006, sur lequel une certaine Sheena Ringo chantait les chœurs. Elle l’avait d’ailleurs inclus sur la compilation Ukina (浮き名) sortie en 2013.

un court passage underground

Les trois premières photographies sont prises près de la gare de Tokyo et à Kanda Sudachō tandis que les suivantes sont prises beaucoup plus loin à Kichijōji. Les maisons sur les quatrième et cinquième photos sont situées dans la même rue à proximité du parc Inokashira. Je les ai en fait déjà montré plusieurs sur ce blog. Celle bariolée de rouge et de blanc est la demeure du mangaka d’épouvante Kazuo Umezu, qui s’habille d’ailleurs lui-même toujours de cette même manière, de vêtements à rayures blanches et rouges. J’aime bien passer la voir de temps en temps lorsqu’on est de passage à Kichijōji. L’autre maison faite de béton est à l’abandon depuis un bon petit moment. Il s’agit pourtant d’une maison conçue par un architecte reconnu, Yōji Watanabe, à qui l’on doit notamment le fabuleux New Sky Building (ou Sky Building No. 3) à Shinjuku que j’avais visité en 2007. La maison Steamer Basket House construite en 1966 à Kichijōji n’est pas aussi impressionnante que le New Sky Building, mais il serait quand même dommage de la voir disparaître si elle ne trouvait pas d’acquéreur prochainement. Je n’avais pas marché seul dans les rues de Kichijōji depuis longtemps, faisant cette fois-ci le tour des petits disquaires que je connais sans but très précis. Lorsque je ne cherche rien de précis, je ne trouve en général rien de précis car je ne me lance que très rarement dans l’achat au hasard de CDs de groupes ou d’artistes que je ne connais pas.

Parmi les quelques découvertes musicales récentes, notons le groupe de rock indé bed avec deux morceaux intitulés Michael Mann et Kare Wa. Ces deux morceaux jouent sur les ambiances plutôt que d’avoir une composition musicale classique faite de couplets et de refrains. Je me demande si le titre du morceau Michael Mann est inspiré de l’ambiance de certains films du réalisateur américain, comme Heat (1995) qui est un film que j’aime particulièrement. Le morceau Kare Wa a un riff de guitare qui accroche immédiatement et comme sur le morceau Michael Mann, les rythmes de batterie et de basse sont des composantes importantes de la trame du morceau. La vidéo de Kare Wa est plutôt anxiogène mais l’ambiance générale est de toute façon assez sombre sur ces deux morceaux. Le morceau Kare Wa fait plus de six minutes et laisse cette ambiance répétitive de guitares s’imprégner dans notre cerveau. J’ai découvert ce groupe, notamment le morceau Kare Wa aux détours des internets il y a plusieurs mois mais je ne retrouve plus où exactement. Je pense que c’était sur le site et compte Instagram Sabukaru (pour Subculture) mais je ne retrouve plus l’article en question. Une courte vidéo sur le compte Twitter Angura (pour Underground) m’y rappelle. L’auteur intitule sa vidéo « the bed phenomenon: a revolution in Tokyo subculture ». La vidéo rend assez bien compte de l’ambiance électrique qui peut régner en concert, mais j’ai par défaut tendance à être assez dubitatif quant aux superlatifs excessifs car j’ai toujours l’impression qu’ils tentent de forcer une opinion à un auditoire sans laisser le choix de désapprouver ou d’avoir des réserves. Le site Sabukaru, que j’aime beaucoup par ailleurs, fonctionne également beaucoup comme ça dans les titrages de ses articles. J’ai parfois la crainte de faire la même chose dans les billets de ce blog lorsque je parle de musique. L’enthousiasme nous emporte parfois et c’est tout à fait naturel. Tout ceci n’enlève en rien l’intérêt d’avoir des sites traitant de la culture underground japonaise, du moins une facette bien précise vue d’un point de vue étranger. Et la musique du groupe indé japonais bed est particulièrement brillante bien que particulièrement sombre.

サンシャインエナジーは無限だよ

La pluie compromet quelque peu ma capacité à prendre des photographies car je ne suis pas très habile pour à la fois tenir un parapluie d’une main et cadrer avec mon lourd appareil photo reflex de l’autre, tout en le gardant au sec. Mais on n’a parfois pas le choix que de sortir même sous la pluie lorsque le stock de photographies montrables sur ce blog commence à franchement diminuer. Les photographies que l’on prend s’associe dans notre mémoire aux conditions auxquelles on les a pris. Cette réflexion me ramène à un petit texte du photographe urbain Lukasz Palka qui se trouve être une bonne critique, un brin émotionnelle, des ’photographes’ ayant recourt à l’intelligence artificielle pour créer des belles images se voulant artistiques, mais qui sont complètement vides de sens et de contextes. À chaque fois que je vois des images créées ou modifiées par de l’AI montrées sur Instagram, je me demande qu’elle peut bien en être l’interêt. Mais ces images sans profondeur émotionnelle correspondent bien à l’esprit de l’instantané qui qualifie les réseaux sociaux: montrer des photographies qui accrochent tout de suite le regard mais sur lesquelles on ne s’attardera pas longtemps et qu’on oubliera rapidement parce qu’il faut passer à autre chose sur notre timeline d’Instagram ou de Twitter.

Dans mes photos sous la pluie près d’Harajuku, je remarque entre autres quelques posters en grand format pour une marque de vêtements, que je montre sur la troisième photographie du billet. Parmi les visages, on reconnaît à droite le musicien TENDRE dont j’entends justement à la radio un morceau intitulé Document, qui est une version récente sorti le 5 Avril 2023 d’un morceau plus ancien. Au chant, il est accompagné par AAAMYYY dont on entend volontairement à peine la voix mais qui est tout de même immédiatement reconnaissable et même indispensable. J’aime beaucoup la voix apaisante de TENDRE même si le morceau est relativement rythmé mais la nonchalance certainement involontaire de la voix d’AAAMYYY m’attire à chaque fois. Ce n’est pas la première fois qu’ils s’associent au chant. Ce morceau est inclu sur un EP intitulé Beginning.

Le même programme radio d’Interfm me fait découvrir un nouveau morceau du groupe SHERBETS de Kenichi Asai (浅井健一). Ce single intitulé Shiranai Michi (知らない道) est sorti le 11 Avril 2023 sur leur EP Midnight Chocolate qui sortira un peu plus tard, le 26 Avril. Aimant beaucoup Blankey Jet City, je n’avais pas de raison particulière d’être étonné par la qualité de ce nouveau morceau, mais je l’étais quand même inconsciemment un peu car je ne me doutais pas que Kenichi Asai continuait à être autant inspiré. Il va falloir maintenant que j’écoute la musique de SHERBETS auquel je n’avais pas particulièrement porté attention jusqu’à maintenant, me concentrant plutôt sur Blankey. J’aime beaucoup l’impression d’espace que donne le son des guitares sur ce morceau et la voix de Kenichi Asai est inimitable, même quand elle est plus posée comme sur ce morceau. J’adore le final, dont les paroles m’inspirent d’ailleurs le titre de ce billet (l’énergie solaire est infinie), après quelques phrases parlées par Kenichi Asai. Rien que le charme de cette voix sur ces quatre petites phrases vaut le détour (OK そっちにするわ、OK そっちがいいよ、そっちを信じるわ、ごちゃごちゃ考えるな).

Dans un tout autre style, la même émission de radio me fait décidément découvrir beaucoup de belles musiques avec un morceau intitulé Eden par un duo appelé Hikari & Daichi love SOIL& »PIMP »SESSIONS. Il s’agit en fait d’Hikari Mitsushima (満島ひかり) et Daichi Miura (三浦大知) au chant accompagné par le groupe jazz SOIL& »PIMP »SESSIONS que les amateurs de Sheena Ringo connaissent bien. J’aime beaucoup cette musique jazz posée et la complicité vocale du duo. Cette complicité se retrouve également dans la vidéo accompagnant le morceau. Il faut dire que Daichi Miura et Hikari Mitsushima se connaissent depuis longtemps car ils ont commencé ensemble dans un groupe pop appelé Folder composé de cinq filles dont Hikari et de deux garçons dont Daichi. Les deux garçons ont cependant rapidement quitté le groupe qui s’est renommé Folder 5 et a fait ses débuts en l’an 2000. L’autre grand intérêt est de voir Hikari et Daichi s’amuser en dansant dans un endroit qui m’est très familier car il s’agit du KAIT Plaza conçu par Junya Ishigami. Après la vidéo du morceau Zutto de BISH, c’est la deuxième fois que je vois une vidéo musicale se dérouler à cet endroit. Je comprends tout à fait l’intérêt conceptuel et artistique que l’on peut trouver à cet endroit tellement particulier.

Je découvre ensuite un tout nouveau morceau du groupe Awesome City Club (ACC), intitulé Iolite (アイオライト). ACC s’est fait connaître du grand public en 2021 grâce au single Wasurena (勿忘) qui a eu beaucoup de succès. À vrai dire, j’ai fini par aimer ce single à force de l’entendre à toutes les émissions de télévision de fin d’année, y compris Kōhaku. Le morceau Iolite sorti le 18 Avril est le thème d’un drama télévisé dont j’ai oublié le nom. Seule PORIN(ポリン), qui a retrouvé les cheveux bleus qui lui vont si bien, chante sur ce morceau. La composition musicale n’est pas particulièrement originale mais le chant de PORIN me plait beaucoup. Depuis que je l’ai entendu sur le morceau CRYPT de Mondo Grosso, j’ai complètement reconsidéré ses qualités vocales. Ce morceau correspond à un style de musique pop que j’ai envie d’écouter en ce moment. C’est peut-être dû à l’arrivée du printemps.

Et pour finir cette petite sélection, j’aime aussi vraiment beaucoup le nouveau morceau de DAOKO intitulé Abon (あぼーん) sorti le 12 Avril 2023. Je le découvre par hazard sur une playlist, de Spotify peut-être bien que je n’y sois pas abonné. Il y a un contraste sur ce morceau entre le rythme électro soutenu et la voix flottante de DAOKO, comme un hip-hop qui ne serait pas agressif. DAOKO nous fait également la surprise d’annoncer qu’elle évoluera dorénavant dans un nouveau groupe de cinq membres nommé QUBIT (キュービット) avec elle-même au chant, Seiichi Nagai (永井聖一) à la guitare, Makoto Suzuki (鈴木正人) à la basse, Shōhei Amimori (網守将平) aux claviers et Kazuya Ōi (大井一彌) à la batterie. C’est amusant de voir DAOKO suivre les traces de Sheena Ringo en créant un groupe après des débuts en solo. J’ai lu plusieurs fois ce type de commentaires sur Twitter. Il faut aussi noter que Seiichi Nagai est également guitariste du groupe Sōtaisei Riron (相対性理論) dans lequel chante Etsuko Yakushimaru (やくしまるえつこ), qui a une voix un peu similaire à DAOKO et que j’aime aussi beaucoup. J’en parle d’ailleurs assez régulièrement sur ces pages. Seiichi Nagai jouait déjà en support de DAOKO lorsqu’elle se produisait en solo, et a supporté et participé aux albums de quelques autres artistes renommés, comme Yukihiro Takahashi, Tomoyasu Hotei et, tiens donc, Awesome City Club. Comme quoi, il y a une logique certaine dans mes choix musicaux. Le group QUBIT sortira son premier single le 21 Juin 2023 et il s’intitulera G.A.D. Je suis très curieux de voir la direction qu’il va prendre, DAOKO ayant évolué dans des styles assez différents. Ça me semble être plutôt à tendance rock vu la composition du groupe. Dieu merci, le rock est toujours vivant et bien portant au Japon.