



J’avais bien mentionné dans le billet précédent un passage au sanctuaire Yushima Tenman-gū (湯島天満宮), qu’on appelle plus communément Yushima Tenjin (湯島天神). Le voici donc dans les quatre premières photographies du billet, depuis l’une de ses approches par l’étroite rue Gakumon (学問の道). Il est situé dans l’arrondissement de Bunkyō, non loin du grand étang Shinobazuno-Ike, dans le parc d’Ueno. Fondé en 458, il est initialement dédié au kami Ame-no-Tajikarao (天手力男神), dont le nom signifie « la puissance de la main céleste ». En 1355, le sanctuaire devient un lieu de culte en l’honneur de Sugawara no Michizane (菅原道真), lettré, poète et homme politique de l’époque de Heian, divinisé sous le nom de Tenjin, dieu des études et de l’intellect. Cela explique le second nom du sanctuaire. Très fréquenté par les étudiants avant les périodes d’examens et de concours, il attire ceux qui cherchent à bénéficier de la protection de Tenjin. Je n’ai pas d’examens à préparer, mais je fais tout de même le tour du sanctuaire. Il est malheureusement un peu tard pour obtenir le sceau goshuin, mais je n’attendrai peut-être pas vingt ans avant d’y revenir.


Les photographies suivantes ont été prises à Ginza, un tout autre jour. Il s’agit de l’Okuno Building (奥野ビル), datant de l’ère Shōwa. Construit en 1932 — et en 1934 pour l’annexe — par l’architecte Ryōichi Kawamoto (川元良一), il repose sur une structure en béton armé conçue pour résister aux tremblements de terre. Le bâtiment abritait à l’origine des appartements de haut standing, mais il accueille aujourd’hui des boutiques et galeries d’art réparties sur tous les étages. Un seul appartement subsiste dans son état d’origine, le numéro 306, que l’on peut visiter uniquement le 6 du mois. Nous avons parcouru les six étages du bâtiment principal et de son annexe, en commençant par l’ascenseur à porte manuelle. L’ambiance intérieure, notamment dans les couloirs et les escaliers, conserve un charme rétro. On a réellement l’impression de se perdre dans une autre époque.


Au sixième étage, nous sommes d’abord attirés par le Salon de Lã, également appelée Galerie Lã (ギャルリー ラー), qui occupe les appartements 601 et 607. On y trouvait une exposition d’artisanat traditionnel en menuiserie par Sato Mokkō (佐藤木工), présentant notamment des meubles japonais contemporains créés sur mesure selon des techniques traditionnelles. J’ai été particulièrement impressionné par les tables basses octogonales laquées, au design complexe en assemblage de type masugumi (斗組), rappelant l’architecture miniature des sanctuaires. On retrouve clairement chez Sato Mokkō le savoir-faire des charpentiers de sanctuaires, ainsi qu’un raffinement délicat, notamment dans les petites boîtes à trésors appelées Tamatebako (玉手箱). On pouvait admirer différentes boîtes en bois, aux finitions laquées dans divers coloris, dont certains très pop et modernes. La dame de la galerie a pris le temps de nous expliquer en détail la finesse de ces objets, que l’on pouvait acheter — même si leurs prix restent très élevés, voire inaccessibles. Nous avons ensuite parcouru les autres étages du bâtiment Okuno, sans trop nous attarder. Le parcmètre devait déjà avoir largement dépassé l’heure, et il valait mieux éviter une contravention de la part de la patrouille verte de surveillance du stationnement (駐車監視員). Et pourtant, en sortant de l’Okuno Building, je les vois déjà rôder autour de la voiture. Je me précipite aussitôt, tel un lièvre, pour leur signifier gentiment mais fermement que je suis justement en train de partir. Leur procédure d’enregistrement d’une contravention prenant heureusement plusieurs minutes, intercepter leur inspection permet d’arrêter le processus à temps.

Le petit concert de macaroom sur YouTube intitulé a tiny tiny room concert fut une très agréable surprise. Dans un format minimaliste, le groupe a interprété trois morceaux sur le thème de la pluie, dans une ambiance tout à fait détendue. Le dernier titre, sorti le 11 juin 2025, s’intitule Nagaame (長雨), un nom très approprié à la saison humide actuelle. Comme toujours chez macaroom, on retrouve la délicatesse des compositions d’Asahi et la voix douce et expressive d’Emaru, jusque dans ses soupirs insistants. Chaque écoute me procure des instants de poésie qui me soulagent, l’espace d’un moment, des tracas du quotidien. Par coïncidence, j’écoute en ce moment un autre morceau centré sur la pluie. J’ai découvert la chanson Ame (雨) d’Eiji Miyoshi (三善英史) lors d’une émission de radio. Elle a immédiatement capté toute mon attention. Il s’agit d’une ballade enka sortie en mai 1972, racontant l’histoire d’une femme attendant, sous la pluie un samedi après-midi, un homme qui ne viendra jamais. Le chant traduit avec finesse et poésie cette attente, cette solitude, et la souffrance silencieuse causée par une promesse non tenue. Le morceau respecte les codes du enka dès les premières notes. Bien que je sois loin d’être un spécialiste du genre, son écoute m’est étrangement familière, sans doute parce que j’en ai souvent entendu malgré moi à la télévision. Je ne cache pas mon envie d’explorer davantage ce style, dans la veine de Ame d’Eiji Miyoshi. Je me suis alors tourné vers Meiko Kaji (梶芽衣子).



Je savais depuis longtemps que j’en viendrais à écouter les morceaux enka de l’actrice et chanteuse Meiko Kaji, mais j’ignorais quand cela arriverait. Le premier morceau à s’imposer à moi fut The Flower of Carnage (修羅の花), tiré du film Shurayuki-hime (修羅雪姫, Lady Snowblood), réalisé en 1973 par Toshiya Fujita. L’écoute du morceau m’a poussé à voir le film. Meiko Kaji y incarne Yuki, formée dès l’enfance aux arts martiaux pour accomplir une vendetta sanglante visant à venger sa mère. Le film possède une esthétique stylisée magnifique. Yuki y accomplit sa vengeance avec une froideur implacable et une violence très graphique. Le film a d’ailleurs fortement influencé Kill Bill de Quentin Tarantino, qui a repris The Flower of Carnage pour sa bande-son. Si j’avais trouvé Kill Bill un peu ridicule dans son approche excessive, j’ai été au contraire fasciné par la justesse et l’intensité de Lady Snowblood. L’interprétation de Meiko Kaji, surtout par l’expression de son regard, et l’esthétique globale du film y sont pour beaucoup. Ces deux morceaux, celui de Meiko Kaji et celui d’Eiji Miyoshi, m’ont donné une irrésistible envie de découvrir d’autres titres enka. Mais par où continuer? La question reste ouverte. En attendant, j’écoute bien sûr le nouveau single de Sheena Ringo.



Le nouveau single de Sheena Ringo, sorti en CD le mercredi 25 juin 2025, s’intitule Susuki ni Tsuki (芒に月) et comporte un second titre en espagnol, La velada legendaria. Il était déjà disponible en version digitale quelques jours auparavant, et c’est ainsi que je l’ai découvert. Cela ne m’a pas empêché d’acheter le CD au Tower Records de Shinjuku, qui avait organisé une petite exposition en l’honneur de Sheena Ringo, comme à chaque sortie importante. Ce nouveau single est une reprise du morceau Gipsy (ジプシー) de l’album GIGS du groupe Appa (あっぱ), fondé en 2004 par Ichiyō Izawa (伊澤一葉), de son vrai nom Keitarō Izawa (伊澤啓太郎), pianiste et chanteur du groupe. Il est accompagné de Hideaki Hotta (堀田秀顕) à la basse et de Kazuto Satō (佐藤一人) à la batterie. Sheena Ringo avait déjà donné un aperçu du morceau durant sa tournée Ringo Expo’24. La version remaniée par Izawa pour Ringo conserve la structure musicale du morceau original, tout en la rendant plus riche et plus mature. Ringo en a toutefois entièrement réécrit les paroles, établissant un contraste entre une société japonaise rigide, parfois désabusée, et une quête poétique et spirituelle de transformation et de réconciliation. Dès la première écoute, le morceau intrigue par son début déconcertant, mais il captive rapidement. Il se présente comme une fresque musicale en plusieurs actes. Sa composition est polymorphe, virevoltante, toujours retombant sur ses pattes. Côté chant, Ringo déploie toute sa palette vocale, alternant graves profonds et aigus soudains. Sa puissance vocale est particulièrement marquante lorsqu’elle roule les « r » à l’envie en chantant certaines phrases en anglais dans la seconde partie. Le piano d’Izawa est virtuose sur ce morceau de plus de six minutes, qui se termine même sur des claquettes de Ringo en kimono dans le clip.
La vidéo, très abstraite, a été réalisée comme toujours par Yūichi Kodama (児玉裕一). On y retrouve Aya Sato, chorégraphe et danseuse, accompagnée de son groupe de 14 danseuses. Si je ne me trompe pas, elles n’étaient plus apparues ensemble depuis les videos de Niwatori to Hebi to Buta (鶏と蛇と豚) et Open Secret (公然の秘密) sortis en 2019. Aya Sato est la protagoniste principale de cette nouvelle vidéo, qui met en scène une lutte intérieure symbolisant la résilience humaine. La mise en scène, expressive et poétique, complète magnifiquement ce morceau atypique, qu’on imagine difficilement interprété par une autre que Ringo. La face B du single, intitulée Matsu ni Tsuru (松に鶴, Este nuevo problema), est plus classique dans sa composition. Chantée entièrement en espagnol, elle débute par des sonorités de samba assez surprenantes. J’ai beaucoup aimé le refrain, et même le juron inattendu en espagnol, facile à comprendre. Depuis le morceau en argentin sur son dernier album, Ringo semble entrer dans une phase hispanisante qui lui va plutôt bien. Ce morceau est également une reprise d’Appa, intitulée Kimochiyo (きもちよ), issu du même album GIGS (2006), avec une musique réarrangée par Izawa et des paroles entièrement réécrites par Ringo.


Je suis donc allé acheter ce nouveau single, ainsi que le Blu-ray du concert Ringo Expo’24 – 景気の回復, au Tower Records de Shinjuku, le jour de leur sortie commune, le mercredi 25 juin 2025. Je savais qu’on y exposait les costumes de la tournée Ringo Expo’24. Certains d’entre eux ont été conçus par le styliste Keisuke Kanda (神田恵介), comme pour la tournée précédente. Petite parenthèse: j’ai été amusé de découvrir que Keisuke Kanda a également collaboré à plusieurs reprises avec Ging Nang Boyz (銀杏BOYZ) pour une ligne de vêtements et de t-shirts. On peut voir certaines de ces pièces portées par Kazunobu Mineta (峯田和伸) et Riho Yoshioka (吉岡里帆), qui est une grande fan de Sheena Ringo. C’est toujours un plaisir de constater que le Tower Records de Shinjuku perpétue la tradition de ces mini-expositions dédiées à Sheena Ringo lors de ses sorties importantes. Les fans sont toujours au rendez-vous dès les premiers jours, prenant des photos des tenues de scène exposées sous verre.🎴





















Je le cherchais en fait depuis un bon moment dans les magasins Disk Union de Shinjuku, Shibuya, Ochanomizu ou Shimo-Kitazawa. Je préfère trouver les albums de Ging Nang Boyz en version CD car les photographies ou illustrations sur leurs livrets sont toujours remarquables. Les photographies sur cet album sont une nouvelle fois de
Je fais le plus souvent la découverte de nouveaux groupes ou artistes par recommandations YouTube ou sur Instagram, mais il m’arrive de temps en temps de me laisser guider par les avis ou partages laissés par des personnes non directement liées au milieu musical. Je découvre par exemple le groupe américain 



















