Petits moments d’architecture (9)

Comme je le mentionnais dans un ou deux billets précédents, nous allons de temps en temps à la recherche de sanctuaires intéressants à Tokyo pour y récupérer le sceau Goshuin que nous collectionnons précieusement dans un petit carnet. Cela nous donne parfois l’occasion d’aller explorer des lieux dans Tokyo que nous ne connaissons pas beaucoup voire où ne sommes jamais allés. Ce n’est pas le cas du quartier où se trouve le sanctuaire Hibiya en photographie ci-dessus. Malgré son nom, il se trouve à Higashi-Shinbashi, tout près de Shiodome. Le parc Hibiya est cependant relativement proche. On a certainement maintes fois emprunté la Route 15 qui passe devant mais je n’avais jamais remarqué ce sanctuaire. Il est d’une taille assez réduite et a la particularité d’être coincé entre les lignes de chemins de fer derrière, les immeubles d’un côté et deux grandes avenues à plusieurs voies (la Route 15 et la 405/481) devant. Il n’y a pas moins de 5 voies de chemin de fer passant derrière le sanctuaire: la ligne Tokaido, la ligne Ueno-Tokyo, la ligne Keihin-Tohoku , la ligne Yamanote et la ligne de Shinkansen Tokaido, le tout se dirigeant vers la gare de Tokyo. Depuis la porte torii, on a une vue directe sur les avenues, ce qui donne une vue intéressante. Ce sanctuaire est pratiquement une caricature du Tokyo qui s’est modernisé trop vite en épargnant par-ci par-là des bouts de traditions. On a l’impression d’être en sécurité sur un petit îlot à part loin des dangers du traffic.

Il n’y pas beaucoup de hauts immeubles dans le quartier de Hiroo, sauf le long de l’avenue Gaien Nishi-dori qui passe devant la gare. La petite tour de 8 étages appelée ESQ.Hiroo est composée d’un zigzag de forme noire qui me fait penser à un serpent. Son élégance discrète est mise en avance par le fait qu’elle se détache un peu du reste des immeubles. J’aime prendre ce building en photo lorsque je passe devant car les vitrages enfermés dans l’encadrement noir sont très photogéniques. Lorsque je le regarde, j’aime aussi imaginer ce que ça pourrait donner de vivre la haut sans personne autour et de se lever le matin en regardant la ville à travers les baies vitrées. Nous avons déjà vécu de nombreuses années au huitième étage d’une résidence, mais je ne sais pour quelle raison, l’impression que donne cette tour fine est différente. Peut être parce qu’il semble n’y avoir qu’un seul appartement tout en haut, avec le privilège d’une vue unique.

Un peu plus loin dans les rues de Hiroo près de la gare, le petit bâtiment en forme de parallélogramme appelé Sorte par l’architecte Junichi Sanpei de l’atelier ALX est vraiment perdu dans les habitations basses du quartier. Il faut emprunter une petite rue pour y accéder. Mais lorsque l’on fait le tour du bâtiment, on se rend compte que deux des façades sont largement visibles depuis un vaste parking. Je prends la photographie montrée dans ce billet depuis ce point de vue là. Malgré sa taille relativement petite, Sorte se compose de cinq appartements. Le deuxième et troisième étages sont occupés par un seul appartement plus vaste que les autres (celui des propriétaires), dont on voit une des ouvertures en forme de triangle. Les quatre autres appartements sont en location et sont distribués sur le premier étage, le rez-de-chaussée et le sous-sol. Chaque appartement est construit sur plusieurs étages et chacun des étages comporte donc des parties de chaque appartement. Le rez-de-chaussée par exemple est divisé en quatre parties et comporte donc les pièces de quatre appartements. Depuis l’extérieur, on ne devine rien de l’arrangement intérieur et de la manière dont il essaie de capter au mieux les lumières du soleil.

Juste en face du National Museum of Western Art conçu par Le Corbusier, se dresse le grand hall Tokyo Bunka Kaikan dessiné par Kunio Maekawa, disciple de Le Corbusier. Les œuvres du maître et de son disciple se regardent à longueur de journée, se comparent peut être pour vérifier si l’élève arrive enfin à dépasser le maître. Il doit y avoir égalité même si les formes en béton renforcé exposé du Bunka Kaikan impressionnent peu être un peu plus à première vue. Ce bâtiment d’architecture moderne date de 1961. C’est un building d’aspect brut mais les lignes ont beaucoup d’élégance. Je n’ai jamais assisté à un spectacle musical à l’intérieur de la grande salle. Prendre cette photographie et en parler ici me rappelle qu’il me reste encore beaucoup de choses à faire à Tokyo et que je suis loin d’en voir le bout. Les occupations quotidiennes font que l’on oublie. Il faudrait que je sois plus discipliné et que je prennes des notes de tous les endroits que je souhaite voir un jour.

J’ai déjà parlé brièvement du sanctuaire Taishido Hachiman, se trouvant dans le quartier de Sangenjaya. Là encore, il se trouve perdu dans un quartier résidentiel. Il faut s’enfoncer dans les rues étroites pour le trouver, car il est éloigné des grandes artères. De ce fait, l’endroit est extrêmement calme et reposant. Nous y sommes passés à la fin de l’été et l’ombrage apporté par les arbres tout autour du sanctuaire apportait une protection salutaire. C’est tous les ans la même chose, lorsqu’on est en hiver, on attend impatiemment l’arrivée de l’été avec des images bucoliques de la campagne de Totoro en tête, et quand l’été arrive, on regrette la fraîcheur de l’hiver. Les jours où l’on peut vraiment apprécier pleinement le Japon s’étalent sur des périodes assez courtes au printemps et à l’automne lorsqu’on n’est pas en pleine saison des pluies et que les typhons ne viennent pas nous décourager de sortir.

Le sanctuaire de Karasumori se trouve également prés de la gare de Shinbashi, pas très loin du sanctuaire Hibiya dans je parlais plus haut. Le sanctuaire a été établi en l’an 940 (ère Heian), mais le bâtiment fait de béton est bien entendu beaucoup plus récent. A l’époque Edo, le lieu où se trouve le sanctuaire était une plage avec une forêt où se retrouvaient des groupes de corbeaux. Le nom du sanctuaire est directement tiré de cette forêt de corbeaux. Loin des espaces ouverts de l’époque Edo, il se trouve actuellement coincé dans un espace étroit entre les immeubles. On y accède par une allée étroite elle-même bordée de quelques izakaya. Les formes modernes brutalistes de béton exposé et l’austérité générale de l’edifice le rendent extrêmement intéressant et unique dans le paysage urbain.

林檎の発電

Comme première sortie hors de Tokyo depuis des mois, nous n’allons pas très loin, à Chiba, pendant une journée du long week-end de quatre jours. On dirait malheureusement que tout le monde a eu la même idée en même temps de sortir de Tokyo pendant ce long week-end car les routes et autoroutes sont très occupées. Il faudra prendre son mal en patience sur le trajet du retour, tout en passant son temps à consulter le système de navigation pour voir s’il n’y a pas un raccourci qui ne serait pas marqué de rouge en signe de bouchon. Je déteste quand le système de navigation rajoute soudainement 30 minutes de plus à notre trajet après avoir découvert un nouvel embouteillage. Outre ces désagréments routiers qui sont inévitables en toutes saisons de toute façon lorsqu’on rentre sur Tokyo, nous avons quand même bien profité de cette petite escapade en nature. Nous ne nous sommes pas enfoncés dans les recoins oubliés de Chiba, mais nous avons quand même trouvé un espace qui nous a changé de l’urbanité tokyoïte, dans l’enceinte du Kawamura Memorial DIC Museum of Art, situé à Sakado (nom forçant au jeu de mots qu’on a feint d’ignorer lorsque je l’ai tenté dans la voiture). Le musée n’est desservi par aucune station de train et il est donc préférable d’y aller en voiture bien qu’une navette a l’air de connecter le musée à la station la plus proche. Coronavirus oblige, il faut réserver son billet à l’avance pour la tranche du matin ou de l’après-midi. Il n’y avait pas foule de toute façon. Ce musée montre principalement la collection permanente de l’industriel Kawamura qui a donné son nom au musée. Et quelle collection! On y trouve un portait du 17ème siècle par Rembrandt, quelques peintures impressionnistes de Monet et Renoir, quelques Picasso et un Chagall, entre autres. Une salle entière sombre et arrondie est consacrée aux fresques murales rouges de Mark Rothko. Il faut s’asseoir pendant quelques instants au milieu de la pièce sombre pour voir les couleurs rouges des tableaux se charger petit à petit de lumière. A l’étage juste au dessus de cette pièce, une autre salle montre, à l’opposé, des peintures blanchâtres baignées dans la lumière. Une grande baie vitrée donne une vue sur la forêt bordant le musée. Cet endroit est très agréable car on a l’impression de se trouver dans un autre espace-temps tournant au ralenti, où on aurait tout le temps que l’on veut pour se promener dans les couloirs et les salles pratiquement vides de monde. A vrai dire, je suis très surpris de voir des œuvres d’artistes aussi renommés au milieu de ´nulle part’. Il y a aussi dans le musée un espace pour des expositions temporaires. Celle du moment s’intitulait Overlapping Circles, où cinq artistes contemporains japonais viennent collaborer à travers leurs créations avec les œuvres de la collection permanente. Je ne connaissais pas les cinq artistes mais on a pu voir de belles choses que je n’ai malheureusement pas pu prendre en photo. Les musées au Japon autorisent rarement la prise de photo, bien que ça change un peu ces dernières années avec les réseaux sociaux. Les musées et galeries comprennent l’intérêt d’autoriser les photos qui seront ensuite probablement montrées sur Instagram, Twitter ou Facebook et qui par conséquent feront venir de nouveaux visiteurs. Le musée ici reste un peu en retard sur son temps, mais c’est en même temps agréable de ne pas avoir à se soucier de prendre des photos.

Le jour précédent notre passage rapide à Chiba, nous avons également pris la route pour la ville d’Ōme situé dans la partie Est de Tokyo au pied des montagnes d’Okutama. Nous allons régulièrement faire une visite au cimetière familial se trouvant dans ce coin de Tokyo. Il nous faut en général une heure pour nous y rendre par l’autoroute Chuo. Cette fois-ci, l’autoroute était complètement bouchée depuis le départ au centre de Tokyo. Nous avons donc bifurqué vers les routes normales, ce qui nous a pris environ 3 heures à l’allée et 2 heures au retour. Pendant ces moment là, on saisit bien le sens des mots japonais ‘gaman suru’ (prendre sur soi, supporter), mais ça ne nous a pas empêché de reprendre la route le lendemain. Sur la route du retour, nous sommes donc passés par la ville d’Ōme, un peu tard malheureusement. Je voulais voir les décorations d’une vieille rue montrant des reproductions d’affiches de cinéma. Elles étaient un peu moins nombreuses que ce que je pensais. En fait, plutôt que des affiches de cinéma, on voyait plutôt des dessins de chats noirs, comme cet étrange bâtiment aperçu à un croisement de rues. La nuit qui commençait à tomber apportait une ambiance particulière à ces dessins de rue. Et en parlant de chats noirs, je ne peux m’empêcher de parler (encore) de la musique de Sheena Ringo.

En haut et de gauche à droite, des photos extraites des vidéos de Kōfukuron (幸福論), Tsumi to Batsu (罪と罰). En bas, deux photos extraites de Yattsuke Shigoto (やっつけ仕事).

Dans le billet précédent, je m’interrogeais sur l’existence de la vidéo du Morceau Yattsuke Shigoto (やっつけ仕事) de Sheena Ringo, dont on apercevait quelques extraits dans une vidéo additionnelle du DVD du concert Zazen Ecstasy joué au théâtre Kaho Gekijou de Fukuoka. La discussion qui suivit dans les commentaires de ce billet attisant ma curiosité, je suis parti à la recherche de cette vidéo sur internet. Elle n’est pas montrée sur le compte officiel YouTube de Sheena Ringo mais on peut voir une version d’assez mauvaise qualité sur Vimeo, extraite de la chaîne musicale du câble Space Shower TV, mais avec des sous-titres en espagnol ajoutés et plutôt envahissants. En recherchant un peu plus, je comprends que cette vidéo de Yattsuke Shigoto est disponible sur les DVDs Watashi no hatsuden (私の発電) et Seiteki Healing ~sono san~ (性的ヒーリング~其ノ参~) qui sont des collections de vidéos de ses singles. Il me semble les avoir aperçu dans le passé dans un Disk Union de je ne sais quel quartier de Tokyo. La curiosité m’amène à jeter un coup d’œil au Disk Union de Shibuya. Le DVD Watashi no hatsuden y était justement en vente pour un peu moins de 1000¥ et je me suis laissé tenter (après quelques fausses hésitations). La version musicale de Yattsuke Shigoto sur la vidéo est complètement différente de celle qu’on connaît sur le troisième album KSK, beaucoup plus dynamique et orientée rock. Sur la vidéo, Sheena et le groupe sont habillés de Yukata. Elle est à la guitare devant un public de personnes, tous habillés de rouge, n’ayant pas pu assister au concert car il était limité à la capacité de 1000 personnes du théâtre. Au début de la vidéo, on voit bien les reporters internationaux devant le théâtre dont les voix cosmopolites seront reprises sur la version de KSK. Par contre, on n’entend pas le son de l’aspirateur, opéré par Ukigumo, de la femme du frêre Junpei de Sheena Ringo (à en croire la fiche Wikipedia). La version musicale de la vidéo est enregistrée en concert pendant la tournée Gekokujyo Ecstasy au Shibuya Public Hall (渋谷公会堂) le 15 Avril 2000. Le son n’est donc pas enregistré au théâtre Kaho Gekijou qui était un concert unique le 30 Juillet 2000. On trouve cette version de la vidéo sur le triple mini-CD sr/zcs (Ze-Chyou Syuu) avec la formation Gyakutai Glycogen qui jouait aussi bien sur Zazen Ecstasy que sur Gekokujyo Ecstasy. Ce qui m’étonne un peu, c’est que Yattsuke Shigoto n’est pas présent dans la playlist du DVD de Gekokujyo Ecstasy, peut être parce que le DVD est filmé à des endroits et moments différents pendant la tournée (au NHK Hall de Shibuya et à Fukuoka, les 26 Avril et 31 Mai 2000) et la playlist devait varier suivant les jours (ou alors le DVD était sélectif). Je ne me lasse pas de revoir cette vidéo. Par rapport au concert dans ce même théâtre, cette vidéo prise quelques jours avant semble plus décontractée. Vers la fin du morceau, dans un instant d’emportement vocal, on voit Sheena faire les yeux blancs pendant un bref instant, comme montré sur la capture d’écran ci-dessus. C’est la petite touche surnaturelle voire fantomatique de cette vidéo.

Sur le DVD Watashi no Hatsuden (私の発電), Yattsuke shigoto est la seule vidéo que je ne connaissais pas. Le DVD regroupe toutes les vidéos des singles de la première partie de la carrière solo de Sheena Ringo, de Muzai Moratorium jusqu’à Heisei Fūzoku. La plupart des vidéos sont disponibles sur YouTube donc le DVD n’est pas indispensable mais c’est agréable de revoir ces vidéos à la suite dans une meilleure qualité (les premières vidéos n’ont tout de même pas une qualité d’image exceptionnelle) et sans publicités. En respectant la chronologie, le DVD montre d’abord Kōfukuron (幸福論), dont une bonne partie a été au parc olympique de Komazawa utilisé pour les Jeux de Tokyo de 1964 (déjà ce thème de l’olympisme). Elle a dans le dos, les petites ailes d’anges qu’on retrouvera en plus grand format vingt ans plus tard sur la couverture de Sandokushi. Chaque morceau est lancé par une petite scène vidéo, avec bruitages vocaux, montrant l’ouverture de la boîte du single pour mettre le CD dans le lecteur d’un ordinateur Apple différent pour chaque morceau. Le disque 8cm de Kōfukuron est inséré dans le le lecteur d’un Macintosh Classic II, ensuite le CD de Kabuki-chō no Joō (歌舞伎町の女王) est inséré dans un Power Macintosh G3 Desktop. Koko de Kiss shite. (ここでキスして。) utilise un iMac rouge et Honnō (本能) est lancé sur un Powerbook. Gips (ギブス) et Tsumi to Batsu (罪と罰) sont tous les deux joués sur un iBook orange. L’ouverture prend un peu plus de temps pour lancer Yattsuke Shigoto sur le Power Mac G3, car le morceau se trouve sur un des trois CDs 8cm de la boite Ze-Chyou Syuu qu’il faut d’abord ouvrir (elle est difficile à ouvrir d’ailleurs). Mayonaka wa Junketsu (真夜中は純潔) semble être lancée sur un iMac de 2001, STEM (茎 ~大名遊ビ編~) sur un iMac G5, Ringo no Uta (りんごのうた) sur un portable noir que je ne reconnais pas, Kono Yo no Kagiri (この世の限り) sur un Powermac G5 et finalement Mellow (メロウ) sur un iPhone (sans support physique car le morceau n’est pas sorti en single). Je ne suis pas certain que la chronologie des singles soit en ligne avec les modèles d’ordinateur sortis à l’époque, mais l’ordre de sortie des Mac à l’air a peu près respecté. Ça fait plaisir de revoir toutes ces vidéos, notamment les grands classiques de Muzai Muratorium et Shōso Strip, même si tous les morceaux du DVD ne font pas partie de mes préférés. A l’époque, bien que je l’avais immédiatement acheté en CD single, je n’avais pas très bien compris le virage jazz de Mayonaka wa Junketsu et la vidéo toute en dessin animé. Un peu lus tard, je n’aime pas trop non plus Kono Yo no Kagiri de Heisei Fūzoku qu’elle chante avec son frêre Junpei Shiina dans une vidéo ressemblant à une comédie musicale. La vidéo de STEM contient bien entendu des extraits de petit film Hyaku Iro Megane (百色眼鏡) et est tournée dans les décors du film. La version du single en anglais est différente de la version de KSK ou Heisei Fūzoku, ce qui veut dire qu’il n’y a aucune version de morceaux de KSK en video (les vidéos de Yatsukke shigoto et STEM utilisant des morceaux de version différente). J’avais un peu oublié la vidéo rétrospective de Ringo no Uta mélangeant des images d’anciennes vidéos avec des passages graphiques animés. Le DVD finit en beauté tout en puissance avec Mellow, morceau sorti en 2000 sur Ze-Chyou Syuu, dont la vidéo a été créée à l’occasion de la sorti de ce DVD Watashi no Hatsuden. La vidéo est un peu troublante car Sheena Ringo est coiffée comme Utada Hikaru et du coup lui ressemble un peu.

街は生き物

Portée de justesse par le vent de traîne du dernier typhon, elle survole l’immensité urbaine de Tokyo. Elle roule, solitaire mais déterminée, dans le creux des nuages qui se désagrègent petit à petit. L’équilibre est imparfait mais elle fait de son mieux pour ne pas lâcher prise. Mais un dernier coup de vent la fait vaciller et elle commence sa chute irrémédiable vers l’immensité grise de la ville. La chute sera terrible si elle vient à frapper de plein fouet le bitume. Le hasard de sa descente lui accorde un court répit lorsqu’elle vient amortir sa chute sur les toitures en pente d’un temple. Les tuiles noires emboitées les unes dans les autres lui offrent un chemin qu’elle se doit de suivre. Elle négocie brillamment les virages quand deux parties de toitures se connectent entre elles et voit même sa vitesse ralentir doucement. Elle évite de justesse la gouttière qui l’aurait amené vers les entrailles de la ville. Elle préfère les surfaces du monde d’en haut, et si possible le contact de la peau humaine. Elles rêvent toutes d’attirer l’attention en tombant sur une partie de visage, de préférence sur une joue, ou une main, et de fondre ensuite lentement sous la chaleur du corps. Mais beaucoup ou même la plupart d’entre elles disparaissent anonymement sur les murs des immeubles ou sur le goudron des rues. Dans le quartier d’Hiroo, je regarde en l’air pour prendre un nouvel immeuble que je ne connaissais pas en photo. Il y a aussi un petit temple dans une rue à l’écart dont la toiture m’attire beaucoup. Je décide de m’approcher de ses formes faites de tuiles, pour essayer de trouver un nouvel angle photographique. En levant les yeux vers le toit aux formes compliquées du temple, une petite bulle entre soudainement dans mon champ de vision. La goutte d’eau tombe délicatement sur ma joue juste en dessous de l’oeil. Cette petite trace humide me rafraîchit légèrement le visage. Je n’ai aucune envie de l’essuyer. Elle provoque même en moi un petit sourire inexpliqué.

Le titre de ce billet 街は生き物 peut se traduire de la manière suivante: « la ville est un être vivant ». Je tire ce titre d’une phrase du photographe Masataka Nakano, entendue dans l’émission Jōnetsu Tairiku du dimanche 27 Septembre 2020, qui lui était consacrée. Dans cette émission que j’aime beaucoup car elle est fondamentalement positive et inspirante, on suivait le photographe de Tokyo Nobody et Tokyo Windows dans une quête photographique, celle de prendre en photo le Godzilla en haut de l’immeuble du cinéma Toho de Shinjuku Kabukichō à travers une fenêtre en montrant le contexte intérieur de l’endroit où est pris la photo. C’est le concept de son livre Tokyo Windows de montrer des vues extérieures à travers l’intérieur intime d’un appartement ou autres espaces commerciaux ou professionnels. Nakano s’intéresse à la sensation procurée par le fait d’avoir tous les jours sous le nez une vue d’exception sur Tokyo. Ce reportage indique donc que Nakano travaillerait sur une suite de Tokyo Windows. Pendant la période de l’état d’urgence où la population était priée de rester chez elle, Nakano prenait des photos de la ville sans la présence humaine confinée. Le reportage montre une de ses vues, prise près des tours Atago. Mari me fait remarquer que j’aurais dû en profiter pour en faire de même. L’idée m’a effleuré l’esprit mais je devais avoir l’esprit tout à fait ailleurs à ce moment si particulier de l’année. Là encore, Nakano nous préparerait il une suite à Tokyo Nobody? Ces photographies seront peut être plutôt destinées à une prochaine exposition comme celle que j’avais été voir en Janvier 2020 au musée de la photographie de Yebisu Garden Place. On peut être initialement surpris par l’utilisation de cette expression de ville comme être vivant, connaissant le travail de Nakano se privant plutôt de présence humaine visible. Elle s’y accorde pourtant très bien, car on nous parle plutôt ici de la présence humaine à travers ce que l’humain construit et crée. C’est une approche qui me parle beaucoup car la diversité des personnalités développées par les constructions humaines, notamment architecturales, est un sujet que je privilégie depuis longtemps dans mes photographies.

Continuons l’exploration des concerts de Sheena Ringo. Je trouve le DVD du Live Zazen Ecstasy (座禅エクスタシー) de Sheena Ringo au Disk Union de Shibuya pour environ 1500¥. Le concert a été enregistré le 30 Juillet 2000 mais est sorti en DVD beaucoup plus tard en Septembre 2008, à l’occasion de ses dix ans de carrière musicale. Chronologiquement, Zazen Ecstasy se place avant le Live Baishō Ecstasy (賣笑エクスタシー) sorti le 25 Mai 2003 (dont j’ai parlé un peu plus tôt) et après les deux autres Live de l’année 2000 sortis tous les deux le 7 décembre, Hatsuiku Status Gokiritsu Japon (発育ステータス 御起立ジャポン) enregistré les 4 et 8 Juillet 2000 et Gekokujyo Ecstasy (下剋上エクスタシー) enregistré les 26 Avril et 31 Mai 2000. J’avais acheté ces deux Live en même temps à l’époque et il faudrait que j’y revienne un peu plus tard. Au moment où Zazen Ecstasy est joué, Sheena Ringo a déjà sorti ses deux premiers albums: Muzai Moratorium (無罪モラトリアム) en Février 1999 et Shōso Strip (勝訴ストリップ) en Mars 2000. Le concert vient donc pioché dans les morceaux de ces deux albums mais sans pourtant jouer les trois singles majeurs de Shōso Strip pourtant sortis avant ce Live, à savoir Gips (ギブス), Honnō (本能) et Tsumi to Batsu (罪と罰). Marunouchi Sadistic (丸の内サディスティック) de Muzai Moratorium n’y est pas joué non plus bien qu’il s’agisse d’un grand classique des concerts qui vont suivre. De la même manière, plutôt que d’interpréter le single qui l’a fait connaître du grand public, Koko de Kiss Shite. (ここでキスして。), elle privilégie pendant le concert deux faces B présentes sur ce single, à savoir Memai (眩暈) et Remote Controller (リモートコントローラー). Le seul single qu’elle interprétera est Kabuki-chō no Joō (歌舞伎町の女王).

Le concert est particulier car il a lieu dans un théâtre traditionnel de 1000 places de la préfecture de Fukuoka, dans la ville de Iizuka (飯塚市), le théâtre Kaho (Kaho Gekijou 嘉穂劇場) datant de 1931. On ressent cette ambiance particulière pendant tout le concert, accentué par le fait que Sheena Ringo et les membres du groupe l’accompagnant sous le nom Gyakutai Glycogen (虐待グリコゲン) sont tous habillés de yukata. La mise en scène générale est assez sobre. Au début du concert, Sheena Ringo entre sur scène devant une longue paroi en shōji, sous une lumière de projecteur très forte jusqu’à l’éblouissement. Elle interprète d’abord Tsumiki-asobi (積木遊び) et les parois s’ouvrent ensuite pour dévoiler le reste de la scène sur un fond sombre de bambous. Le groupe apparait à ce moment là. Le visage du bassiste m’est familier. Il s’agit déjà de Seiji Kameda qui accompagne Sheena Ringo depuis ses débuts, jusqu’à Tokyo Jihen actuellement, mais je suis surpris par sa coupe de cheveux en iroquois. Le guitariste du groupe est Junji Yayoshi, qui n’est autre que son premier mari mais ils ne sont pas encore mariés à l’époque de ce concert. Le concert montre beaucoup de gros plans sur le visage de Sheena et ses yeux transpercent l’écran. Elle ne sourit pas beaucoup et on a l’impression qu’elle est comme possédée par la musique qu’elle interprète. Il y a une intensité palpable dans son interprétation qui me donne des frissons à de nombreux moments. La mise en scène du concert présage à mon avis ce qui va suivre ensuite sur Kalk Samen Kuri no Hana (加爾基 精液 栗ノ花).

Par rapport aux interprétations plus récentes où elle chante de manière statique de côté, elle est ici beaucoup plus mobile au point où l’assistant a un peu de mal à la suivre avec le fil du micro. Elle danse même en sautillant sur place sur le morceau Yokushitsu (浴室), tout en souriant par moment ce qui donne l’impression qu’elle redevient normale pendant quelques instants. Elle ne saisit la guitare que sur quatre des seize morceaux du set: Identity (アイデンティティ) et Byōshō Public (病床パブリック) dans la première partie du set, puis Benkai Debussy (弁解ドビュッシー) et Stoicism (ストイシズム) à la toute fin du concert. Il n’y a par contre que peu d’interactions avec les autres membres du groupe. On a l’impression d’une grande concentration. L’interprétation est parfaite, habitée est le moins qu’on puisse dire. Il y quatre morceaux qui sont des reprises: tout d’abord Shōjo Robot (少女ロボット) qui est un morceau qu’elle a composé pour Rie Tomosaka (et qu’on connait sur Reimport Vol. 2), puis unconditional love de Cindy Lauper présent sur les B-sides de Kabuki-chō no Joō et donc sur Watashi to Hōden (私と放電). Elle interprète ensuite un morceau d’Hatsumi Shibata que je ne connaissais pas intitulé My Luxury Night (マイラグジュアリーナイト). C’est peut être le moment le plus faible du concert. Par contre dans les rappels, elle interprète un autre morceau que je ne connaissais pas non plus, qu’elle a également composé pour Rie Tomosaka et qui n’est pas présent sur les albums Re-import 1 et 2. Il s’agit d’un morceau intitulé Nippon ni Umarete (日本に生まれて), qu’elle interprète au piano. Après s’être poliment excusée de s’asseoir et avoir remercié pour les appels au rappel (‘encore’ en japonais), Sheena interprète un des plus beaux morceaux du concert. A ce moment là, le fond de l’écran montre un personnage blanc crucifié qui doit faire référence au concert précédent Gekokujyo Ecstasy (下剋上エクスタシー) d’Avril/Mai 2000. Ce concert sera certainement le prochain que je vais revoir. Il y a un seul extra sur le DVD montrant les coulisses et les préparations du concert, qui donne une image beaucoup plus joyeuse et même bon enfant par rapport à la densité du concert en lui-même. Une vidéo de promotion pour le morceau Yattsuke Shigoto (やっつけ仕事) de l’album KSK a apparemment été prise dans ce théâtre et cette petite vidéo additionnelle prise en public nous en montre quelques images. Je n’ai malheureusement jamais vu cette vidéo pour Yattsuke Shigoto en entier et je me demande si elle est disponible quelque part. C’est un petit mystère de plus a élucider dans un prochain épisode.

Pour référence ultérieure, ci-dessous est la playlist des morceaux de Zazen Ecstasy (座禅エクスタシー):

1. Tsumiki-asobi (積木遊び), de l’album Muzai Moratorium (無罪モラトリアム)
2. Memai (眩暈), en B-side du single Koko de Kiss Shite. (ここでキスして。)
3. Shōjo Robot (少女ロボット), reprise du morceau composé par Sheena Ringo pour Rie Tomosaka et qu’on retrouve sur Reimport Vol. 2 ~Civil Aviation Bureau~ (逆輸入 ~航空局~).
4. Remote Controller (リモートコントローラー), en B-side du single Koko de Kiss Shite. (ここでキスして。)
5. Akane-sasu Kiro Terasaredo… (茜さす 帰路照らされど…), de l’album Muzai Moratorium (無罪モラトリアム)
6. Identity (アイデンティティ), de l’album Shōso Strip (勝訴ストリップ)
7. Byōshō Public (病床パブリック), de l’album Shōso Strip (勝訴ストリップ)
8. Unconditional Love, en B-side du single Kabuki-chō no Joō (歌舞伎町の女王) (Reprise de Cyndi Lauper)
9. Sakana (サカナ), de l’album Shōso Strip (勝訴ストリップ)
10. Kabuki-chō no Joō (歌舞伎町の女王), de l’album Muzai Moratorium (無罪モラトリアム)
11. Benkai Debussy (弁解ドビュッシー), de l’album Shōso Strip (勝訴ストリップ)
12. Yokushitsu (浴室), de l’album Shōso Strip (勝訴ストリップ)
13. My Luxury Night (マイラグジュアリーナイト), reprise d’un morceau interprété par Hatsumi Shibata et composé par Takao Kisugi.
14. Sid to Hakuchumu (シドと白昼夢), de l’album Muzai Moratorium (無罪モラトリアム)
15. Stoicism (ストイシズム), de l’album Shōso Strip (勝訴ストリップ)
16. (Encore) Nippon ni Umarete (日本に生まれて), reprise du morceau composé par Sheena Ringo pour Rie Tomosaka.

MANGA都市TOKYO

L’exposition MANGA ⇔ TOKYO se déroule jusqu’au 3 Novembre 2020 au National Art Center Tokyo (NACT). Je suis allé la voir il y a déjà quelques semaines de cela, après réservation en ligne le jour d’avant. Comme la plupart des musées à Tokyo en cette période de coronavirus, les billetteries sur place sont fermées et il faut réserver en ligne avant de se déplacer. Ce n’est pas plus mal en fin de compte, car le nombre de visiteurs est segmenté par tranches de trente minutes et de ce fait, on ne se bouscule pas dans les salles du musée. Lorsqu’on arrive à l’intérieur du musée tout en courbe conçu par Kisho Kurokawa, on est quand même surpris par le vide, car il y a vraiment peu de personnes présentes à l’intérieur du grand hall où se trouvent les deux cônes inversés. On a l’impression d’arriver avant les horaires officielles d’ouverture. On nous prend bien entendu la température avant d’entrer, ce qui est également devenu assez standard maintenant dans les musées. Cette exposition MANGA ⇔ TOKYO (en japonais, MANGA都市TOKYO) est en fait une transplantation de l’exposition qui a eu lieu du 29 Novembre au 30 Décembre 2018 à La Villette à Paris à l’occasion du programme “Japonismes 2018: les âmes en resonance”. Cette exposition au NACT vient s’inscrire dans la continuité de l’exposition Manga*Anime*Games from Japan qui avait eu lieu au même endroit et que j’avais été voir pendant l’été 2015. C’est une bonne idée de traiter cette culture du manga, anime et jeux vidéo comme un art à part entière méritant une exposition dans un musée. Je pense que le Japon ne se rend compte que récemment de l’influence de cette culture sur toute une partie de la population mondiale en commençant par ma génération. Je ne sais pas si la version parisienne de l’exposition était vraiment similaire à ce que j’ai pu voir à Tokyo, mais on nous dit qu’il s’agit d’une version mise à jour.

La salle d’exposition se compose principalement d’une immense maquette représentant la ville de Tokyo à l’échelle 1/1000, d’une largeur de 17 mètres et d’une longueur de 22 mètres. Cette maquette est impressionnante, mais on a du mal à en saisir tous les détails car on peut seulement en faire le tour. Elle est couplée à un grand écran montrant des scènes de films japonais de science fiction japonais, principalement Godzilla, et des extraits d’anime renommé comme Akira, Neon Genesis Evangelion, Patlabor 2 entre autre. Le thème principal de l’exposition est de montrer les relations entre la ville de Tokyo et l’univers du manga, c’est à dire montrer la manière par laquelle la ville est montrée dans les manga et éventuellement la manière par laquelle l’univers du manga influence la ville. Ce deuxième axe est plus limité et montre principalement le grand robot Gundam installé à Odaiba devant le centre commercial DiverCity, ou des personnages de manga dessinés sur des trains. L’exposition nous montre plus précisément comment Tokyo est représenté dans les manga et anime à travers les époques, depuis la période Edo jusqu’au temps présent. Ce qui est intéressant de constater, c’est la manière dont la représentation de la ville change en fonction des décennies. Pendant les périodes de forte modernisation, la ville est plutôt mise en scène dans toute sa splendeur, alors que les œuvres plus récentes mettent plutôt en valeur la personnalité de chaque quartier et la délicatesse des instants. C’est ce type de représentation que l’on peut voir dans les films d’animation de Makoto Shinkai. L’exposition nous explique également la tendance actuelle plus réaliste qui n’assume plus une vue progressiste où les lendemains seront meilleurs que les jours présents, mais considère plutôt que les jours ordinaires vont se répéter sans cesse dans le futur. Il s’agit d’une vue plus noire et pessimiste.

Une partie importante de l’exposition est de montrer la manière dont Tokyo se place dans un cycle perpétuel de destruction et de reconstruction, notamment depuis le grand tremblement de terre de 1923. J’en parlais justement il n’y a pas très longtemps sur ce blog, après avoir vu le film Shin Godzilla. La série Godzilla est d’ailleurs présentée à travers des extraits de plusieurs épisodes, du premier Godzilla de 1954 jusqu’au Shin Godzilla de 2016. Je suis épaté par la qualité plus que médiocre des représentations de Tokyo dans les Godzilla des années 80 et 90, faisant ressembler ces films à des séries Z bien éloignées du réalisme de Shin Godzilla. La représentation de Tokyo dans le Godzilla de 1954 est même plus probante. Ensuite, on nous montre bien entendu Akira, où Tokyo est là encore détruite en totalité pour donner naissance au Neo Tokyo construit au dessus de la baie. L’exposition nous rappelle les prédictions de Katsuhiro Otomo dans son œuvre, notamment le fait que les Jeux Olympiques soient prévus à Tokyo en 2020 mais finalement annulés. Derrière le grand plan de Tokyo à l’échelle 1/1000, des images nous montrent le début d’Akira au moment de l’explosion de la bombe au delà de Shinjuku. On nous montre en même temps sur le plan avec un effet de lumière où se trouvent dans Tokyo les scènes montrées dans les extraits. Pour Akira, je me souviens d’un article du blog The tokyo files (東京ファイル) montrant l’emplacement de l’épicentre de la bombe. L’explosion, le 16 Juillet 1988, aurait approximativement eu lieu le long de l’autoroute métropolitaine No.4 Shinjuku Line (au dessus de l’avenue Koshu-Kaido) au niveau du temple Shinkyōji entre Shimo-Takaido et Meidaimae. Neon Genesis Evangelion, avec ses immeubles rétractables sous le sol lorsque les anges destructeurs font leur apparition, est également un bon exemple de destruction de la ville, sauf que la nouvelle version de Tokyo appelée Tokyo-3 ne se trouve pas à Tokyo mais à Hakone. Je suis certain d’avoir déjà parlé de cela sur Made in Tokyo, donc je n’apprends pas grand chose sur le sujet, mais c’est très intéressant de revoir ces images sur grand écran et avec des explications.

On parle de beaucoup d’autre manga dans cette exposition, certains dont je n’ai jamais entendu parler, d’autres que je connais sans forcément les avoir lu comme Rivers’s edge (j’ai parlé du film il y a plusieurs mois) ou Sakuran (le film est dans ma liste à voir sur Netflix mais je n’ai jamais pris le temps de m’y mettre). L’exposition me rappelle également qu’il faut que je regarde les films d’animation The girl who leapt through time de Mamoru Hosoda, Tokyo godfathers de Satoshi Kon ou encore Miss Hokusai de Keiichi Hara. Même si l’espace d’exposition est relativement restreint, j’y ai passé une bonne heure et demi. En prenant le chemin du retour, il ne faut pas manquer la maison de thé construite en verre par Tokujin Yoshioka et appelée Kou-an. Elle est placée juste devant l’entrée du musée. Cette petite œuvre d’art est d’une grande délicatesse.

明日は風

Retour dans le brouhaha de Shibuya. J’y retourne assez régulièrement en ce moment, ce que je pense être une conséquence indirecte du fait que l’on n’a pas quitté Tokyo depuis plusieurs mois. Ça ne veut pas dire que Shibuya est un endroit plus sûr que les préfectures aux alentours de Tokyo, bien au contraire. Le brouhaha ambiant de Shibuya remplit un vide, mais j’y vais souvent pour ne rien y trouver, juste pour passer et voir les choses évoluer. Cette fois-ci, je suis quand même passé au Disk Union, pour y trouver un Live de Sheena Ringo datant de l’année 2000, mais sorti en 2008, Zazen Ecstasy (座禅エクスタシー). Malgré le fait que ce soit un DVD d’occasion, la qualité du packaging est quasi-neuve. J’en parlerais certainement après l’avoir regardé. Dans le centre de Shibuya, j’en profite cette fois-ci pour prendre la foule en photo, ce qui n’est pas la discipline photographique à laquelle je suis le plus expérimenté. J’ai toujours conçu mes modestes photographies comme non intrusives, mais j’ai conscience que créer l’intrusion peut donner des photos intéressantes. Je ne pense cependant pas en être capable, ni le vouloir d’ailleurs, car ça demande toute une préparation, ne serait-ce qu’être en mesure d’expliquer la raison pour laquelle on vient prendre une personne en photo à l’insu de son plein gré. J’aime aussi autant le fait de marcher que de prendre des photos, et j’aurais donc du mal à rester pointer à un endroit précis pour attendre d’avoir la meilleure lumière et la bonne situation. Cette petite série vient toucher du doigt mes propres limitations qui font que mon style photographique n’évolue pas ou peu. Et la question suivante est de se demander qu’elle peut être la raison qui me pousse à continuer. Je me trouve en terrain médian dans tout ce que je fais sur ce blog. Après pratiquement 18 ans de blog, j’en viens parfois, dans mes périodes de doutes, à me demander quelles sont les aspects qui me distinguent. Je touche un peu à tout entre les tentatives de création de musique électronique, d’essais d’écriture d’histoire de fiction, le dessin avec ma série FuturOrga, les compositions photographiques multiples, la couverture certes très incomplète de la musique rock japonaise et de l’architecture. Dans tous ces domaines, j’ai l’impression de créer quelque chose qui est suffisamment intéressant pour le montrer aux yeux de tous sur internet (sous le terme ‘tous’, je ne précise pas le nombre de personnes mais c’est à peu près 30 visiteurs uniques par jour), mais souvent pas assez pour générer une réaction. Pour être tout à fait honnête, les doutes sur ma volonté de continuer ce blog sont réguliers sans forcément avoir des raisons particulières pour se déclencher (elles m’échappent souvent moi-même), mais ces doutes sont intéressants car ils permettent de prendre du recul et de réfléchir à ce que l’on fait. On pourrait se demander pourquoi je me pose autant de questions juste pour un blog. Le fait est que d’avoir passer 18 années lui donne une certaine importance personnelle, qui n’est certainement pas visible pour le visiteur occasionnel qui passe par ici par hasard. Je pense que beaucoup de bloggers ayant continué aussi longtemps, malgré les attirances des réseaux sociaux, doivent avoir le même genre de réflexion. Ce genre de doutes doit même, à mon avis, faire partie de la ligne éditoriale.

Je découvre parfois des morceaux que j’adore grâce à la radio qu’on écoute dans la voiture, surtout le dimanche après midi sur J-Wave quand Chris Peppler présente le top des ventes (entre autres) de la semaine sur Tokio Hot 100. Je n’écoute en général pas beaucoup de musique listé dans ce top 100, mais j’aime bien rester au courant de ce qui a du succès musicalement en ce moment au Japon. Même s’ils n’ont pas beaucoup de sens artistiquement, j’ai toujours beaucoup aimé les top musicaux, depuis le top 50 que je regardais toutes les semaines avec ma sœur, quand j’étais beaucoup plus jeune en France. Outre Yonezu Kenchi qu’on écoute déjà beaucoup dans la voiture lors de nos déplacements un peu plus longs que l’habitude, Yoasobi a beaucoup de succès en ce moment. J’essaie de prêter une oreille attentive à cette musique mais le ton du piano et de la voix de sa chanteuse ne m’accrochent pas. C’est comme si cette musique était couverte d’une couche plastifiée protectrice qui m’empêcherait d’accéder à sa substance émotionnelle. Mais cette fois-ci sur J-Wave, je suis particulièrement attiré par le morceau pop-rock hyper dynamique ないものねだり (Naimono nedari) de Kana-Boon où le guitariste et interprète Maguro Taniguchi est accompagné au chant par Mossa du groupe Necry Talkie. Le duo de voix fonctionne très bien, le refrain fait de répétition est extrêmement accrocheur et les paroles se répondant comme un dialogue sont très amusantes. Ce morceau est originellement de Kana-Boon, mais a été ré-interprété avec Mossa en une seule prise pour la chaine YouTube ‘The First Take’. J’avais déjà mentionné cette chaine YouTube pour la version quasi a capella, accompagnée seulement d’un piano, que LiSA avait donné de son morceau à succès Gurenge (紅蓮華). Ce que j’aime beaucoup dans ces épisodes, c’est qu’on voit et étend les artistes se chauffer, se donner à fond et parfois se tromper un peu comme sur le morceau de Kana-Boon. La pression est censée être plus forte pour Mossa car il s’agit d’un morceau qui n’est pas le sien, mais c’est Taniguchi qui manque un démarrage sur un refrain de son propre morceau (peut être trop d’assurance). La version de ce morceau disponible sur iTunes s’intitule Naimono nedari Revenge, car il s’agit d’une version ré-enregistrée sans l’erreur de l’épisode de The First Take. J’écoute ensuite le rock énergétique de Lovely Summer Chan avec quelques morceaux de son dernier album intitulé The Third Summer of Love. Sous ce nom de groupe, se cache la compositrice et interprète Aika Imaizumi, originaire de Tokyo. Il y a une énergie et une fraicheur dans cette musique et dans sa manière de chanter qui font vraiment plaisir à entendre, notamment sur le single Ah!. J’écoute également quelques autres morceaux de son album, comme plus lent et lourd en guitares Heartless Person (qui me ramène un peu vers le rock des années 90) et Atomic Typhoon qui est le morceau que je préfère pour l’instant, pour sa manière de chanter en insistant exagérément sur certains mots. Je vais continuer pour sûr mon écoute de cet album. Je retrouve ensuite avec énormément de plaisir Cuushe, de son vrai nom Mayuko Hitotsuyanagi, avec son nouveau morceau Hold Half de son futur prochain album Waken qui sortira en Novembre 2020. Il s’agit là de musique Dream Pop faite de textures sonores et de voix flottantes. Le style est beaucoup plus vaporeux que les morceaux précédents. Mais le morceau est ponctuée d’un rythme par moments qui fonctionne très bien. Il y a quelque chose de très touchant dans cette musique, peut être accentué par le fait qu’il s’agit là de son retour après s’être mise en retrait suite à des harassements qui ont dû être difficile à surmonter psychologiquement. J’avais déjà parlé de son album Butterfly Case il y a deux ans. Ce dernier morceau présage du meilleur pour son nouvel album. Je me remets ensuite à écouter quelques morceaux de Sakanaction. Comme je le mentionnais en commentaire d’un précédent billet (parfois les billets prennent une vie parallèle dans les commentaires), je me rends compte que je n’avais bizarrement jamais parlé de Sakanaction sur ce blog. Je ne connais en fait que quelques morceaux piochés par-ci par-là et que j’aime réécouter régulièrement, notamment 多分、風。 (Tabun, Kaze.). La vidéo est tout particulièrement bien faite car on a l’impression que la surface des personnes s’échappe avec le vent au rythme de la musique, sous l’oeil interrogateur d’Ichiro Yamaguchi. J’écoute aussi très souvent le morceau 新宝島 (Shin Takarajima), qui est pourtant à priori un peu trop pop pour moi. Là encore, la vidéo m’amuse beaucoup car le groupe danse avec un air très sérieux mais se fait gêner à chaque fois par les mouvements des pom-pom girls qui dansent derrière. Il y a aussi des morceaux comme ユリイカ (Eureka), ミュージック (Music), ネイティブダンサ (Native Dancer) et 『バッハの旋律を夜に聴いたせいです。』(Bach no Senritsu o Yoru ni Kiita Sei Desu) que j’aime beaucoup car leur composition est à chaque fois très intéressante. Je me rends compte que ces morceaux que j’avais pioché sur différents albums se trouvent également sur le best-of Sakanazukan et je continue donc ma découverte du groupe avec trois autres morceaux qui s’y trouvent: Rookie, Boku to Hana et Me Ga Akaku Aiiro. J’aime beaucoup le son électronique que je qualifierais de mécanique du morceau Rookie, comme si on se trouvait dans une machine sous-marine. Les compositions musicales de Sakanaction sont toujours intéressantes mais Me Ga Akaku Aiiro atteint des sommets, à la fois dans sa diversité et dans sa profondeur émotionnelle. Je trouve Boku no Hana plus classique, dans l’esprit des morceaux que je connais déjà du groupe, mais classique ne veut pas dire ennuyeux car il y a toujours un air qui accroche une partie du cerveau. Je ne choisis pas Me Ga Akaku Aiiro par hasard car mahl le recommandait dans son billet comme étant apparemment le morceau préféré des fans du groupe. La découverte de ces morceaux me donnent bien entendu envie de continuer à découvrir les albums entiers, mais j’y vais doucement car mon budget musique n’est pas illimité.