between the skies

Le ciel nuageux prend parfois le dessus sur le paysage urbain. Sur cette série photographique, je mélange volontairement ces nuages avec les fils électriques qui tanguent au dessus des petites rues. Il serait bien dommage que ces fils électriques disparaissent complètement du paysage, car ils font part intégrante de l’environment urbain. Au milieu de ces câbles qui font des noeuds, une petite maison aux lignes obliques conçue par l’Atelier Tekuto. J’adore cette maison de béton et ses grandes baies vitrées qui reflètent le ciel se trouvant autour sur les autres photographies. Cette position centrale entre les ciels est volontaire, comme s’il s’agissait d’un centre ouvrant une porte sur un autre monde intérieur. Ces lignes électriques me rappellent aussi l’association que j’en avais fait avec des kanji il y à longtemps. Les traits des kanji se mélangeaient avec les fils électriques et semblaient flotter dans les airs.

Les ciels nuageux des photographies ci-dessus me rappellent celui, certes plus cosmique, de la couverture du dernier album de Minakekke intitulé Memorabilia. Le titre de cet album reprend celui du huitième morceau déjà sorti en single et dont j’avais déjà parlé. Ce single était déjà très bon, mais pas aussi sublime que l’album dans son intégralité et en particulier les cinq premiers morceaux. Minakekke fait évoluer légèrement son style depuis le EP Oblivion mais ses envolées de voix maintiennent un esprit similaire empreint de mélancolie. Je réécoute d’ailleurs cet EP Oblivion en écrivant ces lignes, ce qui me fait dire que Minakekke est vraiment une artiste malheureusement trop méconnue. Comme le morceau Luminous sur le EP Oblivion, le morceau Butterfly sur Memorabilia nous fait tout de suite rentrer dans cet album aux atmosphères sombres. On ressent son chant comme une complainte, mais sans résignation tant elle mène ses morceaux sans temps morts. On ressent une passion qui transparait dans sa voix jusqu’à la faire trembler par moment (sur un morceau comme Bones). L’émotion qui s’en dégage est pour sûr très forte. Musicalement, c’est aussi très dense, avec des ambiances parfois proches du gothique de The Cure. Et je me mets maintenant à réécouter le chef d’oeuvre qu’est Disintegration.

special in you

Je réutilise ces derniers temps mon objectif fixe de 40mm qui me ramène au plus près des choses, par rapport à mon objectif zoom habituel que j’utilise principalement en grand angle. Cet objectif m’amène à prendre des photographies différentes bien que cette différence ne soit pas non plus fondamentale. C’est plus difficile de faire des photos d’ensemble d’architecture à moins de beaucoup s’éloigner pour avoir assez de recul, donc je me concentre plutôt sur le détail des formes. Cet objectif me pousse donc vers l’abstraction, et c’est assez rafraîchissant de parcourir les rues connues de Shibuya avec ce nouvel œil. Cet objectif me rapproche aussi des murs et j’aime beaucoup prendre en photo les graffitis et autocollants, parfois cachés derrière un panneau de signalisation, parfois condensés sur la petite surface latérale d’un distributeur automatique de boissons, parfois maîtrisés à l’intérieur d’une vitrine de magasin. Je reconnais parfois sur ces stickers des personnages connus ou des visages qui se répètent. Parmi cette foule immobile, je reconnais le visage d’Utaha de Wednesday Campanella sur un des écrans vidéo posés devant le grand magasin PARCO. Je tourne souvent autour de ce grand magasin pour ensuite aller en direction du vendeur de disques Disk Union, mais je rentre rarement à l’intérieur. Il y a pourtant une galerie d’art que je ne connais pas encore. Nous allons beaucoup moins souvent voir des expositions en ce moment et ça commence à me manquer un peu.

Musicalement parlant, outre les morceaux Matsuri de Fujii Kaze, Plateau de Sakanaction et la nouvelle version de Shiseikatsu de Tokyo Jihen que je mentionnais dans mon billet précédent, j’écoute également beaucoup d’autres belles choses, dont les quatre morceaux ci-dessous. Pour revenir à Wednesday Campanella que j’évoquais un peu plus haut, je suis très attentif à leurs nouvelles sorties de singles depuis l’arrivée d’Utaha dans le groupe. J’aime beaucoup le dernier en date s’intitulant Orihime (織姫). Cette nouvelle formation de Wednesday Campanella fait un sans-faute pour le moment, car chaque nouveau morceau est très accrocheur et révèle un peu plus le chant d’Utaha. Côté arrangement musicaux, le style ne diverge pas beaucoup du Wednesday Campanella de l’époque de KOM_I. La manière de chanter d’Utaha prend par contre, petit à petit, des distances avec celui de KOM_I et c’est une bonne chose. Ce morceau Orihime sera le premier du futur album de 8 titres intitulé Neon qui sortira le 25 Mai 2022. On connaît déjà la moitié des autres morceaux de cet album, à savoir les morceaux Edison, Maneki Neko, Alice et Buckingham.

Dans ma playlist actuelle, j’inclus également un nouveau morceau d’Utada Hikaru en duo avec un certain Warren Hue, que je ne connaissais pas. Warren Hue est un rappeur d’origine indonésienne, ayant déjà collaboré avec d’autres artistes japonais comme le groupe Atarashii Gakko que je mentionnais il y a quelques temps pour un morceau appelé Freaks. Ce nouveau morceau d’Utada Hikaru est sorti à la suite du festival californien de Coachella qui s’est déroulé sur deux week-ends les 15-17 et 22-24 Avril. Le festival était retransmis en live gratuitement sur trois canaux YouTube et j’ai regardé plusieurs concerts dont celui intitulé 88rising Heads in The Clouds Forever. 88rising est une agence musicale américaine mettant en avant des artistes en provenance d’Asie ou américains d’origine asiatique. Je ne pense pas qu’Utada Hikaru soit affiliée à cette agence mais elle faisait partie du set sur l’impressionnante scène principale du festival. Elle n’a chanté que pendant une petite dizaine de minutes un medley de plusieurs morceaux plus ou moins récents. Le set contenait bien entendu Face your Fears car ce morceau est connu mondialement grâce au jeu vidéo Kingdom Hearts, mais également à ma grande surprise son premier single Automatic. Sur scène, on sentait qu’elle avait un certain trac, ce qui peut se comprendre devant une foule pareille qui pour beaucoup devait l’entendre pour la première fois. Ses appels au public étaient par conséquent un peu timides et j’ai trouvé sa prestation assez moyenne dans l’ensemble, moins bonne que ce que j’avais pu voir sur Netflix pour son concert Laughter in the Dark de 2018. Utada Hikaru n’était pas la seule artiste japonaise présente à Coachella, car Kyary Pamyu Pamyu s’y produisait également sur une scène plus petite. La popularité de KPP à l’étranger m’impressionnera toujours. Pour revenir à ce nouveau morceau s’intitulant simplement T sorti dans la foulée de Coachella, j’aime beaucoup son ambiance lente auquel j’associe dans ma tête en l’écoutant des images rêvées d’une soirée estivale californienne. Ce morceau chanté en anglais par Utada et Warren Hue à quelque chose de paisible et d’apaisant.

Zombie-Chang va également bientôt sortir un nouvel album le 11 Mai 2022. Il s’intitulera Stress de Stress. Je ne suis pas avec beaucoup d’attention le parcours musical de Meirin de Zombie-Chang mais je trouve régulièrement dans sa discographie des morceaux intéressants qui me plaisent beaucoup. C’est le cas du single Granny Square déjà sorti en Novembre 2021, mais qui sera présent sur son nouvel album. Comme souvent chez Zombie-Chang, les morceaux qu’elle écrit ont beaucoup d’humour. Elle s’est lancée depuis quelques temps dans le tricot de vêtements qu’elle porte ensuite, et les paroles de Granny Square reprend le vocabulaire de ce domaine, par exemple « double crochet », mélangées à des sons électroniques imprévisibles. J’ai eu envie de réécouter la musique de Zombie-Chang après être tombé par hasard sur un InstaLive de Meirin nous présentant la version limitée très surprenante de son dernier album (elle a beaucoup d’humour, c’est sûr).

Le quatrième et dernier morceau de cette petite playlist est d’une artiste Hip-hop appelée Ame to Kanmuri (あめとかんむり) que je ne connaissais pas du tout. Le morceau s’intitulant Lie Night est présent sur son unique album Nou sorti en Décembre 2018. Je ne sais plus par quelle magie d’internet je ne le découvre que maintenant, mais j’aime vraiment beaucoup sa voix très marquée. On croirait même qu’elle force volontairement le trait mais ça fonctionne très bien sur ce morceau mélangé avec des sons électroniques. Je reviens un peu plus vers le hip-hop ces derniers temps en continuant également la découverte du dernier album d’Awich avec le très bon morceau Link Up (feat. KEIJU, ¥ellow Bucks), certes moins puissant que le morceau titre de l’album, Queendom, que j’avais évoqué auparavant. J’ai encore beaucoup d’autres morceaux et albums à évoquer dans des prochains billets. Alors que je me concentrais ces dernières semaines sur l’écriture de mes billets sur notre voyage à Nagano et sur les cerisiers en fleurs, j’ai pris un peu de retard pour présenter ici la musique que j’aime.

oublier les cerisiers (6)

Je termine cette série en six épisodes sur les cerisiers en fleurs. Ils se font plus rares au fur et à mesure que l’on avance dans cette série. Nous sommes sur les trois premières photographies à Ikejiri Ohashi, sur le toit en pente de la jonction d’autoroutes métropolitaines. Un jardin en hauteur appelé Meguro Sky Garden (目黒天空庭園) couvre le toit. J’avais déjà parlé et montré ce jardin dans le ciel dans un billet de Juillet 2017. Il n’y avait pas grand monde dans ce parc à cette époque et j’en parlais comme d’un jardin secret. Il n’a plus grand chose de secret maintenant. À proximité de la jonction, une illustration déchirée posée sur les portes noires coulissantes d’un garage me rappelle le visage de David Bowie. Le vieux bâtiment juste à côté porte le nom de Warszawa, alors je me dis qu’il doit bien s’agir de Bowie, en référence au morceau de son album Low de 1977. Je réécoute du coup ce morceau et mon préféré de cet album, Subterraneans, à la beauté que je qualifierais d’extra-terrestre. Warszawa est en fait un espace de galerie disponible à la location pour des expositions. Et la Golden Week touche déjà presque à sa fin, me donnant encore un bon paquet de nouvelles photos à montrer sur Made in Tokyo, le beau temps de ces derniers jours nous ayant encouragé à sortir de Tokyo…

oublier les cerisiers (5)

Les deux premières photographies de cerisiers en fleurs ne sont pas prises dans un lieu particulièrement connu pour le hanami, mais dans une rue quelconque de Mita. Les résidences de cette rue sont d’un autre âge et le seul intérêt visble de cette rue vient des cerisiers qui la bordent. Les cinquième, sixième et septième photos reviennent vers Shibuya en pleine re-construction près de la partie Sud de la gare. Les tours commencent petit à petit à sortir de terre. Je passe volontairement et régulièrement par cette petite rue rendue piétonne longeant la voie ferrée pour constater de l’évolution du décor urbain. Cette rue piétonne parmi les constructions débouche sur la rue en pente Sakurazaka. Des groupes de personnes posent devant des lampions estampillés des noms des entreprises alentours. Sur un des murs blancs temporaires autour des constructions, je remarque une affichette pour la police nationale. Les yeux violets du major Motoko Kusanagi nous surveillent mais je n’ai pas encore vu de tachikoma dans les rues.

oublier les cerisiers (4)

Les cerisiers en fleurs sont ici ceux du parc Tako à Ebisu et de l’avenue Meiji au niveau du passage surélevé pour piétons de Shibuyabashi. Je prends en photo tous les ans les cerisiers en fleurs de l’avenue Meiji, car c’est un des plus bels endroits de Tokyo. Ils sont particulièrement denses entre Shibuyabashi et Tengenjibashi, et formeraient presque un tunnel si on étirait les branches un peu de chaque côté. Les autres photos de ce billet s’éloignent des sakura, car il faut bien les oublier progressivement, et s’attardent sur ce qui attire mon regard dans les rues encombrées de Shibuya et d’Ebisu: une mosaïque de l’artiste Invader, une affiche d’une statue de Bouddha pour une exposition dédiée à Nara, une moto Kawasaki vintage en rouge et noir, un magasin de disques vinyles appelé Ultra Shibuya avec une enseigne rétro-futuriste en néon et une affiche du groupe Kinoko Hotel (que je n’ai pas encore écouté mais qui m’intrigue depuis quelques temps) posée sur la baie vitrée. J’observe également beaucoup l’évolution des graffitis de rue, et j’aperçois récemment ceux du groupe appelé « Tokyo Zombie Crew« , qui me rappellent un peu le « Tokyo is yours » qu’on a aussi beaucoup vu dans les rues de Tokyo. On ne trouve bien entendu que peu d’informations sur ces grapheurs même si certains sites web essaient de les répertorier.