光に影の光

Dans un coin de Daikanyama, bien à l’écart de la grande avenue où l’on trouve le Tsutaya Daikanyama T-site conçu par Klein Dytham et le complexe Hillside Terrace par Fumihiko Maki, se construit une étrange structure dorée qui ne donne pas encore son nom. Son étoile en miroir et les inscriptions CD au dessus de chacune des ouvertures ne laissent pas de doute qu’il s’agit d’un nouveau grand magasin pour la marque de luxe Dior. Son emplacement isolé est inhabituel. L’espace particulièrement vaste de ce nouvel ensemble en construction explique peut-être le choix de ce lieu. On ne peut voir pour l’instant que la façade dorée composée de formes imitant le bambou. Le bâtiment qui se trouve derrière semble être de facture plus classique mais on le devine à peine. Cette structure dorée ressemble à un bâtiment occidental avec une touche japonisante renforcée par le jardin alentour composé de pins également en cours de préparation. Daikanyama fonctionne comme un espace commercial décentralisé où les divers magasins et cafés sont éparpillés dans le quartier. Cet nouvel enseigne Dior contribuera peut-être à ’étendre’ la carte du quartier. Il ne faut pas oublier que non loin de là se trouve également la boutique Supreme, certes dans un tout autre genre, qui attire également occasionnellement les foules, pour des raisons qui m’échappent encore, mais là est un autre sujet.

Quand je passe à Daikanyama, j’entre quasiment systématiquement dans le Tsutaya T-site pour voir les petites expositions en cours. On y montrait l’autre jour quelques photos du groupe Hitsuji Bungaku à l’occasion de la sortie de leur nouvel album. Les expositions, autour du grand escalier central, ne sont pas toujours intéressantes mais j’aime faire le curieux. Dans le bâtiment central du T-site, on y vendait un gros livre d’architecture donnant une rétrospective complète de l’oeuvre architecturale très développée à Tokyo de Klein Dytham architecture (KDa). La surprise était de voir les fondateurs de KDa, Astrid Klein et Mark Dytham, ainsi que l’architecte associé Yukinari Hisayama, sur place pour faire la promotion de leur livre. Ils étaient bien entourés et je n’ai pas tenté de les approcher, n’ayant pas vraiment l’intention d’acheter le gros bouquin rétrospective même si j’apprécie leur créations architecturales. Si l’occasion de leur parler s’était présentée, j’aurais certainement évoqué un de leurs premiers bâtiments à Tokyo, la petite mais impressionnante structure en porte-à-faux du Undercover Lab. Lorsque je l’avais montré en photo sur Instagram il y a plus de six ans, Mark Dytham avait réagi avec un commentaire, qui m’avait pour sûr fait très plaisir. En regardant le site web de KDa, je réalise que leur bureau a déménagé à Daikanyama alors qu’ils étaient pendant longtemps situés à Ebisu, dans un immeuble qui est d’ailleurs plutôt ancien. La coïncidence est que j’avais justement dans l’idée d’aller dans cet ancien immeuble pour y voir une exposition photographique dans la galerie See You Gallery du deuxième étage.

La photographe Mana Hiraki (平木希奈) dont je parle assez régulièrement sur ses pages est très active. En plus de la photographie, elle réalise très régulièrement des videos musicales pour des artistes souvent féminines. Elle expose en ce moment une série de photographies dans la galerie See You Gallery située à quelques minutes de la station d’Ebisu. Son exposition personnelle s’intitule Amour et s’y déroule du 31 Octobre au 9 Novembre 2025. Elle retrouve RINA du groupe pop rock SCANDAL (スキャンダル) pour la série de photographies de l’exposition. Il s’agit en fait de la deuxième exposition faisant collaborer RINA avec Mana Hiraki. La première intitulée WAVE? se déroulait en 2023 à Jingūmae et je n’avais malheureusement pas pu la voir car c’était le jour où RINA était présente à l’exposition. J’avais vu l’exposition précédente de Mana Hiraki qui s’appelait Katami Hakka (筐はっか) à la Gallery 229. J’ai volontairement choisi une journée où Rina n’est pas présente pour éviter la foule, qui m’avait empêché de voir l’exposition WAVE?, mais j’ai choisi une horaire où la photographe était présente. Le style des photographies de cette exposition reprend les ambiances vaporeuses et oniriques typiques de la photographe. J’aime à chaque fois beaucoup le mystère qui entoure chacune de ses mises en scène. Les photographies de cette exposition comptent parmi les plus belles que j’ai pu voir. En les regardant dans la galerie, je repense à sa série en kimono qu’elle avait prise avec Miyuna, mais également à la fameuse série également en kimono de Sheena Ringo prise en 2003 pour le magazine Gb par le photographe Yasuhide Kuge (久家靖秀) au manoir Shōuen (蕉雨園). Les photographies de la série Amour ont également été prise dans une maison traditionnelle, désormais utilisée comme studio photographique. Mana Hiraki m’a donné le nom du lieu lorsque je lui ai demandé mais je ne le connaissais pas et je l’ai déjà malheureusement oublié. Elle se souvenait de moi et de ma venue à son exposition précédente. Nous n’avons pas cette fois-ci évoqué Sheena Ringo. J’étais en fait curieux du thème de son exposition. Elle nous dit que le nom de cette série « Amour » n’est pas un mot que l’on associerait spontanément à ses photographies. Elle veut évoquer ici une forme d’amour pur qui est à l’origine de tout, à travers l’histoire des Dix nuits de rêve (Yume Jūya, 夢十夜) de Natsume Sōseki. La première nuit de Yume Jūya raconte l’histoire d’un homme à qui une femme mourante demande de l’attendre pendant cent ans. L’homme lui obéit, reste près de sa tombe, et cent ans plus tard, un lys y fleurit. Il comprend alors que le temps promis s’est écoulé. La photographe s’est inspirée de ce récit pour tenter de représenter du point de vue féminin ce que la femme a ressenti, en s’appuyant pour cela sur la structure du théâtre nô, où un même rôle se divise en mae-shite (前シテ) et nochi-shite (後シテ) (avant et après la mort). Il y a clairement une beauté pure dans l’amour d’un être qui continue au delà de la mort. Cette association avec le récit Yume Jūya de Natsume Sōseki a tout de suite fait écho en moi à la grande installation « TIME TIME » (2024) réalisée par Ryuichi Sakamoto en collaboration avec Shiro Takatani. Cette installation s’inspire en effet du même récit de Natsume Sōseki (en particulier celui de la « Première nuit ») ainsi que de la structure du nô. J’avais pu voir cette installation fascinante au début de cette année lors de la grande exposition seeing sounds hearing time consacrée à Ryuichi Sakamoto (坂本龍一) au Museum of Contemporary Art Tokyo (MoT) à Kiba. J’ai mentionné cette installation à Mana Hiraki pour voir s’il y avait eu pour elle un lien d’inspiration, mais apparemment ce n’était pas le cas. L’installation « TIME TIME » faisait une référence directe au récit Yume Jūya tandis que la série Amour s’en inspire plus librement dans sa représentation d’une beauté quasiment fantomatique. Les images que construit Mana Hiraki ont en ce sens une qualité fantastique qui intègre des notions de beauté décadente et même horrifique. Avant de quitter l’exposition en remerciant une nouvelle fois la photographe, j’achète les cartes postales comme souvenir. Et pour accompagner ces quelques photographies, je me souviens d’un morceau de Meitei (冥丁) reprenant justement le titre Yume Jūya (夢十夜). Ce superbe morceau est inclus sur l’album Kofū III (古風 III) sorti en Décembre 2023. J’en avais déjà parlé sur ce blog et le redécouvrir maintenant est un petit plaisir.

Evoquer la série de photographies de Sheena Ringo en 2003 au manoir Shōuen me rappelle cette photographie des coulisses où l’on voit Ringo accompagnée par Kazuhiro Momo (百々和宏), guitariste et chanteur du groupe MO’SOME TONEBENDER (モーサム・トーンベンダー). Ces deux petites photos étaient placées à la fin du magazine avec un petit texte faisant office de making-of. Elles sont d’assez mauvaise qualité car très granuleuses dans les quelques pages en noir et blanc à la toute fin du magazine. J’ai pourtant toujours ces deux photos en tête lorsque j’écoute des anciens albums de MO’SOME TONEBENDER. Je ne pense pas avoir déjà évoqué ici les albums Hello de 2001 et Baseball Bat Tenderness de 2013 que j’ai pourtant découvert il y a plusieurs mois. On ressent dès le premier morceau Tsumetai kōdo (冷たいコード) de Hello une tension nerveuse et abrasive mélangeant noise-rock et post-punk. On eu trouve une énergie brute et accidentée, à laquelle s’accorde bien la voix désespérée de Kazuhiro Momo. Le morceau -5°C compte parmi ceux que je préfère de cet album car il joue sur les contrastes entre moments apaisées et passages beaucoup plus sombres et chaotiques. J’adore également le septième morceau Boku ha Sakashima (ボクはサカシマ) qui contient des passages de guitares évoquant les sons de Sonic Youth et des tons de voix faisant à mon avis référence à Nirvana. L’album Baseball Bat Tenderness garde une ambiance rock alternatif très marquée, dans un style garage rock, mais je le trouve un peu moins brut que l’album Hello, et moins expérimental que l’album Trigger Happy de 2003 par lequel j’avais découvert le groupe. Je dirais que les morceaux de Baseball Bat Tenderness sont plus faciles d’approche. Des morceaux comme le deuxième Paradise (パラダイズ) ou le quatrième Generation Z (ジェネレーションZ) accrochent immédiatement. Le riff de guitare démarrant Generation Z nous ramène tout de suite vers le rock alternatif américain des années 90 et me rappelle beaucoup les Smashing Pumpkins. Ce n’est pas le seul morceau à nous ramener vers ces sonorités rock des années 90, Metallic Blue (メタリックブルー) en est un autre bon exemple. On retrouve sur cet album tout l’énergie hurlante de MO’SOME TONEBENDER, mais sans les inattendus expérimentaux qui sont remplacés par d’étranges morceaux quasiment dansant comme FEEVEER. J’avoue avoir beaucoup de mal à apprécier ce style là qui reste heureusement une exception sur l’album. J’imagine que les amateurs de la première heure du groupe ont dû être très surpris. En même temps, Kazuhiro Momo me donne le sentiment d’une grande liberté dans son approche musicale. J’ai trouvé les CDs de ces deux albums au Disk Union, mais je n’ai pas encore trouvé l’album Rockin’Luuula (2005) que je recherche depuis quelques temps. Il s’agit de l’album sur lequel Sheena Ringo avait participé à un morceau.

Revenons finalement vers le rêve et vers une ambiance plus apaisée avec la musique qui suit, qu’on m’avait conseillé dans les commentaires d’un précédent billet. J’écoute donc la très belle compilation Gaia: Selected Ambient & Downtempo Works (1996-2003) de la musicienne électronique japonaise Dream Dolphin, de son vrai nom Noriko Kodera (小寺法子), mais on la connaît également sous le nom de Noriko Okamoto (岡本法子). Dream Dolphin a sorti un grand nombre d’albums, 17 albums studio, pendant une courte période de huit ans entre 1996 et 2003. Son style musical va de la musique Ambient à des sons plus Acid Trance. La compilation Gaia publiée par le label Music from Memory et co-éditée par Eiji Taniguchi se penche sur ses morceaux down-tempo, proche de l’Ambient et parfois du New Age. On écoute les 18 morceaux de cette compilation comme une expérience auditive, un petit voyage sur des îles et des océans lointains. Comme son nom l’indique, la compositrice a une passion pour les dauphins et pour le monde maritime, et on retrouve clairement cette ambiance sur de nombreux morceaux. La musique de Dream Dolphin a souvent un côté envoûtant, notamment lorsqu’elle parle au dessus de sa musique (Gaia ou The Genesis: Yoga, par exemple). Il est facile de se laisser entraîner dans ses nappes nébuleuses englobantes, de se laisser flotter dans ses vagues enveloppantes, mais on n’en saisit l’attrait véritable qu’après plusieurs écoutes. Dream Dolphin ne surjoue pas le dramatique et ses morceaux, comme Gaia (Ethereal Fantasy) ou Stars qui démarrent la compilation, jouent plutôt sur une certaine simplicité élémentaire qui nous rapproche des éléments naturels. En écoutant Stars en fermant les yeux, on devine les étoiles que l’on distingue progressivement dans le cosmos lorsque notre œil s’habitue à la noirceur, on imagine aussi les poissons filant entre nos jambes au bord de l’océan. Cette musique est à la fois terrestre et cosmique. On se déplace doucement entre ces strates, sans forcer le pas. La compilation dure 1h57 et nous laisse donc assez de temps pour le voyage. Certains morceaux comme Tour 5 Modern Blue Asia (Soundscapes for ocean therapy) nous font partir très loin. On trouve sur cet album des ambiances méditatives et introspectives, à la limite du spirituel, qui me rappelle les sons New Age. Certains morceaux comme le très beau Voyage (Dive to the future sight) résonnent immédiatement en moi. La majorité des morceaux sont instrumentaux mais Noriko chante parfois comme sur ce morceau. Parmi les morceaux que je préfère, il y a également ceux intitulés The Rebirth (人生なんてこんなもの – そう思った瞬間に人生は終わる), Image-Respect-Love (あなたが自由になるとき) qui ressemble à un duo avec un dauphin ou le plus ludique Love Ate Alien. Le morceau Daichi No Uta semble être inspiré par un folklore chantant des îles. Ce n’est pas le seul morceau qui dépareille avec le reste dans cette compilation. Il y a également celui intitulé Kaze no Fuku Tani no Mukoude (風の吹く谷の向こうで) qui ressemble étrangement à un morceau de Canto/Mando pop. Vient ensuite le sublime Beyond the Cloud avec son ambiance sombre et expérimentale qui nous fait traverser des zones denses et incertaines. Le titre nous donne ces images de nappes d’ombres nuageuses qu’il faut traverser pour espérer atteindre une lumière. Cette musique nous laisse percevoir la lumière des ombres dans la lumière (光に影の光). L’album se termine sur le long Dreaming Blue (青の夢) qui compte également parmi les superbes morceaux de cet album. Il nous donne l’impression de nous enfoncer dans les profondeurs de l’océan, là où les lumières se font plus rares mais où la vie se perpétue à l’abri des regards. Je me dis que la musique de Dream Dolphin est un jeu d’ombres et de lumières. On peut se réfugier quelques temps dans les ombres et affronter ensuite la lumière qui nous nourrit. Je note cette idée de guérison et d’apaisement quasi-thérapeutique dans la musique de Dream Dolphin. Cette compilation est à mon avis une bonne porte d’entrée dans le monde musical de Dream Dolphin, et je remercie encore P. de me l’avoir fait découvrir. Je sais maintenant que j’ai de quoi m’occuper en fouillant dans sa discographie très extensive.

美しく戦いましょう

Il faut se battre contre les chaleurs du mois de Septembre comme on le faisait au mois d’Août. Mon envie de marcher s’érode avec les degrés dépassant les normales saisonnières. Je prends donc moins de photos en ce moment et c’est une bonne chose car j’ai un peu de mal à tenir le rythme au niveau de l’écriture. Je manque parfois de courage pour me lancer dans l’écriture de certains billets, quand je sais à l’avance qu’ils vont être longs à écrire. Je suis loin de regretter de les avoir écrit une fois qu’ils sont terminés, mais c’est ce genre de longue écriture consommatrice en temps qui me font poser une fois de plus des questions sur l’utilité et la finalité de ce blog.

Je connaissais la jeune compositrice et interprète Toaka (十明) pour son chant remarquable sur le single Suzume (すずめ) de RADWIMPS pour le film d’animation Suzume (すずめの戸締まり) réalisé par Makoto Shinkai. Ce morceau avait eu beaucoup de succès et l’avait tout de suite fait connaître du grand public. Je n’avais pourtant pas suivi son actualité jusqu’à ce que son nom me revienne en tête récemment car la photographe Mana Hiraki (平木希奈) a réalisé la couverture de son dernier single intitulé Dancing on the Miror, sorti le 30 Juillet 2024. Ce n’est pas la première fois que je découvre une nouvelle ou un nouveau artiste par l’intermédiaire de cette photographe, qui est donc pour moi une très bonne source d’inspiration. Dans la foulée de ce dernier single, je me lance dans l’écoute de son excellent EP Boku Dake no Ai (僕だけの愛) composé de cinq titres. Sur le morceau Cinder ella (灰かぶり), j’adore sa voix, assez exceptionnelle il faut bien le dire, pleine de nuances qu’elle maîtrise à la perfection jusqu’aux soupirs entre certaines paroles. Elle a une voix puissante et expressive qui en impose, comme si elle prenait le dessus sur les mots qu’elle prononce. J’ai commencé l’écoute de cet EP par le dernier morceau intitulé Sanagi (蛹) qui a la composition la plus atypique. Ce genre de morceaux m’attirent particulièrement. J’aime aussi beaucoup la manière dont l’atmosphère musicale varie au fur et à mesure des morceaux. Le morceau titre Boku Dake no Ai (僕だけの愛) évolue par exemple sur un rythme folk à la guitare sèche pendant sa majeure partie, mais décolle tout d’un coup sur des hauteurs inattendues. La voix de Toaka lui permet tout à fait ce genre d’envolées et c’est un plaisir de se laisser guider par son chant. Ses morceaux ont pour la plupart une densité et une tension pop qui nous accrochent immédiatement et cette composition musicale clairement axée pop possède une inventivité certaine. Sur son dernier single New Area on dirait qu’elle chante comme elle mènerait une bataille, tant elle transmet de la force à chaque mot qu’elle prononce. Et cette bataille vocale est menée avec beaucoup d’élégance.

美しく戦いましょう。Let’s fight gracefully.

完璧にバグってる生き物で

Je n’étais pas revenu vers cette forme de composition photographique que j’appelle moi-même Shoegazing Photography depuis très longtemps. Ce n’est pourtant pas l’envie qui me manque d’apporter des perturbations à des photographies plutôt classiques, prises ici à Daikanyama et Ebisu. Tout comme le shoegaze en musique rock, des nappes viennent se superposer au dessus d’espaces clairs et lisibles pour y introduire un univers vaporeux proche du rêve. Avec l’été qui est déjà bien présent en ce tout début du mois de Juillet, me viennent des envies de mirages, comme si la moiteur ambiante rendait flou le contour des choses. La ville devient un immense désert de solitude, bien que la présence humaine soit omniprésente dans le décor urbain tout autour de moi. Elle n’est qu’images qui passent puis disparaissent à jamais. Ces images défilent et m’effleurent délicatement, s’échappant du bruit insaisissable qui les envelope, mais ne viennent pas altérer mon espace vital. Je m’extrais de ce bruit pour en écouter un autre dans mes écouteurs. Mais ce bruit là, celui des guitares, est accompagné d’une voix qui m’élève loin au dessus de ce monde urbain.

Je découvre parfois des pépites dont je ne soupçonnais pas l’existence, c’est la cas de l’album Time Machine ga Kowareru mae ni (タイムマシンが壊れる前に) d’abord sorti en 2015 puis ré-enregistré en 2021. C’est cette dernière version que j’écoute en ce moment avec passion. Il s’agit d’un album du groupe Tokenainamae (溶けない名前) formé en 2012 à Nagoya et composé d’Uran Uratani (うらたにうらん) au chant et aux claviers, Ryūta Itō (イトウリュウタ) à la guitare et au chant, Takuya Shimamoto (シマモトタクヤ) à la basse, Naoki Sogabe (ソガベナオキ) également à la basse et Kiyoshi Niwa (ニワキヨシ) à la batterie. Tokenainamae compose une musique shoegaze et noise-pop qui se caractérise par une certaine nostalgie et innocence adolescente, à chaque fois représentée en photo sur les couvertures des albums et EPs. Le groupe n’a en fait sorti que deux albums: Time Machine ga Kowareru mae ni en 2015/21, et Seifuku Kanro Kurabu (制服甘露倶楽部) en 2017, ainsi que trois EPs dont deux à leurs débuts (おやすみA感覚 et おしえてV感覚) puis un en 2022 intitulé Kasuka ni sō matou (幽かにそう纏う). L’album Time Machine ga Kowareru mae ni (タイムマシンが壊れる前に) est tout à fait remarquable et je le classifie facilement dans ma liste des meilleurs albums shoegaze japonais. On y trouve bien sûr les plages de bruits de guitares caractéristiques du genre depuis lesquelles s’élève la voix légèrement vaporeuse d’Uran Uratani. La particularité qui fait toute la différence est l’utilisation des claviers qui apportent une pointe de pop à l’ensemble et une dynamique assez inattendue pour du shoegaze. Les morceaux sont étonnement rapides, le chant d’Uran quasi-omniprésent assez souvent accompagné par une deuxième voix masculine, celle du guitariste Ryūta Itō. L’album de huit morceaux pour 37 minutes est fabuleux de bout en bout sans faiblesse. J’adore absolument tous les morceaux qui ont tous cette même beauté mélancolique mais j‘attends toujours avec une certaine impatience le quatrième morceau √2四 pour l’introduction aux claviers pleine de réverbération. Je trouve que cet album parvient à une sorte de perfection dans sa balance entre la légèreté flottante et délicate du chant et la densité pesante des guitares. Et puis le morceau final de sept minutes Dream Memorandum (睡眠抄) touche au sublime. J’écoute également le EP Kasuka ni sō matou (幽かにそう纏う) et l’album Seifuku Kanro Kurabu (制服甘露倶楽部) qui sont également très beaux mais qui n’arrivent pas au même niveau que Time Machine ga Kowareru mae ni, même si on y trouve de très beaux morceaux comme Double Platonic Suicide (ダブル・プラトニツク・スウイサイド) ou Mahoroba no Reactance (まほろばのリアクタンス). Leur dernière sortie date de 2022, et je ne sais pas si le groupe est toujours en activité car ils ne sont pas très actifs sur Twitter et le dernier billet sur leur page Tumblr semble également dater de cette période. En regardant le fil Twitter du groupe j’ai d’ailleurs été amusé par une reinterpretation de la couverture et du titre de l’album Time Machine ga Kowareru mae ni en montrant Bocchi de l’anime Bocchi The Rock (ぼっち・ざ・ろっく!) avec un nouveau nom d’album ぼっちちゃんが壊れる前に (avant que Bocchi ne se casse) attribué au Kessoku Band (結束バンド), le groupe de l’anime. Dans l’anime, l’instabilité émotionnelle de Bocchi fait qu’elle se « casse » souvent d’une manière similaire. C’est intéressant de voir comme cet anime est encore très présent. On trouve souvent des posters dans les magasins Disk Union et à certains endroits de Shimokitazawa (où se déroule l’histoire). Je pense qu’il ne faut pas sous-estimer l’influence de cet anime sur la jeune génération. La fille d’un ami a par exemple commencé à jouer de la guitare après avoir vu cet anime. Il y aura peut-être dans les années qui viennent de nombreux jeunes groupes de rock influencés par Bocchi The Rock qui verront le jour.

見たことない花が咲いていたよ

On trouve l’architecture de Kengo Kuma un peu partout à Tokyo et au Japon. Je découvre cette fois-ci l’Aroma Terrace conçue pour AEAJ (Aroma Environment Association Japan) comme un petit centre d’aromathérapie avec salon de thé au rez-de-chaussée et vue sur le gymnase olympique de 1964 par Kengo Tange. Je montre cet élégant bâtiment sur les deuxième, troisième et quatrième photographies. Il se compose d’un bloc de verre et la structure intérieure contient de nombreuses plaquettes de bois de différentes tailles, typiques de Kengo Kuma, donnant l’impression d’une toiture intérieure partielle. Sur les photos du site de l’architecte, les parois de verre sont beaucoup plus grandes et donnent l’effet de transparence, ce qui n’est pas le cas sur le projet fini où les vitrages plus petits sont entourés d’armatures métalliques réduisant grandement cet effet. Ça m’étonne assez que le site de l’architecte ne montre pas de photos réelles du bâtiment, car l’impression générale est très différente et a quand même beaucoup moins d’impact. Aroma Terrace se trouve dans une petite rue à l’écart près d’Harajuku, mais loin de la foule encombrante de ce quartier. L’avant dernière photographie est prise le long de l’avenue longeant le parc de Yoyogi et le gymnase olympique de Kenzo Tange. Au croisement de cette avenue avec celle d’Inokashira, se dégage un large bâtiment de béton à la façade quadrillée. Je suis toujours frappé par l’élégance de ce bâtiment, peut-être en raison de ce large quadrillage qui donne l’impression que l’espace intérieur est immense et haut de plafond. Il s’agit du Studio Tanta contenant plusieurs studios d’enregistrements de musique, des salles de repos pour artistes. Il doit également y avoir un restaurant. C’est peut-être le fait de savoir que cet immeuble est utilisé pour enregistrer de la musique qui me le fait aimer inconsciemment. J’avais aperçu il y a quelques temps Shinichi Osawa et Rhyme So marcher pas loin de ce studio dans la rue commerçante passant devant la station de Yoyogi-kōen. Je me demande s’ils étaient là suite à un enregistrement. La dernière photographie est prise sur la longue rue Komazawa près de la station d’Ebisu. Sur le mur, il ne s’agit pas d’une fleur au nom inconnu, mais une représentation d’un Goldorak en mosaïque créé par Invader. Je l’ai déjà montré sur ce blog et il n’a heureusement pas été enlevé. C’est le premier dessin animé japonais que j’ai vu étant tout petit, et comme pour beaucoup d’enfants de ma génération, ce devait être un des premiers contacts avec la culture japonaise. Il est menacé par des tags qui l’entourent mais semble tenir bon à son emplacement. Astro a déjà succombé suite aux actions de nettoyeurs urbains.

L’album No Evil du groupe YAYYAY est une très belle surprise. Il s’agit de leur deuxième album après le mini-album intitulé I’m Here sorti en Octobre 2020. L’album No Evil est sorti récemment, le 18 Janvier 2023. L’idée m’est venu de partir à la découverte de ce groupe, car Yū (ユウ), dont je parle souvent pour son ancien groupe GO!GO!7188 et son actuel groupe Chirinuruwowaka (チリヌルヲワカ), y chante et y joue de la guitare. Elle est décidément hyperactive, comme d’ailleurs tous les membres de ce groupe, qu’on pourrait appeler super-groupe car ils sont tous impliqués dans d’autres projets. YAYYAY a été initialement fondé par Kazushi Tanaka (田中一志). Il est originaire d’Hokkaido et prend également le nom d’artiste Shizuka Kanata. Il a des activités de producteur, mais pour le groupe YAYYAY, il est aux claviers, à la programmation et au mixage. Il avait d’ailleurs participé au premier album de Yū, Ten no Mikaku (てんのみかく), ce qui nous permet de comprendre le lien avec Yū. La particularité de ce groupe à tendance rock alternatif est l’utilisation du violon et du violoncelle comme instruments majeurs des morceaux. Ils ne sont pas là en accompagnement pour agrémenter l’atmosphère mais dirigent véritablement les morceaux. Anzu Suhara (須原杏) joue du violon. Elle fait également partie du groupe ASA-CHANG, que je ne connais que de nom. Il m’intrigue en fait beaucoup depuis que j’ai entendu le morceau Hana (花) d’ASA-CHANG & JUNRAY pendant qu’on attendait le début du concert de Tricot au LiquidRoom le mois dernier. J’avais été subjugué par la beauté du violon, les percussions aux sonorités ethniques et les expérimentations dans le chant désarticulé. Ce morceau est fabuleux. Il n’est pas récent car il est inclu dans un album sorti en 2001. Au passage, je me demande bien si Tricot choisit les morceaux passés en fond sonore en attendant le démarrage du concert, car je vois une certaine influence de ce morceau d’ASA-CHANG sur la composition vocale d’Ikkyu sur le premier morceau expérimental Mozōshi Hideki-chan (模造紙ヒデキちゃん) de Tricot sur leur dernier album Fudeki (不出来). Dans cette playlist d’attente, j’ai eu également la surprise d’entendre le morceau Tokyo Shandy Rendez-vous (トウキョウ・シャンディ・ランデヴ) de MAISONdes avec KAF (花譜) et Tsumiki (ツミキ). Anzu Suhara supporte également au violon d’autres artistes comme Aoba Ichiko. Junpei Hayashida (林田順平) est lui au violoncelle. En dehors de YAYYAY, il joue également pour des artistes comme Kaho Nakamura et Salyu. Bref, on peut imaginer que leurs calendriers respectifs rendent difficile leur rencontre, mais la qualité qui ressort de leurs créations musicales n’en est pas moins remarquable. Il est difficile de qualifier clairement le style de cette musique bien qu’elle se rapproche du rock, mais n’hésite pas à partir dans certaines explorations sonores. Les cordes sont très présentes et rivalisent en puissance avec le son de la guitare. Cette piste sonore se mélange avec diverses sonorités et craquements électroniques, ce qui donne un ensemble tout à fait unique. L’approche mélodique n’en est pas moins très présente et le premier morceau Saimin (催眠) accroche tout de suite l’auditoire. Le troisième morceau Refrain est plus calme et met en valeur la voix de Yū, que j’adore tout simplement car elle est pleine d’ondulations, prenant parfois des airs de kayōkyoku (ou pop de l’ère Shōwa), et elle a une puissance émotionnelle que je qualifierais de fragile. Ce morceau est également un des sommets de cet album assez court de 8 morceaux. Certains morceaux, comme The Line, me rappelle un peu des morceaux de l’album solo de Yū (qui me rappelait déjà un peu KSK de Sheena Ringo). D’autres morceaux mettent un peu plus de temps à se révéler, comme Tokyo Motokurashi (東京下暗し) ou le morceau titre de l’album No Evil. J’aime beaucoup ce dernier morceau car il est chanté à deux voix par Kazushi Tanaka et Yū, et parce qu’il est particulièrement tourmenté et chaotique. Cet album est une petite merveille, même pendant les interludes musicaux. Il faut ouvrir grand les oreilles et ne pas avoir peur de se laisser envahir pendant une trentaine de minutes.

不出来ではないか

J’attendais ce concert de Tricot (トリコ) depuis un petit moment car j’avais acheté mon billet depuis déjà plusieurs mois, quelques jours après l’ouverture du guichet internet. C’était une bonne idée d’acheter son billet tôt car l’ordre d’entrée dans la salle où le concert avait lieu semblait dépendre du moment où on avait acheté sa place. Le concert se déroulait dans la salle LIQUIDROOM à Ebisu, au pied du carrefour de Shibuyabashi le long de l’avenue Meiji. Je suis bien passé des centaines de fois devant cette salle sans jamais y être entré. Cette date à Tokyo le dimanche 12 Février 2023 à partir 17:30 était le final d’une tournée nationale de 6 dates intitulée Zang-Neng tour 2023. Je comprends ce nom de tournée Zang-Neng comme étant dérivé du mot Zannen (ざんねん) qui veut dire « dommage! ». Ce nom de tournée fait en fait écho au nom du dernier album de Tricot intitulé Fudeki (不出来), qu’on peut traduire par « imparfait » ou « infructueux ». Ce nom d’album est volontairement l’opposé du nom de l’album précédent Jōdeki (上出来) qui signifie « Excellent ». Avec ce nom de tournée et d’album, on pouvait légitimement se demander quelle direction prendrait le concert. Mais connaissant très bien l’esprit joueur d’Ikkyu Nakajima, je n’étais pas vraiment inquiet quant au résultat final. Il est clair que, contre toute attente, l’ambiance du dernier album était moins pop que le précédent, allant même vers des ambiances expérimentales et bruitistes sur certains morceaux. Ikkyu a pris plusieurs fois la parole pendant le concert et a notamment fait part de sa joie et satisfaction de voir autant de monde dans la salle malgré cette approche plus ‘bizarre’, pour reprendre ses propres mots. Le public de Tricot est clairement prêt à les suivre dans toutes leurs explorations sonores, pour la simple et bonne raison qu’elles et il excellent dans l’exécution de leurs morceaux tout en conservant un esprit qui leur est bien particulier. La technique est clairement un atout du groupe, que ça soit la guitare imprévisible de Motifour Kida, la voix pleine d’ondulations et qui sait prendre de la puissance d’Ikkyu Nakajima, la basse enveloppante d’Hiromi Hirohiro et la batterie de Yusuke Yoshida qui vient cimenté l’ensemble. Et cette batterie m’a impressionné car chacun de ses coups semblait faire trembler le sol de la salle de concert. J’avais comme l’impression qu’un fort coup de vent venait me passer entre les pieds à chaque percussion. C’est une sensation étrange certainement dû à la configuration de la salle, mais il n’en reste pas moins que le jeu de Yusuke Yoshida ne manque pas de puissance et de dextérité.

J’étais plutôt bien placé près de la scène à la quatrième ou cinquième rangée bien que celles-ci ne soient pas clairement définies car on était tous debout dans la fosse. Je me suis volontairement placé légèrement sur la droite car je sais que c’est l’emplacement typique d’Ikkyu sur scène. Avant d’entrée dans la salle de concert se trouvant au rez-de-chaussée, il nous faut d’abord monter à l’étage pour attendre notre tour. On nous appelle de manière très organisée, des blocs A , B puis C dans l’ordre des numéros de nos billets. Mon numéro était A108 et l’attente était relativement courte et m’a permis de bien me placer avant que le concert démarre. Il faudra bien ensuite attendre une trentaine de minutes en musique avant que les lumières s’éteignent et que le groupe prenne place sur scène. Le concert dura presque deux heures pour 19 morceaux joués et quelques moments où le groupe, principalement Ikkyu en fait, s’adressait au public. Tous les morceaux du nouvel album Fudeki faisaient partie de la playlist sauf le morceau Endroll ni Maniau Youni (エンドロールに間に合うように) qui était le premier single de l’album déjà sorti et joué au moment de la tournée précédente Walking x Walking de 2022 auquel j’avais déjà assisté à Toyosu PIT. Le concert commence par Mozōshi Hideki-chan (模造紙ヒデキちゃん), le premier morceau de l’album Fudeki, mais il est très modifié et tout aussi expérimental que la version de l’album. Ikkyu entre d’abord sur scène avec sa guitare et manipule un répéteur de sons qui construit une ambiance sonore étrange. Les morceaux s’enchainent ensuite assez vite avec Android (アンドロイド) et Jōdan kentei (冗談検定). Tricot revient parfois vers des morceaux plus anciens comme Right Brain Left Brain (右脳左脳) et Himitsu (秘密) de l’album Makkuro et WARP de l’album 10. Le public réagit très énergiquement, ce qui change de l’ambiance plus calme de l’année dernière en raison des contraintes de la crise sanitaire. Il semble maintenant autorisé de pousser un peu de la voix pour encourager le groupe et exprimer sa joie d’être là. Ikkyu exprime clairement sa satisfaction de retrouver des conditions plus normales où les réactions du public peuvent se faire plus franche, n’étant pas limitée aux simples applaudissements. Ochansensu-Su (おちゃんせんすぅす) du premier album THE est un des morceaux emblématiques du groupe et c’est également celui que le groupe choisit pour s’amuser, en faisant des arrêts et redémarrages soudainement, prenant des pauses bizarres sur scène en marchant au ralenti. Ikkyu s’est décidé pendant ce morceau à effectuer un petit jeu avec les autres membres du groupe pendant ce morceau. Elle déroule sur sa guitare des accords atypiques et demande d’abord à Motifour Kida de l’imiter à la guitare. Viennent ensuite le tour d’Hiromi à la basse et Yusuke à la batterie. Ils arrivent tous très bien à prendre le rythme imprévisible d’Ikkyu comme si elles et il pouvaient prévoir son jeu. Dans le passage de MC qui suit ce petit jeu qui a fait sourire, Ikkyu exprime d’ailleurs sa joie d’être dans un groupe qui se comprend si bien. C’est vrai qu’ils ont l’air très soudé. Elle s’excuse également au nom du groupe d’avoir joué une version complètement décousue et différente de l’album de ce morceau Ochansensu-Su qui est pourtant reconnu comme étant le préféré des fans. Mais là est peut-être le sens du mot Fudeki qui est la ligne directrice de ce concert. Ikkyu parle la plupart du temps mais la sempai Kida lui retourne souvent des piques pleines d’humour. Hiromi est toujours très souriante. Elle ne parle pratiquement jamais devant le public mais exprime très bien avec son grand sourire son plaisir d’être sur scène. En la regardant jouer de la basse sur scène, comme emportée par le rythme des morceaux, me vient parfois l’envie d’être à sa place. Kida est toujours très dynamique sur scène, sautant souvent sur place et se déplaçant au tout devant de la scène pour voler la vedette à Ikkyu et attraper l’attention du public qui lui rend bien. Tout ceci est extrêmement bon enfant, et on ressent très bien la bonne entente qui reigne dans la groupe. C’est très communicatif. Yusuke Yoshida à la batterie est beaucoup plus stoïque, concentré sur son jeu. Il est arrivé plus tard dans la formation mais en fait désormais partie de manière intégrante. C’est une très bonne chose car le jeu de Yoshida est également un atout majeur de Tricot. Son jeu sait pleinement s’adapter à la complexité du match rock. En fait, Tricot ne se limite pas qu’au match rock et mélange les genres, notamment sur ce dernier album qui part même vers le rock alternatif grunge des années 90 (un son que j’aime particulièrement).

Le morceau Kujira (鯨) de l’album Fudeki m’a particulièrement impressionné. Il s’agit d’un des morceaux que je préfère sur le dernier album mais il prend une autre dimension pendant ce concert grâce à la voix d’Ikkyu qui atteint des sommets de puissance et me donnent des frissons. Ikkyu est capable vocalement de sensibilités variées et la mélancolie qu’elle transmet sur ce morceau est particulièrement poignante. Le public l’écoute avec attention. Il y a trois morceaux joués en rappels. Le dernier était le morceau éponyme de l’album Fudeki (celui aux ambiances de rock alternatif américain). Il se termine sur des nappes de bruit sur l’album et elles sont décuplées ici pendant le concert. Motifour Kida se roule même par terre avec sa guitare et fait durer le son tout en distorsion. Pendant ce temps là, Yusuke Yoshida se déchaîne sur sa batterie au point de faire tomber une des caisses. On sent qu’il se pousse à bout pour la dernière de cette tournée et me viennent même en tête tout d’un coup des images de Yoshiki jouant à l’extrême jusqu’à se blesser (ce qui arrivait régulièrement). Ils ont tous les deux un physique d’apparence frêle qui ne laisse pas présager la puissance de frappe et l’endurance dont ils sont capables. Lorsqu’il quitte la scène, à bout de force, on le voit marcher en se tenant à peine debout. Kida continue pendant ce temps ses expérimentations bruitistes alors que les autres membres sont déjà sortis depuis quelques temps. Elle est à terre, tentant d’extraire les derniers sons de sa guitare. Le public est impressionné. C’était un moment très fort qui conclut bien ce concert car l’ambiance qui s’en dégage correspond, encore une fois, bien à l’idée du mot Fudeki. Ikkyu disait au public qu’il fallait être bizarre pour apprécier cette musique et qu’elle était très heureuse d’avoir cette réception du public, se sentant elle-même atypique. C’est bien entendu cette approche atypique qu’on aime chez Tricot et on en redemande.

Ikkyu dit à chaque fois qu’il faut qu’elle parle moins pendant les passages de MC, mais elle ne peut s’empêcher de donner des anecdotes. Elle nous parle cette fois-ci si d’une vidéo qu’elle avait publié sur sa chaîne YouTube Ouchide Naka-chan! (お家でなかちゃん!) montrant son appartement et nous fait part d’un commentaire qui l’avait particulièrement amusé de quelqu’un lui faisant remarquer que son appartement était mal rangé et devait par conséquence sentir mauvais (汚ない、臭そう). Elle insiste d’ailleurs sur le fait qu’elle aime beaucoup ce type de commentaires, bien entendu écrits sur un ton humoristique. Là est encore le sens de Fudeki! Les finales de tournée sont également le moment privilégié pour faire des annonces. Cette fois-ci, Tricot annonce le nom du groupe qui partagera l’affiche du prochain concert à Osaka au Gorilla Hall (les noms de salles sont bizarres à Osaka – je me souviens que Miyuna jouait au Banana Hall l’année dernière). Il s’agit du groupe Genie High (ジェニーハイ), dans lequel, comme par hasard, Ikkyu est la chanteuse avec la bande d’Enon Kawatani. Ikkyu s’amuse à nous dire qu’il s’agira d’une soirée spéciale Naka-chan (son véritable surnom dans le groupe), ce qui tombe très bien car la date du concert est proche de son anniversaire. Le petit passage amusant est que l’anniversaire de la bassiste Hiromi est également très proche, mais Ikkyu prend le soin de nous préciser que ce concert sera seulement à son honneur et qu’il fallait oublier un peu Hiromi. Ce petit passage est évidemment teinté d’humour et à fait réagir le public. Dans mon petit message de remerciements au groupe sur Twitter pour ce concert, je n’ai pu m’empêcher d’ajouter un petit message en la faveur d’Hiromi. Le groupe a dû lire ce message car il a aimé mon tweet (Yeah!). Le concert a duré presque deux heures mais m’a donné l’impression d’être un peu trop court. On a un peu de mal à sortir de la salle. En regardant sur Instagram et Twitter les messages de personnes ayant assistées au concert, je suis surpris d’apprendre que DAOKO (ダヲコ) était également présente dans la salle. J’y avais pensé pendant une minute, car on voit régulièrement DAOKO et Ikkyu ensemble sur Instagram à l’occasion d’événements ce qui me fait dire qu’elles sont très amies. Je ne l’ai bien sûr pas vu dans la salle et je me demande même comment elle pouvait passer inaperçue. Je ne pense pas être le seul à apprécier à la fois Tricot et DAOKO. Je ne suis par contre pas surpris d’apprendre que le designer Masamichi Katayama (片山正通) de l’agence Wonderwall était également dans la salle, car il avait déjà assisté à la tournée précédente et il déborde de superlatifs sur le groupe. Ils nous dit sur son compte Instagram : « The band « tricot » has a tremendous groove that gets me every time! The flow of the live performance, which is so well calculated that it seems like they are innocently enjoying the music, and the ensemble of four crazy techs who are like a skilled jam band, are truly a national treasure. « tricot » is so great!!!« . 国宝ですよ! Ces connections apporteront peut-être un jour une collaboration avec Ichiro Yamaguchi (山口一郎) de Sakanaction (サカナクション), qui sait.

Les quelques photos en tête du billet « rapport de concert » sont les miennes. Celles en petit format sont tirées du compte Twitter de Tricot. Je note ci-dessous la playlist de ce concert de la tournée Zang-Neng tour 2023 au LIQUIDROOM le 12 Février 2023, pour référence ultérieure.

1. Mozōshi Hideki-chan (模造紙ヒデキちゃん), de l’album Fudeki (不出来)
2. Android (アンドロイド), de l’album Fudeki (不出来)
3. Jōdan kentei (冗談検定), de l’album Fudeki (不出来)
4. Omotenashi (おもてなし), de l’album THE
5. Right Brain Left Brain (右脳左脳), de l’album Makkuro (真っ黒)
6. Anamein (アナメイン), du EP Bakuretsu Tricot San (爆裂トリコさん)
7. Ochansensu-Su (おちゃんせんすぅす), de l’album THE
8. WARP, de l’album 10
9. #Achoi (#アチョイ), de l’album Fudeki (不出来)
10. OOOL, de l’album Fudeki (不出来)
11. crumb, de l’album Fudeki (不出来)
12. Himitsu (秘密), de l’album Makkuro (真っ黒)
13. Kujira (鯨), de l’album Fudeki (不出来)
14. Sthenno (ステンノー), de l’album Fudeki (不出来)
15. Afureru (あふれる), de l’album Makkuro (真っ黒)
16. Aquarium (アクアリウム), de l’album Fudeki (不出来)
17. (Rappels) POOL, de l’album THE
18. (Rappels) Fudeki (不出来), de l’album Fudeki (不出来)
19. (Rappels) Jōdeki ~Fudeki Remix~ (上出来 – 不出来Remix), de l’album Fudeki (不出来)