爆発サイレント

Je n’avais pas fait de superposition d’images depuis longtemps et l’envie me revient subitement en revoyant la photographie que j’ai pris récemment du dôme blanchâtre souterrain de Tadao Ando pour la station de Shibuya de la ligne Fukutoshin. Cette vaste surface unie me fait penser à l’image d’explosion silencieuse que l’on peut voir au tout début du film d’animation Akira de Katsuhiro Otomo. Le paysage urbain y est ensuite ébloui par l’éclat d’une lumière forte qui emporte tout. Dans Akira, on remarque bien entendu la puissance musicale de la bande originale du collectif Geinō Yamashirogumi, mais je me souviens avoir été également très impressionné par ces moments de silence, lorsque j’avais vu ce film pour la première fois dans une salle de cinéma. Il ne faut pas que j’oublie la force du silence.

Lorsque je suis passé à Shinjuku il y a deux semaines, ce qui était le sujet photographique de mon billet précédent, je suis passé faire un tour volontaire au Tower Records situé dans les derniers étages du Department Store Lumine tout près de la sortie Sud de la gare. Il est plus petit que l’immense Tower Records de Shibuya, auquel je vais plus régulièrement, parfois seulement pour y faire un tour voir quels sont les artistes mis en avant. Je voulais en fait revoir le poster de Sheena Ringo marqué « 新宿ハタチ。 » (Shinjuku 20 ans.) qui est affiché à l’intérieur du magasin. Juste en dessous est placée une écriture lisant « ここは新宿です » (Ici, c’est Shinjuku) avec le petit signe de pomme coupée en deux et le ‘merci’ écrit en français, désormais caractéristique de sa signature et remplaçant le ’S’ pour サディスト(Sadiste) sur lequel pousse une petite plante, qu’on pouvait voir à ses débuts. La petite plante est peut être devenue pommier pour donner la pomme actuelle. J’y pense en ce sens car la notion de croissance est plusieurs fois évoquée dans ses noms de groupes ou d’albums. Du fait qu’elle a abandonné le lycée en cours de route en Mars 1996 et qu’elle n’est donc pas allée à l’université, elle mentionne souvent le fait d’apprendre par elle-même en autodidacte, en lisant des dictionnaires par exemple, ou d’apprendre sur elle-même pour s’améliorer comme personne. C’est pour cela que j’y vois là une notion continuelle de croissance, bien qu’il s’agisse purement de mon interprétation. Je repense aussi à son intervention vers le public lors du concert Tōtaikai lorsqu’elle évoquait le nom du hall Orchard du Bunkamura de Shibuya, qui veut dire verger. Elle disait que ce nom de lieu était très adapté (ぴったりですよね) avec un petit sourire de contentement, sans que le public réagisse vraiment. Je ne sais pas exactement ce qu’elle voulait dire, à part le fait qu’on peut trouver des pommes dans un verger, mais je ne peux m’empêcher de penser qu’un verger, étant un lieu où les plantes poussent, est aussi un lieu de croissance (発育). Le poster date de 1998 pour ses vingt ans de carrière. Il existe une version de cette photo avec Miyamoto Hiroji de Elephant Kashimashi à l’occasion de la sortie du single Kemono Yuku Hosomichi (獣ゆく細道) le 2 Octobre 1998. Pour ce single, Sheena avait repris le kimono, ce qui rappelle l’époque de KSK et de la tournée Sugoroku Ecstasy dont je vais parler ensuite. Sur cette photographie, les trois petits points écrits à la main nous laisse comprendre qu’elle reste silencieuse, mais son regard nous fait comprendre qu’il s’agit plutôt d’une explosion silencieuse. L’écriture-autographe placée dessous date de l’année dernière, du 14 Novembre 2019 pour être exact, ce qui correspond à la sortie le jour d’avant de son premier best-of intitulé Newton no Ringo (ニュートンの林檎). La pomme dessinée est tranchée en deux pour nous montrer ses entrailles. On retrouve un dessin similaire de pomme coupée en bas du kimono qu’elle porte pendant la tournée Sugoroku Ecstasy. Cette représentation me laisse à penser qu’elle se montre à vif, du moins pendant ses interprétations scéniques.

Il y a apparemment une relation particulière entre le Tower Records de Shinjuku et Sheena Ringo, mais je n’en connais pas la raison exacte, à part le fait que le magasin se trouve à Shinjuku et que Sheena décrivait elle-même à ses débuts son style comme étant Shinjuku-kei, en opposition au Shibuya-kei qui était à son apogée dans les années 90 (et qui est bien heureusement mort et enterré maintenant). Elle a bien fait un mini-concert dans un Tower Records à ses débuts, mais c’était celui de Shibuya, le 20 Juin 1999. Toujours est-il que le Tower Records de Shinjuku est très extensif à son sujet. Dans le rayon CD où on trouve ses albums, on peut y voir un petit écriteau fait mains lui souhaitant un bon anniversaire pour ses 42 ans le 25 Novembre 2020. On y trouve également une cartographie assez intéressante que j’ai pris en photo ci-dessus. Au Japon, on trouve encore ce genre de présentoirs ‘analogiques’ qu’on croirait créé par des fans. La carte nous donne une vue, qui peut être incomplète nous dit-on, des liens existants entre Sheena Ringo et d’autres artistes. Sheena étant au centre, on trouve bien entendu les membres passés et présents de Tokyo Jihen tout autour, notamment Hiizumi Masayuki, sous le nom de H Zett M au sein de son groupe Hzettrio, et Kameda Seji et ses activités de producteur pour d’autres groupes en plus d’être bassiste de Tokyo Jihen. Le batteur Midorin et la formation SOIL & ‘PIMP’ Sessions sont également présents pour plusieurs collaborations sur des morceaux comme My Foolish Heart ou Koroshiya Kikiippatsu (殺し屋危機一髪). Asai Kenichi et Blankey Jet City apparaîssent bien entendu (sur la partie gauche) avec l’extrait des paroles de Marunouchi Sadistic. La danseuse Aya Sato et le danseur Mikey du groupe Tokyo GeGeGei, mentionnés sous le nom de Darkside police, apparaissent dans la vidéo du morceau Kōzen no Himitsu (公然の秘密). Aya Sato était également présente dans la superbe vidéo de Niwatori to Hebi to Buta (鶏と蛇と豚) de l’album Sandokushi et je prédis qu’elle apparaîtra encore dans d’autres vidéos. Utada Hikaru et Sheena sont liées par le fait qu’elles étaient toutes les deux sous le même label EMI Music Japan, ce qui a forcément rendu plus facile leurs nombreuses collaborations (trois morceaux en duo) et ce qui leur donne le nom de EMI Girls. Mummy-D du groupe de Hip Hop Rhymester rappait sur le morceau Ryūkō (流行) de Sanmon Gossip. MIKIKO signait la chorégraphie absolument remarquable de Miyamoto Hiroji et Sheena sur le morceau Kemono Yuku Hosomichi (獣ゆく細道) pour l’émission Kōhaku du 31 Décembre 2018 sur la NHK. Comme Miyamoto est extrêmement mobile sur scène, je ne pensais pas qu’il avait été chorégraphié, mais qu’il bougeait simplement de son propre gré. Le contraste entre Sheena quasiment immobile en kimono et Miyamoto bougeant dans tous les sens était vraiment mémorable. MIKIKO était également chorégraphe d’une des tournées de Perfume, ce qui explique peut être le fait qu’elles soient mentionnées sur cette cartographie, outre le fait qu’elles apprécient Sheena et qu’elles ont déjà été prises en photo ensemble. Neko Saito est bien entendu présent. Il est même le sensei omniprésent sur une bonne partie de la carrière de Sheena. Sur la partie droite du diagramme, j’avais un peu oublié le groupe Doughnuts Hole composé au chant des actrices Matsu Takako, Mitsushima Hikari (mémorable dans le film beaucoup trop long Love Exposure 愛のむきだし de Sion Sono) et des acteurs Matsuda Ryūhei et Takahashi Issei, avec Hiizumi Masayuki au piano et un quarté mené par Neko Saito au violon. Sheena a écrit le morceau The Adult Code (おとなの掟) pour cette formation créée spécialement pour un drama intitulé Quartet (カルテット) diffusé en 2017 sur la chaîne TBS. Number Girl avec notamment Mukai Shutoku et Tabuchi Hisako sont là également. Le groupe étant originaire de Fukuoka, Sheena allait souvent les voir en concert et Hisako Tabuchi faisait partie du groupe Hatsuiku Status et jouait sur le morceau Σ. Les liens en bas à droite sont pour moi moins clairs, en particulier ceux avec la YMO, Hoshino Gen, Okamoto’s, jusqu’à Yamaguchi Ichiro et Sakanaktion. Il y a bien le lien entre Sheena et Towa Tei sur le morceau Apple présent sur Ukina, Towa Tei faisant partie du collectif Metafive avec Takahashi Yukihiro du Yellow Magic Orchestra. Je me souviens d’ailleurs m’être interrogé il y a quelques années sur les liens possibles entre Sheena Ringo et Takahashi Yukihiro à travers un principe de diagramme un peu similaire mais beaucoup moins ambitieux. En fait, j’adore ce genre de diagramme car j’ai très souvent fait des nouvelles découvertes musicales à travers ce genre de liens. A l’époque où Internet n’existait pas encore, je regardais les crédits mentionnés dans les livrets des albums CD des groupes que j’appréciais pour voir quels autres groupes ou artistes étaient mentionnés dans les remerciements. Au final, je ne suis pas sûr qu’il manque grand monde dans la cartographie de Tower Records. Les influences plus classiques ne sont pas forcément mentionnés, car Sheena à une culture musicale très vaste qui est loin de se limiter au rock. De son émission de Cross FM, Etsuraku Patrol, on sait qu’elle apprécie également beaucoup Kishida Shigeru et son groupe Quruli, mais je ne les vois pas mentionné sur la cartographie.

Continuons encore un petit peu la série (生)林檎 (Nama Ringo), c’est à dire la série de revues des concerts de Sheena Ringo et de Tokyo Jihen. Comme je le précisais dans le billet précédent, je vais aborder dans ce billet le live Electric Mole (エレクトリック・モール) de Sheena Ringo sorti le 17 Décembre 2003. Il s’agit d’une captation vidéo en DVD de sa dernière tournée en tant qu’artiste solo en 2003, avant la formation officielle du groupe Tokyo Jihen. Cette tournée nationale s’appelait Sugoroku Ectasy et se déroulait en 11 dates du 23 Août au 27 Septembre 2003, en commençant par deux dates à Tokyo au Shibuya Public Hall, pour continuer par Nagoya, Hiroshima, Kobe, Kyoto, Hakodate, Fukuoka et même Okinawa avec une date à Ginowan le 21 Septembre. La 11ème et dernière date, le 27 septembre 2003, est un concert additionnel à Tokyo, au fameux Nippon Budokan. La majorité de la captation vidéo est enregistrée lors de cette dernière date. Cette tournée est à la fois la dernière de Sheena Ringo et la première de Tokyo Jihen, car avant leur formation officielle plusieurs mois après cette tournée, ils étaient déjà tous présents sur scène à leurs postes attitrés. Le nom de Tokyo Jihen est même annoncé pendant ce dernier concert au Budokan, mais je ne pense pas que c’était le cas lors des autres dates. Ce qui est amusant, c’est que dans le livret accompagnant le DVD, l’écriture de leurs noms est particulière, même pour Sheena d’ailleurs, avec une première partie écrite en katakana et un seul kanji final. Ainsi, elle voit son nom écrit en シーナ リン湖, Kameda Seiji s’écrit カメダ セー時, Hata Toshiki devient ハタ トシ樹, Hirama Mikio se nomme ヒラマ ミキ緒 et Hiizumi Masayuki prend l’écriture ヒーズミ マサユ季. On sait que ce dernier aime les noms de code, car il s’appellera ensuite H Zett M dans la formation Phase 1 de Tokyo Jihen. Il garde d’ailleurs ces kanji de l’époque Electric Mole encore maintenant, notamment lors des derniers concerts de Sheena Ringo. Avant de parler du concert en lui-même, on se doit d’évoquer le packaging en forme de livre avec une couverture de couleur blanc crème montrant une représentation du Budokan. Je voulais absolument me procurer la première version du DVD appelée « Hardcover Karakuri Book Shiyō » (ハードカバー・カラクリ・ブック仕様) sortie en version limitée et qui n’est bien sûr plus disponible en neuf à la vente. Je me souviens l’avoir vu il y a plusieurs années en vente au Disk Union de Shinjuku, mais je n’étais pas en quête des DVD/Blu-ray de SR/TJ à cette époque là et je me souviens que la couverture de ce livre-coffret était en assez mauvais état. C’est un problème de ce coffret, il se jaunit facilement avec les années surtout quand il est conservé dans des étagères d’une maison mal isolée (comme il y en a beaucoup au Japon). Comme on ne le trouve pas dans les Disk Union en magasin ou sur leur site de commande en ligne, je me suis rabattu sur Mercari qui le proposait à la vente de particulier à particulier. C’est la première fois que j’utilisais Mercari. J’avais une certaine appréhension, mais je me suis aussi dit qu’au Japon, on ne risque pas grand chose quant à la qualité annoncée. On peut le trouver à tous les prix et il faut bien examiner les photos fournies qui décrivent l’objet en vente, pour se faire une idée de la qualité. Beaucoup sont abîmés par le temps, mais j’ai réussi à trouver pour 2,000 Yens une version qui était propre et sans tâches, vendue par une fille habitant Fukuoka (ce qui me paraissait être un bon présage). Un petit nettoyage précis avec un tissu légèrement alcoolisé (ce n’est pas ce qui manque à la maison en ce moment) m’a permis d’enlever les quelques traces de salissures que j’ai pu y trouver. L’objet est de couleur crème avec des inscriptions dorées. En fait, je me suis demandé s’il était complètement blanc d’origine, mais je ne pense pas. L’intérieur du livret et le CD sont impeccables. C’est vraiment un très bel objet, mais c’est dommage qu’il soit de taille aussi grande. Il est plus grand que la boîte de Sandokushi, par exemple, et je ne sais donc pas où le ranger.

Le livre attaché au coffret fait une centaine de pages. Il montre d’abord une rétrospective des CDs de Sheena Ringo sortis jusqu’à 2003, mais dans des versions photographiées qui sont dégradées, avec des boites de CDs cassées ou salies. Je ne sais pas s’il a un sens précis à cette représentation. On a l’impression que ces CDs ont été emportés dans un glissement de terrain et qu’on les aurait retrouvé beaucoup plus tard en morceaux, comme des objets archéologiques. On a l’impression qu’il s’agit d’un passé lointain et révolu, et c’est peut être le sens de cette mise en scène que de donner l’impression que la première partie de sa carrière est maintenant derrière elle. Le livre continue avec 16 illustrations de style traditionnel Ukiyo-e dessinées par Yamaguchi Hidemi, reprenant l’imagerie de certains morceaux des trois premiers albums notamment Honnō, Tsumi to Batsu, Marunouchi Sadistic ou encore STEM. Il y a même des illustrations pour des morceaux qui ne sont pas présents sur Electric Mole, comme une illustration pour le morceau Σ qui est peut être la plus étrange, montrant une dame en kimono avec un masque à gaz en train de couper une pomme. Il s’agit en fait d’une référence à la vidéo de Σ, car à la fin de celle-ci on voit Sheena, dans une cuisine avec exactement la même tenue que sur l’image, enlever le masque à gaz avec un sourire innocent. Toutes les cartes ont des petites inscriptions de dés en référence au jeu de Sugoroku qui donne son nom à cette tournée. Elles reprennent en fait des images emblématiques des vidéos de Sheena Ringo, plutôt que de coller à la playlist des morceaux interprétés pendant la tournée. Je trouve intéressant d’avoir garder Σ parmi ces images, car il ne s’agit après tout que d’un morceau B-side (de Gibs), bien qu’il soit régulièrement interprété en concert (et même dans Dynamite Out de Tokyo Jihen d’ailleurs). La suite du livret montre une série de photos prises pendant le concert au Budokan. On peut y voir les détails du kimono orné de dessins de pommes et la guitare couverte d’un damier, toujours en référence au monde du jeu. Cette guitare est une version limitée de sa guitare fétiche, une Duesenberg DSR-SR surnommée Ichimatsu (市松). La série suivante montre Sheena prise en photo sur un fond blanc dans les costumes désormais emblématiques de ses vidéos passées. Cette série de photos a certainement été prise au moment de la vidéo de Ringo no Uta, car on peut les voir mises en scène sur le DVD accompagnant le single sorti le 25 Novembre 2003, un peu avant la sortie de Electric Mole. Les dernières pages (plusieurs dizaines) du livret sont découpées au format rond du CD et compose le Karakuri (le truc ou l’astuce) énoncé dans le nom de cette édition limitée. La première page montre la photo qui sert de couverture au single Ringo no Uta, mais le découpage rond laisse entrevoir le logo stylisé de pomme inscrit sur le CD plutôt que le visage de Sheena. Il faut noter que ce live est également sorti quelques années plus tard en Blu-ray en Novembre 2013, à l’occasion de ses 15 ans de carrière musicale, mais dans ces cas là, je préfère toujours, quand c’est possible, me procurer l’édition originale.

Un peu comme sur Gekokujō Ecstasy, la vidéo du concert prend le parti pris de mélanger les scènes de concert avec des scènes de documentaire en coulisses ou pendant les répétitions. Ces scènes documentaires, au nombre de neuf, sont un peu trop nombreuses car elles viennent, à mon avis, couper l’élan et notre immersion dans le concert. J’aurais préféré, comme sur la tournée suivante Dynamite, que la partie documentaire soit mise de côté sur un autre DVD ou au début du concert. Ceci étant dit, je trouve ces documentaires indispensables pour bien comprendre la dynamique et l’état d’esprit du groupe. Il y a par exemple un long moment particulièrement émouvant où Sheena reste silencieuse, en pleine concentration, collée au rideau avant que celui-ci se lève. Le problème est quand le documentaire vient couper un morceau en deux comme c’est le cas sur le morceau Okonomi de. En plein milieu de l’interprétation du morceau, on passe brusquement à une vidéo des répétitions pour revenir ensuite vers le morceau mais dans une autre salle, différente du Budokan. Ce choix de faire une coupure est assez bizarre, mais on avait déjà vu ce principe sur Gekokujō Ecstasy où le morceau Keikoku était composé de deux parties prises dans des lieux différents (et avec une coupe de cheveux différente pour Sheena). Sur Keikoku, le raccord était par contre fait d’une manière à ce qu’il n’y ait pas de coupure son et ce n’était pas du tout gênant au final. Pour se consoler, le DVD comporte tout de même en bonus une version ininterrompue de Okonomi de et lorsqu’on la joue, elle se raccorde ensuite automatiquement avec le reste du concert. Dans le même ordre d’idée, deux morceaux de la playlist originale sont coupés au montage, à savoir Kōfukuron (le premier morceau) et Ringo no Uta (le dernier). Je suis moins sûr de cela, mais je crois aussi comprendre que Honnō et Izonshō étaient joués pendant le concert mais ont été coupés sur le montage final. Supprimer des morceaux de la playlist n’est malheureusement pas rare sur les vidéos des concerts de sa première partie de carrière. Mais là s’arrêtent les quelques critiques que je peux émettre car les interprétations sur scène sont d’une manière générale très bonnes voir exceptionnelles par moment. Je le dis sur de nombreux concerts mais on trouve cette même passion dans Electric Mole, qui ne peut pas laisser indifférent.

La tournée Sugoroku Ecstasy a une importance certaine car Sheena Ringo n’a pas fait de tournée nationale depuis celles de l’an 2000 (Gekokujō Ecstasy et Gokiritsu Japon). C’est également la seule tournée couvrant directement l’album Kalk Samen Kuri no Hana (KSK) sorti la même année, le 23 Février 2003, qui est un des albums les plus particuliers de sa discographie. Il est souvent cité comme son meilleur album par les fans étrangers mais ce n’est pas vraiment le cas au Japon où il ne s’est pas aussi bien vendu que les autres albums. Sur l’enquête 2020 du fan club Ringohan, Muzai Moratorium arrive en tête des albums préférés des fans suivi de Hi Izuru Tokoro, Sandokushi, Sanmon Gossip puis finalement KSK et Shōso Strip. J’étais aussi longtemps persuadé que KSK était mon album préféré mais, à force d’écouter la totalité de ses albums, j’ai beaucoup plus de mal à avoir un avis tranché. Electric Mole reprend la quasi totalité des morceaux de KSK, sauf le premier morceau Shūkyō et le dernier Sōretsu, plusieurs morceaux des albums précédents Muzai Moratorium et Shōso Strip et quelques reprises dont certaines tirées du deuxième disque de Utaite Myōri: Sono Ichi. Le concert commence d’une manière assez abrupte dans le vif du sujet avec le morceau Kōfukuron, la version chaotique de Muzai Moratorium. Sous les cameras qui partent dans tous les sens, Sheena est au mégaphone et Hiizumi maltraite son piano comme il sait si bien le faire, pour notre plus grand plaisir. Je parlais du kimono de Sheena un peu plus haut. Cette tenue est vraiment superbe et même iconique, très travaillée, avec des couleurs vert pomme et des lignes dorées. Une pomme mûre est dessinée sur le Obi et une pomme coupée au bas du kimono, accompagnée d’un dé et d’une figure de félin. Mais l’explosion sonique s’interrompt subitement par un silence pour laisser place à l’écran de titre. Ce morceau n’est pas interprété en entier. L’interprétation de Tsumi to Batsu, qui suit, est exceptionnelle. Je le savais en fait déjà car le morceau apparait sur la compilation live Mitsugetsu-shō, sortie en 2013 en même temps que Ukina. C’est un de ces morceaux où elle semble perdre contrôle d’elle même au profit du morceau qu’elle est en train d’interpréter. L’intensité vocale qu’elle dégage la fait se plier sur elle-même et marcher sur scène de manière aléatoire. Habillée en kimono de cette manière, je me dis que ce morceau est une forme moderne de Enka. En regardant et écoutant ce genre d’interprétation poignante, je reste à chaque fois scotché devant l’écran. J’aime aussi beaucoup les moments plus calmes dans ce morceau, lorsqu’elle ne chante pas le regard un peu ailleurs, concentrée, mais tout de même omniprésente sur scène. L’image de l’explosion silencieuse me revient en tête. Je suis toujours épaté par ce genre d’interprétation et je me demande toujours comment on peut s’en sortir ‘physiquement’ sans faire une pause un peu après. J’aime bien regarder ces moments de calme pour voir comment elle récupère, mais ils sont très courts. Elle a 25 ans lors de ce concert. Elle fait très jeune avec cette coupe au carré comme à ses tous débuts, mais le kimono nous fait aussi comprendre qu’elle est assez mature pour passer à l’étape suivante. Je trouve même à ce kimono un aspect cérémoniel, marquant une étape particulière dans une vie.

Je n’aime à priori pas trop Mayonaka ha Junketsu dans sa version single, mais cette version live est bien meilleure et, je dirais même excellente. C’est un morceau très exigeant et Hiizumi au piano est capable à lui tout seul de remplacer l’intensité du Tokyo Ska Paradise Orchestra au complet. C’est très clairement la meilleure version que j’ai pu entendre de Mayonaka ha Junketsu, comme si le morceau avait pris un coup d’accélérateur. C’est amusant d’ailleurs de voir Sheena se précipiter sur le micro alors qu’elle s’était un peu éloignée, comme si elle avait été prise de court par le rythme du morceau. Tokyo Jihen est clairement en maîtrise parfaite de ce qui se passe sur scène et Kameda a d’ailleurs l’air de montrer des signes de satisfaction à la fin du morceau. J’aime beaucoup et j’ai beaucoup d’estime pour Izawa, mais Hiizumi est un prodige au piano. Sheena sait en tout cas bien s’entourer pour donner vie à sa musique et elle-même ne fait pas les choses à moitié car on la sent complètement investie dans le morceau qu’elle interprète. Je pense que son état d’esprit établit un certain standard de qualité nécessaire pour le groupe et j’imagine qu’ils ont tous à cœur de donner leur meilleur pour ne pas décevoir cette attente. J’imagine aussi en contre partie une certaine intransigeance, même si elle n’est pas dite, elle doit transparaître. Après un court message au public, commence ensuite Doppelgänger avec une composition musicale un peu différente de celle de l’album. La manière de chanter de Sheena au début du morceau est aussi différente. L’interprétation du morceau Okonomi de est excellente et c’était d’autant plus un sacrilège de le couper en deux, même si la petite partie documentaire au milieu du morceau est intéressante, montrant l’adaptation du morceau pour le live et une certaine assurance de Sheena sur les sons qu’elle veut rendre sur scène (et le ‘ステキ’ quand ce qui est joué en répétition par Hiizumi correspond à son attente). Les images au Budokan sont intéressantes car le public entoure la scène placée au milieu du grand hall et il semble être très proche de la scène même s’il est à l’étage. La guitare de Hirama et le piano de Hiizumi à la fin du morceau me donnent des frissons dans le dos. Le concert n’est plus filmé au Budokan sur la deuxième partie de ce morceau et sur le suivant Ishiki. Sheena sort d’ailleurs son éventail sur Ishiki et vient même éventer Hata qui ne démérite pas à la batterie comme à son habitude. Sheena a toujours une attention particulière pour Toshiki Hata.

La suite du concert change une nouvelle fois de lieu pour aller dans la salle sombre et en sous-sol de la Live House Shinjuku Loft, située en bordure de Kabukichō. Le groupe s’annonce pour la première fois en tant que Tokyo Jihen sur cette scène du Loft avant d’interpréter le morceau Suberidai. Mais la vidéo d’Electric Mole revient ensuite rapidement au Budokan pour ce morceau en alternant avec des images au Loft de Shinjuku (la version complète du morceau au Loft existe en bonus mais le son est de qualité moyenne). Sheena a les cheveux plus courts sur la scène du Loft, ce qui laisse penser que cette partie vidéo a été prise après la tournée Sugoroku Ecstasy. Parfois, elle change tellement de visage, que le seul moyen de la reconnaître est grâce à son point de beauté sur la joue gauche (celui qui est électrique et qui est le point central d’Electric Mole). Cette scène et quelques autres tout au long du DVD nous font comprendre progressivement que l’on glisse doucement de Sheena Ringo en solo vers le groupe Tokyo Jihen. Le morceau Suberidai aurait dû être son premier single mais la maison de disque en a décidé autrement pour le remplacer par Kōfukuron. Je me demande si cette contrainte est la raison pour laquelle elle a martyrisé Kōfukuron sur la version présente sur Muzai Moratorium. Le concert continue avec une reprise présente sur la compilation Utaite Myōri sorti en Mai 2002. J’aime beaucoup certains morceaux sur le premier disque de cette compilation comme Haiiro no Hitomi, Momen no Handkerchief de Ōta Hiromi, Love is Blind de Janis Ian ou Chiisana Konomi. Je me remets à l’écouter en totalité maintenant après avoir vu Electric Mole, mais j’ai une claire préférence pour le premier disque. Le deuxième disque commence par un morceau en allemand Kimi o Aisu (Ich Liebe Dich) qui me rappelle à chaque fois la publicité pseudo parodique que Sheena a fait pour Gillette avec Minagawa Makoto du groupe Gyakutai Gurikogen (虐待グリコゲン) et j’ai de ce fait un peu de mal à continuer l’écoute. Cette publicité est présente en bonus sur le DVD Seiteki Healing: Sono-San (性的ヒーリング~其ノ参~). Electric Mole reprend plutôt des morceaux du deuxième disque, à savoir Kuroi Orufe et mr. wonderful, qui m’intéressent donc moins. Ceci étant dit, l’interprétation de Kuroi Orufe est plutôt réussi avec son ambiance rouge et les solos de guitare basse de Kameda et de piano par Hiizumi.

La vidéo qui suit est une présentation des membres de Tokyo Jihen. Le nom du groupe étant écrit à la fin de cette présentation, la formation devient donc officielle à ce moment là au Budokan. Les vidéos introductives de chaque membre sont assez amusantes. On voit chaque membre du groupe pratiquer un sport, à part Hata, ce qui restera un thème continue pour Tokyo Jihen, notamment avec l’album Sports. Hirama fait du tennis, Hiizumi du football en tenue de moine shintoïste, Kameda de la natation. On saura plus tard sur la vidéo Dynamite In que Sheena fait des commentaires sur le ‘joli’ fessier de Kameda et la vue en gros plan avec son plongeon dans la piscine olympique est forcément volontaire et un brin moqueur. Il a bien sûr un bonnet de bain mais la crête d’iroquois dépasse par dessus. Le documentaire qui suit nous montera une coiffeuse lui raser la tête sous les conseils de Sheena, pour former cette crête d’iroquois en souvenir de la période Gyakutai Gurikogen (懐かしい感じ). Sur la vidéo de présentation, Sheena est en tenue de marathon avec un maillot marqué du numéro 9675, qui se prononce bien entendu Kuroneko (chat noir). On peut être certain avec Sheena que rien n’est choisi au hasard. Vers la fin de la course, elle prend une bouteille d’eau pour se la verser sur la tête et le visage, mais ses mouvements prennent soudainement une tournure lascive. Je me souviens de la vidéo de la tournée Senkō Ecstasy où le public de la petite salle de concert réclamait à plusieurs reprises que Sheena les arrose avec sa bouteille d’eau. Je me demande s’il y a un lien ou une allusion à cela. Je n’ai pas parlé de Toshiki Hata qui est le seul à ne pas être en tenue sportive. Il effectue en fait une danse avec un éventail dans les mains. On saura plus tard dans la tournée Ultra C, qu’il se débrouille très bien en danse traditionnelle Kagura. Le concert reprend depuis les coulisses avec Marunouchi Sadistic. Comme sur la tournée Gekokujō, une personne vient filmer sur scène avec une petite caméra video. Certaines des images prises sont insérées sur la vidéo finale du DVD. Les lumières deviennent rouges de nouveau et Keikoku commence avec Sheena à la guitare, l’édition spéciale Ichimatsu à damier. On peut difficilement faire plus emblématique. Le contraste entre la guitare et le kimono est plus fort que sur Zazen Ecstasy où Sheena portait plutôt un yukata. Le morceau est très réussi mais j’adore de toute façon les interprétations Live de Keikoku pour l’agressivité des ‘r’. Avant le morceau suivant Torikoshi Kurō, elle chante quelques paroles de delayed brain de Number Girl sur leur dernier album NUM-HEAVYMETALLIC sorti en 2002. On aurait voulu qu’elle le chante en entier. Je trouve Torikoshi Kurō plus complet en version studio que cette version live. C’est aussi le moment du DVD où je trouve que les parties de documentaire sont un peu trop fréquentes. Avant la reprise du morceau Minatomachi 13banchi de Misora Hibari, Sheena nous montre son kimono en tournant sur elle-même. Elle est clairement très fière d’être habillée de cette manière et le kimono correspond bien au morceau de Misora Hibari. Même si je préfère Kurumaya-san sur Dynamite Out, cette interprétation est très belle. Son interprétation de Poltergeist avec une voix légèrement tremblante et un accompagnement simple du piano est également très belle. Comme sur plusieurs autres morceaux pendant ce concert, le reste des instruments se joignent pour le final du morceau alors que Sheena, le regard vers le sol, a l’air pensive. Cette image fait un lien avec un petit clip vidéo où on voit une petite fille dessinée déambuler dans une ruelle sombre montrant des images rétrospectives de la carrière de Sheena Ringo. Il s’agit d’un fil rouge que l’on suit sur le reste d’Electric Mole.

Le morceau Gibs suit ensuite mais j’ai déjà entendu des versions live plus poignantes que la version de Electric Mole. Des points de lumière sont sur-imprimés sur la vidéo sur le final du morceau. Il y a beaucoup d’effets spéciaux ajoutés post-production sur ce DVD comme des superpositions d’images, des glissements subtils d’images sur Doppelgänger qui laissent déjà présager le dédoublement de personne qu’on verra plus tard, ou cette neige de points de lumière sur-imprimés. On ne retrouve pas ce genre d’effets, qui peuvent paraître d’une autre époque, sur les autres vidéos de concerts que j’ai pu voir. Ils fonctionnent parfois très bien comme sur la toute fin de Gibs. Alors que Sheena n’est plus visible sur scène pour le final instrumental rallongé, la caméra nous montre le micro doré seul sur un fond noir. Pendant un très bref instant, Sheena apparaît dans un flash de lumière rouge comme un fantôme (un yurei) pour disparaître immédiatement après. La petite partie documentaire qui suit avant Meisai est la meilleure du DVD. Le groupe se prépare pour la reprise. On les voit marcher dans les couloirs. Un peu plus tard, Sheena entre sur scène et vient se coller la tête légèrement en avant contre le rideau pendant un long moment, comme je le mentionnais un peu plus haut. L’image se teint ensuite de rouge et on entend le bruit d’un cœur qui bat dans le silence. On imagine la concentration pour le morceau qui va suivre. Meisai est rapide et Sheena marche sans arrêts sur la piste en trouvant même un peu de temps pour encourager des poings Hata à la batterie. L’interprétation est très bonne mais pas autant que celle de STEM qui suit, très sombre et dans une version rock complètement différente de celle de l’album. J’aime beaucoup les versions très orchestrées de STEM mais celle-ci en version rock est vraiment excellente, notamment le final chaotique mélangeant guitares et piano. Pendant cette explosion de guitares au final, Sheena reste stoïque comme l’impose la formalité du port du kimono. Ses mouvements sont retenus, mesurés, par rapport aux mouvements du reste du groupe. Elle sait très bien mélanger le chaud et le froid, les moments de tension intense dans le chant et les moments de calme en quasi immobilité dans des mouvements très contrôlés. J’y vois une approche très théâtrale de la scène, attitude qu’elle applique dans beaucoup de concerts et qui contribue à rendre ces scènes emblématiques. La mise en scène de ses mouvements couvre même sa sortie. Alors qu’on vient d’entendre un tourbillon sonore, elle sort doucement de la scène avec une petite courbette très distinguée. C’est un des grands moments du concert et la version que je préfère de STEM. Il s’agit en fait du dernier morceau du concert avant les rappels. Le passage vidéo qui suit est très intriguant car des textes évoquant son grain de beauté sont montrés en superposition sur d’autres images. On peut se poser la question de savoir si elle l’a déjà enlevé avant le concert et que celui qu’elle a sur le visage est un faux. Le groupe laisse les kimono de côté pour le final composé de trois morceaux: la reprise mr.wonderfull, Tadashii Machi et Odaijini. L’excellente interprétation de Tadashii Machi mélange les images de concerts et de répétitions comme un générique de fin. Mais, on revient vers le clip vidéo avec la petite fille dessinée et des images de Sheena quand elle était petite fille. Le set se termine finalement sur Odaijini qui est aussi une interprétation mémorable. Le micro tombe à terre pour le final.

Après les crédits de fin, on revient vers une dernière séquence vidéo concluant le DVD. Sheena apparaît soudainement en double (son Doppelgänger) et les deux personnes sont assises l’une en face de l’autre. L’une des Sheena est celle du passé car on la voyait assise près d’une série de tenues symbolisant les principaux morceaux de la première partie de sa carrière. Elle disparaît petit à petit tandis que la nouvelle Sheena se lève et marche droit devant la caméra. Elle passe sa main sur son visage et efface le point de beauté sur la joue gauche. Sur le tout dernier morceau du DVD, Ringo no Uta, enregistré au Budokan, on voit clairement qu’elle n’a plus son point de beauté, ce qui laisse penser qu’il était dessiné sur sa joue pendant le reste du concert et effacé seulement au final. Ringo no Uta n’est pas montré en entier pour nous indiquer que l’histoire n’est pas terminée et se poursuivra sans ce grain de beauté mais avec Tokyo Jihen. Enlever le grain de beauté si distinctif et par lequel on pouvait tout de suite la reconnaître même si elle changeait souvent de personnalité visuelle était un moyen, à mon avis, d’enlever une distinction, qui la ferait revenir comme une artiste normale dans un groupe de musiciens. C’est à mon avis le sens de cette mise en scène très présente sur le DVD.

Electric Mole est très attachant et il faut bien comprendre qu’il ne s’agit pas d’une représentation classique d’un concert. Il essaie plutôt de montrer un cheminement dans une sorte de film document. En le revoyant une deuxième et troisième fois, je l’apprécie dans ce format alors que mon attente initiale était de voir un concert non-stop au Budokan. Il n’empêche que j’aimerais aussi voir ce concert non-stop en DVD ou Blu-ray avec l’ensemble des morceaux, car les interprétations y sont excellentes. Pour les 20 ans de Electric Mole (en 2023) et les 25 ans de sa carrière, pourquoi ne pas sortir une version collector complète de ce live? On pourrait éventuellement l’accompagner d’un CD bonus avec des morceaux jamais sortis jusqu’à maintenant. Je découvre par exemple un excellent morceau de 2007, Tamatebako (玉手箱), que Sheena avait écrit pour une pièce de théâtre kabuki appelée Sannin Kichisa (三人吉三). Ces petites merveilles devraient être disponibles en CD.

Pour référence ultérieure, je note ci-dessous la liste des morceaux présents sur le DVD Electric Mole:

1. Kōfukuron ~Etsuraku-hen~ (幸福論 〜悦楽編〜 一部), extrait du morceau du 1er album Muzai Moratorium (無罪モラトリアム)
2. Tsumi to Batsu (罪と罰), du 2ème album Shōso Strip (勝訴ストリップ)
3. Mayonaka ha Junketsu (真夜中は純潔), 6ème single présent sur aucun album
4. Doppelgänger (ドツペルゲンガー), du 3ème album Kalk Samen Kuri no Hana (加爾基 精液 栗ノ花)
(1ère partie documentaire)
5.1. Okonomi de (おこのみで) (avant), du 3ème album Kalk Samen Kuri no Hana (加爾基 精液 栗ノ花)
(2ème partie documentaire)
5.2. Okonomi de (おこのみで) (après), du 3ème album Kalk Samen Kuri no Hana (加爾基 精液 栗ノ花)
6. Ishiki (意識), du 3ème album Kalk Samen Kuri no Hana (加爾基 精液 栗ノ花)
(3ème partie documentaire)
7. Suberidai (すべりだい), en B-side du premier single Kōfukuron (幸福論)
8. Kuroi Orufe (黒いオルフェ), reprise du morceau Manhã de Carnaval de Luiz Bonfá et Antônio Maria, présent sur l’album de reprise Utaite Myōri: Sono Ichi (唄ひ手冥利 ~其ノ壱~) sur le Disc 2: Mori-pact Disc (森パクトディスク)
(4ème partie documentaire)
9. Marunouchi Sadistic (丸の内サディスティック), de l’album Muzai Moratorium (無罪モラトリアム)
10. Keikoku (警告), de l’album Muzai Moratorium (無罪モラトリアム)
11. delayed brain (一部), court extrait du morceau de Number Girl sur l’album NUM-HEAVYMETALLIC (2002)
12. Torikoshi Kurō (とりこし苦労), du 3ème album Kalk Samen Kuri no Hana (加爾基 精液 栗ノ花)
(5ème partie documentaire)
13. Minatomachi 13banchi (港町十三番地), reprise du single de Misora Hibari datent de 1957
14. Poltergeist (ポルターガイスト), du 3ème album Kalk Samen Kuri no Hana (加爾基 精液 栗ノ花)
(1er Clip vidéo)
15. Gibs (ギブス), du 2ème album Shōso Strip (勝訴ストリップ)
(6ème partie documentaire)
16. Mesai (迷彩), de l’album Kalk Samen Kuri no Hana (加爾基 精液 栗ノ花)
17. STEM (茎), de l’album Kalk Samen Kuri no Hana (加爾基 精液 栗ノ花)
(7ème partie documentaire)
18. Shiroi Hana no Sakukoro (白い花の咲く頃) (一部), court extrait du morceau de Okamoto Atsuo datant de 1950
19. mr. wonderful, reprise d’un morceau de 1955 de Jerry Bock, George David Weiss, and Larry Holofcener, présent sur l’album de reprise Utaite Myōri: Sono Ichi (唄ひ手冥利 ~其ノ壱~) sur le Disc 2: Mori-pact Disc (森パクトディスク)
20. Tadashii Machi (正しい街), de l’album Muzai Moratorium (無罪モラトリアム)
(2ème Clip vidéo)
(8ème partie documentaire)
21. Odaijini (おだいじに), de l’album Kalk Samen Kuri no Hana (加爾基 精液 栗ノ花)
(3ème Clip vidéo)
(9ème partie documentaire)
22. りんごのうた (一部), extrait du single sorti le 25 Novembre 2003

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On peut légitimement se poser la question de l’intérêt de montrer autant de murs sur un même billet, mais il faut quand même dire qu’ils sont tous, de mon point de vue, assez intéressants, que ça soit pour leurs formes, leurs textures ou les graphismes de rues qui viennent les décorer. La première photographie est prise sur une des hauteurs de Shibuya à proximité de la tour Cerulean. Le bâtiment de bureau a des apparences des plus classiques, mais des détails comme ce mur de passerelle suspendue avec des ouvertures rondes lui donne un aspect futuriste que je remarque en passant. Ces formes froides viennent contraster avec le graffiti de personnage jaune au sourire grimaçant posé sur un muret de parking. En le voyant rire de cette façon, on se demande si c’est une bonne idée de se garer à cet endroit là, sous peine de représailles. Tout ceci n’est qu’imaginaire mais mon imagination n’a pas de limite en terme d’interprétation du langage urbain. Le mur suivant est celui d’une forteresse de béton. Lorsque je passe dans cette rue, je le prends immédiatement en photo car je remarque la qualité des détours des ouvertures, composés de formes en escalier. La brutalité de ce béton omniprésent vient s’adoucir par ce genre de détails que j’aime beaucoup découvrir, et par la présence de végétation au vert dense. J’ai pensé pendant un instant qu’il pouvait s’agir d’une maison dessinée par Tadao Ando, mais en fait non, cette demeure de béton serait l’œuvre de l’architecte Tetsuro Kurokawa, que l’on connaît pour le petit Koban futuriste installé au milieu du parc d’Ueno. Cette grande maison à Nanpeidai a en fait d’illustres propriétaires. Sur un renfoncement de mur qui doit donner accès à une porte d’entrée, on peut lire en lettres d’or les noms de Yuya Uchida et Keiko Uchida, autrement appelée Kirin Kiki, actrice magnifique qu’on a pu voir dans beaucoup de films japonais, notamment ceux de Hirokazu Kore-Eda. Elle nous a quitté en Septembre 2018 suite à un cancer. Je ne sais pas si son mari, le musicien Yuya Uchida, vit dans cette maison car ils étaient séparés depuis 1975, tout en restant mariés. Un peu plus haut sur cette rue en direction de Daikanyama, on trouve un étrange petit bâtiment de verre, en apparence rempli de blocs de bois. Je ne connais pas l’architecte mais je le découvrirais bien un jour ou l’autre. La dernière photographie est prise à Shibuya près de Maruyamachō et montre la façade du Club Asia. Je n’avais pas emprunté cette rue depuis des années et je suis surpris de voir que ce club est toujours là inchangé. J’ai en fait des très vagues souvenirs d’y être allé quelques fois quand j’avais la vingtaine insouciante. Mais ces souvenirs disparaissent et j’aurais dû les écrire sur papier à cette époque où les blogs n’existaient pas encore.

J’écoute beaucoup le dernier album d’Autechre ces derniers jours. Cet album intitulé SIGN est un tournant, un changement de direction vers une musique électronique plus abordable, tout en restant résolument expérimentale. L’album ne dure qu’une heure, ce qui est une petite révolution pour le groupe. Pour préciser, il ne s’agit pas d’un seul morceau d’une heure, mais de 11 morceaux durant tous moins de 10 minutes, ce qui peut paraitre incroyable. Après Exai qui durait 2h, elseq qui durait 4h et NTS Sessions qui durait 8h, je m’attendais à un prochain album monstrueux de 16h. Heureusement, non. J’ai tous les albums d’Autechre sauf NTS Sessions car je ne me suis jamais senti d’attaque pour 8h de musique qui me retournerait le cerveau. Ma compréhension est qu’Autechre voulait s’affranchir des normes imposés par le format d’un album, mais ils semblent être revenu sur cette direction avec SIGN. C’est beaucoup plus facile de se lancer dans l’écoute de ce dernier album. Il a également la particularité de contenir des mélodies qui sont presque évidentes, un peu comme sur Amber. Bien sûr, on parle d’Autechre, donc toutes les mélodies sont bancales et partent vers des sons inattendus (et superbes, ça va de soi). On reconnait également tout de suite le style Autechre, donc le dépaysement n’est pas total, quoique le morceau central Metaz form8 m’a quand même surpris par son style ambiant pur. L’équilibre se dérègle tout de même au fur et à mesure qu’on avance dans le morceau. On se rend compte que certaines pièces de l’univers musical ont du jeu et se désynchronisent petit à petit. Le quatrième morceau esc desc se compose d’une mélodie troublante, à l’équilibre instable rendant cette musique comme organique. Sur les derniers albums d’Autechre, on en était venu à se demander s’ils n’avaient pas terminé leur transmutation cybernétique, tant les sons qu’ils développaient s’éloignaient de toute réalité humaine. Sur SIGN, on a le sentiment qu’Autechre essaie de recréer un lien avec l’espèce humaine. Ceci ne nous empêche tout de même pas d’avoir tendance à oublier notre propre réalité physique lorsqu’on écoute attentivement cette musique. Je me demande comment les fans les plus intransigeants du groupe apprécient ce dernier album. Autechre a toujours eu des décennies d’avance sur tous les autres artistes électroniques (à part peut être Aphex Twin, mais c’est un point de vue personnel). Avec SIGN, on peut avoir l’impression qu’ils baissent un peu la garde, au risque de devenir comparable à d’autres artistes électroniques. Pour ma part, j’aime énormément ce reboot, qui je pense est représenté sur la pochette comme une boucle. Je crois comprendre qu’ils n’utilisent plus Max/MSP sur cet album mais plutôt une version modifiée par leur soin d’Ableton, et sortent donc d’une certaine manière de leur zone de confort. Je pense même que SIGN peut devenir une bonne porte d’entrée dans l’univers d’Autechre. Plus je l’écoute, plus il me marque. Il s’avère même être un excellent compagnon pour des promenades nocturnes dans l’occupation urbaine, que l’on effleure seulement en marchant car l’esprit est occupé à défricher ces notes volontairement dissonantes.

OAK BLDG II

Ce building de béton est apparu soudainement entre Naka-Meguro et Daikanyama, en face de l’école Tokyo College of Music, qui est également assez récente. J’ai déjà montré cet immeuble aux formes courbes appelé Oak Bldg II sur mon compte Instagram, il y a presque trois mois. Un architecte m’avait fait très justement remarquer dans les commentaires qu’il s’agissait d’un béton moins “parfait” que l’habituel béton brut japonais toujours très homogène, mais que le béton de cet immeuble atteignait tout de même une certaine perfection. Je suis bien d’accord avec cette affirmation et j’imagine bien cette tentative d’atteindre une perfection dans le traitement volontairement non-homogène de ce béton. Rien ne doit être laissé au hasard. On imagine très bien l’intention dans le fait d’avoir utilisé des bétons de couleurs et d’apparence générale très différentes. On a l’impression que le bâtiment est couvert de rayures. Ses formes rondes et ovales sont également très intrigantes et m’évoquent même une sorte d’animal. Malgré quelques recherches, je n’ai malheureusement pas trouvé qui en était l’architecte. Toujours est-il que ses imperfections absolument parfaites en font un des plus beaux bétons que j’ai vu depuis un petit moment. Pour ce qui est du béton parfaitement parfait, je pense toujours au TOD’s de Tokyo Ito sur la grande avenue de Omotesando.

dans le vert de la rue

La rue est quelque part à Ebisu mais aussi quelque part près de Daikanyama. Celle près d’Ebisu a la particularité de ne pas ressembler à ce qu’on imagine de la propreté des rues tokyoïtes, surtout en plein centre ville. Les rues tokyoïtes peuvent aussi être désordonnées et mal entretenues. En fait, l’envahissement de la végétation qui sort du goudron des trottoirs est assez commun, et est d’autant plus présente pendant la saison des pluies.

Daikan 1

Je ne vois pas beaucoup d’intérêt dans Instagram sauf quand il me fait découvrir des nouveaux lieux, des nouvelles architectures intéressantes à Tokyo ou des expositions à aller explorer. Après une exposition à Hong Kong et Melbourne, l’artiste Shohei Ōtomo annonce sur Instagram une exposition soudaine au Tsutaya T-site de Daikanyama. Je me précipite donc le lendemain, un samedi matin, pour aller voir de mes propres yeux ses illustrations à l’encre, notamment Heisei Mary, dont il nous montrait dernièrement les étapes de création sur son compte Instagram. Les posters de l’oeuvre étaient malheureusement déjà en rupture de stock, mais je ne pense pas que Mari m’aurait de toute façon autorisé à l’afficher dans le salon ou au dessus de l’ordinateur. Cette figure féminine est intéressante car elle est tatouée de divers dessins représentant des images de la culture populaire japonaise et américaine. On reconnaît les personnages de Street Fighter, Dragon Ball, Death Note, Godzilla, Sailor Moon, Evangelion ou encore Kitty Chan et Pokémon du côté japonais. Du côté américain, Dark Vador se dresse à côté du Joker, de personnages de Matrix, de Harry Potter et du Pirate des Caraïbes, à côté des tours du World Trade Center en feu. Les ambiances sont mélangées car la reine des neiges côtoie la princesse Peach de l’univers Nintendo, Nausicaa de Hayao Miyazaki et les petites fleurs colorées de Takashi Murakami. Une colombe blanche, signe de paix au milieu de ces cohabitations improbables, surplombe une explosion nucléaire semblable à celle que l’on voit dans Akira de Katsuhiro Ōtomo, le père de Shohei. Il y a beaucoup de talent dans cette famille. L’exposition est malheureusement assez limitée car on ne peut y voir que quelques œuvres, notamment les figures détournées de policiers et le spectre dont je parlais déjà dans un billet précédent. J’aurais aimé en voir plus et pouvoir acheter un art book de ses œuvres, mais il n’existe pas encore. Shohei Ōtomo reste pour moi un artiste à suivre de près.

Je reprends ensuite la route dans les rues de Daikanyama en gardant un œil sur l’occupation végétale au sol et l’occupation graphique sur les murs. Cette fois-ci, deux stickers m’intriguent sur un poteau électrique, notamment un étrange casque de couleur rose inspiré de Neon Genesis Evangelion. Un lien mentionné sur le sticker pointe vers le compte Instagram d’un artiste tatoueur taïwanais appelé Che-Wei. Alors que Shohei Ōtomo dessine des tatouages de personnages du monde de l’animation sur le corps imaginaire de Heisei Mary, Che-Wei tatoue des personnages assez similaires dérivés du manga sur des personnes réelles et nous montre les résultats sur son compte Instagram. Les couleurs sont très vives et le rendu de certains tatouages est assez impressionnant. Je suis très loin d’être spécialiste ou d’avoir un quelconque intérêt pour le tatouage, mais ceux-ci m’ont l’air d’être très évolués. Après je me pose quand même toujours la question des regrets éventuels, à posteriori, d’avoir gravé un pikachu sur le bras pour toute la vie, même si celui-ci est extrêmement bien exécuté.

Je n’avais vu jusqu’à maintenant qu’un seul film de Shinya Tsukamoto, Tokyo Fist. Le film était sorti en 1995 mais je ne l’ai vu que bien après, il y a 16 ans en DVD. Ce film m’avait laissé une forte impression, mais ce n’était pour sûr pas un film facile d’approche. Je me décide maintenant à regarder un autre film de Tsukamoto, grâce aux hasards des recherches Netflix. J’étais assez surpris d’y trouver un des ses premiers films, Tetsuo: The iron man (鉄男), sorti en 1989. Tetsuo est un film à part qui ne ressemble à aucun autre, singulier et décalé. Le film en noir et blanc nous raconte l’histoire d’un salary man qui voit soudainement grandir en lui des morceaux de métal. La raison reste inexpliquée et le scénario n’est pas d’une compréhension immédiate, mais on comprend tout de même une relation psychique avec un autre homme, fétichiste du métal (si on veut bien imaginer ce que ça peut bien vouloir dire) qui le poursuit inlassablement, au fur et à mesure que le salary man développe sa transformation progressive et irrémédiable en homme-machine. Le film est conceptuel et expérimental, et n’est clairement pas adressé à un large public. L’ambiance s’apparente aux films de style cyberpunk, mais sans les effets spéciaux numériques actuels, car tous les effets spéciaux sont mis en images de manière artisanale. La manière de filmer les scènes rapides dans les rues de banlieue tokyoïte en une succession d’images coupées et séquencées, ajoutent à l’étrangeté générale de cet objet cinématographique. Le film n’est pas facile, il faut accepter une violence certaine des images, mais je suis resté scotché à l’écran pendant les 67 minutes du film. Je pense que, comme pour Tokyo Fist, Tsukamoto traite dans Tetsuo le sujet de l’aliénation humaine face à la sur-urbanisation. En pensant au titre du film, je ne peux m’empêcher de repenser au Tetsuo du manga Akira de Ōtomo sorti quelques années auparavant en 1982. De la même manière, les personnages perdent leur forme humaine et se transforment en monstre d’une manière grotesque. La différence est que le Tetsuo de Akira prenait des formes organiques tandis que le salary man du film Tetsuo voit des pièces métalliques sortir de son corps. Quoiqu’on en pense, le film ne laisse pas indifférent et je dirais même qu’il s’agit d’un chef d’oeuvre, à la fois inquiétant, effrayant et choquant, mais complètement passionnant à regarder.

Je continue avec un autre film difficile (décidément), mais dans un tout autre style que Tetsuo même s’il y a un point commun, la présence de Shinya Tsukamoto mais en tant qu’acteur. En fait, je voulais voir un film de Takashi Miike et je me suis mis à chercher ce qui était disponible sur Netflix. Je tombe sur Ichi The Killer (殺し屋1) sorti en 2001. Il s’agit d’un film de yakuza ultra-violent, et même parfois difficile à regarder mais pas de la même manière que The Forest of Love de Sion Sono, dont je parlais auparavant, car la violence ici n’est pas psychologique mais visuelle. Takashi Miike sait s’arrêter avant que la scène devienne insoutenable. Le personnage principal est un chef de gang appelé Kakihara du clan Anjo, excellemment joué par Tadanobu Asano, à la recherche de son patron qui a mystérieusement et soudainement disparu avec la caisse. On soupçonne d’abord un kidnapping par le clan rival, mais il s’avère qu’un mystérieux tueur appelé Ichi est derrière tout cela. On découvre assez vite que Ichi est un être faible psychologiquement, manipulé par un homme de l’ombre aux apparences inoffensives pour éliminer les membres des syndicats du crime en les montant les uns contre les autres. Le film s’en sort grâce à son humour pince-sans-rire, surtout celui de Kakihara, personnage sadomasochiste aux tenues exubérantes, aux cheveux teints en blond et au visage balafré. Le film ‘pince’ fort tout de même, jusqu’à la torture parfois. L’acteur fétiche de Kitano, Susumu Terajima, jouant le yakuza Suzuki doit en savoir quelque chose. Là encore, le film n’est pas pour les âmes sensibles et était même controversé à sa sortie pour ses scènes de violence souvent grotesques. Mais le scénario est habile et le jeu des acteurs très bons, dans l’excès et l’irréalisme par moment car rappelons que le film est tiré d’un manga (de Hideo Yamamoto). Je ne suis pas particulièrement amateur de films violents, mais j’aime les films de genre qui ne laissent pas indifférent. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce film montrant des yakuza avec toutes leurs attitudes excessives, ne laisse pas indifférent. En regardant le film, je me suis même dit que c’est le genre de films qui doit plaire à Quentin Tarantino. Les scènes du film se passent dans leur totalité dans le quartier chaud de Kabukichō et derrière Nishi Shinjuku, car on aperçoit souvent le bâtiment de la mairie au loin. Nishi Shinjuku me rappelle le roman déjanté de Ryu Murakami, Les Bébés de la Consigne Automatique. Takashi Miike a d’ailleurs déjà réalisé un film d’après un roman de Ryu Murakami, Audition. Je lis dans une interview de Miike sur le site consacré au cinéma japonais Midnight Eye qu’un projet pour adapter Les Bébés de la Consigne Automatique avait été lancé mais abandonné faute de financement. Peut-être que ce projet pourrait prendre un jour vie grâce à Netflix, quand on voit comment cette plateforme devient un dernier recours pour développer certains films pour lesquels les producteurs classiques restent frileux (l’excellent Irishman de Martin Scorsese par exemple). Midnight Eye est un site de référence sur le cinéma japonais mais est malheureusement devenu inactif, même si on peut toujours consulter les archives. On y trouve de nombreuses critiques de films et des interviews. Les critiques couvrent d’ailleurs beaucoup de films non conventionnels, dont ceux de Takashi Miike, mais Ichi The Killer n’y est bizarrement pas revu. Ce film me donne d’ailleurs envie de revoir les films de Hong Kong de John Woo, ceux avant sa carrière américaine comme The Killer et Hard Boiled avec son acteur fétiche Chow-Yun Fat ou encore Bullet in The Head avec Tony Leung. Et quand je pense à Tony Leung, me revient l’envie de revoir Chungking Express de Wong Kar-Wai, puis Fallen Angels du même réalisateur. Il faut que je me refasse un cycle sur le cinéma de Hong Kong des années 90.

Mais pour l’instant et pour changer de style en allégeant un peu l’ambiance, je regarde le film River’s Edge (リバーズ・エッジ) d’un réalisateur originaire de Kumamoto que je ne connaissais pas, Isao Yukisada. Le film, également disponible sur Netflix, est également basé sur un manga du même nom de Kyoko Okazaki. Je ne connaissais pas non plus les deux acteurs principaux à savoir Fumi Nikaidō jouant le rôle de Haruna Wakakusa et Ryō Yoshizawa dans le rôle de Ichiro Yamada. Ils sont tous les deux lycéens dans une banlieue quelconque près d’une rivière, dans la deuxième moitié des années 90, cette période où on n’avait pas encore de téléphone portable et de smartphone. J’ai d’ailleurs tendance à penser que les films sont plus intéressants sans smartphone, car ces objets ont souvent le pouvoir de simplifier les intrigues, en supprimant la possibilité du hasard et les situations de personnages seuls livrés à eux même. L’histoire de River’s Edge est en fait assez noire et certaines scènes sont assez crues. Les personnages sont des lycéens un peu paumés, à la recherche de repères dans leur vie. On ne peut pas dire que le film se base sur une histoire forte ou un scénario compliqué. L’interêt du film tient plus dans le jeu des acteurs et actrices, essayant de faire la part des choses entre amour et amitié. Les rapports entre les personnages sont d’ailleurs volontairement ambigus. On ressent l’amour non déclaré, qui n’est peut être qu’un très fort lien d’amitié, entre Wakakusa et Yamada, mais on apprend très vite que c’est une situation compliquée car Yamada est homosexuel et qu’il subit les harcèlements répétés et les coups d’une bande de garçons menés par le copain de Wakakusa, un grand garçon assez beau gosse aux cheveux longs appelé Kannonzaki. A ce trio, vient s’ajouter une autre lycéenne appelée Kozue Yoshizawa, modèle aux cheveux courts, poussée par ses parents dans cette voie mais qui ne croit pas en elle. Les liens qui relient Yoshizawa à Wakakusa jouent aussi beaucoup sur l’ambiguïté. Les histoires personnelles de ces lycéens et lycéennes se relient au bord de la rivière autour d’un secret macabre, mais je n’en dirais pas plus. Le film est interrompu par des interviews des personnages dans le film, comme s’il s’agissait d’interrogatoires menés par un conseiller psychologique. Ces scènes restent indépendantes du reste de l’histoire et on se demande quelle est la finalité de cet aparté. Au final, le film fonctionne grace à ses personnages et on finit par s’accrocher à cette histoire dont on ne sait pas trop où elle nous mène.