un été sur la péninsule d’Izu (3)

Nous avons bien profité des bains onsen du ryokan où nous avons passé une nuit. Il était situé dans un quartier calme de Kawazu. Le jardin et son petit étang nous ont fait entrer dans un petit monde à part le temps d’une soirée et d’une matinée. Le plus grand bain date de l’ère Taisho et est situé à proximité de la source jaillissant du sol. Pour cette troisième et dernière journée, nous descendons un peu plus dans le Sud d’Izu en direction des côtes sauvages. La grande plage de Shirahama ne nous attire pas car on imagine la foule en pleine période d’Obon. Nous descendons un peu plus vers Suzaki où se trouve une des résidences impériales (須崎御用邸). Nous apprendrons d’ailleurs plus tard dans les News télévisées que l’Empereur et sa famille y ont passé quelques jours la semaine avant nous. Le domaine de cette villa impériale est bien entendu barricadé et inaccessible. Nous arrivons au Cap de Tsumeki (爪木崎) situé à proximité de la villa. Nous pensions trouver un endroit reculé mais nous n’étions pas les seuls à l’avoir trouver. Le prix du parking de la plage du cap est tout à fait estival. Nous décidons de marcher jusqu’au phare blanc de Tsumekizaki (爪木崎灯台). Les vues sur la côte déchirée sont magnifiques. En y repensant maintenant, ces images maritimes sauvages s’accordent bien avec la musique d’Ichiko Aoba sur l’album Luminescent Creatures. Je m’étais décidé à aller à son concert du 18 Août 2025 le matin de cette journée à Shimoda. Le reste de la journée nous a amené vers Nishiizu car nous voulions faire une petite croisière à Dōgashima (堂ヶ島) pour y observer ses falaises volcaniques, ses grottes marines et ses îlots. Les croisières étaient malheureusement toutes annulées pour la journée en raison des conditions météo. Le grand n’étant toujours pas complètement remis de son rhume, on n’insiste pas et nous prenons finalement le chemin du retour pour conclure cet été sur la péninsule d’Izu.

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Pour notre deuxième journée de ces petites vacances d’été, nous entrons sur la péninsule d’Izu en suivant la route 135 longeant la côte en direction de Kawazu (河津). Cette route sinueuse passant au plus près de l’océan est superbe, montant parfois dans les hauteurs montagneuses et redescendant vers les ports. J’avais gardé un excellent souvenir de cette itinéraire déjà emprunté il y a dix-neuf ans et je le redécouvre avec plaisir. Il nous faut environ deux heures trente de route. En cours de route au niveau d’Itō, nous sommes attirés par les couleurs vives de la station routière Itō Marine Town (伊東マリンタウン) et nous nous y arrêtons quelques instants. Il s’agit d’un port de plaisance sans plage ou du moins celle-ci est encombrée par une multitude de tétrapodes en béton, protégeant les côtes mais gâchant le paysage. Ces objets de béton peuvent, ceci étant dit, être parfois assez photogéniques. Le temps est assez couvert mais il ne pleut pas. On constate avec plaisir qu’il fait environ trois ou quatre degrés de moins qu’à Tokyo. L’air marin nous rafraîchit un peu. Sur les hauteurs du centre d’Izu, il fait environ 25 degrés. Nous le constaterons le lendemain.

Nous déjeunerons un peu plus loin en dehors de la ville d’Itō, dans le café-lounge d’un ancien hôtel classique, le Kawana Hotel établi depuis 1936. Il a été construit par le groupe Prince Hotels et conçu par le fameux architecte Togo Murano (村野藤吾) dans un style occidental et une atmosphère rappelant les villas méditerranéennes. Le lieu a été à l’époque pensé pour attirer une clientèle aisée japonaise et internationale, avec un hébergement de luxe et des terrains de golf. La personnalité la plus célèbre ayant séjourné au Kawana Hotel est Marilyn Monroe, pour sa lune de miel avec Joe DiMaggio. La vue sur l’Océan Pacifique depuis le parc est très belle, avec une ambiance de plénitude me rappelant un peu le parc de l’hôtel Nihondaira (日本平ホテル), également dans la préfecture de Shizuoka mais sans la vue sur le Mont Fuji. J’aime l’ambiance d’une autre époque de l’hôtel, notamment autour de la grande cheminée du salon témoignant d’une ancienne richesse un peu passée. Une pianiste est installée dans un coin de la grande pièce. On s’assoit pour l’écouter jouer le morceau en cours puis l’applaudissons à la fin. Alors que nous partons pour rejoindre une nouvelle fois le parc de l’hôtel, elle entame le morceau Merry Christmas, Mr. Lawrence (戦場のメリークリスマス) composé par Ryūichi Sakamoto en 1983. Je rebrousse alors chemin pour l’écouter un peu plus en m’aventurant au deuxième étage ouvert sur le rez-de-chaussée où se trouve la pianiste. Ses notes gagnent chaque recoins du grand hall de l’hôtel. Une fois la partition terminée, cette musique me suit encore pendant quelques temps. Nous reprenons les routes de mer et de montagne peu après cette intervention musicale, jusqu’à notre ryokan de Kawazu. Pour m’imprégner de l’ambiance d’Izu avant ce voyage, j’avais relu la Danseuse d’Izu (伊豆の踊り子) de Yasunari Kawabata (川端康成). Cette nouvelle publiée en 1926 a été inspirée par les voyages que Kawabata fit dans la péninsule d’Izu lorsqu’il était étudiant à l’Université impériale de Tokyo. Une partie de l’histoire se déroulent à Yugano (湯ヶ野), proche du ryokan où nous avons passé la nuit.

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Nos petites vacances d’été étaient courtes. Nous les avons passé à Yugawara puis dans la péninsule d’Izu que nous n’avions pas visité depuis dix-neuf ans. L’autoroute qui nous menait jusqu’à Yugawara était relativement calme pour une semaine d’Obon. Enfin, nous avons astucieusement évité les embouteillages de l’autoroute Tomei que nous essayons en général d’éviter le plus possible. Nous gagnons plutôt le bord de l’océan en empruntant la portion d’autoroute Seisho By-pass qui est assez fantastique pour la vue sur l’océan lorsqu’on conduit. C’est par contre une horreur quand on la voit depuis la plage. J’avais d’ailleurs pris en photo en Mai 2006 cette autoroute posée sur la plage au niveau de Kozu. C’est à cet endroit que nous faisons une première pause sur une aire d’autoroute juste avant d’arriver à Yugawara. Un groupe d’aficionados de Toyota Crown s’étaient réunis et prenaient en photo leurs bolides souvent modifiés, parfaitement alignés sur le parking. J’ai pris assez peu de photographies pendant ce voyage car un des intérêts de la péninsule d’Izu est ses routes côtières et de montagne, et je n’ai pas encore trouvé de moyens de prendre des photos tout en conduisant. La chaleur ambiante et le fiston étant malade pendant la quasi-totalité du séjour ne nous ont pas poussé à faire beaucoup de visites. Nous avons donc profité pleinement des hôtel et ryokan et de leurs bains onsen.

A Yugawara Onsen, la station thermale où se trouvait notre hôtel, nous faisons une halte à Genkan Terrace (玄関テラス). Ce café restaurant est installé au bord de la petite rivière Chitose, elle-même aménagée pour permettre de se promener le long d’une partie de ses rives. Des emplacements ont même été créés pour s’asseoir et observer la rivière parfois pleine de fougue se frayer un chemin parmi les rochers. Elle s’apaise en s’approchant d’une ancienne stèle recouverte de mousses vertes, puis reprend ensuite son tumulte en se rapprochant de la cascade. Les photographies évoquent le silence et la sérénité des lieux, mais le vacarme de l’eau fait qu’on s’étendait à peine réfléchir. Genkan Terrace contient également un espace de coworking à l’étage et sert d’entrée (d’où le nom) à un ensemble plus vaste nommé Yugawara Sōyu (湯河原惣湯) Books and Retreat situé dans le parc Manyo. On y trouve également des bains onsen et une bibliothèque. Le Genkan Terrace et la planification des espaces ont été conçus par l’agence RIA (Research Institute of Architecture). Nous ne profiterons pas du bain Onsen du Yugawara Sōyu mais de celui de notre hôtel. Le bain à l’extérieur parmi les libellules et les papillons était des plus agréables.

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Après notre visite d’Heda, nous entrons dans les terres d’Izu en direction de Shuzenji (修善寺), site reconnu pour ses nombreuses sources chaudes Onsen. La première chose que m’évoque Izu est l’histoire courte de Yasunari Kawabata (川端康成), La Danseuse d’Izu (伊豆の踊子, Izu no Odoriko) publiée pour la première fois en 1926. J’avais dû lire le livre avant notre premier voyage à Izu, il y a presque vingt ans, qui nous avait fait descendre en voiture jusqu’à Shimoda. J’avais un peu oublié que nous étions déjà passés par Shuzenji lors de ce premier voyage. Dans Izu no Odoriko, le narrateur, un jeune étudiant de vingt ans venant de Tokyo, solitaire et mélancolique, voyage à pieds jusqu’à Shimoda et fait la rencontre d’un groupe de cinq musiciens dont une jeune et belle jeune fille jouant du tambour. J’imagine que le jeune étudiant de Tokyo dans l’histoire a dû passé par Shuzenji avant de descendre vers Yugashima Onsen, puis vers le tunnel Amagi et Kawazu. Il existe une route trail partant de la cascade de Jōren près de Yugashima, jusqu’à Yugano près de Kawazu. Mais en ce qui nous concerne, nous ne resterons que quelques heures à Shuzenji pour faire un petit tour au temple qui donne son nom à l’endroit, puis longer la rivière Kanogawa jusqu’à une petite forêt de bambous. Le temple bouddhiste zen de Shuzenji a été fondé il y a environ 1200 ans par un important moine bouddhiste nommé Kōbō Daishi (弘法大師), que l’on connaît communément sous le nom de Kūkai (空海). On dit que Kūkai aurait également créé le onsen Tokko-no-yu, qui est toujours présent au milieu de la rivière mais est désormais dédié aux bains de pieds. Avant de reprendre la route, nous mettons les pieds dans une de ces sources d’eau chaude ouvertes au public tout près de la rivière. L’endroit est agréable bien qu’un peu touristique. Il faut habillement éviter les groupes criards qui ne le sont probablement pas volontairement, mais qui sont certainement débordés par leur enthousiasme. Ce cinquième billet conclut nos vacances du printemps de deux jours, qui ont donc été beaucoup trop courtes.

Dans la playlist des vacances, on compte deux autres morceaux, avec d’abord le nouveau single d’Asian Kung-fu Generation intitulé tout simplement Life is Beautiful (ライフ イズ ビューティフル). Le titre n’a rien d’original tout comme le morceau, mais le son du groupe Ajikan évoque pour moi une certaine nostalgie de mes premières années à Tokyo, et la voix de Gotch qui a le même âge que moi me réconforte en quelques sortes. Ajikan garde leur empreinte rock sans dévier et on est jamais déçu, même si ce morceau n’atteint pas les hauteurs de ceux de l’album Surf Bungaku Kamakura (サーフブンガクカマクラ), qui est mon préféré du groupe. Je me demande d’ailleurs si le groupe a déjà joué cet album en entier sur les plages de Shichirigahama et j’ai tout d’un coup très envie de les entendre dans cette configuration. La superbe illustration de couverture est comme toujours signée par Yūsuke Nakamura (中村佑介). L’autre morceau qui termine cette petite playlist printanière est un single d’Ikkyu Nakajima (中嶋イッキュウ) intitulé Our Last Step. Ikkyu est très active ces derniers temps, même si ce n’est malheureusement pas pour Tricot. Ce single solo vient en fait accompagner un film intitulé As For Me (早乙女カナコの場合は) sorti en Mars 2025, dans lequel Kanako Saotome (早乙女カナコ) dans le titre est interprétée par l’actrice Ai Hashimoto (橋本愛). En la voyant passer dans une émission télévisée, rayonnante il faut bien le dire avec sa chevelure blonde, j’avais l’impression de reconnaître cette actrice sans la connaître, mais c’est peut-être parce qu’elle jouait un petit rôle dans le film xxxHOLIC de Mika Ninagawa (蜷川実花) dont je parlais dans un billet dédié à l’exposition de CLAMP. A l’occasion de la sortie de ce single, Ikkyu et Ai Hashimoto nous donnent justement une interview croisée. Ikkyu est maintenant à la limite du mainstream car je l’ai même vu à la télévision dans une émission interview, certes un peu tard le soir. Bref, cela ne touche en rien à la qualité du morceau qui ne gravit pas non plus des sommets mais qui reste très agréable. On termine donc cette playlist par des morceaux plutôt classiques mais qu’on aimera forcément si on apprécie ces artistes.

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Le sanctuaire Moroguchi (諸口神社) est situé sur le cap de Mihama à proximité du village de pêcheurs d’Heda (戸田). Heda fait partie de la ville de Numazu mais il faut une quarantaine de minutes en voiture depuis le centre ville pour s’y rendre. La route passe par les montagnes et est faite de zigzags incessants qui me rappellent un peu les routes de Kumano et de Wakayama. Ce sanctuaire était un des objectifs de nos petites vacances car on voulait voir la grande porte rouge torii s’ouvrir sur l’océan. Cette porte est en fait dirigée vers la petite baie et le port d’Heda, mais pas vers le grand océan. Une avancée de béton, certainement utilisée comme quai pour certains petits bateaux, permet une vue sur le torii au bord de la forêt dans lequel se trouve le sanctuaire et sur le Mont Fuji au loin. Il fait un vent très fort qui pourrait facilement nous emporter, et il faut s’accrocher pour rester debout sur la bande de béton. A l’ouverture de la baie sur l’océan, l’eau y est très clair donnant un petit côté paradisiaque à l’endroit. On peut très rapidement faire le tour du cap pour apercevoir un peu mieux le Mont Fuji dont la base est désormais brouillée par les nuages et la brume. On a l’impression qu’il s’élève au dessus de l’océan comme par magie. Il n’y avait personne dans le petit sanctuaire de Moroguchi. Des goshuin y sont disponibles mais il faut se servir soi-même et laisser trois cents yens derrière soi. Il faut également écrire la date du jour soi-même ce qui est plutôt rare. Après cette visite, nous rejoignons le port d’Heda vers midi pour un déjeuner de poissons frais. Nous avions manger des sushis le jour d’avant. On se concentre donc sur les spécialités locales, ce qu’on n’arrive pas toujours à bien faire lors de nos petits voyages au Japon.

AAAMYYY vient enfin de sortir un nouvel EP, intitulé Thanks. Il est sorti le 26 Mars 2025 et, si je ne me trompe pas, son dernier EP Echo Chamber datait de Juillet 2022. C’est amusant de voir qu’Ano (あの) qui participait à un des morceaux de cet EP, That Smile (あの笑み) – une contraction subtile de leurs deux prénoms, était relativement méconnue du grand public à cette époque là alors qu’elle passe maintenant sur toutes les chaînes de télévision. Un peu comme sur le concert Option C, le EP Thanks se base sur des collaborations et c’est un vrai bonheur. Du EP, je connaissais en fait déjà quelques morceaux comme le dernier Dearest Living Things avec le groupe Zatta, qu’elle avait interprété pour la première fois lors d’Option C. Ce morceau était également sorti en single, et je l’avais déjà évoqué, tout comme la collaboration avec MONJOE, Wataru Sugimoto (杉本亘) de son vrai nom, intitulé Savior (救世主) et sorti en Février 2023. AAAMYYY a clairement pris son temps pour sortir ce nouvel EP car elle était à priori beaucoup plus impliquée ces derniers temps sur l’album et les concerts du groupe Tempalay. Le morceau qui démarre le EP s’intitule HAPPY et donne une bonne idée de l’ambiance générale du EP. La bonne surprise est qu’il s’agit d’un duo avec les rappeuses Rachel et Mamiko de Chelmico – une contraction subtile de leurs deux prénoms. Le morceau est tout simplement excellent, et avec celui qui suit intitulé Relux, sont mes préférés du EP. Relux est une autre collaboration hip-hop avec Chinza Dopeness (鎮座DOPENESS) dont j’ai déjà plusieurs fois parlé sur ce blog. Ce morceau est génial, et ce dès le premier couplet où AAAMYYY chante avec une association particulière de tons qui lui est tout à fait unique, avec cette fluidité nonchalante qui lui est caractéristique. Je réécoute parfois seulement ce premier couplet car il me fascine complètement. Et la voix rappée de Chinza Dopeness est également tout à fait unique, avec un brin d’humour qui n’est peut-être pas volontaire. L’association des deux voix est assez fantastique. Du EP, je ne connaissais pas le morceau Masaka avec Pecori et Yohji Igarashi, qui est plus rythmé et également très réussi. Bref, ça valait donc la peine d’attendre trois ans. Quand on aime la voix et la manière de chanter d’AAAMYYY, on n’est pas déçu par ce nouvel épisode musical, d’autant plus que sa voix fonctionne très bien en duo.

Hitsuji Bungaku (羊文学) sort des nouveaux singles à un rythme assez soutenu ces derniers temps, et le dernier en date s’intitule Map of the Future 2025 (未来地図2025). Il s’agit d’une collaboration pour l’ouverture d’une partie du centre Takanawa Gateway (高輪ゲートウェイ) que je n’ai pas encore été voir. Ça me rappelle qu’il y a quelques années lors de l’annonce initiale du projet, l’humoriste originaire de Fukuoka Robert Akiyama (ロバート秋山) avait commenté que ce nom ne pouvait avoir été imaginé que par Sheena Ringo. Il faut être particulièrement averti pour comprendre son commentaire, mais j’y avais été sensible d’autant plus que ce comédien me fait beaucoup rire. Le single Map of the Future 2025 est un peu différent des morceaux habituels du groupe car il démarre par des percussions électroniques. Il devient très vite typique du groupe car la voix de Moeka Shiotsuka a une sonorité tout à fait unique. Pendant notre voyage alors qu’on écoutait un morceau du groupe, Mari nous annonce tout d’un coup que Moeka doit être une fille intelligente car elle sort d’un très bon lycée pour filles. J’acquiesce en précisant qu’elle est diplômée de la grande université Keio (tout comme Haru Nemuri d’ailleurs). Au final, Map of the Future 2025 est un excellent morceau comme le groupe arrive si bien à les composer. J’ai en tout cas hâte de les voir une nouvelle fois en concert dans un peu plus d’un mois.