君ならきっと大丈夫さ

L’étroit building de neuf étages sur les deux premières photographies se nomme Jimbochō SFI (神保町SFI) et se trouve comme son nom l’indique dans le quartier de Jimbochō. Il a été conçu par Nikken Sekkei en collaboration avec la société SEO Inc. établie en 1935 à Takaoka dans la préfecture de Toyama et spécialisée dans la fabrication de chaînes métalliques qui conduisent l’eau de pluie des toits vers un bassin au sol. On peut voir régulièrement ce genre de « rain chains » dans les temples ou dans certaines architectures plus modernes comme sur le Co-Op Kyosai Plaza, également conçu par Nikken Sekkei, à Kitasando. C’est un building que j’aime régulièrement prendre en photo. Sur le building Jimbochō SFI, SEO Inc. a conçu la façade très particulière composée d’une multitude de cylindres dans le but d’améliorer la performance environnementale du bâtiment. Cette façade dessinée pour conserver l’énergie se nomme Envi-lope01. Cette membrane ou enveloppe, posée au dessus de la surface du bâtiment se compose de cylindres de 180mm de diamètre de trois formats différents reliés entre eux sur une même ligne verticale par deux câbles métalliques permettant d’ajuster l’orientation des cylindres notamment dans les parties courbes du building. La profondeur des cylindres vient contrôler l’intensité lumineuse à laquelle est soumise le bâtiment en bloquant les champs lumineux obliques et en réduisant ainsi la température totale du building, tout en préservant sa ventilation frontale. J’ai pris ces quelques photographies à Jimbochō alors que j’espérais y voir courir les marathoniens de Tokyo pour le marathon du 3 Mars 2024. Je suis malheureusement arrivé un peu trop tard et la course était déjà terminée à cet endroit. J’ai donc marché à toute vitesse, sans rattraper les coureurs, jusqu’à la station de Tokyo pour y voir quelques athlètes terminer leur course. Je me dis tous les ans en regardant le marathon que je devrais me donner un an pour m’entrainer et participer à celui de l’année prochaine, mais une réflexion rapide me dit que je n’aurais jamais la volonté nécessaire pour ce genre de choses.

J’écoute en ce moment quelques morceaux de rock indé du groupe Yonige (よにげ) dont j’ai déjà parlé plusieurs fois sur ce blog. Yonige est originaire d’Osaka et a été formé par Arisa Ushimaru (牛丸ありさ), qui chante et est guitariste, et par Gokkin (ごっきん) qui joue de la basse et assure les chœurs. Le groupe se compose actuellement de quatre membres. De leur nouvel album Empire sorti en Janvier 2024, j’écoute trois morceaux dont deux possèdent déjà une vidéo officielle: Kamisama to Boku (神様と僕) et walk walk. Le troisième morceau que j’écoute est le premier de l’album: Super Express. Le rock de Yonige est sans artifice avec un brin de mélancolie, mais n’exclut pas un certain humour retranscri à travers les vidéos. Les vidéos accompagnant Kamisama to Boku et walk walk sont en fait liées. La première pour Kamisama to Boku démarre par la mise en scène d’une réunion avec le manager du groupe qui leur demande de faire plus énergique et entrainant pour pouvoir espérer attirer les foules et avoir un gros succès. On ressent que le monologue interminable du manager est insupportable pour le groupe, mais tous acquiescent sans rien dire en attendant que ça passe. On leur confie un sous-fifre incompétent qui sera en charge de la vidéo du nouveau morceau. Le budget étant limité, le groupe se retrouve à tout faire par eux même, porter les instruments jusqu’au lieu de tournage improvisé, puis se filmer ensuite soi-même. A ce moment là démarre la vidéo de walk walk, avec pleins de petits désagréments qui compliquent la vie du groupe. Malgré tout cela, tout le monde reste serein. On retrouve en quelque sorte cette sérénité dans la musique de Yonige, mais les morceaux sont pourtant très accrocheurs. Arisa Ushimaru n’hésite pas a poussé sa voix et les guitares sont très présentes. J’adore ce son rock indé qu’elles maitrisent extrêmement bien sans pourtant révolutionner le genre, mais le rock indé n’entend pas apporter des révolutions, simplement faire des bons morceaux et c’est bien suffisant.

Yonige et leur dernier album Empire étaient d’ailleurs mis en avant au Tsutaya de Daikanyama, aux rayons musiques à l’étage d’un des trois bâtiments du grand magasin multimédia. On y vend d’ailleurs de moins en moins de CDs, toujours au profit des vinyles. Je devrais passer plus régulièrement devant ces panneaux d’affichage, pour voir quelles sont les recommandations du moment. Je me souviens y avoir vu afficher une présentation de l’album Windswept Adan (アダンの風) d’Aoba Ichiko (青葉市子), bien avant que je l’écoute pour la première fois (rien que le fait d’évoquer cet album me donne envie d’écouter le morceau Porcelain). Les affichages du Tsutaya montre la vidéo de Kamisama to Boku (神様と僕), dont est extrait la vidéo ci-dessus, et les dates de la tournée du groupe. Je ne connais pas encore assez bien la musique de Yonige pour être tenté de les voir live, mais un morceau comme walk walk doit certainement très bien donner en concert.

Toujours dans le même Tsutaya de Daikanyama, j’ai l’impression que l’espace consacré aux expositions artistiques a augmenté progressivement au fur et à mesure des années, ce qui est plutôt une bonne nouvelle. L’exposition ILLUSTRATION 2024, qui avait lieu du 23 Février au 17 Mars 2024 commémorait le dixième anniversaire de la série de livres ILLUSTRATION, qui est un catalogue annuel représentant l’état actuel de l’illustration au Japon. A cette occasion, étaient exposées quelques illustrations de sept artistes sélectionnés présents dans la dernière édition du livre ILLUSTRATION. Il s’agissait d’une toute petite exposition mais j’ai eu le plaisir d’y voir deux illustrations de NAKAKI PANTZ (ナカキパンツ), les deux visages féminins ci-dessus. Son style graphique est immédiatement reconnaissable. Je vois qu’elle continue à dessiner les pochettes pour les musiciens de MAISONDes et, dernièrement, on peut également voir ses illustrations sur une publicité Nissin Cup Noodles. Nissin s’est associé depuis longtemps avec des artistes graphiques de renom ou en devenir. Une des campagnes les plus connues était celle intitulé Freedom par Katsuhiro Ōtomo. Ces publicités sont assez souvent décalées et j’avais déjà évoqué tout cela dans un billet précédent. Parmi les sept artistes présentés, on trouve également l’illustratrice AKI AKANE (秋赤音) que j’avais déjà évoqué ici pour avoir vu une de ses expositions chez le libraire Komiyama Tokyo à Jimbochō. En repassant d’ailleurs par Jimbochō, je suis monté aux étages de cette librairie et j’ai constaté qu’on y montrait toujours des illustrations d’AKI AKANE. J’ai hésité à acheter son livre d’illustrations, car je ne pense pas apprécier la totalité de ses dessins, mais l’approche très pop de l’illustration montrée sur la photo de droite ci-dessus est vraiment magnifique. J’aime aussi beaucoup son approche graphique sur l’illustration de gauche, utilisant des ossements comme ornements vestimentaires.

櫻vsミモザ

Les cerisiers sont clairement en retard à fleurir cette année alors on regarde plutôt les mimosas. Ceux des trois dernières photographies du billet viennent d’un arbre aperçu à l’entrée du temple Saihōji (西方寺) situé à Kōhoku (港北) dans la banlieue de Yokohama. Le temple est très fleuri, ce qui est peut être dû au fait qu’il est situé juste en face d’un grand magasin de plantes. C’était en fait notre destination car on avait l’intention d’acheter un petit arbuste mimosa pour le balcon de l’appartement. Il y a bien des cerisiers en fleurs sur ce billet mais ils proviennent d’un tout autre endroit. Nous sommes sur la troisième photographie à l’entrée du petit temple Jufukuji (寿福寺) à Kami-Meguro. Sur la première photo, il s’agit de la résidence Park Homes Nakameguro par IOA Takeda Architects Associates. J’avais en fait déjà mentionné cette résidence dans un billet précédent car ses lignes obliques sont remarquables.

Le morceau Zezezezettai Seiiki (絶絶絶絶対聖域) interprété par Ano (あの) avec Lilas Ikuta (幾田りら) de Yoasobi est le thème d’un film d’animation en deux parties intitulé Dead Dead Demon’s DeDeDeDe Destruction (デッドデッドデーモンズデデデデデストラクション) tiré d’un manga du même nom créé par Inio Asano (浅野 いにお). Les voix des deux protagonistes principales, les lycéennes Kadode Koyama (小山門出) et Ouran Nakagawa (中川凰蘭), sont assurées par Lilas Ikuta et Ano respectivement, ce qui explique certainement cette association inhabituelle pour le thème du film. J’ai entendu ce morceau pour la première fois lors de l’émission Music Station du 22 Mars 2024 et j’ai été très agréablement surpris par la voix d’Ano qui peut être très inégale suivant les morceaux qu’elle chante. Je pense aussi que la voix d’Ikura (diminutif de Lilas Ikuta) en duo place les parties chantées au bon niveau. Ano s’en sort en général bien pour les morceaux ayant une agressivité certaine et c’est le cas sur ce morceau lorsqu’elle crie à plusieurs reprises “DeDeDeDe Destruction”. En comparaison, la voix d’Ikura est clairement moins à l’aise sur ces parties agressives. Ce contre-emploi est en tout cas très intéressant, car on se dit qu’Ano apporte un élément musical qu’elle maitrise très bien par rapport à Ikura qui semble sortir de son domaine de prédilection. Ano a écrit les paroles du morceau et la composition musicale est de TK from Ling tosite Sigure (凛として時雨). On ressent fortement la touche musicale de TK sur ce morceau et on croirait même entendre TK chanter, et crier comme il sait si bien le faire, sur certaines parties du morceau. La vidéo du morceau est très réussie, reprenant à priori des éléments du film d’animation et des scènes ressemblant à un jeu vidéo de tir à la première personne qui dépasserait la réalité. Cette vidéo a été réalisée par Mizuno Cabbage du groupe UNDEFINED (アンディファインド) qui a également réalisé plusieurs vidéos pour Vaundy dont Tokyo Flash (東京フラッシュ) et Naki jizō (泣き地蔵), et un teaser pour un Live et documentaire du groupe PEDRO intitulé 1-Shūkan tōbō Seikatsu (1週間逃亡生活). Je vois aussi qu’UNDEFINED a créé une partie des effets spéciaux (CG) de la fabuleuse vidéo du single SPECIALZ de King Gnu.

En parcourant les rayons du Disk Union de Shimokitazawa, je prends en passant un petit livret gratuit avec justement Ano en couverture dans les rayons du dit magasin de disques. Ano sera en fait l’ambassadrice du RECORD STORE DAY JAPAN 2024 qui aura lieu le 20 Avril 2024. Je ne prête en général pas beaucoup attention à cette date annuelle car je ne collectionne pas les disques vinyles. Le petit livret contient une interview d’Ano et de son groupe rock I’s, également retranscrite sur une page web. L’interview n’a rien de transcendant à part le fait de nous apprendre qu’Ano choisit ses albums en fonction de la pochette. Je comprends bien cette approche dans la découverte de nouvelles musiques car je l’utilise également, bien que ça ne soit pas bien sûr mon seul critère de sélection. J’aurais par contre tendance à passer mon chemin si un ou une artiste ou un groupe a une approche artistique qui me déplaît. Ça dit à mon avis quelque chose sur sa musique. Dans cette interview, les membres de I’s choisissent certains albums dans les rayons du magasin, comme ils le montrent sur la photo ci-dessus extraite du livret. Ano choisit l’album rock alternatif Bandwagonesque du groupe écossais Teenage Fanclub, que je prends plaisir à réécouter en écrivant ce billet. L’album date de 1991 mais je ne l’avais malheureusement pas découvert à cette époque, bien que je me souvienne très bien de la pochette vue maintes fois dans les magazines musicaux que je dévorais pendant mes années adolescentes. La sélection du groupe m’est intéressante car on y trouve d’autres albums que j’apprécie, notamment Goo de Sonic Youth qui est le premier CD du groupe que j’ai acheté en 1991, peu de temps après Nevermind de Nirvana (toujours de 1991). Colors (2017) de Beck est également un album que j’aime beaucoup et que je réécoute assez souvent, bien que très différents des chefs d’oeuvre que sont Mellow Gold (1994) et Odelay (1996). Je ne connais pas par contre le groupe londonien The Hit Parade et l’album More pop songs, présenté sur la photo ci-dessus par un des membres du groupe. J’écoute par curiosité le morceau Hitomi évoquant Tokyo, mais cette pop indé ne me convient qu’à moitié. En lisant cette interview, je me dis que j’aimerais aussi pouvoir choisir des albums au feeling en ne connaissant absolument rien d’un groupe, mais ça m’est difficile. Peut-être est ce dû au fait que quand j’étais adolescent, l’accès à la musique alternative sans internet n’était pas aussi simple que maintenant. Il fallait se déplacer dans la ville voisine à plusieurs kilomètres en voiture et acheter un album en ne connaissant au mieux qu’un ou deux titres. Il fallait donc se renseigner en se fiant aux critiques d’albums publiées dans la presse musicale. Et quand on se trompait et achetait un album qu’on aimait plus que moyennement, on se forçait quand même à l’écouter vue la somme dépensée dans l’achat du CD. J’ai de ce fait un peu de mal à choisir des albums à la légère. Il faut parfois des années pour apprécier la juste valeur d’un album. C’était le cas de Heaven or Las Vegas de Cocteau Twins (1990) que j’ai mis beaucoup de temps à aimer, et dont certains morceaux comme Cherry-Coloured Funk et Heaven or Las Vegas sont pourtant de véritables chefs-d’œuvre.

city scape with film 9
(une disparition)

Je suis moi-même surpris de revoir la tour Nakagin de Kisho Kurokawa parmi les photographies argentiques prises il y a quelques années. J’aurais dû mal à dater exactement les quelques photos de la tour que je montre ci-dessus, mais c’était en tout cas avant l’annonce officielle de sa disparition définitive. Le parc Hamarikyū se trouve dans le même quartier que Nakagin, en se rapprochant de la baie. Je me souviens avoir observé pendant un petit moment le chat de la septième photo. Il s’y promenait comme s’il était le propriétaire, d’un air sûr et d’une allure royale, d’autant plus qu’il n’y avait pas un chat dans ce parc, sauf lui et moi. Enfin, moi, je ne suis pas un chat, sauf la nuit dans mes rêves. Je m’échappe toujours par les toits. La partie Sud de la résidence est plus basse et donne facilement accès au parc adjacent qui donne ensuite un accès facile à la rue. Découvrir la ville la nuit avec les yeux d’un chat est une expérience très différente de ce que j’éprouve le jour dans les rues de Tokyo. Il arrive parfois que je me vois rentrer du bureau d’un pas rapide, les écouteurs dans les oreilles et le regard fixé vers l’avant. Il ne me voit pas car je me cache toujours à son passage. Je disparais dans la pénombre. Je l’observe tranquillement puis repars quand la voie est libre. Je ne peux malheureusement pas ramener d’images de ces virées la nuit. Ces images ne me restent pas en tête pour pouvoir les raconter ensuite, car je ne me souviens jamais de mes rêves. Les autres photographies du billet se mélangent à celles d’Hamarikyū et de la tour Nakagin. Elles ont été prises dans le parc Inokashira et à Shibuya.

city scape with film 8
(une énergie)

Ces quelques photographies sur film proviennent d’une pellicule que j’avais démarré il y a plusieurs années et que je n’ai fait développer que récemment. Une des premières photographies de cette pellicule montre l’affiche de l’album Sandokushi de Sheena Ringo posée au coin du Tower Records de Shibuya, ce qui m’indique qu’elle a été démarrée vers le mois de Mai 2019. J’avais dû prendre quelques photos en 2019 puis délaisser cette pellicule pendant plusieurs mois voire années. Ce qui est amusant c’est que je mentionnais déjà cette pellicule noir et blanc dans un billet de Juin 2019 en me demandant quand je pourrais bien la finir. J’étais loin de me douter que ça me prendrait plusieurs années. Je pense l’avoir terminé il y a plus d’un an mais elle est resté près de l’ordinateur sans que j’y touche jusqu’à maintenant. De ce fait, je n’ai plus de souvenirs très précis de ces photographies, et c’est ce qui me plait d’une certaine manière. Je ne suis par contre pas certain de reprendre des photos argentiques avec mon EOS10, car le coût de développement est assez prohibitif, même sur CD comme c’était le cas pour cette pellicule noir et blanc. Il m’a fallu attendre dix jours pour le développement par un petit magasin de photo. On est pour sûr très loin de l’immédiateté du numérique. Ça m’étonne moi-même mais je n’avais pas montré de photos argentiques depuis Octobre 2015, avec une série de sept billets intitulé city scape with film. La présente série en noir et blanc ne fera que deux épisodes mais vient en quelque sorte compléter celle déjà commencée. Pour ce premier billet, on passe par le centre de Shibuya, le parc Inokashira à Kichijōji, celui d’Hibiya, le bâtiment Nissan Crossing à Ginza et pour terminer, un vieil arbre posé dans le parc de La Croix Rouge à Hiroo. Ce grand arbre est tenu par des béquilles mais semble rester fort. Je le regarde toujours quelques instants lorsque je passe devant, histoire d’emprunter un peu de son énergie.

gentle monster & artificial vampire

Les deux premières photographies de ce billet sont prises dans le parc central de Nishi-Shinjuku. Les plus attentifs auront remarqué que j’ai déjà pris et montré exactement la même photographie de la ligne de ciel de Nishi-Shinjuku depuis le parc. J’aime m’asseoir à cet endroit du parc sur un des longs bancs de bois posés sur le béton formant des escaliers. C’était un Samedi juste avant le marathon de Tokyo du Dimanche et des préparatifs étaient déjà en cours. Je le mentionnais déjà dans un billet précédent mais je me suis assis à cet endroit pendant environ une heure pour écouter pour la première fois en entier l’album 0 d’Ichiko Aoba. Un pigeon m’a accompagné pendant toute la durée de l’écoute en me regardant par moment l’air de rien. Il était intéressé par le scone anglais que je grignotais en buvant tranquillement mon café trop chaud. Comme on dit en japonais, j’ai une langue de chat (猫舌) et je préfère attendre un peu avant de boire chaud.

La troisième photographie est une affiche publicitaire pour une marque de lunettes design appelée Gentle Monster. Je prends cette photo car ce nom étrange associé à l’actrice Nana Komatsu (小松菜奈) m’intrigue beaucoup. J’ai également eu envie de prendre cette photographie car je voulais mentionner ici le film The Last 10 years (余命10年) du réalisateur Michihito Fujii (藤井道人) dans lequel Nana Komatsu est l’actrice principale. Elle joue le rôle d’une jeune fille de 20 ans, Matsuri Takabayashi, atteinte d’une maladie incurable ne lui laissant que dix années à vivre. Le film est basé sur une histoire vraie. Matsuri accepte son sort non sans difficultés et essaie volontairement de ne pas trop s’accrocher aux personnes qui l’entourent, sauf bien sûr à sa famille dont elle est proche. Sa grande sœur est jouée par la toujours merveilleuse Haru Kuroki (黒木華). Mais la rencontre de Kazuto Manabe, joué par Kentaro Sakaguchi (坂口健太郎), lors d’une réunion d’anciens élèves vient perturber sa vie. Kazuto a des tendances suicidaires et Matsuri, qui va pourtant bientôt mourir, jouera un rôle important pour lui redonner le goût à la vie. Il s’agit d’une histoire d’amour, en grande partie platonique, mais elle m’a beaucoup touché. Je suis sensible à ce genre d’histoire quand elles sont magnifiquement jouées comme c’est le cas ici, avec beaucoup de retenue et de nuances. Il y a bien quelques effets de scénario nous poussant à avoir les larmes aux yeux, mais je ne refuse pas à être entraîné malgré moi par un film vers ce genre de terrains sensibles.

J’aime bien de temps en temps jeter une oreille à la musique de Cö Shu Nie car j’y découvre régulièrement des petites merveilles. Cette fois-ci, cette petite merveille est un nouveau morceau sorti le 13 Mars 2024 intitulé Artificial Vampire. Dès la première écoute, j’ai été attiré par une petite phrase interrogative des paroles nous demandant à répétions « Gokigen ikaga? Chōshi ha dou? » (ご機嫌いかが?調子はどう?) qui est deux façons de demander comment quelqu’un va. Le rythme assez ludique par lequel Miku Nakamura (中村未来) prononce ces paroles me plait tout de suite beaucoup, et la composition musicale aux apparences faussement simples se révèle en fait subtilement variante toute en restant naturellement fluide. Cö Shu Nie nous habitue à une construction atypique de ces morceaux qui se ressent moins directement sur Artificial Vampire, mais n’en reste pas moins présente. Le morceau Burn The Fire est en comparaison beaucoup plus déconstruit et pour l’occasion beaucoup plus agressif dans son approche rock. Ce single est sorti il y a quelques mois, en Novembre 2023. La vidéo est assez étrange avec ses faux masques à oxygène et ses drôles de créatures drapées. Le groupe est enfermé dans des sous-sols sombres mais l’ambiance n’est pourtant pas anxiogène car le son rock qu’il dégage et la voix affirmée de Miku l’emportent sur tout ce qui les entourent. Comme pour Artificial Vampire, la vidéo de Burn The Fire a été réalisée par Kaz Skellington, qui est un rapper et vidéographe basé à Tokyo. Dans les paroles du single Artificial Vampire, Miku nous chante que même si elle nous mord, on ne s’en rendra pas compte (噛みついても気づかないものね), ce que j’imagine être une disposition tout à fait idéale pour un vampire. Ceci me donne une bonne transition avec l’art graphique qui suit.

L’art graphique de Takato Yamamoto (山本タカト) est tout à fait fascinant. J’avais déjà mentionné brièvement dans un billet précédent la découverte de cet artiste illustrateur et j’avais ensuite rapidement commandé son livre d’illustrations intitulé Japonesthéthique, aux Editions Treville, qui est une sorte de rétrospective de son œuvre. Les illustrations y sont magnifiques, souvent tintées d’une pointe d’épouvante. Elles n’en restent pas moins delicates et sensibles. Les personnages sont souvent androgynes et ont le regard distant, difficile à saisir, car ils sont déjà d’un autre monde. On leur devine à la fois une grande sensibilité et une force incontrôlable. On y trouve beaucoup de vampires, de présences fantomatique sorties de légendes et croyances ancestrales, de crânes squelettiques qui ne semblent pourtant pas être effrayants pour les figures humaines qu’ils côtoient. Le style graphique de Takato Yamamoto combine des éléments japonais d’ukyo-e, avec du symbolisme gothique et des influences de l’art européen, en particulier du mouvement Esthétisme européen du 19ème siècle. Son style combinant tous ces éléments prend le nom d’Esthétisme Heisei (Heisei Aestheticism), pour indiquer un mélange d’influence européenne avec une version moderne de l’art traditionnel japonais. Il y a quelque de tout à fait remarquable dans cette approche graphique, une finesse exquise qui nous attire vers ces images alors qu’on ne voudrait pas les voir. Le 23 Février 2024, je suis allé voir la petite exposition intitulée Dreaming Skull de Takato Yamamoto qui se déroulait dans la galerie d’art Span Art à Kyobashi. Cette exposition démarrait ce jour là et s’est terminée le 10 Mars 2024. On pouvait y voir quelques unes de ses œuvres et un coin de la galerie vendait des livres d’illustrations et des cartes postales. Je n’ai pu m’empêcher d’acheter un autre livre, celui intitulé Coffin of a Chimera (キマイラの柩), dans une nouvelle édition à la couverture noire, signée par l’artiste. Le style de cet ouvrage est dans le même esprit tout à fait unique de Japonesthétique, sauf que je le trouve plus viscéral. Les chimères du titre ont des visages humains qui se mélangent à des ossatures distordues. On nous laisse voir les entrailles des chimères, ce qui pourrait nous repousser le regard, mais l’approche esthétisante de Takato Yamamoto rend ses monstres aux formes indéfinies tout à fait séduisantes. L’art de Takato Yamamoto repose sur un équilibre subtil entre beauté esthétique et représentation effrayante qui peut parfois paraître repoussante. Cette dualité est tout à fait fascinante et donne envie d’explorer un peu plus ce monde emprunt de romantisme gothique. Lors de la petite exposition à Kyobashi, je n’étais d’ailleurs pas vraiment surpris d’y voir parmi les visiteurs une proportion féminine importante.

Pour continuer ce billet sur une atmosphère gothique, écoutons maintenant le morceau SACRIFICE d’Atsushi Sakurai (櫻井敦司). Sakurai était le chanteur et parolier du groupe Buck-Tick jusqu’à son dernier souffle le 19 Octobre 2023. Ce titre est extrait de son unique album solo Ai no Wakusei (愛の惑星) sorti en 2004, mais je ne le découvre que maintenant car il n’a été publié sur YouTube avec sa vidéo que récemment, en Décembre 2023, deux mois après sa mort soudaine d’une hémorragie cérébrale. Je n’ai pas encore terminé d’écouter la discographie entière de Buck-Tick mais j’y reviens régulièrement quand l’envie me prend. Ce morceau n’est pas fondamentalement différent de ceux de Buck-Tick car la voix de Sakurai est tellement remarquable qu’on a beaucoup de mal à la dissocier du groupe. Il n’empêche que ce morceau est très bon et aurait très bien pu figurer comme single sur un album de Buck-Tick. Il s’agit en tout cas d’une belle découverte inattendue. L’émission musicale du Dimanche soir KanJam a diffusé il y a plusieurs semaines un épisode consacré exclusivement à Buck-Tick mais les membres restants n’étaient sans grande surprise pas présents. Il en ressortait que le groupe, à travers la voix du guitariste et compositeur Hisashi Imai (今井 寿), n’a pas l’intention d’arrêter ses activités. C’est pour moi une surprise car j’ai un peu de mal à imaginer le groupe sans la figure charismatique d’Atsushi Sakurai. Et pour faire le lien avec le thème qui sert de fils rouge à ce billet, je n’aurais pas beaucoup de difficulté à imaginer Atsushi Sakurai en vampire car il avait la noirceur profonde qui convient à ce genre de personnage.

Et au final, je vous laisse deviner qui est le gentle monster du titre de ce billet. Je pense personnellement au pigeon de la deuxième photo pour la pression psychologique qu’il a exercé sur moi pour que je lui cède quelques miettes de ma pâtisserie anglaise.