悠然と構えてトランスフォーメーション

J’avais bien mentionné dans le billet précédent un passage au sanctuaire Yushima Tenman-gū (湯島天満宮), qu’on appelle plus communément Yushima Tenjin (湯島天神). Le voici donc dans les quatre premières photographies du billet, depuis l’une de ses approches par l’étroite rue Gakumon (学問の道). Il est situé dans l’arrondissement de Bunkyō, non loin du grand étang Shinobazuno-Ike, dans le parc d’Ueno. Fondé en 458, il est initialement dédié au kami Ame-no-Tajikarao (天手力男神), dont le nom signifie « la puissance de la main céleste ». En 1355, le sanctuaire devient un lieu de culte en l’honneur de Sugawara no Michizane (菅原道真), lettré, poète et homme politique de l’époque de Heian, divinisé sous le nom de Tenjin, dieu des études et de l’intellect. Cela explique le second nom du sanctuaire. Très fréquenté par les étudiants avant les périodes d’examens et de concours, il attire ceux qui cherchent à bénéficier de la protection de Tenjin. Je n’ai pas d’examens à préparer, mais je fais tout de même le tour du sanctuaire. Il est malheureusement un peu tard pour obtenir le sceau goshuin, mais je n’attendrai peut-être pas vingt ans avant d’y revenir.

Les photographies suivantes ont été prises à Ginza, un tout autre jour. Il s’agit de l’Okuno Building (奥野ビル), datant de l’ère Shōwa. Construit en 1932 — et en 1934 pour l’annexe — par l’architecte Ryōichi Kawamoto (川元良一), il repose sur une structure en béton armé conçue pour résister aux tremblements de terre. Le bâtiment abritait à l’origine des appartements de haut standing, mais il accueille aujourd’hui des boutiques et galeries d’art réparties sur tous les étages. Un seul appartement subsiste dans son état d’origine, le numéro 306, que l’on peut visiter uniquement le 6 du mois. Nous avons parcouru les six étages du bâtiment principal et de son annexe, en commençant par l’ascenseur à porte manuelle. L’ambiance intérieure, notamment dans les couloirs et les escaliers, conserve un charme rétro. On a réellement l’impression de se perdre dans une autre époque.

Au sixième étage, nous sommes d’abord attirés par le Salon de Lã, également appelée Galerie Lã (ギャルリー ラー), qui occupe les appartements 601 et 607. On y trouvait une exposition d’artisanat traditionnel en menuiserie par Sato Mokkō (佐藤木工), présentant notamment des meubles japonais contemporains créés sur mesure selon des techniques traditionnelles. J’ai été particulièrement impressionné par les tables basses octogonales laquées, au design complexe en assemblage de type masugumi (斗組), rappelant l’architecture miniature des sanctuaires. On retrouve clairement chez Sato Mokkō le savoir-faire des charpentiers de sanctuaires, ainsi qu’un raffinement délicat, notamment dans les petites boîtes à trésors appelées Tamatebako (玉手箱). On pouvait admirer différentes boîtes en bois, aux finitions laquées dans divers coloris, dont certains très pop et modernes. La dame de la galerie a pris le temps de nous expliquer en détail la finesse de ces objets, que l’on pouvait acheter — même si leurs prix restent très élevés, voire inaccessibles. Nous avons ensuite parcouru les autres étages du bâtiment Okuno, sans trop nous attarder. Le parcmètre devait déjà avoir largement dépassé l’heure, et il valait mieux éviter une contravention de la part de la patrouille verte de surveillance du stationnement (駐車監視員). Et pourtant, en sortant de l’Okuno Building, je les vois déjà rôder autour de la voiture. Je me précipite aussitôt, tel un lièvre, pour leur signifier gentiment mais fermement que je suis justement en train de partir. Leur procédure d’enregistrement d’une contravention prenant heureusement plusieurs minutes, intercepter leur inspection permet d’arrêter le processus à temps.

Le petit concert de macaroom sur YouTube intitulé a tiny tiny room concert fut une très agréable surprise. Dans un format minimaliste, le groupe a interprété trois morceaux sur le thème de la pluie, dans une ambiance tout à fait détendue. Le dernier titre, sorti le 11 juin 2025, s’intitule Nagaame (長雨), un nom très approprié à la saison humide actuelle. Comme toujours chez macaroom, on retrouve la délicatesse des compositions d’Asahi et la voix douce et expressive d’Emaru, jusque dans ses soupirs insistants. Chaque écoute me procure des instants de poésie qui me soulagent, l’espace d’un moment, des tracas du quotidien. Par coïncidence, j’écoute en ce moment un autre morceau centré sur la pluie. J’ai découvert la chanson Ame (雨) d’Eiji Miyoshi (三善英史) lors d’une émission de radio. Elle a immédiatement capté toute mon attention. Il s’agit d’une ballade enka sortie en mai 1972, racontant l’histoire d’une femme attendant, sous la pluie un samedi après-midi, un homme qui ne viendra jamais. Le chant traduit avec finesse et poésie cette attente, cette solitude, et la souffrance silencieuse causée par une promesse non tenue. Le morceau respecte les codes du enka dès les premières notes. Bien que je sois loin d’être un spécialiste du genre, son écoute m’est étrangement familière, sans doute parce que j’en ai souvent entendu malgré moi à la télévision. Je ne cache pas mon envie d’explorer davantage ce style, dans la veine de Ame d’Eiji Miyoshi. Je me suis alors tourné vers Meiko Kaji (梶芽衣子).

Je savais depuis longtemps que j’en viendrais à écouter les morceaux enka de l’actrice et chanteuse Meiko Kaji, mais j’ignorais quand cela arriverait. Le premier morceau à s’imposer à moi fut The Flower of Carnage (修羅の花), tiré du film Shurayuki-hime (修羅雪姫, Lady Snowblood), réalisé en 1973 par Toshiya Fujita. L’écoute du morceau m’a poussé à voir le film. Meiko Kaji y incarne Yuki, formée dès l’enfance aux arts martiaux pour accomplir une vendetta sanglante visant à venger sa mère. Le film possède une esthétique stylisée magnifique. Yuki y accomplit sa vengeance avec une froideur implacable et une violence très graphique. Le film a d’ailleurs fortement influencé Kill Bill de Quentin Tarantino, qui a repris The Flower of Carnage pour sa bande-son. Si j’avais trouvé Kill Bill un peu ridicule dans son approche excessive, j’ai été au contraire fasciné par la justesse et l’intensité de Lady Snowblood. L’interprétation de Meiko Kaji, surtout par l’expression de son regard, et l’esthétique globale du film y sont pour beaucoup. Ces deux morceaux, celui de Meiko Kaji et celui d’Eiji Miyoshi, m’ont donné une irrésistible envie de découvrir d’autres titres enka. Mais par où continuer? La question reste ouverte. En attendant, j’écoute bien sûr le nouveau single de Sheena Ringo.

Le nouveau single de Sheena Ringo, sorti en CD le mercredi 25 juin 2025, s’intitule Susuki ni Tsuki (芒に月) et comporte un second titre en espagnol, La velada legendaria. Il était déjà disponible en version digitale quelques jours auparavant, et c’est ainsi que je l’ai découvert. Cela ne m’a pas empêché d’acheter le CD au Tower Records de Shinjuku, qui avait organisé une petite exposition en l’honneur de Sheena Ringo, comme à chaque sortie importante. Ce nouveau single est une reprise du morceau Gipsy (ジプシー) de l’album GIGS du groupe Appa (あっぱ), fondé en 2004 par Ichiyō Izawa (伊澤一葉), de son vrai nom Keitarō Izawa (伊澤啓太郎), pianiste et chanteur du groupe. Il est accompagné de Hideaki Hotta (堀田秀顕) à la basse et de Kazuto Satō (佐藤一人) à la batterie. Sheena Ringo avait déjà donné un aperçu du morceau durant sa tournée Ringo Expo’24. La version remaniée par Izawa pour Ringo conserve la structure musicale du morceau original, tout en la rendant plus riche et plus mature. Ringo en a toutefois entièrement réécrit les paroles, établissant un contraste entre une société japonaise rigide, parfois désabusée, et une quête poétique et spirituelle de transformation et de réconciliation. Dès la première écoute, le morceau intrigue par son début déconcertant, mais il captive rapidement. Il se présente comme une fresque musicale en plusieurs actes. Sa composition est polymorphe, virevoltante, toujours retombant sur ses pattes. Côté chant, Ringo déploie toute sa palette vocale, alternant graves profonds et aigus soudains. Sa puissance vocale est particulièrement marquante lorsqu’elle roule les « r » à l’envie en chantant certaines phrases en anglais dans la seconde partie. Le piano d’Izawa est virtuose sur ce morceau de plus de six minutes, qui se termine même sur des claquettes de Ringo en kimono dans le clip.

La vidéo, très abstraite, a été réalisée comme toujours par Yūichi Kodama (児玉裕一). On y retrouve Aya Sato, chorégraphe et danseuse, accompagnée de son groupe de 14 danseuses. Si je ne me trompe pas, elles n’étaient plus apparues ensemble depuis les videos de Niwatori to Hebi to Buta (鶏と蛇と豚) et Open Secret (公然の秘密) sortis en 2019. Aya Sato est la protagoniste principale de cette nouvelle vidéo, qui met en scène une lutte intérieure symbolisant la résilience humaine. La mise en scène, expressive et poétique, complète magnifiquement ce morceau atypique, qu’on imagine difficilement interprété par une autre que Ringo. La face B du single, intitulée Matsu ni Tsuru (松に鶴, Este nuevo problema), est plus classique dans sa composition. Chantée entièrement en espagnol, elle débute par des sonorités de samba assez surprenantes. J’ai beaucoup aimé le refrain, et même le juron inattendu en espagnol, facile à comprendre. Depuis le morceau en argentin sur son dernier album, Ringo semble entrer dans une phase hispanisante qui lui va plutôt bien. Ce morceau est également une reprise d’Appa, intitulée Kimochiyo (きもちよ), issu du même album GIGS (2006), avec une musique réarrangée par Izawa et des paroles entièrement réécrites par Ringo.

Je suis donc allé acheter ce nouveau single, ainsi que le Blu-ray du concert Ringo Expo’24 – 景気の回復, au Tower Records de Shinjuku, le jour de leur sortie commune, le mercredi 25 juin 2025. Je savais qu’on y exposait les costumes de la tournée Ringo Expo’24. Certains d’entre eux ont été conçus par le styliste Keisuke Kanda (神田恵介), comme pour la tournée précédente. Petite parenthèse: j’ai été amusé de découvrir que Keisuke Kanda a également collaboré à plusieurs reprises avec Ging Nang Boyz (銀杏BOYZ) pour une ligne de vêtements et de t-shirts. On peut voir certaines de ces pièces portées par Kazunobu Mineta (峯田和伸) et Riho Yoshioka (吉岡里帆), qui est une grande fan de Sheena Ringo. C’est toujours un plaisir de constater que le Tower Records de Shinjuku perpétue la tradition de ces mini-expositions dédiées à Sheena Ringo lors de ses sorties importantes. Les fans sont toujours au rendez-vous dès les premiers jours, prenant des photos des tenues de scène exposées sous verre.🎴

the streets #7

C’est assez reposant pour l’esprit de prendre des photos plus abstraites en se basant simplement sur l’impression que nous donne des formes ou des superpositions de matériaux. On saisit les choses qui nous interpellent sans besoin d’expliquer descriptivement ce que l’on a devant nous. Je pourrais certainement préciser le nom des architectes de certaines des architectures montrées ci-dessus mais je les ai déjà montré plusieurs fois sur Made in Tokyo. Les billets intitulés the streets, comme le précédent, ont tendance à partir dans des directions variées, sans avoir de cohérence très précise. Ces photographies parfois énigmatiques et ces textes qui partent dans tous les sens contribuent à cette image de forêt dense dans laquelle on se perdrait, que j’aime donner à ce blog. Quand j’imagine cette forêt dense, me reviennent en tête les photographies de Yoshihiko Ueda dans le recueil intitulé Quinault prenant pour thème la forêt profonde du parc de Quinault près de Seattle aux États Unis. Je parlais de ce livre dans un billet d’Avril 2011 intitulé Structure and Clouds, sur lequel je reviens régulièrement. Sur Made in Tokyo, certains billets sont plus structurant que d’autres, comme des troncs d’arbres dont la cime dépasserait les autres arbres tout autour. Il y a un certain nombre de billets qui ont pour moi une importance toute particulière et cette importance est souvent liée aux discussions qui suivent dans les commentaires qui m’ont amené vers des directions nouvelles ou conforté dans certaines voies.

Je suis allé voir le Samedi 31 Août 2024 la grande exposition dédiée à l’artiste Japonais Keiichi Tanaami (田名網敬一) au National Art Center Tokyo (NACT). Cette exposition intitulée Adventures in Memory (記憶の冒険) a démarré le 7 Août et fermera ses portes le 11 Novembre 2024. J’ai été très impressionné par le densité de ces œuvres, souvent basées sur des collages de multiples éléments tirés de magazines ou illustrés par lui-même. Cette exposition nous montre aussi ces peintures, un grand nombre de sculptures aux formes fantastiques et objets bizarres aux couleurs fortes. On peut également y voir quelques vidéos expérimentales. Keiichi Tanaami est un artiste qui touche à tout, mais son style reste immédiatement reconnaissable. Cette exposition est la première rétrospective majeure de son œuvre, et en soixante ans de carrière, il y a vraiment beaucoup de belles choses à montrer, certaines étant parfois un peu dérangeantes. L’artiste est mort à l’âge de 88 ans le 9 Août 2024, deux jours seulement après l’ouverture de cette grande exposition. Avec l’exposition CLAMP se déroulant en même temps dans d’autres salles, les propositions artistiques axées pop culture du musée NACT sont particulièrement intéressantes en ce moment.

J’adore retrouver la musique hyperpop d’4s4ki lorsqu’elle créé d’excellent morceaux comme celui intitulé ReEnd (再終焉) de son EP Collective Obsession (集合体大好病) sorti le 4 Octobre 2024. Il s’agit d’une collaboration avec le compositeur et DJ NUU$HI et Eijun Suganami (菅波栄純), guitariste du groupe THE BACK HORN. J’aime beaucoup quand le chant rappé légèrement modifié d’4s4ki s’entoure d’une ambiance musicale qui a de l’ampleur comme ici. L’autre morceau intitulé Ganbariyasan dakara ai shite (頑張り屋さんだから愛して) que j’écoute beaucoup est nettement plus détendu, peut-être parce qu’il s’agit d’une nouvelle collaboration avec Rinahamu qui n’est pas vraiment connue pour partir dans les tours. C’est peut-être parce que les voix d’4s4ki et de Rinahamu sont différentes qu’elles se complémentent bien. Leur autre duo était sur le morceau NEXUS sur l’album Your Dreamland d’4s4ki (2020), qui reste un de ceux que je préfère de cet album. Le EP Collective Obsession démarre par une collaboration avec Dé Dé Mouse intitulée Espa Shōgakusei (エスパー小学生) qui, je trouve, va un peu trop loin dans l’agressivité électronique pour vraiment m’accrocher.

Je n’écoute pas souvent la musique de Seiko Ōmori (大森靖子) mais je reste toujours attentif aux nouveaux albums qu’elle sort. Son dernier s’intitule, dans un anglais un peu approximatif, THIS IS JAPANESE GIRL et il est sorti le 18 Septembre 2024. En survolant les morceaux de l’album, je retiens le cinquième Momoiro Danchi (桃色団地). Mon oreille est certainement attirée par le fait qu’il s’agit d’un duo avec Shūtoku Mukai (向井秀徳) et par le son très appuyé de synthétiseur vintage démarrant le morceau. Il faut aimer la façon très maniérée de chanter de Seiko Ōmori, mais il faut dire que la voix de Shūtoku Mukai est également assez particulière et quand les deux chantent en même temps, on atteint une sorte d’harmonie inattendue. Cette collaboration m’a fait me demander si Seiko Ōmori avait déjà chanté en duo avec Kazunobu Mineta (峯田和伸) de Ging Nang Boyz, une autre figure du rock indé japonais. Je me suis rappelé du single Re: Re: Love, sorti en 2019 dont la vidéo était un véritable petit drama avec les joie, chagrin et dispute d’un couple. Il y a une densité émotionnelle, à chaque fois prête à éclater, dans les morceaux de Seiko Ōmori qui ne laisse pas indifférent, même si personnellement, je n’accroche vraiment que sur certains morceaux, comme les deux mentionnés ci-dessus ou l’album TOKYO BLACK HOLE dont j’avais déjà parlé sur Made in Tokyo et vers lequel je reviens régulièrement.

expanded lights & noisy sounds (ガンマフラッシュ)

Les lumières quand on les étirent font parfois ressembler les objets du décor urbain à des machines animées infernales. On les regarde de loin gesticuler sans arrêts et on ne peut que s’extasier devant ce spectacle formidable.

Côté musique, je reviens une nouvelle fois vers le rock à tendance noise et punk de Ging Nang Boyz (銀杏BOYZ), le groupe fondé par Kazunobu Mineta (峯田和伸), avec leur troisième album studio intitulé Hikari no naka ni tatteitene (光のなかに立っていてね) sorti en 2014. Je le cherchais en fait depuis un bon moment dans les magasins Disk Union de Shinjuku, Shibuya, Ochanomizu ou Shimo-Kitazawa. Je préfère trouver les albums de Ging Nang Boyz en version CD car les photographies ou illustrations sur leurs livrets sont toujours remarquables. Les photographies sur cet album sont une nouvelle fois de Kotori Kawashima (川島小鳥), qui collabore avec Kazunobu Mineta depuis plus de dix ans. Les photographies pour cet album montre l’actrice taïwanaise Yao Aining (ヤオ・アイニン), surnommée Pipi-chan (ピピちゃん), originaire de Kaohsiung. Elle a joué dans un film japonais intitulé Renai Kitanshu (恋愛奇譚集) sorti en 2017, qu’il faudrait que je vois si l’occasion se présente car le synopsis teinté de fantastique a l’air intéressant. Le son de cet album se trouve à mi-chemin entre le premier album You & I’s WW III Love Revolution (君と僕の第三次世界大戦的恋愛革命) et l’album suivant Ne- Minna Daisuki dayo (ねえみんな大好きだよ). Il n’est pas aussi punk que le premier mais reste plus agressif dans son approche que le deuxième. Le premier morceau 17 Sai (17才) est un des meilleurs morceaux de l’album et peut-être même du groupe. Il est particulièrement intéressant car on a le sentiment que Mineta accouche péniblement du morceau en allant chercher les paroles qu’il chante au plus profond de lui-même, et que les extraire lui sont à la fois pénible mais nécessaire et salvateur. Cela donne un morceau très prenant à l’écoute, plein d’une force que l’on ressent très clairement. J’ai lu que l’atmosphère lors de l’enregistrement était assez tendu entre les membres du groupe, voulant eux-mêmes poursuivre leurs propres directions, et que le guitariste Chin Nakamura et le bassiste Abiko ont finalement quitté le groupe après cet album. On ressent tout à fait cette tension dans les morceaux de l’album, sauf qu’elle semble tout de même canalisée pour ressortir dans la puissance du son et du chant, que Mineta maîtrise très bien au delà parfois des cris. J’aime beaucoup la force brute qui se dégage des albums de Ging Nang Boyz, qui n’hésite pas utiliser des sons abrasifs, qu’ils soient issus des guitares ou des synthétiseurs. On ne ressent pas de délicatesse particulière dans ses morceaux mais une émotion sans filtre et à fleur de peau. L’album reste plus abordable que You & I’s WW III Love Revolution et n’hésite pas à introduire des sonorités plutôt pop dans une atmosphère tout de même assez fortement marquée pour les sons punk. Alors bien sûr les sons pourront paraître agressifs et les mélanges de style un peu étonnants comme sur le deuxième morceau Konrinzai (金輪際) ou le troisième Ai shiteru-te yu-te yone (愛してるってゆってよね) ajoutant des sons électroniques, mais le bruit des guitares également présentes est tellement beau. Le quatrième morceau I DON’T WANNA DIE FOREVER est peut-être celui qui va le plus loin dans le grand écart entre ces différents sons et esprits, car les sons électroniques pourraient être empruntés à un groupe d’idoles, mais ça fonctionne étonnamment bien. La constante du groupe est de produire un son d’une jeunesse adolescente particulièrement rafraîchissante, et le chant de Mineta et de son groupe y sont pour beaucoup. Il y a quelque chose du défouloir dans cette musique, quelque chose de pas très raisonnable et résonné, d’excessif et d’exacerbé, qui fait beaucoup de bien, et ce même dans les morceaux plus posés comme le long Hikari (光) qui est un des points marquants de l’album.

Je fais le plus souvent la découverte de nouveaux groupes ou artistes par recommandations YouTube ou sur Instagram, mais il m’arrive de temps en temps de me laisser guider par les avis ou partages laissés par des personnes non directement liées au milieu musical. Je découvre par exemple le groupe américain Turnstile originaire de Baltimore à travers quelques photos d’un concert montrés par le designer Masamichi Katayama sur son compte Instagram. Il se trouve qu’on a quelques goûts en commun et qu’en plus de son métier d’architecte et designer, il consacre régulièrement des billets Instagram à la musique qu’il apprécie et va voir en concert, Tricot par exemple dans le passé mais c’est également un proche d’Ichiro Yamaguchi de Sakanaction. Le nom de groupe Turnstile m’était en fait déjà familier car il sont passés récemment au festival Fuji Rock mais je n’avais jusque là écouter aucun de leurs morceaux. Je découvre donc le rock condensé de Turnstile avec leur troisième album GLOW ON sorti en Août 2021, et c’est une sorte de claque. Le groupe se compose de Brendan Yates au chant, de Pat McCrory à la guitare électrique, Daniel Fang à la batterie et aux percussions, Franz Lyons à la basse, percussions et au chant. Le style est assez difficile à définir car les guitares lourdes et les rythmes de batterie nous ramènent vers le grunge de Nirvana et autres groupes de rock alternatif des années 90, mais l’approche vocale à quelque chose de plus mélodique. On pourra penser à des groupes comme Green Day que je ne connais pourtant pas beaucoup, mais le rock de Turnstile est à mon avis plus imaginatif. Les guitares sur le morceau clé de l’album BLACKOUT sont par exemple beaucoup plus proche du métal, et ce qui est assez étrange, c’est que des rythmes un peu plus latins, de samba notamment sur le morceau DON’T PLAY, viennent s’incruster dans le flot musical en toute fluidité. Il s’agit d’une fusion de nombreux genres avoisinants souvent le punk rock dans la condensation des morceaux ne dépassant en général pas les trois minutes. L’album se compose de 15 morceaux mais ne dépasse pourtant pas les 35 minutes. Le son est dans l’ensemble très puissant et la voix de Yates souvent aux bords du cri est omniprésente. C’est assez difficile de ne pas avoir envie de bouger ou de chanter lorsqu’on écoute cet album, mais il faut éviter les mouvements amples pour ne pas tout casser dans l’appartement. Lors du concert au Zepp DiverCity auquel assistait Masashi Katayama, le public pouvait monter sur scène lors du dernier morceau ce qui rare au Japon, tout ça pour dire l’énergie communicative du groupe.

敷石に立つ僕と太陽の光の間には何もない

Ces photographies sont prises pour la plupart dans le grand sanctuaire Meiji Jingū et datent des premières semaines du mois de Janvier. Le goshuin du sanctuaire vient s’ajouter à la collection et je vais déjà bientôt terminer mon deuxième carnet. Je scannerais certainement mes deux carnets une fois le deuxième terminé. Une fois toutes les pages remplies, cela donne un bel objet avec des signatures de sanctuaires et temples parfois éloignés, à Nagano ou à Yamagata par exemple. Il faudrait presque l’avoir tout le temps avec soi, ce que je ne fais malheureusement pas assez souvent. Les dragons, signes de cette nouvelle année, étaient de sortie à Meiji Jingū, dont certains sculptés dans la glace pour une exposition en plein air dans la grande allée menant au centre du sanctuaire.

De Sakanaction (サカナクション), je connais déjà un certain nombre de morceaux piochés sur différents albums mais je n’avais jusqu’à maintenant jamais écouté un album en entier. Les hasards des découvertes dans les magasins Disk Union m’amènent cette fois-ci vers l’album Night Fishing. Il s’agit du deuxième album du groupe sorti le 23 Janvier 2008. Je suis d’abord assez surpris de l’approche à la fois électronique et indie rock de l’album. Pour l’électronique, la trame du quatrième morceau Ame ha Kimagure (雨は気まぐれ) me plait beaucoup, surtout dans la manière par laquelle elle vient s’accorder avec le morceau suivant purement instrumental électronique Malaysia 32 (マレーシア32). On ne devinerait à priori pas sans le savoir qu’il s’agit d’un morceau de Sakanaction. Dans les morceaux plus indie rock, la mélancolie du morceau Uneri (うねり) me parle beaucoup. On n’est parfois pas très loin de morceaux que pourrait composer et chanter Quruli, dix années auparavant. Des morceaux comme Sample (サンプル) et surtout Night Fishing is Good (ナイトフィッシングイズグッド) sont beaucoup plus fidèles aux compositions que je connaissais du groupe. Le troisième morceau Night Fishing is Good est même d’ailleurs l’archétype de la musique future du groupe, du moins ce que j’en connais. La composition polymorphe du morceau est vraiment brillante. L’intervention inattendue des chœurs à la mode Queen peuvent surprendre le néophyte mais ce n’était pas vraiment mon cas, connaissant déjà un morceau comme Bach no Senritsu wo Yoru ni Kiita Sei Desu (『バッハの旋律を夜に聴いたせいです。』) sur l’album Documentaly, dont la composition m’avait par contre surpris et intrigué à la première écoute, il y a plusieurs années de cela. Le dernier morceau Amsfish (アムスフィッシ) compte également parmi les très beaux morceaux de cet album, notamment pour sa charge émotive croissante. Je trouve que certains morceaux arrivent mieux que d’autres à s’associer dans la mémoire à des lieux parcourus. Je me souviens très bien avoir écouté pour la première fois ce morceau en parcourant de nouveau le grand parc central de Nishi-Shinjuku. Je me pose même la question si certaines musiques ont des forces d’évocation spatiales plus prononcées que d’autres. En fait, il ne s’agit pas vraiment du seul album de Sakanaction que j’ai écouté en entier, car il y a également celui intitulé 834.194 sorti en 2019. Je l’écoute souvent dans la voiture avec le compte Spotify du fiston, mais je ne l’ai pas encore acheté. J’en reparlerais certainement un peu plus tard.

Parler dans les commentaires d’un billet récent des livres d’illustrations d’Hisashi Eguchi (江口寿史), en particulier de celui intitulé RECORD: 1992-2020, m’a rappelé que je n’avais pas encore parlé ici de l’album de Ging Nang Boyz (銀杏BOYZ) qui utilise justement cette même illustration de Hisashi Higuchi comme couverture d’album. Le livre d’illustrations RECORD, comme son nom l’indique, regroupe les illustrations utilisées pour les couvertures d’albums de différents artistes et celle de l’album de Ging Nang Boyz est une des plus emblématiques. L’album s’intitule Kimi to Boku no Daisanji Sekai Taisenteki Renai Kakumei (君と僕の第三次世界大戦的恋愛革命) qu’on pourrait traduire par Toi et moi et la révolution amoureuse de la Troisième Guerre mondiale. Ce titre à rallonge traduit à mon avis assez bien la démesure rock de cet album. Tout comme l’excellent album Nee Minna Daisuki Dayo (ねえみんな大好きだよ) dont j’ai déjà parlé précédemment, cet album commence par des premiers morceaux de punk rock bruyant et immature. On y trouve une énergie adolescente débordante sonnant comme du live et une urgence de tous les moments. Les quatre premiers morceaux sont particulièrement bordéliques. On se demande un peu où on va au début mais le deuxième morceau SKOOL KILL me séduit rapidement, et cette approche sonore et vocale sans compromis me plait déjà beaucoup. Il ne faut pas en abuser bien sûr, mais ce type de sons fait beaucoup de bien de temps en temps. Le leader du groupe, Kazunobu Mineta (峯田和伸), est le principal chanteur sur tous les morceaux mais il se fait souvent accompagner par les autres membres du groupe dans les chœurs qui crient plus qu’ils ne chantent. Cela donne parfois un son assez sauvage qui n’a pas grand chose à voir avec l’apparente sérénité de l’illustration de la couverture. Enfin si, les morceaux de Ging Nang Boyz transcrivent une certaine immaturité masculine de la jeunesse (le seishun qui est un thème central) qui vient contraster avec une figure féminine idyllique. Les premiers morceaux sont vraiment axés punk rock et la suite de l’album se tourne progressivement vers une approche plus pop-rock mais avec toujours une énergie débordante et des guitares agressives très présentes. Dans l’ensemble, l’album est quand même beaucoup plus punk que Nee Minna Daisuki Dayo. Il y a tout de même quelques morceaux apaisés comme le dixième morceau Hyōryū kyōshitsu (漂流教室). Je suis particulièrement satisfait de retrouver un duo avec YUKI sur le huitième morceau Kakenukete Seishun (駆け抜けて性春). Sur l’album Nee Minna Daisuki Dayo, ils chantaient ensemble sur Koi ha Eien (恋は永遠). Cet album n’est très certainement pas pour toutes les oreilles, mais est pour sûr emblématique dans le genre. L’album se termine par un morceau intitulé Tokyo (東京) qui je pourrais rajouter dans la playlist de morceaux exclusivement intitulés Tokyo que J’avais commencé il y a quelques temps. Les artistes provenant des provinces (Mineta vient de Yamagata) écrivent souvent des morceaux prenant la capitale pour titre et sujet. Le style musical de Ging Nang Boyz est extrêmement différent de celui de l’album ci-dessus de Sakanaction, mais j’aime tout de même faire ce genre de grand écart. D’une certaine manière, ces deux groupes composent et écrivent leur musique distinctive sans compromis, et c’est ce qui me plait tout particulièrement.

言葉以上・現実以上

Le retour au rythme tokyoïte sur Made in Tokyo n’est pas aussi facile que je l’imaginais. Le sentiment de fatigue post-Covid m’a poursuivi plusieurs semaines et j’ai par conséquent eu un manque de volonté et d’énergie pour me lancer dans l’écriture de longs billets comme j‘ai pu en écrire jusqu’à présent avant nos vacances en France ou comme je le fais maintenant. Et pourtant, le niveau de fréquentation particulièrement haut du blog pendant le mois d’Août aurait dû me motiver un peu plus. La chaleur estivale infernale avec ces 35 degrés tous les jours de la semaine est peut propice aux promenades photographiques, mais j’ai tout de même marcher près du gymnase de Yoyogi, où des danses Yosakoi (よさこい) ont attiré mon attention. Le Yosakoi est une interprétation moderne de la danse traditionnelle Awa-Odori que l’on peut souvent voir dans les festivals d’été. Plusieurs groupes habillés de tenues différentes dansaient les uns après les autres, d’une manière très dynamique caractéristique du genre, le long de la large allée piétonne séparant le Hall de la NHK du gymnase de Yoyogi. La musique qui accompagne les danses a un côté un peu kitsch mais l’énergie communicative des danseurs et danseuses faisaient plaisir à voir. Ils m’ont en quelque sorte transmis un peu de leur énergie. Bien que je n’ai pas publié de billets pendant ces vacances françaises, ça ne m’a pas empêché de réfléchir à la direction que je devrais donner à ce blog. Je me suis dit que ça n’avait pas beaucoup de sens de montrer des photos de choses et d’endroits que j’ai déjà maintes fois montré et qu’il faudrait que j’y apporte une touche un peu plus personnelle et spécifique à mon style visuel. Il faudrait aussi que je travaille un peu plus la sensibilité des textes qui accompagnent mes photographies pour éviter le descriptif.

Mais cette sensibilité est de toute façon grandement et principalement influencée par la musique que j’écoute. Je me remets lentement mais sûrement à écouter de nouvelles très belles choses musicalement. Quand je me perds dans la direction de ce que je veux écouter, je reviens souvent vers LUNA SEA et cette fois-ci, j’écoute beaucoup l’album Lunacy de 2000. Je l’avais acheté en CD à l’époque et ce n’est pas l’album vers lequel je reviens le plus souvent, ce qui est une erreur car le morceau Gravity est un de leurs meilleurs. J’avais aussi oublié que certains morceaux étaient des collaborations avec DJ KRUSH, comme celui intitulé KISS. Quelques morceaux au milieu de l’album sont particulièrement inspirés, notamment le sublime Virgin Mary. C’est un long morceau de plus de 9 minutes placé exactement au centre de l’album. Ce morceau me rappelle que Ryuchi Kawamura utilise régulièrement des références religieuses, en particulier chrétiennes, dans les paroles de ses morceaux. Il m’est d’ailleurs arrivé plusieurs fois d’être assis à côté de sa femme et de son fils à l’église avec mon grand lorsqu’ils étaient petits dans la même école maternelle. Ryuchi Kawamura ne venait bien évidemment pas. Je n’ai malheureusement jamais pu dire à sa femme toute l’admiration que j’avais pour lui. LUNA SEA est le seul groupe qui fait le lien entre la musique japonaise que j’écoutais en France et celle que j’écoute encore maintenant. Écouter LUNA SEA remet en quelque sorte les pendules à l’heure, pour me permettre de repartir vers d’autres horizons.

Dans ces belles découvertes récentes, il y a le morceau Kikikaikai (器器回回) de Nagisa Kuroki (黒木渚) sorti le 23 Août 2023. Je ne connaissais pas cette compositrice et interprète originaire de la préfecture de Miyazaki dans le Kyūshū. Je la découvre par l’intermédiaire de la photographe et vidéaste Mana Hiraki (平木希奈), que j’ai déjà évoqué plusieurs fois sur ce blog, car elle a réalisé la vidéo de ce morceau. Cette vidéo est très inspirée d’ailleurs, comme peut l’être le morceau. Nagisa Kuroki a fait ses études à Fukuoka, ce qui peut expliquer qu’Hisako Tabuchi (田渕ひさ子) ait joué de la guitare sur certains enregistrements de ses morceaux. Mais Hisako Tabuchi ne joue pas sur le morceau que j’écoute en ce moment. Kikikaikai a une composition brillante, très méthodique avec un flot verbal en escalade. La dynamique du morceau est très prenante et laisse peu de temps au répit sans pourtant être poussive. La dernière minute de Kikikaikai est particulièrement excellente car la densité et la tension vocale deviennent débordantes. C’est un excellent morceau qui se savoure d’autant plus après plusieurs écoutes.

Le morceau asphyxia de Cö shu Nie sur l’album PURE n’est pas récent car il date de 2019, mais l’idée m’est venu de revenir un peu vers la musique de ce groupe après avoir vu plusieurs fois la compositrice et interprète Miku Nakamura (中村未来) sur mon flux Twitter (on dit maintenant X mais je préfère l’ignorer pour l’instant) ou Instagram. Le morceau asphyxia est une sorte d’objet musical non identifié car la voix de Miku et la composition musicale ont toutes les caractéristiques de déconstruction du math rock. On y trouve une grande élégance et inventivité. Le morceau nous trimballe sur différentes voies comme si le train musical déraillait soudainement pour se rattraper de justesse vers une nouvelle direction. Mais le morceau n’en reste pas moins très construit. On peut se demander ce qui passe par la tête de la compositrice pour en arriver à de telles envolées. Sur le même album, j’écoute également Zettai Zetsumei (絶体絶命), car je suis attiré par le titre me rappelant un morceau de Tokyo Jihen. Ce morceau est un peu plus conventionnel et calme qu’asphyxia, mais juste un peu car l’escalade instrumentale est toujours bien présente, pour mon plus grand bonheur, il faut bien le dire. C’est un style musical, un peu comme celui de Ling Toshite Sigure, qui me paraît tout à fait unique au Japon.

L’émission radio du dimanche soir What’s New FUN? de Teppei Hayashi (林哲平) sur InterFm me fait découvrir le rappeur originaire d’Oita Skaai qui y était invité pour une interview. Quelques morceaux de Skaai étaient diffusés, notamment celui intitulé Scene! en collaboration avec Bonbero. Ce morceau de hip-hop en duo est vraiment excellent pour son ambiance sombre et atmosphérique, comme on pourrait en trouver chez DJ KRUSH, et pour les talents vocaux multiples de Skaai. J’adore le hip-hop lorsqu’il part vocalement vers ce genre de terrains mouvants. Je découvre plus tard un autre excellent morceau hip-hop de Skaai intitulé FLOOR IS MINE (featuring BIM, UIN). La voix de Skaai chantant en anglais le refrain me rappelle vaguement un morceau de Red Hot Chili Pepper mais je n’arriverais pas à vraiment dire lequel. Le compte Twitter de Skaai m’indique également une collaboration avec le rappeur coréen nommé 27RING (이칠링) sur un morceau énorme intitulé Brainwashing (세뇌) Ultra Remix tiré de son album 27LIT. Le morceau est énorme car il fait plus de 8 minutes et fait collaborer pas moins de 12 rappeurs prenant la parole les uns à la suite des autres sur une trame commune dense et anxiogène. Je ne connais pas tous ces noms (TAK, Moosoo, DON FVBIO, Ted Park, maddoaeji, Boi B, DAMINI, New Champ, Lee Hyun Jun, Skaai, Asol) qui semblent principalement coréens à part Skaai (qui est en fait moitié coréen, parlant la langue). La puissance de l’ensemble et son agressivité conservant un bon contrôle des phrasés parfois ultra-rapides, m’impressionnent vraiment. Chaque intervention des rappeurs invités est entrecoupée d’exclamations proche du cri de 27RING scandant en coréen dans le texte « Mon cerveau a subi un lavage de cerveau » (세뇌 당했지 나의 뇌). La vidéo très graphique est viscérale et correspond bien à l’ambiance du morceau. Il faut d’ailleurs l’écouter fort dans les écouteurs en regardant la vidéo pour bien s’immerger. Je me sens parfois reconnaissant, envers je ne sais qui ou quoi, de tomber sur ce genre de morceaux qui réveillent mon émerveillement musical.

Je reviens ensuite vers des terrains rock plus connus en écoutant le nouveau single du groupe Hitsuji Bungaku (羊文学) intitulé More than Words. J’aime la voix de Moeka Shiotsuka (塩塚モエカ) qui a un petit quelque chose de particulier et que je trouve très mature sur ce morceau. Dès les premières notes, le son des guitares est très présent, rempli de réverbération, et le rythme de la batterie est extrêmement soutenu. Je suis toujours surpris par la qualité du son qu’il et elles arrivent à sortir à trois. Le son des guitares est ici très spacieux. Ce single est utilisé comme thème de fin de l’anime à succès Jujutsu Kaisen (呪術廻戦), du mangaka Gege Akutami (芥見下々), pour une série intitulée Shibuya Jihen (渋谷事変), à ne pas confondre avec Tokyo Jihen (東京事変). Le thème d’ouverture de ce même anime est un morceau de King Gnu intitulé Specialz (スペシャルズ) qu’il me faudra écouter un peu plus (en tout cas la vidéo est impressionnante). En ce moment, j’écoute aussi deux EPs de Hitsuji Bungaku, à savoir Kirameki (きらめき) sorti en 2019 et Zawameki (ざわめき) sorti en 2020. Je ne connaissais en fait pas ces EPs en entier. En les écoutant, je me prépare en quelque sorte pour le concert à Tokyo Haneda le mois prochain, en Octobre 2023. J’ai très hâte d’aller les voir en live. Je sais déjà que ça rendra bien, pour les avoir vu et entendu en streaming lors de leur passage au festival Fuji Rock, il y a quelques années.

Shinichi Osawa (大沢伸一) de MONDO GROSSO produit le nouveau morceau d’Hikari Mitsushima (満島ひかり) intitulé Shadow Dance. C’est à ma connaissance la troisième collaboration entre les deux artistes. Ce morceau est très beau. L’élégance naturelle d’Hikari Mitsushima déteint forcément sur ce morceau, qui est très délicat, notamment dans ses moments parlés. Ce morceau fait apparemment référence au court métrage publicitaire Kaguya by Gucci, réalisé par Makoto Nagahisa dans lequel Hikari Mitsushima jouait déjà. Pour les plus attentifs, j’en ai déjà parlé plusieurs fois. La qualité de la production musicale de MONDO GROSSO n’est plus à démontrer et je suis toujours très satisfait qu’il travaille avec des artistes que j’aime, comme Daoko, Sheena Ringo, AiNA entre autres. J’aimerais d’ailleurs beaucoup que Sheena Ringo écrive un morceau pour Hikari Mitsushima. Il y a déjà des liens entre les deux. J’ignore par contre complètement le morceau que Sheena Ringo a écrit et composé récemment pour Sexy Zone. Faisons comme si il n’avait jamais existé car il n’est de toute façon pas brillant. Je suis également assez déçu par le nouveau single d’Utada Hikaru (宇多田ヒカル) intitulé Gold (~また逢う日まで~). Le morceau est loin d’être mauvais mais il n’a absolument rien d’original, par rapport à ses morceaux précédents. Je l’ai bien écouté plusieurs fois, mais j’ai beaucoup de mal à m’en souvenir. Elle aurait besoin d’un nouveau souffle et je ne doute pas qu’elle le trouvera, comme ça avait été le cas pour l’album Fantôme. Cet album ne semble d’ailleurs pas être le préféré des amateurs d’Utada Hikaru. C’est pourtant pour moi un des plus intéressants et celui qui m’a fait revenir vers sa musique. Et pour revenir à MONDO GROSSO, quelle plaisir de voir une collaboration avec KAF (花譜) dont je parle aussi assez souvent sur ces pages. Le morceau qui vient juste de sortir s’intitule My Voice (わたしの声). Il mélange habilement des sons classiques de piano et de cordes avec un rythme électronique particulièrement intéressant et la voix immédiatement reconnaissable de la chanteuse virtuelle KAF (qui est une vraie personne représentée par son avatar). Comme je le disais un peu plus haut, les choix artistiques de Shinichi Osawa m’épatent vraiment car ils sont quasiment en adéquation avec les artistes que j’apprécie.

Je ne vous obligerais pas à me suivre sur le dernier morceau sélectionné sur cette petite playlist de fin d’été, car la voix d’Ayuni D n’est pas la plus évidente à apprécier. Mais le nouveau morceau Tondeyuke (飛んでゆけ) de son groupe PEDRO qu’elle forme avec Hisako Tabuchi est vraiment enthousiasmant. En fait, j’aime beaucoup l’ambiance bucolique de la vidéo accompagnant le morceau, et le sentiment de nonchalance estivale qui l’accompagne. La manière de chanter d’Ayuni sur ce morceau, en chuchotant presque la fin de chaque phrase, me plait aussi beaucoup. Et il y a un petit passage de guitare vers la fin du morceau où les sons que dégage Hisako me rappellent Sonic Youth. Ce single et la musique de PEDRO ont apparemment un certain succès. J’étais plutôt surpris d’entendre que Tondeyuke était placé à la 54ème place du classement hebdomadaire Tokio Hot 100 de la radio J-Wave, que j’écoute très régulièrement le dimanche après-midi (de 13h à 17h) lorsque nous sommes en voiture. Après la dissolution de BISH, ça fait plaisir de voir chacune des anciennes membres trouver une nouvelle voix. C’est aussi le cas de CENTCHiHiRO CHiTTiii qui s’est lancé dans une carrière solo sous le diminutif de CENT. Son nouveau single Kesshin (決心) est un rock plutôt classique et j’étais assez surpris de voir que la musique a été composée par Kazunobu Mineta (峯田和伸) de Ging Nang Boyz (銀杏BOYZ).

AiNA The End a une carrière musicale pour l’instant très dense et on pourra la voir bientôt au cinéma sur le nouveau film du réalisateur Shunji Iwai (岩井俊二), Kyrie no Uta (キリエのうた). J’ai très récemment trouvé au Disk Union de Shimokitazawa le CD de la bande originale du film All About Lily Chou Chou (リリイ・シュシュのすべて) sorti en 2001, du même Shunji Iwai. J’avais déjà parlé sur ce blog de la musique du film chantée par Salyu. Le premier morceau intitulé Arabesque (アラベスク), qui accompagne les premières images du film dans les herbes hautes près d’Ashikaga (足利駅) dans la préfecture de Tochigi, est tellement sublime que je le compte volontiers dans la liste des morceaux que je préfère. La force d’évocation émotionnelle de cette musique et de la voix extrêmement sensible de Salyu me donnent à chaque fois des frissons. C’est proche du divin, sans trop exagérer. J’ai du coup revu le film qui m’avait beaucoup marqué la première fois que je l’avais vu. Je suis très curieux des films de Shunji Iwai mais ils ne sont pas disponibles sur Netflix ou Amazon Prime. J’ai quand même vu récemment le film Last Letter (ラストレター) sorti en 2020 basé sur un roman qu’il à écrit lui-même. Beaucoup d’actrices et d’acteurs reconnus jouent dans ce film, comme Takako Matsu, Suzu Hirose, Nana Mori et Masaharu Fukuyama entre autres. La surprise était de voir le réalisateur Hideaki Anno (de Neon Genesis Evangelion) joué un second rôle, celui du mari du personnage joué par Takako Matsu. Que ça soit sur des films ou des drama télévisés, je croise souvent la route de Takako Matsu (松たか子) en ce moment. La dernière fois était sur le drama Quartet (カルテット), dans lequel jouait également Hikari Mitsushima. Tout finit par se reboucler dans mes billets.