enrobages urbains éphémères

Les illustrations et photographies posées sur les barricades blanches détourant et enrobant le chantier d’un immeuble en construction derrière le building Hikarie à Shibuya ne sont déjà plus là. Je n’ai pas pris cette photo il y a longtemps et l’immeuble en question est loin d’être construit mais Tokyo a déjà changé à cet endroit. Une trace reste au moins ici à défaut de rester dans ma mémoire. De ces deux photographies, j’aime surtout la première car elle pourrait apparaître dans un portfolio de vues relativement abstraites de paysages urbains vides de monde. Je suis très souvent attiré par ce genre de vues, ennuyeuses il faut bien le dire, mais qui peuvent donner l’impression d’être artistiques sans vraiment l’être. Mais chaque photographie n’a de toute façon de valeur artistique que par les yeux de la personne qui le décide mais pas par le bon vouloir du photographe. Je pense à cela en constatant ce que peuvent faire les applications d’intelligence artificielle de création d’images, comme DALL•E 2, capable de créer des photographies réalistes à partir d’une simple phrase descriptive passée en ligne de commande. C’est à la fois fascinant et effrayant.

L’exposition L’Arc de Triomphe, Wrapped de Christo et Jeanne-Claude se déroule en ce moment et jusqu’au 12 Février 2013 dans la galerie 21_21 DESIGN SIGHT plantée dans les jardins de Tokyo Mid-Town. De nombreuses photographies, maquettes, dessins et vidéos montrent la genèse du projet dès 1961 et la mise en place de cette œuvre artistique auto-financée hors du commun que les Parisiens ont pu apprécier l’année dernière en Septembre 2021 pour 16 jours sur l’Arc de Triomphe. Pendant cette période, le monument était enrobé de 25,000m2 d’un tissu de polypropylene recyclable bleu et argent maintenu par 3,000m de cordes rouges. Christo est mort l’année d’avant et n’a donc pas pu voir la réalisation de son œuvre. J’ai souvent (toujours) été impressionné par les œuvres de Christo et Jeanne-Claude mais je n’ai jamais fait l’expérience de les voir. L’exposition est très complète et le lieu où elle se déroule, la galerie 21_21 Design Sight conçue par Tadao Ando est à chaque un bonheur à visiter. Je ne peux m’empêcher de prendre l’intérieur en photo. Le béton apparent va très bien avec l’abstraction de certains photos grand format des œuvres de Christo et Jeanne-Claude. Je montre quelques autres photos sur mon compte Instagram, notamment une reconstitution d’une partie de l’enrobage de l’Arc. L’exposition revient également avec quelques photos seulement sur d’autres projets, comme l’enrobage du Pont-Neuf en 1985 ou le réseau de quais flottants sur le lac Iseo en Italie en 2016.

bienvenue sur l’île des rêves

L’île des rêves est la traduction littérale de Yumei no Shima (夢の島), une île artificielle construite sur la baie de Tokyo et située dans l’arrondissement de Kotō. En 1938, il était envisagé d’y construire le nouvel aéroport de Tokyo mais les travaux ont été retardés par la seconde guerre mondiale et les plans tombèrent finalement à l’eau (à priori celle de la baie) car on préféra finalement agrandir l’aéroport d’Haneda. Une plage y est ouverte en 1947 qui donnera ce nom idyllique (mais exagéré) d’île des rêves, mais fermera quelques années plus tard. Les rêves seront donc de courte durée car cette île devint ensuite un dépôt à ordures. On y trouve depuis 1988 un grand parc accessible depuis la station de Shin-Kiba. Je suis venu jusqu’à Shin-Kiba pour voir un autre bâtiment intéressant dont je parlerais certainement un peu plus tard, mais aussi pour voir les dômes du jardin botanique. Ces jardins étaient apparemment fermés ces dernières années en raison de la crise sanitaire, mais ils étaient bien ouvert à mon passage. Je préfère cependant faire le tour des dômes pour admirer leur taille et leurs courbes parfaites. Un grand espace du parc devant les dômes était utilisé l’année dernière pour les compétitions de tir à l’arc des Jeux Olympiques de Tokyo 2020. Je le montre sur la première photographie du billet. On y trouve également un gymnase, des stades, un port de plaisance, et un musée abritant le bateau Daigo Fukuryū Maru (第五福龍丸) restauré en 1976. Ce bateau était un thonier japonais contaminé par les retombées radioactives d’un essai nucléaire américain à la bombe H dans l’atoll Bikini des îles Marshall le 1er Mars 1954. Cette malheureuse histoire fît scandale à l’époque car le bateau de pêche se trouvait en dehors de la zone interdite et l’équipage fut contaminé par les retombées nucléaires constituées de fines poussières blanchâtres que les pêcheurs appelèrent cendres de mort (死の灰). Daigo Fukuryū Maru se trouve à l’intérieur d’un étrange bâtiment fait de plaques de métal arrondies ressemblant à la coque d’un bateau. La noirceur du bâtiment, qui reflète très certainement la noirceur de l’événement que le musée relate, vient contraster avec l’ambiance bucolique du reste du parc. Peu de personnes s’y promènent en plein été, on peut le comprendre vues les grandes chaleurs. Revenir ensuite vers la station de Shin-kiba m’oblige à passer sous des autoroutes surélevées qui rappelle la densité de l’infrastructure tokyoïte. J’y reviendrais peut-être dans un prochain billet sur cette infrastructure tokyoïte, j’y reviens en fait souvent.

Pendant ma visite des dômes de Yumei no Shima, j’étais partagé entre écouter le silence quasi religieux du parc vide de monde ou la musique quasi religieuse de Jeff Buckley sur son unique album Grace. J’ai partagé mon temps entre les deux. Je reviens régulièrement sur cet album mais je ne l’avais pas écouté depuis longtemps. À chaque écoute, je me dis que le morceau titre de l’album, Grace, est un des plus beaux morceaux de musique qui existent, mais je m’attarde cette fois-ci sur un autre morceau, tout aussi prenant, le cinquième de l’album intitulé So Real, placé juste avant son Hallelujah. Et à chaque écoute, je me dis qu’il est parti trop tôt: « I’m not afraid to go but it goes so slow » nous dit-il sur le morceau Grace.

Mais la musique que j’écoute en ce moment est très différente car je suis dans une phase electro-pop qui s’accorde bien à la période estivale. Le concert du groupe Zuttomayo, abréviation de Zutto Mayonaka de ii no ni (ずっと真夜中でいいのに。), que j’ai vu en streaming sur YouTube lors de l’édition 2022 du festival Fuji Rock m’avait tellement intéressé que je me suis mis à rechercher dans la discographie du groupe des morceaux qui m’intéressent. J’ai beaucoup apprécié l’univers très particulier du groupe lors de ce concert et j’ai pris par la même occasion un peu plus conscience de la personnalité artistique du groupe. J’avais jusqu’à maintenant l’image d’un groupe ressemblant à Yoasobi mais dans une version plus rapide. Il y a un peu de cela car les deux groupes sont de la mouvance Vocaloid, mais l’énergie intense que peuvent prendre parfois les morceaux de Zuttomayo m’intéresse beaucoup plus que ce que compose Yoasobi. En écoutant par-ci par-là sur YouTube les morceaux de Zuttomayo, tous ne m’intéressent pas, mais je découvre tout de même certains morceaux que j’aime vraiment beaucoup sur les deux albums du groupe. Sur le premier album Hisohiso Banashi (潜潜話) sorti en Octobre 2019, il y a Kansaete Kuyashiiwa (勘冴えて悔しいわ) que j’écoute en fait déjà depuis quelque temps, puis Humanoid (ヒューマノイド) et Byōshin wo kamu (秒針を噛む). La suite extrêmement rapide de sons électroniques sur Humanoid me fait penser au math-rock mais en version electro. Sur le deuxième album Gusare (ぐされ) sorti en Février 2021, j’aime beaucoup Study me (お勉強しといてよ) et MILABO. En les écoutant maintenant, je me rends compte qu’on me les avait déjà recommandé dans les commentaires d’un billet précédent mais je n’avais à cette époque pas complètement accroché. Comme quoi, apprécier certaines musiques dépend beaucoup de la situation psychologique dans laquelle on se trouve. Et j’en conclus par conséquent que mes conseils musicaux continuels sur ce blog ne peuvent que rarement trouver un écho auprès de mon auditoire. C’est la même chose en fait pour moi mais les conseils que je peux lire des autres font parfois mouche. J’y reviendrais très certainement dans un prochain billet. Pour revenir à Zuttomayo, je suis en fait surpris par la qualité musicale de l’ensemble et par la densité instrumentale qu’on y trouve, notamment sur ces deux morceaux du deuxième album. C’est exactement ce que j’avais apprécié dans le concert du Fuji Rock. Il y a également le mélange de fragilité et de force dans la voix d’ACAね (ACA-Ne). Je ressens une passion certaine dans le ton de voix qu’elle emploie régulièrement dans son chant. ACAね écrit les paroles et les musiques de la plupart des morceaux. Comme je le mentionnais, elle me montre pas son visage comme les autres membres du groupe d’ailleurs. Mais il n’est pas très difficile de le découvrir sur internet. Je n’ai pas l’impression qu’elle se protège autant qu’Ado par exemple. Le groupe utilise en fait une identité visuelle changeante faite de personnages animés comme celui ci-dessus tiré de la vidéo du morceau Kansaete Kuyashiiwa (勘冴えて悔しいわ). Un illustrateur et animateur appelé sakiyama dessine cette identité visuelle mais d’autres illustrateurs interviennent également sur d’autres vidéos comme Waboku sur Byōshin wo kamu (秒針を噛む) ou MILABO. Sur le morceau Study me (お勉強しといてよ), l’illustration et l’animation sont assurés par Hanabushi (はなぶし) et Yotsube (ヨツベ). J’ai souvent associé le personnage de cette vidéo aux yeux un peu endormis à l’interprète ACAね, mais elle ne lui ressemble en fait pas trop.

祭りがない間に

Je continue tranquillement mais plus intensément ces deux derniers jours, comme vous l’aurez peut-être remarqué, l’alternance entre les photographies prises pendant quelques journées d’été en dehors de Tokyo et d’autres journées du même été dans le centre de Tokyo. Dans l’ordre de bas en haut: la façade arrière grillagée avec des formes de fleurs du Department Store PARCO d’Ueno, un graffiti bleu montrant un animal ressemblant à une pieuvre sur une avenue de Meguro mais on en trouve des similaires dans d’autres quartiers, la tour Octagon avec des yeux noirs de créatures maritimes par l’architecte Shin Takamatsu, une grande fresque intitulée Art in The Park par l’artiste Shun Sudo autour du Ginza Sony Park (銀座ソニーパーク), des constructions d’immeubles au niveau de la sortie Sud de la gare de Shibuya et les formes blanches réminiscentes de l’ancienne gare de Shibuya situées sur la grande passerelle reliant la gare à la tour Shibuya Stream que l’on peut traverser comme un coup de vent. Ces photographies ne sont pas prises lors des mêmes journées. Ce sont des photographies que je n’ai pas pu intégrer dans d’autres séries déjà publiées pour des raisons qui peuvent être, même pour moi, assez floues. Le choix des photographies que je retiendrais dans une série relève souvent d’un ressenti qui n’a pas toujours d’explications très logiques.

Suite à un concours de circonstances, je me retrouve avec un billet en main pour aller voir l’entrainement de l’équipe de football masculine du Paris Saint Germain au stade Chichibu no Miya à Kita Aoyama. Je ne suis pas particulièrement fanatique de football ni du PSG en particulier, mais j’étais tout à fait partant pour aller voir les stars Kylian Mbappé, Lionel Messi et Neymar toucher le ballon sous la chaleur tokyoïte. Le PSG était en fait pendant quelques journées du mois de Juillet en tournée japonaise pour disputer trois matches contre des équipes japonaises dont les Urawa Reds de Saitama, une équipe de Kawasaki et une autre d’Osaka. La photo ci-dessus est prise avant le début de l’entrainement et on constate que le stade est plein. Je n’ai malheureusement pas de photos montrant les joueurs stars car mon zoom ne permettait pas de bien saisir les joueurs. Le fan club japonais du PSG était également présent dans les tribunes. J’étais d’abord surpris d’apprendre l’existence d’un fan club au Japon mais pourquoi pas après tout, on trouve bien à Tokyo plusieurs magasins vendant des t-shirts et autres vêtements aux couleurs du club. Le moment le plus intéressant pour moi, néophyte que je suis, était de constater la vitesse de course de Mbappé. Je n’ai pas beaucoup vu Messi sur le terrain, peut-être parce qu’il s’entraînait plutôt de l’autre côté des tribunes où je me trouvais, mais j’ai vu Neymar particulièrement actif. Le moment le plus amusant était à la toute fin quand quelques enfants tentaient chacun à leur tour une échappée sur le terrain pour faire signer leur maillot par un des joueurs, avant de se faire gentiment rattraper par les personnes de la sécurité. Tout ceci était bon enfant et particulièrement rare, à mon avis, au Japon. Mais parfois, les passions sont plus fortes que tout et j’imagine bien les pères de ces enfants les pousser gentiment à enfreindre les règles pour courir à toute vitesse sur le terrain pour une signature. Je les ai envié pendant quelques instants, car rien que le fait de courir sur ce terrain doit être un plaisir en soit.

J’aime énormément et par dessus tout les découvertes musicales inattendues. Je connais la compositrice et interprète Reol depuis un petit moment et j’ai plusieurs fois essayé d’écouter ses morceaux sans y trouver une accroche. Je tente une nouvelle fois ma chance avec son nouveau morceau sorti il y a 10 jours, Aogeya Tōtoshi (煽げや尊し) et son énergie me surprend tout de suite beaucoup. Ce morceau est une excellente surprise notamment le refrain très accrocheur par sa manière de chanter très marquée. Ce morceau est comme un matsuri et ce sont certainement les danses qui accompagnent la vidéo prise en grande partie dans un bain sento de Chiba qui me font penser ça. Il y a également les « Sore Sore » qui agrémentent par moment les paroles, une référence au Mikoshi et au Hyakki Yagyō (百鬼夜行) et une certaine intonation occasionnelle de voix de Reol me rappelant cette ambiance de matsuri. Le morceau a déjà largement dépassé le million de vues sur YouTube et ça ne m’étonne pas du tout tant l’énergie positive qui s’en dégage est communicative. Du coup, je m’en vais écouter quelques uns de ses morceaux récents, ce qui tombe très bien car je suis plutôt en ce moment dans une période musicale un peu éloignée du rock alternatif. Et mentionner le Hyakki Yagyō me rappelle qu’il faut que j’aille voir l’exposition de Shigeru Mizuki à Roppongi Hills avant qu’elle ne se termine le 4 Septembre 2022.

Shibaura no Kenban

L’objectif de ma visite mentionnée dans mon billet d’hier était de visiter un ancien grand bâtiment de bois rénové pour devenir le Minato City Center for Traditional Culture à Shibaura. Le bâtiment original a été construit en 1936 et servait de Kenban, c’est à dire de bureau d’affectation pour les geisha de ce quartier de Shibaura. A partir de 1945, après l’évacuation de ces professions artistiques de Shibaura pendant la seconde guerre mondiale, le bâtiment est devenu un logement pour les travailleurs du port tout proche. Il prendra le nom de Kyodo-Kaidan jusqu’à sa fermeture en 2000. Le bâtiment restera fermé pendant de nombreuses années jusqu’au début des travaux de rénovation en 2017. La rénovation prendra 3 ans pour s’achever en 2020 et devenir le centre culturel actuel. On trouve à l’intérieur une petite salle d’exposition dédiée au changements successifs du quartier de Shibaura gagné sur la mer. On peut également visiter la grande salle à l’étage qui doit servir pour des spectacles et autres représentations culturelles. Je montre quelques photos de l’intérieur sur mon compte Instagram. Une vidéo nous montre également le travail de rénovation du bâtiment. On apprend d’ailleurs qu’il a été déplacé de quelques mètres du site initial, sans démonter la structure.

Mes nouvelles découvertes musicales sont plus lentes en ce moment mais j’en parlerais certainement un peu plus dans des prochains billets. Je suis en tout cas fortement impressionné par le nouveau morceau de Noah intitulé gemini – mysterious lot qui sortira sur son nouvel album Noire à la fin du mois d’Août. La voix parlée de Noah dans une langue qui n’est pas compréhensible clairement se mélange à une boucle électronique entêtante et à des nappes vaporeuses. Cette musique a quelque chose de magique et invite à l’introspection. L’idée d’y mettre un beat continuel et quelques autres rythmiques est particulièrement brillante. On aimerait que le morceau ne s’arrête jamais. Il pourrait en fait continuer sans cesse car il n’y a pas de refrain ou de moments différenciés à l’intérieur, seulement une longue trame qui se répète. Je suis Noah depuis quelques temps et j’aime beaucoup la direction qu’elle poursuit depuis son EP Étoile dont j’avais déjà parlé ici.

Même si je n’en parle pas systématiquement, je continue à mettre à jour la playlist musicale sur YouTube avec une sélection de morceaux que j’apprécie, liste qui commence à être particulièrement longue d’ailleurs. Et puisqu’on parle des liens situés en haut de ce blog, j’ai remis celui de l’Enquête pour les visiteurs de Made in Tokyo. Je l’avais enlevé suite à un spam et je referais certainement de même si ça se reproduit. Pour ceux et celles qui visitent et apprécient ce blog, je vous invite grandement à répondre aux quelques questions qui me permettront d’un peu mieux connaître mes visiteurs habitués ou occasionnels.

TRAIN-TRAIN

Le titre de ce billet m’est inspiré par le titre d’un morceau du groupe rock japonais The Blue Hearts. Ce titre me vient en tête alors que j’aperçois le Tokyo Monorail passer au dessus de ma tête et que je m’empresse de le prendre en photo avant qu’il ne disparaisse derrière les buildings comme un serpent s’échapperait derrière un rocher. Je n’ai que très peu d’intérêt pour la musique de The Blue Hearts bien que j’ai souvent chanté en groupe au karaoke le morceau Linda Linda (je parle souvent de karaoke ces derniers temps alors que je n’y suis pas allé depuis une éternité). Nous sommes ici dans le quartier gagné sur la mer de Shibaura. J’étais venu jusque là pour voir une ancienne maison rénovée il y a quelques années, et que j’ai déjà montré sur mon compte Instagram. J’en parlerais un peu plus tard dans un prochain billet. Je suis à pieds le canal Shinshiba (je ne savais pas que les nombreux canaux de Tokyo avaient des noms) sur quelques mètres avant de bifurquer sur la route 15 après la station de Tamachi. Marcher en direction de Sengakuji m’amène jusqu’à la station de Takanawa Gateway conçue par Kengo Kuma. Le rez-de-chaussée a l’air d’être en construction, ce qui est plutôt étrange vu que la station est très récente. Tout le quartier est en fait en plein redéveloppement sous le nom de projet de Tokyo Yard. La compagnie JR East a annoncé en Avril de cette année les grandes lignes du projet. Cinq buildings dont quatre tours (comme si on en manquait) pousseront sur ces espaces. Un des buildings sera dessiné par Kengo Kuma (décidément) et sera un centre culturel sous le nom de Cultural Creation Building. Les formes de ce bâtiment en particulier semblent très intéressantes.

Le titre de ce billet me revient aussi en tête car j’ai vu dernièrement sur Netflix un film japonais intitulé Alps Stand no Hashi no Kata (アルプススタンドのはしの方) dans lequel ce morceau était joué plusieurs fois par une fanfare de supporters lors d’un match de baseball de lycéens (Koshien), pour encourager le joueur vedette d’une des équipes. Il s’agit d’un film assez court de 1h15 réalisé par Hideo Jōjō (城定秀夫) et adapté d’une pièce de théâtre primée. Le film se passe dans un lieu unique, les stands d’un stade de baseball, dans lequel des lycéens viennent encourager leur équipe, un peu obligés d’ailleurs par le personnel du lycée. C’est le cas des deux protagonistes principales Yasuda (interprétée par Rina Ono) et Tamiya (Marin Nishimoto), membres du club de théâtre et plutôt néophytes quant aux règles du baseball. Un ancien membre de l’équipe de baseball, Fujino (Amon Hirai), vient s’asseoir à côté d’elles et une discussion se met en place, révélant les rapports parfois compliqués entre les élèves. L’histoire est simple et nous ramène aux émotions de la fin de l’adolescence. Tout l’interêt du film, qu’il serait difficile de vraiment résumer, vient du talent des jeunes actrices et acteur et du fait que le film ne nous laisse pas deviner le déroulement de l’histoire. On se laisse simplement entraîner dans ces discussions, dans ces moments de malaises parfois et dans ces petites histoires d’amour qui se révèlent ou qu’on imagine se révéleront peut-être un jour. Je ne connaissais pas le réalisateur ni les jeunes acteurs et actrices de ce film sorti en 2020, mais c’est une belle découverte.

J’ai aussi beaucoup apprécié le film Kazane (累) du réalisateur Yuichi Satō (佐藤祐市), inspiré d’un manga du même nom. Ce film sorti en 2018 est centré sur deux comédiennes jouées par Tao Tsuchiya et Kyokō Yoshine dont l’agent est interprété par Tadanobu Asano. L’histoire fait intervenir du fantastique. Kazane (interprétée par Kyokō Yoshine) est une excellente actrice mais a malheureusement le visage balafré d’une horrible cicatrice, tandis que Nina Tanzawa a la beauté pour elle mais se révèle être une actrice sans grande envergure. Un étrange rouge à lèvres légué peu avant sa mort par la mère de Kazane, également actrice exceptionnelle, a le pouvoir d’interchanger les apparences lorsque les personnes s’embrassent. Commence alors un jeu de manipulation, orchestré par l’agent (Tadanobu Asano), pour faire en sorte que le talent de Kazane s’additionne à la beauté de Nina dans le but de décrocher des rôles rappelant le prestige passé de la mère de Kazane. Ce jeu fonctionne un temps mais tout se complique forcément et rien ne se déroule comme prévu. Pour apprécier le film, il faut accepter le parti pris du fantastique qui peut surprendre aux premiers abords, mais les actrices Tao Tsuchiya et Kyokō Yoshine, ainsi que Tadanobu Asano, sont très convaincants dans leurs rôles respectifs. Je ne connaissais pas du tout l’actrice Kyokō Yoshine, par contre Tao Tsuchiya est plus souvent présente dans les médias, notamment dans des publicités. Je ne soupçonnais pas qu’elle avait cette capacité de jeu. Quand à Tadanobu Asano, c’est un acteur reconnu et je me souviens très bien de son rôle de tueur dans le film complètement cinglé Koroshiya 1 (殺し屋1) de Takashi Miike (三池崇史), dont j’avais déjà parlé sur ce blog.

Le film suivant, Hoshi no Ko (星の子), était également une agréable surprise. Le film sorti en 2020 est réalisé par Tatsushi Ōmori (大森立嗣) et fait intervenir la jeune actrice Mana Ashida. Elle est célèbre au Japon depuis son plus jeune âge suite à une chanson pour enfants qui a eu beaucoup de succès et qu’elle chantait en dansant avec le petit garçon Fuku Suzuki. Elle a fait du chemin depuis et je la trouve très convaincante dans ce rôle. A vrai dire, je ne l’avais d’abord pas vraiment reconnue même si son visage m’était tout de suite familier. Elle interprète Chihiro, une collégienne un peu rêveuse prise d’un amour platonique pour son jeune professeur. Mais l’histoire ne se passe pas principalement là. Lorsqu’elle était bébé, Chihiro avait une maladie qui ressemble beaucoup à l’écran à de l’eczéma. Les parents, très inquiets et aimants, se voient conseillés par un collègue du bureau du père d’appliquer une eau aux vertus miraculeuses. Les parents se retrouvent embarqués dans une secte religieuse, fournissant cette fameuse eau qui guérit. La croyance qui leur accapare l’esprit les incitent à s’imbiber en permanence de cette eau, qu’ils pensent capable de leur éviter toutes maladies, en portant une serviette mouillée sur la tête. La soeur de Chihiro (interprétée par Aju Makita) ne supporte plus cette situation et quitte rapidement le foyer familial. Chihiro se trouve seule devant un dilemme alors qu’elle réalise petit à petit la situation de ses parents. Elle n’est pas dupe et est consciente de ce qui se passe, mais n’entend pas pour autant abandonner ses parents à leur sort, même s’ils ne semblent pas malheureux du tout. Le problème des sectes et du lavage de cerveaux qui en découle, abordé dans ce film, est bien réel au Japon et revient même sur le devant de la scène avec l’actualité récente. Cette histoire est touchante car elle ne surjoue pas le pathos. Le jeu de Mana Ashida est d’ailleurs en ce sens très subtil.

Le dernier film japonais que j’ai vu dernièrement ne joue pas, par contre, dans la finesse. Il s’agit du film Real Onigokko (リアル鬼ごっこ) du réalisateur Shion Sono (園子温). Je ne sais pas vraiment pour quelle raison je reviens sans cesse vers les films de ce réalisateur. J’avais en fait beaucoup aimé le film Himizu (ヒミズ) avec Fumi Nikaido, et je ne désespère pas de trouver un autre film avec des émotions aussi fortes que je pourrais également apprécier. Le problème de Shion Sono est qu’il tombe rapidement dans l’excès malgré des idées de départ intéressantes. C’était le cas du film Love Exposure, et c’est aussi le cas de ce film là sorti en 2015. Il est par contre relativement court (1h25), par rapport à des films comme Love Exposure, ce qui est de meilleure augure. J’étais en fait intrigué de voir l’actrice Reina Torindoru joué le rôle principal de cette histoire car son image de talento à la télévision japonaise ne correspond pas du tout à celle des films de Shion Sono. Comme le titre nous l’apprend, l’histoire du film prend la forme d’une course effrénée contre des démons qui viennent poursuivre inlassablement trois lycéennes: Mitsuko (interprétée par Reina Torindoru), Keiko (Mariko Shinoda) et Izumi (Erina Mano). Pour donner une idée de l’ambiance du film, la première scène prend place dans un bus scolaire amenant les lycéennes pour ce qu’on imagine être un voyage scolaire. Un des démons du titre prend la forme d’un vent soudain et puissant qui vient découper en deux le bus et par conséquent toutes les personnes qui y étaient assises, sauf Mitsuko qui a eu le bonheur de se pencher à ce moment précis pour ramasser son stylo. Effrayée par cette scène dans laquelle toutes ses amies sont découpées en deux, elle s’enfuit continuellement, poursuivie par ce vent mystérieux. Elle finit par rejoindre son école où se trouvent toutes ses amies, comme s’il s’agissait d’un mauvais rêve. La course poursuite continue ensuite et n’hésite pas à faire intervenir le mauvais goût que l’on trouve régulièrement chez ce réalisateur. On reste cependant intrigué par cette histoire des plus étranges. J’ai failli arrêter en route mais ma curiosité a été plus forte. Ce n’est pas une film que je conseillerais aux âmes sensibles. Il y a des idées intéressantes, comme souvent chez Sono, si seulement il arrivait à mieux les canaliser pour éviter de tomber dans l’excès. Le film n’a cependant rien d’irregardable, malgré la scène du bus mentionnée au début car on se trouve d’entrée de jeu dans le domaine du fantastique.